1789 1989, c’était le moment de revenir sur un évènement lourd d’ambiguités. L’analyse de Sens et Cohérences Humaines de l’Humanisme méthodologique apporte un éclairage cru sur la problématique humaine et les enjeux qui n’ont cessé de faire écho depuis lors.
Comprendre la Révolution Française peut paraître
une gageure.
Les événements semblent manifester une grande confusion
où il est difficile de se retrouver. Les interprétations
sont nombreuses et souvent divergentes depuis deux siècles.
L’ampleur des résonances, encore actuelles dans le monde
entier, est étonnant. Les images d’Epinal qui nous sont
livrées actuellement semblent bien simplistes et artificielles.
Les historiens eux-mêmes n’expliquent pas ce qui a déclenché
à ce moment là un phénomène de si
grande portée et la multiplicité des causes n’en
donne pas la cause.
Il est possible de rester enfermé dans les certitudes
sentimentales ou la polémique qui se poursuit, mais il
est peut-être temps de comprendre sans vénération
irraisonnée et sans vindicte aveugle.
La Révolution Française a été un
moment fort de l’histoire de l’humanité et donc de l’histoire
de l’homme. Pourquoi ? A-t-elle quelque chose à nous enseigner,
a-t-elle réussi ?
La théorie des Cohérences et son anthropologie
proposent de considérer le fait comme la manifestation
d’une problématique humaine en plusieurs sens.
L’évocation du fait retenti en nous par le réveil
de cette problématique dont les sens sous-tendent nos
réactions et nos interprétations. C’est cet écho,
toujours vivant, que nous pouvons élucider, au delà
des positions à priori qu’il provoque en nous. C’est cet
écho qui provoque la référence toujours
présente ici où là dans le monde. L’invocation
des droits de l’homme ou la lutte contre la tyrannie en sont-elles
les seuls et véritables critères où y-a
t-il quelque chose de plus profond qui s’exprime ainsi.
L’analyse de cohérence a pour but d’élucider la
problématique humaine en jeu et les différents
sens dans lesquels elle s’est jouée et se joue encore.
Elle vise à élucider notre concernement actuel
et à nous permettre de discerner en quel sens nous pouvons
en tirer un bénéfice dans notre existence contemporaine.
Ce n’est pas le lieu de dire ce qu’est une analyse de cohérence
dans ses modalités pratiques et ses présupposés
théoriques. Elle repose sur la théorie de l’Instance
et des Cohérences et procède des processus de conscience
de sens et des techniques appropriées.
(*) "Au coeur du sujet" Editions de Poliphile
La problématique
Pour faire court, on peut dire d’emblée que la Révolution
Française a été une crise de liberté.
Crise parce que réaction en tous sens et parce que c’est
l’éventualité de la liberté qui a provoqué
la crise et non l’inverse. On verra que la sortie de la crise
ne s’est pas spécialement faite dans l’accomplissement
de la liberté des personnes mais plutôt dans l’ordre
napoléonien. Ce qui nous amènera à conclure
que la révolution française a mal tourné
bien que son rappel puisse toujours inviter à une issue
plus fructueuse.
L’analyse de cohérence permet d’éclairer cette
problématique de liberté avant d’en discerner les
sens.
Il s’agit au fond de la libération du désir propre,
de la question de l’avènement du sujet désirant,
susceptible d’assumer ce désir, c’est-à-dire sa
liberté d’être humain.
On peut remarquer que la société de cette époque
n’était pas une société bloquée.
Elle était riche de réflexions et d’une grande
diversité de conditions que la trilogie, noblesse, clergé,
tiers état, ne suffit pas à décrire. Plusieurs
noblesses, plusieurs clergés, plusieurs bourgeoisies,
plusieurs états de paysans, des ouvriers, des miséreux,
des bandes de pillards faisaient une société complexe,
certainement pas monolithique, une société en plein
essor, en pleine mutation.
Simultanément la situation politique se révélait
plutôt anarchique. Louis XVI n’était pas un roi
tyran mais un souverain plutôt indéterminé
et sous influences diverses.
L’originalité de la situation est à la fois effervescence
et anarchie en ce sens que la pression du pouvoir n’offrait plus
de direction claire. L’aventure américaine de LA FAYETTE,
malgré tout financée par le royaume, cautionnait
indirectement l’idée d’une souveraineté indépendante
d’une référence royale.
Après des siècles d’une société de
sujets assujettis dans leur conscience à un ordre royal
cautionné par les interprétations chrétiennes
en vigueur, les gens se sont trouvés progressivement face
à la question de la souveraineté et à l’éventualité
de leur propre souveraineté, c’est-à-dire à
celle du sujet désirant, Etre libre et responsable en
personne de ses choix. La pensée des lumières a
été l’un des témoignages de cette ouverture
mais rares étaient ceux qui en avaient connaissance. On
peut dire plutôt que c’était une des manifestations
de l’air du temps, un de ses signes.
L’impuissance du roi à donner un sens à la crise
économique due aux mauvaises récoltes, l’impuissance
de l’ordre établi à réduire les pillages
des bandes, sa versatilité et la convocation des états
généraux ont créé une intensification
accélérée de la problématique émergente.
La constitution des cahiers de doléances n’a pu qu’activer
cette montée en puissance en provoquant l’expression des
désirs, en invitant à la parole même si tous
le n’ont pas prise.
Il faut comprendre qu’arrive à un peuple conditionné
autrement, d’être brusquement plongé dans l’éventualité
d’une liberté possible, d’un désir personnel à
assumer, sans recours à la directivité d’un pouvoir
faible et lui même désorienté.
La Révolution Française arrive là où
l’ordre établi est le plus ancien parmi les nations, là
où la confrontation à la liberté est la
plus inouïe. Cela est traumatisant et le traumatisme fait
crise. De là, des réactions en tous sens. A chacun
son contraire.
La carte de cohérence présente les différentes
directions d’éclatement de cette problématique.
Autant de sens dans lesquels est compris et vécu ce face
à face avec la liberté, autant de sens selon lesquels
se sont développées les réactions et les
événements, autant de sens selon lesquels la Révolution
Française peut être interprétée.

La dialectique horizontale de la
carte
D’un coté, la liberté
est vécue comme exogène, elle ne vient pas de soi,
elle est octroyée et ses bénéfices sont
extérieurs à l’homme. Elle est une perspective
réjouissante exprimée dans le coté festif.
La révolution devient pas de danse animé par l’air
de la liberté. Rien n’est changé dans le fond.
Les festivités commémoratrices sont-elles une interpellation ?
C’est plutôt une musique classique distrayante d’une vie
sous conditionnement. La croyance en un système politique
de liberté comme véritable source de celle-ci persiste
aujourd’hui dans l’attente passive vis-à-vis du pouvoir
fusse-t-il dit démocratique.
A l’inverse le face-à-face dans sa brutale nouveauté
provoque une réaction active de changement radical. Le
désir propre est un moteur radicalement nouveau qui se
substitue à celui de la tradition dont les insuffisances
sont remises en question en vue d’une autre vie. La révolution
doit être l’occasion de changer radicalement autant que
change le lieu de la souveraineté en passant d’un lieu
fixe unique à un lieu multiple celui des gens, sujets
de liberté ! La révolution a entrepris de ces changements
radicaux dont l’instauration d’une république où
le culte de l’être suprême et toutes les destructions
ou tentations de liquidation de l’ordre ancien.
La dialectique verticale de la carte
En haut le face-à-face avec la liberté se résout
en réalisation du désir propre. Se poursuit une
démarche de réalisation des buts et aspirations
personnelles. C’est une façon de comprendre un libéralisme
philosophique qui ne doit pas être confondu notamment à
des formes de libéralisme conservateur ou belliqueux (guerre
économique). Le désir propre est moteur d’une réalisation
qui l’exprime dans la continuité de son émergence.
En bas, le face-à-face avec la liberté provoque
une réaction de peur et de culpabilité. On peut
comprendre qu’avoir à assumer le désir propre soit
ressenti comme une perte de maîtrise possible et son assouvissement
comme envie coupable sinon terrifiante.La psychanalyse explique
de tels mécanismes. Le résultat en est un détournement,
un dévoiement à fonction d’évitement de
la charge du désir propre, travestie en désir d’une
liberté qui doit être traitée comme un objet
extérieur désirable. C’est le meilleur moyen évidemment
de n’être pas confronté à son exercice tout
en la réifiant.
Les dialectiques diagonales
En haut à gauche . La réalisation
du désir se fait dans l’imaginaire par le fantasme, projection
idéalisée du désir. Cela s’est traduit par
l’oeuvre législative et constitutionnelle avec ce point
d’orgue qu’est la déclaration universelle des droits de
l’homme. Si on la lit attentivement, la liberté résulte
d’un droit fusse-t-il qualifié d’imprescriptible. Dans
son préambule "l’Assemblée Nationale reconnaît
et déclare en présence et sous les hospices de
l’Etre suprême, les droits suivants de l’homme et du citoyen",
objets de son décret (la liberté par décret).
Quelle preuve de l’incapacité à assumer une liberté
propre qu’il faut fonder dans l’assemblée, l’être
suprême (figure de quelque autorité supérieure)
et le droit. Le mythe de la liberté est d’autant plus
beau que seule sa formulation est réalisée. Le
mythe se développera en idéologies idéalistes
se posant comme concrétisation extérieure de la
liberté et dont la réalisation amène la
liberté, au lieu qu’elle soit libre expression. La liberté
est énucléée du désir singulier et
ne peux de ce fait provoquer de changement mais seulement des
invocations. Soulignons qu’à ce moment de la Révolution,
le roi n’est pas exclu dans sa fonction d’arbitre mais inclus
dans le tableau constitutionnel.
En bas à droite , après le mythe
révolutionnaire de 89 la révolte révolutionnaire
de 93.
La réaction de changement radical conjuguée au
dévoiement du désir en désir de liberté
provoque un réflexe paranoïaque qui projette la peur
et la culpabilité contre l’Autre-autorité affublé
de l’effigie du tyran. Le coupage de tête est le "passage
à l’acte" de la culpabilité intérieure
matérialisée en rupture radicale.
Coupage du chef, lieu tiers d’un libre arbitre assumé,
c’est-à-dire de l’autorité. Contradiction de la
nécessité de l’acte autoritaire contre l’autorité.
L’arbitraire (condamnation sans jugement, "loi des suspects")
contre l’arbitraire. Le désir de l’autre est entendu comme
contre-révolutionnaire même s’il s’identifie lui-même
comme révolutionnaire. De là des émeutes
révolutionnaires, contre révolutionnaires, contre
contre-révolutionnaires, contre contre-contre-révolutionnaires,
etc... jusqu’à épuisement. La terreur est la manifestation
d’une terreur intérieure. Le meurtre est un suicide déguisé.
La guillotine est une machine castratrice du désir, médication
du bon docteur Guillotin, perfectionnée par la noyade
du désir à Nantes, son étouffement par pendaison
ou son éradication à la racine vendéenne.
Notons qu’à la paranoïa révolutionnaire répond
la paranoïa de nombre d’anti-révolutionnaires mutuellement
entretenue.
En bas à gauche. Le dévoiement
du désir conjugué à la réaction passive
se traduit par son refoulement pour retrouver le confort matriciel
d’un ordre établi dans lequel la liberté se confond
avec la jouissance de l’aliénation à cet ordre
même. Réaction conservatrice pour retrouver l’ordre
des choses qui régit les désirs. Le propre y devient
impropre et l’être désirant propre se commute en
"avoir une propriété" comme possession
de sa part de l’ordre des choses (économique ou naturel)
par lequel on est possédé.
La période conventionnelle s’épuise et se trouve
remplacée par un Directoire qui rétablit l’ordre
des propriétaires sans doute encore insuffisant et qu’un
Bonaparte reprendra à son compte en l’étendant
en ordre absolu impérial. C’est l’issue soulageante de
la révolution que le rétablissement d’un ordre
dont l’administration est gérée par les meilleurs
fonctionnaires royaux, rétablissant un ordre nobiliaire,
un code pénal dominé par la défense de la
propriété, un système scolaire construit
sur le modèle des casernes. Est conservée aussi
l’oeuvre d’ordre de la révolution comme la création
de l’école Normale supérieure
, l’Ecole Centrale , le Conservatoire
des arts et métiers. L’ordre religieux est rétabli
bien que subordonné de fait à l’ordre impérial.
Il ne s’agit pas de l’ordre ancien mais d’un substitut de remplacement
qui rétablit le refoulement.
En haut à droite , la libre réalisation
du désir sur le mode actif du changement radical provoque
à la créativité personnelle, à l’auto-réalisation
dans le changement d’avec la situation antérieure. C’est
l’origine possible d’une autonomisation individuelle qui peut
conduire à l’assumation du désir propre de façon
responsable et auto-centrée. L’homme est appelé
à trouver en lui-même les ressources de sa propre
mutation sans les attendre d’un système idéal ou
ordre établi ou s’en détourner dans une contre
dépendance conflictuelle.
Les historiens, pas plus que le souvenir populaire de la révolution,
ne nous parlent d’un tel développement, l’issue de la
révolution s’est trouvée à contre sens.
La crise de la liberté a échoué à
cette libération de la personne par elle-même, à
cette éducation de la liberté. Il faudra sans doute
d’autres révolutions collectives ou plus personnelles
pour y accéder. Mai 68 en a sans aucun doute cette composante
que l’afflux dans le cabinet des psychanalystes de nombre de
ses acteurs peut signifier.
Qu’en est-il de la dimension européenne de la révolution.
C’est déjà le signe, à l’inverse de la révolution
anglaise antérieure, que la révolution n’est pas
le problème d’un espace clos limité à un
réaménagement des lieux mais celui de la poussée
d’une problématique fondamentale de l’homme dont le rayonnement
est universel, interpellant le sujet humain plutôt que
les conditions de son environnement. L’autre, hors de France
est d’emblée une menace initiatrice d’un conflit réciproquement
justifié mais ancré dans une double paranoïa.
La guerre n’est pas le seul mode d’expression de "l’esprit"
révolutionnaire (ou contre contre-révolutionnaire).
C’est aussi le prosélytisme des droits de l’homme vers
des peuples voisins réactifs ou à leur tour séduits.
Enfin et pour terminer, l’ordre napoléonien ne pouvait
avoir qu’un champ universel dont l’Europe était la première
marche indispensable.
Il est vrai que là aussi les sens sont multiples d’un
mouvement expansionniste de la Révolution Française.
Remarquons que la République n’est pas aujourd’hui en
Europe le seul modèle en vigueur, les royautés
constitutionnelles sont majoritaires. Royaume uni, Espagne, Belgique,
Pays-Bas, Danemark principalement, les républiques allemandes
et italiennes sont récentes. Nous en sommes en France
à la cinquième comme si la République n’était
pas installée dans l’éternité.
On pourrait objecter à cette analyse qu’elle serait trop
"psychologique" et pas assez sociale, mais la problématique
de la liberté est une affaire personnelle dans la mesure
où elle renvoie au désir propre singulier. L’échec
en ce sens de la révolution a laissé prévaloir
soit la société comme cadre conditionnel de la
liberté en en faisant un problème de société
plus qu’un problème de personne. Mais au fond les sociétés
ne sont que des sociétés de personnes et les notions
de peuple, nation, société sont pour les personnes
des abstractions unificatrices et identificatoires et non des
sujets de l’histoire. L’influence réciproque des personnes
entre elles peut donner l’illusion d’un être collectif
agissant ou agi. C’est encore une croyance dominante avec son
complément moderne qu’est le Marché (cf. le marché
unique européen comme figure d’identité et d’ordre
unificateur).
L’autre objection porterait sur la problématique du pouvoir
et donc du régime politique. Là aussi c’est faire
dépendre la liberté personnelle d’un ordre établi
ou de l’arbitraire d’un pouvoir. C’est on l’a vu un évitement
du désir au nom de la liberté. Certains osent affirmer
que l’on a le pouvoir qu’on mérite ce que l’on peut ici
confirmer lorsqu’il détient sa puissance de l’investissement
projectif d’un désir dont la liberté ne s’assume
pas en la rendant conditionnelle.
La liberté de l’homme est sa nature lorsqu’il l’assume,
tel est le message que la Révolution Française
a manqué à délivrer
La COMMEMORATION
Il est remarquable que seules deux logiques contraires servent
de référence, 89 et les droits de l’homme, 93 et
la destruction du "tyran", mythification et mystification.
Etonnante la scotomisation de l’issue napoléonienne, comme
si une fois encore l’arbitraire d’un hommes pouvait s’imposer
naturellement à tous sans leur consensus implicite, comme
si ce n’était pas le sens dominant résultant de
la crise révolutionnaire.
La contradiction des deux autres tendances s’est résolue
dans ce sens, sens final de la crise de liberté que les
femmes à Versailles réclamaient déjà
au roi. L’absence de l’autre issue possible restée invisible,
est significative du manque de discernement.
La Révolution Française a été refoulée
dans l’inconscient collectif qui n’a d’autre lieu qu’en chacun
de nous et reste dans la confusion, l’envers du discernement.
La clé de la liberté de l’homme est justement ce
discernement des sens qu’il porte en lui et s’expriment en désirs.
A chacun donc de faire et réussir sa révolution.
Puisse cet éclairage y contribuer.
Roger NIFLE MAI 1989
DECLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN
Décrétés par l’Assemblée Nationale
dans les séances des 21,22,23,24 et 26 août 1789
PREAMBULE
Les représentants du peuple Français, constitués
en assemblée nationale, considérant que l’ignorance,
l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules
causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements,
ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle
les droits naturels, inaliénables et sacrés de
l’homme ; afin que cette déclaration, constamment présente
à tous les membres du corps social, leur rappelle sans
cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir
législatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant
être à chaque instant comparés avec le but
de chaque institution politique, en soient plus respectés ;
afin que les réclamations des citoyens, fondées
désormais sur des principes simples et incontestables,
tournent toujours au maintien de la constitution et au bonheur
de tous.
En conséquence, l’assemblée nationale reconnaît
et déclare, en présence et sous les auspices de
l’Etre suprême, les droits suivants de l’homme et du citoyen.
Article premier - Les hommes naissent et demeurent
libres et égaux en droits ; les distinctions sociales ne
peuvent être fondéesque sur l’utilité commune.
Article 2 - Le but de toute association politique
est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de
l’homme. Ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.
Article 3 - Le principe de toute souveraineté
réside essentiellement dans la nation ; nul corps, nul
individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane
expressément.
Article 4 - La liberté consiste à
pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Ainsi,
l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes
que celles qui assurent aux autres membres de la société
la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent
être déterminées que par la loi.
Article 5 - La loi n’a le droit de défendre
que les actions nuisibles à la société.
Tout ce qui n’est pas défendu par la loi ne peut être
empêché, et nul ne peut être contraint à
faire ce qu’elle n’ordonne pas.
Article 6 - La loi est l’expression de la volonté
générale, tous les citoyens ont droit de concourir
personnellement, ou par leurs représentants, à
sa formation ; elle doit être la même pour tous, soit
qu’elle protège, soit qu’elle punisse. Tous les citoyens
étant égaux à ses yeux, sont également
admissibles à toutes dignités, places et emplois
publics, selon leur capacité et sans autre distinction
que celle de leurs vertus et de leurs talents.
Article 7 - Nul homme ne peut être accusé,
arrêté, ni détenu que dans les cas déterminés
par la loi, et selon les formes qu’elle a prescrites. Ceux qui
sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter
des ordres arbitraires doivent être punis ; mais tout citoyen
appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à
l’instant : il se rend coupable par la résistance.
Article 8 - La loi ne doit établir que
des peines strictement et évidemment nécessaires
et nul ne peut être puni qu’en vertu d’une loi établie
et promulguée antérieurement au délit, et
légalement appliquée.
Article 9 - Tout homme étant présumé
innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré
coupable, s’il est jugé indispensable de l’arrêter,
toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s’assurer
de sa personne doit être sévèrement réprimée
par la loi.
Article 10 - Nul ne doit être inquiété
pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation
ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.
Article 11 - La libre communication des pensées
et des opinions est un des droits les plus précieux de
l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer
librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté
dans les cas déterminés par la loi.
Article 12 - La garantie des droits de l’homme
et du citoyen nécessite une force publique ; cette force
est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour
l’utilité particulière de ceux à qui elle
est confiée.
Article 13 - Pour l’entretien de la force publique,
et pour les dépenses d’administration, une contribution
commune est indispensable ; elle doit être également
répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.
Article 14 - Les citoyens ont le droit de constater,
par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité
de la contribution publique, de consentir librement, d’en suivre
l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette,
le recouvrement et la durée.
Article 15 - La société a le droit
de demander compte à tout agent public de son administration.
Article 16 - Toute société dans
laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni
la séparation des pouvoirs déterminée, n’a
point de constitution.
Article 17 - La propriété étant
un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être
privé, si ce n’est quand la nécessité publique,
légalement constatée, l’exige évidemment,
et sous la condition d’une juste et préalable indemnité.
CHRONOLOGIE
(d’après Jacques SOLE : "La Révolution en
questions")
Le Déroulement de la Révolution
1787
22 Février : Réunion de l’Assemblée
des notables
12 Mai : Renvoi de l’Assemblée des notables
1788
7 Juin : Emeute populaire à Grenoble en faveur
de l’opposition parlementaire
21 Juillet : Les trois états du Dauphiné
réclament des réformes nationales et des libertés
provinciales
8 Août : Convocation des états
généraux pour le 1 Mai 1789
25 Août : Rappel de Necker au Contrôle
général des finances
27 Décembre : Louis XVI accorde le doublement
du tiers état
1789
Mars : Révoltes agraires en Provence, en Picardie,
dans le Cambrésis.
27 Avril : Emeute au faubourg Saint-Antoine
5 Mai : Séance d’ouverture des états
généraux à Versailles
20 Juin : Serment du Jeu de paume
9 Juillet : l’Assemblée Nationale se proclame
constituante
11 Juillet : Renvoi de Necker
14 Juillet : Prise de la Bastille
16 Juillet : Rappel de Necker
4 Août : Abolition des privilèges
et, partiellement, de la féodalité.
26 Août : Vote de la déclaration
des droits de l’homme et du citoyen.
21 Octobre : Vote de la loi martiale.
2 Novembre : Les biens du clergé sont
mis à la disposition de la nation.
1790
Janvier : Election des nouvelles municipalités.
Jacqueries en Bretagne, Périgord, Quercy.
13 Février : Interdiction des voeux monastiques
perpétuels.
12 Juillet : Vote de la Constitution civile
du clergé.
14 Juillet : Fête de la Fédération
à Paris
27 Novembre : l’Assemblée constituante
exige du clergé un serment de fidélité à
la Constitution civile
1791
2 Mars : Suppression des corporations de métiers.
14 Juin : Vote de la loi Le Chapelier interdisant
les coalisassions et les grèves.
20-21 Juin : Fuite du roi et son arrestation
à Varennes.
15 Juillet : L’Assemblée constituante
disculpe le roi.
17 Juillet : Fusillade du Champ-de-Mars.
27 Août : Révision de la loi électorale
: augmentation du cens.
14 Septembre : Louis XVI jure fidélité
à la constitution
1 Octobre : Réunion de l’Assemblée
législative
29 Novembre : Décret contre les prêtres
réfractaires.
1792
23 Janvier : troubles parisiens pour le sucre et le
café.
29 Avril : Premières défaites
sur les frontières.
11 Juillet : l’Assemblée législative
déclare la patrie en danger
17 Juillet : A Paris, les fédérés
demandent la suspension du roi.
20 Juillet : Les girondins négocient
secrètement avec la cour.
2-6 Septembre : Massacre des prisons parisiennes
20 Septembre : Laïcisation de l’état
civil, institution du divorce. Séparation de l’Assemblée
législative. Réunion de la Convention. Victoire
de Valmy.
21 Septembre : Abolition de la royauté.
25 Septembre : La République française
est déclarée une et indivisible.
1793
21 Janvier : Exécution de Louis XVI
9-10 Mars : Tentative insurrectionnelle à
Paris
5 Avril : Création du Comité de
salut public. Trahison de Dumouriez, qui passe à l’ennemi.
29 Mai : Insurrection anti-jacobine à
Lyon.
10 Juin : Décret sur le partage des biens
communaux. Fondation du Muséum d’histoire naturelle.
10 Juillet : Renouvellement du Comité
de salut public : Danton éliminé
13 Juillet : Assassinat de Marat.
26 Juillet : Peine de mort contre les accapareurs.
27 Juillet : Robespierre entre au Comité
de salut public
17 Septembre : Loi des suspects.
10 Octobre (19 vendémiaire an II) : Le
gouvernement est déclaré "révolutionnaire
jusqu’à la paix".
31 Octobre ( 10 brumaire an II) : Exécution
des girondins.
Octobre-Novembre (brumaire an II) : Mouvement
de déchristianisation.
10 Novembre (20 brumaire an II) : Fête
de la Raison à Notre-Dame de Paris.
8 Décembre : Robespierre fait décréter
la liberté des cultes.
12 Décembre : Les Vendéens sont
écrasés au Mans.
1794
24 Mars (4 germinal an II) : Exécution des hébertistes
5 Avril (16 germinal an II) : Exécution
des dantonistes
7 Mai (18 floréal an II) : Décret
instituant le culte de l’Etre suprême
23 Juillet (5 thermidor an II) : Baisse autoritaire
des salaires à Paris.
28 Juillet : Exécution des robespierristes
1795
17 Février (29 pluviose an III) : Amnistie et
liberté du culte accordées aux Vendéens.
20 Mai (1 prairial an III) : Insurrection populaire
parisienne
23 Juillet : Vote de la Constitution de l’an
III
1797
4 Septembre (18 fructidor an V) : Coup d’Etat du Directoire
contre les Conseils.
12 Novembre (22 brumaire an VI) : Réorganisation
de l’Administration des contributions directes.
1798
11 Mai (22 floréal an VI) : Coup d’Etat du Directoire
contre les conseils.
1799
18 Juin : Coup d’Etat des Conseils contre le Directoire
: poussée néojacobine.
22 août (5 fructidor an VII) : Bonaparte
abandonne son armée et quitte l’Egypte.
10 Novembre : Coup d’Etat de Bonaparte nommé
Premier Consul.