La méthode des cohérences culturelles est la mise en oeuvre d’un processus tout à fait original. Il donne au "sujet" communautaire la place centrale et à l’engagement de son avenir la raison d’être de la méthode.
A contre courrant des méthodes habituelles répétitives et sans profondeur humaine celle préconisée par l’Humanisme Méthodologique est toute entière consacrée à la maîtrise humaine progressive des affaires communes.
Développement, aménagement du territoire, constitution
de pays, communautés d’agglomération, politiques
territoriales, projets d’aménagement et de gestion, politiques
de la ville.
PREAMBULE
Pour aborder le problème il faut indiquer au responsable
qui se soucie de mener à bien l’élaboration d’un
projet, approprié par les acteurs concernés, que
la manière de s’y prendre est déterminante.
Il faut cependant le mettre en garde en lui signalant trois méthodes
qui ne marchent pas :
- La méthode de l’arrangement.
Après un diagnostic objectif, un réarrangement
des facteurs dans un souci de cohérence débouche
sur un tableau, un plan d’action, qui présentent deux
inconvénients : l’arrangement des facteurs "dérange"
les acteurs, les raisonnements savamment élaborés
laissent de marbre les acteurs duement "concertés"
et, pire, forment autant de repoussoirs ce qui semble faire douter
les experts de leur raison ou de leur honnêteté.
Ils ne marchent pas.
- La méthode du plan type
Dans les officines savantes ont été élaborés
des plans types juridico-techniques avec un zeste de concertation
prévu pour les ajustements accessoires indispensables.
Les facteurs locaux sont ensuite intégrés dans
le modèle type dont est ainsi confirmée l’excellence.
Cependant les acteurs locaux manifestent une tendance à
l’indifférence là où on attendait enthousiasme
et remerciements. L’indifférence d’un procédé
impersonnel aux acteurs humains, leur histoire, leurs motivations
et aspirations fait, qu’en définitive, ils ne marchent
pas.
- La méthode de l’application de la règle
Cette fois-ci le modèle est fortement assorti de contraintes
réglementaires et d’arguments de nécessité.
Le seul obstacle, c’est les acteurs locaux qui s’opposent au
libre maniement des facteurs. Alors il faut vaincre cet obstacle
et les moyens de pression ou de séduction appropriés
sont à déployer. La science et la loi, la menace
économique ou les promesses fiscales sont des armes courantes.
Cependant les acteurs ne marchent pas et ils le montreront au
moment voulu.
Ces trois méthodes laissent échapper de temps en
temps des réalisations mais leur pérennité
ou leur utilité demanderaient à être évaluées
à plus long terme.
Ce préambule a pour but d’insister sur le fait que ce
ne sont jamais les méthodes qui marchent mais les hommes.
C’est pour cela que la méthode des Cohérences
Culturelles ne peut être considérée comme
une méthode qui marche mais comme une méthode
de mise en marche.
Elle va donc se préoccuper des hommes qui habitent le
territoire et de leur mise en mouvement par le relais des acteurs,
responsables des facteurs ou accessoires à prendre en
compte.
Elle va chercher à reconnaître et comprendre, dans
la société humaine concernée, quels sont
:
- Le "moteur du mouvement" (motivations, mobilisation,
dynamiques, cohésion, attractivité...),
- Le "Sens du mouvement" qui mènera vers des
horizons désirables pour les acteurs et les communautés
qu’ils représentent et donnera son unité, sa valeur,
sa signification et sa rationalité à la démarche
commune.
- Les conditions de la "conduite du mouvement" qui
permettra de faire en sorte qu’il rassemble, s’intensifie, monte
en puissance sans se perdre ou se disperser et assure que le
jeu des rôles soit de mieux en mieux approprié par
les acteurs majeurs responsables.
- Les conditions de "mise en marche du mouvement",
au moment opportun, activant les acteurs, les vecteurs et les
facteurs de mobilisation précédemment repérés
et validés.
Voilà grossièrement le principe d’une méthode
de mise en marche des acteurs pour la réalisation et l’élaboration
de projets qui soient les leurs. Rien n’interdit d’ailleurs de
faire appel aux modèles, règles et moyens d’analyses
disponibles mais ce ne sont pas eux qui s’imposent aux acteurs
mais doivent les servir.
A ce stade, les responsables de projets territoriaux pourraient
penser qu’une discipline de l’écoute, de la participation,
de la communication, de l’animation permettra facilement d’appliquer
ces principes. La déception viendra rapidement et le recours
aux armes habituelles rendu nécessaire.
Il faut considérer que le traitement humain de tels enjeux
est au moins aussi complexe que le traitement technique, administratif
et juridique. Les phénomènes humains réclament
aussi compréhension et savoir-faire et les hommes considération.
La connaissance des cohérences humaines et les pratiques
de l’ingénierie humaine (dérivés de la théorie
des Cohérences Humaines) sont, au-delà de ces principes,
les moyens et les conditions de l’efficience de la méthode
1 - LES COHERENCES CULTURELLES DES TERRITOIRES
Une collectivité humaine qui n’a pas d’identité
propre ne peut se projeter dans l’avenir et donc s’approprier
un projet. C’est pourtant la projection d’un avenir désirable
qui est le moteur du mouvement, à condition de pouvoir
s’identifier à cet avenir.
Toute collectivité humaine désignée peut
trouver ou clarifier son identité à partir de ses
cohérences culturelles.
L’histoire et les conditions environnantes interviennent dans
l’existence de ces cohérences culturelles qu’il est possible
d’élucider (méthode de l’analyse des Cohérences
Culturelles). Elles constituent un ensemble de significations
implicites partagées. C’est là que le Sens donné
à l’actualité, à l’histoire et à
l’avenir commun peut être puisé. Le Sens donné
à l’avenir c’est le Sens du projet, la clé de cette
démarche.
L’analyse de Cohérences Culturelles permet d’élucider
le meilleur Sens que la collectivité peut partager et
qui lui soit propre :
- Il lui donne une représentation d’elle-même significative,
gratifiante et prometteuse,
- Il lui donne un vecteur de projection permettant de donner
forme et valeur à l’avenir et de l’imaginer en conséquence,
- Il lui donne un axe de cohérence pour articuler les
différents aspects et les différents facteurs à
intégrer pour construire un projet rationnel.
L’analyse des cohérences culturelles offre une compréhension
des cohérences humaines de la collectivité habitant
le territoire. Elle permet d’élucider la ressource majeure
du projet : le Sens à lui donner pour qu’il soit approprié
par les acteurs responsables et les populations concernées.
Accessoirement elle met aussi en évidence les différentes
logiques et rationalités à l’oeuvre, les différentes
représentations du territoire et permet de comprendre
les phénomènes anciens ou actuels constatés.
C’est un apport conceptuel et méthodologique décisif
pour l’approche des problèmes et projets territoriaux.
2 - LES PROCESSUS OPERATOIRES STRUCTURANTS DE LA DEMARCHE
2-1 Le processus de prospective opérationnelle
Dans une période de mutation, la seule certitude c’est
que les horizons à 10 ou 20 ans seront très différents
de ce que nous connaissons. Il n’est donc pas pertinent de faire
des projets à long terme en utilisant uniquement les modèles
connus.
Il y a trois conditions à respecter qui tiennent à
cette conjoncture :
- Imaginer des "visions du futur" appropriées
au contexte. Il faut pour cela de l’information sur les facteurs
majeurs de mutation et une pratique de créativité
pour imaginer des horizons pensables localement.
- Se recentrer sur les potentiels propres pour en dégager
le meilleur Sens à donner l’avenir (l’évaluation
prospective grâce à l’analyse de Cohérences
Culturelles).
- Elaborer un projet stratégique non seulement de réalisation
mais aussi de changement collectif. Cela suppose un travail de
conduite du changement par une démarche appropriée
(maïeutique).
2-2 Le processus d’appropriation active
Pour qu’une collectivité fasse sien un projet, il faut
d’abord qu’elle s’y retrouve. Le Sens élucidé par
l’analyse de Cohérences Culturelles en est la clé.
Il faut ensuite qu’elle construise les représentations
qui lui rendent ce projet intelligible et mobilisateur et qui
l’engage.
Pour cela trois temps sont à respecter :
- celui d’une appréhension partagée de la situation
et des problèmes. C’est la condition nécessaire
à un entendement des orientations et dispositions prises
mais très souvent négligée,
- celui de l’engagement partagé dans une volonté,
une aspiration, une orientation, une vision ou toute autre forme
qui marque une volonté collective,
- celui de la construction des plans, projets, dispositions ou
réalisations qui ne peut se faire valablement que si les
deux étapes précédentes ont été
respectées. Dans le cas contraire, cette élaboration
n’a ni sens, ni pertinence pour les acteurs malgré les
certitudes et les rationalités des experts.
Cette séquence cependant ne peut être engagée
qu’en fonction des logiques culturelles du milieu. C’est le grand
défaut des méthodes et procédures standard
de l’ignorer. L’analyse des Cohérences Culturelles et
l’élucidation du Sens culturel "vocationnel"
du projet permettent de concevoir au préalable une véritable
stratégie d’appropriation.
Un autre aspect est à prendre en compte, c’est l’état
de maturation tant de l’identité collective que de l’orientation
pour l’avenir et celle des personnalités en présence.
Pour cela une échelle des niveaux de maturation des problèmes
est à constituer :
- niveau affectif et passionnel (impulsif)
- niveau factuel - utilitaire (technique)
- niveau projectif - identitaire (stratégique)
- niveau conceptuel - vocationnel (politique)
Ainsi la "participation" des acteurs doit-elle être
conçue stratégiquement, au moment et de la façon
voulue, culturellement cohérente et différenciée
en fonction des niveaux d’appréhension et de maturation
des problèmes.
2-3 Une élaboration cohérente et intégratrice
Il n’est pas nécessaire de s’apesantir sur les ravages
des approches spécialisées qui fondent leur rationalité,
sur l’ignorance de pans entiers du réel et, bien sûr,
le plus souvent, des "dimensions humaines" qui ne font
pas partie de la culture de trop nombreux experts.
Un principe de structuration des analyses et surtout de la construction
de plans, projets, schémas, etc. consiste à veiller
à l’intégration systématique et articulée
(structure cohérencielle) des dimensions et composantes
ci-après :
1) L’intention générale du projet, finalité
subjective, Sens des aspirations, motivations (l’analyse de Cohérences
Culturelles y contribue).
2) Les conditions objectives "significatives" dont
l’analyse dépend du point précédent.
3) Les buts hiérarchisés et des cheminements et
processus d’élaboration stratégique.
4) Les opérations factuelles et des moyens d’efficacité
ainsi que leur programmation.
5) Les représentations partagées et spécifiques
aux différents acteurs ainsi que leur évolution.
6) Les rôles, relations et implications individuelles et
collectives.
En outre, un second principe est à retenir, c’est le
principe de concourance. Lorsqu’un Sens est donné
à un projet alors tous les acteurs et les facteurs sont
identifiés et qualifiés par leur concours aux buts
communs.
Ainsi la relation entre des groupes humains, institutions, pays,
cités, acteurs, etc. qui convient pour un projet commun
suit ce principe de concourance. Il n’exclue pour aucun la participation
à d’autres projets et donc d’autres concourances.
C’est le moyen d’échapper au jeu des enfermements territoriaux,
source de tous les jeux de pouvoir stérile (pouvoir d’empêchement)
et des logiques d’inclusion/exclusion inadéquates dans
un monde évolué.
2-4 Les actions symboliquement structurantes pour l’appropriation
par les populations
Un des problèmes souvent posé est celui de la participation
des populations et des "acteurs de la société
civile". Il est illusoire de vouloir construire de façon
improvisée un dispositif de participation sociale de masse
sur des questions complexes en dehors des trames sociales existant
déjà et dues tant à l’histoire socio-culturelle
locale qu’aux règles instituées ou empiriques de
la démocratie.
C’est ne pas pas respecter les communautés humaines que
de ne pas les prendre en compte, avec réalisme évidemment.
Cependant, les stratégies d’appropriation active peuvent
conduire à la conception de dispositifs culturellement
significatifs mais qui malgré leur caractère ad-hoc
trouvent toujours une assise dans les trames socio-culturelles
existantes.
Dès lors la question de l’appropriation des projets par
les populations se pose toujours.
Les campagnes d’information et de communication informatives
sont souvent illusoires faute d’une pédagogie appropriée
à la culture et à la situation.
Trois réponses sont à donner :
1) Les acteurs mobilisés sont les relais naturels (culturels)
de l’appropriation et les personnalités significatives
disposent de réseaux et d’ancrages efficients, formels
ou informels.
2) Internet intervenant massivement dans la constitution du lien
social apportera progressivement de nouvelles conditions de concertation
collective dès lors que la taille critique de développement
sera atteinte et que l’on aura cessé d’en faire un repoussoir
ou un gadget. Le développement des communautés
virtuelles, et des espaces virtuels de concertation, sera alors
un facteur décisif.
3) Les actions symboliquement structurantes. La compréhension,
l’engagement et, le cas échéant, l’implication
de population, sont favorisés par la conception et la
mise en oeuvre d’actions, d’opérations, de réalisations
"symboliquement structurantes". De telles opérations
ont pour effet de mettre en évidence le Sens d’un projet,
de le faire "toucher du doigt"et de montrer la voie
à suivre et sa faisabilité au travers d’un acte
décisif fortement significatif.
La mise en mouvement à plus grande échelle peut
être ainsi réalisée en tant que de besoin.
Le moment pour le faire dépend encore de la culture et
de la maturité des problèmes. Dans certains cas
c’est très à l’amont qu’il faut engager le mouvement
collectif, dans d’autres cas c’est très à l’aval
de l’élaboration. Toutes les combinaisons sont imaginables
selon les situations et il est préjudiciable de vouloir
appliquer là aussi une procédure et un modèle
standard.
La méthodes des Cohérences Culturelles et sa
mise en oeuvre
Si chaque situation, on l’aura compris, demande une démarche
spécifique, il y a toujours un ordre de progression pour
la mise en oeuvre de la méthode :
- d’abord l’analyse des cohérences culturelles qui donnera
les moyens de comprendre et de repérer les points d’appui
significatifs . Il faut s’être assuré au préalable
d’avoir identifié la collectivité humaine concernée
et le ou les porteurs de l’intention d’un projet,
- ensuite vient la conception et la conduite d’une stratégie
d’élaboration du projet. Elle intègre les différentes
approches et les principes décrits précédemment.
- enfin vient le temps de la réalisation des projets qui
doit être surtout le fruit de la "mise en mouvement"
recherchée. La réalisation est plus alors le produit
des dynamiques d’une société en marche que l’application
mécanique d’un programme.
C’est la compréhension de ceci qui justifie le choix d’une
telle méthode.
Les fins et les moyens sont humains, les acteurs sont auteurs,
moteurs et vecteurs et les facteurs sont les accessoires de leurs
ambitions et des moyens pour les réaliser.