L’intégration des projets

Congrès francophone du management de projet 7 décembre 2004
jeudi 8 juillet 2004
par  Roger Nifle
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Une conférence avait été donnée déjà sur "La maîtrise de la valeur" début décembre 2003 au congrès annuel francophone (AFITEP, AFAV) sur le management de projets.

Congrès francophone du management de projet

PROJETS, ENTREPRISE, INTÉGRATION

La maîtrise des projets et leur intégration

selon l’Humanisme Méthodologique

Nifle Roger, rnifle@coherences.com

Directeur de l’Institut d’Humanisme Méthodologique

Mots clés : projets, concourance, maîtrise, appropriation, trialectique

RESUME

.Dans le monde actuel, la notion de projet prend une importance cruciale. Souvent réduit à un aspect contingent des choses, c’est au contraire le vecteur par lequel l’homme réalise son humanité. Sens et consensus, projections dans le futur, maîtrise et intégration en sont les mots clés. Un projet est un phénomène humain et c’est en tant que tel que l’on va l’examiner. On l’envisagera comme structure élémentaire de toute activité humaine majeure, processus d’appropriation collective à conduire et participant à une conception avancée de l’entreprise. Sens du bien commun et intelligence collective sont les derniers mots de ce panorama.

INTRODUCTION

D’abord un mot sur l’Humanisme Méthodologique. C’est une démarche fondée sur le fait que les affaires humaines, dont les projets, sont de nature humaine (c’est ce que veut dire l’homme au centre) et sont compréhensibles comme des phénomènes humains sur lesquels on peut agir. C’est peut-être une évidence pour certains mais une révolution par rapport aux habitudes. Des conceptions théoriques et des apports méthodologiques nouveaux en découlent, expérimentés depuis 30 ans dans les entreprises et les territoires.

On devrait souvent parler de projets désintégrés plutôt que d’intégration. La plupart du temps en effet, les approches des projets sont réductionnistes et n’en connaissent qu’un aspect, qu’une dimension prise pour le tout. Les approches gestionnaires, les approches modélisantes par exemple.

Le terme de projet est aussi utilisé à toutes les sauces. Pour les uns, le projet c’est la réponse à une situation à des besoins objectivés. Nulle intention, nulle ambition. Pour d’autres le projet c’est l’application d’une procédure, éventuellement c’est la tenue d’un dossier qui en résulte si bien qu’on a pu en venir à opposer logique de guichet et logique de projet dans les politiques publiques territoriales.

Il est patent que les approches réductionnistes soulèvent un problème assez grave, celui de l’autonomie et la maturité d’une population, d’une économie, des responsables. La maîtrise des projets est une exigence nouvelle inhérente à une époque où l’engagement, l’initiative, l’autonomie sont en voie de développement.

Pour l’Humanisme Méthodologique le projet est le vecteur par lequel l’homme réalise son humanité.

En effet, c’est en donnant un Sens à ses préoccupations quelles qu’elles soient qu’il se projette dans le futur, qu’il se confronte aux conditions environnantes et qu’il peut ainsi formuler des projets et les réaliser. Le projet est une sorte d’incarnation du Sens et d’un Sens partagé en consensus lorsqu’il s’agit d’un projet collectif.

Si elle porte sur les conditions et les modalités du projet, la maîtrise de sa conduite dépend de celle du Sens et du consensus. En outre, l’unité d’action que constitue un projet vient de l’unité de Sens et de sa détermination. C’est la condition de sa cohérence.

Il faut donc commencer à imaginer un projet comme la projection partagée d’un Sens (consensus) dont le déploiement structure la démarche et par suite les conditions de conduite.

L’anthropologie de l’Humanisme Méthodologique montre que le projet se structure selon un cohérenciel, selon une logique ternaire, la trialectique sujet-objet-projet.

Ce sont ces bases théoriques que l’on va examiner ici pour montrer qu’elles débouchent sur des pratiques concrètes dont elles fournissent les clés. Nous allons en donner trois exemples.

Le projet structure élémentaire de toutes activités humaines majeures.

Il faut repenser la notion de projet pour se donner une chance d’échapper aux visions figées enfermées dans leur auto référence. Nous proposons ici quelques lectures utiles.

Les degrés de maîtrise de l’action humaine :

- Le “coup” est le degré zéro de la maîtrise, réaction impulsive pour s’imposer.

- Le “geste” est le support d’une habileté qui permet de transformer quelque chose, la base de toute technique et de tout savoir-faire.

- L’organisation est le moyen d’articuler des actions complexes, par exemple pour établir un processus de production.

- Le projet est l’engagement d’une volonté humaine, pour le futur, dans des conditions particulières selon un cheminement balisé et maîtrisé.

On voit là que le projet, c’est l’action au stade majeur. Une entreprise par exemple peut être assimilée à “une affaire”, un savoir-faire ou métier, une organisation, ou un projet. C’est une question de niveau de maturité humaine dans la conception de l’action.

Des niveaux d’intégration et de projet

On peut considérer une action élémentaire comme un projet dès lors qu’elle répond à la définition vue plus haut. Une entreprise peut être assimilée à un projet. On parlera aussi de projet d’entreprise intégrant de nombreuses actions élémentaires et même des projets multiples.

Un territoire peut se doter d’un projet de développement ce qui suppose qu’il se considère comme une communauté majeure dotée d’une volonté et d’une ambition collective. Il est clair qu’un projet territorial intègre de multiples entreprises.

La trialectique sujet-objet-projet, une révolution culturelle, le modèle cohérenciel de l’action.

La pensée occidentale a été principalement prise dans la dialectique sujet-objet différence, face à face, jusqu’au cartésianisme tout est question de ce rapport.

L’anthropologie de l’Humanisme Méthodologique met en évidence que sujet et objet ne sont pas deux choses, deux entités, mais deux dimensions de l’expérience humaine qui débouchent sur une troisième la dimension “projet”. Dès lors le projet n’est pas non plus indépendant des deux autres dimensions.

On peut dire que toute réalité ou expérience humaine a une dimension objective, une dimension subjective et une dimension projective.

On aura toujours à se demander qu’est ce que cela vise, à quoi cela participe. C’est l’émergence de la question sous-jacente du Sens.

Cependant par le caractère fractal du modèle cohérenciel on peut dire aussi que chaque action humaine est un projet structuré selon la même trialectique sujet-objet-projet.

Dès lors un projet se défini par :

- une intention bien déterminée (discernée, choisie, tenue fermement),

- des conditions, toujours quelques peu aléatoires, sur lesquelles l’intention s’applique, s’investit et qu’elle rend significatives ou non,

- un développement projectif qui fait de tout projet une histoire, une histoire dans l’Histoire.

Ces trois dimensions structurantes sont complétées par trois plans à considérer :

- Le plan factuel, ce qu’il y a à faire,

- Le plan des représentations, ce que l’on “projette” mentalement,

- Le plan des relations, des rôles et leur engagement avec leurs affects mobilisateurs.

Toute intégration maîtrisée et conduite de projet consiste à tenir ensemble ces trois dimensions et les trois plans qu’elles dessinent.

Le principe de concourance, nature du lien pour l’intégration dans un projet

L’image fractale nous invite à voir une architecture de projets à toutes les échelles. Un projet global est fait de multiples projets eux-mêmes portant d’autres projets.

Quel est le lien entre tous ce projets ? C’est un lien de concourance.

Tout peut ainsi être analysé par la question à quoi et comment cela concoure-t-il ? Le lien de concourance est le lien structurant des actions, des projets, des entreprises et même des sociétés humaines engagées dans le projet de leur devenir.

Les projets concourent ainsi les uns aux autres. Mais comment y concourent-ils ? En participant à l’une ou l’autre dimension ou composante d’un projet plus large.

Le principe de concourance implique une unité d’intention (de Sens), une unité d’objet (et de contexte), une unité de but et de cheminement (ou méthode). L’unité globale du projet viendra de la concourance des parties pour constituer une structure cohérencielle.

La maîtrise et la conduite du projet

Déterminer l’intention est un travail de “direction”, un problème de dimension “politique” du projet.

Déterminer les conditions significatives, ressources et contraintes, acteurs et facteurs dans leur variabilité et leur caractère aléatoire (approche probabiliste) est une question de “prise en compte” et ainsi de gestion.

Établir le cheminement et les buts qui le jalonnent permettant de donner un cadre et d’ordonner l’action est déjà affaire de conduite du projet.

Ce sont les trois dimensions principales de cette maîtrise. Tenues ou non par une seule personne, elles doivent en tout cas faire l’objet d’une “concourance” sans laquelle tout projet se "désintègre".

Il faudra y rajouter des fonctions qui touchent :

- à la coordination des opérations

- à la projection des ambitions et des trajectoires aux fins d’évaluation

- à l’animation des relations et ressources humaines.

L’élaboration et la conduite de projets

Une figure classique est celle-ci. Un projet fait l’objet d’une décision, d’une conception par des experts et ensuite d’une exécution par des techniciens spécialisés. L’utilité et l’usage des réalisations sont sensées être traités par la décision initiale et par la rationalité du projet, matériellement. Les populations concernées n’y ont pas part sauf accessoirement par une “communication” plutôt défensive ou publicitaire.

Or on l’a vu un projet est l’engagement d’un Sens en consensus par une communauté. Dès lors on ne peut séparer conception et réalisation de projet et appropriation du projet par différentes parties prenantes.

Ainsi l’Humanisme Méthodologique considère dans tout projet :

- Le processus humain d’élaboration et de réalisation “approprié”, condition de réussite,

- La méthode de conduite, depuis son élaboration jusqu’à sa réalisation.

Le processus humain d’appropriation d’un projet

C’est, sur le fond, l’établissement d’un consensus sur un Sens à déterminer. En pratique cette appropriation passe par :

- La recherche du meilleur Sens du projet pour la communauté de référence (Sens du bien commun). Par exemple une analyse de cohérence culturelle ou une analyse de cohérence de la situation où de l’organisation sur laquelle et pour laquelle se justifie le projet.

- La détermination du Sens par une “autorité” qui en devient le porteur et le garant.

- La participation à la conception du projet avec les relais qui en permettent progressivement un élargissement (ex. Concertation ou stratégie pédagogique, etc.).

- La détermination du projet par les autorités légitimes.

- La mise en œuvre du projet avec la constitution des groupes ou équipes de réalisation et d’évaluation.

C’est en fait un processus :

- de rassemblement

- d’identification d’une projection partagée

- une mobilisation collective particulière

- l’articulation d’initiatives particulières dans une démarche commune.

Ainsi dans cette perspective le processus d’appropriation d’un projet est une “mise en mouvement” ordonnée et pilotée. De ce fait un projet (et c’est le cas pour les projets territoriaux) est souvent déjà engagé avant même que tout soit défini ou conçu.

La conduite stratégique.

Elle consiste à assurer un cadre méthodique permettant d’optimiser la progression vers la réalisation du projet. C’est le cadre qui permet au processus précédent de se dérouler et c’est le fruit aussi de ce processus. Sans le développer ici on notera :

- l’importance du travail préalable à l’élaboration du projet pour déterminer son Sens et assurer une direction déterminée par la suite,

- l’importance d’un processus de conception qui aille du général au particulier, du rêve à sa concrétisation, de l’imagination créative, scénarique à l’imagination technique et opérationnelle (des phases de conceptions progressives sont à prévoir en relation avec le processus d’appropriation),

- l’importance de la conduite qui implique

- une vision intégrative du projet et de la marche en avant

- une anticipation

- un accompagnement

- une évaluation permanente

- les réajustements stratégiques ou opérationnels.

Deux types de compétences sont ainsi à mobiliser, une “ingénierie” faite d’ingéniosité permanente (nouvelle conception du métier d’ingénieur), une “ingénierie humaine” capable d’appréhender les phénomènes, de concevoir les processus et de les piloter.

En fait les deux ne devraient plus être séparés. Pour tous les projets importants, c’est la conduite des hommes qui est à la charnière des deux avec un volet processus et un volet méthode.

Il y a évidemment de nombreux aspects qui ne sont pas évoqués ici mais font l’objet d’autres documents d’application de l’Humanisme Méthodologique (rubrique).

La mutation et le modèle intégré de l’entreprise humaine

Nous traversons des crises en série depuis trois décennies. De nombreux signes de mutations sont présents qui touchent à la structure, à la finalité, au fonctionnement des entreprises.

L’étonnant c’est la coexistence de multiples mises en question et bouleversements de fait et la persistance dans l’idée que ce sont toujours les mêmes conceptions, les mêmes méthodes, le même management qui prévalent, simplement adaptés à la marge.

Mondialisation, délocalisation, désindustrialisation, virtualisation des entreprises et des marchés, externalisations, destructurations permanentes, atomisation des équipes et des entreprises, transformation des critères d’implantation, bouleversent le paysage économique et celui des territoires.

L’Humanisme Méthodologique éclaire la mutation et la signification des crises qui l’accompagne, propose une conception nouvelle plus intégrante des entreprises humaines.

On en donnera ici trois visages complémentaires :

- L’entreprise projet humain engage dans la participation à la recherche du bien commun d’un territoire ou d’une communauté de référence. C’est la base d’une pérennité fondée sur des valeurs partagées et un devenir commun (projet d’entreprise communautaire). C’est l’intelligence “politique” qui assure la pérennité à long terme et le projet politique qui l’incarne

- L’entreprise comme capacité stratégique de “projection” dans un monde en mutation avec des ressources d’investigation et de veille (qui peuvent être partagée) et une capacité de faire émerger et d’élaborer des projets opérationnels circonstanciés. C’est l’intelligence collective de l’entreprise qui assure là le moyen terme dans le cadre du et des projets stratégiques.

- L’entreprise comme vecteur de projets opérationnels. Ceux-ci sont de durée limitée, ont recours à une trame partenariale ad hoc, à des structures, compétences et moyens éventuellement délocalisés et réclament donc un “télé management” bien maîtrisé.

Les entreprises réelles comportent toujours ces trois volets seulement, ils ne sont pas toujours bien conscients ni maîtrisés. On peut même dire que la maturité des entreprises est liée au niveau de conscience à l’égard de ces dimensions et en conséquence de la maîtrise des échéances.

En dehors de milieux protégés (économie de proximité) les entreprises qui ne connaissent que l’opérationnel sont menacés dans leur pérennité.

Celles qui ne capitalisent pas dans une “intelligence collective” au niveau des enjeux d’aujourd’hui se “désintègrent ou seront désintégrées par d’autres”. Les entreprises qui n’ancrent pas leur légitimité dans la contribution au bien commun seront désaffectées par leurs collaborateurs et leurs clients.

Mais il est plus rassurant de persévérer dans l’erreur que de se projeter dans un futur incertain et se donner les moyens de les maîtriser. Il est possible de traiter du management des projets indépendamment du monde et de sa mutation je crains que cela ne soit maintenant vain.

Conclusion

S’il fallait rajouter un mot à ces considérations, bien lapidaires il est vrai, c’est que les raisonnements qui se construisent sur les seuls intérêts particuliers et les seules compétences individuelles devront en venir à intégrer le Sens du bien commun à toutes les échelles et l’intelligence collective.

Les intérêts particuliers et les compétences individuelles trouveront là seulement leur légitimité et la question éthique reviendra au cœur des affaires humaines en même temps que celle du Sens des projets et des entreprises en référence au Sens du bien commun.

Bibliographie sur Internet par l’auteur

La trialectique Sujet Objet Projet

Nombreux textes sur les projets territoriaux

Notamment :

Projets de territoires

L’avenir des territoires

Nombreux textes sur les projets et les entreprises

Notamment :

L’avenir des entreprises

Structures et gouvernement des entreprises (et suite)

Les groupes de concourance

L’intelligence collective

L’Humanisme Méthodologique

Texte de la conférence 2003

Maîtrise de la valeur



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