Quel Sens donner à l’Intelligence collective

Une émergence aux tendances contradictoires
vendredi 9 juillet 2004
par  Roger Nifle
popularité : 3%

L’intelligence collective nous raconte aujourd’hui deux histoires. Celle d’un progrès de l’humanité et d’une plus grande conscience à la veille d’une nouvelle considération des communautés humaines. L’autre nous raconte que ce n’est que question de combinatoire et que l’homme et l’intelligence humaine ne sont qu’illusion... nous disent-ils.

Au travers des références proposées pour le définir, il y a deux problèmes majeurs qui apparaissent et qui sont d’ailleurs corrélés.

Il existe deux courants tout à fait opposés qui sont à l’œuvre derrière ce thème. (paradigmes)

L’un est le courrant antihumaniste radical fondé sur le déni d’humanité (voir les derniers ouvrages de Jean Claude Guillebaud notamment). Il correspond notamment à une approche strictement holistique, immanentisme qui dit en gros que c’est la configuration du système qui est l’intelligence collective (une interprétation abusive de la relation complexité/ conscience de Theilhard de Chardin ramenée à complexité = conscience ). Tout un effort est fait pour réduire l’homme à un agent, exodéterminé, et assimiler l’intelligence au comportement du système (quelque soit la terminologie, réseau, écologie) avec l’adaptation comme principe moteur et l’équilibre, fusse-t-il dynamique, comme idéal. Il en existe d’ailleurs différentes variantes plus ou moins compatibles entre elles aussi.

Le deuxième courant est celui d’un humanisme radical. C’est celui que je poursuis avec l’Humanisme Méthodologique. Il commence par ne pas oublier que tous les termes concepts, expériences sont de source humaine, exclusivement. L’intelligence aussi quelque soit le Sens que les hommes lui donnent et les figures ou configurations qu’ils se donnent pour l’identifier.

L’Humanisme Méthodologique travaille depuis plus de 25 ans à jeter les bases théoriques et pratiques d’une anthropologie dont l’une des caractéristiques est de constituer une théorie anthropologique des communautés humaines (et pas un antihumanisme théorique comme souvent avec les sciences humaines ). Elle débouche sur une théorie des cohérences culturelles avec de nombreuses applications, tant pour l’éclairage des phénomènes que pour l’ingénierie des processus humains collectifs. De nombreuses applications de terrain sont menées notamment autour de projets territoriaux ou bien encore pour éclairer la culture européenne et ses différents Sens.

Divers développements touchent à la question posée ici :

- Des développements épistémologiques quant à la théorie de la connaissance (humaine), les types et processus de conscience et de "réalisation" considérant la réalité comme "réalisation" humaine. De làtoute une pensée du virtuel (nombreux textes en ligne sur ce thème).

- Des développements en terme de niveaux d’évolution, niveaux de maturité qui offrent un champ conceptuel nouveau à la définition d’une "intelligence collective".

- Le développement humain en rapport avec "l’intelligence collective" et les processus de changement, thérapeutiques ou pédagogiques, qui s’y rapportent. Le concept de macro pédagogie est particulièrement pertinent.

- Sur le plan praxéologique outre la théorie anthropologique de l’action humaine (individuelle et collective), ce sont des méthodes sans équivalents qui sont développées, capables de poser et d’entreprendre des ambitions de grande dimension sur des collectivités importantes.

- Sur le plan de la mutation les apports touchent au seuil de maturescence, à la crise des représentations, la crise du Sens, l’émergence d’un "âge du Sens", "âge du virtuel", "âge d’homme", "âge des communautés de Sens"...sont particulièrement éclairants.

S’ils rejoignent d’autres analyses ils apportent en plus l’anthropologie fondamentale qui manque tant pour la théorisation des phénomènes que pour la construction de pratiques décisives.

Toute la question est : de l’humanisme radical ou de l’antihumanisme radical qui fondent les motivations (humaines) profondes des aventures épistémologiques se rapportant à des thématiques semblables, quel est le choix de chacun ?

Je propose à la sagacité du lecteur ces analyses de Michel Serres : (Hominescence)

- "Nous sommes à la fin de l’ère des réseaux" alors que l’on dit ici où là l’inverse.

- "Le virtuel est comme la chair de l’homme" alors qu’on en ferait plutôt ici où là un avatar du numérique et des réseaux.

Par ailleurs son analyse de la "Sainte Famille" en dit long sur le principe d’humanité.

Il faut prendre garde de ne pas tout mettre dans le même sac, une position et son contraire. Peut-être serait-ce un bon exercice de le discerner.

L’humanisme méthodologique dont la position est déterminée offre des moyens pour cela. Le bagage est conséquent mais disponible pour qui veut s’en équiper et aussi pour participer à tout projet qui fasse avancer "l’intelligence collective" de l’humanité.


Navigation

Articles de la rubrique