Le Journal Permanent de
L'Humanisme Méthodologique
par Roger NIFLE


Une méthode de pensée pour l'action
Basée sur la Théorie et l'Ingénierie du Sens et des Cohérences Humaines
Le 20 07 2008 à 00 h 04

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    L’agir humain
    Praxéologie humaine HM33

    Première publication : septembre 2003, mise en ligne : mercredi 21 juillet 2004, Roger Nifle


    L’agir humain est inhérent non à un fonctionnement existentiel mais au mode d’exister lui même. Ainsi si la réalité est d’expérience humaine alors c’est aux sources de la dite expérience que se situe le moteur de l’action. Le Sens en conSensus est cette source si bien que l’accès au Sens par la connaissance est en même temps accès au moteur de l’action. Théorie et pratique se rejoignent au coeur de l’homme.

    Nous entrons là dans un domaine difficile et particulièrement important.

    Important parce que ce sont toutes les activités humaines qui en dépendent et que l’on peut s’attendre à un bouleversement radical de la pensée et des méthodes de l’action dans tous les domaines.

    Difficile parce que justement il n’existe guère de praxéologie générale qui nous ait habitué à une pensée générale de l’action de la plus familière à la plus vaste et, en outre nous pouvons dire que l’action est bien souvent ramenée :

    - soit au pouvoir, plus ou moins magique

    - soit au faire, limité à l’action technique

    - soit à quelque modélisation qui se prend parfois pour l’alpha et l’oméga de l’agir.

    De ce fait c’est un dépassement des niveaux de maîtrise antérieure et l’accès à l’âge du Sens qui permettent de refonder la pensée et les pratiques de l’agir humain avec l’humanisme méthodologique.

    Le terme de méthodologique associé à l’humanisme, dit bien le lien implicite entre la finalité et les modalités opérationnelles indissociables.

    Les principes

    Agir c’est intervenir dans la réalité pour la changer, la transformer.

    Or ignorant que la source de toute réalité est l’expérience réalisatrice, l’actualisation de Sens en ConSensus, alors on ne peut que postuler ce qui serait cause dans la réalité pour agir dessus. Le plus souvent d’ailleurs ceci n’est l’objet d’aucune analyse soit du côté des causes soit du côté de l’intervention humaine sur ces causes.

    Le niveau empirique se contente de constater : "si on fait ceci, dans telles conditions, alors on obtient cela". De là une pratique aveugle sur les causes mais qui peut être néanmoins habile dans son champ d’efficacité. L’humanisme méthodologique nous invite à une autre analyse.

    Intervenir dans la réalité, c’est intervenir dans le processus de "réalisation", dans l’expérience humaine. Cela suppose donc intervenir sur le conSensus de la réalité où agir.

    Dés lors les variables de l’action se ramènent à :

    - sur quelle Cohérence ou problématique humaine se disposer ? Une pratique de centration le permettra,

    - dans quel Sens engager les choses ? Une pratique de discernement y contribuera,

    - sur quel consensus agir ? Une pratique d’intervention sur un collectif ou une communauté humaine sera nécessaire.

    Nous pouvons alors mettre en évidence trois moments de l’action :

    - celui qui va permettre de prendre une position orientée vis-à-vis de la réalité sur laquelle agir : Cohérence et Sens à tenir,

    - celui qui va consister à activer un conSensus de façon à ce que son actualisation se manifeste comme réalité nouvelle,

    - celui qui consiste à travailler le conSensus donc à le faire évoluer vers ce que l’on en souhaite et donc envisager l’action comme processus d’appropriation collective, de réalisation progressive, de changement, de conversion, etc.

    Le premier moment, celui de la prise de position orientée nous incite à penser qu’un travail personnel est nécessaire. Une personne en son Instance doit trouver et tenir une position de Sens dans une Cohérence.

    Cela évoque directement la question de la capacité de maîtrise pour le faire et aussi la question de l’autorité et la responsabilité pour l’assumer.

    Avec l’humanisme méthodologique, nous ne serons pas confronté d’abord à une question d’outil ou de mécanisme mais à une question de maîtrise, de responsabilité. Heureusement que les hommes malgré leurs aveuglements, ont découvert depuis longtemps quelques principes, même si beaucoup en ignorent ou en contestent l’intérêt, surtout s’ils sont animés de motivations régressives.

    Dirigeants, responsables, professionnels dans tous domaines et à tous niveaux ont à tenir ce rôle d’évidence à l’âge du Sens, lorsque la poursuite du Sens du bien commun est le critère de toute action.

    Poser les problèmes c’est déjà désigner une réalité où agir. Cela invite à se centrer intérieurement sur cette réalité, la faire sienne dans le partage d’un conSensus initial et donc se retrouver positionné en son Instance sur la problématique sous-jascente.

    Cela demande déjà une attitude "d’écoute", que la recherche intérieure de ce qui anime les autres, du conSensus dont la réalité fait problème (ou projet). Consensus de proximité s’il s’agit de "problèmes personnels", consensus culturel communautaire s’il s’agit des problèmes d’une organisation, d’une communauté qui peut être de grande taille, consensus universel s’il s’agit d’une question qui concerne l’humanité... de tous les hommes. On voit bien que l’approche sera alors différente.

    A cette attitude d’approche, d’écoute on peut opposer celle là qui consiste à envisager le problème des autres du point de vue de sa propre problématique familière. C’est une attitude de non considération qui pose des problèmes éthiques et pratiques. Sont disqualifiées ici les prétentions technocratiques de ceux qui font les questions et les réponses à la place des autres, ramenés au stade de mineurs et même plutôt d’objets ou d’individualités impersonnelles.

    L’éthique de la considération est un préalable à l’action responsable, c’est-à-dire qui agit sur la réalité commune et à plus forte raison qui sert le bien commun. Il y a là les bases d’une refondation de la légitimité de toute responsabilité et de tout exercice d’un quelconque professionnalisme.

    Il faut poursuivre l’analyse par la question du discernement des Sens de la situation du problème et au bout du compte de la problématique humaine sous-jascente.

    Ce discernement aidera d’un côté à élucider les Sens à l’oeuvre dans le consensus et donc dans la réalité en problème, d’un autre côté à repérer le meilleur Sens celui de la résolution de la problématique donc celui qu’il est humainement favorable de cultiver (sens d’accomplissement). On peut aussi malheureusement se servir des problèmes pour aliéner les autres, les rendre dépendants plutôt que de les aider à les résoudre. Cela revient ainsi à repérer ce qui est potentiel, source de virtualités sur quoi prendre appui pour engager l’action.

    On peut dire à ce stade qu’il importe pour l’action de toujours cultiver le meilleur Sens et de ne jamais "entrer en lutte" contre d’autres Sens, ce qui reviendrait à leur donner conSensus maladroitement si le discernement des autres n’est pas assuré.

    Évaluer le niveau de maîtrise des personnes ou communautés humaines dans ce Sens là permettra aussi de choisir plus tard comment aborder la situation.

    Cependant ce qui reste d’essentiel c’est la détermination, la tenue d’une position : Cohérence (problématique) et Sens (disposition prise). C’est l’acte même d’autorité qui a du s’appuyer sur la maîtrise et la responsabilité. C’est un acte de liberté et d’engagement personnel, souvent solitaire, que de se poser ainsi pour solliciter le consensus des autres c’est-à-dire agir dans ce Sens.

    Nous soulignons que toute position d’autorité, de responsabilité et de maîtrise se justifie ici dans ce premier moment de l’action humaine où le rapport aux autres est engagé.

    Le deuxième moment est celui où on se demande comment agir sur la réalité pour la transformer. Il est possible de considérer la réalité finale comme l’actualisation d’un Sens, d’une Cohérence en conSensus. L’actualisation est ce processus par lequel le conSensus est source de l’expérience réalisatrice. En tant que tel il la déploie selon les dimensions et composantes que l’on connaît (cohérenciel) en même temps qu’il donne cette impulsion de déploiement, constituant la "source énergétique" de la réalité en question.

    A l’inverse cela présuppose que ce soit constitué ce conSensus à partir des Sens des Instances en relation. Cela revient à dire que ces Sens sont activés en se trouvant en conSensus. L’activation des Sens en consensus précède l’actualisation des mêmes Sens en consensus formant l’expérience réalisatrice, la réalité. Par ailleurs toute réalité est porteuse de Sens en consensus susceptibles d’activer ces mêmes Sens pour d’autres Instances. De ce fait on peut concevoir l’artifice suivant. Une pratique (méthode, technique, opération...) active un conSensus dont l’actualisation s’exprime dans une réalité commune (réalisation recherchée). On pense bien alors que la pratique est une réalité qui est elle même l’actualisation de Sens en conSensus.

    De ce fait on peut lire les processus de l’action sur le plan du Sens des Instances comme un effet d’influence, d’animation, d’extension de conSensus à partir de l’initiative de quelqu’un ou quelques uns. Sur le plan des réalités, surtout si on en ignore le Sens, tout se passe comme si la réalité-pratique était la cause de la réalité-résultat.

    Nous voyons là comment peut se construire une théorie et une pratique de l’action dotées d’un volet portant sur des artifices dans la réalité et d’un autre volet portant sur ce qui se joue et se passe à la source, Sens et conSensus.

    Ceci peut se schématiser ainsi.

    Un Sens (dans une cohérence) s’actualise dans une réalité-action (expression, méthode, opération, scénario, etc...). Cette réalité-action active la même Cohérence et le même Sens pour d’autres visant à en étendre le consensus. Cette activation pour les autres s’actualise alors dans une réalité-réponse-résultat.

    SCHÉMA DE LA COMMUNICATION ET DE L’ACTION

    BOUCLE D’AJUSTEMENT DU CONSENSUS
    ET DE RÉALISATION

    On comprend aisément trois phénomènes :

    - La réponse-résultat peut servir de régulation du consensus initié et si quelque maîtrise est exercée là alors un réajustement permettra d’approcher du résultat espéré.

    - On voit la place et le rôle de maîtrise professionnelle pour tenir le bon conSensus sinon très vite d’autres influences vont faire diverger le processus (non maîtrisé).

    - On devine que la position à priori de ceux qui sont visés par l’extension du conSensus peut faciliter ou non cette extension et donc la réalisation attendue. Sur ce dernier point le troisième moment apportera des éclairages.

    A ce stade il y a encore deux observations capitales à faire.

    La première c’est que ce schéma de l’action est aussi un schéma de toute communication, communication de Sens au travers de médiations existentielles. C’est là un fait capital à l’âge du Sens. Toute communication est action et toute action est communication. Gageons qu’un "agir communicationnel" y trouvera son compte. Cela renvoie aussi à des questions de maîtrise et de responsabilité.

    La seconde est le fait que c’est la réalité actualisée qui semble activer le Sens du consensus au travers de ses différentes dimensions et composantes. Cela implique que toute opération, toute pratique maîtrisée, doit intégrer l’ensemble de ces dimensions et composantes même si elle privilégie telle ou telle. Cela implique aussi que toute réalisation-résultat doit s’appréhender et même s’évaluer dans toutes ses dimensions et composantes. Dans certains milieux économiques on parle de la "gestion de l’immatériel". Il s’agit sans doute d’un renversement de perspective d’un matérialisme exacerbé et d’un pragmatisme peu éclairé qui régnait antérieurement.

    A lire : Sens de la gestion

    Le troisième moment est celui où on considère le travail sur le consensus des autres et donc le processus d’évolution et de transformation de la réalité par ce travail même.

    On fera un parallèle entre ce qui se passe dans la réalité (d’expérience commune) et ce qui se joue dans le consensus et qui s’actualise dans cette réalité comme transformation.

    Prenons les deux dimensions premières de la réalité. La variable intentionnelle est celle du Sens.

    Nous pouvons avoir là comme question le changement ou le repérage d’un Sens déterminé. L’action est alors comme une action de "communication" par l’activation du Sens au travers de repères symboliques, en général repères d’autorité, pour qu’ils soient crédibles et efficients. La question du changement de Sens peut s’associer soit à une dispersion soit à la dominance d’un autre Sens.

    Le changement de Sens dans un groupe, une communauté (et donc les personnes qui y participent) est des plus délicat. En effet, pour qui n’a pas conscience du Sens, changer de Sens c’est mettre en question la réalité actualisant le ou les Sens habituels et auxquels les intéressés se sont plus ou moins identifiés. Leur individualité est alors partie prenante de cette réalité, leur identité et tout ce qu’ils reconnaissent comme valeur et stabilité de soi. Changer de Sens, c’est aller vers l’effondrement de cette expérience qui peut être vécue comme aussi menaçante que la mort. Il est vrai que ce le sera d’autant plus qu’il y aura eu attachement fondamental à une dimension de la réalité : les affects, la corporéïté, les représentations de soi le tout étroitement inscrit dans l’environnement mis en question.

    Il faut connaître cela pour en deviner tout de suite que la construction d’une réalité nouvelle dans un nouveau Sens doit précéder toute mise en question des réalités anciennes. C’est fort de nouvelles identifications, de nouvelles situations que les anciennes réalités pourront être "lâchées".

    L’expérience du changement collectif montre à l’évidence comment les uns après les autres s’inscrivent dans une réalité de nouveau Sens et laissent se "dissoudre" les réalités anciennes.

    Il faut des populations d’une maturité suffisante pour assurer prématurément les remises en question avant d’avoir bâti les nouvelles conditions d’existence.

    Appliquons le à un pays qui a identifié la réalité aux formes, modèles et représentations sacralisées sous les auspices de la Raison. Ce pays est d’autant plus irréformable que les formes deviennent la seule réalité identificatoire et même auto-référente (coupure d’avec les plans factuels et affectifs, régression factuelle et affective des comportements non formalisés).

    Cependant nous voyons là que réformer est la plus mauvaise méthode. Il faut créer de nouvelles réalités, de nouveaux Sens jusqu’à ce que cela soit attractif pour le plus grand nombre et que cela dissolve ou épuise les consensus anciens Évidemment les méthodes formelles de conception de l’action sont incapables de penser cela et donc de le faire.

    Une autre variable de la réalité c’est le changement des "conditions objectives" facteurs et acteurs, objets symptomatiques de l’altérité dans le consensus, de la présence des autres, aléatoire. Il y a une approche consistant à penser ces conditions comme un état figé se traduisant par une réalité partagée aussi figée.

    Le "changement d’état" au niveau des conditions, se fait par une rupture qui peut être vécue durement, moins que celle qui met en question les sujets, mais suffisamment pour dé-ranger conforts, habitudes, postures et identifications mineures.

    L’action ne met pas en question le Sens en consensus mais le partage de ce Sens qui change les conditions. La bonne méthode est dans celle du partage que l’on peut appeler concertation. Si les parties prenantes sont appelées dans les mêmes consensus mais avec des conditions nouvelles à réactualiser leur environnement, leurs réalités, alors le changement se fera aisément et "l’appropriation" aussi.

    L’appropriation c’est l’élaboration d’une réalité nouvelle bien adaptée notamment aux nouvelles conditions mais c’est aussi faire de cette réalité une réalité propre à laquelle les personnes et les groupes peuvent s’identifier.

    Il y a encore à considérer que les conditions dans un monde humain non figé sont changeantes et même aléatoires, c’est-à-dire objectivement imprévisibles.

    Le changement là ne peut se faire par opérations banales d’appropriation mais par une sorte d’appropriation permanente considérant que le changement aléatoire fait partie des conditions même de la réalité.

    Alors c’est la structure de maîtrise qui peut l’assumer. Il faut un niveau de maîtrise suffisant pour tenir d’un côté le Sens (politique) et le traduire en fonction des circonstances infiniment diversifiées et aléatoire. Une structure hiérarchique et une définition des compétences comme ayant à leur niveau (d’évolution et de maîtrise) à intégrer cette variation constante de la réalité en cessant de se fixer sur des fausses stabilités. Ce qui est stable en effet c’est ici le Sens et l’intentionnalité personnelle et collective qui l’exprime. Les nouvelles structures virtuelles sont fondées sur ce principe où ce ne sont plus les cadres géographiques, juridiques, matériels, factuels qui fonde la réalité.

    Là où on commence à s’intéresser à l’immatériel au-delà du matériel familier, on aura à découvrir que le stable est du côté de l’immatériel, la détermination des sujets.

    Envisageons le troisième type de changement, l’évolution des situations dans un Sens de réalisation et de plus grande maîtrise.

    Nous nous situons maintenant sur l’axe de l’historicité, du développement. Si nous nous trouvons engagés dans un Sens du bien commun, dans des conditions nouvelles actuelles ou futures (prospective ou projet par exemple) alors le changement est progression. Progression vers un but ou différents buts hiérarchisés. Nous avons alors à considérer deux séquences.

    - Celle d’abord d’un processus de réalisation progressive dont nous reverrons les phases et les étapes comme démarche méthodologique pour l’action.

    - Celle ensuite d’un processus de maîtrise que nous connaissons maintenant comme un processus de progression dans le niveau de maîtrise donc de connaissances comme de compétences.

    Le changement collectif est alors une progression pédagogique en même temps que la culture d’un chemin d’accomplissement. Il n’est pas exclu que le second précède le premier ou qu’ils s’accompagnent l’un l’autre.

    Dans tous les cas il s’agit de cultiver le Sens de l’accomplissement dans la problématique par un processus de développement qui est à la fois réalisation et révélation progressive.

    L’action est alors, pour le collectif en consensus, à la fois réalisatrice de son monde et révélatrice d’humanité, vectrice de l’efficacité et de l’accomplissement ;

    Aucun projet, aucune démarche, aucune activité humaine ne peut être conçue comme exclue de ce processus. Aucune action humaine qui a des buts à réaliser existentiellement parlant ne peut être comprise autrement qu’un parcours d’accomplissement des personnes et des communautés. On trouvera là aussi on le verra le véritable Sens du travail humain. Il n’y a que dans les autres Sens que cette cohérence se défait et qu’action et efficacité se dissocient des valeurs d’accomplissement humain, y compris dans l’art, bien sûr.

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