La science et l’art comme re-présentations de l’expérience humaine

Les sources de la conscience, la connaissance et l’intelligence humaines
dimanche 18 juillet 2004
par  Roger Nifle
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Les phénomènes humains les plus courants et les plus exigeants sont souvent les plus obscurs. L’anthropologie de l’Humanisme Méthodologique poursuit son exploration aux sources de l’intelligence symbolique déjà largement mise en pratique au travers de ses éclairages praxéologiques et de l’ingénierie du Sens et des cohérences humaines. La science et l’art si explorés et commentés n’ont pas fini de révéler leurs sources et leurs Sens.

RAPPELS PRÉLIMINAIRES

L’anthropologie radicale de l’Humanisme Méthodologique met en évidence :

- Le Sens comme constituant de l’Instance humaine personnelle, de l’humanité de l’homme dont le devenir et la liberté tiennent à la capacité de choix, en toutes circonstances, du Sens qui permet d’accéder à cette liberté d’être (autonomie, conscience de Sens, maîtrise de l’engagement du Sens), reconnaissance de l’humanité de l’homme.

- Le ConSensus comme constituant de toute relation de nature humaine. Portant sur tels ou tels Sens, pour le pire et le meilleur, les ConSensus sont les fondements de toute communauté humaine ainsi communauté de Sens en consensus. Le meilleur de ces Sens en ConSensus et à considérer comme le Sens du bien commun.

- La réalité du monde, de l’existence humaine, de l’existence des choses n’est constituée que d’expérience humaine. La réalité est un "réalisé". Elle est le fait de ConSensus avec d’autres Instances humaines qui est appréhendé comme réalité d’expérience. Dit autrement, ce sont des consensus dont notre expérience est actualisation, présentification, présentation de réalités d’expérience.

- L’expérience humaine et ainsi les réalités réalisées possèdent trois dimensions et trois composantes :

- une dimension subjective intentionnelle qui prend différents visages comme par exemple la force, la détermination, la persévérance dans le temps, expérience du Sens engagé,

- une dimension objective qui distingue, sépare, compte et prend en compte l’aléa, présence d’altérité, incidence des autres, multiple.

- une dimension projective résultante, rationnelle qui ordonne les éléments précédents selon une ligne de détermination, dimension spatio temporelle, historique des existences.

Les composantes de l’expérience sont :

- la composante sensible ou affective : éprouvé, vécu, appréciation, expérience pulsive...

- la composante factuelle ou matérielle, comportementale, corporelle, opérative, de ce qui "se produit", "se fait", existe "en fait", interagi,

- la composante formelle ou mentale figuration, image, structure projective mais aussi forme et langages, signes d’identification.

Toutes les réalités sont relatives aux consensus qu’elles actualisent. Ainsi chaque communauté, notamment culturelle, se voit dans un monde commun. De ce fait nous existons simultanément dans différentes sphères :

- la sphère de proximité des situations présentes

- la sphère culturelle des communautés auxquelles nous participons,

- la sphère universelle du monde de l’humanité entière, son univers, l’univers.

L’articulation de ces trois types de plan est source de confusions, d’exclusion mais aussi d’accomplissement. Nous sommes dans une période de mutation pleine de troubles mais qui ouvre à cette mondialisation une et plurielle de nos réalités communes.

- Rappelons enfin que le processus d’évolution humaine, personnelle, culturelle, universelle, dès lors qu’il s’engage selon le Sens de l’accomplissement, passe par une certaine maîtrise des affaires humaines. Elle commence par celle de l’archaïque, des pulsions affectives, dépassée, grâce aux séparations, distinctions, objectivations, par celle, primaire, de la gestion des choses matérielles, subsistance et confort, dépassée grâce aux rationalisations, par celle, secondaire, des formes, discours et modèles, dépassée enfin grâce au discernement et à la maîtrise du Sens.

Enfin cette évolution aboutit donc à un "âge du Sens", des communautés de Sens où nos réalités, les affaires humaines, sont envisagées dans leur consistance, dimensions et composantes intégrées mais aussi leur Sens, humain.

La crise des représentations mentales, forme des choses et la crise du Sens actuelles sont symptômes d’un seuil de maturescence qui entraîne l’humanité à ce qui a été souvent appelé l’âge de l’esprit.

Il faut dire que pour l’Humanisme Méthodologique le Sens (humain), transcendant toute expérience (humaine) est esprit et ainsi le travail sur le Sens peut être dit spirituel humainement parlant.

Les re-présentations de l’expérience humaine

L’expérience est "présentation" d’une réalité réalisée par le consensus. La "re-présentation" de l’expérience est possible dès que l’on peut re-mobiliser un consensus sur les mêmes Sens.

Cette mobilisation est possible par centration et réactivation du conSensus. Diverses circonstances ou pratiques le permettent. Dès lors le conSensus ainsi mobilisé sera vécu comme expérience d’une nouvelle présentation de réalité, une réalité seconde, homologue à la première du point de vue du Sens, mêmes Sens, même consensus mais de consistance différente. Présentation et re-présentation ont mêmes Sens.

S’agit-il d’une re-présentation de la réalité ? Là est un grave malentendu. Il s’agit d’une re-présentation de l’expérience réalisante.

Ainsi c’est en l’homme que se trouve le lien, le Sens commun entre présentation et re-présentation. La re-présentation, réalité seconde, n’appartient pas à la réalité première, elles ne sont liées que par le Sens.

Ainsi entre une situation et une description verbale de la situation, il n’y a rien de commun sinon le Sens. Entre une situation et une re-présentation sous le mode d’une situation homologue seul le Sens est commun. Cependant ce que certains appelleraient un méta point de vue permettra le cas échéant de réaliser une expérience où se trouvent re-présentés ensemble les deux réalités, première et seconde, situation première et discours sur la situation. Nous serions en fait plutôt dans une nouvelle re-présentation du même consensus avec à chaque fois un lien d’homologie entre elles.

De là diverses considérations. La re-présentation seconde est aussi réalité et la re-présentation tierce considère la réalité première et la réalité seconde comme participant d’une même réalité (réalité tierce).

Ainsi le discours re-présentant la situation devient-il alors partie prenante d’une réalité tierce situation-discours re-présentés ensemble.

On comprend la rigueur nécessaire pour ne pas tout confondre. On comprend aussi qu’il puisse arriver que la réalité seconde, re-présentation de la situation première passe pour la seule réalité, le monde étant devenu par exemple le monde du langage verbal "oubliant" les réalités premières qu’il a pu re-présenter.

On trouvera facilement de ces "abstractions" comme par exemple l’idée d’un "savoir" indépendant de la réalité première et d’un discours sur le savoir-réalité seconde qui serait donné comme accès à ce savoir et non à la réalité première. De même un discours sur l’art peut être donné comme accès à l’oeuvre, elle-même re-présentation d’une expérience humaine première.

Une autre considération porte sur le fait que l’expérience première réalisée comporte des dimensions et des composantes qui peuvent être re-présentées par d’autres dimensions ou composantes de la réalité seconde.

Ainsi une composante affective d’une expérience première peut être re-présentée par une forme imaginaire seconde. Une composante factuelle par une composante affective ou formelle. Ainsi il est possible d’exprimer dans une re-présentation seconde selon telle ou telle composante ce qui a été expérimenté autrement en réalité première. Il devint possible d’exprimer sous des modes très différents une réalité d’expérience première tout en en conservant le Sens.

Nous devinons ici que nous ne cessons de réaliser des re-présentations de nos expériences anciennes ou récentes ou même actuelles. Nous pouvons les projeter (re-présentation) dans le futur, les transposer dans différents registres toujours en conservant le Sens en consensus. Il y a tout un travail d’exploration des différentes circonstances, conditions, exigences qui peuvent ou doivent accompagner ces représentations.

Soulignons trois choses à ce stade :

- D’une part nos re-présentations enrichissent la réalité d’expérience et ainsi complexifient le monde. Notre monde est enrichi de la science et de l’art, re-présentations d’expériences premières et ensuite objets ainsi de représentations tierces.

- D’autre part nos re-présentations peuvent appartenir à un monde personnel de proximité, culturel communautaire ou universel. C’est ce qui nous permet de passer d’une expérience première dans l’un des ordres par exemple d’une expérience de laboratoire, d’une expérience personnelle singulière, à une re-présentation culturelle ou même universelle et inversement se faire une re-présentation personnelle dans une sphère de proximité d’expériences communautaires et culturelles. Ainsi science et art tendent à porter au champ culturel, sinon universel des re-présentations d’expériences initialement personnelles de proximité (sources d’inspiration)

Enfin toute re-présentation peut être dite métaphorique ou même symbolique dans la mesure ou c’est le Sens qui est conservé dans le partage de consensus.

Cette relation entre expérience réalité et re-présentation est importante à plus d’un titre. D’abord elle permet, sous certaines conditions, un discernement du Sens (un accès au Sens).

Diverses pratiques permettent d’accéder au Sens sous-jascent en considérant simultanément (donc dans une expérience tierce) les deux réalités homologues premières et secondes. C’est un processus d’intelligence symbolique sous le mode révélateur du Sens et donc qui permet d’accéder ainsi à une liberté de Sens et donc une certaine maîtrise du Sens en consensus.

En second lieu elle permet de véhiculer du Sens par une médiation opportune par exemple le récit plus facile à re-présenter, de l’événement initial. Nous en usons communément par le langage, ici par l’écrit. Nous en usons (sans toujours le savoir) dans la science et dans l’art.

Enfin il nous est possible d’engager des réalisations qui sont re-présentations d’expériences premières. Par exemple une idée expérience première re-présentée par une oeuvre réalisée. Ou bien une expérience vécue, re-présentée par une idée, re-présentée par un acte, re-présenté par une nouvelle situation. Si nous songeons à notre vie quotidienne dans tous ses domaines nous ne cessons d’être engagé dans ce processus multiplié de re-présentation.

Il nous faut compléter le volet discernement du Sens de l’intelligence symbolique par le volet créations, réalisations au moins secondes qui forment l’exercice de nos compétences.

Le thème de "l’intelligence collective" nous entraîne à penser aux réalités culturelles d’une communauté comme expériences premières et réalités culturelles secondes qui favorisent cette intelligence collective. On la sait portée par les seules personnes tout en permettant un "tout se passe comme si" encore une re-présentation utile.

De toutes les implications de cette découverte des re-présentations, soulignons en une particulièrement importante. Il n’y a que parce que nous sommes êtres de Sens, participons de Consensus partagés que nous pouvons aussi re-présenter nos expériences et par la même accéder à une intelligence symbolique révélatrice et réalisatrice.

Cependant il ne suffit pas d’être capable de re-présentation pour que l’intelligence symbolique soit au bout du chemin. C’est ce que nous allons voir dans les deux cas de la science et de l’art comme re-présentations selon les divers Sens selon lesquels sont considérées ces re-présentations.

Auparavant pour se familiariser encore avec cette notion de re-présentation ou présentation à nouveau à l’expérience d’expériences antérieures nous allons en évoquer différent cas.

La conscience des réalités comme représentation d’une expérience.

Supposons une situation, réalité d’une expérience. Nous pouvons re-sentir avec violence ou avec nuance un vécu par actualisation d’un même Sens (en conSensus).

Nous voyons bien que s’il ne s’agit pas vraiment du même conSensus nous pouvons ressentir tout autrement les choses et différemment de quelqu’un d’autre. De là des exigences indispensables pour que cette re-présentation soit juste et pertinente.

Nous pouvons aussi nous re-présenter mentalement l’expérience première avec tous les risques de dérives si le Sens n’en est pas le même, interprétations multiples dont nous sommes sans cesse témoins et acteurs, ou même si elle est juste, re-présentation dans des registres différents.

Il y a aussi des re-présentations factuelles. Par exemple, un modèle matériel ou comportemental, une mise en scène homologue ou une mise en situation évocatrice de la situation initiale. La télévision nous en sert des scènes "en direct" pour re-présenter (commenter, illustrer...) des événements antérieurs.

Connaître la réalité n’est rien d’autre que se la re-présenter mais cette connaissance ne devient intelligence, compréhension que si elle conduit au discernement des Sens (en consensus) sous jascent.

Le virtuel comme re-présentation.

Comme l’indique la racine indo européenne WIR le virtuel est affaire d’homme. Est virtuel ce qui véhicule les virtualités humaines.

En fait toute expérience est virtuelle en cela qu’elle porte les Sens humains qu’elle actualise. Cependant si on pose une expérience première comme réalité (réalisée) alors une re-présentation pourra être dite virtuelle en tant qu’elle porte (méta phore) les virtualités de l’expérience première.

Mais que sont ces virtualités ? Au fond la possibilité de re-présenter, à nouveau, l’expérience première puis seconde, etc... Ce sont des potentialités de réalisations multiples, autant de re-présentations possibles, de mêmes Sens en Consensus. Ce sont encore les possibilités d’accéder aux Sens, communs à toutes ces re-présentations homologues et donc en révéler la source, humaine et accomplir ainsi cette humanité dans plus de maîtrise et de liberté (de Sens et donc de conSensus avec les autres).

Le virtuel, reconnaissance du caractère humain des re-présentations des réalités réalisées est une médiation pour l’accès à l’humanité de l’homme. Michel Serres disant : "le virtuel est la chair de l’homme" est en convergence, semble-t-il, avec cette analyse si on sait que le terme de chair englobe toutes les dimensions des réalités humaines.

Les comportements comme re-présentations

C’est le B A BA de nombre de conceptions psychologiques ou psychanalytiques qui rapportent tel comportement actuel a telle source antérieure. Le comportement est re-présentation actuelle d’une expérience antérieure.

Seulement il ne faut pas oublier comme certains que le comportement est avant tout expérience pour l’intéressé, ou les intéressés s’il s’agit de comportement collectif. Ensuite c’est sur la nature du lien entre expérience première et re-présentation actuelle comportementale que les conceptions divergent faisant intervenir le cas échéant un certain "inconscient".

La nouveauté ici c’est que le lien est le Sens passant d’un conSensus d’expérience première à un autre de même Sens dans le comportement actuel.

On imagine bien que l’expérience première peut être en fait une chaîne de re-présentations. Il arrive que l’anamnèse débouche sur une re-présentation de ce qui passe pour expérience première. Dès lors le rapprochement du comportement et d’une re-présentation mnésique peuvent apporter les bénéfices de l’intelligence symbolique, discernement du Sens et "libération" par rapport à des répétitions (re-présentations) dommageables.

C’est là une clé de tout changement individuel ou collectif.

La mémoire comme re-présentation.

Ce dont je me souviens ici et maintenant est actuel, une re-présentation.

Re-présentation de quoi ? De multiples tentatives de réponses sont données. Ici il s’agit d’une re-présentation à partir d’un conSensus (actualisation du consensus). Alors le consensus activé peut l’être à partir de multiples sollicitations y compris un travail dit de centration qui engage une recherche mnésique (chercher à se souvenir, essayer de se rappeler). On comprendra d’ailleurs que toute influence sur le consensus actuel peut conduire à une "fausse mémoire", un réel souvenir de ce qui n’est pas arrivé pour la personne. On comprendra aussi comment une mémoire "historique" peut se constituer à travers les siècles avec quelque fois une étonnante vérité (de Sens) ou aussi de véritables mystifications.

Une méthode ou une pratique comme re-présentation.

Réalité seconde voulant agir sur une réalité première, (situation-problème) voilà un usage commun d’un lien opératif entre mode opératoire et situation sur laquelle il s’applique. Or il s’agit d’une re-présentation (réalité agissante de la méthode) d’un Consensus de mêmes Sens que la situation première permettant en fait d’agir sur le Consensus premier et transformer ainsi la situation (réalité tierce).

On a ainsi l’enchaînement :

Consensus premier Situation première

Consensus second Méthode, mode d’action

Consensus tiers Réalité tierce : solution, réalisation

Une croyance commune veut que la méthode marche, agit sur la situation première pour produire solution ou réalisation.

Nous voyons ici qu’un travail sur le consensus premier amène à un consensus tiers et ainsi une réalité première devient réalité tierce par le biais d’une réalité seconde "apparemment agissante".

Ainsi toute solution est re-présentation du problème avec un travail de changement sur le conSensus initial par le biais d’une pratique qui relève d’une certaine maîtrise humaine... du Sens en ConSensus.

Cette réflexion sur les méthodes et pratiques et débouchant sur des situations tierces, solutions-réalisations est lourde d’implication qui sont d’ailleurs à la base de l’ingénierie humaine de l’Humanisme Méthodologique. Il est bien évident que n’en sont évoquées ici que quelques éléments des nombreuses questions qu’il a fallu résoudre pour rendre cela opérationnel et en définir les conditions de maîtrise.

Pour achever ce rapide tour d’horizon pensons aux projets comme re-présentations, aux théories, comme re-présentations, aux institutions comme re-présentations, au droit comme re-présentation. A l’art et aux sciences aussi mais nous y venons.

N’oublions pas maintenant que toute re-présentation est ré-actualisation d’un ConSensus (dont les conditions font l’objet des pratiques de l’Humanisme Méthodologique). Elle est re-présentation d’une réalité première qui est elle-même expérience à partir d’un ConSensus.

Toute re-présentation l’est d’une expérience humaine (réalité réalisée) à partir de consensus. Elles sont donc toujours témoignage symbolique et métaphorique de quelque chose (réalité première) mais toujours de l’humanité des Instances humaines en consensus (pour le pire ou le meilleur).

L’ART COMME MODE DE RE-PRÉSENTATION DE L’EXPÉRIENCE HUMAINE

Nous allons ici éclairer d’abord la formule titre et ensuite découvrir comment l’art peut re-présenter l’expérience humaine en plusieurs Sens.

Sens des conceptions, pratiques et finalités des arts.

On retrouvera dans ces différentes visions des échos déjà connu pour certains mais aussi des éclairages probablement rejetés par d’autres.

L’art est devenu, bien souvent, comme la science, une sorte de "sacré" profane dont le dévoilement peut ébranler des tabous et ne pas plaire mais tel n’est pas ici le but.

L’étude présentée résulte d’une analyse de cohérences des Sens de l’art. Cette analyse avait été engagée par trois personnes citées en fin de texte et poursuivie encore récemment pour affiner le discernement des Sens en jeu.

Tout d’abord quelle expérience humaine s’agit-il de re-présenter dans l’oeuvre d’art. Expériences du monde, de l’univers, des situations ? Ce sont toutes des "réalités humaines", d’expérience humaine. L’artiste participe à sa manière d’un consensus ambiant ce qui rend son oeuvre plus ou moins audible pour l’entendement contemporain (ou lointain). Ce peut être aussi l’expérience de moments de l’existence humaine, expérience de vie, de proximité, vie communautaire, culturelle, universelle. Ce peut être encore plus spécifiquement une "expérience intérieure" où l’affectivité, l’imaginaire se conjuguent avec des situations premières, inconscientes, moments d’exception, mémoire ou moment de "conscience altérée". Ce peut être encore dira-t-on une expérience spirituelle ou encore d’une quête.

Il suffit de dire ici que toute expérience humaine est susceptible de donner lieu à un acte artistique, à une oeuvre d’art par un travail de re-présentation dont on voit bien ce qu’il porte de témoignage personnel ou collectif, ce qu’il propose à l’expérience des autres sans doute pour qu’ils se re-présentent quelque chose de l’humain, quelque chose d’essentiel, quelque chose à partager.

L’art vient comme une parole dans la langue justement de chaque art.

Pré langage ou langage symbolique ? Quelle part prend celui qui reçoit l’oeuvre d’art ? A quel consentement est-il invité, provoqué ? A quoi sert l’art et à qui ? Voilà bien une question importante. L’importance donné à l’art est-elle proportionnée à son utilité humaine ? Chaque Sens de l’art apporte des réponses différentes pour des conceptions et pratiques de l’art différentes, pour des modes de re-présentation humaine de Sens différents.

Première alternative de Sens opposés :

- L’art comme métaphore, témoignage symbolique, acte d’auteur-authentique, parole personnelle, culturelle, universelle.

Au travers d’une réalité première, la re-présentation artistique, réalité seconde, est oeuvre de création car elle trouve sa source dans le Sens et le ConSensus d’humanité qu’elle actualise. La fonction de l’art est d’interpeller, d’en faire appel à l’esprit, Sens en écho à celui du créateur qui a su en témoigner avec pertinence dans une sphère universelle, culturelle ou de plus grande proximité.

La re-présentation vise bien au-delà de l’oeuvre et de la réalité première elle vise en l’autre la source d’être spirituelle que l’auteur a su exprimer. L’artiste est ici un témoin de la transcendance de l’esprit, donc inspiré étymologiquement. Rien de ce qui est humain n’est étranger à l’art.

- L’art comme reflet des apparences humaines, il tente de re-produire les réalités d’expériences humaines comme pour les exhiber, les montrer ou les démontrer par une répétition qui en souligne quelque trait, les donner en spectacle. Affectant de figurer l’expérience humaine et ainsi l’homme, l’art en présente le masque, les masques.

L’image, comme la maya, voile plutôt qu’elle révèle. Figuratif ou non figuratif est affaire de masque de simulation, de similitude entre l’oeuvre d’art et quelque scène d’expérience humaine. Donner à voir comme dans un miroir tel est la fonction de l’art dans ce Sens. Duplication et complicité, duplicité du regard.

Seconde alternative de Sens opposés :

- L’art comme manifestation, comme expression, donne à ressentir, à éprouver de façon plus intense l’expérience humaine.

L’art est manifestation de moments forts partagés. Il joue un rôle d’intensification, d’activation, de sensibilisation, de mobilisation. Il fait résonner l’expérience humaine par la médiation de ses instruments et techniques qui jouent le rôle d’amplificateurs de l’expérience.

C’est l’oeuvre elle même qui est amplificateur pour les autres à qui elle est donnée à éprouver dans une sorte de participation ou de communion des sens (avec ou sans l’esprit).

- A l’inverse l’art comme interprétation de l’expérience humaine.

Il ne s’agit pas de la dire mais de la comprendre, de l’expliquer, de l’interpréter. L’oeuvre d’art est une enquête donnée pour répondre à une quête ou la provoquer. De ce fait elle est transposition de l’expérience humaine, une re-production qui se voudrait quelque peu pédagogique, éducative, questionnante, porteuse d’un message à comprendre pour savoir. L’artiste témoin l’est à charge ou à décharge mais s’il à quelque chose a dire, c’est déjà sa recherche de compréhension.

Les quatre Sens de l’art se conjuguent deux à deux pour donner encore d’autres conceptions, d’autres visages, d’autres Sens de l’art et sa fonction du même coup.

L’art réjouissance, communion, chant, "transport en commun".

Concert d’expériences singulières, il rassemble, il donne à vivre tant personnellement que collectivement.

La re-présentation d’une expérience humaine personnelle se fait collective et vice versa. Louange, choeur, termes d’une histoire religieuse en souci d’esprit et de communion d’esprit, il n’est pas difficile d’en retrouver l’oeuvre, l’oeuvre de l’art comme une utilité sociale communautaire qu’il faudrait mieux connaître à l’heure ou se défait "la cohésion sociale", "le lien social". L’art vient donc pour nouer la communauté de Sens, communauté d’esprit faire partager un consensus d’humanité, le Sens d’un bien commun. Le "créateur" en témoigne, la communauté le partage et s’en réjoui. Là est la beauté toujours humaine.

A l’inverse l’art dénonciateur, réducteur, interprétation tragique de l’expérience humaine.

Il donne à voir le mal commun, la banalité du mal dans l’expérience humaine.

Combien d’oeuvres fondées sur quelque dénonciation, stigmatisation, figure de la chute. Combien les chants désespérés paraissent, dit-on, les plus beaux, peut être parce qu’ils blessent au plus profond et que la scène dit en même temps ce n’est qu’images, figuration, comédie, offrant un soulagement qui apparaît là, bienfaisant sur le coup et fascine par l’ambiguïté sur laquelle est épinglée l’humanité présente ainsi re-présentée. Cet art serait-il thérapeutique ? cathartique ? L’hypothèse reste ouverte de l’efficacité de l’opposition du mal contre le mal dont l’art nous offre tant de figures souvent grimaçantes.

Il y a encore l’art de la maîtrise de l’expérience humaine.

Quête du Sens, de l’esprit, l’art est d’abord

discipline, cheminement intérieur au travers d’un parcours, celui du travail de

la quête. L’art est celui de l’atelier où c’est l’artiste lui-même qui est en

chantier par la médiation de l’oeuvre. Aux autres il offre les chemins ouverts,

la discipline de sa propre maîtrise dont les "master class" sont une pratique

moderne. Travail de quête donc de révélation dans toute réalisation, l’oeuvre

d’art invite au voyage, à l’engagement, à la visée, à l’épreuve du chemin. On

conçoit facilement les multiples voies et disciplines que les arts re-présentent autant de tentatives de faire progresser et d’accomplir l’humanité , de l’initier à son humanité. Mais n’est-ce pas le terrain de nombreuses activités humaines que l’art pourrait investir chaque fois où l’exercice d’une maîtrise est donc sa culture est nécessaire. C’est comme cela que l’art est aussi le nom de la maîtrise d’une profession dont on parle des règles en en oubliant trop souvent l’esprit et sa quête motrice et génératrice.

Il y a enfin à l’inverse un art monstration.

Exposition ostentatoire des pulsions humaines dans tous leurs états court-circuitant le personnel et l’universel dans une manifestation dyonisiaque à laquelle est invité le spectateur pour s’en faire l’acteur.

Érotisation de l’expérience humaine l’art se fait prosélyte de toutes les formes de jouissances des sens invitant justement à la coincidence de l’acteur, spectateur, auteur avec cette jouissance des sens. Ce n’est pas sans plaisir évidemment qu’il y répond plaçant l’art comme grand ordonnateur des plaisirs dans une société qui en fait commerce et tendrait à y fonder toute une part de son économie. De quel culte cette culture témoigne-t-elle ? A quels cultes d’idoles mises en vedettes invite-t-elle ?

Il serait bien hasardeux de se précipiter sur un cataloguage rapide des arts et traditions, oeuvres et artistes, scènes et pratiques sociales.

L’angélisme n’est pas toujours louable selon qu’il confond les sens et les Sens, affects et esprits.

De même l’hygiénisme disciplinaire n’est pas chemin de maîtrise même s’il en porte abusivement l’étiquette. L’art comme mode de re-présentation de l’expérience humaine, prend on le voit, différent Sens, portant ainsi différentes visées. On y reconnaît parmi elles ce qui contribue à l’intelligence symbolique personnelle et collective, la révélation du Sens humain en consensus dans la communauté de Sens, sous réserve de se mettre en quête et cultiver le Sens du bien commun.

Les artistes auteurs créateurs en sont les témoins révélateurs aux postes avancés et souvent exposés de l’histoire de l’accomplissement de l’humanité et ses errances.

LA SCIENCE COMME MODE DE RE-PRÉSENTATION DE L’EXPÉRIENCE HUMAINE

Nous voilà très vite au seuil de querelles dont une récente affaire (Sokal) a fait grand bruit. La désaffection pour la science à comprendre comme désaffectation ou dés-amour peut être, est aussi un symptôme qui parmi d’autres questionnent de plus en plus vivement la nature et les finalités de la science. Nous sommes, comme pour l’art dans une sacralisation du profane qui s’est voulu, il n’y a pas si longtemps, indépendant du sacré. On a ainsi fait de Descartes, de Newton et même de Galilée des référents d’un type de science en les emputant et leur oeuvre avec de ce dont ils avaient pris soin de témoigner, des racines spirituelles de leur oeuvre.

Alors restent entières des énigmes qui portent sur les fondements eux-mêmes. Les mathématiques et les réalités pourquoi y a-t-il une telle pertinence des premières ? Quelle est leur véritable nature ? Qu’est-ce que la "nature des choses". Reste dans le mystère le réel même de notions comme le temps, l’espace, l’énergie, la force, la masse, la gravité, le hasard. Même les nombres ne sont pas si clairs que cela quand on les interroge. La complexité devenu un nouveau paradigme ouvre encore à d’autres voies. Mais où mènent ces voies ? Telle est la question qui va se faire de plus en plus pressante.

Une carte de cohérence (dite épistémologique) comme celle utilisée ici nous place à un carrefour de Sens où chacun ouvre une voie selon laquelle se définit la science, elle se construit, elle détermine ses finalités et aussi ses pratiques.

La science comme mode de re-présentation de l’expérience humaine, la formule interpelle.

D’abord re-présentation. Le terme ne choquera pas ceux qui y voient une "modélisation" de la réalité comme un double qui explicite et permet de connaître et comprendre cette réalité et son fonctionnement.

Ce n’est pas sur ce terme que les difficultés vont d’abord surgir mais sur celui de réalité. En effet nous disons ici re-présentation d’expérience humaine ayant montré par ailleurs et rappelé ici que toute réalité est une réalité d’expérience humaine.

C’est ainsi que si l’on interroge les dimensions de l’expérience humaine, expérience du Sens en conSensus avec d’autres, on les retrouve comme dimensions de la réalité. Cela dit ce lien ne devient clair qu’avec l’Humanisme Méthodologique et son anthropologie fondamentale.

Nous allons seulement envisager ici en quels Sens la science peut être dite ou se dire re-présentation de l’expérience humaine.

Une première alternative de Sens opposés.

La science comme constat.

Les choses sont ce qu’elles sont, il faut se rendre à l’évidence. Un "procès verbal" du constat doit être établi. Il ne doit rien laisser à une quelconque subjectivité humaine. La re-présentation doit être objective, c’est-à-dire de point en point déterminée par l’état de fait auquel le constat doit être soumis comme constat d’évidence et non de jugement ou d’évaluation. En outre, les termes du constat ne peuvent être laissés à l’arbitraire d’un langage ou d’une culture humaine. Il doit être de définition absolue et donc tout devoir à la nature des choses et rien à l’humanité sauf comme produit de la nature des choses. S’il y a mesure elle doit être indépendante du "mesureur" et de son protocole de mesure semblerait-il si l’on voulait être parfaitement rigoureux. Mais n’y aurait-il pas quelque faille dans cette absolue négation du sujet ... par le sujet ?

C’est tout une signification de la "méthode scientifique qui est établie là". La science réduit l’homme à sa plus simple expression, agent de constat. L’expérience est dite réalité puis niée comme telle.

A l’inverse la science doit tout à l’appréciation humaine des choses

Seule notre expérience nous les donne à connaître. Rien ne peut être nommé, mesuré, apprécié, mis en relation, évalué sans que ce soit à l’aune de l’humanité ou plutôt des significations humaines.

Ainsi la science déploie des capacités humaines de dire l’expérience. Ne va-t-on pas jusqu’à construire des expériences pour ensuite, par un protocole conçu par les hommes nommer et "théoriser" ce que l’expérience éclaire. Théorie et pratique se répondent comme deux modes de re-présentation secondes d’expériences premières. Ainsi la science se construit peu à peu au fur et à mesure de la recherche de re-connaissance selon des finalités et des voies humaines de recherche. Elle se construit simultanément en théorie et en pratique alternant entre des modes de représentation différents.

Une autre alternative est celle-ci

La science met en évidence des structures abstraites explicatives.

Elles re-présentent la réalité mais aussi la réalité en est re-présentation. On a ici par exemple une relation d’équivalence formelle entre une re-présentation mathématique et une re-présentation du phénomène à tel point que l’on voudrait que les modèles mathématiques soient le reflet de la réalité et celle-ci le reflet des lois mathématiques.

Le Sens humain est évidemment évacué et du coup ce que re-présentent les mathématiques avant de re-présenter la réalité reste un mystère. La réalité en question, appréhendée au travers des modèles et des calculs n’implique pas non plus qu’il y ait re-présentation de quelque chose hormis des supposées lois scientifiques de formes mathématiques (pensée idéaliste).

La science découverte de la réalité de l’expérience humaine.

L’homme découvre son monde et la science exprime cette découverte. Elle est ainsi oeuvre de créativité, d’imagination, d’élucubration peut être mais elle reste une version humaine de la reconnaissance de son monde et des processus qu’il s’y développe.

La science est bien alors re-présentation imaginée, "théorisée", "pensée" de l’expérience humaine comme le sont les mathématiques. De ce fait l’expérience comme les mathématiques peuvent se faire re-présentation réciproques étént l’une comme l’autre actualisation de mêmes Sens, comme une réalité et un langage pour la dire.

A la croisée de ces quatre Sens quatre autres portent des conceptions de la science bien différentes.

La science puissance.

Elle se conçoit comme acte de puissance. La re-présentation d’une réalité est comme une re-création permettant d’établir une emprise sur cette réalité comme un droit une intervention dans le sacré. L’homme démiurge, l’homme prométhéen, tout a été dit sur cette science. Elle est domination mentale quasi sacrée sur le monde factuel grâce à la mobilisation de la volonté réduite aux affects (envie, besoins). Les "pouvoirs" de la science et des scientifiques tiennent à l’idée qu’ils se fait de leur puissance de re-présentation scientifique monopole qui leur donne une aura entretenue à distance du commun.

Lorsque l’homme se re-présente bien la réalité, qu’il en a "l’expérience", alors il peut s’en rendre maître, en rivalité avec tout autre qui a le même projet et qui renforcela volonté de puissance. La guerre fait toujours avancer cette science là.

A l’inverse la science rationalisation.

Elle cherche à se re-présenter les véritables raisons sous-jascentes à ce que l’expériencenous donne à appréhender.

Il s’agit là à nouveau d’une science modélisante mais pour raisonner sur l’expérience. La science est re-présentation des vrais raisons des choses, raisons pratiques et raisons théoriques et elle est de ce fait ce qui fait lien entre les deux.

La science fruit de la Raison devient donc maîtresse des affaires humaines.

Il semble bien quelque fois qu’il n’y ait que le projet scientifique lui même qui ne soit pas régi par la science ou la Raison.

L’autre alternative est celle-ci :

La science décrit le système du monde

Ainsi elle le re-présente par le biais encore de modélisations et considère en même temps que la réalité est objectivement rien d’autre que ce qu’elle décrit ainsi.

Il y a là identification de la science et de la vérité de la nature des choses. Rien n’échappe à la science et rien n’échappe à la réalité qu’elle décrit qui est la seule véritable réalité indépendante de toute description affirme-t-elle. Ainsi l’homme scientifique ne fait ici que re-présenter la réalité qui s’impose à lui, à son cerveau plus précisément par le biais des mécanismes scientifiques. Re-présentation et réalité représentée sont dans un collapsus où s’abîme toute humanité de l’homme donc toute science "humaine" et toute expérience "humaine".

Enfin à l’inverse la science est conscience humaine

Intelligence symbolique de l’expérience en consensus, elle est re-présentation fidèle puis révélatrice pouvant ainsi être valablement re-présentée dans l’action. La science est une autre terme pour la conscience qui développe la maîtrise de l’expérience humaine fonction du consensus. Ainsi ce ne sont que par des re-présentations humaines symboliques notamment langagières mais aussi artistiques que la science peut s’exprimer et ainsi favoriser toute re-présentation réalisatrice et révélatrice.

C’est par ce fait même de la re-présentation que la science en conscience se développe offrant la possibilité non seulement de mieux réaliser le monde d’expérience humaine et le Sens du bien commun mais aussi de révéler l’humanité de ce monde, de cette science et de faire advenir ainsi la plénitude d’être humain.

Et le savoir là dedans ou "les savoirs" ? Ce ne sont que re-présentation reste à savoir en quels Sens.

Donnons en ici quatre versions

Le savoir ou re-présentation scientifique c’est :

- l’accès à une puissance

ou

- une approche de la vraie Raison des choses

- la mise en évidence de la véritable réalité des choses

ou

- un témoignage révélateur des sources humaines de l’expérience.

CONCLUSION

L’art et la science sont deux activités humaines directement construites autour de re-présentations. Re-présentations de quoi ? de qui ? dans quel but ? tel est l’enjeu au début d’un nouveau millénaire. Nous nous sommes habitués à ne pas poser ces questions notamment en science parce qu’en est venu à dominer l’idée d’une absence d’écart entre la re-présentation produite et la chose re-présentée où s’il subsistait ce ne pouvait être que par défaillance humaine. La place de l’homme c’est la défaillance, le défaut , la faute. Les défenseurs de la nature des choses ont une seule activité dénoncer l’homme.

Or le processus humain de re-présentation dit quelque chose de l’humain et s’il dit quelque chose d’autre c’est encore de l’humain de l’expérience humaine qui est fait de conSensus.

Ainsi les mathématiques "pures" sont des re-présentations symboliques de configurations humaines et il n’y en a que deux (et tous leurs dérivés)

- les Sens en conSensus que l’anthropologie fondamentale de l’Humanisme méthodologique montre comme étant le coeur de l’homme, "un royaume qui n’est pas de ce monde"

- la structure cohérencielle et sa logique trialectique qui est celle de toute réalité d’expérience humaine et donc aussi toute re-présentation.

C’est ainsi qu’entre les mathématiques et les réalité physiques par exemple il y a deux types de relations

- une relation structurelle dont on retrouvera la trace dans les termes mêmes de la modélisation mathématique de la réalité physique (grandeurs de base, aléas, rationalité, dimensions, etc.). C’est celle qui fait croire que l’identité formelle suffit à expliquer les phénomènes alors que le lien reste toujours mystérieux et le mystère dans l’indifférence des croyants de la science.

- une relation essentielle qui est le Sens et le conSensus au coeur des hommes et qui à la fois permet l’expérience "réalité" et sa re-présentation et ainsi par leur confrontation révèle le coeur des choses qui est celui de l’homme.

Dans l’art l’intuition d’un essentiel de l’homme est présent mais l’égarement (humain) bien fréquent. Malgré tout l’art délivre un message sur l’homme- auteur , la culture commune, l’universel. Il ne cesse d’interpeller même si on regarde à côté du sujet.

Dans l’existence une grande part des activités humaines sont des activités de re-présentation. Les unes pour conforter notre existence et donc l’expérience que l’on appelle la vie et aussi le monde. Les autres pour réaliser et révéler notre humanité peu à peu l’un par l’autre. Toutes les divagations sont possibles autant que de Sens en l’homme et donc de conSensus possibles.

Ce qui se révèle au seuil du millénaire, celui de l’esprit, c’est justement l’enjeu de la réalisation et de la révélation de l’homme au travers de toutes les activités humaines grâce à notre possibilité de re-présentation de l’expérience. Ce qui se révèle aussi c’est le Sens de l’accomplissement personnel, le Sens du bien commun pour chacune de nos communautés, le Sens de l’humanité et du progrès humain. Etait-ce possible avant que ce Sens soit révélé ? mais n’est-il pas révélé depuis le début de l’histoire ? Il ne suffit pas qu’il le soit pour que tous le discernent c’est pour celà que l’homme a besoin de l’histoire pour s’accomplir.

Pour le lecteur qui découvre soulignons que l’Humanisme Méthodologique met cela en application tant pour éclairer les affaires humaines et leur actualité que pour proposer des approches et des méthodes qui ont déjà largement fait leurs preuves depuis plus de 25 ans à ce jour.


Commentaires  forum ferme

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mardi 24 août 2004 à 11h33 - par  Estelle Delay

Je continue à méditer pour, si ce n’est trouver des réponses... au moins clarifier mes questions !

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mardi 24 août 2004 à 11h30 - par  Roger Nifle

Si on parle du langage comme entité il s’agit d’une re-présentation de notre expérience du langage. S’il s’agit de tel discours sur une réalité (scientifique par exemple) alors il est re-présentation de cette réalité.

(Avec les réserves précédentes : hallucinations, rêves, imagination, délires, etc.)

Si on se re-présente ce discours (métalangage ?) alors il devient bien réalité première d’une nouvelle réalité seconde (c’est, bien sûr, relatif) en même temps qu’il peut être re-présenté comme co-réalité avec celle initiale.

On pourrait dire, comme cela a été fait, que tout est jeu d’illusion. Cela n’est pas tout à fait faux mais l’illusion en question c’est la réalité, la nôtre, notre existence, du coup ça vaut le coup de la prendre au sérieux (sans illusion). Alors si nous nous disons que grâce à telle re-présentation (issue d’un travail scientifique même) nous réalisons notre réalité (du monde et de notre individualité) cela fonde une histoire, un temps, un espace par la médiation desquels la conscience du Sens peut advenir, la seule chose qui soit stable et nous assure en définitive d’être (sécurité ontologique), en même temps que cela nous donne à nous même la possibilité de jouer avec les consensus et en quelque sorte créer le monde (pas tout seuls).

Ainsi par toute une chaîne d’expériences et de re-présentations de re-présentations... une existence se construit (et s‘épuise) et nous livre à nous même, être de Sens, maîtres de nous mêmes... si nous avons bien fait notre travail de réalisations et de révélations des Sens que nous sommes par les consensus qui le jouent nulle part ailleurs que dans nos communautés humaines.

Quelques exercices amusants.

Ne suis-je pas aujourd’hui pour moi (existentiellement parlant) re-présentation de ce que j’étais hier et ainsi de suite et à nouveau demain matin si je me réveille ? Toutes ces re-présentations qui constituent mon existence sous un mode historique, grâce aux consensus avec les autres, peuvent conduire à me révéler mon être Sens qui participe à ces consensus et me fait exister à mes yeux et ceux qui partagents ces consensus. Cela se joue à deux et autant que nous sommes à partager des consensus notamment dans nos communautés humaines (communautés de Sens donc de conSensus).

Que re-présente pour moi l’Arc de triomphe place Charles de Gaulle à Paris ?

L’épopée Napoléonnienne ? un embouteillage mémorable ? la République ? un souvenir personnel ? Tiens j’aurais donc la possibilité de manier mes re-présentations et donc le consensus que je réactive.

En quoi nos re-présentations révèlent-elles aux autres nos expériences qu’ils peuvent ainsi se re-présenter et nous nous y re-connaître ? (dans le regard des autres)

La carte est-elle re-présentation du territoire ou le territoire re-présentation de la carte ? (surtout si nous ne connaissons du territoire que la carte).

Un projet n’est-il pas re-présentation (du futur) et sa réalisation re-présentation du projet ?

Centrons nous sur un objet de considération, activation, actualisation (réalité homologue ou re-présentation métaphorique), élucidation par confrontation des réalités homologues. Voilà un usage. Toutes les pratiques humaines peuvent être aussi convoquées.

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mardi 24 août 2004 à 11h27 - par  Estelle Delay

Ceci me conduit à une autre question : celle du langage. Est-il une sorte de "vecteur" de re-présentation parmi d’autres ? Et seulement cela ? Est-il "absent" de la réalité première ?

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mardi 24 août 2004 à 11h25 - par  Roger Nifle

Oui mais il est fréquent que par un travail de centration, par une réactivation comme en écho il y ait re-présentation. De même que par un travail de décentration ou une distraction il se peut qu’il n’y ait pas cet écho.

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mardi 24 août 2004 à 11h23 - par  Estelle Delay

ou au sens où elle serait fondatrice ? Mais là encore, le rapport entre réalité première et re-présentation me questionne : la re-présentation ne constitue-t-elle pas en elle-même une expérience réalisante...et donc n’est-elle pas aussi une réalité première susceptible de re-présentations ?

Et inversement, y a-t-il (ou qu’est qu’) une réalité première (expérience réalisante) sans processus de re-présentation ?

Peut-il y avoir expérience sans re-présentation ?

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mardi 24 août 2004 à 11h20 - par  Roger Nifle

S’il y a re-présentation vécue comme re-présentation de quelque chose, d’une situation donc d’une réalité déjà là, tel que la re-présentation la re-présente, cela postule d’une présentation première par rapport à la re-présentation seconde.

Alors considérons deux cas

Un consensus (Sens partagés avec d’autres instances) s’actualise comme réalité présente ou comme présentation d’une réalité, expérience qui peut être quelques fois sans re-présentation.

Exemple, je conduit ma voiture en pensant à autre chose sans m’apercevoir de l’expérience du voyage. Je peux néanmoins me le re-présenter ensuite (vécu comme souvenir ou prise de conscience par exemple). “Je ne m’en suis pas aperçu sur le coup mais après coup”.

La réactivation des mêmes Sens partagés dans un conSensus avec... d’autres, qui ne sont pas les mêmes (pourquoi pas) que précédemment s’actualise dans une réalité nouvelle qui est re-présentation de la première. Mais elle ne peut être re-présentation que pour celui ou ceux qui ont expérimenté la première.

Elle est bien effectivement une présentation au même titre que la première et n’est re-présentation que du lieu où les deux sont expérimentées et rapportées l’une à l’autre dans une unité qui est unité de Sens pour la même instance.

Deuxième cas

Je me re-présente un évènement et il s’avère que cet évènement je n’en ai pas fait l’expérience. Tout ce passe pour moi comme si l’évènement était une réalité première mais qui en fait a pu n’être qu’une re-présentation de quelque chose qui m’a été activé, par le journal par exemple. Je me re-présente la guerre en Irak où je n’ai pas mis les pieds. Il n’y a pas en fait de réalité première mais une ré-activation d’un consensus portant tout autre chose que ce que je crois être re-présenté. Exemple du souvenir reconstitué à partir d’expériences d’autrui mais qui m’ont activé et que je peux réactiver.

Il y a ainsi une difficulté dans une re-présentation ou ce qui est vécu comme tel (redoublement du consensus) pour assurer qu’il y a bien eu réalité première.

Ainsi ce que l’on dit des réalités premières et secondes, des présentations et re-présentations ne traduit pas un jeu de causes et d’effets dans la réalité mais un jeu de ré-activations qui nous fait vivre la persévérance de notre être au travers d’une histoire et d‘une conscience de réalité (spatio-temporelle) et pourquoi pas une élucidation des Sens en jeu.

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mardi 24 août 2004 à 11h16 - par  Estelle Delay

Bonjour !

 

Eh bien voilà une lecture confrontante, surtout pour quelqu’un qui s’intéresse à la question des représentations et ce dans un cadre à prétention scientifique !

 

J’accroche sur l’idée de "réalité première" : est-elle première au sens où elle serait antérieure (ce qui impliquerait d’introduire une dimension chronologique, mais je ne crois pas que ce soit ça)