Vocation personnelle et professionnelle

Origine, nature et évolution
dimanche 1er août 2004
par  Roger Nifle
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Quel est le Sens de mon existence ? Une des réponses est en terme de vocation professionnelle. Une vocation c’est l’expression d’une racine personnelle, d’une traduction dans des circonstances évolutives et d’un parcours où elle se cherche, se trouve et s’accomplit à différents niveaux de maîtrise.

La vie professionnelle est pour beaucoup l’un des investissements

majeurs de l’existence. Cependant le sens de cet investissement

n’est pas toujours le même et parmi les alternatives les

plus fondamentales figurent celles-ci :


La pression de nécessité immédiate ou la

perspective d’une progression.

L’adoption par une structure ou l’initiative personnelle.

La maximalisation du gain ou la fécondité du travail.


Selon les cas la vie professionnelle est alors dominée

par :


Les besoins ou les aspirations.

Le conformisme ou l’autonomie.

La spéculation ou le service.


Chaque logique va donner sa cohérence à toute une

vie professionnelle et à ses péripéties

depuis l’origine jusqu’à la retraite. Elle va aussi rendre

la personne plus ou moins maîtresse de son parcours et

la confronter d’une façon spécifique à des

difficultés ou à des obstacles.


Par exemple, celui qui est plutôt dans une position de

conformisme spéculateur aura plus de difficultés

à se prendre en charge que celui qui cultive l’autonomie

et le service. Celui qui est dominé par la pression de

nécessité voit moins loin que celui qui chemine

avec une ambition de progrès, un projet valorisant.


La Théorie des Cohérences montre ainsi le lien

qu’il y a entre les motivations profondes (souvent inconscientes)

et les logiques professionnelles engagées. Elle montre

en outre qu’il s’agit toujours d’une position prise au plus profond

de la personnalité et qui engage donc la personne, beaucoup

plus quelquefois qu’on voudrait le croire.


C’est ainsi la première anthropologie (Théorie

de la nature Humaine) qui permet de faire le lien entre les fondements

de la personnalité et la notion de Vocation dont la vie

professionnelle est souvent un des principaux modes d’accomplissement.

On découvre ainsi le rapport qu’il peut y avoir entre

talents et vocation, entre problématique personnelle (et

quelquefois familiale) et compétence professionnelle.


Ces considérations fondamentales permettent de bâtir

une véritable théorie de la Vocation personnelle

mais aussi de comprendre quelles sont les étapes et les

problèmes de la vie professionnelle.


C’est un second apport de la Théorie des Cohérences

en la matière. Comme pour toutes les situations humaines

individuelles ou collectives, on peut les envisager d’une façon

statique ou dynamique.


Si on considère l’exercice d’une activité professionnelle

comme un état alors les problèmes seront conçus

comme des dysfonctionnements et les solutions comme un rétablissement.


Si on considère au contraire la vie professionnelle comme

un parcours, une évolution, alors les problèmes

sont des problèmes d’orientation et de bilans et les solutions

sont des repérages et des voies de progression.


La Théorie des Cohérences met en évidence

les lois naturelles de l’évolution humaine et des phénomènes

humains avec leurs âges, leurs étapes, leurs phases

de progression et leurs seuils de transition.


Pour la vie humaine trois cycles sont à considérer

 :


Le cycle de la génération

Le cycle de l’existence engagée

Le cycle du retrait.


Le second cycle comprend trois phases et quatre seuils dont l’équivalent

se retrouve dans la vie professionnelle très souvent à

des moments différents.



- Venue au monde Entrée dans la vie professionnelle

Enfance Apprentissages


- Adolescence Choix d’un but professionnel

Majorité Carrière


- Maîtrise Découverte d’une vocation Maturité

Responsabilités


- Retrait Retraite


Dans le monde occidental l’évolution de la personne semble

s’arrêter au seuil de l’âge adulte pour passer directement

à un 3 âge assimilé au retrait des responsabilités

socio-économiques. Le seuil de la maîtrise, introduisant

à la maturité, est encore peu connu, peu étudié

et en tout cas mal compris. Il correspond pourtant à des

questionnements ou des "crises de la quarantaine",

qui peuvent se manifester plus tôt ou bien plus tard, où

un retour sur soi et sur le sens de son existence se produit

souvent.


Dans la vie professionnelle on a peu à peu oublié

qu’il se produit une telle évolution. Les faits existent

mais ils ne sont pas observés ni traités dans cette

perspective.


La Théorie des Cohérences éclaire et rétablit

cette connaissance d’une évolution dont les phases sont

plus ou moins longues, les seuils plus ou moins marqués

de crises et dont le cycle naturel avorte trop souvent faute

d’avoir correctement franchi les étapes ou se répète

(voir annexe). C’est là d’ailleurs que se recoupent, d’une

part, les dispositions de la personnalité et les motivations

profondes qui donnent leur sens à la vie professionnelle

et, d’autre part, la réussite ou l’échec d’une

évolution naturelle.


De nombreuses difficultés ou blocages d’évolution

proviennent d’une attitude profonde, d’un sens donné à

la vie professionnelle qui n’est pas satisfaisant. En fait, ce

n’est que lorsque le Sens de la vie professionnelle est celui

même d’une vocation personnelle que l’évolution

naturelle s’accomplit véritablement.


De ce fait, c’est toujours par une référence à

la vocation personnelle, à repérer ou élucider,

que pourraient se résoudre les problèmes d’orientation

(aux carrefours que constituent les seuils de transition) et

les problèmes d’évaluation et de stratégies

de progression.


C’est là le troisième apport de la Théorie

des Cohérences en la matière. grâce à

des techniques tout à fait nouvelles de repérage,

d’évaluation, de conception de stratégies, etc...,

des méthodes d’aide à la résolution des

problèmes d’évolution professionnelle sont développées,

adaptées au type de problème : orientation ou bilan

d’évaluation, et au niveau d’évolution où

il se pose.


Il faudrait y rajouter les cycles antérieurs et postérieurs.


Le premier cycle de préparation à la vie professionnelle

donnerait une approche nouvelle de l’éducation et de la

formation professionnelle. Le troisième cycle de retrait

de la vie professionnelle permettrait de mieux comprendre les

rôles des retraités et leur nécessité

dans la vie économique et sociale, toujours dans la perspective

de l’accomplissement d’une vocation personnelle.



LA VIE PROFESSIONNELLE ET SON EVOLUTION



Schéma d’évolution : 2° Cycle de l’engagement

professionnel





LA VIE PROFESSIONNELLE

SEUILS DE TRANSITION ET PHASES D’EVOLUTION


1 Seuil : L’Entrée dans la vie professionnelle

Le problème peut se présenter à

plusieurs reprises, notamment à la suite d’avortement

d’un parcours ou d’une changement résultant d’une impasse.

Les difficultés actuelles, le chômage, et notamment

le chômage des jeunes, rendent ce premier seuil souvent

crucial.


La recherche d’emploi qui en est l’enjeu se présente comme

un problème d’orientation qui nécessite un repérage

en terme de métier. Ce que l’on peut recommander à

ce propos c’est de l’envisager moins comme une place à

solliciter que comme une proposition de service à offrir.

Le repérage d’indicateurs d’une vocation permettra de

déterminer l’offre de service la plus pertinente.


1 Phase : L’Apprentissage de la vie professionnelle


C’est le temps où l’on fait son expérience et où

il s’agit de progresser en terme de compétence et de performance.


Dans cette période les capacités s’éprouvent

et se mesurent aux enjeux et situations professionnelles concrètes.

S’il n’y a pas le désir de progresser, il est vrai que

cette phase peut conduire à une stagnation et pourquoi

pas à une inadaptation.


Il faut savoir gérer cette phase et pour cela des bilans

de compétences permettent les évaluations qualitatives

et la mesure de l’évolution professionnelle.


Les entreprises pourraient plus systématiquement prendre

en compte cette évolution nécessaire, que ce soit

en terme d’apprentissage ou de possibilités d’évaluations.


Dans une perspective évolutive un bilan de compétence

a comme intérêt de préparer une progression

future et ici un parcours de formation-expérience.


2 Seuil : Choix d’un but professionnel

Il faut déjà avoir acquis certaines compétences

pour pouvoir choisir un but professionnel propre. Un tel choix

est acte d’autonomie qui se pose en termes de but, de projet

professionnel.


C’est un carrefour où il faut se décider pour une

carrière, une spécialité, une profession.

C’est à nouveau un problème d’orientation. La solution

est encore affaire de repérage d’une ambition réaliste

et du chemin à prendre pour atteindre ses buts.


Ce seuil peut être mal franchi lorsque par exemple il est

traversé par une velléité d’indépendance

irréaliste (projets utopiques) ou par une tentative d’arriver

avant d’en parcourir le chemin.


2 Phase : Développement de carrière

L’enjeu est la réussite en termes de statut,

d’identité sociale. C’est la période où

l’identification avec le statut professionnel est la plus sensible.

Les signes d’identification sont particulièrement importants.


La carrière professionnelle est corrélative d’un

développement personnel, d’un épanouissement de

ses potentialités mais dont la réussite se lit

en termes d’identité professionnelle et sociale.


C’est un temps où des bilans sont utiles, bilans de carrière

pour évaluer son parcours et les positions acquises. Là

encore un tel bilan de carrière doit permettre les ajustements

de position professionnelle et l’acquisition des moyens (références,

modèles, etc...) de parachever au mieux la carrière

entreprise.Il y a souvent problème lorsque cette phase

n’est pas maîtrisée et que l’identification devient

confusion sinon aliénation.


On trouve des gens "coincés" dans leur carrière

ou tout d’un coup "remis en question" faute d’en avoir

assumé le développement et l’appropriation.


Les rails conduisent souvent à des voies de garages qui

pour certains sont l’anticipation prématurée de

la retraite.


3 Seuil : Découverte d’une vocation

Il s’agit d’un autre carrefour qui normalement se présente

alors que tout semble réussir ou en tout cas que semble

joué l’avenir professionnel.


Un retour sur le passé, sur le chemin parcouru, sur la

perspective d’une vie déjà bien avancée,

s’accompagne d’interrogations sur le sens de sa vie professionnelle.

La compétence, la carrière ne suffisent plus à

combler les aspirations d’autant plus qu’elles prennent une forme

plus profonde, plus intime, plus personnelle. A quoi tout cela

sert-il ? Quelle véritable maîtrise a-t-on de son

existence ? De telles questions renvoient à un problème

d’orientation plus essentiel celui-là. C’est le temps

de comprendre l’originalité d’une vocation personnelle

qui éclaire le passé et qui engage l’avenir. Le

repérage de cette ligne générale est celui

du Sens et de la valeur d’une vie professionnelle où le

meilleur de soi se découvre comme l’axe d’un "faire

profession de soi".


S’il est atteint sans avortement prématuré de l’accomplissement

professionnel, ce seuil de la maîtrise peut encore être

l’enjeu d’égarement et de crise (crise dite de la quarantaine).

S’il est convenablement franchi avec le discernement d’une vocation

profonde dont les phases antérieures ont été

les prémisses alors peut être abordée correctement

la troisième phase.


3 Phase : L’Age des responsabilités

Ce qui importe alors c’est le plein exercice d’une autorité

que confère une maîtrise professionnelle. Il ne

s’agit plus de technicité ou de spécialité

mais d’une expertise dont le rôle est avant tout social.

Le rôle d’autorité responsable est un rôle

de réfèrent, de repère, de conduite des

affaires communes. L’enjeu en est le service de la communauté.

Qu’elles soient modestes ou plus en vue, au sein d’organisations

et d’entreprises, ou à la tête de celles-ci, les

positions de responsabilité sont en prise avec l’évolution

de la communauté. C’est là que s’accomplit véritablement

une vocation personnelle, à la fois dans la pleine maîtrise

de ses moyens, mais aussi dans la mission de servir qu’elle implique.


Cette phase est ainsi celle de l’accomplissement de l’oeuvre

à laquelle peut mener une vie professionnelle. Là

encore un bilan peut être utile pour ajuster vocation et

mission de service, pour donner à l’exercice d’une maîtrise

toute sa portée sociale.


Cette troisième et dernière phase de la vie professionnelle

peut encore rencontrer des difficultés qui incitent au

repli prématuré ou à des prétentions

démesurées. Elles proviendront le plus souvent

d’une évolution antérieure mal maîtrisée

et peuvent se traduire par des échecs amers.


4 Seuil : La Retraite

Il s’agit encore d’un passage mais celui de la sortie

de la vie professionnelle autrement dit de l’abandon des fonctions

de responsabilité et d’autorité. C’est encore un

problème d’orientation qui se pose où reste à

repérer le sens d’une activité non professionnellement

engagée mais néanmoins utile. La fonction sociale

et même économique des aînés se fait

plus bénévole, plus disponible encore faut-il que

ces phases ultérieures aient un sens. Le sens de la retraite

ou du retrait est aussi bien relatif au passé qu’à

l’avenir. Un repérage est encore utile qu’il soit en termes

de succession, de transmission ou même de perspective personnelle,

familiale, etc...


Commentaires  forum ferme

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mercredi 13 septembre 2006 à 20h30 - par  Roger Nifle

Bonjour Françoise

Merci pour ton intervention. Concernant la retraite, si tu appliques la théorie des âges, tu verras que la phase de responsabilité dont je parlais va bien au-delà de "l’âge de la retraite" actuel. Disons que cela correspond à ce qu’on appelle aujourd’hui le quatrième âge. Les deux textes relatifs à la retraite sur ce site le confirment. Voir :

Les âges de la vie

La retraite à 55ans

La retraite

Logo de françoise Lorrin
lundi 11 septembre 2006 à 22h39 - par  françoise Lorrin

Ce repérage de la vocation du point de vue des âges de l’existence est une véritable référence pour moi qui ai beaucoup oeuvré dans le champ de l’accompagnement au changement de personnes dans différents moments (pénibles) de l’existence, à commencer par la mienne.

Chaque fois, lorsque c’était pertinent,j’ai conduit une activation prenant en compte les enjeux spécifiques à l’âge (ou tranche d’âge) concerné.

Ce procédé permet aux personnes de se remettre dans le présent (dans l’actuel) de leur situation, de "la voir" et d’en faire un constat dont il peut émerger qu’il est à la fois positif et que des objectifs ont été atteints.

Cette prise en compte de l’actuel autorise l’expression d’un malaise ou d’une insatisfaction qui indiquent que d’autres aspects de la vie de la personne ont été occultés quelques temps et que d’autre enjeux émergent, entrainant un cortège de remaniements physiques et psychiques auxquels il vaut mieux porter attention. Car cela entraîne un questionnement, ou une remise en cause plus ou moins sévère, qui prend des formes diverses, y compris à travers la maladie, et appelle un repositionnement personnel ou professionnel ou une "refondation" de sa vie.

Si cette perturbation ne reçoit pas l’accueil qu’elle mérite en tant en tant qu’une émanation légitime d’un d’être en évolution, on peut observer chez le sujet un repli sur soi et l’apparition de troubles "dépressiogènes". C’est pourquoi, se poser le moment venu la question de sa vocation,et trouver la bonne personne auprès de qui pouvoir le faire exerce sur l’humain un effet thérapeutique.

Le chapître consacré à la retraite me semble un peu réducteur. Avec l’espérance de vie, on peut faire l’hypothèse qu’un autre cycle de vie s’engage comportant des aspects tout à fait passionnant dont les enjeux pourraient nous surprendre.

Françoise LORRIN

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