Les institutions à caractère social
par Roger Nifle
Les institutions à caractère social ou médico-social sont souvent elles-mêmes le symptôme des maux qu’elles sont destinées à soulager sinon guérir. Maux individuels, maux de société c’est bien d’une certaine maîtrise qu’elles sont sensées faire preuve. Lorsquelle est défaillante alors l’institution est malade ainsi que toutes ses parties prennantes. Elles sont malheureusement le refuge de professionnels mal préparés à ces problématiques et de dirigeants mal à l’aise pour diriger.
La Théorie des Cohérences est d’abord une anthropologie
qui rend compte à la fois des problématiques inhérentes
à la nature humaine et des modes sociaux selon lesquels
se jouent ces problématiques.
Toute entreprise, toute organisation est un phénomène
humain. Leur projet, leur fonctionnement socio-technique sont
des traductions de ce qui dans la nature humaine s’y trouve investi.
On peut montrer ainsi que toute entreprise, toute institution
est vouée à la résolution d’une problématique
humaine singulière.
De ce fait, en ce qui concerne les institutions à caractère
social en particulier, la problématique humaine dont elles
font leur objet, est la problématique même de l’Institution.
Il y a ainsi coïncidence au niveau de la nature humaine
entre les personnes en difficulté et les personnes aidantes
elles-mêmes rassemblées autour du projet institutionnel.
Ne faut-il pas en effet rejoindre au coeur de son humanité
la personne à aider pour justement lui prodiguer les soins
qu’elle réclame ? Mais ne faut-il pas pour cela y aller
de sa propre humanité d’aidant, là où l’on
sait que la difficulté peut être résolue
ou au moins amoindrie.
C’est l’investissement collectif de cette part d’humanité
qui constitue l’institution.Il y a donc aussi une cohérence
entre les problèmes à traiter et les moyens institutionnels
à mettre en oeuvre :
- Organisation, compétence des équipes, méthodes,
gestion, projets, relations d’aides, etc...
Cette cohérence peut être multiple. En effet, si
un même problème peut être traité dans
plusieurs sens, alors l’institution peut être orientée
ou dirigée dans plusieurs sens.
Il n’est pas souhaitable qu’une action, une entreprise aille
dans tous les sens sinon elle disperse ses énergies et
ne construit rien de bon. En plus elle n’aide pas ceux qu’elle
doit aider à se repérer, à trouver un sens
à leur démarche.
Il est donc important qu’une institution à caractère
social trouve un consensus autour d’un même Sens dans lequel
comprendre et traiter la problématique humaine à
laquelle est est vouée.
Reste à choisir ce Sens. C’est le rôle d’un dirigeant
d’aider à donner le Sens. Pour cela encore faut-il que
soient discernés les différents Sens de la problématique
en question. La Théorie des Cohérences montre que
c’est bien au niveau du Sens que se nouent les problématiques
humaines dont les signes visibles : physiques, mentaux, affectifs
ne sont que les symptômes.
Autant le problème résulte d’un engagement dans
un mauvais Sens (alcoolisme, exclusion, pathologies, etc...),
autant la résolution consiste à rétablir
un bon Sens, un autre Sens, qui libère du problème.
Dans toute problématique humaine il y a lieu de trouver
ce bon Sens autour duquel construire une stratégie d’aide
et sur la base duquel établir une cohérence institutionnelle.
La Théorie des Cohérences offre une méthodologie
et des outils pour cela :
- Elucidation de problématique
- Stratégies d’aides
- Audit institutionnel
- Organisation, compétences et stratégies institutionnelles
- Etc...
La vocation de l’institution à caractère social
est d’être aux prises avec une problématique humaine,
subie par des personnes, pour les aider à cheminer dans
un autre Sens par le biais de pratiques appropriées. C’est
cet "autre Sens" qui est le sens de la Vocation de
l’institution et qu’elle a à maîtriser.
Il est notable par ailleurs que lorsque cette maîtrise
n’est pas faite alors l’institution est dominée par la
problématique et en devient à son tour le symptôme.
Elle doit à son tour être aidée.Il n’y a
pas d’aide s’il n’y a pas rencontre entre l’aidé et l’aidant
au niveau de la profondeur de la problématique humaine
en jeu. Il n’y a pas de maîtrise institutionnelle s’il
n’y a pas une élucidation en profondeur de cette problématique
traduite ensuite en stratégies pertinentes et cohérentes.
La Théorie des Cohérences offre pour la première
fois le moyen théorique et pratique de relier les différents
niveaux et d’harmoniser le fonctionnement de l’institution avec
le projet d’aide fondé dans une maîtrise de la problématique.
Cela est rendu possible par le dépassement des explications
et des modalités pratiques pour atteindre le Sens qui
est la clé de la compréhension et de l’action pratique
et dont le lieu est celui même de la problématique :
Au coeur de l’homme et au coeur de l’institution.

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