Demain les posthumains

Le futur a-t-il encore besoin de nous ?
samedi 13 décembre 2014
par  Roger Nifle
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Hachette, coll. « Haute Tension », 2009 ; Fayard/Pluriel, 2012, par Jean-Michel Besnier. Philosophe
Un nouveau paradigme est en train de remplacer l’ancien, leitmotiv de ces dernières décennies. L’ancien c’est le rationalisme idéaliste des lumières, le nouveau c’est le naturalisme systémique qui est en train de prendre un essor capital en disqualifiant l’humanité de l’homme et l’ancien humanisme avec les trans-humanismes ou post-humanismes qui se développent. Tel est, dans un autre langage le propos de ce livre. A lire pour comprendre l’urgence de l’Humanisme Méthodologique et du paradigme communautaire.

Ce livre est celui d’un humaniste moderne, « classique » qui se désole de l’effondrement de ses valeurs d’humanité devant l’émergence d’un courant de dissolution de cette humanité là. Un changement de paradigme qu’il est capital d’identifier et d’en comprendre le Sens. Nous pourrions dire que cela ressemble en effet à l’effondrement d’un monde construit sur le paradigme rationaliste idéaliste et aspiré par le paradigme naturaliste systémique. Sans que ce soit son langage, l’auteur en fait un inventaire saisissant.

L’équivalence hommes, machines, animaux, l’écologie anti-humaniste, la convergence des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique, sciences cognitives), le post humanisme et le trans-humanisme. la grande Singularité, cyberspace et cybionte, les théories scientifiques de l’émergence. Ce qui le désole à juste titre c’est la dissolution d’une humanité dans des systèmes, naturels ou artificiels. L’humanité de l’humanisme classique et la conscience de soi sont remplacés par une intelligence holistique ou l’homme, transformé, optimisé, normalisé, retrouverait sa place comme chose parmi les choses. La dissolution de l’intériorité humaine, d’un esprit individualisé est aussi celle des structures de civilisation du monde occidental, principalement.

Il en appelle à un sursaut d’humanité pour que l’homme ne perde pas le contrôle de son devenir au profit de ses systèmes optimisés dont il est fabriquant, se fabriquant lui même. Ce qu’il ne voit pas me semble-t-il c’est ce qu’il y a de commun entre le paradigme classique rationaliste idéaliste et le paradigme naturaliste systémique, c’est le rationalisme universaliste. Il condamne l’homme à des épreuves de conformité, qu’elles soient morales avec l’idéalisme ou systémiques avec le naturalisme.

Or il y a dans les deux cas l’oubli, le déni ou la méconnaissance de l’être spirituel qu’est l’homme. L’anti humanisme théorique du structuraliste Lévi Strauss en est l’exemple. Les modalités existentielles en sont des expressions contingentes, le fruit des conSensus au sein des communautés humaines. Le paradigme communautaire montre aussi bien quels sont les soubassement spirituels que ce qui les nie comme principe d’humanité dans les autres paradigmes, tous d’origine humaine malgré tout. Ainsi même les dissolutions systémique et naturalistes sont un témoignage d’humanité mais pas là où elle est désignée dans son expression existentielle mais là d’où elle tient ses discours et ses projets. C’est donc là une épreuve d’humanité où le déni qui est à l’oeuvre, l’anti-humanisme radical qui est cultivé (par des hommes) sont révélateurs malgré eux de l’humanité. Mais cela suppose que le travail de discernement soit entrepris sans cesse pour que les contingences ne soient pas prises pour essentiel ouvrant à des aventures d’humanité qui continueront à réaliser et révéler l’humanité de l’homme c’est à dire son accomplissement.

Rien de ce que réalise l’homme n’est autre qu’une expression de son humanité spirituelle. La mise en question des réalités humaines existentielles peut aussi bien nier l’humanité de l’homme que, au contraire, témoigner de ce qui est l’essentiel. Si le paradigme systémique naturaliste déstabilise l’humanité de l’homme cette déstabilisation interpelle la véritable humanité qui est spirituelle. En le niant il ne fait que détourner l’attention pour le priver de conscience d’être, de discernement des Sens.

Nous entrons dans un âge de l’humanité, comme le dit Michel Serres avec l’hominescence et l’humanisme classique en a souvent été une déviance qui est mise à mal par le paradigme naturaliste. L’Humanisme Méthodologique peut maintenant prendre le relais. Après l’âge de la Raison vient l’âge du Sens et des communautés de Sens, au seuil de maturescence de l’humanité.