Les Sens du politique

Pour renouveler une pensée sclérosée.
dimanche 18 mai 2014
par  Roger Nifle
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Le politique est liée à la conception de la cité. Est-elle système, structure, modèle idéal, lieu de conflits et de puissances, engagement humain ou communauté de devenir ? Autant de questions sur lesquelles l’assaut des certitudes permet la dénonciation du politique de l’autre sans avoir a dire ses propres positions.

Les Sens du politique

La conception et l’exercice du politique relèvent des motivations et logiques humaines. Le discernement des Sens permet d’échapper notamment aux modèles universels qu’il n’est donc pas besoin d’interroger ou aux manichéismes du bon et du mauvais parti. L‘universalité est en l’homme, en chacun et pas dans une quelconque forme normative. Cependant cette universalité des potentiels se traduit par une multiplicité des positions, des postures intérieures et des comportements associés. En outre chaque culture, part de l’universel, a sa propre distribution de Sens et donc de réponses à la question du politique. C’est cependant une distribution générale des conceptions du politique que nous allons parcourir, non pas exhaustivement mais en donnant à chaque fois des indicateurs significatifs qu’il faudra au lecteur illustrer et développer.

1 - L’affrontement des passions.
La caricature occupe l’imaginaire fantasmé et aussi la réalité. Le politique c’est la nécessaire annihilation de l’autre seul et unique obstacle au bien. Quand au bout de combats inextinguibles la victoire est acquise, l’effondrement guette sauf à reconstituer un adversaire qui légitime le combat. Si l’adversaire est fantasmé alors la guerre politique est éternelle. La démocratie n’est rien d’autres que l’identification au peuple salvateur et soumis.

2 - La normalisation des rapports.
Des idéalités rationnelles constituent les normes universelles qui ordonnent l’organisation de la vie publique. Le modèle politique est structuré formellement de façon à ce qu’il encadre les rapports et les comportements. Le désordre, l’anormalité, l’aléatoire, l’imprévisible sont les obstacles à l’ordre normatif idéal qui doit régir la société. L’Etat, la République, la Démocratie sont ici des modèles formels incarnant les idéalités structurelles.

3 - La promotion des intérêts particuliers
Chaque individu mais aussi chaque coalition d’individus a le droit de faire valoir ses intérêts souverains. Pour cela la rivalité des intérêts justifie des coalitions opportunistes constituant des partis en compétition. Il leur est nécessaire de séduire leurs partisans par le maniement habile des sentiments d’identification. La démocratie y a un autre nom, démagogie.

A ces trois piliers des sciences politiques averties s’opposent termes à termes d’autres logiques moins prisées des apprentis politiques.

A - La convergence des aspirations humaines
La projection commune dans l’avenir est en même temps démarche de progrès et ambition de progresser. La réalisation des valeurs humaines et la convergence des engagements qualifient les projets politiques. La convergence des projets, intégration de la diversité des parties prenantes, est gage de valeur et d’efficacité. La démocratie est un mode de participation aux projets communs

B - L’expression des potentiels humains
La foi en l’homme présuppose la richesse et l’originalité de ses manifestations possibles. Que chacun puisse en répondre pour les autres et puisse l’exprimer sinon l’accomplir, engage la vie collective au service de l’expression des potentiels et de leurs conjugaisons. Le politique est la culture des richesses humaines selon des configurations singulières que l’on dira volontiers culturelles. La démocratie est l’implication personnelle dans les affaires communes appropriées.

C - La formation des communautés humaines
Exister ensemble c’est partager le commun des modes de vie. La communauté se tient de la régulation des relations, de l’union des différences, de la réalisation d’un bien commun. Le politique est ce souci de la communauté et des communautés qui se rassemblent dans la constellation des unions différentiées comme peut l’être le concert des nations. La démocratie est la libre engagement dans des multiples communautés et les communautés entre elles.

C’est à la convergence du pire qu’un « tripalium » du politique cherche à s’imposer. C’est la conjugaison du meilleur, un « tripalis » du politique moins bien connu, qui peut offrir un alternative radicale.

Il y a cependant bien des variantes et des conjugaisons qui offrent des visages différents du politique.

1-B : La rivalité des puissances
L’emprise sur les autres est la mesure de la puissance qui a vocation à se réaliser pleinement. Le politique c’est justement le pouvoir d’emprise et l’emprise c’est l’empêchement de l’emprise de l’autre et la possession de ses richesses. On reconnaitra les impérialismes qui se justifient par leur puissance même qui ne cesse d’avoir à se démontrer. Les menaces qui sont incessantes et les jouissances de la puissance constituent le moteur expansionniste de cette conception du politique. La démocratie c’est la défense contre l’emprise des autres qui fait élire même les tyrans.

1-2 : l’encadrement totalitaire des pulsions
La mobilisation des pulsions dans un cadre formel uniforme forme les troupeaux et les troupes qui réagissent aux lois d’une nature irrépressible dont ils sont les agents et la matière même. La formulation de ces lois et leur application nécessaire trace le destin de chacun dans l’existence du tout. La politique est l’exécution impersonnelle des lois d’un système posé comme naturel et donc indiscutable. La démocratie est l’état de nature débarrassé des initiatives transgressives et des dysfonctionalités à éliminer.

A-2 : L’édification de la cité
L’idéal politique est ici dans la rationalisation de la vie collective et ses modèles idéaux mais aussi dans un but de progrès humain. De ce fait le mouvement de normalisation devient mouvement d’édification. Le politique est l’organisation optimale de l’Etat de la cité mais aussi le perfectionnement de ses citoyens (ceux qui sont administrativement homologués comme tels) et de ses institutions et organisations. La civilisation moderne occidentale a produit dans le passé de nombreux chefs d’oeuvres politiques. La démocratie en est une de ses constructions normatives les plus avancées.

A-B : Le développement humain
Le politique est l’engagement du devenir propre de la communauté dans le Sens du bien commun. Il est l’expression révélatrice de sa culture et son développement qui est développement humain. Le développement communautaire est celui de la maturité de la communauté en conscience et compétence collective et aussi celui des personnes et des communautés qui y participent et auxquelles elle participe. Le démocratie communautaire est le mode de gouvernance qui vise à l’autonomisation responsable, comme exercice d’une vocation humaine singulière.

Il y a une seule conception des quatre dernières qui est méconnue autant que l’humanité des personnes et des communautés humaines. Il faut une mutation de civilisation pour commencer à s’y intéresser sérieusement c’est-à-dire comme autre chose qu’un avatar de telle ou telle conception classique. L’innovation comme expression créative des singularités personnelles et culturelles et comme projet de progression humaine devient un mode commun là où les conformismes régnaient là ou les conflits faisaient loi.

Dans ces quatre conceptions la dialectique individu société prend un visage particulier. Conflictualité dans les deux premières, normativité dans la seconde et la troisième. Personnes et communautés dans la quatrième sont indissociables, la communauté étant la condition humaine faite à la personne et la personne est le seul lieu de l’humanité, partagée existentiellement dans la communauté. Ni antagonisme, ni conformisme, ni individualisme, ni collectivisme, le reste est à découvrir comme réel humain auquel le politique à tourné le dos du moins dans ses conceptions intellectualisées. La société civile comme société politique est maintenant à comprendre et réaliser.