Mondialisation communautaire Oui !

Mondialisme systémique Non !
vendredi 14 octobre 2011
par  Roger Nifle
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Démondialisation Non !
Protection des conditions d’autonomie communautaire responsable Oui !

Nous sommes à une croisée des chemins où sans discernement il y a le plus de chance de se perdre. Des libéraux prêchent pour l’obéissance à de prétendues lois naturelles systémiques de l’économie, des étatistes égalitaristes réclament à hauts cris un protectionnisme de combat tout en participant à une idéologie internationaliste. L’individualisme, le corporatisme, privés et publics, réclament une mondialisation libertaire tout en érigeant des barrières normatives pour défendre leurs intérêts égoïstes.

Il en va au fond d’une mutation de civilisation, de la fin d’un mode de pensée, de modèles de représentations qui passent encore pour la dernière des modernités. Il en va de la conception de l’homme et de la condition humaine. Il en va d’une reconnaissance de l‘humanité de l’homme ou de sa négation. C’est pour cela que l’Humanisme Méthodologique a quelque chose à en dire, s’appuyant sur ses analyses de « prospective humaine » et le paradigme communautaire. Il fait place au Sens du bien commun comme axe de compréhension et d‘action humaine, comme interprétation et traitement des affaires humaines.

Le mondialisme systémique

Il relève d’un ensemble de conceptions qui tendent à décrire comme systémiques les lois de l’économie mais aussi comme telles les lois de la nature. On en a deux piliers plus ou moins combinés.

Le pilier matérialiste récuse toute différentiation comme atteinte à l’unité des masses et prône un internationalisme des masses laborieuses ou du marché du travail. Le maniement de la matière comme objet du travail et l’exploitation de masse en sont des figures emblématiques. Le mondialisme est son horizon avec ses « internationales ». Un mondialisme qui laisse les hommes être « pris en masses » à l’inverse de l’horreur capitaliste où des têtes prétendent dépasser. L’esprit révolutionnaire s’en nourrit. La lutte contre les puissances mondialisées justifie touts les combats protectionnistes. Logique d’exclusion/inclusion.

Le pilier rationaliste prône l’égalité en référence à une norme universelle. Un cadre structurel unique est l’idéal qui trouve dans l’étatisme son modèle type. L’universalisme de la raison favorise l’établissement des normes auxquelles doivent se conformer les différences. L’expérience européenne est un exemple de normalisation indifférenciée qui se heurte à la différence des cultures et des peuples. Marché unique, monnaie unique comme si l’unique était la seule solution à l’unité. Les représentations mentales se veulent universelles, rectrices et motrices de toutes les affaires humaines. L’idéal est, bien sûr, un Etat mondial qui dissout les frontières, ces tracés sur des cartes qui déterminent le soi et le non soi en termes de champs d’exercice d’une juridiction d’Etat. L’universalisme de l’ordre rationnel se dote de limites défensives pour établir une séparation, mentale d’abord, d’avec les différences que la raison supérieure devra soumettre tôt ou tard. La France et son Etat Jacobin n’ont cessé de rêver d’universalité, légitimée par la supériorité quasi mystique de la Raison. L’égalité universelle ne souffre aucune différence qu’une raison encore plus grande devra de toute façon amener à résipiscence. Tous ensembles selon l’Etat, séparément selon des frontières juridiques normatives.

Le systémisme moderne nous explique que le monde est le champ d’un système universel dont les lois naturelles s’imposent à nous et qu’y déroger est un acte contre-nature, nature écologique, nature économique, nature sociologique. La seule différence possible est celle de la place qui nous est assignée dans le système. Les « marchés » y sont des entités malignes pour les uns et des fonctionnalités nécessaires pour les autres. Ils se retrouvent dans un individualisme libertaire qui s’exonère de toute responsabilité systémique à condition de jouer le jeu de la nature de choses. Le systémisme, déviance réifiée de la théorie des systèmes, a trouvé avec l’épopée écologiste un champ d’exercice de la fatalité naturaliste et aussi de l’adversité anthropique dès lors que celle-ci prétend se libérer de la première. Le tout, le lien, les lois, la position assignée à chacun, c’est le système. La liberté et l’égalité sont antinomiques dans le système qui assure la solidarité de l‘ensemble. Egalitaires et libertaires, tels sont les attributs des individus solidaires modernes ou post modernes.

Le mondialisme systémique rassemble toute cette palette de logiques. Les mots clés successivement sont les suivants : exclusion/inclusion, uniformisation/séparation, assimilation/élimination. Ils régissent les pensées dans ces différentes logiques où la gestion des choses s’impose au gouvernement des hommes. Nous sommes dans un moment où les deux logiques matérialistes et rationalistes sont amenées à se combattre ou se soumettre au régime de la troisième, systémique. Heureusement l’alternative est là.

La mondialisation communautaire

De la gestion des choses il nous faut en venir à la « gouvernance » des hommes. Gouvernement ou gouvernance impliquent un Sens à cultiver, un Sens du bien commun, et une organisation pour le favoriser qui mobilise les potentiels humains, des potentiels divers et différentiés.

Le paradigme communautaire expose comment l’homme vit toujours en communautés, multiples et de toutes tailles et importances. Les affaires humaines sont toujours des affaires communautaires. Les communautés forment aussi d’autres communautés, des ensembles communautaires.

Une communauté humaine de nature humaine est une communauté d’êtres humains radicalement différents les uns des autres. Il sont aussi semblables dans leurs communautés, se ressemblant parce que rassemblés selon des conditions existentielles communes. Vivre ensemble, semblables, oui, mais différents, selon une altérité radicale. La communauté est toujours une unité de la diversité. De même toutes les communautés sont différentes mais s’assemblent et cultivent quelque ressemblance dans des ensembles communautaires singuliers. On pensera à l’Europe, communauté de nations différentes, rassemblées dans une communauté de Sens, où se développe une vocation partagée, si elle est comprise comme telle et pas selon les logiques précédentes. L’Europe est le lieu symbolique d’une problématique humaine d’actualité celle de la mondialisation.

Les cas sont extrêmement variés autant que la diversité des communautés humaines. On trouvera des communautés de proximité à la mesure des relations directes entre les personnes, communautés familiales ou familières comme on en vit tous plus ou moins dans la vie privée, sociale et professionnelle. On trouvera aussi des communautés culturelles plus grandes et elles-mêmes constituées toujours comme des ensembles communautaires. Les relations y sont médiatisées par des représentations communes : identité, modalités, règles et institutions, connaissances etc. Chaque communauté culturelle a son système de représentations, expression communautaire et non pas formatage systémiste.

Déjà à ce stade on conçoit que la diversité et même l’autonomie des parties prenantes est d’une logique intrinsèque au développement communautaire. La liberté responsable est cette culture communautaire majeure de l’autonomie dans la dépendance, celle des conditions existentielles et des engagements personnels et collectifs. Même s’il y a des communautés mineures et des communautés de mineurs, ce n’est plus la condition de l’unité selon un cadre tutélaire que de tenir les hommes en situation de subordination mais c’est un passage naturel de l’évolution humaine. L’éducation à l’autonomie responsable doit en pourvoir au dépassement. Dès lors on voit bien que l’autonomie responsable est la clé du développement communautaire, c’est-à-dire un engagement personnel et collectif différencié dans les affaires communes.

Le paradigme communautaire s’applique bien évidemment au politique mais aussi à l’économie n’y ayant d’économie que communautaire comme l’étymologie nous le suggère.

Voilà comment l’unité se construit dans les affaires humaines, dans les phénomènes humains que sont les communautés humaines.

Cela change tout. Par exemple chaque communauté est responsable de son économie mais pour l’assumer elle va s’inscrire aussi dans un ou plusieurs ensembles communautaires. Cette autonomie responsable fait que cette participation à un ensemble communautaire n’aliène pas la liberté et la singularité propre mais au contraire est une condition de son expression. La communauté est le terrain où se cultivent les autonomies en en étant la condition et aussi l’effet. De ce fait par exemple, une monnaie communautaire, signe de valeur dans sa culture propre ne doit pas interdire les monnaies communautaires des communautés parties prenantes. L’euro par exemple à considérer comme une monnaie communautaire ne doit pas éliminer l’existence de monnaies nationales qui elles-mêmes ne sont pas incompatibles avec d‘autres monnaies que l’on voit d’ailleurs germer ici et là. L’impasse des discussions actuelles tiens aux contradictions des logiques précédentes. Pour elles, par exemple, pas d’unité sans uniformité, et pas de liberté dans l’égalité formelle donc pas de liberté dans l’unité.

La connaissance des communautés humaines, notamment les communautés culturelles nous montre qu’il ne s’agit pas de collections d’objets, de collectifs d’individualités statistiques. Il s’agit de communautés structurées, évolutives, complexes qui toutes construisent leur monde commun en participant aussi à d’autres constructions, à d’autres mondes communautaires. Tous ces mondes communautaires sont imbriqués les uns avec les autres selon les lois humaines des ensembles communautaires.

Et nous en arrivons à la mondialisation communautaire. On distinguera alors mondialisation locale et mondialisation globale. La mondialisation locale est ce fait du développement communautaire d’un monde culturel propre à chacune et aux ensembles qu’elles constituent. La mondialisation est ce phénomène humain de conscience culturelle, de conscience collective, d’intelligence collective qui se nouent dans les communautés humaines traditionnelles ou nouvellement déployées avec internet. C’est la mondialisation locale signe d’une mutation de civilisation.

Il y a aussi la mondialisation globale. C’est celle dont on parle. Mais cette mondialisation n’est pas seulement celle du mondialisme systémique que rien n’impose sauf les limites de la conscience humaine. Elle est plutôt celle d’une mondialisation communautaire, la conscience communautaire d’un monde global, celui d’une communauté humaine globale. Mais nous savons maintenant qu’une telle communauté n’est pas une collection d’individus convoqués devant le théâtre ou le tribunal des affaires du monde occupé par des puissances transgressives ou verrouillé par des cadres normatifs. C’est une communauté de communautés, d’ensembles communautaires multiples, communautés différentiées de personnes différentes. En fait, il peut y avoir des communautés mondes selon la diversité des ensembles communautaires possibles. On peut avoir ainsi des ensembles communautaires thématiques qui forment une mondialité spécifique.

La mondialisation communautaire est à la fois une mondialisation locale et globale c’est-à dire une conscience de la centralité de l’homme dans les affaires humaines, centralité qui se déploie dans des environnements communautaires, des mondes communs de toutes dimensions.

La mondialisation communautaire, loin d’être la source d’une aliénation des hommes en est le champ d’un accomplissement. Le paradigme communautaire nous en propose la compréhension, et aussi les moyens de l’action humaine. Ce sont les enjeux de la mutation de civilisation que les crises actuelles annoncent.

Pour terminer avec la mondialisation traduite en globalisation, notamment dans l’univers anglo saxon il nous faut leur rendre cette révélation du Sens de la mondialisation dans cette mutation. World et welt sont étymologiquement dérivés de wear old et wier alt qui signifient : « âge d’homme » (Dictionnaire des racines des langues européennes
de R. Grandsaignes d’Hauterive, Larousse 1948). Comprenne qui pourra ou qui voudra la civilisation de la mondialisation communautaire, au temps du world wide web et du virtuel de même racine : vir

Démondialisation Non !
Protection des conditions d’autonomie communautaire responsable Oui !