Qu’est ce que le libéralisme

pour un libéralisme responsable et communautaire
mardi 30 août 2011
par  Roger Nifle
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Le libéralisme est compris selon le Sens dans lequel on l’envisage, souvent au détriment de toute autre interprétation. Or le Sens dans lequel il est considéré est celui dans lequel se tiens celui qui le voit ainsi. Les Sens du libéralisme se retrouvent chez tous ceux qui sont confrontés à la problématique humaine qu’il veut résoudre. Comprendre le libéralisme aide aussi à comprendre cette problématique et vice versa.

Comprendre le libéralisme

Le libéralisme est pour les uns la source de tous les maux et pour les autres la condition de tous biens. Comme toutes les affaires humaines le libéralisme est une conception humaine qui trouve en l’homme tous ses Sens et il y en a plusieurs. Mieux, ce qui se dit ou se fait est l’expression de ces Sens ou positions d’être comme le montre l’Humanisme Méthodologique. Il s’agit pour chaque Sens d’un rapport aux autres, d’un rapport au monde et aussi à soi-même. L’intelligence symbolique vise d’abord à discerner ces Sens et ainsi, d’un part mette à jour la cohérence interne des positions prises et d’autre part permettre le choix d’une position qui favorise le bien de l’homme. Le Sens du bien commun sera celui qu’une communauté donnée partagera dans cette perspective.

La question du libéralisme, lieu de tensions majeures, mérite une telle élucidation qui a été réalisée par les moyens d’intelligence symbolique de l’Humanisme Méthodologique. Il s’agit donc de mettre en évidence l’enjeu général de la question et les différents Sens ou logiques correspondant aux positions prises.

La question est celle de la liberté humaine et plus précisément des rapports à cette liberté qui peut être conçue de façons très différentes. Dans cette rapide analyse nous en donneront les principaux repères.

Tout d’abord une première discrimination est la suivante :

La liberté envisagée par la personne comme exogène ou endogène. La liberté exogène est conçue comme une propriété externe, une condition extérieure dont nous dépendons, exo-déterminée. La liberté nous est octroyée ou non par les autres, l’environnement ou quelque entité qui en aurait le pouvoir ou la volonté. C’est au fond une question de dépendance ou d’indépendance.

La liberté endogène est conçue commune propriété du sujet. Il est donc là question d‘autonomie c’est-à-dire d’une capacité de se déterminer par soi-même. On peut avoir l’expérience d’une nécessaire maturité, enjeu d’une l’éducation dont c’est une finalité essentielle. Il en va d’une maîtrise de soi plus ou moins grande.

Une seconde discrimination est la suivante :

La liberté est envisagée comme la confrontation à un champ d’opportunités et donc de choix. C’est la multiplicité des possibles qui figure la liberté de choix. Cela suppose une considération des potentiels qui nous sont offerts, des richesses disponibles.

A l’inverse la liberté est vécue comme une prise de risque dans un champ de contraintes, d’obligations. Elle est assortie de craintes et donc de sentiments de culpabilité, inconscients ou non. La liberté est inquiétante.

Ces deux axes se croisent et définissent quatre Sens du libéralisme, quatre types de libéralismes entre lesquels tous les malentendus sont possibles. C’est l’intérêt de les différentier et les comprendre pour sortir des confusions éventuelles et radicaliser une position qui se démarque des jeux d’opposition ambigus.

Le libéralisme libertaire et profiteur

Il conjugue la liberté de choix avec la revendication d’indépendance. Le refus des dépendances et la recherche d’évasion de toute contrainte construisent un libéralisme moral c’est-à-dire proprement amoral. Débarrassé de toutes questions de conscience. Il se fonde sur une idéalisation du temps libre, des vacances, des loisirs et d’un hédonisme sans entraves. Pour ce libéralisme chacun fait comme il le veut, pour le plaisir. Il ne cherche pas cependant à causer préjudice et se légitime d’un opportunisme, sans examen de conscience. Sur le plan économique la règle c’est que chacun a bien le droit de profiter des situations qui se présentent, surtout sans régulations. Le commerce de tous produits, de tous comportements, de tous services, se légitime par le fait qu’il satisfait certainement quelqu’un.

Le libéralisme arbitraire et prédateur

Il conjugue une vision exogène de la liberté, soumise aux déterminations de l’environnement, de l’Etat ou de toute les conditions, extérieures à la personne, avec un sentiment de crainte, de culpabilité, une peur du risque. C’est un libéralisme de frustration et de transgression. Il pose des actes qui se veulent arbitraires, marquant une transgression forcément coupable mais dont la faute est reportée vers les autres ou ces déterminants extérieurs. C’est un libéralisme réactionnel comme le sont les réactions à ce libéralisme. Libéralisme prédateur et anti-libéralisme sont les deux facettes d’un même rapport à la liberté. On s’étonne du fait que les cadres des systèmes anti-libéraux se transforment en prédateurs lorsque l’occasion (exogène) se présente. Dans d’autres circonstances les « ultralibéraux » deviennent volontiers cadres de partis autoritaires. Mais cela dépend toujours des circonstances et d’une frustration inépuisable. Sur le plan économique il est vrai que prendre sur les autres ou condamner ceux qui le font pour s’en exonérer soi-même est un jeu qui fait grand bruit et dont la conscience n’est pas le moteur principal des parties prenantes mais plutôt le sentiment de culpabilité refoulé et la paranoïa souvent associée. Libéralisme et anti-libéralisme se tiennent ici dans le même moralisme immoral.

Le libéralisme passif et consommateur

Il conjugue le souci du libre consentement avec les craintes et la mauvaise conscience à tel point que cela n’est vivable que dans une sorte d’anesthésie de la conscience. La liberté n’est possible qu’encadrée, régulée, normalisée. Dans ces conditions elle s’exerce par la consommation passive des modèles, des modes, des modes de vie, des modalités qui se disent de libre échange. Immobilité, anesthésie de la conscience, consommations d’anesthésiants et on a le tableau d’une société de consommation mais aussi de toutes société administrée qui permet à chacun d’éviter la confrontation à sa responsabilité.
Le libéralisme n’est pas comme dans les cas précédents la liberté du renard dans le poulailler ni des poules évadées du poulailler mais la liberté des poules dans un poulailler bien administré et distributif sous réserve des conditionnements adéquats auxquels tous sont parties prenantes, librement et en toute inconscience. Il suffit de maintenir les équilibres entre travail contraint et consommations permises, administration régulée et obligations intériorisées. Ce libéralisme est une figure de démocratie bienséante régie par un marketing de la demande.

Le libéralisme responsable ou communautaire

Ce libéralisme est conditionné par une conception des possibles, des opportunités et de la possibilité d’un choix qui n’est pas celui de l’étalage mais de la libre détermination du sujet. Encore faut-il qu’il la cultive, qu’il l’éduque, qu’il en fasse l’apprentissage et donc aussi qu’il l’exerce. Cela a des répercussions sur ce que peut-être une société libérale engagée dans la culture de l’autonomie de ses membres, leur « empowerment » dirait-on que l’on peut traduire par « autonomisation ». L’autonomisation est l’enjeu, la méthode et le projet d’un libéralisme responsable. Cependant le libéralisme responsable ne peut s’exercer ailleurs que dans une communauté humaine. Celle-ci n’est pas seulement le milieu où s’exerce une liberté mais la conjonction des libertés, leur conjugaison, leur engagement. C’est le développement communautaire qui est l’enjeu du libéralisme responsable et ce développement communautaire vise à cultiver la capacité d’autonomie de ses membres c’est-à-dire leur maturité, leur maîtrise de soi. Ainsi la liberté ici n’est pas celle des poules et du poulailler mais des hommes en communautés. Le rapport des hommes à la communauté n’est pas un face à face ni une subordination et encore moins une domination mais une co-construction, une co-responsabilité réalisée dans une concourance des actes de liberté à la mesure de leur autonomie. Il y a ainsi toujours une conception de l’économie qui correspond à celle du libéralisme et ici c’est l’économie communautaire *, une économie qui porte sur la production et l’échange des « biens » et « services » qui sont tels si ils concourent au développement dans le Sens du bien commun.

« Economie communautaire et développement approprié » sur le site du journal permanent de l’Humanisme Méthodologique http://journal.coherences.com/article406.html