Tout problème est un problème humain, dans toutes ses dimensions. C’est toujours et entoute matière même mathématique ou scientifique, à des phénomènes humains que l’on s’adresse et à des processus humains que l’on doit avoir recours. Le reste est accessoire.
Si tous les problèmes sont au fond des problèmes
d’humanité (Sens en consensus), des problèmes humains
(réalités d’expériences humaines), la gestion
des choses devient accessoire au lieu d’être presque le
seul champ de l’action pour un grand nombre de spécialistes.
Même les questions politiques sont réduites très
souvent à des questions technico juridiques ou de manipulation
d’affects autour de la question fallacieuse du pouvoir.
Combien de fois entend on vouloir placer l’homme au centre
alors qu’aucune traduction concrète ne s’y associe, hormis
les mystifications consistant à réduire l’homme
à tel ou tel visage accessoire ou régressif (ex.
le thème de la satisfaction des besoins).
L’humanisme méthodologique prône l’éthique
de la considération. S’il y a un problème quelque
part, c’est le problème de quelqu’un, d’un groupe, d’une
communauté humaine. Le problème (ou le projet) doit
être considéré dans la réalité
de ceux qui sont concernés et comme étant le fruit
de l’expérience du consensus qui est le leur.
D’une façon générale toute question posée
dans une situation existentielle doit renvoyer aux Instances en
consensus puis à la question des artifices opératoires
pour intervenir tant sur le consensus que sur la transformation
des choses. Entre-temps la question éthique revient pour
le choix de la position de Sens selon laquelle le consensus va
être engagé ainsi que la responsabilité qui
s’y associe. Agir c’est prendre une responsabilité éthique
et pratique ce que les mécanismes opératoires classiques
ou les technocraties tendent à évacuer ou à
poser comme accessoire.
Ici c’est l’essentiel qui est en jeu, tant pour le plan pratique
qu’éthique, intimement liés par le Sens qui est
le même pour l’un ou l’autre plan.
Nous allons maintenant tracer le parcours d’une méthodologie
générale de l’action, applicable dans tous les domaines,
à toutes les échelles dans des conditions évidemment
différentes.
Le processus méthodologique peut aussi être interactif,
les phases plus ou moins longues, les techniques différentes.
Énonçons les différentes phases :
1) Centration pour poser le problème
2) Élucidation pour en discerner le Sens, connaître
et comprendre
3) Positionnement pour décider le Sens à tenir
4) Conception des modalités et perspectives de l’action
5) Planification pour organiser l’action dans le temps et
en fonction des conditions
6) Opérations pour agir sur les situations
7) Bilan pour prendre acte des résultats
8) Évaluations pour l’appropriation et l’appréciation
de l’action
Ces huit phases formeront un enchaînement qui constitue
l’artifice de l’action. elles correspondent à la spirale
d eréalisation qui s’appuie sur le cohérenciel.
Autant elles se trouvent ordonnées dans une succession
particulière, autant le "processus agissant"
est en jeu dans le début. On connaît des situations
où la première ou les trois premières phases
suffisent comme artifice d’intervention pour que le consensus
en soit utilement affecté et la situation transformée.
Un problème bien posé est à moitié
résolu dit-on à juste titre. Nous insistons sur
cet aspect d’artifice méthodologique pour bien rappeler
aussi que la méthode n’est pas la cause directe de la transformation
de la réalité mais qu’elle est le vecteur d’un travail
sur le Sens et le consensus. Là où on nous dit qu’il
y a des "méthodes qui marchent, des techniques efficaces"
rappelons nous que ce ne sont que façons de parler ou croyances
magiques, celles de notre monde technico-scientifique en particulier.
Enfin notons que très souvent ce processus méthodologique
se déroule sans que nous y prenions garde. Il s’agit cependant
de l’envisager ici dans des contextes professionnels où
l’action doit être pensée.
1) Centration
Il s’agit d’un côté de "poser le problème"
et d’un autre de se tenir disposé dans la problématique
humaine qui le sous-tend. Un artifice permet de faciliter cette
centration au travers de la recherche de réponse à
trois questions :
- C’est le problème de qui ? quelle personne ? quel groupe ?
quelle communauté ? quels rôles ?
- De quoi s’agit-il ? quel est l’objet central, dans quel contexte,
quels sont les objets secondaires ?
- Pourquoi cela fait-il problème ? quel est le Sens de
la demande ou de la volonté de traiter le problème ?
On peut y rajouter quels buts, quelles attentes, quelles conditions,
quels affects, quels faits, quelles représentations ? Tout
ceci ne fera que faciliter la centration. Ce questionnement est
aussi une "écoute" de la situation humaine initiale,
une en-quête selon le principe de considération qui
place les hommes au cur de leurs affaires et non l’inverse. Il
peut se traduire par différentes façons de solliciter,
questions directes, écoute de "témoins significatifs",
observation de la situation et des matériaux puis comme
expression symbolique c’est-à-dire témoignage de
la réalité des hommes impliqués. Il s’agit
au travers de ce questionnement de se "mettre en question"
c’est-à-dire de prendre part au consensus initial en rejoignant
la problématique sous-jascente. Il est évident que
s’il n’y a là aucune maîtrise rien ne permettra un
quelconque service se faisant alors seulement le jouet du problème.
Ce déplacement intérieur assorti d’une maîtrise
suffisante ira jusqu’à discerner quels Sens sont engagés
et en tout cas dans quel Sens se tenir pour que le traitement
du problème se fasse au service de l’accomplissement humain.
La centration est une discipline dont le premier exercice doit
être suffisant pour engager la suite.
Notons ici deux choses.
- Toute la méthodologie sera une poursuite du travail
de centration, culture du meilleur Sens de la problématique
pertinente.
- Ce travail est déjà une intervention favorisant
la centration des autres et ce faisant contribue au progrès
de leur maîtrise ce qui est toujours un des enjeux essentiels
de l’action.
2) L’élucidation de la situation
Toute intervention, toute solution, toute transformation sera
l’actualisation d’un Sens en consensus. Souvent il sera nécessaire
d’engager une élucidation de ce Sens tant pour déterminer
l’orientation de l’action que ce qui en sera la ressource, le
potentiel, les valeurs d’appuis, etc.
C’est comme cela que l’humanisme méthodologique appelle
à se questionner. Quels sont les potentiels, les richesses,
les ressources de tous ordres que la situation porte en elle-même
de par la Cohérence en consensus où se trouve un
"meilleur Sens" que l’on peut déjà élucider.
Cela veut dire que en chaque chose, en chaque situation
on recherche le meilleur Sens ou encore que l’on va mettre
en évidence le meilleur potentiel à actualiser.
Tout cela se situe au cur des hommes, de leurs Instances en consensus.
L’élucidation peut alors s’appuyer sur l’une ou l’autre
de deux techniques.
L’analyse de Cohérence pour mettre en évidence
les différents Sens de la Cohérence sous-jascente,
le meilleur Sens apparaissant parmi eux.
L’analyse figurative plus rapide visant par exemple à
dégager directement le meilleur Sens de la situation et
ses potentiels.
Le discernement de Sens et l’intelligence symbolique
Nous nous trouvons là devant une question déjà
soulevée à plusieurs reprises tant en termes de
maîtrise à l’âge du Sens, qu’en terme de connaissance
avec la conscience de Sens. Il s’agit ici de la mise en uvre du
processus qui peut y conduire. Il est sans rapport avec les processus
de la raison donc avec tout ce que nos écoles, modestes
ou grandes, nous ont enseigné, faute sans doute de maîtres
en la matière.
L’élucidation du Sens d’une situation advient comme
une lumière intérieure (y voir clair) une sorte
de compréhension profonde telle que, quand cela arrive,
tout s’éclaire et en plusieurs Sens. C’est une expérience
assez courante mais mal identifiée, rarement étudiée
et encore moins généralisée comme nous le
faisons ici. De ce fait cela a pu apparaître soit comme
anodin soit comme extraordinaire réservé aux créateurs,
aux découvreurs, aux génies. L’humanisme méthodologique
montre que c’est un processus que l’on peut cultiver comme on
l’a fait de la raison et qui réclame néanmoins justement
une certaine maîtrise préalable des représentations
(et de la raison).
Cela restera autrement inaccessible sinon comme leurre ou simulacre
et notamment pour ceux qui ont fait de la raison et des représentations
l’indépassable de la conscience humaine, niant de ce fait
Sens et Instances humaines. Toute leur expertise s’arcqueboute
sur la négation de la possibilité d’un tel discernement.
On parlera de construire du Sens, de produire du Sens, pas de
l’élucider. C’est là le fait d’idéologies
dénégatrice au fond d’une nature humaine (antihumanisme
théorique).
Il s’agit au contraire très simplement d’y aller voir,
là ou ceux là disent qu’il n’y a rien, pour y découvrir
cet essentiel sur lequel repose toute l’ingénierie humaine,
ingénierie du Sens et de son actualisation dans l’action.
Pour entrer dans la pratique il nous faut au préalable
connaître deux choses.
La conscience de Sens advient lorsque nous sommes à
la fois centré sur la Cohérence d’une réalité
ou situation à élucider (centration) et que nous
sommes disposés très rigoureusement dans le meilleur
Sens de cette Cohérence.
Nous voyons le paradoxe. Il faudrait déjà discerner
les Sens de la Cohérence pour se tenir dans le meilleur
Sens permettant ce discernement.
Notons d’ores et déjà que si nous sommes habituellement
déjà engagé dans un fort travail de discernement
cela sera plus facile d’aller plus loin dans ce discernement que
si nous n’en avons aucune maîtrise. Dit autrement le travail
de discernement est d’autant plus accessible que nous avons déjà
développé une bonne maîtrise dans ce Sens
et d’autant plus difficile sinon inaccessible dans le cas contraire.
La deuxième chose à connaître est la notion
d’homologie.
Si une situation, une réalité est l’actualisation
d’un Sens en consensus alors on peut dire que :
- les différentes composantes et dimensions de cette
réalité sont homologues entre elles (même
Sens) affects, faits, représentations d’une même
réalité sont en homologie ainsi que les dimensions
subjectives, objectives et projectives ou rationnelles. Toutes
sont le véhicule du même Sens.
- lorsque seules les parties prenantes du consensus changent,
ce qui équivaut au changement des conditions et du contexte
sans changement de Sens, alors nous disposons de "réalités"
différentes mais aussi homologues.
Par ailleurs lorsque l’on est activé par une situation
dans un Sens d’une Cohérence alors tout ce qui peut être
actualisé de là est homologue à ce qui nous
avait activé.
Par exemple se laisser activer par une situation (centration,
échanges dans un groupe, écoute, expériences
de la situation...) alors ce qui nous vient à l’imagination
est homologue à la situation. Le rêve en est un exemple,
la création artistique un autre mais aussi toute forme
d’actualisation spontanée qui exprimera homologiquement
ce qui est activé en nous. Le langage lui même est
un instrument d’homologie particulièrement efficace et
utile.
Sur ces deux apports peut se comprendre l’artifice qui favorise
le discernement des Sens d’une situation, d’un problème,
d’un concept, d’un objet de préoccupation quelconque à
toutes les échelles possibles.
Le fait de se centrer avec l’aide de la considération
simultanée de plusieurs réalités homologues
nous permet de trouver la bonne disposition, dans le Sens favorable,
tel que l’éclairage se produit.
Bien sûr, même si celui-ci apparaît subitement,
le processus de discernement se travaille, se cultive. Il faut
aussi considérer que si c’est la disposition dans le "meilleur
sens" qui seule procure ce discernement c’est malgré
tout celui de tous les autres Sens qui advient en même temps.
A l’inverse s’activer et se motiver par homologie dans tout autre
Sens ne procure aucun discernement d’aucun Sens.
Ce qui est dit là est peu ordinaire et peut donc paraître
extra-ordinaire. L’auteur et bien d’autres peuvent témoigner
de la puissance d’éclairement qui résulte de telles
pratiques engagées dans des milliers de situations de tous
ordres.
L’intelligence symbolique, discernement des Sens (en consensus)
des réalités, n’a guère été
cultivée jusqu’ici sauf exceptions souvent indicibles ou
inaudibles. La théorisation et la découverte d’artifices
méthodologiques ouvrent à des possibilités
de grande ampleur permettant de généraliser des
capacités humaines jusqu’ici très exceptionnelles.
Elles permettent surtout d’accéder à une profondeur
humaine des affaires humaines peu commune sinon par des disciplines
"ésotériques" à proprement parler.
Dans le cadre méthodologique, ce moment d’élucidation
du ou des Sens des situations entraîne à pouvoir
travailler à un niveau de profondeur peu commun dont on
verra les conséquences par la suite.
Il s’agit, bien sûr, de réguler la pratique selon
les besoins mais aussi de tenir les exigences d’une discipline
de discernement bien plus impliquante que les instrumentations
habituelles qui ignorent le cur de l’homme là où
se joue l’action.
3) Positionnement
Élucider le meilleur Sens dans la Cohérence ou
problématique humaine sous-jascente implique de s’y trouver
disposé. De ce fait il parait logique que l’actualisation
de ce Sens en vienne à poursuivre l’action en ce même
Sens. C’est oublier que le discernement met en situation de liberté
et que cette liberté doit s’exercer pour que position soit
prise sur l’un ou l’autre Sens. Paradoxalement la liberté
rend à la fois possible et nécessaire ce choix en
même temps que le discernement du meilleur Sens engage à
le cultiver et seulement celui-là.
Il y a donc un moment d’engagement, de détermination,
de positionnement qui assume la responsabilité d’engager
ce Sens en conSensus donc d’influer sur l’engagement des autres.
On retrouve la dimension intentionnelle et le niveau de maîtrise
qui, avec la maturescence, ouvre à l’exercice de cette
responsabilité. Être responsable c’est répondre
du Sens dans lequel on s’engage et par là-même on
engage les autres.
Il y a donc, avant d’aller plus loin dans l’action, un moment
de décision, de détermination qui, en situation
de groupe ou de communauté plus large, peut réclamer
des modalités spécifiques. En particulier donner
des repères de ce Sens eu égard à la situation
peut permettre à ceux qui n’en ont pas le discernement
du Sens d’en apercevoir néanmoins la perspective existentielle
suffisamment pour assumer la détermination d’y consentir.
Encore faut-il qu’il y ait quelque part une maîtrise du
discernement pour que cet engagement ne soit pas vain et qu’il
soit bien déterminant.
4) Conception des modalités et perspectives de
l’action
Quelle frustration pour ceux qui appliquent des solutions ou
des modèles tous faits d’avoir à en venir jusqu’à
cette étape et de ne rien savoir encore de la façon
dont on va opérer factuellement. L’illusion que c’est la
méthode, le modèle, la procédure qui opèrent
(qui marchent) est des plus répandues excluant le sujet
de sa position d’auteur et de maîtrise pour le tenir dans
le rôle d’agent sinon d ’outil ou d’instrument. Or chaque
situation est singulière et on ne peut concevoir le mode
d’action pertinent que de façon ad hoc. Le mode d’action
ce sera l’actualisation d’un Sens sous le mode d’un processus
enchaînant différentes opérations. Il est
en effet important de considérer que l’action humaine est
toujours un processus intervenant dans une situation déjà
là pour la transformer, la changer, la faire évoluer
comme on l’a vu. Le processus à concevoir est lui-même
l’actualisation d’un Sens, celui selon lequel on a décidé
d’agir.
La conception du processus se fera par un travail de créativité
générative. C’est un second volet de l’intelligence
symbolique et un moyen essentiel de l’ingénierie humaine.
La créativité générative est une
technique de production homologique progressive partant d’une
centration et d’un Sens dans lequel s’engager. L’imaginaire va
être sollicité pour produire un "homologramme"
(en général une petite histoire imaginaire) qui
traduise déjà le Sens sous le mode d’une rationalité
narrative et les différentes dimensions et composantes
de l’expérience (structure cohérencielle). Très
souvent il arrive que ce travail d’analyse structurelle de l’homologramme
soit l’occasion aussi d’une forte élucidation de la problématique
sous-jacente si bien qu’un raccourci peut quelque fois être
pris.
L’homologramme sera traduit homologiquement en une structure
logique permettant de dessiner un premier scénario de l’action.
Ensuite il s’agit de le rapporter à la réalité
initiale pour traduire le scénario en projet ou processus
opérationnel. Le degré de précision du mode
d’action dépendra du degré de prise en compte de
la réalité initiale.
C’est donc à ce stade seulement que l’on peut avoir
besoin, pour concrétiser le processus d’action, d’une analyse
cohérencielle de la réalité initiale.
Une invraisemblable théorie de l’action largement en
vigueur voudrait que l’action découle mécaniquement
de ce type d’analyse ou de diagnostics éliminant une fois
de plus le sujet humain et l’humanité des affaires humaines
(anti humanisme pratique).
La conception créative du processus de l’action peut
aussi bien déboucher sur une démarche, une méthode,
un projet, une solution dont il faut savoir que ce sera toujours
un processus à conduire même si cela passe par une
production factuelle, matérielle. Il y a toujours un caractère
stratégique à l’action humaine et la seule conception
du processus de l’action participe, comme on l’a déjà
vu, de l’action elle même, travail sur le consensus. Dans
certains cas une élaboration participative, c’est-à-dire
précisément une concertation, constituera sous le
mode de l’appropriation une activation du consensus dont l’actualisation
sera en même temps production d’une méthode d’action
(un projet par exemple) mais aussi l’engagement de l’action elle-même.
C’est pour cela que ce type de pratique concertative est aussi
une pratique de "mise en mouvement collectif". L’étendue
de la participation au consensus donne alors toute sa puissance
à l’action.
Devant cette perspective il faut observer deux choses. Si un
travail préalable de centration, d’élucidation,
de positionnement très fort n’a pas été réalisé
alors la concertation divaguera rapidement actualisant et activant
des soubassement non maîtrisés et donc probablement
contre productifs (c’est le cas des pratiques participatives naïves
ou perverses qui sont les plus fréquentes).
En outre si l’amplitude de la mise en mouvement est très
grande on aura comme pour la créativité générative
à procéder par étapes concevant un scénario
général avant de le déployer, du général
(générique) vers le particulier. En fait il est
possible de concevoir la technique de créativité
générative comme un cadre d’élaboration participative
de solutions ou projets complexes impliquant un grand nombre de
personnes. C’est ainsi un moyen d’action intéressant pour
les grandes communautés pour lesquelles il manque aujourd’hui
cruellement de méthodes constructives. La créativité
générative débouchera sur un niveau de conception
suffisant pour que le processus soit opérationnel. Il faut
néanmoins passer à l’étape suivante pour
en cadrer la conduite.
5) Planification pour organiser l’action dans le temps
Il s’agit d’un stade d’ordonnancement de l’action qui prendra
des formes différentes selon le cas.
On retrouvera le souci de planifier et programmer dans le temps,
celui de rassembler les ressources, de préparer les moyens,
d’organiser la conduite et les moyens de pilotage de l’action.
Il faut en effet anticiper sur les aléas de toute situation
humaine (il n’y en a pas d’autres) donc se doter des moyens d’évolution,
d’anticipation, d’analyse adéquats permettant de réajuster
en tant que de besoin le processus lui-même (interaction)
ou simplement d’en assurer la continuité.
Cette étape, déjà la cinquième,
est la dernière avant l’action factuelle mais on a vu que
le processus méthodologique est agissant dès la
première étape à tel point que le consensus
ayant déjà été travaillé l’essentiel
a déjà pu être fait et l’action se réduire
à quelques opérations symboliquement structurantes.
6) Opération pour agir sur la situation
Qu’est-ce que faire veut dire pour l’humanisme méthodologique.
L’âge de l’enfance nous a laissé cette conscience
pratique de la résistance, l’interaction et, au bout du
compte, l’effectuation d’une transformation. Il nous a laissé
croire que c’était par exemple l’opérationd’une
force exercée, d’un geste, d’un comportement qui s’imposait
aux choses pour les modifier, les transformer. "Tout se passe
comme si" il en était ainsi mais c’est l’apparence
qui est en général retenue. Or la force exercée,
le geste développé sont l’actualisation de Sens
si bien d’ailleurs que le geste agissant, la chose agi, la transformation
et le résultat ne sont pas si séparables que cela.
L’action en tant qu’opération est co-centration. Il
s’agit de soutenir une centration (Cohérence et Sens) là
où il en va différemment pour y ramener le consensus
sous-jascent. Il y faut de la force (de caractère, force
intérieure, effort de centration). Il y faut une habileté,
le geste accompagnant et incarnat le travail de recentration.
Il y faut quelque fois des outils, des instruments qui soutiennent
l’effort et l’amplifient. Au travail extérieur qui apparaît
agissant correspond un travail intérieur de co-centration
ressenti d’ailleurs comme une "concentration". Au-delà
de l’exemple matériel, de l’opération physique,
il y a bien sûr bien d’autres exemples d’opérations
non matérielles qui montrent comment l’opérateur,
les opérateurs doivent "y mettre du leur", "s’y
mettre", c’est-à-dire se concentrer sur ce qui fera
la réalité autre.
Les méthodes, les processus, les programmes ne font
que décomposer en opérations élémentaires
un chemin de transformation de la situation. Dans l’action les
opérations ne constituent qu’une série d’interventions
sur le consensus qui le transforment peu à peu.
C’est pour cela qu’elles ont à être encadrées
par un processus. C’est autant le processus qui est agissant que
telle ou telle opération dans la mesure où il porte
le Sens à activer. Ainsi il est erroné de penser
que les opérations élémentaires décrivent
un procédé de transformation progressive de la réalité
alors qu’elles contribuent à faire évoluer le consensus
et donc faire changer les réalités qui l’actualisent.
6) Bilan de l’action
Au départ une situation, un problème, une réalité
à partir de laquelle le processus méthodologique
a été engagé. A ce stade la réalité
a été transformée. Objectivement des écarts
peuvent être constatés éventuellement mesurés
distingués.
Il est courant qu’à la fin d’une action, puis dans le
nouveau consensus, la nouvelle expérience une sorte d’amnésie
de ce qui était au début se manifeste. Il faut l’exercice
d’une certaine maîtrise pour pouvoir aller de l’un à
l’autre des consensus (centration, Cohérence, Sens...)
et donc de réalités différentes, avant et
après.
Si l’action vise à cultiver un Sens d’accomplissement
et donc une certaine maîtrise alors le bilan objectif est
l’exercice de cette maîtrise. On peut le considérer
comme la mesure objective des écarts avant/après
mais c’est en fait l’exercice d’une maîtrise de circonstance
qui est ainsi assuré.
7) Appréciation évaluation.
Enfin l’évaluation de l’action, l’appréciation
de ses bénéfices vient pour renforcer cette maîtrise,
l’éprouver comme bénéfice de l’action pour
tous ceux qui sont concernés. On s’assurera alors que la
réalité ultime est bien l’actualisation du consensus
recherché.
Les trois termes de toute évaluation sont alors :
- Le critère de pertinence : "Est-ce que
cela va dans le bon Sens ?". On comprend que si les phases
initiales de centration, de discernement et de positionnement
n’ont pas été tenues alors cette évaluation
n’est pas possible. C’est l’échec d’un très grand
nombre d’évaluations malgré les appareillages-simulacres
qu’elles peuvent déployer.
- Le critère de cohérence : "Est-ce
que tout s’intègre bien ?". C’est la structure cohérencielle
qui va permettre d’apprécier si toutes les dimensions et
composantes de la situation sont bien intégrées
et participent de la pertinence précédente.
- Le critère de performance : "Est-ce que
les efforts déployés ont bien produit les résultats
escomptés ?" Cela est évidemment relatif aux
critères antérieurs et s’appuie aussi sur le bilan.
Pas de performance sans pertinence, ni cohérence. Toute
évaluation qui les omettrait ignorerait ce qu’elle mesure.
Il faut conclure ici sur deux choses :
- Pas d’évaluation sans échelle de valeur. Or
l’échelle de valeur est une hiérarchie de ce qui
vaut selon le Sens recherché. Le Sens est le support
de toute échelle de valeur et donc d’évaluation.
- L’évaluation est un travail de confrontation
pédagogique qui a pour effet d’améliorer le niveau
de maîtrise. Ce travail se sert de l’expérience
de l’action qui trouve là aussi souvent sa meilleure utilité.
Agir c’est transformer la réalité pour
devenir plus humain. Les buts existentiels de l’action
sont subordonnés aux buts essentiels de l’accomplissement
humain.