Le monde humain espace d’humanité

figures de l’Humanisme Méthodologique
mardi 7 décembre 2010
par  Roger Nifle
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Pour traiter un problème il faut le situer dans un contexte, une vision du monde et de l’homme. Les crises actuelles remettent en question les conceptions anti-humanistes qui prédominent. L’Humanisme Méthodologique propose une approche centrée sur l’homme engagé dans l’accomplissement de son humanité. Une autre façon de penser et d’agir.

Dans un monde matérialiste l’homme est une chose parmi les choses qui répond aux lois de la matière et rien d’autre. Il n’y a pas d’autres analyses ni interprétations possibles que de traiter les problèmes humains selon les déterminations de la matière, les mouvements et les forces qui l’animent. Le paradoxe des matérialistes c’est d’imaginer que des hommes puissent transgresser ces lois de leur propre chef pour en faire alors des ennemis, dominateurs ou aux comportements contre-nature, responsables et donc coupables.

Dans un monde rationaliste l’homme est le reflet d’un modèle structurel, d’un ordre sous jacent qui règle et explique toute chose. Comme tous autres, les phénomènes humains sont uniquement les manifestations de ces structures rationnelles qu’il s’agit de mettre en évidence par quelque science pour les comprendre. L’action est le fait de procédures formelles qui reproduisent l’application des structures agissantes. Le paradoxe des rationalistes c’est de postuler une liberté de la raison humaine alors qu’elle est totalement déterminée par des raisons universelles qui la conditionne entièrement.

Dans les deux cas la liberté responsable de l’homme est contre-nature. Alliés dans un naturalisme systémique le monde de l’homme est alors celui de la Nature dont il serait un élément parmi d’autres. S’il prétend exercer un libre arbitre, une volonté propre, s’engager dans un destin singulier, alors il est considéré comme le maillon faible, une source de dysfonctionnement des sytèmes naturels. Il est alors promptement invité à en revenir à cette matrice originelle divinisée que la planète personnifie pour ses militants. La schizophénie ordinaire de cette position oublie qu’il ne s’agit là que d’imagination humaine plaquée sur une réalité matérialisée par l’expérience humaine et rien d’autre.

La difficulté, à notre époque comme à d’autres, est de vouloir répondre à la gestion des affaires humaines selon des principes négateurs de l’humanité de l’homme. Toutes les crises actuelles sont inscrites dans la tension entre un désir humaniste et une « science » négatrice de l’humain qui pourtant la produit et la justifie. Il ne s’agit pas simplement de la Science des scientifiques mais de la science ordinaire de tous ceux qui posent la condition humaine comme étrangère à l’humanité de l’homme, comme si « les lois de la nature des choses » déterminaient la nature des phénomènes humains. C’est ce que nous avons appris dans nos écoles, les plus grandes en tête et que les médias nous retransmettent au quotidien. Voyons le cas de l’économie où les valeurs humaines et la valeur monétaire paraissent étrangères, où les « raisons systémiques » s’opposent aux raisons du bien commun, où les lois de la nature économique seraient tout autant transgressées par les volontés humaines libérales ou anti libérales. C’est bien un radicalisme, un antihumanisme radical, qui préside aux approches des affaires humaines selon ces conceptions là de la condition humaine.

L’humanisme méthodologique est lui un humanisme radical. Il considère que ce n’est pas la nature humaine qui dérive de la nature des choses mais l’inverse. Les phénomènes humains sont de nature humaine, les affaires humaines sont des manifestations de la condition humaine. Il n’y a aucune connaissance ou expérience des choses qui ne soit connaissance ou expérience humaine, de nature humaine. Il n’y a aucune science qui ne soit une science humaine, tant en ce qui concerne sa source (seul l’homme produit cette science) que son contenu (l’homme se projette dans les choses). C’est ainsi que l’homme se réalise en réalisant le monde et par là se révèle et révèle son humanité. Telle est la condition humaine dans son procès d’accomplissement de l’humanité en chacun et en tous.

Vers quel dépassement, quelle mutation les crises (humaines) nous appellent, l’humanité en devenir nous appelle ? Quels changements cela implique-t-il dans l’approche des affaires humaines au seuil d’une civilisation de l’homme, une civilisation humaniste non schizophrène ?

Le champ de réalisation de la condition humaine ne peut être réduit à celui de la nature des choses. Il est donc capital de se donner de nouveaux repères pour considérer les affaires humaines dont nos vies personnelles et collectives sont entièrement tissées, constituant la trame de nos existences et tout ce qui s’y trame.

Le monde, espace des affaires humaines, peut être décrit comme une métaphore de la condition humaine, de l’humanité incarnée.

Sur le plan horizontal l’environnement humain est communautaire. Toutes les affaires humaines sont communautaires, sont des problèmes communautaires jusques et y compris la façon dont nous nous y inscrivons personnellement en tant qu’individus. Pas d’identification d’un champ communautaire de référence et pas d’intelligence des affaires humaines possible. Reconnaître et comprendre les communautés humaines, de nature humaine, telle est la première urgence. Ceux qui en ont l’intuition mais qui restent dans une interprétation a-humaine soit théiste soit naturaliste (matérialiste ou/et rationaliste) sont dans l’impasse. Les autres continuent à cultiver un antihumanisme complaisant. Les communautés humaines sont les seuls lieux de ces fameuses « régulations » que tant appellent de leur voeux, le seul cadre des réalisations humaines et de leurs enjeux. Il faut en comprendre aussi la complexité que les communautés de communautés, les ensembles communautaires constituent pour former cet espace d’humanité, le monde humain. C’est la première urgence, toujours resituer les affaires humaines dans leur contexte communautaire.

Cependant les phénomènes humains communautaires sont porteurs du pire comme du meilleur de l’humanité. C’est en ne considérant que le risque du pire que l’anti-communautarisme élimine le meilleur se faisant antihumanisme au nom de l’humanité. Le matérialisme reconstitue un effet de masse dans un collectivisme inhumain. Le rationalisme dissous dans un universalisme antihumaniste toute singularité personnelle et culturelle. Le naturalisme fait du système de la nature le modèle de tout assemblage des choses. Pour ne pas y céder il faut donc discerner ce qui, dans les communautés humaines, développe le meilleur plutôt que le pire. Il faut en référer à un « Sens du bien commun » propre à chaque communauté de nature humaine.

Cela nous engage à considérer une dimension de verticalité à l’espace d’humanité, au monde humain. Cette verticalité s’exprime par une échelle de valeurs, de progrès dans le Sens du bien commun. L’humanisme méthodologique pose en effet en principe la poursuite du bien commun c’est-à-dire l’orientation dans un Sens qui est celui d’une ascencion, d’un grandir humain, d’un processus de développement et d’accomplissement de l’humanité et de chaque homme. Pour faire image il ne faut pas se contenter de considérer les affaires humaines « à plat » comme si elles relevaient du seul fonctionnement des communautés humaines. Elles sont toujours situées sur une échelle de valeurs et de valorisation, dans un mouvement de progression. Le phénomène humain est là celui de l’évolution des personnes comme des communautés et de toutes les réalisations humaines. Il se traduit notamment par les âges de la vie, par des degrés de civilisation mais aussi de maturité et de conscience humaines. Les problèmes humains, une fois situés dans leur champ communautaire, doivent l’être aussi en référence à l’enjeu de progression, celui de l’accomplissement humain, du développement, comme l’éducation et tous les projets et entreprises humaines. S’il y a un devenir pour les affaires humaines communautaires celui-ci est accomplissement d’humanité lorsque le Sens du bien commun est privilégié. Alors tous les problèmes sont à envisager selon ces enjeux de progression que l’Humanisme Méthodologique pose comme inhérents à la condition humaine, à la nature humaine, et constituants de tous les phénomènes humains.

Cette verticalité du monde humain questionne aussi sur un au-delà du présent, un au-delà de l’existence, l’enjeu ultime de l’accomplissment humain en jeu dans toutes les affaires humaines communautaires. Il questionne aussi sur un en-deça, sur les fondements, sur ce qui fonde les communautés elles mêmes dans l’homme, sur les fondements de l’homme lui même, les profondeurs de l’homme. L’humanisme méthodologique renvoie à la transcendance de l’homme. L’homme est un être de Sens, de nature spirituelle dont les conSensus forment des communautés qui sont elles mêmes les supports des mondes humains. Ce sont les mêmes Sens en conSensus qui engagent ces hommes et leurs comunautés dans le pire ou le meilleur et que le Sens du bien commun aide à discriminer. Seul ce Sens, par définition, engage dans la démarche de développement, de l’accomplissement humain. Les fondements de l’humanité et sa transcendance forgent des problématiques humaines qui se manifestent dans les affaires humaines. On voit alors l’enjeu du discernement et du choix d’un Sens du bien commun comme porteur d’un axe de progression humaine. Cette profondeur de l’humanité au coeur de l’homme, de ses communautés et des affaires humaines renvoie donc sur un au-delà de toute progression, ce qui l’explique et la justifie. Cette progression c’est notamment le développement d’une conscience, conscience des réalités d’abord mais ensuite conscience de l’humanité en nous-mêmes, conscients que nous sommes co-créateurs de nos réalités communes. A quoi servent donc ces affaires humaines, ces réalisations, ces progrès humains, ces mondes humains en développement ? A la révélation de l’humanité de l’homme, de notre humanité et à la maîtrise par l’homme de son humanité révélée.

L’histoire de l’humanité, envisagée dans ces lieux communautaires et ses enjeux de progrès, n’est rien d’autre qu’une démarche de révélation de l’homme à lui-même co-créateur de toute existence des choses, de ses propres réalités, des mondes communautaires de son existence, de son histoire même. C’est la liberté responsables à laquelle il est invité. Libre est son nom et il peut le perdre dans ces antihumanismes qui l’expulsent de la condition humaine elle-même.

Mais quels sont donc les enjeux des projets, des entreprises et des affaires humaines si ce n’est la réalisation de l’humanité. Mais quels sont donc les enjeux des religions ou des philosophies s’ils ne sont pas en définitive révélation de l’homme à lui-même, invitant au procès de divinisation ? Celui-ci n’est rien d’autre que celui de la révélation de l’homme et son accomplissement comme tel au travers de la réalisation du monde humain ?