Niveaux de maîtrise de l’action

Niveaux de compétences et de services HM42
mercredi 21 juillet 2004
par  Roger Nifle
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L’échelle d’évolution est aussi une échelle de niveaux de maîtrise de l’actiondonc aussi de compétences et d eservices. C’est du plus haut niveau possible que l’action doit être pilotée. Il semble que cette évidence soit souvent mise à mal par une carence de compréhension de ces questions.

Avec la méthodologie générale nous avons parcouru le cohérenciel selon une spirale inverse de celle de l’évolution. Les deux sont cependant liés.

Le processus méthodologique part d’une centration et d’une élucidation. Or c’est ce qui demande le plus haut niveau de maîtrise de tout le processus. Faisons un parallèle entre niveaux d’évolution et de maîtrise d’une part ; phases du processus méthodologique d’autre part.

NIVEAUX DE MAÎTRISE
NIVEAUX DE COMPÉTENCES
NIVEAUX DE SERVICES

Niveau archaïque

Que ce soit l’appréhension du problème ou son appréciation, on se situe dans un affect confusionnel qui n’autorise aucune action maîtrisée sinon, réactionnelle, pulsionnelle. L’action apparaîtra éventuellement comme pathologique, ce qui signifie sous l’emprise d’un pathos, d’une passion, d’une compulsion.

Niveau primaire ou factuel.

Il est possible de reproduire des opérations empiriques issues d’un apprentissage factuel sans avoir la perspective des buts visés.

Ce niveau opératoire peut être maîtrisé par une capacité de représentations rationnelles ou par quelqu’un qui dispose de cette maîtrise. C’est ce qui justifie une hiérarchie d’encadrement. Dans certains cas le niveau factuel de maîtrise peut aussi encadrer des personnes de niveau archaïque. Cela peut permettre l’accès de ces dernières au niveau factuel soit dans un programme éducatif (ex. écoles maternelles) soit dans un programme thérapeutique ou rééducatif.

Au niveau primaire factuel, les critères de maîtrise sont l’efficacité de l’action, sa qualité en fonction d’une utilité particulière.

Niveau secondaire maîtrise des représentations par la raison

A ce niveau, il est possible de produire des représentations cohérentes : projet, prospective, plans, scénarios, procédures, etc.

C’est à ce stade que peut se préparer, s’encadrer, l’action opérationnelle, factuelle. Relier rationnellement différentes représentations pour modéliser l’action est l’activité qui doit être maîtrisée ici.

On comprend à la fois l’exigence consistant à ce que ces représentations anticipent véritablement sur leur réalisation factuelle mais aussi le fait que le Sens de ces représentations ne se maîtrise pas à ce niveau.

Il y a maintenant un autre niveau hiérarchique qui s’impose.

Le niveau de maîtrise des représentations doit être orienté, dirigé par un niveau de maîtrise du Sens.

Sans cela la maîtrise des représentations se limite à l’arrangement ou au réarrangement de modèles existants, à la conservation des cadres mentaux et non à la créativité ou l’innovation pour de nouvelles représentations associées à des situations uniques comme elles le sont toujours.

Il y a donc une limite à la maîtrise des représentations qui doit faire appel à une maîtrise supérieure.

Niveau tertiaire de la maîtrise du Sens et de l’intégralité des dimensions existentielles.

A ce niveau peut se piloter le processus de fond qui travaille directement sur les Cohérences, problématiques humaines, Sens et consensus. C’est celui qui permet l’élucidation initiale et la prise de position sur le Sens de l’action.

Il est possible à ce stade de faire appel à d’autres compétences portant sur les représentations mais dont on voit qu’elle iront alors de la maîtrise de la créativité conceptuelle jusqu’à la maîtrise de la rationalité opérative. C’est tout un ensemble de niveaux de compétences qui se différencient ainsi. De même différents niveaux de compétences factuelles viendront poursuivre l’action encadrée par le niveau secondaire.

Nous voyons ainsi que le processus méthodologique de l’action fait appel à un enchaînement de niveaux de compétences correspondant aux niveaux d’évolution et de maîtrise. Le parallèle entre le développement de potentiels de maîtrise et les capacités de maîtrise de l’action apparaît d’évidence. Cependant apparaît aussi d’évidence qu’une personne, une structure, un groupe, une société d’un certain niveau d’évolution ne peut maîtriser l’action depuis un niveau supérieur à celui de son évolution, de sa maîtrise.

C’est ce qui justifie l’utilité de services. Il s’agit de l’exercice d’une maîtrise pour le service de ceux qui ne l’ont pas. On a vu ainsi que par le biais de la maîtrise de l’action, c’est la maîtrise collective qui est bénéficiaire.

Ainsi tout service d’exercice d’une maîtrise sert la maîtrise des autres.

Se refondent ici les notions de compétences, de niveau professionnalisme, de niveaux de responsabilités dans l’action. Se fonde ici aussi la notion de niveau de service.

En effet le service apporté aux autres, service de contribution à la maîtrise de l’autre, ne peut dépasser le niveau de maîtrise de celui qui sert.

On pourra ainsi associer au même niveau

- maîtrise primaire ou factuelle et service d’utilité,

- maîtrise secondaire et service de conception, de représentation, d’identification,

- maîtrise tertiaire et service de Sens, Sens d’un développement ou d’un accomplissement personnel, Sens du bien commun.

L’architecture des niveaux de maîtrise permet l’articulation des niveaux de service.

Pensons néanmoins aux difficultés liées à l’ignorance de cette hiérarchie des niveaux. Ainsi des attentes de service ne peuvent être satisfaites par ceux qui, n’ayant pas le niveau suffisant, ne peuvent ni l’appréhender, ni l’offrir. C’est aussi le cas de plus en plus fréquent de "services publics" qui n’ayant pas dépassé le niveau factuel ou le niveau des représentations sont incapables d’appréhender les services de niveau tertiaire liés au Sens des affaires humaines et, pire, au Sens du bien commun qui leur échappe.

C’est l’un des apports majeurs de l’humanisme méthodologique, face à une carence de plus en plus criante des niveaux de responsabilité et de légitimation des niveaux de compétences affichés.

En particulier il faut poser là les repères suivants en terme de niveaux de responsabilité et de maîtrise à assumer.

Le niveau politique qui détermine le Sens de l’action dans les groupes, institutions et communautés de toutes tailles.

Il s’appuie sur l’exercice d’un niveau de maîtrise tertiaire de l’âge du Sens dont les responsables ont à trouver l’appui des éclairages et des repères.

Le niveau stratégique qui déploie rationnellement dans l’étendue les modalités de l’action.

Il s’appuie sur l’exercice d’une compétence de niveau secondaire (maîtrise des représentations) elle même orientée par la position politique (sans elle c’est l’arbitraire du Sens ou le conformisme des modèles qui règnent comme dans la plupart de nos appareils technocratiques).

Le niveau économique qui prend en compte les résultats des opérations et en répartit les ressources et les charges.

S’il n’est pas éclairé par le niveau stratégique et politique il s’érige en système d’aliénation justifiant notamment les pouvoirs archaïques qui s’en trouvent légitimés.

La hiérarchie des niveaux politiques, stratégiques, économiques est aujourd’hui soumise à la plus grande confusion faute d’un fondement anthropologique tel que l’Humanisme Méthodologique le propose.

A contrario il y a là les bases d’un programme de restructuration de reverticalisation des niveaux de formation, de compétences et de responsabilités indispensables dans un monde de l’âge du Sens qui s’amorce.


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