L’unité et la diversité

théorie et pratique des ensembles communautaires
samedi 18 octobre 2008
par  Roger Nifle
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Ce qui semblait résulter de modèles explicatifs et opératifs devient affaire de communautés humaines. La raison vient au service du Sens et le Sens du bien commun devient la source et le repère d’orientation des affaires humaines. La socio-performance devient alors le critère d’évaluation de l’action humaine dans les communautés d’enjeux. Une révolution paradigmatique et copernicienne.

SOMMAIRE

I - INTRODUCTION, L’UNITÉ DE LA DIVERSITÉ

II - ANALYSE DE LA PROBLÉMATIQUE, COMMENT PENSER L’UNITÉ ?

(CARTE GÉNÉRALE DES SENS, DITE ÉPISTÉMOLOGIQUE)

Les paradigmes et modèles

Les solutions classiques au problème de l’unité des groupes humains

Les réponses de l’Humanisme Méthodologique, quelques principes de fond à poser pour comprendre la suite.

III - LA THÉORIE DES COMMUNAUTÉS HUMAINES ET DES COHÉRENCES CULTURELLES

Les communautés de Sens

La théorie des cohérences culturelles

Le Sens du bien commun

Communautés de communautés, théorie des ensembles communautaires.

IV LA SOCIO-PERFORMANCE

Les valeurs et la valeur

Développement et empowerment communautaires.

V - PROSPECTIVE HUMAINE, PERSPECTIVES D’UNE MUTATION ENGAGÉE

L’accomplissement des vocations communautaires

Les communautés économiques

Les communautés politiques

Les communautés virtuelles.

I - INTRODUCTION, L’UNITÉ DE LA DIVERSITÉ

La mutation de civilisation ouvre une problématique de première grandeur dont les solutions antérieures sont maintenant caduques. Il s’agit notamment de la question de l’unité des ensembles humains. De quoi s’agit-il aujourd’hui ?

Il s’agit par exemple de l’unité d’une équipe, d’un groupe de personnes engagées dans une action commune. S’il s’agit de clones, d’esclaves, de “subordonnés” passifs ou même de commandos on sait faire. S’il s’agit de personnes autonomes, c’est-à-dire libres et responsables alors l’unité durable du groupe pose problème dès lors qu’il est formé de personnes uniques, diverses dans leur personnalité, leur histoire, leurs cultures, leurs religions éventuellement.

S’il s’agit d’organisations, d’entreprises d’institutions plus grandes alors on a à traiter à la fois l’unité de petits groupes qui les composent et l’unité du grand groupe.

Voyons aussi les groupements d’organisations, groupes industriels par exemple, groupement d’acteurs institutionnels où c’est tout un ensemble complexe où la question de l’unité se pose à plusieurs niveaux et aussi à un niveau général.

Diversité d’unités, unités de diversités. Tirons le fil avec ce que l’on appelle “les parties prenantes”. On analysera volontiers une entreprise, par exemple, comme étant à la rencontre de multiples parties prenantes. Chacune peut être identifiée par exemple à tel type d’intérêt et on se demande comment l’unité d’une multiplicité d’intérêt est possible.

Deux réponses se sont effondrées avec fracas. La réponse du collectivisme radical avec le mur de Berlin. L’unité s’impose aux parties de façon totalitaire. Il y a d’ailleurs d’autres formes de totalitarisme correspondant à d’autres conceptions de l’unité, on le verra.

La réponse de l’individualisme radical est en train d’exploser mais comme nous sommes dedans, le recul est plus difficile. L’unité est un état d’équilibre où l’intérêt général résulte des intérêts particuliers comme, par exemple, avec la fameuse “main invisible” qui a du se retirer dans quelque poche ces temps-ci.

Le champ des communautés économiques est évidemment en jeu et on le verra, l’économie communautaire est une solution nouvelle à découvrir, comprendre et cultiver. Se rencontre là aussi la question des “échelles” de l’unité et de la diversité. Par exemple avec les micro communautés économiques, les communautés intermédiaires et la communauté monde. N’est-ce pas le problème majeur posé par la “mondialisation”.

Il y a encore un autre champ qui est celui crucial du politique. Qu’est-ce qui fait l’unité d’une nation. La France et nos voisins mais tous les pays du monde ont une réponse historique différente. Cependant il y a la solution des états-nations-territoires qui s’est imposée et se trouve sans doute dans ses derniers temps. En effet, elle est souvent incapable d’apporter une solution aux unités nationales lorsque des communautés culturelles la composent. Leur négation ou une forme de fédération ont été expérimentées mais partout des tensions dues à l’incohérence et à l’inhumanité se font de plus en plus vives. Avec les Balkans et le Kosovo, la Géorgie, l’Ossétie et bien d’autres cas on voit bien qu’il y a une sorte d’impasse logique et politique. Faut-il atomiser les communautés nationales ou nier leurs diversités interne ? Lorsque des communautés culturelles sont à cheval sur plusieurs pays, le problème est d’autant plus insoluble par le modèle dominant.

Ajoutons que l’impossibilité pour une communauté culturelle comme les Kurdes d’avoir une nation ou la difficulté de créer un état palestinien sont de moins en moins acceptables humainement parlant (mais qui ou quoi d’autre parlerait).

L’Europe est aussi un exercice dont on voit depuis des siècles ou même des millénaires l’incapacité à trouver une solution. L’actualité de ces dernières années (projet de constitution) montre l’échec des tentatives de trouver une solution formelle à quelque chose dont le Sens et le projet ne sont pas assez clairs.

Les groupements régionaux de nations sont dans les mêmes problèmes sans parler des tentatives internationales liées à quelque coalition d’intérêt.

On ne peux pas ne pas évoquer le champ des religions. L’unité du christianisme ; orthodoxe, protestants, catholiques, est un problème pour beaucoup. Dans le contexte catholique, y-a-t-il une ou des églises. La question de l’unité et de la diversité est posée là sous des modes spirituels et aussi temporels. L’islam n’échappe pas au problème avec le sunnisme et le chiisme et toutes les tendances qui se développent en même temps que l’umma ou communauté des croyants abrite des tensions extrêmes.

Le judaïsme aussi n’est pas sans tendances depuis toujours et on se demande ce qui en fait l’unité ; le livre, son interprétation, une culture, un territoire, une nation ? La figure des tribus dont celle de Juda qui lui donne son nom est une énigme comme le nom singulier pluriel de Dieu.

Les structures politiques d’un pays comme la nation avec les régions, départements, intercommunalités, communes, villes, agglomérations sont au bord d’un étouffement par les tentatives formelles de répondre à notre problème. Cela se complique avec la diversité “ethnique”, religieuse, culturelle dont se dévoile non seulement la réalité mais aussi l’altérité légitime. Les organisations, administrations, entreprises, découvrent qu’elles sont en elles-mêmes et autour d’elles baignées de diversité. Du coup l’unité qui était faite de négation de l’altérité se sent fragilisée et le problème qui nous occupe monte dans la conscience actuelle de ceux dont les décisions ou les actes y sont confrontés.

Le propos ici est de montrer quelles réponses apportent l’Humanisme Méthodologique et la prospective humaine dans une actualité en plein bouleversement. Les thèmes abordés ici sont largement développés par ailleurs et le lecteur est invité à consulter la bibliographie et les textes disponibles à l’adresse : http://journal.coherences.com

II - ANALYSE DE LA PROBLÉMATIQUE, COMMENT PENSER L’UNITÉ ?

(CARTE GÉNÉRALE DES SENS, DITE ÉPISTÉMOLOGIQUE)

Les paradigmes et modèles

Deux axes structurants dialogiques

1) l’Union

Elle suppose une multiplicité d’êtres, potentiellement autonomes qui se rassemblent et s’unissent en vue de constituer un groupe. C’est la volonté qui unit.

2) L’organisation

C’est une structure formelle qui assigne une place et des liaisons à des unités qui constituent, par cet assemblage, l’organisation. C’est le cadre structurel qui fait lien (la règle, le modèle, la norme...).

3) L’inclusion

Les éléments sont déterminés par la masse à laquelle ils appartiennent. C’est leur inclusion dans un tout qui les assemble. L’unité c’est le tout, un tout, l’élément y est inclus, il se définit par appartenance.

4) La visée commune

Une orientation partagée, un but, une finalité, une aspiration, un idéal déterminant ce qui rassemble les sujets qui en sont porteurs et donc leur motivation.

1-3 La fusion

L’union des volontés pour former un seul corps par l’abandon de celle-ci au profit d’une volonté unique incarnée par quelqu’un qui représente le tout. On dira qu’il détient le pouvoir grâce à l’amalgame et à l’abdication de l’autonomie des volontés autres. L’affectivité y joue un très grand rôle tant pour une captation bienveillante que malveillante de la puissance de l’ensemble. C’est la logique de possession et d’emprise à “sujet unique”.

2-3 Le réseau système

Les éléments sont reliés entre eux pour former un réseau qui joue le rôle de système. Ce sont d’ailleurs les liaisons qui constituent la substance du réseau avec les interactions et les flux qui y circulent. Le paradoxe résiliaire est que c’est le réseau système qui est déterminant, doté de lois régissant son état et son changement. Les individus sont solidarisés par le système et ses règles, principe de la solidarité. La liberté individuelle s’accomplit dans le renoncement à toute auto détermination au profit de l’ensemble systémique, supposé doté d’un régime d’équilibre évolutif.

2-4 L’édifice

Conjuguant structure organisée et visée commune, c’est l’édifice, la construction qui matérialise la visée et organise la place des matériaux qui les composent. L’organisation est orientée et fait appel à la motivation des participants dont elle encadre et régit les participations. La figuration du projet structuré établit le cadre et le partage d’une motivation, le moteur d’une progression collective. Les parties prenantes sont assignées à un rôle et forment ensemble comme une préfiguration de la cité idéale en construction.

1-4 La communauté de Sens

Le principe d’unité appartient aux personnes, à leur être profond. C’est le Sens qu’elles mettent en commun par une relation de Sens entre personnes. Cette relation est conSensus. La communauté de Sens, comme un inconscient collectif, se déploie dans une conscience collective qui est la réalité commune.

Celle-ci est pleine de diversités, les individualités en interaction, les objets et situations, les productions intellectuelles ou institutionnelles. La complexité du monde communautaire repose sur l’unité de Sens partagé. C’est là une grande simplification, le simple est le principe, l’unité, la complexité son déploiement.

De toutes les conceptions du rapport unité / diversité, c’est celle qui engage et déploie la plénitude de l’humain, son humanité, alors que les autres le réduisent à certaines dimensions ou les nient tout simplement.

Toutes ces conceptions sont aussi traversées par une dialogique qui s’exprime soit par un mouvement de rassemblement pour constituer l’unité à partir de la diversité soit par un mouvement de séparation, de distinction, qui dégage les individualités par rapport à l’ensemble et donc aux autres aussi.

Les solutions classiques au problème de l’unité des groupes humains

Elles sont basées sur une identité entre les individus. Cette identité porte en général sur une des dimensions de l’expérience humaine mise en commun et apparaissant comme la cause du collectif.

Identité d’affects

Émotions ou sentiments partagés semblent faire le ciment du groupe. La source de ce qui est ressenti y est aussi assimilée. Ce peut être un personnage, figure parentale ou caricature, ce peut être une scène chargée d’émotion ou quelque chose, quelque égrégore qui semble doté d’une puissance jouant sur les affects. Ce qui apparaissait un temps comme signe d’archaïsme et d’immaturité semble faire la jouissance des médias modernes.

Identité de faits

Ce sont des situations de co-habitation, de co-opération qui établissent des comportements similaires ou complémentaires. Des conditions matérielles et des réponses identiques forment une unité, justifiée souvent par l’utilité, la nécessité ou par l’opportunité.

Identité de représentations

Partager une même vision de soi et du groupe, une même règle, une même loi, un même modèle, une même langue, un même idéal, semble constituer ce qui réuni les individualités dans une idée commune. C’est le cas des représentations juridiques par exemple mais aussi de toutes celles, foisonnantes, qui dominent notre monde de représentations.

Identité d’objet ou de monde.

Il y a ainsi le territoire ou bien un objet pour symboliser la propriété commune, un rapport identique ou supposé tel, à des éléments identifiants.

Identité de projet et de cheminement

Marcher sur la même route définit un rapport d’accompagnement mutuel. C’est l’identification à la projection dans un cadre commun qui rassemble, quelquefois comme si c’était le projet qui était la cause du mouvement d’ensemble.

Identité d’intention et d’aspiration

La reconnaissance d’un intention et d’une aspiration personnelle identique à d’autres constitue un jeu d’identification réciproque, comme entre pairs et suscite une motivation commune, comme si la volonté devenait collective.

Toutes ces dimensions (6) sont reconnaissables dans tous les groupes ou communautés dès lors que l’on recherche la cause ou la définition de ce qui fait l’unité.

Cependant on peut aussi considérer l’ensemble de ces dimensions constituant une expérience personnelle que l’on reconnaît identique pour d’autres et formant ce qu’on peut appeler une identité culturelle. La théorie du cohérenciel et de la trialectique sujet objet projet montrent comment se structure l’expérience humaine, la conscience et par suite la réalité réalisée *.

La complétude de l’identification des expériences est suffisamment forte pour que le monde dont on fait partie chacun, semble le même et constitué par l’expérience même de ceux qui s’y reconnaissent.

Cependant, l’identité culturelle peut être considérée au travers d’une expérience dont les dimensions sont considérées comme stables sinon figées. La participation à la culture est alors assimilée à une conservation reproductrice.

Si elle est sécurisante, elle est aussi aliénation puisqu’elle normalise les consciences et la conscience de soi se désingularise, ne se connaît plus comme celle de quelqu’un de singulier, une personne, un en-propre, unique dans son être, même si elle ressemble à d’autres dans ce qui est une communauté d’expérience.

A l’inverse, l’expérience individuelle est considérée comme indépendante de toute autre et ce qui est considéré comme identique constitue le seul lien collectif n’étant alors que le constat de ces identités conjoncturelles. L’individualisme et le collectivisme y trouveront des racines avec l’unité assimilée au tout ou bien l’unité assimilée à l’élément. Dans le premier cas la diversité est mal vécue, dans le second cas il n’y a que la diversité. Unité et diversité y semblent difficiles à concilier.

En fait c’est la réduction au seul champ de l’expérience, individuelle ou collective qui est la source d’un problème de rapport individu et société. Il a nourri bien des idéologies politiques ou économiques et produit bien des ravages dans les consciences. Cette question a alimenté les totalitarismes en guerre contre les différences ou bien les anarchismes en guerre contre la collectivité. Les phénomènes collectifs actuels sont encore très imprégnés de ces problématiques.

Cependant la mutation de civilisation actuelle ouvre à un dépassement et à de nouvelles solutions. L’Humanisme Méthodologique en éclaire les voies et les moyens *.

Les réponses de l’Humanisme Méthodologique, quelques principes de fond à poser pour comprendre la suite .

Ce passage est sans doute difficile d’accès mais permettra une appréhension intuitive suffisante.

On considère que, s’agissant de communautés humaines, ce qui fait l’unité ne peut être d’une autre nature que ce qui est « mis en commun » de l’humanité de ceux qui la forment.

Ainsi, si les hommes sont de nature physico-chimique alors les communautés humaines sont de nature physico-chimique et les liens aussi. Cela justifie une certaine identité entre les expériences personnelles et l’expérience collective. Cependant, il faut ajouter que si ce qui est accessoire dans l’expérience humaine par rapport à son être, son humanité, est seul impliqué dans ce qui est en commun, alors ce qui est vécu comme commun restera secondaire et même pourra sembler constituer une réalité autre que l’être de chacun. On aboutira alors par exemple à un désengagement des personnes vis-à-vis du collectif ou bien à l’inverse, un déni de ce qui est l’unique de la personne au profit de la seule réalité collective.

L’Humanisme Méthodologique va donc commencer par une anthropologie qui permettra de dire ce qu’il en est de la personne et ce qu’il en est du monde de l’expérience commune.

Sens et réalités.

L’homme est un être de Sens. Un Sens est une disposition d’être orientée qui est telle que, dans le Sens où on est disposé on voit les choses d’une certaine manière (logique de connaissance), on aspire à un certain bien (logique de valeurs), on réalise les choses selon une certaine rationalité (logique d’action). Ce Sens, tel que l’Humanisme Méthodologique le découvre, est de nature spirituelle.

Nous portons en nous même toute une pluralité de Sens qui correspondent à des rapports au monde différents. Il arrive que l’on prenne conscience de cette pluralité avec une certaine maturité mais il arrive aussi que le monde qui nous apparaît, de notre point de vue, nous semble unique. Si d’autres en témoignent différemment c’est qu’ils ont tort.

En outre ces différents Sens ne reviennent pas au même. L’Humanisme Méthodologique montre qu’il y a en l’homme des Sens qui nous entrainent à notre accomplissement d’être humain et d’autres qui nous en éloignent, notamment en ignorant ce qui nous fait le plus humain c’est à dire le Sens.

Ainsi les différentes façons de penser l’unité correspondent à différents Sens qui résident en l’homme. Choisir de nous disposer dans tel ou tel prête à conséquence. Dans chaque situation, devant chaque chose, nous sommes confrontés au choix du Sens selon lequel nous les voyons et nous nous impliquons. Encore faut-il en avoir une certaine conscience ou que certains repères nous soient fournis par d’autres ou que nous ayons acquis une liberté d’être et de nous tenir dans tel ou tel Sens.

Une autre découverte de l’Humanisme Méthodologique est que notre expérience des choses, du monde et de nous même est la conscience, issue du Sens dans lequel nous sommes disposé, partagée avec d’autres. Selon qu’il s’agit de tel ou tel Sens et que le partage soit fait avec tels ou tels autres jusqu’à des communautés entière, alors l’expérience change avec l’infinie diversité des réalités du monde et notre réalité existentielle aussi. Notons ici que le partage de Sens s’appelle conSensus.

La réalité est pour nous l’expérience résultant des conSensus auxquels nous participons, inconsciemment en général.

L’expérience issue du ConSensus est structurée selon différentes dimensions. Que nous vivons comme : affectivité, factualité, représentations mentales, intentionalité, conditions environnantes, historicité. (Cohérenciel de l’expérience humaine *).

Nous assimilons cette expérience à la réalité même, lorsque nous ignorons que nous en sommes co-auteurs, à quelques-uns ou des millions. Il est vrai que lorsque l’expérience est partagée par un très grand nombre elle semble nous échapper entièrement alors que nous en sommes, même modestement, co-auteurs.

Ainsi les solutions classiques au problème de l’unité des groupes humains telles que présentées plus haut correspondent à ces dimensions de l’expérience érigées quelque fois au statut de causes de l’unité.

On l’a vu, dans toutes nos réalités et particulièrement celles relevant du conSensus d’une communauté, ces mêmes dimensions caractérisent à la fois l’expérience - ce que nous « réalisons » - et la réalité ainsi réalisée.

A ce stade nous avons plusieurs Sens participant à un conSensus, plusieurs parties prenantes du conSensus pour s’exprimer dans une expérience qui comporte plusieurs dimensions. Nous laisserons là cette complexité pour en arriver à des indications plus accessibles.

Le principe de cohérence

Lorsque nous sommes disposés dans un certain Sens en conSensus avec d’autres formant une communauté de Sens c’est-à-dire de conSensus, alors toutes les dimensions d’expérience comme plus haut mais aussi tous les contenus de l’expérience ont même Sens. Un seul Sens et une multiplicité de formes d’expressions selon les différents plans de l’expérience humaine.

Cette variété apparaît alors comme porteuse d’une cohérence. Cela va ensemble dans le même Sens. C’est une définition de la notion de cohérence. L’effet de cohérence provient de la redondance du même Sens au travers de toutes choses et de toutes les dimensions de l’expérience.

La réalité véhicule le Sens qui la réalise et c’est une de ses fonctions de transmettre le Sens. Par exemple une réalité langagière, comme un récit, véhicule par sa cohérence au travers de tous ses aspects un certain Sens. C’est comme cela que le Sens se trouve partagé en conSensus et que la conversation renforce le conSensus.

Notons là que la communication véhicule un Sens par une réalité langagière mais aussi par tout autre réalité proposée (situation, événement, rituel, artifices divers). L’action, elle, réalise la réalité à partir du Sens ou simplement la transforme.

La transcendance du Sens

Pour des raisons diverses ce terme est soit rejeté hors de l’humanité soit rejeté tout court pour éviter tout ailleurs que la Nature.

Il est pourtant capital en termes d’humanité. En effet le Sens transcende la réalité dont il est la source, le principe. La transcendance de l’homme est ce rapport entre son être et sa réalité existentielle. La réalité humaine de chacun c’est son individualité existentielle par laquelle il participe à un monde d’immanence, réalité issue d’un conSensus qui, lui, est transcendant à cette réalité.

Ainsi même si notre réalité individuelle et celle de tout ce qui nous entoure dépend complètement des autres, du même conSensus, la transcendance du Sens nous rend potentiellement libres de cette participation ou d’en chercher une autre ou même de chercher à changer le Sens du conSensus.

Ainsi se définissent notre liberté et notre responsabilité. Sachant qu’un enjeu c’est de trouver et cultiver le meilleur Sens alors les affaires humaines (leur réalité) peuvent consister en cela.

Le meilleur Sens est justement celui qui, par le discernement du Sens, nous procure cette liberté d’être et nous révèle cette responsabilité de chercher et partager ce meilleur Sens au travers de toutes les affaires humaines.

Tout ce qui abstrait l’homme des affaires humaines, dans leur explication comme dans leurs pratiques, ne va pas dans le meilleur Sens et n’aide pas à cet accomplissement. Il néglige l’essentiel (le Sens humain) au profit de l’accessoire qui pourtant en découle.

Les trois niveaux de l’unité.

Un « Traité de l’Unité » de Ibn Arabi nous dit comment Dieu est l’Un, l’Unique. C’est la caractéristique des monothéismes. Il y a Un sans multiplicité du même ordre, y compris dans le christianisme. La trinité y est cependant quelques fois comprise comme une rupture de cette unité là. Nous n’insisterons pas sur ce niveau bien qu’il joue un rôle au niveau suivant.

Ensuite il y a le Sens qui appartient à une multiplicité d’hommes qui portent en eux une multiplicité de Sens en leur Instance. A un Sens se rapporte une multiplicité d’autres Sens possibles. Au conSensus s’associent une multiplicité d’autres hommes qui le partagent. Il y a unité et multiplicité dans cet ordre du Sens qui est en l’homme. On y rajoutera la multiplicité des membres d’une communauté humaine et aussi la multiplicité des communautés humaines.

Les réalités issues d’un même Sens dans une communauté donnée apparaissent comme formées d’une multiplicité de composantes ou de dimensions d’expérience avec une cohérence qui donne l’impression d’unité. Par exemple je peux parler d’un paysage, le dire un, et pourtant il est formé d’un très grand nombre de parties dont on ne peut définir les limites. Ainsi l’unité de nos réalités tient de l’unité de Sens du conSensus. La source de l’unité n’est pas dans les choses mais dans l’homme qui les considère et les réalise.

Ainsi l’unité des choses dans la réalité n’appartiens pas à cette réalité. Elle le tiens du Sens en conSensus qui lui donne aussi sa cohérence. L’unité transcende la diversité et s’exprime dans cette diversité qui cependant la porte et la communique de façon redondante.

III - LA THÉORIE DES COMMUNAUTÉS HUMAINES ET DES COHÉRENCES CULTURELLES

C’est là un résultat majeur de l’Humanisme Méthodologique, le renouvellement de la pensée des communautés humaines dont la théorisation débouche non seulement sur une nouvelle compréhension des phénomènes communautaires mais aussi de nombreuses applications. Elles sont appuyées sur des méthodologies et une ingénierie qui renouvelle l’action sur et dans les communautés de toutes dimensions.

Les communautés de Sens

D’abord rappelons que des communautés humaines doivent être de nature humaine. De ce fait il y a une corrélation étroite entre la façon de concevoir l’homme et de concevoir les communautés d’homme. Dans une communauté, les hommes ne peuvent mettre en commun autre chose que ce qu’ils sont.

Une communauté humaine est donc, sur le fond, une communauté de Sens. Ceux qui font partie d’une communauté partagent tout un ensemble de Sens parmi tous ceux qui constituent l’humanité de tous les hommes et de chacun. Ainsi on peut dire que c’est une part d’humanité qui fonde chaque communauté et ces parts d’humanité se traduisent par une multiplicité de communautés humaines.

Pour se représenter par une image les Sens en conSensus dans une communauté on peut prendre la boussole dont chaque direction correspond à un Sens. C’est ce qui conduit à utiliser des cartes de Sens pour représenter les Sens d’une communauté, une fois élucidés par des moyens appropriés.

Cette image laisse entendre que le conSensus qui forme au fond la communauté n’est pas homogène. Des groupes peuvent privilégier tel ou tel Sens et même se trouver en opposition de Sens tout en participant à la même communauté. Des périodes peuvent favoriser un Sens plutôt qu’un autre selon les conditions de l’époque. Comme cela des communautés semblent s’épanouir par moment et régresser à d’autres. L’histoire en est pleine. Il y a encore l’action menée par des responsables, dirigeants ou autres qui favorisent tel ou tel Sens et l’on peut espérer que c’est le meilleur. Tel est le rôle du politique mais aussi de ceux qui ont charge d’entraîner la communauté dans son développement et ses enjeux de progrès.

Il y a bien sûr toutes sortes de phénomènes qui correspondent à la création, au développement, à l’évolution, au changement, à l’accomplissement des communautés de différents types.

Comme on l’a vu le conSensus communautaire avec toutes ses variations se traduit par l’expérience existentielle de chacun inscrite dans un monde commun qui apparaît comme une réalité partagée. Les variations au niveau du Sens se traduisent par des changements et des réalisations dans la réalité existentielle. Les affaires humaines de tous ordres font partie de ces réalités là et sont donc comme l’écho de ce qui se passe au niveau du Sens. C’est cependant au niveau du Sens que se déterminent les réalisations et donc aussi toute possibilité de maîtrise.

Rappelons les différentes dimensions de l’expérience humaine qui apparaissant là comme communautaires.

- Sensibilité partagée climat émotionnel, réactivités...

- Faits et usages, comportements, organisations, moyens

- Représentations collectives, identité, modèles, formalismes, idées, langages

et aussi

- Conditions et contexte commun (ex : territoire)

- Projet et développement historique commun

- Aspirations et repères de valeurs partagés

Enfin pour chapeauter le tout une distribution des rôles et des modes relationnels spécifiques.

Les dimensions de l’expérience humaine partagées deviennent celles d’un monde commun.

La théorie des cohérences culturelles

Chaque communauté a un fondement qui lui est propre et une réalité partagée qui retraduit les Sens du conSensus. Cela détermine son identité dont les expressions sont multiples.

La spécificité de la communauté peut être dite culturelle. Toute communauté est communauté culturelle caractérisée par ses fondements (Sens en conSensus) et par ses expressions.

Elle peut être dite culturelle aussi lorsque l’on envisage le développement qui correspond à un de ses Sens qui est alors comme « cultivé ». Si on attache à la notion de culture l’idée d’une production et celle d’une progression alors c’est le Sens du bien commun qui la supporte.

Ainsi tout ce qui se produit dans une communauté, tout ce qui la caractérise est expression de sa culture. On en verra les conséquences pratiques comme par exemple le fait que toute économie est culturelle.

Le Sens du bien commun

Dans la période que nous quittons avec la mutation, les questions éthiques, de valeurs ou de bien humain étaient considérées comme tout à fait indépendantes des questions techniques, matérielles, des lois naturelles ou des méthodes ou pratiques efficaces.

Cela permettait de faire comme si le champ de l’action dans les affaires humaines ne répondait qu’à des critères de rationalité indépendamment de ces enjeux.

La nouveauté c’est qu’avec la découverte du fait que l’essentiel c’est le Sens on voit que la rationalité ne fait que traduire le Sens qui la porte. Ainsi il y a un lien entre rationalité, valeurs, éthique et morale : c’est le Sens qui leur est sous jacent. On avait pris l’habitude de dissocier la valeur comme mesure d’un résultat et les valeurs comme indicatrices du bien commun. Or si les valeurs sont les indicateurs du Sens du bien commun, la valeur est la mesure d’une contribution au bien commun.

On distingue bien là le Sens du bien commun dont les valeurs sont des indicateurs et le bien commun qui prend une forme contingente et se traduit en fait par des biens communs, tant ressources qu’enjeux figurant ce bien.

S’il n’est pas difficile de penser qu’une communauté puisse porter en elle un Sens du bien commun il l’est plus de comprendre ce que cela implique.

D’abord il est propre à une communauté culturelle, différente des autres communautés. Pas de standard donc. Ensuite il participe à l’accomplissement humain et à se titre il est tel que sa culture favorise la conscience individuelle et collective et celle du Sens en particulier. Il favorise par là même une autonomisation, une maîtrise plus grande des affaires communes, et par suite l’expression de talents et de qualités culturelles spécifiques.

Le Sens du bien commun est la source de potentiels originaux, la perspective d’un accomplissement mais aussi ce qui donne à la communauté ses propres moyens d’agir et de progresser. Que ce soit ses enjeux ou ses pratiques ils sont culturels et expressions du Sens du bien commun. Il y a beaucoup à dire sur les façons dont cela s’exprime, sur ce que l’on peut appeler une vocation culturelle qui trouvera à s’exprimer différemment au fil des temps et des circonstances.

Il faut insister sur un point particulièrement important. Si le Sens du bien commun en conSensus est le vecteur de l’accomplissement culturel de la communauté, ce Sens ne réside pas ailleurs qu’en ceux qui y participent. De ce fait les hommes s’accomplissent en participant à la culture de ce même Sens, contribuant par leur expérience à l’expérience commune.

Ainsi pour les personnes dont les enjeux expriment, en ce qui les concernent, le Sens du bien commun il n’y a pas de différence de Sens avec celui de la communauté. Par contre le modes d’expression ne peuvent être normalisés et doivent se traduire par une très grande diversité de contributions.

Evidemment on pourrait mettre en question le fait de chercher à partager le même Sens mais c’est la liberté de Sens, fruit du discernement des Sens, qui procure cette liberté et ce discernement ne se développe que si on se dispose dans le Sens du bien commun. On notera aussi qu’une personne ne se réduit pas à une seule communauté d’existence et qu’elle peut en changer selon différents moments de vie ou d’activité.

Enfin l’Humanisme Méthodologique montre que lorsque un Sens d’accomplissement est poursuivi la personne comme la communauté sont engagés dans une trajectoire d’évolution, de maturation et traverse des seuils de mutation entre différents âges. Ceux-ci correspondent à un niveau de conscience qui privilégie telle ou telle dimension de l’expérience.

Il y a ainsi l’âge des affects, l’âge du faire, l’âge des représentations ou de la raison, et l’âge du Sens. C’est justement ce dernier que nous abordons avec l’âge des communautés de Sens. Cela ne veut pas dire qu’elles n’existaient pas avant la mutation de civilisation actuelle mais que la conscience collective n’en était pas à ce stade restant surtout à celui du maniement des représentations.

Cette aspect de l’évolution et des stades de maturité des communautés humaines est important pour situer les enjeux des communautés de Sens mais aussi le niveau de maîtrise et de pratiques correspondant. Le développement communautaire s’inscrit dans de telles trajectoires on le verra. Ce n’est qu’à un âge de maturation avancé, celui que nous abordons avec l’intelligence du Sens, que ces questions s’éclairent et que, au-delà du bien commun, c’est le Sens du bien commun qui est primordial. C’est une avancée considérable par rapport à toute les conceptions antérieures.

Communautés de communautés, théorie des ensembles communautaires.

Une communauté de Sens peut naître à partir du moment ou quelques personnes sont en conSensus. On peut ainsi avoir une communauté en projet ou même une communauté désignée sans qu’elle existe à ses propres yeux. Un groupe peut être concerné par quelque chose sans qu’il fasse apparemment communauté. En fait il est intéressant dans la vie d’une communauté d’envisager son origine dans le passé ou le futur, puis l’émergence d’une conscience collective et ensuite un engagement dans des enjeux communs explicites. Au début la communauté peut être potentielle ou n’exister que dans le regard de quelques-uns. Plus tard la communauté peut ne pas être en mesure d’assumer un quelconque engagement collectif et ce sera le rôle de quelques responsables de l’aider à murir.

Il ne faut pas assimiler communauté et conscience communautaire prématurément et en conséquence se permettre des projets de développement ou de création communautaires.

Dans une communauté donnée il est aussi possible de désigner un sous groupe qui participe d’un côté à la communauté, fusse de manière particulière (diversités), mais d’un autre côté il forme une communauté en lui-même qui peut aussi être engagée dans sa propre histoire.

Il est alors important de comprendre ceci. Pour la Communauté initiale le sous groupe est une partie d’elle-même qui partage le même Sens du bien commun. Le sous groupe peut cependant lorsqu’on le considère, être envisagé comme une communauté en propre avec son propre Sens du bien commun, sa propre vocation. Les deux ne sont pas incompatibles mais à chaque moment c’est l’un ou c’est l’autre qu’il faut choisir. C’est une affaire de centration.

Ainsi on peut envisager des communautés de communautés. Cependant il faut différencier radicalement le moment ou on traite les affaires de la communauté d’ensemble avec ses sous groupes et les moments où on traite les affaires « locales » de telle ou telle communauté. C’est une question de centration c’est à dire de focalisation sur une communauté de référence.

On remarquera que lorsqu’un sous groupe est envisagé dans une communauté plus vaste il lui est intérieure et elle est comme englobante. Lorsque le sous groupe est considéré comme une communauté en propre alors la communauté plus vaste lui est extérieure.

Comprenons comment une théorie des ensembles communautaires en découle. Toutes les communautés peuvent être communautés en propre avec des relations d’extériorité avec les autres et en même temps il est possible de les considérer comme des parties de communautés plus vastes. Prenons le cas de l’Europe, communauté de nations et en même temps les nations sont communautés en propre. En plus l’Europe est communauté de régions, les nations aussi et on peut encore identifier de nombreuses communautés non territoriales qui ont leur culture propre (professionnelle par exemple) tout en étant parties prenantes de la communauté européenne.

Ainsi les ensembles communautaires ne sont plus une question de frontières mais de considération (centration).

IV LA SOCIO-PERFORMANCE

Les communautés de Sens ne sont pas des ensembles statiques mais sont orientées selon une finalité exprimant le Sens qu’elles privilégient. Il est vrai que certaines auront une finalité défensive, d’autres organique, d’autres de simple confort. Seulement leur finalité implique toujours une dynamique, une activité, un engagement dans l’action, même pour conserver un état antérieur.

Ainsi la notion de progrès a-t-elle donné aux communautés humaines un type de finalité qui justifiait une dynamique et privilégiait un certain Sens. Cependant ce Sens n’était pas toujours un Sens du bien commun. De ce fait le progrès a pu se focaliser sur une croissance des biens matériels et pas sur l’accomplissement humain ou bien encore sur un développement humain assimilé au seul développement mental.

Quelque soit sa finalité la performance de son action pour y satisfaire est envisageable, y compris pour le pire. Avec le concept de socio-performance l’auteur a voulu spécifier qu’il s’agissait de performance communautaire dans le Sens du bien commun.

Ainsi la socio-performance d’une communauté caractérise tout ce qui concoure à un développement dans le Sens du bien commun, développement qui ne va pas sans un accomplissement communautaire et donc aussi celui des personnes selon leur diversité.

On ne peut guère envisager la poursuite d’un enjeu sans s’interroger sur la performance des méthodes, des engagements, des projets des stratégies, de chaque contribution aussi. Mais la performance n’est pas une mesure dans l’absolu de ce qui est réalisé mais une mesure relative à ce qui est visé.

La socio-performance s’évalue donc en référence au Sens du bien commun et donc en fonction des biens communs qui le concrétisent selon les circonstances. Elle inclus forcément les critères de développement et d’accomplissement humains. On en trouve d’ailleurs une tentative de définition dans les critères du développement humain définis par l’ONU.

Cependant faute d’une clarification de la question du Sens du bien commun ce sont souvent des biens communs généraux impersonnels (a-culturels) qui sont choisis. L ’éducation par exemple y figure. Cependant si on ne connait pas le Sens de éduquer dans telle ou telle communauté culturelle alors on reste dans des généralités qui peuvent aussi bien former des prédateurs que des clones bien formatés. La conscience réduite au savoir n’amène aucun discernement et par suite aucune liberté d’être. Elle n’amène que des capacités de reproduction.

Il est vrai que l’ONU préconise un développement communautaire fondé sur la culture mais cela ne suffit pas à identifier le Sens du bien commun et donc à évaluer leur socio-performance. Il est vrai que la compulsion normative des experts ne s’y retrouve pas avec une socio-performance dont les critères sont singuliers, culturels et liés à l’histoire du développement de chaque communauté.

La socio-performance d’une communauté concerne ce qui touche à sa constitution, sa pérennité, les conditions matérielles de son existence mais aussi son organisation et les moyens de traiter toutes les affaires qui contribuent à son développement et son accomplissement.

Les valeurs et la valeur

L’humanisme Méthodologique met en évidence que les valeurs doivent être considérées comme des indicateurs du Sens du bien commun. Ces indicateurs servent évidemment à indiquer dans quel Sens évaluer et réaliser les affaires communes et les contributions particulières et ce dans un langage avec des références qui conviennent à la communauté culturelle selon son histoire et les conditions de son actualité. Ses valeurs sont donc pérennes dans leur Sens mais contingentes dans leur expression.

En fait les valeurs sont des expressions du Sens du bien commun qui s’inscrivent dans l’expérience commune. Elles auront toujours une expression subjective et essentielle, projective et rationnelle, objective et matérielle ou plutôt concrète. On peut d’ailleurs construire des référentiels de valeurs associant ces trois dimensions avec des composantes affectives, factuelles, mentales.

Les valeurs peuvent s’exprimer au travers de mythes, d’histoires, de scènes de référence, mais aussi de rituels, de façons de faire. L’usage abusif de formules à prétention universelle a pour caractéristique de pouvoir les interpréter dans n’importe quel Sens de façon opportuniste. C’est pour cela que la référence aux valeurs universelles tient souvent du cynisme ou de l’auto-mystification. De grandes entreprises qui y ont recours s’aperçoivent de la dissolution d’identité qui l’accompagnent et de la disqualification associée.

Les valeurs propres sont aussi identificatoires, tant pour les membres d’une communauté que pour être reconnue par d’autres. Elles doivent alors porter dans leur expression une dimension rétrospective qui dit d’où on vient - mémoire et patrimoine, une dimension introspective qui dit qui on est - qualités et caractère, une dimension prospective qui dit vers où on va dans le contexte du futur – projet et ambition.

Ainsi l’analyse du Sens du bien commun permet de construire des référentiels de valeurs qui servent à la communauté à orienter son activité et à évaluer sa socio-performance. L’Humanisme Méthodologique a développé des méthodes pour cela *.

Il faut bien considérer que la diversité des situations, des personnes ou populations, des groupes, des circonstances, des préoccupations, réclame des modes d’expression des valeurs différents. Il est alors judicieux de traduire ce qui peut jouer le rôle de référentiel général en référentiels spécifiques. L’erreur commise par la référence à des valeurs universelles ou une normalisation de valeurs propres c’est d’utiliser un langage inapproprié dont la conservation ou la vénération prend un tout autre Sens que celui du bien commun.

Il en va de même lorsque c’est le langage d’un groupe de parties prenantes qui est seul utilisé pour exprimer les valeurs propres et qui du coup ne peut servir de référentiel pertinent pour les autres.

Les référentiels de valeurs communautaires, culturels donc, servent aussi à établir les échelles de valeurs appropriées pour évaluer et mesurer la socio-performance communautaire ou toute contribution personnelle ou collective. Cela débouche sur la résolution d’un problème qui est celui du découplage de la valeur et des valeurs qui domine les approches rationalistes qui règnent.

La valeur est maintenant clairement la mesure de la contribution au bien commun selon l’échelle de valeurs et le référentiel appropriés. Elle ne peut être universelle mais seulement culturelle. Dans le cas de la communauté humaine dans son ensemble la valeur ne vaut qu’en fonction des référentiels globaux mais pas des référentiels communautaires autres.

L’imposition d’un système de valeurs et de mesures universelles ne sont que la tentative d’imposition d’une culture sur les autres. Il est sûr que ce n’est pas le Sens du bien commun qui s’exprime dans cette volonté de domination.

Le respect de la diversité des valeurs va avec le respect de la diversité de parties prenantes dans une culture donnée mais aussi du respect des différentes cultures communautaires qui représentent toutes une part de l’humanité de l’homme.

Développement et empowerment communautaires.

La socio-performance se mesure simultanément au degré de développement en tant que réalisation et au degré d’empowerment ou autonomisation. L’accomplissement de la vocation communautaire est l’ensemble des deux.

Le développement est conditionné par l’empowerment, le degré de maîtrise de son destin acquis par la communauté et, inversement, cet empowerment dépend aussi des ressources développées.

On peut ainsi dessiner une ligne d’évolution des communautés humaines.

Au commencement toute communauté nait dans un sentiment communautaire ; l’envie d’être ensemble, de partager des affects est indispensable. De ce fait toute communauté que l’on veut créer à partir seulement de raisons abstraites, utilitaires ou de simples représentations est vouée à l’échec. La création d’une société commerciale repose sur un « affectio-societatis ». On dira que bien des communautés existent sans que ses membres aient connu au début ce genre de sentiment partagé. Cependant on distinguera les créateurs des membres qui ont pu eux intégrer la communauté alors qu’elle était dans un autre Sens que celui du bien commun.

En tout cas cela restera une composante indispensable du développement communautaire qu’il faudra prendre en compte dans les méthodes et pratiques de socio-performance.

En second lieu toute communauté est amenée à aménager un espace de cohabitation en fonction de ses activités, ce qui implique les conditions de confort, de subsistance et de sécurité nécessaires à la co-existence commune. Le développement matériel, économique est évidemment indispensable même s’il emprunte des modalités virtuelles.

On peut parler de stade primaire de développement et d’empowerment ou de conscience. En effet c’est dans une perspective à court terme que se situe le champ de conscience.

En troisième lieu, le développement des représentations mentales élargi le champ du développement avec les constructions juridiques, stratégiques, mais aussi les savoirs et savoir faire et les moyens de représentation associés. Il s’agit d’un stade secondaire de développement et de conscience qui porte le champ de maîtrise au-delà du court terme et du visible. Une intelligence mentale, rationnelle qui étend le champ de connaissance et d’action caractérise ce niveau de développement. On notera cependant qu’un développement sans conscience du Sens multiplie les représentations sans que cela améliore la maîtrise communautaire et même peut la mettre en péril (coupure avec « les réalités » primaires).

En quatrième lieu, le développement est celui de l’engagement communautaire dans une finalité, une vocation, une ambition exprimant le Sens du bien commun. C’est le stade « politique » du développement qui s’assortit d’une responsabilité partagée et d’une autonomie responsable. La conscience de Sens, la détermination de Sens (direction), le partage de Sens (conSensus, dynamique collective...), le développement dans ce Sens selon l’originalité culturelle de la communauté sont des caractéristiques de ce nouveau niveau de conscience et de développement.

Il faut observer à ce stade que la socio-performance appuyée sur la logique communautaire est une émergence de ce dernier stade de développement. En effet au stade précédent il n’est pas question de Sens et de conscience associée. Plus préoccupés par les représentations, les modèles, les conformités, le Sens en échappait et donc tout discernement en ce qui concerne l’intérêt de poursuivre le Sens du bien commun.

C’est pour cela que la socio-performance appartient plus à l’émergence d’un nouveau monde ou plutôt d’une nouvelle étape de civilisation. Nous en vivons le passage avec ses troubles et ses crises où la perte des certitudes du passé s’assortit de résistances et la nature des émergences est encore difficile à cerner surtout si on est crispé sur le niveau antérieur.

C’est pour cela que la prospective est indispensable pour franchir ce seuil et comprendre l’intérêt de la notion et des pratiques de socio-performance

V - PROSPECTIVE HUMAINE, PERSPECTIVES D’UNE MUTATION ENGAGÉE

Nous vivons une mutation de civilisation. Dans l’évolution humaine il y a des phases et des seuils de passage. Chaque seuil est l’occasion de deux types de crises. L’une est celle d’un monde qu’il faut quitter ou plutôt dont il faut quitter les certitudes souveraines et qui se débat, l’autre est celle du monde qui se profile dont on n’a pas encore forgé les instruments et développé les capacités de le construire.

Nous sommes au seuil de maturescence, (hominescence dit Michel Serres) et nous passons d’un âge des représentations ou règne (en principe) la Raison à un âge des communautés où le Sens se révèle le principe de toute connaissance, de toute valeurs, de toute action.

Les solutions de l’âge antérieur se révèlent brusquement insuffisantes, obsolètes et de nouveaux développements sont nécessaires en fonction d’une nouvelle conscience de l’homme et des affaires humaines.

Tel est le contexte où nous nous situons et le champ d’une prospective qui maintenant, sait que les déterminants de l’avenir sont humains, notamment avec le Sens. La prospective humaine n’est pas une simple représentation du futur mais une engagement dans sa réalisation.

L’accomplissement des vocations communautaires

A la différence d’un monde dominé par différentes formes d’individualisme la perspective qui s’ouvre est plus celle d’autonomies responsables. Les communautés humaines se révèlent être le champ où les personnes trouveront les voies et moyens de leur accomplissement, en participant à leur socio-performance. Ils en sont les bénéficiaires et les contributeurs selon leur degré de maturité et de maîtrise.

Chaque communauté culturelle, née d’une problématique humaine constituant son héritage d’humanité, est dotée de potentiels attachés au Sens du bien commun et aux valeurs qui l’expriment. Ainsi chaque communauté n’est pas le seul fait d’un rassemblement opportun mais le lieu d’exercice d’une vocation culturelle propre. Entreprise, territoire, collectivité, association, réseau communautaire, tous sont porteurs d’une vocation qui s’exprime, tant en termes de développement que d’empowerment pour elle-même et de services associés pour ses membres et ceux auxquels elle veut les adresser. Toute communauté est ainsi vouée à être l’entreprise d’une vocation et toute entreprise est une communauté porteuse d’une telle vocation. Cela confère aux communautés non seulement la structuration de toutes les affaires humaines mais en plus la charge de les entreprendre selon leur vocation propre.

Si les personnes sont le seul lieu de conscience et de liberté, les communautés sont le seul lieu d’accomplissement des affaires humaines. C’est donc dans le cadre communautaire que toutes les questions et toutes les solutions sont à situer. Comme le considérait Hassan Zaoual toutes nos préoccupations sont culturellement « situées ».

C’est un nouveau paradigme qui est maintenant à considérer, assorti de l’apprentissage de l’intelligence symbolique ou intelligence du Sens pour traiter dorénavant les affaires des communautés de Sens.

Les communautés économiques

L’idée de système économique universel dont les lois s’imposeraient à tous est né d’une confusion entre une représentation mentale et une réalité objective. Elle a pour effet de dépersonnaliser les règles économiques, de déresponsabiliser les mobiles et les actions économiques et en tout cas d’ignorer leur caractère communautaire et donc culturel. Paradoxalement cette dépendance universelle à des lois qui s’imposeraient s’accompagne d’un exonération individuelle, ce qui est interprété comme liberté.

Le fatalisme économique, soumission au système interprété par les experts, est mis en question en même temps que la conscience communautaire et la considération de l’altérité culturelle émerge.

La révélation qui va se manifester c’est qu’il n’y a jamais eu d’économie que communautaire. L’économie dans une communauté est le jeu des productions et des échanges entre ses parties prenantes. Production et échanges de « biens » et de « services » !

Qui ne voit maintenant le lien avec le Sens du bien commun tant pour déterminer, qualifier, qu’évaluer les biens et services. Les actes économiques concourent au bien commun en référence duquel ils trouvent leur valeur. Comme on l’a vu cela ne veut pas dire uniformisation des expressions mais traduction selon les particularités personnelles ou collectives dans la communauté.

Le principe de concourance régit ces échanges et la contribution à la socio-performance communautaire en donne la mesure. On trouve là le principe de la valeur du travail et des rôles économiques tenus par les entreprises et dans les entreprises.

Il est clair que ce sont les phénomènes humains, manifestations des conSensus communautaires qui régissent l’économie et toutes ses composantes dans une communauté culturelle.

En tant que production et échange de biens et services l’économie n’est rien d’autre que la participation au développement. A ce titre engagée dans le Sens du bien commun elle en adopte les échelles de valeurs pour mesurer toute valeur économique. De ce fait il n’y a pas de valeur économique qui ne se mesure aussi à la contribution à l’empowerment collectif. Ainsi la valeur d’un produit ou service est liée à leur contribution à l’accomplissement personnel et celui de la communauté. Même les productions matérielles s’évaluent aussi selon des critères immatériels (cf. référentiels de valeurs).

On notera, avec le laboratoire de civilisation que constitue internet, l’émergence de communautés dite « open source » où s’invente dans le domaine du logiciel des communautés économiques d’un nouveau type qui ne répondent pas aux supposées lois universelles de l’économie.

Il y a trois types de communautés économiques à considérer, les économies de proximité, les économies de marché, l’économie monde.

Les économies de proximité sont limitées au champ de relations interpersonnelles et principalement aux biens et services de subsistance. Elles sont indispensables pour les communautés d’âge primaire. La quasi interdiction de ces économies accroit la pauvreté et empêche le développement des plus démunis. C’est sous forme d’économie souterraine que leur survie est assurée.

Ce devrait être la première obligation des responsables que de protéger et favoriser les économies de proximité c’est-à-dire de permettre un développement communautaire à la mesure des possibilités et des évolutions. C’est comme cela que les politiques d’aide au développement dans les pays pauvres ont toutes échoué.

Les économies de marché utilisent des modes de régulation culturels. La médiation par des règles, des organisations, des échanges à distance réclame une culture d’âge secondaire. La tentation normalisatrice et rationalisante produit cette illusion de système universel qui ignore les communautés économiques. On assistera à leur réveil de façon accélérée, n on comme un protectionnisme purement défensif mais comme la reconnaissance de la diversité des communautés de cultures différentes.

L’économie monde suppose un âge d’évolution tertiaire qui est justement celui que nous abordons avec la mutation de civilisation. C’est le Sens du bien commun à toutes les échelles qui règle les rapports économiques. Du coup la mondialisation n’est pas simplement l’extension au monde d’un marché dominant comme on l’a cru mais la constitution d’une communauté des communautés.

Les économies de marché peuvent former des ensembles communautaires plus vastes comme l’Europe ou d’autres espaces économiques continentaux. C’est vrai aussi à des échelles plus petites comme des villes, des régions et aussi des communautés d’enjeux de toutes sortes non territorialisées ou même des communautés virtuelles réunies sur Internet.

On voit bien que le rapport entre des communautés économiques n’est pas additif mais se réalise dans des communautés de communautés.

Ainsi pour une personne ou un groupe ou même une entreprise existent simultanément la possibilité de participer à une ou des économies de proximité, une ou des économies de marché et l’économie monde.

Dès lors toute production, toute transaction, toute action ou stratégie, ne peuvent s’évaluer en dehors d’une communauté de référence qui va de soi quelques fois mais qui doit être désignée, choisie, ou même constituée.

C’est comme cela par exemple que les parties prenantes d’une entreprise doivent désigner la communauté économique de référence dont les valeurs détermineront la nature et la mesure des actes économiques. Si chacune ne s’identifie qu’à une communauté différente alors il n’y aura pas de valeurs communes ni d’entendement sur une quelconque évaluation. Prétendre à une communauté économique universelle est une vue de l’esprit opportuniste qui se prend pour la réalité. Ce n’est donc pas la bonne solution. Choisir une communauté de référence n’exclue pas les autres mais les relativise en ce qui concerne les affaires communes, uniquement.

Les communautés politiques

La « polis » c’est la cité c’est-à-dire, par extension, la communauté de vie. La version moderne en a été le territoire qui se découvre comme communauté territoriale. Communes régions, inter-communalités, nations. De grandes régions comme la Méditerranée, l’Europe tentent de devenir aussi des communautés politiques.

Une communauté politique comme communauté de Sens est une communauté de devenir, de projet mais aussi de développement et d’empowerment. Sa raison d’être est justement l’accomplissement des hommes au travers du développement comme évolution et de l’empowerment comme maturation.

Il est tout à fait important que le « nous » se constitue à partir non seulement d’une conscience collective mais d’une ambition collective fondée sur des valeurs propres et une vocation assumée.

Rares sont celles dans ce cas compte tenu des dominantes antérieures d’identification à des représentations souvent topologiques ou juridiques. Cependant la mutation accélère les prises de conscience et on peut s’attendre dans les années qui viennent à de grands bouleversements qui en quelques décennies modifieront le paysage des communautés politiques à l’échelle du monde.

Ainsi l’autonomie des communautés culturelles n’est pas incompatible avec des ensembles communautaires importants. Par contre il est probable que des ensembles communautaires se constituent au-delà des frontières habituelles.

En effet le champ d’existence d’une communauté politique comme une grande ville porte au-delà de ses murs jusqu’au monde entier. Si bien que ce ne seront plus les frontières qui détermineront seules les communautés politiques mais sans doute un lieu centre sans périphérie matérialisée. Ainsi les nations sans territoire pourront exister et de nombreux conflits dus à des réductions territoriales d’identité collective tomber d’eux mêmes. Il y en aura toujours d’autres tant que le Sens du bien commun ne sera pas chez toutes l’orientation de leur devenir.

Evidemment on ne peut croire à la proximité de cette généralisation. Par contre on peut croire que poursuivre cet enjeu est la visée la plus favorable à l’humanité.

Ainsi le développement fondé sur les valeurs culturelles dans le Sens du bien commun associé à la recherche d’empowerment constituent la raison d’être des communautés politiques. Elles sont simultanément des communautés économiques et les ensembles communautaires aussi.

Ce bref rappel des communautés politiques ouvre, bien sûr, de nomberux chapitres sur la nature du politique, la démocratie, le cas particulier des nations, le rapport aux territoires, la relativisation du juridique, et le fondement spirituel de toute communauté politique c’est-à-dire le Sens en conSensus. Si le temporel est en effet tout ce qui concerne la réalité, le développement, l’empowerment et le devenir de la communauté, le rapport temporel spirituel ne peut se concevoir comme celui de deux sources indépendantes pas plus que concurrentes. La négation de l’une est négation de l’humanité de l’homme y compris dans sa réalité communautaire.

Les communautés virtuelles.

Internet a fait émerger la conscience de l’existence de communautés virtuelles et en a facilité le développement. Les conceptions de l’époque antérieure se sont contenté d’y voir des réseaux d’individus interconnectés ou même un erzats de communautés qui ne seraient pas réelles. Cela s’accompagne de l’idée que à distance les relations ne seraient pas véritablement des relations humaines.

Comme on l’a vu ce sont les conceptions de l’homme qui font les conceptions des communautés humaines. Or d’une part il existe déjà des communautés humaines dont les membres sont déjà distants (ex une communauté nationale) et aussi des communautés virtuelles si on entend des communautés non rassemblées physiquement ex : la communauté scientifique.

En fait internet ne fait que révéler la possibilité de communautés virtuelles tout en facilitant leur existence. Il s’agit bel et bien de communautés humaines c’est-à-dire de communautés de Sens et de conSensus qui s’expriment au travers d’une réalité commune, d’une culture, d’un monde qui est le leur. Ce sont des communautés économiques et bientôt on verra apparaître des communautés politiques. Certaines plus anciennes y déploient déjà largement leur extension.

Ce qui fonde une communauté c’est le Sens partagé et là, les conditions physiques, affectives ou mentales sont secondes, même si incontournables dans l’existence communautaire. De ce fait la distance physique n’est pas un obstacle puisque c’est la proximité humaine qui compte : le conSensus. On confond souvent les identifications expériencielles avec une proximité. Pire, on assimile volontiers proximité et confusion affective, ce qui ne va pas de soi.

En fait l’expérience de la constitution de communautés « à distance » va faire découvrir plus clairement ce qu’il en est du coeur de l’homme et des proximités humaines ainsi que du rôle de leurs médiations à la fois pour « rapprocher » et à la fois pour tenir les « distances respectueuses » indispensables à la reconnaissance de l’altérité.

Cette nouvelle conscience de l’homme et des affaires humaines communautaires s’accompagnera d’une reconfiguration des communautés humaines à toutes les échelles.

On voit bien que le droit, affaire de communautés culturelles, ne se ferme pas sur les frontières. La tendance à une réponse universelle est vouée à l’échec. Un exemple actuel est celui de l’Europe sous le choc de la crise financière qui cherche à se donner des principes communs dont les communautés nationales établissent les règles en ce qui les concernent. Une révolution par rapport aux conceptions antérieures mais un accomplissement par rapport à la culture européenne et ses valeurs propres.

Ainsi la recomposition communautaire du monde sera fortement marquée par la constitution ou l’extension des communautés virtuelles et de leurs mondes. Organisations, entreprises, marchés, mais aussi toutes sorte de communautés d’enjeux, d’affinités, de développement et d’empowerment vont restructurer le monde de l’humanité entière.

Il n’y a guère de communauté qui n’ait déjà pris place sur internet mais encore peu qui s’y sont véritablement installées où qui y ont installé une part de leur activité de développement. Les espaces virtuels de réalisation et d’accomplissement de virtualités communautaires restent à concevoir. L’Humanisme Méthodologique en a posé les principes et de premières réalisations. Pensons aux cités antiques qui savaient aménager leur monde avec des monuments chargés symboliquement des valeurs de la cité et des fonctions de leur développement. L’équivalent est à penser aussi bien que les environnements, les modes d’agir ensemble et les processus communautaires de développement.

La réduction des charges de déplacement, la disparition de la contrainte de distance va susciter la création d’institutions comme des universités ou des écoles formant des communautés virtuelles éducatives par exemple.

C’est dire que les questions d’unité et de diversité dans les affaires humaines vont être multipliées en même temps que le foisonnement des communautés nouvelles. Il faut néanmoins s’attendre à ce que la nécessaire maturation liée à l’accomplissement selon le Sens du bien commun conduise à des communautés majeures dont on n’a pas encore l’idée. Il faut se garder de transposer seulement les communautés connues ou de négliger les temps de maturation humaine.

Les vertus du virtuel donneront lieu à une créativité insoupçonnée, déjà à l’oeuvre, mais mal comprise lorsqu’on utilise des modes d’analyse et d’interprétation du passé, individualistes et matérialistes notamment.

* Pour approfondir l’Humanisme Méthodologique voir le journal permanent

http://journal.coherences.com


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