L’opposition des logiques d’adaptation et d’autonomisation se manifeste dans celle des pĂ©dagogies normatives et de celles qui visent des compĂ©tences de maĂźtrise des situations. Dans la ligne de la pĂ©dagogie expĂ©riencielle, la pĂ©dagogie du virtuel ouvre, avec les espaces virtuels pĂ©dagogiques, Ă un nouveau champ pour la formation Ă distance qui rĂ©pond Ă une mutation des entreprises. Elles passent d’une logique conservatoire Ă une logique de changement permanent.
La pĂ©dagogie du virtuel, pĂ©dagogie de lâexpĂ©rience
DâaprĂšs les travaux fondamentaux de lâHumanisme MĂ©thodologique et lâingĂ©nierie du virtuel mis en Ćuvre par lâInstitut CohĂ©rences pour dĂ©velopper les espaces virtuels dâactivitĂ© et particuliĂšrement les espaces virtuels pĂ©dagogiques.
Mots clés : e-leaning, compétences, pédagogie expériencielle, mutation, innovation, pédagogie de la conformité.
La pédagogie du virtuel est une pédagogie expériencielle ; le principe :
câest la situation expĂ©rimentĂ©e qui est pĂ©dagogique.
Cette ancienne “expĂ©rience” de lâhumanitĂ© est reconsidĂ©rĂ©e. Câest lâexpĂ©rience, câest-Ă -dire lâexpĂ©rience de certaines situations qui dĂ©veloppe la compĂ©tence. La compĂ©tence est ici assimilĂ©e Ă une capacitĂ© effective de maĂźtrise, en situation. Câest dâailleurs dans le rapport Ă la situation que la capacitĂ© se dĂ©finit comme une capacitĂ© de maĂźtrise. La maĂźtrise que lâon peut qualifier de “professionnelle” est toujours relative Ă un type de circonstances.
Cependant, la limite de la pĂ©dagogie de lâexpĂ©rience et de lâempirisme souvent associĂ©, peut-ĂȘtre double. Dâune part on ne peut expĂ©rimenter que des situations existantes et donc favoriser ainsi un certain conservatisme. Dâautre part le temps de lâexpĂ©rience est dâautant plus lourd que la compĂ©tence est complexe.
Cela vient en fait dâune erreur dâoptique. Cette erreur est reproduite avec les pĂ©dagogies de la simulation. Il sâagirait de reproduire les scĂšnes de la pratique, celles de lâexercice dâune compĂ©tence pour en faire lâexpĂ©rience et ainsi en acquĂ©rir une certaine maĂźtrise. La prĂ©sence dâun accompagnement Ă©vite bien certaines errances et fait gagner du temps mais nĂ©anmoins la complexitĂ© des situations dĂ©boucherait sur une lourdeur pĂ©dagogique considĂ©rable. On sâen tire soit par des cursus long comme dans le modĂšle du compagnonage et ses dĂ©rivĂ©s, soit par les simplifications qui touchent au simplisme comme par exemple certaines “Ă©tudes de cas” ou certains jeux pĂ©dagogiques.
Or la grande nouveautĂ© porte sur le fait que la relation entre la situation pĂ©dagogique et la situation dâexercice dâune compĂ©tence nâest pas une relation analogique de ressemblance “optique” mais une relation homologique dâĂ©quivalence symbolique, dâunitĂ© de Sens.
De ce fait la situation pĂ©dagogique doit dâabord “porter le Sens” de la situation dâexercice dâune compĂ©tence.
Dans la situation pédagogique tout porte le Sens en question : la globalité, la dynamique, les intentions, les représentations, les actes, les relations, le cheminement, le parcours donc.
Le parcours câest le chemin constituĂ© par la situation mais câest aussi lâexpĂ©rience qui en est faite. Le chemin et lâexpĂ©rience sont liĂ©s. Le contenant - la situation construite - et le contenu - lâexpĂ©rience vĂ©cue - sont indissociables en situation.
Du coup il faut remettre en question lâidĂ©e que le contenant câest-Ă -dire les moyens pĂ©dagogiques et le contenu câest-Ă -dire diffĂ©rents aspects de la compĂ©tence (savoir, savoir-faire, etc.) sont indĂ©pendants.
La pédagogie du virtuel
La situation pĂ©dagogique, celle qui prĂȘte Ă expĂ©rience est par dĂ©finition une situation virtuelle. Il faut sâattacher ici Ă une dĂ©finition fondamentale du virtuel. Est virtuel ce qui est porteur de virtualitĂ©s humaines, câest-Ă -dire de Sens.
La situation virtuelle prĂ©figure homologiquement la situation dâactivitĂ© et le parcours quâelle propose y prĂ©figure lâexercice de la compĂ©tence. Ainsi la situation pĂ©dagogique est-elle lâexpression dâune problĂ©matique et dâun processus de maĂźtrise en mĂȘme temps quâelle en prĂ©figure homologiquement les situations dâexercice de la compĂ©tence qui y est cultivĂ©e.
Au passage notons que le lien entre la connaissance initiale et la compétence finale est un lien de Sens, médiatisé par la situation pédagogique.
Câest cela la pĂ©dagogie du virtuel :
Ă©lucidation des types de situations oĂč doit sâexercer une compĂ©tence.
construction dâune situation pĂ©dagogique, scĂšne virtuelle, qui en traduit le Sens.
parcours expérienciel en situation virtuelle.
exercice dâune compĂ©tence en situation.
On notera que la compĂ©tence sâexerce dans toute les situations de mĂȘme Sens et que chacune est donc le lieu possible dâune nouvelle expĂ©rience pĂ©dagogique et de la culture incessante dâune compĂ©tence.
LâactualitĂ© de la pĂ©dagogie du virtuel, une triple rĂ©volution.
Les technologies Ă©voluent Ă grande vitesse mais, surtout, les situations socio-professionnelles commencent Ă entrer dans une Ă©poque oĂč le mouvement devient la rĂšgle, la stabilitĂ© lâexception.
Alors quels référentiels pour les situations de demain et les compétences pour demain ?
Câest le principe mĂȘme de rĂ©fĂ©renciel de conformitĂ© qui est en question.
Faut-il renoncer à toute formation ? Non mais il faut cultiver des compétences pour des situations inconnues. En fait ce sont surtout les conditions des situations futures qui sont inconnues, ce qui interdit de se baser sur des stabilités formelles.
La révolution des compétences
Nous venons dâun monde qui avait trouvĂ© dans lâordre, lâorganisation, la reproduction de modĂšles et la croissance des structures un principe de civilisation et dâefficacitĂ©.
De ce fait les compétences se définissaient par rapport à des normes de référence, des référentiels.
Il est vrai que ces normes pouvaient ĂȘtre dâorigine acadĂ©mique ou scolaire ou plus empiriques, sensibles aux effets de modes. MĂȘme les compĂ©tences techniques Ă©taient attachĂ©es Ă des normes de technicitĂ© dictĂ©es par lâĂ©volution relativement lente des techniques. La demande de formation se trouvait “formatĂ©e” dans cette logique.
Or lâouverture du champ relationnel, son explosion mĂȘme avec Internet dĂ©stabilise ces modĂšles au profit dâune innovation permanente. Ce sont sans cesse de nouvelles situations qui se prĂ©sentent et quâil sâagit de maĂźtriser.
Par contre le Sens en est déjà là .
Ainsi la formation des compĂ©tences par une pĂ©dagogie du virtuel peut parfaitement anticiper sur lâexistence des situations futures.
La pĂ©dagogie du virtuel devient le seul moyen de prĂ©parer les compĂ©tences de demain et mĂȘme les nouvelles compĂ©tences dâaujourdâhui.
La révolution pédagogique
La crise de lâenseignement supĂ©rieur qui retentira sur toutes les formations est liĂ©e Ă la contradiction logique entre une culture de la conformitĂ© et une culture des compĂ©tences.
Câest “la reproduction du mĂȘme”, le mimĂ©tisme, qui tente de se sauver quelque fois dans ses excĂšs de conformisme et de normativitĂ©. Certaines normes pĂ©dagogiques de “gestion de contenu” sont plus lĂ pour tenter de dĂ©fendre cette “pĂ©dagogie des contenus” alors que câest une pĂ©dagogie expĂ©riencielle qui devient pertinente.
Lâacquisition des savoirs et des savoirs faire, supposĂ©s Ă©videmment préétablis, serait le gage dâune compĂ©tence. Oui en situation de stabilitĂ© structurelle et culturelle, non en situation de mutation et dâinnovation permanente.
Seulement les pĂ©dagogies de la conformitĂ© sont tellement ancrĂ©es idĂ©ologiquement quâelles semblent indiscutables et Ă©ternelles Ă ceux qui y sont vouĂ©s.
La pĂ©dagogie expĂ©rencielle recentre lâessentiel sur le Sens et lâexpĂ©rience situationnelle pour permettre la mobilitĂ© et la fluiditĂ© de la crĂ©ativitĂ© permanente.
Bien sur lâadaptation et la conformitĂ© et les pĂ©dagogies associĂ©es ont aussi leur place mais plus pour les phases dâapprentissages Ă©lĂ©mentaires ou comme accessoires dâopportunitĂ©.
De ce fait pĂ©dagogie expĂ©rencielle, pĂ©dagogie du virtuel vont se trouver beaucoup plus Ă©conomes en “contenus” et mĂ©canismes de reproduction et beaucoup plus riches en “mises en scĂšnes”.
La diversitĂ© des rĂŽles pĂ©dagogiques va remplacer lâuniformitĂ© des fonctions de reproduction des savoirs et savoir faire.
On notera que la “vertu de conformitĂ©” est la compĂ©tence principale transmise par les pĂ©dagogies traditionnelles.
La révolution du virtuel
Câest le dĂ©veloppement dâInternet qui crĂ©e les conditions de la dĂ©couverte et du dĂ©veloppement de la pĂ©dagogie du virtuel.
La dĂ©couverte du “6° continent” ; le cyberspace et des espaces virtuels comme Second Life, ouvre la porte Ă un nouveau champ dâactivitĂ©s humaines. Il va se caractĂ©riser par une ouverture du champ relationnel avec de nouveaux modes relationnels qui sâenrichissent sans cesse. Des relations de proximitĂ© se nouent Ă distance si bien que des situations virtuelles y sont largement accessibles.
En outre il est possible dây bĂątir, dây installer puis dâhabiter des mondes virtuels, des situations dĂ©diĂ©es Ă des activitĂ©s collectives. De lĂ une facilitĂ© sans prĂ©cĂ©dent pour crĂ©er des situations virtuelles de pĂ©dagogie expĂ©rencielle. Il ne sâagit pas simplement de supports pĂ©dagogiques ou de mises en scĂšne mais de situations habitĂ©es et donc vĂ©cues et expĂ©rimentĂ©es. La possibilitĂ© de crĂ©er des situations ouvre Ă la pĂ©dagogie du virtuel un champ immense.
Cela nâest rendu possible que par la seule nĂ©cessitĂ© dây construire des situations “homologiques” aux situations dâexercice de compĂ©tences.
LâidĂ©e de reproduire dans lâespace virtuel les contenus et les scĂšnes rĂ©elles ressorti de la culture des conformitĂ©s. Elle ne peut dĂ©boucher que sur une lourdeur et une complication liĂ©es Ă lâimpossibilitĂ© de reproduire le rĂ©el. La pĂ©dagogie du virtuel y Ă©chappe.
On notera enfin que les compĂ©tences quâil sâagit de cultiver grĂące Ă la pĂ©dagogie du virtuel vont aussi sâexercer de plus en plus dans des espaces virtuels dâactivitĂ©, constituant les situations dâexercice et donc de dĂ©finition des compĂ©tences.
Conclusions
La révolution du e-learning avec la pédagogie du virtuel.
Le terme e-learning est détestable par son réductionnisme électronique, v-learning serait plus pertinent (pour virtual-learning). Il est cependant fort usité pour désigner une offre et une demande en plein développement.
Cependant on notera une difficultĂ© qui sây manifeste.
Dâun cĂŽtĂ© la prĂ©gnance de la culture de conformitĂ© qui tend Ă une normalisation dĂ©fensive des bonnes vieilles mĂ©thodes pĂ©dagogiques tend aussi Ă reproduire sur Internet, un systĂšme de distribution de savoirs, dâinformations et de normativitĂ©. Cette prĂ©gnance est renforcĂ©e par une “demande”, elle-mĂȘme trĂšs normative, de lâunivers de la “formation” en quĂȘte de formats standards et de rĂ©fĂ©rentiels stables.
Dâun autre cĂŽtĂ© la mutation du monde actuel renvoie Ă dâautres approches de la compĂ©tence individuelle et collective. Les possibilitĂ©s dâinternet ouvrent sur la question pĂ©dagogique qui sâapproche ainsi de la pĂ©dagogie expĂ©rencielle par des aspects particuliers comme la pĂ©dagogie par problĂšme, par projet, les serious games, les simulations 3D, le foisonnement des “animations pĂ©dagogiques”.
La pédagogie du virtuel viendra résoudre cette tension.
En effet elle renoue avec une pĂ©dagogie “naturelle”, une pĂ©dagogie de lâexpĂ©rience qui trouve avec Internet des possibilitĂ©s toutes nouvelles de rĂ©alisations.
Alors écartant les voies de simulation onéreuses et erronées, on redécouvre que la connaissance est aussi une compétence.
Tout relĂšve de la pĂ©dagogie du virtuel mĂȘme les apprentissages de conformitĂ© lorsquâils sont nĂ©cessaires.
Reste un dernier mot pour ouvrir une porte dâune grande importance.
La pĂ©dagogie du virtuel ne vaut pas que pour les individus mais aussi pour les groupes et communautĂ©s. On peut parler de compĂ©tences collectives ou dâintelligence collective. La pĂ©dagogie du virtuel est aussi une pĂ©dagogie culturelle, une pĂ©dagogie du dĂ©veloppement et de la capacitĂ© collective de maĂźtrise des situations (ou empowerment).
Câest alors sur la macro-pĂ©dagogie et les citĂ©s macro-pĂ©dagogiques que la pĂ©dagogie du virtuel dĂ©bouche.