Du traitement de l’information au traitement des situations

La mutation du virtuel
jeudi 22 novembre 2007
par  Roger Nifle
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Pourquoi les techniques les plus avancées semblent-elles faire obstacle au développement du virtuel. Pourquoi les compétences humaines semblent-elles exclues des critères de l’innovation la plus avancée. L’ingénierie humaine du virtuel doit renverser concrètement les réductionismes qui ont régné deux siècles durant.

Pour les uns Internet c’est de l’informatique, des logiciels et du traitement de l’information. Numérique, société de l’information et toutes les questions classiques sont posées. Saisie, enregistrement, consultation, recherche, validité, sécurité et puis les interfaces utilisateurs pour faciliter l’accès au système d’information.

Pour d’autres Internet c’est un média nouveau qui permet d’échanger par les médiations qu’il permet des textes, des images, du son, de la vidéo et par ce fait développe toutes sortes de communications et de scènes de communications où s’échangent des représentations.

Maintenant le temps semble venu d’une conscience d’autre chose, l’ère du virtuel.

Il s’agit de situations investies par des participants. Les espaces virtuels d’activité sont ainsi des mises en situations dédiées à une activité précise dans des conditions favorisant l’accomplissement de ses enjeux.

Pour construire des espaces virtuels d’activités il faut d’abord traiter les situations, leurs dynamiques humaines et leurs rationalités au travers notamment de processus d’action et de relations et de scènes symboliques. Il faut, bien sur, mobiliser des moyens de communication interpersonnelle et collective. Il y a ensuite tout un traitement de l’information à associer pour supporter ce qui précède.

Là viennent les difficultés.

En effet le développement de l’informatique s’est fait dans une logique réductionniste basée sur l’idée que tout peut être réduit à l’information et celle-ci bientôt à des “données” (data). Une rationalité rigoureuse a permis de construire des machines logiques (logiciels) sensées reproduire des mécanismes humains, des processus opératoires. Il est vrai qu’un contexte rationaliste notamment favorisait cette croyance.

Le traitement de l’information soumis à une complexité croissante et à des performances régies par la loi de Moore ne laissait que peu de place aux phénomènes culturels et ses représentations et encore mois aux situations et leurs processus, réduits au simple usage des “machines logiques”. On a parlé alors d’utilisateurs, d’interfaces utilisateurs ; le “système d’information” prenant la place centrale sinon le tout de l’espace d’activité humaine. La défaillance des “utilisateurs” face à des applications informatiques si rationalisées fait toujours l’objet d’un certain mépris dans les sphères initiées.

Le développement de la communication, de l’audio visuel et du multimédia arrivent à une certaine maturité avec le web 2, les blogs et autres broadcast à la portée de tous. Le problème est le réductionnisme de l’image, du spéculaire, des représentations qui font du narcissisme le moteur du développement et des idées la substance même des situations. La théorie des “mèmes” évoque sa propre déviance que le mimétique a déjà bien exploré, tant dans les sphères médiatiques que dans celle, académiques, des ”savoirs”. La reproduction de la présence (re-présentation) y étant prise pour la présence elle-même.

Le traitement des situations vient non pas annuler le traitement de l’information ou de la communication mais leur donner leur fin en tant que moyens.

Le traitement des situations que les espaces virtuels d’activité inaugurent, suppose déjà une analyse, une compréhension des situations humaines tant dans leurs composantes que dans leurs dynamiques.

On voit déjà que cela relève d’un champ de compétences spécifique qui doit déboucher sur l’analyse des processus d’action en situation virtuelle. Ce n’est pas le lieu de développer la théorie des situations et du virtuel issus de l’Humanisme Méthodologique mais on notera qu’il faut intégrer factualité, affectivité et représentations mentales. Il faut aussi intégrer intentionalités des participants, contextualités locales et lointaines, historicité et narrativité des processus. Enfin le relationnel avec son jeu de proximités et de distances, les dynamiques communautaires avec leur genèse et leurs phases d’évolution sont les matériaux sur lesquels travaille le “traitement de situations”.

Ne lui échappent ni les rationalités opératoires ni les technicités de la communication et de l’information mais en tant qu’accessoires indispensables mais secondaires.

Le traitement des situations que réclament les espaces virtuels d’activité va demander le développement de nouvelles compétences relevant d’un autre paradigme que les réductionnismes dominants. Il lui faut intégrer les problématiques spécifiques de l’action, celles des dynamiques humaines, celles des environnements symboliques (et pas seulement esthétiques), celles des rationalités organisationnelles et enfin celles du traitement des communications et de l’information.

Mais les affaires humaines ne sont-elles pas déjà de cet ordre de complexité ? Le virtuel en sera le révélateur puissant qui va renouveler toutes les affaires humaines en transformant aussi l’espace et les temporalités de l’action collective et des activités communautaires. Le temps des machines auto-matiques et du rêve mécaniste est-il terminé ? Oui en ce qui concerne la tentative de substitution à l’humain qu’un cartésianisme mal compris a cru réaliser au 19ème siècle avec le machinisme et au 20ème siècle avec l’informatique. Le 21ème siècle, à l’ère d’Internet reprend déjà la tentative avec ses réifications cognitives mais les espaces virtuels d’activité lui opposeront une alternative humaniste (Humanisme Méthodologique).