Typologie des typologies

des fondements légitimes ou non ?
lundi 11 décembre 2006
par  Roger Nifle
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L’usage de typologies est courrant. Elles structurent les connaissances et permettent des analyses plus aisées. Seulement elles véhiculent malgré nous et peut-être leurs auteurs, des paradigmes implicites ou encore des incohérences cachées par l’effet d’ordre ou d’esthétique. Les typologies doivent être justifiées sinon c’est là une pratique lourde de dangers, substituant l’élégance formelle à la justesse de l’analyse.

Il y a fort longtemps une question m’a frappée. Constatant la multiplicité des grilles de lecture, des typologies, dans de très nombreux domaines notamment des sciences humaines, je me suis demandé ce qui validait telle ou telle plutôt qu’une autre. Presque toujours ces typologies sont justifiées par l’usage ou “l’évidence rationnelle”. Leur statut épistémologie n’est presque jamais questionné.

De ce fait sont véhiculés des paradigmes implicites, non justifiés bien sûr. De ce fait aussi une certaine cohérence apparente ajoute un caractère de crédibilité sinon de certitude à ce qui est montré et que l’on croit pouvoir extrapoler.

Prenons la fameuse pyramide des besoins de Maslow qui décrit toute une hiérarchie de besoins humains dont la satisfaction de l’un serait indispensable pour accéder à un niveau supérieur :

- besoins physiologiques

- besoin de sécurité

- besoin d’amour et d’appartenance

- besoin d’estime des autres

- besoin d’estime de soi

- besoin d’accomplissement personnel

(d’après Wikipedia, la terminologie est quelques fois différentes).

C’est une conception des motivations humaines et des relations qui se trouve ainsi expliquée. Or chaque fois qu’il y a une échelle, il faut se demander sur quoi elle repose, sur quoi elle s’appuie, vers quelle “hauteur” invite-t-elle à monter.

Il faut se demander aussi pourquoi ces échelons là et pas d’autres, pourquoi cette séquence là, le nombre et la nature des degrés. Quel “espace” commun les relie et quels critères les différencie, etc. Le problème n’est pas nouveau.

L’expérience m’a montré que le jeu consistant à créer des typologies sans en justifier la pertinence épistémologique est largement répandu y compris dans les sphères de la recherche “scientifique” (où on ne s’étonne plus de l’absence de questionnement épistémologique et donc de rigueur conceptuelle ou méthodologique).

La théorie du Sens et des cohérences humaines a permis de voir la question autrement. Comment naissent les “structures” de l’existence et de l’expérience humaine ? Telle est la source justificative des “structurations” d’un savoir quelconque.

Les réponses sont de deux ordres et on trouvera deux “types” de “typologies” justifiés.

Les typologies selon le Sens d’abord, basées sur la représentation radiale des Sens, laquelle, ramenée à deux dimensions, fournit les cartes de Sens et de cohérences humaines.

On en considérera de trois sortes selon le “point de vue” adopté :

- Les cartes générales au nombre de trois pour établir des typologies générales, d’un point de vue général

- Les cartes “d’intérêt général” focalisées sur une problématique dont l’élucidation des Sens a pu être faite, d’un point de vue local.

- Les cartes “d’intérêt particulier” prenant tel ou tel objet ou situation particulière comme focalisation de l’analyse des Sens, d’un point de vue particulier.

On notera simplement que des cartes “d’intérêt particulier” dont l’objet est peut-être d’intérêt général pour une large population, peuvent être considérées comme telles quelques fois (exemple : cartes de cohérences culturelles d’un pays ou d’un continent).

La production comme l’usage de ces typologies de Sens est conditionné par une certaine discipline de “centration” et se justifie par un travail de discernement des Sens de la question envisagée.

Un deuxième type de typologie prend en compte les dimensions ou composantes de l’expérience et de la réalité considérée.

C’est la théorie du cohérenciel dite aussi de la trialectique sujet-objet-projet qui en est la base et détermine en première approche les trois dimensions structurantes et les trois composantes associées et leur intégration.

Les types alors présentés correspondent à la structure ternaire du cohérenciel. Il faut y ajouter deux modes de hiérarchisation possibles.

L’un correspondant aux degrés d’évolution et de progression dans la maturité humaine, l’autre correspond aux étapes des réalisations humaines à partir du “degré de conscience” atteint.

On a ainsi trois usages de la typologie générale dont deux hiérarchisés.

Or cette structure ternaire n’est pas une simple rationalisation élégante, ni le fruit d’une simple observation empirique. Elle est justifié par la théorie de l’expérience humaine qui repose elle sur la théorie du Sens et des consensus.

Ainsi dans différentes traditions les schémas ternaires trouvent une nouvelle compréhension dans l’expérience humaine et de ce fait la ternarité en question n’est pas n’importe laquelle mais intègre la dissymétrie trialectique du cohérenciel.

Les deux types de typologies ont même origine et peuvent se compléter. De très nombreux exemples en sont présents sur le site du Journal permanent de l’Humanisme Méthodologique

Toute typologie valide sera dérivée des types premiers par un effet de complexification mais doit s’y ramener pour être justifiée.

C’est donc aux racines de l‘anthropologie fondamentale que se trouvent les justifications typologiques et, à partir de là et de ces deux bases, une infinité de typologies justifiées est possible et encore plus d’injustifiées.

La pyramide des besoins de Maslow pourrait apparaître comme du deuxième type par sa hiérarchisation. La théorie de Sens et des cohérences humaines si elle éclaire la possibilité d’une telle hiérarchisation conteste néanmoins la pertinence de celle-ci comme de bien d’autres qui semblaient devenues des évidences. Ici par exemple on connait le cas de nourissons et d’autres qui se laissent mourrir de faim parce qu’ils ne sont pas entourés ; d’autres font passer leurs aspirations spirituelles avant leur sécurité.

Les systèmes binaires en particulier doivent être ramené aux typologies de Sens et leurs multiples oppositions. Toutes les typologies ne sont donc pas valides mais elles en donnent aisément l’illusion.

Si par ailleurs un très grand nombre de typologies est possible deux grandes classes seulement se justifient, les typologies de Sens et les typologies des structures de l’expérience humaine.

Au lecteur d’interroger systématiquement l’origine et la justification de toute typologie qu’il rencontre et ses implicites.