Territoires, le malentendu identitaire

Prendre l’image pour le Sens
lundi 16 octobre 2006
par  Roger Nifle
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Avec l’émergence de l’âge des communautés humaines, les problématiques communautaires de développement et d’attractivité soulèvent la question de l’identité. A l’âge des représentations qui s’achève on ne s’intéressait qu’aux signes, images et apparences. Le fond, l’âme des hommes et des communautés humaines restait dans l’ombre ou demandait des explorations par des chemins escarpés. De ce fait il y a de graves malentendus autour de ces questions d’identité territoriale, avec une gestion des leurres ou des simulacres dont on n’a pas fini d’enregistrer les dégats. Image et mimétisme, images et simulacres, voilà les fléaux.

Ca y est les nouveaux territoires, inter communalités récentes, ou les plus anciens, départements et régions mais aussi villes et quartiers s’engagent dans la recherche et la promotion de leurs “valeurs identitaires”.

Comme toujours s’intéresser à son identité procure un certain “contentement de soi”, même lorsque c’est le plus souvent une réponse calamiteuse qui est donnée. Il y a un marché porteur du contentement narcissique. ”Regardez vous dans la glace ou dans l’onde” est la proposition et aussi la méthode la plus fréquente. Alors on prend des poses, on met en avant son meilleur profil, on cherche à ressembler à l’air du temps.

Transparence !

C’est bien souvent le résultat, du moins transparence de l’âme et du cœur, transparence de ce qui devrait toucher l’âme et le cœur des populations, indifférentes. Les visiteurs, jurés d’un concours permanent de séduction et vite attirés ailleurs, sont invités à l’itinérance dans le labyrinthe des images et des reflets où, bien vite, l’angoisse du vide alimente le moteur consommatoire.

Séduire, étymologiquement : détourner de son Sens, attirer pour prendre, pas pour rencontrer. Pour appeler à la rencontre, à l’enrichissement réciproque, pour interpeller le prochain visiteur, il faut y mettre du sien, il faut parler du cœur pour atteindre au cœur. Bien sûr il faudra trouver les modes d’expression, les langages et les images appropriés mais seulement comme médiations, médiations du Sens, valeurs indicatrices, significatives.

“Les valeurs sont les indicateurs du Sens du bien commun”. Sans le Sens les valeurs sont des leurres. Sans le Sens partagé, les valeurs sont équivoques, interchangeables, générales, anonymes, a-culturelles, impersonnelles.

C’est ainsi que l’identité, lorsqu’il s’agit de personnes ou communautés humaines, doit être comprise comme enracinée dans une personnalité culturelle singulière, unique, traduite par des caractéristiques différenciées qui permettent de la reconnaître, exprimée au travers de langages, d’images, de faits, de sensibilités et toutes autres formes de mise en valeur.

Au “traitement de surface” dont les effets sont superficiels, visibles mais insignifiants, doit se substituer un traitement en profondeur. La profondeur de l’identité culturelle est ce qui touche la profondeur des visiteurs qui vont “s’y retrouver” . On peut leur faire confiance pour trouver alors les médiations “de surface” appropriées.

Seulement il faut comprendre qu’on n’accède à ces “profondeurs” que par des démarches “en profondeur” menées par des professionnels qui en ont acquis les capacités et les exigences.

Photographier est un art, écouter aussi, décrire peut l’être aussi, seulement ce sera simple “traitement de surface” si ce n’est pas la profondeur de l’interprète qui en est la condition et l’enjeu et ce sera trahison si c’est quelque pathos qui en profite.

Il s’agit donc d’une verticalité à réinventer, trop souvent négligée au profit du visible séduisant.

Cette verticalité en rejoint une autre, celle de l’historicité sans laquelle il n’y a pas d’identité mais seulement image instantanée.

Si l’identité se source dans le passé, c’est seulement dans le passé intériorisé qu’elle est vivante. Au contraire, seulement identifiée aux apparences visibles elle est morte. Il en est ainsi de ces musées ou même patrimoines et paysages, beaux mais sans âme.

Elle est en plus “prometteuse”, attractive pour l’enrichissement mutuel si elle est aussi “prospective”, identité en projet, en devenir et non auto-admiration d’un état ou encore habillage habile.

C’est une exigence et une opportunité particulièrement importantes en un temps de mutation où c’est “face au monde” que chaque communauté, territoriale ou autre, a à prendre position, à se doter d’une ambition, à offrir ses “valeurs” dans le contexte et avec les moyens et opportunités du 21ème siècle.

Trop habitués à la gestion des choses, ont été perdues de vue les richesses de l’imaginaire, des rêves et des projets humains, ceux qui engagent les hommes à la rencontre, à l’implication, au progrès de leur être au monde.

L’identité culturelle prospective des communautés territoriales vient en renouer les fils. L’industrie de la bobine, utile certes, ne suffit pas...

Reste à développer une “sociologie des profondeurs” pour accéder mais aussi comprendre les ressorts déterminants des comportements collectifs, si riches et si complexes. L’Humanisme Méthodologique en propose la première véritable théorie. C’est ce qui lui permet d’offrir une ingénierie du Sens et des cohérences humaines à la base des recherches d’identité prospective de territoires, largement expérimentées. L’analyse des cohérences culturelles et toute la compréhension des racines identitaires et leurs expressions permettent, par leur profondeur, de mobiliser populations et visiteurs. Ce sont les moyens spécifiques créés par l’auteur de l’Humanisme Méthodologique (exclusivités de l’Institut Cohérences).

Comme toujours, l’imiter peut être séduisant mais la falsification ne peut jamais rejoindre l’authenticité. C’est cela le drame des études identitaires qui restent souvent simple gestion ou même trafic des apparences.