Tourisme solidaire et équitable

effet de mode ou projet durable ?
lundi 16 octobre 2006
par  Roger Nifle
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II èmes rencontres de Tourisme sans Frontières

29 et 30 Septembre 2006 à Vaison la Romaine

MATINÉE : Quelles conditions pour un tourisme durable

APRÈS MIDI : Voyager autrement, tourisme de masse ou tourisme confidentiel

Interventions de Roger Nifle

Le tourisme des valeurs, moteur d’un développement durable et approprié

Y-a-t-il un effet de mode ? éléments de réflexion prospective.

Nous sommes dans une période de mutation de civilisation à l’échelle mondiale. Seulement il faut discerner :

- ce qui émerge véritablement et qui est prometteur

- ce qui est la conséquence de tendances antérieures

- ce que sont les troubles qui accompagnent toute mutation

- Les troubles se sont des régressions, des fuites en avant dont les effets de mode émotionnels font parties.

- Les tendances antérieures ce sont bien sur le développement des tendances individualistes et consuméristes qui dominent dans le raisonnement touristique mais aussi la critique du modèle industriel qui ne cesse de se développer, même en l’absence d’industrie.

- La tendance émergente, c’est celle de la “conscience communautaire” à toutes les échelles qui prend le pas sur les archaïsmes tribaux et régressifs aussi bien que sur les découpages administratifs de territoires habités par des électrons libres”.

Dans cette dernière perspective où nous nous situons, tout doit être recentré sur les communautés et communautés de communautés. Le développement doit être compris comme celui d’un sujet communautaire. Au développement personnel du sujet individuel correspond le développement communautaire de la communauté culturelle.

Il s’agit d’un développement humain, c’est-à-dire du développement de la capacité de maîtriser son destin, dans le contexte du monde d’aujourd’hui et des autres communautés. Le terme d’empowerment est tout à fait approprié.

Le rapport d’août 2004 de l’ONU sur le développement humain insiste sur l’ancrage communautaire et culturel du développement tout en fustigeant le déni français en la matière.

Il faut comprendre ce que veut dire développement durable approprié. C’est la façon singulière selon laquelle une communauté culturelle, sujet communautaire, accompli sa vocation.

Pour cela les notions de Sens du bien commun et de valeurs propres sont décisives. “Les valeurs sont les indicateurs du Sens du bien commun”.

Elles ont une source rétrospective liée à la mémoire, aux patrimoines immatériels et aux traces matérielles.

Elles ont une source introspective liée au caractère, qualités et talents spécifiques.

Elles sont une source prospective liée à la position, l’ambition, le projet de la communauté pour le futur.

De ce fait les valeurs culturelles sont alors les vecteurs d’une identité mobilisatrice et prometteuse.

Voici donc les clés du développement communautaire :

- La mobilisation d’une communauté autour de valeurs propres incarnées dans ses façons de vivre et ses réalisations.

- L’attraction de visiteurs autour des mêmes valeurs incarnées par des activités et des rencontres mutuellement enrichissantes.

Le tourisme des valeurs est l’un de ces deux moteurs du développement communautaire.

Quelles sont les conditions de son occurrence :

- La considération et la mise en évidence des valeurs propres de la communauté.

- le travail de maturation et de conscience collective par des accompagnements appropriés.

- Le travail favorisant la rencontre avec des pairs, visiteurs venus d’ailleurs.

Les compétences principales qu’il faut alors déployer sont de l’ordre des phénomènes humains avant d’être matériels. Une révolution pour nos civilisations matérialistes et rationalistes.

Voyages et déplacements

Le tourisme est synonyme de voyage, de déplacement. cependant il y a deux façons de comprendre le voyage :

- vu de l’extérieur en termes de déplaceents physiques, de flux, de comportements et de conséquences matérielles visibles et même visuelles.

- vu de l’intérieur en termes de motivations, de rencontres humaines, de cheminements, d’enrichissements.

La première vision associée à l’idée de “vacances” s’est abstrait de l’intériorité “en état de vacance”.

Qu’est ce que cela veut dire :

- dépersonnalisation des voyageurs, dépersonnalisation des “indigènes”, dépersonnalisation des acteurs du tourisme,

- effet massif de mimétisme, moteur compulsif du tourisme de masse.

Les circonstances historiques ne font qu’expliquer comment le sentiment de “libération” associé n’est que l’envers d’un sentiment d’aliénation.

La dépersonnalisation de masse comme mécanisme d’évasion. La consommation de masse comme processus de compensation d’un manque à être avec ses tendances à la banalisation, la standardisation, la normalisation des références et des pratiques.

A l’inverse le tourisme comme voyage intérieur s’accompagne forcément d’un déplacement vers l’autre, l’altérité, des valeurs autres.

Notons que ce déplacement est souvent aussi physique, extérieur donc mais qu’avec Internet notamment il peut se prolonger bien au-delà de l’état physique.

Le tourisme des valeurs c’est le déplacement physique mais, bien au-delà, tout le champ de la relation à distance, de la proximité à distance.

C’est aussi un tourisme d’implication et de participation, le contraire de l’évasion, de la distraction ou de la seule consommation.

Si le tourisme des valeurs, tourisme du voyage intérieur s’accompagne aussi de voyage extérieur, les mobiles sont tels que c’est toute l’année que le voyage se poursuit et doit être entretenu.

Concrètement il ne faut plus considérer le tourisme comme le simple déplacement physique mais comme l’établissement de relations fructueuses à distance dont il est simplement un moment fort.

L’économie du voyage en sera certainement bouleversée ayant à devenir ainsi une “économie du voyage intérieur”. Peut être en avons nous déjà quelques tentatives.