Communication crise et mutation
par Roger Nifle
La communication est le terrain de la prolifération des représentations : images, discours, modèles, lois, idées, slogans. Meilleure et pire des choses elle médiatise le Sens et concoure aux affaires humaines ou elle déjoue le Sens et s’abîme en vanités. Le temps est à la crise et comme toute crise elle peut être salutaire en débouchant sur un dépassement inattendu.
I - INTRODUCTION
Gutemberg, c’est l’explosion de l’écrit et d’une transmission
indéfinie des références culturelles qui
donne bientôt à la Raison l’espace dans lequel,
elle se doit d’être maîtresse.
Les affaires essentielles se traitent par écrit : constitution,
droit, sciences, littérature, religion, administration,
contrats, projets, plans... Les réalisations concrètes
sont régies par les règles de l’écrit ou
bien elles restent au niveau d’échanges plus primaires
où les signes ne valent plus pour ce qu’ils représentent
mais pour leur effet. L’effet de la communication vient toujours
en concurrence avec la maîtrise quasi juridique des échanges
et des règles collectives qui établissent la vie
de la cité. A un stade primaire cet "effet"
de la communication est le seul critère qui en fait une
opération agissante. Si d’ailleurs on cherche un impact
fort alors il faut toucher aux soubassements affectifs, à
l’archaïque de l’homme.
Entre une communication rationalisante et qui tend, grâce
à l’écrit, à dessiner les cadres et les
règles de la vie collective et des fonctionnements humains
et, par ailleurs, une communication efficace dont l’opérationalité
va chercher du côté des affects les moyens de son
efficacité, le dilemme est exacerbé par le temps
de l’image, celui où les moyens de communication ouvrent
à une très large diffusion.
Cette deuxième révolution que nous connaissons
nous a amené à découvrir la puissance de
l’image par son impact affectif et donc sa grande efficacité.
Du même coup on a pu craindre que l’écrit en soit
atteint, notamment au niveau de la presse. Il semble en première
analyse que ce ne soit pas le cas. Or en seconde analyse, on
s’aperçoit que l’écrit lui-même semble être
voué aux lois de l’image. La rigueur du raisonnement est
battue en brèche par le jeu des signes qui font image,
condition de leur impact affectif.
Dès lors, la communication par l’image intègre
en grande partie l’écrit. Diverses "écritures"
(musicales, esthétiques, etc) se vouent au règne
de l’effet. Faire de l’effet est clé de l’efficacité
à tel point que les mesures d’impact sont souvent les
seules qui intéressent les grands communicateurs.
Quant à l’efficacité réelle sur les gens,
notamment à moyen et long terme, elle est rejetée
hors du champ d’analyse.
Il n’est pas surprenant alors que l’audience des "médias"
se joue sur l’impact des images, "le choc des photos",
et que les professions de communication cherchent leur mesure
dans cet effet. La réalité, "l’actualité",
les règles et les affaires de la cité ou celles
des entreprises sont subordonnées aux "effets d’image",
la vérité soumise à la mesure d’impact dans
l’opinion. Ce phénomène d’évolution de la
communication entraîne la substitution des moyens aux fins.
L’utilité sociale, l’efficacité à terme
étant négligées alors ce sont les médias
et les représentations qu’ils fabriquent, qui prennent
le devant de la scène. Nous en sommes à l’ère
des vanités. L’engagement du devenir commun étant
hors jeu, alors la communication devient vaine, alors elle est
le théâtre de tous les assauts des vanités.
Publicité, politique spectacle mais aussi tous les espaces
de la vie sociale sont soumis à la pression d’un "bien
communiquer" dont les règles en arrivent à
éliminer l’essentiel au profit de l’effet produit.
Or, de cet "assaut des vanités", les moyens
modernes de communication multiplient les possibles. La prolifération
des images est énorme à tel point qu’elles deviennent
le champ de toutes les surenchères. Surenchère
d’effets, flash, scoop, messages hyper courts, multiplication
et morcellement du discours en effets d’images, éclatement
des signes dont chacun, isolé, doit être investi
de la plus grande force d’impact. Ce caractère proliférant
des signes et des images en diminue paradoxalement l’effet pour
le spectateur hyper sollicité et qui en est de plus en
plus passivé. La passion excessive passive et il faut
encore plus d’images et d’effets. Toute une profession est engagée
dans cette course où la compétition fait rage et
les appels à la raison, au "mieux disant culturel",
à l’éthique, à la responsabilité
semblent avoir peu d’effet. Ils interviennent radicalement à
contre Sens des critères de l’efficacité médiatique
et communicationnelle.
Alors le "trafic des images" devient nécessaire.
La puissance de cette communication associée à
la vanité de ses effets conduit, au nom d’une certaine
efficacité à toutes les manipulations. Manipulations
des représentations mentales par les affects. L’espace
créé par les médias de l’image, incluant
l’écrit-image tend à s’imposer comme "espace
imaginaire" collectif. Il constitue un territoire où
toutes les rivalités se jouent , où toutes les
guerres sont possibles.
Voyons comment les médias sont devenus l’arme majeure
de puissances diverses, guerre du Golfe, Roumanie, Greenpeace,
terrorisme. Les armes et les bombes sont médiatiques,
les trafics aussi. Cette vision quelque peu catastrophique des
médias est encore en dessous de la vérité
non seulement pour la façon dont sont construites les
images servies au public mais malheureusement aussi par les effets
produits en termes de perte de discernement pour la collectivité
et tous ses acteurs.
Pour combien de responsables l’impact prime-t-il sur l’efficacité
véritable ? Combien ont abandonné le traitement
des problèmes réels pour le traitement de leur
image. Combien de lois, par exemple jouent plus sur l’effet immédiat
que sur l’efficacité médiate. A terme la prolifération
et le trafic des représentations semblent incontournables.
Cependant, il reste encore des responsables. Il reste encore
des professionnels dont les critères sont liés
au réel, au devenir, au bien commun. Il leur arrive alors
de se méfier de la communication dont ils ont besoin pour
partager et engager leurs actions.
Il est des professionnels qui de l’image veulent faire aussi
un langage et, comme tel, le mettre au service de Raisons citoyennes.
Connaissances, pédagogie, culture, compréhension
mutuelle, mémoire enseignante, témoignages enrichis,
sont autant de projets entrepris. Il ne semble pas que l’audimat
soit alors l’instrument pertinent de mesure sur l’échelle
de valeur qui remet les moyens au service des fins. L’efficacité
est rendue médiate dans un cheminement et non pas immédiate
comme par un coup donné.
Il y a là tout un effort qui puise dans les valeurs de
rationalité, les moyens de dépassement respectueux
de l’écrit par l’image.
Se dessine alors un paysage en tout point semblable à
la révolution Gutemberg. Les règles et représentations
de la cité vont trouver un nouvel essor, comme avec le
livre, c’est l’annonce du multimédia
.
A la place du texte simple, linéaire, un support d’images,
de sons, de textes assorti de moyens d’accès variés,
différenciés sinon interactifs. A la place du discours
verbal, un système de représentations complexes
enrichi. A la place du couple éditeur-libraire d’immenses
réseaux interconnectés où résident
ensemble émetteurs et récepteurs, ressources et
consommations. De nombreuses perspectives en sont dessinées
qui presque toujours transposent dans ce nouvel espace des représentations
les enjeux de la Raison dont les lumières, après
avoir emprunté la voie du livre et de textes largement
répandus, accèdent heureusement au multimédia.
Or, c’est là une erreur de vision et de prospective. L’enjeu
du temps présent est le dépassement des représentations.
Après une ère des représentations où
la communication des images s’est crue reine, vient une ère
du Sens où les représentations deviennent servantes.
La communication ne trouve plus sa fin dans un effet de représentations
mais dans un effet de Sens.
Les représentations médiatisent le Sens et le Sens
est l’essentiel pour l’humain, dans la personne, dans la communauté.
Le Bien personnel, le Bien commun n’est pas un état mais
un devenir, il n’est pas un ordre mais un accomplissement de
liberté, d’autonomie, de maîtrise et de responsabilité.
Alors toute la communication est à repenser pour en venir
à l’essentiel.
Communiquer, c’est faire partager un Sens :
signification, commune et compréhension
mutuelle
orientations et horizons désirables,
engagements et projets concourants.
Pour faire partager un Sens, la communication
utilise des médiations inhérentes à l’expérience
humaine, les représentations en sont une, éminente,
mais pas la seule. L’un des bénéfices de la crise
des représentations et de la prolifération de l’image,
c’est d’en avoir disqualifié la suffisance. Ni l’écrit,
ni l’image ne suffisent, toutes les dimensions de l’expérience
humaine médiatisent le Sens.
Les affects médiatisent le Sens.
Les faits médiatisent le Sens.
Les représentations médiatisent le Sens.
En définitive se sont les situations vécues, elles-mêmes
qui médiatisent le Sens.
C’est pourquoi la compréhension courante du phénomène
multimédia est pauvre tant qu’elle reste enfermée
dans l’ordre des représentations (régi par la raison).
Il y a une autre façon de le comprendre, c’est comme une
ouverture vers une "médiation intégrale"
, c’est à dire une multi médiation qui intègre
les différents plans de l’expérience humaine comme
voie d’accès au Sens.
La "médiation intégrale" trouvera dans
le concept de multimédia une approche d’une autre conception
de la communication au seuil de l’ère du Sens. Ceux qui
annonçaient que nous entrions dans une ère de la
communication se sont lourdement trompé en ne faisant
qu’extrapoler une nouvelle maîtrise des représentations,
avec l’image notamment.
Par contre ont vu juste ceux qui ont deviné l’importance
primordiale de la communication comme vecteur d’engagement dans
un devenir commun. Mais alors, il s’agit d’une nouvelle ère
avec l’âge du Sens et il s’agit d’une révolution
copernicienne et pas seulement d’un changement de degré.
C’est cela une mutation, un pas en avant qui transforme radicalement
tout le paysage.
Ce n’est pas la règle du "encore plus de communication"
qui annonce l’avenir mais celle d’un "communiquer autrement"
avec le Sens comme enjeu, retour à l’essentiel à
la place des vanités dont l’effet est vain.
Il faut donc maintenant dessiner ce qui devient la communication
à l’âge du Sens qui s’annonce avec, de partout,
l’émergence des questions de Sens. Il est patent d’ailleurs
que les questions de Sens touchent et visent l’essentiel en contrepoint
de la superficialité extrême des vanités.
La profondeur prime sur la surface, le Sens sur la Raison, les
fins sur les médias, le devenir commun sur la gestion
d’état, l’engagement collectif sur le jeu des séductions
réciproques.
A l’âge du Sens, la communication se fait virtuelle.
C’est le concept majeur mais, comme toujours, il faut le dégager
de sa gangue.
En voici une première lecture :
Par la "médiation intégrale" des différents
plans de l’expérience humaine, c’est le Sens qui se trouve
véhiculé, transmis, partagé. L’engagement
commun en est l’effet et cet engagement se trouve traduit en
actions, réalisations, progressions, activités,
entreprises, projets, développements, accomplissements...
La communication en est comme une préfiguration, elle
en porte les virtualités parce qu’elle en porte le Sens
afin qu’il s’actualise.
La communication est virtuelle par essence dans la mesure où
elle propose et se propose de tels effets et dans la mesure où
ces virtualités sont toutes concentrées dans le
Sens qu’elle médiatise.
Alors la communication est vecteur virtuel de valeurs, Sens et
vertus engageant les hommes dans leur devenir.
Alors toute communication doit être considérée
comme virtuelle même lorsqu’elle dispose de médiations
pauvres, par exemple réduites aux représentations,
fussent-elles images.
Alors, toute communication virtuelle s’enrichit d’une médiation
intégrale en considérant toujours l’intégralité
de la situation comme communicante. Même avec un discours
abstrait, les conditions factuelles et affectives de la situation
peuvent concourir à la médiation du Sens.
La cohérence en est bien sûr une condition. Il est
clair qu’une médiation intégrale dont les différents
plans véhiculerait des Sens divergents, aurait des effets
morcelants, cacophoniques et, au bout du compte, passivants et
destructeurs. C’est trop souvent le cas lorsque la focalisation
sur les média occulte la question du Sens et obère
toute maîtrise des virtualités de la communication.
De là une certaine vanité qui traduit l’ignorance
et l’absence totale de maîtrise du phénomène
humain de la communication et de ses enjeux. C’est aussi, il
est vrai, une question de civilisation, une question de maturité
humaine.
Après l’âge de la Raison, vient l’âge du Sens.
En chaque chose, il s’agit maintenant de discerner le Sens, de
choisir le Sens (le meilleur) et de s’engager ensemble dans le
Sens choisi. Tels sont les grands principes à l’âge
du Sens dans lequel nous entrons.
Les critères de l’action y sont :
Pertinence, c’est la question du juste Sens
Cohérence, c’est la question de l’unité
de Sens des moyens et médiations,
Performance, c’est la question de l’efficacité
relative au Sens engagé, c’est-à-dire selon une
certaine rationalité (ratio).
La clé, c’est le Sens. L’action est toute entière
conditionnée par la médiation du Sens. L’action
humaine est alors communication virtuelle.
Tout un nouveau champ de connaissances et de pratiques doit être
alors ouvert répondant par exemple aux questions suivantes
:
Qu’est-ce que le Sens ?
Que sont les Sens pour l’homme ?
Comment se discernent et s’élucident les Sens des choses,
des situations, des projets et de toutes les affaires humaines
?
Quels Sens choisir, selon quels critères du Bien humain
?
Comment avancer dans le Sens choisi et le faire partager ?
La théorie des Cohérences Humaines répond
à toutes ces questions et bien d’autres où puiser
concepts, éclairages, méthodes, pratiques pour
l’âge du Sens annoncé et pour la communication virtuelle,
si importante alors.
Partout le Sens se révèle
l’essentiel, en politique, en économie, comme lien social,
dans l’art, les cultures, la connaissance, l’éthique et
l’action. Le religieux, le spirituel annoncés par Malraux
comme devant prendre grande importance au 21 siècle sont
aussi questions de Sens. Par le Sens, l’homme relie l’essentiel
et le quotidien, le personnel et le culturel, l’individuel et
le collectif, la pensée et l’action, le passé et
le futur, le court terme et le long terme. Alors tous les enjeux
sont des enjeux de Sens et les affaires humaines en sont le théâtre
et le support.
La communication virtuelle, médiatrice intégrale
du Sens y prend la place de l’action humaine, réalisatrice
et révélatrice. Si ce sont les horizons philosophiques,
spirituels, existentiels qui sont là en question, ils
sont, à l’âge du Sens, en jeu dans le devenir de
chaque communauté humaine et de chaque personne dans la
communauté. Ils ne le sont pas autrement qu’au travers
des affaires de la cité et celles des individus. La communication
y trouve alors sa vocation pleinement humaine, celle d’être
virtuelle, traductrice des intentions humaines et, par leurs
Sens, de leurs vertus et virtualités.
L’étymologie du terme de virtuel y déploie toute
sa puissance, à l’encontre d’une interprétation
par trop superficielle qui n’y verrait que le jeu des artifices
et que machination technologique aux fins suspectes.
Si la communication virtuelle peut aussi servir les pires fins
humains rien ne permet d’échapper à la question
du "meilleur Sens" dès lors que l’on a consenti
à considérer l’essentiel au-delà des apparences
médiatrices.
Il reste à mieux connaître ce qu’est la communication
virtuelle au seuil de cette mutation dont l’Histoire n’est d’ailleurs
pas sans traces à retrouver.
II - QUELQUES VERTUS DE LA COMMUNICATION VIRTUELLE
Elle est le "vecteur virtuel" de valeurs, Sens
et vertus à partager
En cela elle est l’action même lorsque celle-ci vise au
mouvement d’ensemble d’une communauté vers ses meilleurs
enjeux. Communauté de travail dans une entreprise, communauté
de développement d’une région, communauté
éducative à l’école ou dans la cité,
etc.
Elle constitue et cultive le lien social
Comme le montre la théorie des Cohérences Humaines,
le lien social est Sens (Con-Sensus). La communication virtuelle
est donc une façon de nouer ce lien et de l’exprimer.
C’est l’instrument majeur de l’intégration et de la culture.
Elle sollicite le Sens des autres pour favoriser un engagement
dans un Sens partagé.
Voilà une autre manière de souligner la vertu unifiante
et pacifiante de la communication virtuelle dans la mesure où
elle mobilise plus dans un engagement commun que dans un face
à face duel qui hésite entre conflit et séduction
ou bien dans une abstraction commune qui nie originalité,
différence et au bout du compte l’essentialité
humaine des enjeux collectifs.
Elle met en scène des "stratégies
existentielles" et pour cela engage les personnes
et les groupes sur le terrain de leurs modes d’existence au travers
des modalités mêmes de cette existence, en situation.
L’artifice y est art de faire et non acte ex-centrique.
Elle utilise la "médiation intégrale"
de l’expérience.
Par cela, elle touche tout l’homme et ne le réduit pas
à l’une ou l’autre de ses dimensions ou encore ne le clive
pas en séparant par exemple affectivité et rationalité,
ou bien imaginaire et faits. En cela, elle est intégratrice
pour les personnes.
Elle est génératrice d’engagement, de changement
ou d’évolution collectifs.
Dès lors la communication virtuelle retrouve les finalités
les plus essentielles et devient le vecteur qui les sert au mieux.
C’est le moyen privilégié de l’action dans le contexte
collectif où, travaillant sur l’essentiel, elle en assume
les exigences.
Elle généralise la pratique des homologies jusqu’à
reconnaître le caractère de "réalité
virtuelle" des réalisations humaines.
Par là, elle transforme notre rapport à la réalité
pour nous en rendre plus responsable et favoriser ainsi la maîtrise
de l’existence individuelle et collective. Le concept d’homologie
peut être compris en première approche comme le
"message" en tant qu’il porte le Sens même de
ce qu’il provoque ou de ce qui le provoque. C’est par homologie
que le message est porteur de Sens. C’est là tout l’enjeu
de la communication virtuelle. La gestion des réalités
virtuelles, alors posée, inscrit toute réalité
dans l’ordre de la communication virtuelle, il faudra l’aborder
un peu plus loin.
Elle intègre et relativise l’ensemble des moyens traditionnels
et modernes de communication
Depuis les rituels, liturgies, chants, palabres, transmissions
orales, tout l’art de la rhétorique, du discours jusqu’au
livre et aux moyens électroniques en pleine expansion,
rien n’est exclu par la communication virtuelle. Au contraire,
tout concoure à construire "les situations communicantes"
rassemblant les connaissances et les apports spécifiques
des uns et des autres. Cette vertu intégrative les relativise
tous à cette fin commune où ils jouent pleinement
leur rôle de moyens. Cela peut déboucher aussi bien
sur plus de complexité ou plus de simplicité, le
critère d’évaluation étant la "médiation
intégrale".
III - LA MEDIATION INTEGRALE, UN PROGRES DANS LA MAITRISE
DES MEDIATIONS
Cette analyse s’appuie sur la théorie de l’évolution
établie dans le cadre de la théorie des Cohérences
Humaines. Elle montre que chaque plan de l’existence est successivement
vécu et relativement maîtrisé pour avancer
dans une intégration progressive de l’expérience
existentielle. Celle-ci est corrélative d’un accomplissement
dans le Sens propre aux vocations spécifiques des hommes
ou de leurs communautés ou institutions. Chaque plan est
donc une phase où se cultive un type de maîtrise
nouveau mais où des "dérapages" peuvent
voir le jour.
1 - Phase archaïque
Le médium du Sens est l’affect et c’est par les sentiments
que la communication s’établit, c’est le stade de la
communication émotionnelle. L’effet réactionnel
qu’elle provoque entraîne un risque de passivité
et d’aliénation, paradoxalement anesthésiant alors
qu’elle est aussi un puissant ressort mobilisateur. Encore faut-il
la considérer comme un moyen et pas comme une fin. Tout
le problème à ce stade est la difficulté
de discernement du Sens là où c’est surtout la
confusion qui risque de régner.
2 - Phase objective
Le médium du Sens est le fait. C’est par les actes habituels
et par le répétitif des rituels que la communication
s’établit, factuellement. C’est le stade de la
communication événementielle contrôlée
par l’organisation objective des comportements collectifs. L’effet
comportemental d’une communication événementielle
mal comprise entraîne un risque d’agitation au lieu d’un
effet de discipline éducatrice. Lorsque l’ordre des fins
et des moyens est clairement différencié alors
la communication événementielle permet d’intégrer
la dimension émotionnelle en l’investissant dans des comportements
objectivement utiles. Elle peut aussi être détournée
et se donner alors comme fin l’effet émotionnel (plaisir,
angoisse, crainte, haine, emballements, etc...).
3 - Phase rationnelle
Le médium du Sens est alors la représentation mentale
par le biais des langages discursifs maîtrisés par
la Raison et dans lesquels s’insère l’image lorsqu’elle
a acquis la souplesse de production suffisante notamment avec
les techniques électroniques. La communication
est alors référentielle et
son effet est identificatoire tant en ce qui
concerne les individus que l’ordre social et la réalité
environnante. Toutes les productions intellectuelles trouvent
à s’y projeter pour être alors partagées.
L’espace des représentations est devenu le champ avancé
de notre civilisation sous le régime de la Raison, jusqu’à
l’arrivée de cette crise des représentations que
nous vivons maintenant. Cette crise montre d’une part que l’évolution
ne s’achève pas là et d’autre part que cette avancée
n’empêche pas tous les égarements et, en particulier,
un usage régressif des représentations. C’est ce
que nous avons évoqué au début avec l’image.
Déjà en butte à une idéologisation,
une abstraction qui coupe les représentations des faits,
la communication référentielle s’abîme dans
les vanités lorsqu’elle perd ses références
au lieu de les dépasser.
4 - Phase majeure
Le Sens est médiatisé par les relations humaines
en situation. C’est là que les trois plans précédents
se trouvent intégrés dans une communication
virtuelle dont l’effet est d’engagement
. A l’âge du Sens, la "situation communiquante"
est médiatrice du Sens, visant au ConSensus, produisant
d’autres situations à leur tour médiatrices de
Sens. La responsabilité et l’enjeu de la communication
portent sur le Sens, pour un engagement essentiel, par une participation
existentielle. Il est alors tout à fait possible, dans
une situation de communication, de privilégier l’un ou
l’autre des plans précédents à condition
de ne pas l’isoler. Il est possible ainsi d’enrichir toute l’expérience
de la communication avec les concepts de communication virtuelle
et de médiation intégrale. Alors toute la capitalisation
d’expériences, de pratiques et de ressources d’images
et de textes vont trouver là une nouvelle valeur.
IV - APPLICATIONS DE LA COMMUNICATION VITUELLE
Il y a là une explosion du champ de la communication.
Tout ce qui engage l’homme vis-à-vis de lui même,
vis-à-vis des autres, et ce qui engage les communautés
humaines relève d’un moyen d’action : la communication
virtuelle.
Il ne s’agit plus alors d’opérations de communication
accompagnant ou soutenant l’action mais de communication virtuelle
comme moyen d’action.
Prenons quelques exemples forts :
Le politique. L’essentiel du rôle et de
l’action des hommes politiques se justifie par l’engagement de
la communauté dans le meilleur Sens. Le jeu démocratique,
les affaires du développement, les politiques publiques,
l’action sur les problèmes de société, la
politique étrangère... relèvent tous de
la communication virtuelle. Celle-ci emprunte les scènes
institutionnelles mais d’autres scènes sont possibles
notamment dans l’action "macro-pédagogique"
à l’échelle de toute une communauté.
Les dirigeants. A l’âge du Sens ils ont
un rôle responsable : donner le Sens. Il faut du discernement
et de la détermination pour choisir et tenir le meilleur
Sens. Mais ensuite la communication virtuelle est indispensable
pour le faire partager et engager la communauté dans ce
Sens. Cela correspond tout à fait à la définition
de ses enjeux, non pas l’effet, non pas la représentation,
mais l’engagement collectif.
Le management . La plupart des artifices du management
relèvent de la communication virtuelle au travers de moments
ou de scènes signifiantes. Une simple réunion de
travail relève de la communication virtuelle eu égard
à ses fins. Simulations financières, états
comptables, procédures formelles, management de projets,
changements, formation, recrutement, relèvent de la communication
virtuelle.
Les institutions, par les dispositions qu’elles prennent, font
de la communication virtuelle. Les médias font de la communication
virtuelle, les entreprises, les églises, les associations,
les écoles font de la communication virtuelle. En fait,
nous faisons tous de la communication virtuelle sans le savoir.
Mais le savoir change tout, non seulement pour comprendre et
interpréter les communications virtuelles qui nous sollicitent
de partout mais aussi pour apprendre à les maîtriser.
Il y a là un enjeu de recherche fondamentale et de recherche
appliquée considérable et ce dans les domaines
et les métiers existants mais aussi ceux qui vont se révéler
à l’avenir autour des compétences nécessaires.
V - METHODOLOGIE DE LA COMMUNICATION VIRTUELLE
Il s’agit là, bien sur, de quelques aperçus pour
montrer les conditions de maîtrise de la communication
virtuelle.
Il y a trois types de conditions qui doivent être successivement
assurées :
Les conditions de pertinence
Les conditions de cohérence
Les conditions de performance.
L’évaluation de la communication virtuelle vient en définitive
pour en apprécier et mesurer l’efficience selon ces trois
mêmes critères.
1 - Les conditions de pertinence
Elles visent à ce que le juste Sens soit véhiculé
par la communication. C’est ce qui en détermine les vertus
à partir des potentialités humaines mobilisées.
Toute erreur de Sens fait défaillir les communications
d’où les deux étapes méthodologiques :
La centration pour répondre aux questions
: qui communique à qui, à propos de quoi, pourquoi
?
L’élucidation, après la centration
un travail de discernement est nécessaire pour repérer
le meilleur Sens possible celui qui sous-tend l’intention initiale,
celui qui est recevable par les destinataires, celui du projet
et des enjeux de communication. Cela doit être un seul
et même Sens.
Toutes sortes de moyens nouveaux sont fournis pour cela par la
théorie des Cohérences Humaines (analyses cohérencielles,
analyses figuratives, analyses de cohérences, cartes de
cohérences, etc...).
Les conditions de pertinence sont d’autant plus appréciables
que l’on imagine leurs défaillance. Contre Sens, malentendus,
incompréhensions, oppositions, insignifiances, ambiguïtés
et enfin perte de Sens, inquiétudes, conflits...
2 - Les conditions de cohérence
La décision de Sens
La première condition est d’assurer l’unité de
Sens. Il s’agit donc de l’acte d’autorité et de responsabilité
décisive qui consiste à donner le Sens. Après
toutes les investigations et les ajustements nécessaires
vient un temps où le Sens doit être fixé.
C’est un acte humain qui suppose une certaine liberté,
une certaine maîtrise, une certaine maturité. Il
y a alors a en incarner le repère, c’est le rôle
dirigeant par excellence.
La conception stratégique
La seconde condition de cohérence consiste en ce que toutes
les modalités de la communication virtuelle aillent dans
le même Sens. Cette unité de Sens doit se retrouver
entre les différents plans de la médiation intégrale
mais aussi entre les différentes parties qui composent
chacun. Le médium et le message bien sur mais aussi le
moment, les langages, la structure des rôles, les moyens
matériels, le contexte, etc... Tout cela doit être
cohérent. Tous ces aspects sont homologues (même
Sens). Le moyen d’assumer cette cohérence est de concevoir
globalement la stratégie de communication virtuelle. Il
s’agit d’une stratégie situationnelle que l’on peut élaborer
à partir du Sens choisi et des conditions du contexte.
La pratique de la créativité générative
est pour cela d’un grand secours en permettant d’éviter
des juxtapositions, hasardeuses sur le plan du Sens, et de mettre
en péril la pertinence de la communication.
3 - Les conditions de performance
Elles sont bien mieux connues. Il y a d’abord la programmation
pour assurer le développement des moyens dans le temps.
L’orchestration ou maîtrise d’oeuvre est indispensable
pour assurer la performance de montages complexes dont les articulations
sont porteuses de Sens aussi bien que les contenus.
La réalisation
C’est la conduite d’un processus évolutif qui fait appel
à diverses spécialités. C’est là
que les techniques et les compétences associées
trouvent leur utilité véritable. Il est évident
que ces conditions de performance dépendent des précédentes.
C’est là qu’est la nouveauté radicale dans la pratique
de la communication virtuelle qui permet de viser des enjeux
plus ambitieux, plus subtils, plus profonds et plus durables.
L’évaluation et le contrôle de pertinence, de cohérence
et de performance sont les moyens, non seulement d’assurer l’efficience,
mais aussi de progresser dans la maîtrise de la communication
virtuelle.
VI - CONCLUSION : LE TEMPS DES REALITES VIRTUELLES
La prolifération des images, le jeu des apparences, les
dérives des représentations laissent planer un
doute quant au statut de la réalité. Y aurait-il
une réalité véritable et un semblant, faux
évidemment, entre une fiction réalisée et
une réalité fantasmée. Cette ambiguïté
repose sur le même socle que celui qui définit la
vérité d’un discours, d’une image, d’une représentation,
par son identité formelle avec la réalité
concrète, donnée comme critère de certitude.
Or l’épistémologie montre comment nos représentations
interviennent dans l’appréhension même de cette
réalité concrète. Pour la théorie
des Cohérences Humaines, elles constituent elles-mêmes
un des plans de la réalité.
Par ailleurs, l’âge du Sens renvoie le critère de
vérité du côté de la justesse du Sens
et non pas de l’identité formelle qui, en la matière,
ne prouve rien quant à la vérité.
Ces considérations amènent à se saisir du
faux dilemme virtuel-réel d’une façon inattendue
évacuant du même coup divers jeux pervers dont nous
abreuvent les expériences dites de réalités
virtuelles comme si elles nous exonéraient de notre responsabilité
de Sens, comme si elles nous libéraient d’une réalité
contraignante.
La réalité est acte humain de réalisation
des Sens, notamment par les sens mais aussi sous le mode des
affects, de la raison, des images. La réalité réalise
et révèle le Sens humain qui y est investi, c’est
en cela qu’elle est virtuelle.
La communication virtuelle intervient dans le champ des réalités
virtuelles qui sont les nôtres parce qu’elles sont humaines
et parce qu’elles sont le terrain et le théâtre
même de nos existences, de nos projets, de notre devenir
et de nos accomplissements. Elle y joue le rôle de partage
du Sens (Con-Sensus) qui n’est rien d’autres que la source de
toute réalisation. La communication virtuelle réalise
et transforme les réalités humaines. Elle est parole
en acte.
Considérons cela au travers d’une entreprise. Celle-ci
est une réalité virtuelle qui ne vaut et n’existe
que par le Sens humain qui s’y actualise. L’entreprise se constitue
et se développe par l’oeuvre de communication virtuelle
qui rassemble et engage la communauté de travail. Elle
est aussi acte de communication virtuelle dans la mesure où
elle agit sur le monde, ne serait-ce que pour servir la communauté
ce qui suppose d’être vecteur de Sens, par le biais de
ses produits par exemple, les fameux "biens et services"
produits.
Toute institution politique, religieuse, associative, éducative
est une réalité virtuelle réalisée
par communication virtuelle et devenue, à sont tour, acte
de communication virtuelle.
Il en est jusque aux situations existentielles que nous vivons.
La famille, l’habitation, nos activités et même
nos connaissances sont des réalités virtuelles,
c’est-à-dire vouée aux fins humaines (Sens). Elles
sont l’oeuvre d’une communication virtuelle, ne serait-ce que
par le travail culturel de consensus qui les réalise,
et, enfin, acte de communication virtuelle dans la mesure où
elles servent les fins humaines.
Cet aperçu est, bien sûr, d’un tout autre ordre,
d’un tout autre enjeu que les extrapolations prospectives d’un
âge des représentations qui déjà valorisaient
la communication. L’âge du Sens est le fruit d’une mutation,
révolution copernicienne largement engagée.
Si cela dessine un monde entièrement à bâtir
au troisième millénaire, s’en trouve aussi éclairée
une actualité où ce changement est déjà
à l’oeuvre.
Le temps des réalités virtuelles n’est pas pour
demain. La communication virtuelle est celle du temps présent.
Si elle préfigure un nouvel âge de l’humanité,
elle est déjà engagée dans la trivialité
des affaires humaines et offre de formidables alternatives dans
l’actualité aux impasses de nos images et représentations
défaillantes.

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