Prospective : le tourisme principal moteur du développement

Les cahiers de prospective humaine
dimanche 12 février 2006
par  Roger Nifle
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Nous entrons dans une nouvelle ère où les territoires vont se réapproprier leur identité et leurs valeurs humaines. Se reconnaissant comme des communautés de projet et de développement, celui-ci prend un autre Sens, celui d’un "empowerment" communautaire, c’est à dire d’une capacité de plus en plus grande d’assumer son destin individuel et collectif. Pour cela, l’établissement de relations suivies avec des publics et des acteurs extérieurs concernés par les valeurs propres de la communauté territoriale, est une des principales sources de richesse et de dynamisme. C’est très exactement la nouvelle conception du tourisme à développer, le "tourisme des valeurs", avec l’extension de la communauté territorialisée à une communauté virtuelle étendue des "clients" et visiteurs familiers.

1 - PROSPECTIVE HUMAINE D’UNE MUTATION

La prospective humaine s’attache à discerner, à comprendre et à accompagner les mutations qui touchent aux dynamiques humaines.

Au cours du dernier siècle, la gestion matérielle a servi de moteur. L’économique justifiait le politique, se posant comme la clé de l’émancipation des individus, nourrissant en final l’individualisme, la consommation de masse et semblant ainsi vaincre le sentiment communautaire. Les intérêts particuliers matériels ont paru devenir le moteur des activités humaines après l’échec des tentatives collectivistes.

De ce fait les villes et territoires en sont devenus des espaces de gestion et d’agglomération, des activités économiques avec leurs contingences sociales. A l’extrême les “cités industrielles” ou plus récemment les ensembles pavillonnaires associés à des zones d’activités, marquaient la structuration de l’espace habité.

En réalité l’idéal individualiste ce n’était plus l’habitation commune de l’espace mais le détachement et la mobilité. Les vacances et les loisirs ont constitué alors des modes de “distraction” significatifs d’un souci d’évasion, un désinvestissement individualiste des communautés et collectivités assorti d’une “dépense” économique, sorte de soulagement du sujet en déplacement.

Le tourisme a trouvé sa fonction dans les dynamiques humaines, celle de faciliter un “déplacement du sujet”, un décentrage d’avec les communautés de vie traditionnelle pour en arriver à un idéal individuel nomade.

Il faut dire que l’émancipation individuelle historique de carcans collectifs de tous ordres à eu des effets bénéfiques, non seulement sur le plan économique mais aussi sur l’émergence de la “conscience du sujet”. Des idéaux de cet ordre se sont formés et, pour certains “la fin de l’histoire” en est l’aboutissement.

Cependant les territoires sont devenus des “lieux de passage” où sont installés des “individus détachés” et qu’une saine gestion consiste à aménager. Le développement des territoires était un développement principalement économique, s’agissant de gérer des flux migratoires, en fait des déplacements et des logements ainsi que les commodités associées.

Une certaine nostalgie du passé, s’opposait à une gestion rationnelle de l’aménagement de territoire et des voies de communication. N’oublions pas aussi le rôle de l’automobile au siècle dernier (le 20 ème), à la fois symbolique et structurant, véritable moteur d’une économie de l’émancipation individuelle et de l’idéal nomade.

Dans un pays comme le notre, la dépersonnalisation des territoires a été parachevées, semble-t-il, par l’aménagement urbain, le tourisme de passage, l’aménagement du territoire, la gestion rationalisée des espaces, un développement économique de moins en moins localisé et qu’il faut capter dans des zones appropriées, un marketing de séduction pour attirer le consommateur.

L’idéal individualiste s’est construit plus sur un détachement, une désaffection communautaire que sur un véritable projet de vie collective. Dès lors, le projet politique se cherche en vain, à toutes les échelles... mais il se cherche.

Voilà le contexte et le signe de la mutation, un véritable renversement s’amorce. Est ce un effet de régression, de nostalgie du village idéalisé ou un effet de progression vers un monde nouveau, un dépassement.

Comme pour toute mutation les avancées humaines, les enthousiasmes, la créativité, l’innovation bouleversante, auxquels on assiste, génèrent des craintes, des résistances, des rigidités, des régressions aussi. Cependant les obstacles sont plus marqués au niveau des “experts” de la situation antérieure, qu’au niveau des gens eux mêmes.

Ce sont les individus, la société, les communautés qui se constituent, qui portent le changement le plus radical et le plus imparable.

Déphasage des “élites” du monde antérieur, catastrophisme de ceux qui voudraient ne pas perdre leurs prébendes ou établir leur pouvoir sur les fragilités d’un moment, aveuglement des clercs formés à d’autres logiques, ces signes accompagnent l’émergence d’une mutation, d’un renversement de logique, d’un nouveau recentrage, d’une “révolution copernicienne”.

Le contexte ne facilite pas la prospective au moment où il y en a le plus besoin. Quel projet d’avenir sans prospective ? Mais quelle prospective pour une mutation qui n’a plus les mêmes enjeux qu’aux siècles passés ?

Un renversement de perspective, la prospective humaine du développement

Nous sommes à un moment charnière caractérisé par trois types de mouvements :

- La poursuite des tendances antérieures.

D’une certaine façon le succès des logiques que l’on fait souvent remonter à la renaissance, amène un flux d’émergences, de novations qui sont l’accomplissement des logiques anciennes.

Pour le prospectiviste il faut bien discerner ce qui relève de l’actualisation incessante des logiques antérieures et ce qui émerge en rupture avec ces tendances.

C’est le paradoxe de certains types de veille qui, observant les évolutions avec les instruments du passé, ne prédisent que l’exacerbation de ses caractéristiques. “Prospective au rétroviseur”. Le tourisme n’y échappe pas.

Le comptage des flux touristiques que l’on sait par ailleurs pas toujours significatifs des “bénéfices” pour les territoires, reste néanmoins prédominant. 75 millions de touristes en France, première destination. tel est le leurre entretenu. Comptage des individus et comptabilités matérielles ne sont pas significatifs de la mutation.

- Le deuxième type de mouvement ce sont les troubles qui l’accompagnent.

Attentifs à tout ce qui se passe dans le monde, pays émergents, nouvelles technologies, nouvelles menaces, nouveaux comportements, c’est l’adaptation qui est recherchée. "Coller à la demande” prônent certains dans un contexte déboussolé où le Sens de ce qui se produit et se prépare reste aveugle.

Ce n’est pas sans une certaine ivresse du changement, de l’adaptation, accompagnée d’une inquiétude grandissante et d’une perte de maîtrise que ce type de “changements” est appréhendé. “Prospective au lampadaire” dont le champ de conscience, étroit, est incapable de saisir autre chose que ce qui se voit sans en discerner le Sens, ni même ce qui est vraiment significatif. (C’est l’histoire de cet ivrogne qui cherchait les clés qu’il avait perdu sous un lampadaire non parce qu’il les avait perdu là mais parce qu’il y avait de la lumière).

La prospective aujourd’hui doit discerner le Sens derrière les signes et, comme cela, être capable de dire ce qui est significatif et de quoi, tendances antérieurs, troubles de passage, émergence de nouvelles logiques.

C’est le lot de la prospective humaine à double titre :

- D’une part comme pratique de discernement et d’éclairage du Sens de ce qui est engagé.

- D’autre part parce que ce qui est engagé est un recentrage sur l’homme et les communautés humaines. Non plus dans un conflit individus-société, individualisme libéral, socialisme normatif, mais dans une conjugaison de l’autonomie du sujet individuel avec celle de “sujets communautaires”, l’un par l’autre.

Le terme d’"empowerment" des individus, des groupes ou des territoires en est un signe d’émergence. Il vient d’être traduit en France par “autonomisation”.

L’autonomisation des personnes, dégagées de leurs “contre dépendances” individualistes, souvent un peu adolescentes, va avec la constitution de “communautés” de devenir, communautés de projets, communautés de Sens, communautés virtuelles.

Le “vivre ensemble” s’oriente vers un “devenir ensemble”, acte d’autonomisation individuelle et collective, personnelle et communautaire, l’un par l’autre.

L’autonomie responsable est le fait d’une autre maturité celle d’une “maturescence”, moment d’évolution humaine que notre monde va avoir à découvrir de plus en plus. Les structures démographiques, l’allongement de la vie découvre des horizons de devenir, individuels et collectifs, bien plus avancés que les idéaux des “lumières” ne l’avaient rêvé.

C’est pour cela que les idéaux du passé s’avèrent étonnamment dépassés. Après avoir joué leur rôle émancipateur, ils peuvent jouer un rôle d’obstacle à l’évolution humaine. Un très grand problème pour la prospective humaine.

Cependant si l’émergence du “sujet” individuel doit beaucoup aux logiques antérieures, c’est l’émergence du “sujet communautaire” qui est la grande affaire des temps à venir.

Si nous observons avec le discernement de la prospective humaine ce qui s’est passé en moins de 10 ans avec Internet et les moyens mobiles de télécommunication, nous découvrons le laboratoire le plus avancé de cette mutation. Les individualités de plus en plus isolées ou solitaires, nomades, matériellement ou “dans leur tête”, ont à leur disposition un moyen de tisser des relations sans précédent dans l’histoire de l’humanité. La clé de cette mutation c’est la relation, la réappropriation des relations humaines, c’est-à-dire ce qui fait la trame de toutes communautés, de vie, de travail, d’affinités de tous ordres.

A ceux qui voudrait comprendre ce qui se passe d’essentiel, il faudra étudier ce qu’il en est des “communautés virtuelles” dont mêmes les villes et territoires ne vont plus pouvoir ignorer l’existence alors que c’est le lieu de leur propre avenir qui s’y joue.

Mais là où les prospectivistes sont souvent le plus aveugle (prospective au rétroviseur et prospective au lampadaire) le “mouvement du monde” porté par les gens dépasse les analyses.

PROSPECTIVE HUMAINE DU DÉVELOPPEMENT DES COMMUNAUTÉS TERRITORIALES.

L’idée maîtresse c’est l’empowerment, l’autonomisation des communautés territoriales. Il va déterminer la nature de leur développement à l’avenir et le rôle spécifique de promotion que le tourisme va jouer, le tourisme des valeurs.

Il faut, pour comprendre cela, approfondir trois choses :

- L’autonomisation des communautés territoriales.

- Le développement d’une communauté territoriale et ses différents volets.

- Le tourisme des valeurs et les facteurs contributifs au développement.

L’autonomisation des communautés territoriales

On en était venu, avec le terme de territoire, à oublier les communautés qui les habitent. Communes, communautés de communes, communautés d’agglomération ou urbaines devraient le rappeler si ce n’était pas le caractère administratif et matériel qui avait prédominé. Il y a aussi les départements, les régions, l’Europe. Il y a les pays, les cantons, les inter régions, les nations.

La prospective humaine n’a pas de mal à constater que cette complication est devenue ingérable, à toutes les échelles. Partout les mouvements de décentralisation, d’autonomisation locale avec les principes de subsidiarité, tendent à redonner aux communautés territoriales la charge de leur destin. Il leur est suggéré de devenir des communautés de projet. On en voit bien la carence à toutes les échelles. Un projet ? Quel projet ? Comment le projet des uns va-t-il s’articuler avec le projet des autres pour former des ensembles de plus en plus vastes et complexes.

Dans la logique antérieure on cherche vainement des modèles, des procédures, des directives, on découpe en domaines de compétences en se demandant comment les répartir, incapables d’arriver même à une élaboration partagée. On parle d’autant plus de concertation démocratique, de gouvernance que l’on ne sait pas gérer les dynamiques humaines et les questions que cette logique d’autonomisation et de projet des communautés territoriales exige de comprendre.

C’était tellement plus facile du temps de la “tutelle” où il y avait les aménageurs, majeurs sans doute et les mineurs, les autres.

S’il est vrai néanmoins que la mutation en question est mondiale chaque pays et le notre aussi, ont à la vivre en fonction de leur héritage, le meilleur plutôt que le pire.

En fait chaque communauté en voie d’autonomisation se trouve à devoir tenir sa place dans le monde, de petites communes ont une place de rayonnement mondial d’autres plus modestes, legs de l’histoire, talents de ses habitants et leurs représentants.

Elle se trouve aussi à devoir participer à des communautés de communautés par voisinage géographique mais pas uniquement, des réseaux, “d’affinités” se tissent entre les communautés territoriales de toutes les échelles et même des “communautés de projet”.

Elle se trouve à abriter des personnes et des groupes, communautés de communautés eux-mêmes en rapport avec d’autres lieux, d’autres territoires.

Elle se trouve à assurer des relations avec des personnes, des acteurs, des groupes en relation avec ses propres habitants et tissent alors une communauté élargie dont le dynamisme dépend de ces relations. On verra que le tourisme des valeurs a un rôle majeur à ce niveau.

La communauté en voie d’autonomisation a charge d’une dynamique humaine communautaire de développement.

Pour cela, elle doit savoir qui elle est, d’où elle vient, ce qu’elle veut devenir. L’identité prospective est donc une question vitale. Son positionnement, sa vocation, l’étendue de son champ de relations, le dynamisme de cette “communauté virtuelle” sont des facteurs incontournables de l’autonomisation communautaire.

La prospective humaine éclaire ce type de combinaisons. Formation de communauté de personnes, de communautés de communautés, de communautés virtuelles étendues, de réseaux de communautés, etc.

Il est vrai que sur le plan conceptuel il faut faire appel à des notions avancées qu’explorent les sciences de la complexité mais bien peu en ce qui concerne les phénomènes humains malgré tout.

Une communauté territoriale en voie d’autonomisation doit savoir qui elle est, ou elle va, dans quel monde, associée avec quelles autres communautés, avec quelle gouvernance, quelle concertation démocratique, avec quelle vocation, quelles valeurs propres, quels potentiels, quel rayonnement, quel projet.

Il faut affiner ici, à l’encontre des modèles intellectuels, des logiques et rationalités qui ont prédominé (rapports d’opposition individus société) que ce sont les personnes en voie d’autonomisation qui forment des communautés en voie d’autonomisation et réciproquement. L’autonomie (relative) est la règle et la condition pour former des “communautés de projet” responsables de leur avenir. Bien sûr, cette autonomie est plus un horizon qu’un état préalable.

De ce fait c’est le développement qui n’a d’autre enjeu que l’autonomisation des personnes et des groupes formant ainsi des communautés de plus en plus majeures.

Ce sont ces phénomènes que l’Humanisme Méthodologique met en évidence et que la prospective humaine éclaire comme étant l’enjeu majeur de la gigantesque mutation de notre époque qui concerne le monde mai aussi le monde de chacune de nos communautés territoriales.

On voit bien que cet enjeu dépasse le souci d’émancipation individuelle dans une société bien encadrée pour accéder à l’autonomisation collective.

Le développement des communautés territoriales.

Il devient progressivement audible que le développement doit être “durable” mais aussi approprié à la culture propre et aux conditions de la collectivité et par les habitants et les acteurs concernés.

Cependant il reste bien des obstacles.

- Concevoir le développement comme un simple “aménagement du territoire”.

- Concevoir le développement durable comme un “anti développement” ou un mot-d’ordre planétaire vide de contenu local approprié.

- Concevoir le développement selon un modèle économique en voie de dépassement (créer des zones d’activités).

- Concevoir le développement comme une série d’investissements publics répondant surtout aux opportunités de financement.

- Concevoir le développement en toute méconnaissance des communautés territoriales, leur identité, leur histoire, leur ambition, leurs potentiels...

Il est vrai que cette méconnaissance est aujourd’hui abyssale. Une certaine carence conceptuelle et opérationnelle des sciences humaines n’y est peut être pas pour rien.

C’est donc avec les apports théoriques et pratiques de l’Humanisme Méthodologique, véritable “sociologie des profondeurs”, que l’on peut éclairer les perspectives qu’ouvrent la mutation et les émergences de prospective humaine.

Pour dresser un tableau rapide du développement on va passer par quatre questions :

Le développement de qui ?

Pas de développement, pas de projet sans “sujet communautaire”. Il y a donc à identifier, constituer, renforcer la communauté territoriale concernée.

Un travail sur l’identité communautaire et la conscience collective est toujours nécessaire.

L’analyse de cohérences culturelles en est un moyen qui répond aux exigences de performances, de rapidité et de profondeur des ancrages.

Elle va permettre d’articuler dans un référentiel idenditaire :

- la dimension rétrospective, la mémoire et ses traces, signes et expressions. D’où venons nous ?

- la dimension introspective qui éclaire le “caractère”, les qualités et talents “culturels”, ses potentiels d’engagement. C’est le vecteur de toute motivation collective. Qui sommes nous ?

- la dimension prospective qui est la promesse mobilisatrice et attractive correspondant au positionnement du sujet communautaire vis-à-vis du monde actuel, l’expression d’une vocation à accomplir dans les conditions du futur. Qui voulons nous devenir ?

Le développement pourquoi ?

La proposition est de faire de l’empowerment, développement de l’autonomisation collective et des parties prenantes, la finalité du développement.

Se développer c’est “grandir” humainement parlant, en en assumant toutes les conditions matérielles et immatérielles, historiques, économiques, politiques, pédagogiques.

De ce fait, issu de l’héritage, assumé comme ambition et projeté dans le futur, le Sens du bien commun, propre à la communauté territoriale, devient le vecteur de l’ambition, de la volonté et de la détermination collective. Il devient aussi l’axe de cohérence comme la raison d’être du développement.

Le développement de quoi ?

En quoi consiste-t-il ? Le développement est alors progression :

- (1) des capacités locales de subsistance et d’économie, d’organisation et de services, de santé, de sécurité et d’environnement, d’équipements et d’aménagements,

- (2) de maturité, de conscience, d’intelligence et de compétence collective,

- (3) du sentiment communautaire et du tissu des rôles et relations, de gouvernance démocratique, du dynamisme collectif des acteurs, groupes et populations, de l’attractivité et du tissu des relations “extérieures”, partenariats, fréquentations, relations fructueuses avec d’autres, communautés territoriales de tous ordres et toutes distances, des acteurs, publics, partenaires, communautés virtuelles, visiteurs (touristes...) etc.

On voit donc que c’est le premier niveau (1) qui est le plus souvent considéré, de façon très partielle d’ailleurs.

Le second niveau (2) va réclamer un travail sur l’identité collective et son appropriation, sur la formation “tout au long de la vie” et tout ce qui développe connaissances et compétences individuelles (établissements d’enseignement, de formation, universités libres...) et collective (initiatives, associations, concertation, pédagogie publique, apprentissage collectif des affaires communes...).

Le troisième niveau (3) est celui qui correspond aux émergences de la mutation. En terme de prospective et de prospective humaine c’est-à-dire ce qui concerne l’avenir, les projets de développement donc, c’est ce troisième niveau dont il faut faire l’apprentissage sur le plan conceptuel, méthodologique et opérationnel.

Il n’est pas simplement surajouté aux deux autres mais il change tout, tant dans le Sens et la cohérence du développement communautaire que la hiérarchie des priorités, des investissements matériels et immatériels. L’essentiel ce sont les hommes, le devenir de la communauté, tout le reste participe à ce développement et se trouve transformé dès que l’on en assume les potentiels, l’originalité et la réalité historique et actuelle.

Le développement comment ?

Il y a maintenant une logique méthodologique d’élaboration de projet et de développement :

- D’abord identifier la communauté et consolider son identité et son appropriation collective,

- Ensuite déterminer une ambition sur la base du Sens du bien commun et projetée dans le futur et dans le monde qui vient. Assurer aussi l’appropriation collective de l’ambition (positionnement, scénario du futur, promesses).

- Concevoir les voies et moyens de développement, de façon concertée, à partir de ce qui précède et tenant compte de l’état de maturation collective actuel et des conditions actuelles et futures.

Les trois plans indiqués doivent être pris en considération à toutes les échelles et dans tous les domaines.

- Enfin concevoir et mettre en place les dispositifs de gouvernance, d’animation, de pilotage, d’évaluation, de dynamisation, de relations (marketing territorial, tourisme...).

C’est sur ce quatrième plan que le tourisme des valeurs va jouer un rôle moteur, un rôle prometteur.

LE TOURISME DES VALEURS PROMOTEUR DE LA COMMUNAUTÉ TERRITORIALE, MOTEUR DE SON DÉVELOPPEMENT

Il s’agit maintenant de dresser un tableau d’une nouvelle conception du tourisme territorial :

- au service du développement d’une communauté territoriale (ou une communauté de communauté)

- en fonction des changements dus à la mutation qu’éclaire la prospective humaine.

Au travers de ce qui précède on aperçoit que cette conception du tourisme correspond à une maturité communautaire plus avancée, à un plus haut niveau d’empowerment.

Le tourisme des valeurs peut être alors considéré, soit comme un volet du développement avec un rôle moteur déterminant, soit il peut être l’occasion de prises de conscience, d’une maturation qui vont induire et soutenir un autre stade développement.

Il faudra approfondir :

- ce que sont ces valeurs et leur appropriation,

- ce qui exprime ces valeurs et les “met en valeur”

- a qui s‘adresse ce “tourisme des valeurs”

- comment développer un tourisme des valeurs.

Ce que sont les valeurs d’un “territoire” et leur appropriation

Notons que pour qu’une communauté territoriale soit identifiée et attractive il faut qu’elle ait une identité et que celle-ci véhicule quelque valeur.

Il le faut pour les “visiteurs” que l’on souhaite attirer et il le faut aussi pour les habitants afin qu’ils se sentent concernés et même mobilisés. Évidemment il importe que ce soient les mêmes valeurs.

Les valeurs sont des indicateurs du Sens du bien commun.

Cela veut dire qu’il y a un consensus à rechercher par le biais de valeurs, portées, on le verra, par toutes sortes de vecteurs. Ce consensus porte sur le “Sens du bien commun” de la communauté, celui qui constitue l’axe de cohérence de son développement et le lieu autour duquel l’unité (complexe) de la communauté territoriale doit être recherché.

Ces “valeurs” se doivent être rétrospectives (mémoire, patrimoine,ressources) introspectives (caractère, qualités, potentiels) et prospective (promesses, projets, ambitions).

Il y a lieu de déterminer ces valeurs pour, d’une part, engager un travail “d’appropriation” par la communauté territoriale et, d’autre part, de communication à l’adresse des cibles concernées par ces valeurs là et ce, par une stratégie résiliaire (réseau).

Ce travail sur la reconnaissance des valeurs permet :

- d’un côté de faire émerger une identité, une conscience collective, un désir de développement, une dynamique communautaire,

- d’un autre côté de permettre l’identification attractive d’une “destination”, reconnaissable et appréciable par ceux qui en sont les amateurs potentiels sur un marché de la différenciation plus que de la banalisation.

L’Humanisme Méthodologique apporte ici une opérationalité et une solidité conceptuelle tout à fait nouvelles de la question des valeurs ainsi que des méthode d’analyse sans équivalents (analyses de cohérence culturelle).

Bien évidemment si tout un “système de valeurs” peut être déployé avec les objectifs ici envisagés, il faut aussi considérer comment ces valeurs s’expriment, se traduisent, se proposent sur le territoire communautaire.

L’expression des valeurs dans une perspective de développement.

On distinguera trois plans :

Le plan matériel des productions, d’une économie, d’un cadre de vie urbaine, environnement, équipements, habitat, sécurité, confort, qualité de service, patrimoine, matériel, bâti, paysager...(1)

Le plan “culturel” des représentations identitaires, de l’image, de l’attractivité, des projets, d’une esthétique, d’une vie intellectuelle et artistique, de structures institutionnelles et tout le “patrimoine culturel”. (2)

Le plan relationnel de l’animation, l’ambiance, l’accueil et la considération, les possibilités de participation, d’implication, les dynamismes, les valeurs symboliques, une vocation, une ambition à partager. (3)

En fait c’est tout le vivre ensemble et ses conditions qui expriment les valeurs, dès lors que le Sens du bien commun est choisi comme axe de développement. Ce sont là les vecteurs des valeurs du territoire, les vecteurs de sa “mise en valeur” et donc de sa communication, son marketing.

Il faut bien prendre conscience que tout ce qui est présenté, géré, développé “dans le Sens du bien commun”, indiqué par les valeurs propres de la communauté territoriale est facteur d’attractivité “touristique”. Mais alors qui sont les “touristes” que le territoire aurait intérêt à attirer.

A qui s’adresse le “tourisme des valeurs” ?

A tous ceux chez qui résonnent ces valeurs là, où ils se “retrouvent”. Pour s’y “retrouver” ils vont fréquenter le territoire et en définitive partager ses valeurs, apporter consensus au Sens du bien commun par le fait même participer et contribuer au développement de la communauté territoriale.

Mais alors la segmentation de cette clientèle doit être aussi riche que les facteurs de mise en valeur et de développement.

Les visiteurs :

- ce sont ceux qui viennent partager, l’économie, le cadre de vie, l’habitation, des services, bénéficier d’équipements et d’une certaine qualité de vie (1),

- ce sont ceux qui viennent s’identifier aux représentations culturelles, aux images, aux échanges intellectuels et à des enseignements. Ce que cela représente pour eux est aussi ce qui les identifie (2),

- ce sont aussi ceux qui viennent partager une ambiance, des moments à vivre, des relations familières, amicales, professionnelles ceux qui viennent s’impliquer et entraîner un certain dynamisme, ceux qui viennent partager une ambition quitte à s’y investir et y prendre quelque responsabilité (3).

Ces visiteurs là, qui sont en relation évidemment avec des habitants, des acteurs de la communauté, sont des particuliers de tous âges ou conditions mais aussi des acteurs, partenaires potentiels, investisseurs, soutiens, facilitateurs.

On est loin de la conception stéréotypé du “touriste” qui cherche une évasion, à consommer des produits standards, stéréotypé ou folklorisés, du tourisme de “vacance” et de loisir, de distraction et aussi de passage. Libre à chacun de réduire son champ d’attractivité à cette cible et s’y banaliser.

Cependant on voit là une extraordinaire extension du champ des "visiteurs” c’est-à-dire de ceux qui pourraient venir “faire un tour” pour s’enrichir de valeurs et d’un mode de vie qui sera de plus en plus, par ailleurs, le véritable moteur du développement.

Tous ces visiteurs sont sans doute déjà là sans qu’on les considère ou même les accueille et sans qu’on perçoivent que les touristes au sens de la définition internationale sont ces “apporteurs de richesses” qui viennent fréquenter le territoire ou plutôt la communauté territoriale porteuse de ces valeurs.

“Pour les déplacements qui comprennent au moins une nuit hors du domicile, on entre dans le domaine du tourisme qui inclut dans sa définition, adoptée par les instances internationales qualifiées, tous les voyages quel qu’en soit le motif, personnel ou professionnel”.

Le tourisme doit cesser de n’être considéré que comme une opportunité d’exploitation mercantile d’une certaine “légèreté” au profit d’une conception centrée sur le concernement d’une clientèle qui enrichit le territoire de multiples façons et, en tout cas, en contribuant à son dynamisme et son développement.

De ce fait aussi la communauté territoriale en vient à s’étendre à la communauté virtuelle de tous ces “clients fidélisés”, particuliers comme acteurs et porteurs de richesses.

Mais poussons la réflexion. Cette communauté virtuelle étendue grâce à Internet, notamment, présente quelques caractéristiques importantes pour les territoires.

- étant en relation suivie sa “fréquentation” se multiplie et son implication aussi tout au long de l’année,

- elle apporte des richesses et un dynamisme qui deviennent une ressource et un atout majeur pour le développement,

- elle est ainsi le meilleur vecteur de promotion du territoire et donc d’attractivité touristique du territoire. (On trouvera là les véritables ambassadeurs du territoire contrairement au contre sens qui veut faire des habitants les ambassadeurs comme s’ils étaient “à l’étranger” sur le terrain touristique de leur territoire).

La multiplicité des vecteurs de valeurs crée, par sa redondance, une intensification du rayonnement de la communauté territoriale aussi loin que la communauté virtuelle pourra porter.

Si on n’oublie pas d’inclure dans cette “communauté virtuelle” non seulement les acteurs et habitants du territoire mais aussi d’autres instances, d’autres acteurs, d’autres communautés même, qui vont des voisines au plus lointaines. C’est une montée en puissance du développement, un “empowerment” considérables qui en sont la perspective.

On comprend à contrario les carences, la pauvreté qui résulte de l’absence d’une telle communauté virtuelle ou du moins les gisements de richesses et de dynamisme laissés en jachère.

Comment alors développer le tourisme des valeurs ?

Sans entrer ici dans une approche méthodologique systématique développée ailleurs, on va pouvoir signaler quelques dispositions singulières, originales, du tourisme des valeurs.

D’abord le diagnostic d’une situation initiale au regard de “critères significatifs”.

- Identifier et évaluer l’état d’une communauté virtuelle de visiteurs qui fréquentent le territoire et la nature de leur implication.

- Identifier aussi des ressources du territoire non mises en valeur.

- Évaluer le niveau de maîtrise par la communauté de son identité et son développement.

Ensuite l’identité culturelle prospective avec sa phase d’analyse en profondeur et toute l’appropriation et la mise en valeur qui s’en suit. Attention à l’empirisme et aux idées reçues. Attention aux “projections” des experts supposés.

Il y a aussi tout un “marketing” de l’offre à mobiliser, offre de valeurs génériques mais au travers d’une multiplicité de vecteurs à l’adresse de “cibles” diversifiées bien au-delà du champ de la “distraction”.

Il y a encore tout un management du tourisme territorial des valeurs qui, bien sur, touche à un plus grand nombre de domaines et d’acteurs mais autour d’un Sens et d’une cohérence forte et légitimée.

Le partage de référentiels de valeurs est un puissant vecteur de cohésion, de dynamisme et de cohérence organisationnelle jusqu’à la possibilité de développer un dispositif de gouvernance que réclament de tels enjeux communautaires.

Un autre aspect du tourisme des valeurs, c’est la possibilité de construire un référentiel de valeurs partagés et donc le référentiel d’évaluation qui manque cruellement habituellement. On conçoit qu’avec la référence au Sens du bien commun et aux valeurs propres la question de l’évaluation prenne un toute autre visage, non seulement pour son opérationalité mais aussi pour son partage par tous les acteurs dans leur domaine. La méthode des référentiels de valeurs partagés (MRVP) appliquée à l’évaluation est un puissant facteur “d’empowerment”, reconnaissant ainsi la véritable nature et la véritable mesure de l’enrichissement qu’apporte le tourisme des valeurs aux territoires.