Commentaires

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vendredi 23 décembre 2005 à 23h54, par  Roger Nifle

Bonsoir Françoise

Content d’avoir de tes nouvelles. Ton témoignage confirme bien tout ce que l’on pressent et qui accompagne une certaine deréliction du discernement dans ce pays. Il n’est pas étonnant que certains corps, certaines institutions qui ont voulu faire fi de l’humanité de l’homme en commençant par sa connaissance soient les premières atteintes. Il est d’ailleurs stupéfiant qu’une institution comme la justice ne soit plus capable de développer une culture sinon une certaine sagesse permettant de réguler au moins ces extravagances en son sein. On peut se demander si un "brevet d’inhumanité" ne fait pas parti des critères de sélection sinon comment comprendre que cette situation qui n’est pas inconnue des candidats magistrats ne mette pas en cause certaines vocations.

Bon courage

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vendredi 23 décembre 2005 à 16h35, par  Françoise Lorrin

Oui, Roger, ton indignation est fondée.
Si certains magistrats exercent leur charge avec beaucoup de conscience, certains se laissent déborder par les "tendances" à la mode. En matière de criminalité sexuelle, par exemple, aucun tribunal n’applique les mêmes peines aux personnes jugées coupables. Le jugement est fondé sur la plus grande subjectivité (des jurés en cour d’assises ce qui était le cas à Outreau), avec un poids considérable de l’avocat géréral qui oriente bien sûr le ton des débats.La France, est, parmi les pays francophones, celui qui se glorifie d’appliquer les plus lourdes peines en ce qui concerne la délinquance sexuelle. Pourquoi se compliquer la vie en cherchant à comprendre et traiter ce problème de fond quand il est si facile d’exclure et de surcharger les prisons en même temps. Rarement le sens d’un acte criminel n’est interrogé si ce n’est par le psychologue expert, lorsqu’il oriente les choses dans ce sens. Parfois, quand on donne du contenu à ces questions,(en tant qu’espert) on nous soupçonne d’avoir été manipulés par le prévenu. Un de mes patients a passé deux ans en prison (préventive) avant d’être jugé. Comme il avait poursuivi sa thérapie pendant cette période,(alors qu’il l’avait engagée auparavant) il m’a demandé de venir en témoigner sans écorner le secret professionnel.
L’avocat général ne m’a pas accordé la possibilité de mentionner qu’une évolution était possible dans le cadre d’une thérapie et qu’une personne pouvait s’affranchir de ses tendances lorsqu’elle en a compris le sens et qu’elle s’est engagée dans une certaine "conversion" qui n’est pas aussi facile que ça à entreprendre. Autrement dit, on nous rabat les oreilles avec les sujets concernant la délinquance sexuelle, mais il n’est pas possible (pas politiquement correct)de faire état de ce qui peut faire avancer, sauf à orienter vers le comportementalisme ou la castration chimique. Il est correct de dire qu’on ne peut rien faire et qu’il faut enfermer les gens. Et pourtant des études sont menées et aboutissent : personne n’en parle car ce n’est pas populaire. Côté victimes, comme il en est question aussi à Outreau, on est dans une pensée de "victimisation nationale" largement entretenue par les médias. Prendre le statut de victime donne un statut à ceux qui en manquent. C’est la tendance à la mode où ne sont pas toujours démasqués les pervers. Justement, le dernier recours pour obtenir quoi que ce soit, est de se déclarer victime. Notamment d’agressions sexuelles. Beaucoup d’hommes sont enfermés ou privés du droit de garde de leurs enfants pour cette raison.
Je ne veux pas sous estimer la souffrance des personnes qui ont subi de telles violences ; mais pour elles aussi il est essentiel qu’elles ne se "statufient" pas en victimes ; victimes, certes mais pas que. Elles restent des personnes susceptibles de mobiliser leurs ressources (internes et externes) et d’intervenir sur le sens qu’a pris leur vie, à un moment donné. A nous, professionnels, mais aussi à chacun d’aider, les uns et les autres (parfois ce sont les mêmes) à s’y disposer et à s’y maintenir.

Psychologue clinicienne /victimo-criminologue psychothérapeute ; expert judiciaire

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