Analyse des Sens et cohérences culturelles ou psychanalyse communautaire

Analogies et limites
jeudi 28 avril 2005
par  Roger Nifle
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Il est arrivé que les analyses de cohérences culturelles soient associées à l’idée d’une psychanalyse de territoire. Il en va de même pour toutes les pratiques d’élucidation de Sens inhérentes aux méthodes de l’Humanisme Méthodologique en particulier pour les communautés humaines, sociétés, entreprises, collectivités, etc. Pour ces dernières c’est d’un travail sur l’inconscient collectif qu’il s’agirait notamment pour tout ce qui va toucher identité, motivations, projections dans l’avenir etc.On pourrait aussi évoquer la sociologie explicative d’un Max Weber pour pointer ce qu’il en est des structures inconscientes d’une société.

Le propos ici consiste surtout à tirer des enseignements de la psychanalyse comme bénéfices de l’analogie mais d’en voir aussi les limites.

1) Cohérences culturelles et inconscient collectif

Les analyses de cohérences culturelles sont le point de départ des projets territoriaux, développement, tourisme des valeurs, identité, attractivité, etc...

Elles sont à vrai dire la base de toutes les applications de l’Humanisme Méthodologique pour des activités collectives en ce qui concerne les communautés humaines.

Ces analyses considèrent que toute communauté humaine dispose d’une sorte d’inconscient collectif à l’origine de ses orientations, ses talents, ses potentiels originaux et aussi ce qui lui donne une identité prometteuse. C’est encore la base des valeurs propres correspondant au Sens du bien commun et le support de tous les développements et des dynamiques humaines.

Qui dit inconscient collectif, dit l’existence de tendances agissantes sans qu’il y en ait une véritable conscience. De même que la conscience collective est plus ou moins développée, de même l’est le discernement des caractères de l’inconscient collectif.

C’est à propos de ce discernement que l’on peut penser à une sorte de psychanalyse communautaire. L’analogie peut avoir un certain intérêt pour comprendre les phénomènes mais présente aussi des limites.

2) Analyse ou psychanalyse

L’analyse de cohérences culturelles est bien une sorte d’introspection concernant une communauté à laquelle on s’identifie pour un temps. Elle procède des témoignages de l’histoire, du présent et des visions de l’avenir.

Analyse de contenu, analyse de Sens, analyse en profondeur, elle vise bien à dégager les Sens habituellement inconscients des réalités communautaires, du “sujet communautaire”.

L’analyse dont le procédé ne fait pas l’objet de cet article, s’appuie notamment sur un travail avec des médiations imaginaires, des associations libres et des structures (gestalt) non sans rapport avec celles du rêve, du moins du rêve éveillé.

Elle va à la rencontre aussi de problématiques humaines qui s’avèrent fondatrices des communautés et entièrement liées à leur histoire. Elles sont faites aussi de contradictions, de tendances opposées, explicatives de tels ou tels comportements collectifs ou de tels ou tels traits de caractères culturels.

L’analogie avec une analyse personnelle s’arrête là. Si le sujet communautaire est analysable, il n’est pas l’auteur de son analyse et les vertus de celle-ci n’ont pas d’effets directs, comme par magie sur la communauté.

3) Transfert et contre transfert

C’est une clé de la psychanalyse. Dans la relation analytique, l’analysant “projette” sur l’analyste des “structures inconscientes”, ce qu’on appelle le transfert. Le contre transfert, naturel, est lui “suspendu” par l’analyste. C’est par sa tenue que l’analyste amène l’analysant comme à se repositionner par rapport aux sources du transfert, à remanier sa position assortie d’un remaniement des représentations, mnésiques ou actuelles. C’est comme cela que l’analyse opére et pas dans un savoir supposé.

Rien de tout cela dans l’analyse de cohérences culturelles ? Pas si sur.

En effet dès qu’un responsable se pose comme représentant la communauté, s’agissant de l’engager dans l’avenir, alors il est amené à lui donner un Sens en rapport avec le Sens que la communauté peut se donner.

L’analyse de cohérence culturelle va être pour lui comme une provocation à un remaniement de son rapport au sujet communautaire en tant que sujet personnel.

On se trouve ainsi confronté à un problème transférentiel tel que l’analyste ou qui en tient lieu, est enjeu de projections, agressions ou séductions notamment. La maîtrise du contre transfert consiste notamment à tenir les termes du contrat comme dans la psychanalyse sauf libre remise en cause. On pourrait reparler de cela en termes de résistances au changement.

La question du transfert pause l’analogie avec la psychanalyse et rend compte de phénomènes rencontrés. La présence du tiers, consultant sous contrat non servile, engage ce type de processus sachant que c’est en réalité sa position qui est agissante plus que les artifices discursifs et méthodologiques manifestes. En effet ce n’est pas la technique qui agit et cela détermine les exigences professionnelles indispensables pour tenir la position agissante. L’expérience de la psychanalyse sait par quels détours cela peut passer.

Il en va bien ici d’un inconscient collectif assumé personnellement par les protagonistes en position de responsabilité assumée.

4) L’appropriation collective

Elle repose d’abord sur la réussite de la prise de position en conscience du ou des responsables de la communauté dans leur champ de responsabilité. Ils ont à exercer celle-ci sur le plan symbolique de façon à ce que la communauté s’approprie progressivement le Sens dans lequel s’engager.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y aurait plus d’inconscient collectif de la communauté mais que certaines tendances peuvent être favorisée plutôt que d’autres.

L’appropriation collective consistera à faire sienne, par différents procédés dont la concertation démocratique, une représentation identificatoire et une mobilisation dans le Sens du bien commun.

Nous ne sommes plus là dans l’analogie psychanalytique qui se refuse à juste titre de s’engager dans les conséquences d’un “repositionnement”. Ce n’est pas le cas de l’exercice d’une responsabilité territoriale, d’une entreprise ou d’une communauté humaine particulière.

5) Le Sens du bien commun et son discernement

On pourrait ramener l’analyse de cohérences culturelles a un travail de discernement du Sens du bien commun nécessaire pour engager projets et stratégies et, bien sur, appropriation. Ce serait oublier qu’un travail sur l’inconscient collectif touche à l’inconscient personnel et par suite aux phénomènes que la psychanalyse (quelque soit son école) met en évidence.

C’est là que l’analogie psychanalytique a toute sa valeur. Par contre elle trouve ses limites justement dans les enjeux qui sont ensuite engagés pour la communauté.

Cependant, le Sens du bien commun d’une communauté peut demander des remaniements collectifs quasi thérapeutiques pour des situations difficiles et, en tout cas, toujours pédagogiques s’agissant d’un Sens qui vise une plus grande maîtrise de son destin par la communauté. C’est ce qu’on appelle l’empowerment communautaire.

voir aussi Analyses de Sens et de Cohérences (culturelles, etc.)


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