Pères et mères

par Aldo NAOURI (Éditions Odile Jacob)
jeudi 10 février 2005
par  Roger Nifle
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Un livre qui ose dire ce que beaucoup ressentent ou alors ne veulent pas savoir.

L’Humanisme Méthodologique offre aussi à ceux qui le souhaitent des soubassements théoriques de première importance sur une question si essentielle.

Il y a dans ce livre une tentative de définir dans quelle structure parentale se situe la construction de la personnalité des enfants ou plutôt comment elle se détruit lorsque père ou mère ne tiennent pas leur rôle.

Il montre comment la relation parentale n’est pas une relation angélique. Les tendances propres sont plutôt meurtrières et seule leur association permet d’échapper à cette sorte d’aliénation psychique de l’enfant dans les “utérus virtuels” dans lesquels ils sont enfermés.

Une longue expérience de pédiatre et thérapeute lui donne une connaissance de réalités que nos sociétés ont peine à avouer car elles démentent la croyance dans l’innocuité de la loi de satisfaction immédiate des désirs.

Il évoque d’ailleurs les insultes pour le moins inciviles que provoque sa remise en question des pulsions dévorantes et prédatrices. (J’ai pu aussi expérimenter combien les questions liées à la spécificité ou la différence des sexes étaient explosives)

Par ailleurs l’auteur construit un récit de l’évolution humaine fondé sur une crise primitive, encore un meurtre du père, fondatrice de l’angoisse de mort et de la notion du temps pour les hommes.

Si ce récit peut paraître discutable les phénomènes qu’il décrit sont véritables et montrent que les affaires humaines dans leur profondeur sont souvent terribles ce que voudrait oublier un angélisme infantilisant démenti tous les jours par l’actualité.

Il faut toute la force de mystification des illusionnismes rationalistes institutionnalisés pour tenter de faire ignorer l’intériorité humaine ou des illusionnismes médiatiques pour “distraire” les hommes de leur vérité assomés de catastrophes, abimés dans la contemplation des plaisirs auxquels ils ont droit.

D’un côté il manque une anthropologie fondamentale permettant de comprendre les sources des phénomènes constatés, de l’autre “l’antihumanisme théorique” revendiqué poursuit son œuvre d’occultation de l’humanité de l’homme.

L’Humanisme Méthodologique offre d’ailleurs un soubassement théorique et conceptuel aux problématiques évoqués par l’auteur.

Si l’Instance de la personne n’est pas sexuée (l’être de chacun), l’existence l’est.

Cette sexuation que l’on veut expliquer par sa fonction est une expression de la structure même de toute expérience humaine.

Elle comporte une dimension intentionnelle “virile” et une dimension attentionnelle “réceptive” en même temps qu’une dimension projective tierce.

il est très intéressant de reconnaître :

- que chaque personne, homme ou femme, est susceptible de tenir n’importe quel rôle dans cette distribution,

- que l’on ne peut nier néanmoins des “tendances”, dont les formes et les combinaisons culturelles sont infinies mais dont les hommes et les femmes s’évertuent quand même à rejouer les rôles.

Seulement il y a une difficulté, l’ensemble du tableau ne peut être véritablement appréhendé en conscience qu’avec une maturité suffisante. En deçà c’est ce que l’auteur appelle la “contention sociale” ou encore la culture communautaire qui restent nécessaires . Elles permettent de tenir des rôles indispensables pour que l’enfant puisse devenir autre, père ou mère à son tour dans une scène ternaire indissociable.

Pour ne pas s’enfermer dans des formes culturelles contingentes, bien souvent utiles pour les raisons évoquées, il faut pouvoir recourir à une ”théorie” anthropologique qui dégage les principes explicatifs derrière les formes relatives.

voir aussi Principes masculins et féminins