"Le religieux après la religion"

Lettre ouverte à Luc Ferry et Marcel Gauchet
lundi 25 octobre 2004
par  Roger Nifle
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En janvier 1999 une discussion a eu lieu au Collège de philosophie sur ce thème entre les deux auteurs du livre ainsi titré qui vient de paraître aux éditions Grasset (Octobre 2004).

Le point de convergence sur la question de l’homme et d’un "absolu" mystérieux en l’homme source de son "autonomie" possible la laisse en suspens. L’Humanisme Méthodologique y répond très précisémment.

Lettre ouverte à Luc FERRY et Marcel GAUCHET

à propos de leur discussion sur “Le religieux après la religion”

Merci pour le risque de la discussion qui dévoile tant la force de la quête que la faiblesse de certains arguments, qui dévoile le Sens de l’humain autonome en vous et la contingence hétéronome du langage et des références.

Vous êtes, semble-t-il, d’accord entre vous sur ce qui suit :

1) Le constat de la fin d’une emprise sociale et politique historique des religions (en Europe de l’Ouest principalement).

2) La mise en question des religions comme affirmation d’une hétéronomie radicale.

3) La mise en question des réductionnismes, depuis les matérialismes jusqu’aux socio-biologismes.

4) L’existence d’une sorte d’”absolu” en l’homme qui fait de son humanité autre chose que d’être de la seule “nature” (des choses).

Vous êtes en désaccord sur le fait que pour aborder cet “absolu” et ses implications le discours religieux puisse offrir des ressources pertinentes comme la “transcendance” dans l’immanence ou les références terminologiques, conceptuelles ou métaphoriques que Luc Ferry emprunte explicitement au christianisme. Marcel Gauchet en réfute la nécessité mais ne propose pas (ou pas encore) d’alternative.

Nous sommes en 1999, l’édition revue et corrigée est d’octobre 2004.

L’un et l’autre insiste sur l’urgence d’une réponse à cette question d’une conception de cet “absolu” (le terme est reconnu comme problématique par les deux).

Cette réponse elle existe, c’est l’Humanisme Méthodologique.

Elle montre bien comment l’homme est capable d’autonomisation de par son humanité même, telle qu’elle lui est donnée et malgré les interdépendances auxquelles les réductionnismes, eux, le réduisent.

En cela c’est une anthropologie humaniste, c’est-à-dire une science de l’homme qui met en évidence les conditions de son autonomie intrinsèque dans un champ de contingences. Elle est humaniste parce qu’elle reconnaît que cette “autonomisation” n’est pas “fatale”, ce qui serait contradictoire, mais une possibilité qui implique une sorte de choix et donne valeur à cette autonomisation.

Notons qu’il est assez commun de penser que l’autonomie du nouveau né est moindre que celle qu’il peut acquérir dans son existence et notamment sa maturité.

L’Humanisme Méthodologique est aussi un éclairage et une pratique qui porte sur tous les domaines de l’expérience humaine et, en particulier, toutes les situations et les affaires humaines où, de ce fait, se joue concrètement la question de son autonomisation.

L’auteur n’est ni un philosophe professionnel, ni un historien, ni un intellectuel au sens d’une appartenance sociale. Par contre il bénéficie de “l’expérience d’être humain” partagée avec tous les autres y compris des philosophes, des historiens, des intellectuels et bien d’autres “éclaireurs”, sinon des réponses du moins des questions.

C’est comme cela qu’une “pensée pour l’action”, née voici plus de 25 ans s’est développée et identifiée à un “humanisme méthodologique”.

Elle s’éprouve dans l’action et se pense dans l’expérience.

Les nombreux domaines de mise en pratique montrent qu’il y a là une certaine fécondité et que celle-ci est le signe de la manifestation de quelque “absolu” d’humanité en l’homme. La puissance et la diversité des éclairages en est un autre signe.

Quelques indications sur l’Humanisme Méthodologique :

- Le Sens (singulier et pluriel), propre de l’homme, constitutif de son humanité, lieu même de la question de la liberté humaine, c’est-à-dire l’autonomie responsable (dont il peut répondre).

- Les ConSensus ou Sens partagés, clés de la relation d’altérité et fondements de toute expérience humaine elle-même théâtre de toute contingence hétéronome (ça dépend des autres) et de toute autonomie (liberté de Sens possible).

- La structure de toute expérience humaine, de toute “réalisation” du monde et pas seulement “des conditions à priori de l’entendement” (structure cohérencielle, trialectique sujet-objet-projet).

- Le discernement des Sens, condition de liberté et de maîtrise d’une certaine autonomie responsable. Le discernement des Sens en est comme la révélation et non pas la production “en avant”. Ce qui est (ou peut être) “en avant”, c’est le développement de l’autonomie responsable.

Quelques commentaires sur les positions tenues.

1) La fin de l’emprise sociale et politique des religions.

Ce qui me semble vrai pour une grande partie de l’Europe et sans doute d’autres régions du monde ne l’est pas pour la majorité des humains. En outre l’emprise sociale et politique de systèmes tout à fait homologues à ce qui est reproché aux religions (mêmes procédés) a connu au 20e siècle un éclatant succès avec les résultats que l’on connaît.

N’y aurait-il pas effectivement là l’expression d’une dimension intrinsèque à l’humanité de l’homme.

L’Humanisme Méthodologique montre qu’il s’agit d’un Sens particulier dit de la “possession” toujours actif avec ou sans religions.

Les religions sont elles réductibles à ce seul aspect d’une “possession” hétéronome ?

Non semble-t-il si on en croit simplement les ressources qu’y trouve Luc Ferry.

Qu’est-ce qui est condamnable ? Les religions ou l’hétéronomie possessive auxquelles elles se sont elles aussi identifiées ?

2) La mise en question des religions comme affirmation d’une hétéronomie radicale

L’hétéronomie est cette affirmation que ce qu’il en est de l’existence humaine est entièrement exo-déterminé.

Nous voyons bien là que ce n’est pas le seul fait de religions mais de tous les “réductionnismes”. Ne pourrait-on pas dire que réductionnisme veut dire ici négation de ce qu’il y a d’autonomie et de liberté en l’homme, ce qu’il y a d’humanité “donnée à elle-même” ?

Alors pourquoi l’attribuer en premier lieu aux religions (hormis pour des raisons historiques sociales et politiques) qui offrent en quelque sorte le choix d’un refus, condamné certes, mais possible alors que les réductionnismes matérialistes, scientistes, etc. en nient jusqu’à la possibilité même. Leur incohérence est patente dès qu’une “position humaine” veut s’affirmer ou se voir dénoncée (contre nature) alors que la possibilité en a été niée.

3) La mise en question des réductionnismes actuels

Comment expliquer le rejet de l’hétéronomie des religions et l’acceptation candide sinon militante de celle des réductionnismes ?

Les premières semblent dire : “si vous désobéissez vous serez puni”, voilà de quoi réagir et rappeler les affres d’une enfance et d’une adolescence aux prises avec une autorité parentale, même soucieuse de “l’autonomisation” de ses enfants.

Les seconds semblent dire “vous n’y êtes pour rien, tout ce qui vous anime est naturel”. Bien sûr ce message ne se tient pas longtemps et notamment dès qu’une “altérité” responsable, une “autorité” autonome vient dire, “je” et prend position sur la crédibilité même du message.

Il y a là aussi une constance, dessiner les règles de la nature des choses et stigmatiser leur transgression, incohérence de tous les réductionnismes.

Les réductionnismes sont en fait des interprétations de l’humanité réduite à l’une ou l’autre des dimensions de son expérience posée elle comme réalité première extrinsèque et négatrice donc de tout “absolu” en l’homme.

L’humanisme Méthodologique en met en évidence des variantes en même temps qu’il montre qu’il s’agit, au fond, de variantes de Sens, qu’il s’agit bien toujours ainsi de postures humaines fondées dans le même “absolu” et donc auto négatrices. La déclaration d’hétéronomie absolue est une auto négation de l’autonomie possible.

Dimensions de l’expérience humaine susceptibles de participer à un réductionnisme (citées ici en désordre)

- dimension subjective, intentionnelle (subjectivisme)

- dimension objective “matérielle", (objectivisme)

- dimension projective rationnelle, (rationalisme)

- dimension affective émotionnelle, (animalisme, emprise du Sens de la possession)

- dimension factuelle comportementale, (matérialisme)

- dimension mentale représentations, (idéalisme)

4) L’existence d’un “absolu” en l’homme

Le terme d’absolu pose un problème parce qu’il ne répond pas au questionnement.

Il semble bien que celui-ci puisse être cerné par, d’une part, ce qui échappe en l’homme à tout déterminisme (fusse-t-il celui de l’aléatoire), à toute hétéronomie ou exo-détermination et, d’autre part, ce qui est le lieu, la source, et en définitive l’enjeu ultime de toute liberté, pensée comme autonomie.

Il est vrai qu’il y a de l’éxo-détermination, de l’hétéronomie en l’homme et aussi de l’endo-détermination, de l’autonomie. (On conviendra facilement que certaines figures de l’endo détermination individuelle liée à la programmation génétique ou aux facéties neuronales ne sont que de l’hétéronomie bien vendue).

Les questions que l’on peut se poser sont celles-là. Ce qui est le lieu de l’autonomisation et ce qui est le lieu de l’hétéronomie sont-ils de même nature ? Si le second s’identifie à la réification de l’expérience humaine collective, le premier doit y échapper, se trouver en deçà ou/et au-delà de l’expérience contingente.

Quel rapport y-a-t-il entre ce qui est lieu d’autonomisation et ce qui est lieu d’hétéronomie ?

L’Humanisme Méthodologique propose ceci.

L’hétéronomie humaine est l’expérience de l’altérité, l’autonomie celle de l’autorité (auteur). Ce qui est lieu et source possible d’autonomie (qui ne semble pas s’exercer sans un cheminement long et sans fin) est dit “l’Instance” et ce qui est expérience, hétéronome, est dit “l’existence” de l’homme dans le monde.

La relation est celle là.

L’existence est l’expérience de l’Instance qui s’ignore et qui croit, au départ, cette existence toute hétéronome (ou tout autonome). Cette expérience est celle des Sens en conSensus avec d’autres Instances (L’Instance est l’être de Sens, de plusieurs Sens).

L’existence est “réalisation” des conSensus.

Les réalités de l’existence sont susceptibles d’un discernement des Sens en consensus et c’est comme cela que le Sens parait se révéler “en avant”. En même temps il se découvre source, vecteur d’autonomie, d’une autonomie engagée dans l’hétéronomie de l’altérité, condition de réalisation et condition de révélation de l’humanité de l’homme.

Ce sont là quelques éléments de l’anthropologie de l’Humanisme Méthodologique.

Vue de l’esprit ? certes, si l’esprit est Sens. Mais, s’il l’est, alors toute réalisation, toute action dans la réalité humaine est actualisation de Sens. C’est ce qui se passe en pratique avec l’Humanisme Méthodologique.

Conclusions

Il y a un autre point d’accord entre les deux débatteurs, semble-t-il, c’est une commune référence aux “Lumières” et sans doute à la Raison.

Observons que ces “Lumières” laissent pourtant dans l’obscurité le “mystère” de ce qu’ils disent l’”absolu” en l’homme (un absolu bien relatif). Comment expliquer cela ?

Où est l’erreur ?

L’Humanisme Méthodologique reconnaît la raison comme l’une des dimensions de l’expérience humaine dimension dont d’ailleurs les formes à priori sont bien celles de l’espace et du temps (de l’espace-temps nous a suggéré depuis Einstein).

Cependant il existe des expériences a-temporelles, a-synchrones, celles qui vont au-delà de toute raison, elle diachronique, sans l’ignorer d’ailleurs. Il existe aussi des expériences u-topiques dont l’une est étonnamment celle de la physique quantique.

Il y a aussi un réductionnisme rationaliste, celui dont les failles laissent présager sinon apparaître d’autres lumières celles de l’humanité de l’homme et pas simplement les reflets (réflexifs) de ses représentations mentales.

Qu’en est-il de Dieu pour l’Humanisme Méthodologique ? On retiendra volontiers cette pensée de St Irénée de Lyon au 2e siècle. “Nul homme n’est assez grand pour en savoir quelque chose des affaires de Dieu”. Laissons ici la question en suspens.

Cependant tout homme est assez grand pour accéder à son humanité à ce qui parait “comme un absolu” depuis son existence contingente et qui seul rend pensable et actualisable l’autonomie humaine.

Reste à considérer quelques questions :

- Comment l’homme accède-t-il à une autonomie qui lui apparaît si souvent illusoire ou encore comment l’homme choisit-il la liberté et à quoi renonce-t-il pour cela ?

- L’homme est-il libre d’être humain, capable de liberté et de sa négation ? ou encore comment éviter de faire dériver l’absolu d’une conjonction d’hétéronomies réductionnistes ?

L’Humanisme Méthodologique en propose quelques réponses possibles en théorie et en pratique dont rend compte notamment son “Journal Permanent”

http://journal.coherences.com


Commentaires  forum ferme

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dimanche 31 octobre 2004 à 21h45 - par  Roger Nifle

Bonjour et merci pour votre message.

Il pose de nombreux problèmes notamment de cohérence conceptuelle. On a l’impression que vous voulez éliminer toute hypothèse religieuse et pour cela niez qu’il y ait quoi que se soit au-delà de la connaisssance scientifique. Or toutes vos propositions vos concepts comme "sujet libre", "intention", "libre décision" "l’absolu de la liberté" échappent totalement à ce champ. (je laisse de côté ces récupérations cognitivistes qui n’ont que faire de votre notion de liberté).

Il y a ensuite le fait que la liberté découlerait d’une volonté d’être libre. Cela ressemble vraiment à prendre ses désirs pour des réalités. Il faudrait "scientifiquement" ou au moins rigoureusement établir ce qu’est la volonté (ou l’intention humaine) de par ce qu’est l’homme, de quoi nait-elle et comment cela lui confère-il cette capacité de se libérer de sa cause et comment son contenu "se déclarer libre" peut-il être agissant sur ce qu’est l’homme et son existence.

Si l’homme est "scientifiquement" déterminé comment peut-il trouver en lui cette indétermination radicale (à la racine) qui lui confère une possible liberté.

"Si donc l’Humanisme Méthodologique et les concepts et valeurs associés se proposent comme le libre choix possible d’une représentation collective de l’action et de projets communs possibles ( dans le cadre d’un "ConSensus" ) , alors je suis assez proche d’un "ConSensus" avec ces idées."

Oui c’est effectivement une proposition mais aussi une position choisie, la mienne au moins. Pour que le choix "libre" soit possible il faut discerner en soi (et les autres) les autres Sens possibles et les positions de vie, conceptions, théories et stratégies qui en sont conséquences. Positions épistémologiques par exemple. Pour cela il faut bien considérer que cette pluralité de possibles (Sens) existe en soi avant même le choix de la liberté.

Pour moi si il n’y a pas "transcendance" entre d’une part l’Instance et tous les Sens de l’humanité qu’elle porte, que nous portons ne nous, que nous sommes alors et d’autre part notre réalité existencielle alors vous ne pouvez pas expliquer comment ce qui est totalement déterminé dans l’existence peut être pourtant libre ... du Sens engagé dans cette existence. Le terme de transcendance est un terme de relation, non un terme qui désigne une entité. La récupération dont vous parlez n’est que le mirroir de cette erreur sémantique.

Comment soutenir que le sujet libre ne l’est que parcequ’il s’affirme comme tel ? comment s’affirmer auteur d’une telle idée pourrait être agissant sur ce qu’est l’homme, le rendre auteur, sauf par une sorte de puissance de l’idée quasi magique ou par une puissance particulière de son auteur que Luc Ferry qualifierait de divine au grand dam de Marcel Gauchet. Il faut bien qu’on en sache déjà quelque chose d’être auteur pour se vouloir auteur et en plus se rendre auteur.

Il faudrait aussi éprouver la réalité empirique de votre hypothèse. L’éprouver au fait que la liberté affirmée par exemple dans l’enfance ou à l’adolescence est souvent bien ambigue. La contredépendance veut se dire libre et passe son temps attachée à ceux qu’elle accuse de les en empêcher (les autorités parentales au premier chef et les autres figures d’autorité). Comme l’affirmation d’une liberté peut elle intervenir effectivement sur le déroulement des choses surtout si elles sont "scientifiquement" déterminées ? Dans l’exercice de cette liberté comment cela se passe ? avec quel déterminisme y-a-t-il rupture ? comment pourquoi ? sous quelles conditions ?

Votre liberté me semble être une idée pas un fait ni une maîtrise de soi. Pour moi les idées, représentations mentales, n’ont aucun pouvoir par elles mêmes. Si il semble qu’elle soient agissantes c’est par les "êtres de Sens" ou Instances qui les portent qu’elles le sont. Au passage il n’y a de sujet intentionnel, pour l’humanisme méthodologique, que s’il y a une Instance transcendante et c’est la liberté de Sens qui fait la liberté relative du sujet intentionnel.

Vous savez, la science ne dit rien de ce qui meut le monde, force, énergie, mouvement, temps, espace, puissance même sont des "apories" dont la science ne traite que des effets, supposés du moins. prétendre que la réalité scientifique dont vous parlez est la seule possible n’a rien de scientifique. C’est une position humaine bien humaine qui a un certain Sens ou certains Sens et dont la vérité ne tiens qu’à la position de ceux qui l’affirment comme d’ailleurs d’autres positions. Mais comme je l’ai écrit toutes les vérités ne se valent pas. Comment voulez vous qu’une "vérité" qui nie le Sens puisse favoriser la liberté de Sens. Sinon la liberté comme le disent certains est contre nature. La nature vous oblige à n’être rien d’autre que ce qui vous détermine.

C’est bien pour cela aussi qu’imposer, sauf conjoncturellement, une vérité formelle conduit comme vous le dites aux dérives totalitaires. L’Humanisme Méthodologique est une proposition c’est à dire le témoignage d’une position qui rend compte de ce qu’elle voit et découvre du point de vue où elle se place.

Le paysage est vaste et les possibles aussi.

J’aimerais bien savoir ce que vous trouvez d’intéressant dans l’humanisme méthodologique et surtout de nouveau ou prometteur. Sinon cela ne servirait à rien de proposer ou de choisir une nouvelle position.

Avez-vous lu La révolution française et aussi Le Sens de l’homme ?

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dimanche 31 octobre 2004 à 18h43 - par  Armand Stroh

Tout en étant d’accord avec beaucoup d’analyses de l’Humanisme Méthodologique, je pense que pour que je puisse construire davantage mon "consensus" avec ces idées, j’ai besoin de préciser une nuance qui me semble distinguer ce que j’appellerais le "sujet libre" de ce que l’Humanisme Méthodologique appelle "Instance" ( "lieu et source possible d’autonomie" ).

Citation :

«  L’hétéronomie humaine est l’expérience de l’altérité, l’autonomie celle de l’autorité (auteur). Ce qui est lieu et source possible d’autonomie (qui ne semble pas s’exercer sans un cheminement long et sans fin) est dit “l’Instance” et ce qui est expérience, hétéronome, est dit “l’existence” de l’homme dans le monde. »

Je suis bien d’accord avec l’idée que cette "Instance" se construit dans un "cheminement long et sans fin".

Mais je fais la proposition suivante :

Plus elle "chemine", plus elle peut , comme "auteur", décider de ses "projets" à partir de la complexité de l’"objet" en situation que l’être humain est aussi par ailleurs , plus elle peut prendre conscience d’elle même COMME étant à elle-même son propre "auteur" .

Pourquoi ne pas dire clairement et explicitement que l’ "Instance" ou le "sujet libre" qu’est chacun d’entre nous , ne se pose effectivement comme tel qu’en s’affirmant comme auteur radical de cette idée ?

Nous "sommes" libres parce que telle est notre "intention", parce que c’est cela que nous voulons.

L’"Instance" n’est pas alors une "transcendance" quelconque ( sauf au sens de capacité à "dépasser" dans un projet toute "objectivité" existante ).

Pour moi le mot "transcendance" est trop facilement récupéré par une métaphysique qui poserait une "réalité" au-delà de la connaissance scientifique humaine et dont cependant nous pourrions avoir une autre forme de "connaissance" : religieuse par exemple .

Je propose donc d’appeler "Instance" le fait que chaque sujet humain peut, s’il en décide ainsi librement - mais rien ne l’y oblige sinon sa libre décision - se considérer lui-même et considérer les autres êtres humains - en tant qu’ils feraient le même libre choix - comme libres auteurs de leur vie et donc pour commencer de leur propre "représentation" d’eux-mêmes comme "Instance" ou "sujet libre" .

L’ Instance serait alors ce que nous sommes quand nous décidons librement d’être un sujet libre et que nous évaluons nos autres choix à partir de cette décision inaugurale ( décision d’être libre qui certes suppose des circonstances historiques et environnementales préalables favorables à son émergence , mais ne s’en déduit pas) .

Si donc l’Humanisme Méthodologique et les concepts et valeurs associés se proposent comme le libre choix possible d’une représentation collective de l’action et de projets communs possibles ( dans le cadre d’un "ConSensus" ) , alors je suis assez proche d’un "ConSensus" avec ces idées.

Mais précisément , pour que le "Sens" , plutôt que telle ou telle nomenclature normée ( danger "réductionniste" propre à toute théorie, y compris celle de l’Humanisme Méthodologique ...) , puisse se construire en commun, peut être faudrait-il plus clairement énoncer les concepts de base de l’Humanisme Méthodologique comme des "modélisations" proposées à la réflexion partagée par un sujet libre particulier, et ne pas les faire apparaître comme "réponse" à tous les problèmes du monde actuel ?

( Car cela fait alors trop penser à toutes les "théories" antérieures qui ont précisément connu les dérives totalitaires que l’Humanisme Méthodologique dénonce ).

Remarque : Une telle auto-position de l’ Instance comme son propre "Projet" aurait alors aussi comme effet de ne pas simplement faire apparaître le troisième vecteur de la triade Objet-Sujet-Projet comme une "résultante" mais comme une dimension autonome décisive de ce que l’Instance veut être elle-même comme liberté absolue : il n’y a plus alors d’autre "absolu" possible que , à l’extrême limite de son auto-définition, l’absolu de la LIBERTE du sujet lui-même , de tout sujet qui, se posant ainsi , pose aussi l’EGALITE partagée avec tout autre sujet libre possible.