15 ans après dans l’Aude

Interview de Jean.Héritier par Jérôme Valina
lundi 27 septembre 2004
par  Jerome VALINA
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Interview de Jean Héritier, directeur de la Chambre d’agriculture de l’Aude à Carcassonne où ést intervenu Roger Nifle avec les méthodes de ce qui s’appelle aujourd’hui L’Humanisme Méthodologique (on parlait de "Cohérences" avant).

Un "projet d’entreprise" avec des volets formation, développement, organisation etc. avait été réalisé il y a environ 15 ans.

Interview réalisé par jerôme Valina le mardi 14 septembre 2004,

A quelle occasion avez-vous découvert l’humanisme méthodologique ?

Cela remonte à 1989-90 ; lors du projet d’entreprise porté par la chambre d’agriculture de l’Aude. C’était une important période de transition avec l’arrivée de nouveaux élus.

Roger Nifle nous a accompagné dans cette phase. C’était original pour nous et inédit de travailler avec un « philosophe ».

Jusqu’alors nous avions pour habitude de travailler entre nous, on se connaissait. Mais on avait du mal à sortir le nez du guidon et on n’avançait plus.

Roger Nifle nous a proposé une approche totalement différente de nos pratiques habituelles. Il nous a amené sur une voir nouvelle : celle d’un développement responsable.

Quelle a été la démarche mise en œuvre ?

Et pour cela il nous a tout d’abord proposé de définir nous-même la notion de développement que nous prenions pour communément admise.

Je suis technicien et mon approche était plutôt cartésienne. Nous appliquions un développement technocratique, assez éloigné finalement des attentes humaines locales. Pensant aider nous faisions du développement « à la place des autres ».

J’ai été marqué par ce travail de réflexion collective.

Cela a changé notre approche technique, qui ne prenait pas en compte les dimensions humaines. Nous avons davantage considéré les hommes en tant qu’habitants, personnes vivants sur les territoires. Cela nous a permis de mieux appréhender les réalités culturelles locales, dépassant nos a priori.

Un exemple :

Nous étions persuadés que l’Est du département de l’Aude était difficile. Au contraire avec le travail réalisé avec Roger Nifle nous avons vu que sa vocation était d’être une terre d’accueil avec un potentiel considérable. De cette zone de passage, de brassage provenaient des idées nouvelles. Les méthodes utilisées ont permis de rendre compte clairement de cet état de fait, de cette culture locale. Ce qui nous a fortement éclairés pour nos missions d’accompagnement.

Y a-t-il eu d’autres impacts sur votre façon de fonctionner à la Chambre d’Agriculture ?

Nous avions essentiellement un regard technique. Et en matière de management des hommes, nous avons compris qu’il fallait d’autres compétences. Aussi nous avons pu mieux affecter les missions du personnel de la Chambre, les adaptant à la personnalité de chacun. Et non plus seulement selon une évolution de carrière liée aux années d’expériences. Il y a des techniciens qui sont très performants dans la gestion des « affaires techniques » mais qui ne sont pas à l’aise dans la gestion des ressources humaines ou l’encadrement d’autres techniciens.

Au niveau organisationnel

Le management des ressources humaines est au cœur de l’organisation. Le personnel, ce sont des humains. Cela semble banal et évident. Mais prendre en compte ces réalités humaines dans le fonctionnement d’un organisation l’est beaucoup moins.

Au niveau du terrain

Nous nous sommes attachés à faire émerger des projets, provoquer. Nous avons recentré nos actions sur l’accompagnement plutôt que de chercher à imposer ou être directif. Nous avons fait évoluer notre métier technique d’une approche très technocratique vers un processus orienté « développement ».

Dans le votre secteur agricole, quelles nouveautés ont vu le jour ?

Nous avons décidé de nous recentrer sur des productions locales, peu sensibles aux aléas de la mondialisation et aux grands marchés. Cela s’est traduit par une Agriculture de Pays que nous poursuivons à l’heure actuelle.

Ce travail nous a permis de choisir de cultiver la diversification plutôt que la division. Pour cela nous avons travailler à l’union des producteurs, dans un souci d’une agriculture appropriée : appropriée aux acteurs, par et pour eux.

Enfin troisième maître-mot au cœur de notre démarche : entretenir un développement responsable donnant sa juste place à l’Homme.

A ce propos, nous avions mis en place un comité de suivi composé de participants (personnel de la Chambre) motivés. En effet pour une telle démarche il est crucial de s’entourer de « gens positifs » pour avancer et éviter de ressasser le passé.

Depuis cette époque, la Chambre fonctionne sur ce même système mis en place au fil des années.

Dans cette logique, a dernièrement été créé (année 2000) le Service territoires et développement local - une première à l’échelle nationale. Le projet était en maturation depuis les années 90 mais nous avons appris là aussi qu’il faut donner du temps au temps, car tout travail en profondeur est toujours plus long, et demande du temps.

Propos recueillis par J. Valina


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