Une expérience dans l’Avesnois

Interview de Nathalie Delaval par Jérôme Valina
lundi 27 septembre 2004
par  Jerome VALINA
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Nathalie Delaval est actuellement directrice du pays d’accueil touristique de l’Avesnois. Interview du 20-09-2004

Dans quel contexte avez-vous découvert l’humanisme méthodologique ?

J’ai découvert l’humanisme méthodologique dans le cadre d’une mission d’étude que nous avons confié à DGCA et NICAYA. L’objectif de cette mission était de nous aider à définir un projet de développement touristique à l’échelle de notre territoire, l’Avesnois.

En quoi l’approche de l’humanisme méthodologique est-elle différente - si elle l’est véritablement- de vos pratiques professionnelles antérieures ou généralement d’usage ?

L’approche de l’humanisme méthodologique est différente des autres pratiques dans la mesure où ce que l’on place au cœur des préoccupations ce sont les hommes et non plus les choses. En matière de tourisme, les méthodes aboutissent généralement aux mêmes résultats parce que les potentiels analysés au départ sont centrés sur les ressources naturelles, patrimoine bâti, musées, équipements de loisirs, ....Alors tantôt on nous dit qu’il faut miser sur le tourisme de nature, sur un type de sport, la gastronomie, le cyclotourisme, l’événementiel, les traditions, ...... Ces informations sont analysées selon les classements des attentes clientèles qui elles aussi restent finalement très « impersonnelles ». Recherche de ludique, de confort, d’authenticité, ....mais en fait qu’est ce que cela signifie ? Dans l’humanisme méthodologique toutes ces activités ne constituent pas le positionnement en soi, mais en sont le mode d’expression Je trouve personnellement que l’humanisme méthodologique est un apport fondamental pour le développement territorial car ce qui est visé est un développement de l’homme en rapport avec son environnement et son monde (si ça n’est pas du développement durable !). On ne se limite pas à « faire briller la surface et ainsi se donner l’illusion de se sentir mieux ».

 Je suis originaire du Nord/Pas de Calais et le tourisme est le résultat d’un vrai choix professionnel et personnel. Dans notre société qui place l’esthétique, la mode, le beau à toutes les sauces on en fini par perdre la vraie valeur des gens. Souvent je pose une question aux personnes qui trouvent que le tourisme et le Nord/Pas de Calais n’ont rien en commun : si j’ai une cicatrice sur le visage, alors je ne présente aucun intérêt pour d’autres ? Pour ceux qui me répondent que c’est vrai, alors je n’ai pas à m’adresser à eux, je n’ai rien à construire avec ces gens là. Si d’autres me répondent que l’intérêt des gens ne se trouve pas dans l’apparence alors, avec ces gens là, il y a certainement des choses à construire ou du moins des relations à entreprendre dans un sens ou dans un autre, en tout cas un sens à partager en commun. Pour les populations de notre région, c’est la même chose. Vous savez, parfois ça arrange de dire qu’on est pauvre, laid ou incapable de faire quelque chose..... Le tourisme (encore faut-il savoir comment on le défini) ne s’adresse pas et ne profite pas à tout le monde si on l’entreprend mal.

Dans votre secteur d’activité, le développement touristique, ne disposiez-vous pas déjà d’outils ou de méthodes pertinentes ?

C’est ce que je viens d’essayer d’exprimer. Il existe des outils mais on se rend vite compte qu’il ne sont pas suffisants. Comment expliquez vous que beaucoup d’études réalisées finissent dans un placard ? Qu’est-ce qui fait que l’on arrive pas à les mettre en œuvre ?

Pourquoi est-ce difficile de faire en sorte que les habitants soient les ambassadeurs de leur territoire ? Dans cette méthode, il y a la manière dont on analyse le problème avec des outils adaptés, notamment l’analyse de cohérence culturelle. C’est ce qui permet d’identifier le sens dans lequel il faut conduire un projet selon les propres problématiques et capacités du territoire. Mettre en œuvre le projet nécessite de s’approprier cela et de tenir constamment cette « position ». Ce n’est pas si simple. Mon métier ne consiste pas à faire plaisir aux uns et aux autres, mais aider les élus et acteurs locaux à avancer dans le meilleur sens, à faire les bons choix. D’autres outils peuvent ensuite être nécessaires pour de nouveaux projets, requalifier un équipement selon le bon positionnement,....Des formations existent, des spécialistes aussi.

 

Pourriez-vous nous parler d’un cas pratique et des résultats concrets produits par cette approche (on pourra préciser le cas échéant les méthodes mises en oeuvres : analyse des cohérences, créativité générative, formation...) ?

Qu’est-ce que cela a changé dans votre approche personnelle de votre métier et de vos missions ?

 

Depuis environ un an que je mets en œuvre les orientations préconisées, ce n’est pas un exemple que j’ai envie de mettre en avant pour faire partager mon expérience mais la dynamique qui est en train de se mettre en place au travers des différents projets sur lesquels travaille notre équipe.

Pour l’Avesnois et son contexte, la mise en route de notre projet repose (dans un premier temps) sur deux interventions prioritaires :

-  faciliter et construire une offre qui soit l’expression de notre positionnement (issu des spécificités culturelles propres à notre territoire identifiées dans l’analyse de cohérence culturelle)

-  communiquer sur ce qui est fait, en interne (populations, élus et acteurs locaux) et en externe pour commencer un travail de reconnaissance selon nos propres spécificités.

Compte tenu du contexte et de l’étendue de notre territoire (240 000 habitants, des difficultés à sortir d’une crise profonde alors que d’autres régions voisines semblent s’en sortir) nous avons commencé à travailler avec les personnes les plus motivées et les plus mobilisées à développer des projets selon le sens préconisé. Ce sont donc surtout des projets portés par le tissu associatif qui ont introduit le processus.

Nous intervenons pour soutenir et accompagner la qualification de projets existants afin de favoriser leur développement et leur reconnaissance (donc aussi de notre territoire) mais aussi pour en créer de nouveaux. Ce sont surtout au travers de manifestations que les acteurs s’expriment le plus facilement, ce qui a l’avantage d’associer un nombre assez important de populations locales. Les gens aiment à parler de leur histoire, de ce qu’ils sont et sont prêts à s’impliquer pour construire quelque chose. Mais c’est un gros travail d’animation qu’il convient de maîtriser pour rester toujours dans le cadre de la problématique. Le cœur du projet ne repose pas seulement dans la participation des habitants, encore faut-il savoir à partir de quoi s’enracine leur participation.

Dès le début, tout le travail mené a fait l’objet d’une communication interne (bulletin de liaison créé depuis un an, presse, radio).

Et depuis quelques mois, nous commençons à recevoir des sollicitations directes des élus locaux. Les projets et questionnements prennent ainsi la forme de structuration et de développement beaucoup plus « ambitieux » (contrat de ville, projets structurants, notamment).

C’est délibérément que je ne nomme pas directement les projets sur lesquels nous travaillons. Ce qui est important et ce que je veux faire comprendre c’est que chaque projet développé avec les habitants a de la valeur pour le territoire parce qu’il repose sur les originalités culturelles profondes des populations du territoire.

Si nous travaillons sur telle partie de l’histoire de notre pays, faisons ressortir une légende ou une tradition plutôt qu’une autre, développons telle pratique sportive, une mise en scène particulière, ... c’est parce que cela est directement lié à la culture et aux valeurs essentielles de nos populations. Cela prend la forme d’un festival, d’une animation, d’un site, vise des critères de qualité, utilisent les nouvelles technologies... pour une mise en tourisme qui soit en cohérence avec les attentes et concepts de notre temps.

Aujourd’hui, les acteurs locaux comme les élus nous écrivent pour nous demander de travailler avec eux, non pas pour leur propre promotion ni seulement pour les aider à trouver des financements. Cela fait partie de nos missions mais en fait leur motivation évolue et ils nous l’écrive : « Nous sommes attentifs à vos nouvelles orientations », « satisfaits de la façon dont vous entreprenez votre activité »,.... C’est un écho que nous n’avions pas l’habitude d’entendre.


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