Pourquoi l’expression d’Humanisme Méthodologique

Dialogue avec Jérôme Valina
lundi 20 septembre 2004
par  Roger Nifle
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Lorsque l’on s’arrête un instant sur l’appelation d’ "Humanisme Méthodologique", on peut être frappé par la juxtaposition de ces deux termes. Termes, il est vrai, que l’on n’a pas l’habitude de voir ainsi combinés et dont le mariage peut surprendre tant il semble porter en lui - on ne sait pourquoi - une contradiction, une antinomie. Alors pourquoi en définitive un tel choix ?

Doit-on y voir là une provocation des Sens ? Une invitation à sortir de nos "sentiers battus" et d’une certaine forme de schizophrénie : d’un côté ce qui serait purement humain et de l’autre purement technique ou scientifique ?

Depuis 1979, la théorie du Sens et des cohérences humaines et la méthodologie générale des cohérences humaines ont été les appellations usitées. Elles ne suffisaient pas à désigner aussi des éclairages, des prises de position, des pratiques qui s’y fondaient mais aussi les engagaient dans le monde actuel et le monde qui vient.

Le terme d’Humanisme Méthodologique rappelle l’individualisme méthodologique des sociologues avec cependant une autre vision de l’homme, fondée celle-là dans une anthropologie rigoureuse.

Qu’il s’agisse d’un nouvel humanisme me semblait clair mais comment le qualifier au milieu d’autres courants.

Une caractéristique particulière de cet humanisme là est que la théorie renvoie au Sens, à son discernement d’une part mais aussi à son engagement dans tous les processus de l’existence et dans l’action d’autre part.

Méthodologique évoque le caractère méthodique, systématique et aussi la méthode, la construction rationnelle, la maîtrise et toute l’exigence d’une démarche. Ce sont les principes de l’humanisme qui sont ainsi engagés.

Alors certains trouvent que rapprocher humanisme et méthodologique est choquant.

Les uns trouvent que le “méthodologique” se trouve affaibli par un concept d’ordre moral, craignant pour l’efficacité sans doute.

Les autres trouvent que l’humanisme se trouve bien trivialement engagé dans le “méthodologique” le dévaluant probablement.

L’une et l’autre de ces positions justifie l’Humanisme Méthodologique. Elles témoignent de la coupure entre les principes d’humanité et l’action humaine qui nous ont été légués. En fait deux antihumanismes, l’antihumanisme théorique et l’antihumanisme pratique.

Il y a bien sur ceux qui, conjuguant les deux, se demandent ce que l’homme vient faire là-dedans, la Nature et la technique répondant à tout selon eux.

Le terme d’Humanisme Méthodologique permet d’assumer la position inverse et c’est aussi une bonne raison pour affirmer que l’humanisme pas plus que le méthodologique n’échappent à l’humanité de l’homme même lorsqu’il le nie.

Ainsi l’Humanisme Méthodologique assume une position dans un contexte travaillé par d’autres courants.

L’antihumanisme théorique porté notament pas les idéologies structuralistes, rationalistes, systémiques et naturalistes avec les dérives cognitivistes, neuronales, biologiques, scientistes qui nient avec Levi Strauss le principe d’humanité même et y placent quelque structure explicative sous-jascente. Ici les choses ne sont que le reflet des structures qui les déterminent entièrement, l’homme aussi.

L’antihumanisme pratique porté par les pensées matérialistes, animalistes intégristes, naturalistes, systémistes, scientistes qui nient le sujet humain et toute détermination propre ou en déclarent les prétentions contre nature. Les choses sont ce qu’elles sont et rien d’autre, l’homme aussi.

Il y a la conjugaison des deux qui inspire la bien pensance dominante des milieux “informés” et devient une pensée unique puisque ayant éliminé toute possibilité de libre arbitre il n’est laissé à l’homme que vaticinations et aliénation aux systèmes “naturels” dont les uns ou les autres se font volontiers portes paroles.

A l’opposé l’Humanisme Méthodologique trouve en l’homme avec le Sens, la source de toute pensée et de toute action... humaines mais aussi de toute connaissance et de tout projet et notamment du Sens du bien commun. Il y trouve aussi la source des dénégations de l’humanité et les “bénéfices” de substitution au Bien commun qu’ils recherchent.


Commentaires  forum ferme

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mercredi 2 mars 2005 à 22h43 - par  Roger Nifle

Bonjour

Je ne parle que de l’Humanisme Méthodologique. Il ne place pas l’homme au centre du monde il le découvre.

Tout ce que dit l’homme à propos du monde ne vient que de sa propre expérience, est contenu dans cette expérience même (le contenu ?).

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien en dehors de l’expérience humaine mais que tout ce que l’homme dit, connait, pense, expérimente appartiens à son expérience.

Il suffit de rajouter que l’expérience humaine est déterminée par la nature même de l’homme, est un phénomène humain pour en déduire que tout ce que l’homme considère comme "le monde" de son expérience est un phénomène humain donc à portée de sa responsabilité.

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mardi 1er mars 2005 à 11h52 - par  NORA ET MARIE

POURQUOI L’humanisme a placer l’homme au centre du monde ?justifier

pouvez vous repondre le plus vite possible.merci je vous fait part de mes salutations les plus distinguées.

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jeudi 23 septembre 2004 à 17h16 - par  Roger Nifle

Bonjour Estelle, content de te retrouver ici.

Tes éclairages sont pertinents. Effectivement il s’agit bien d’aller d’une position ontologique vers des actions à l’aide aussi de la théorisation (et retour) sur une voie qui ne sépare pas le chemin de la connaissance et de la pensée et celui de l’action mais au contraire les considère comme les parties du même.

Quant à l’humanisme, la charte en dit quelque chose de spécifique avec sa référence à une anthropologie radicale et sa différenciation des antihumanismes qui font rage. Il y a quelques éclairages sur ces questions dans les derniers articles et bientôt d’autres précisisions.

Le choix de cette formule a été très long pour moi (25 ans) et il me satisfait d’intégrer ces ordres séparés à l’opposé desquels tout cela est érigé. J’espère que l’exploration du journal et notamment de son sommaire permettra aux lecteurs de s’en rendre compte et peut-être de s’en étonner, commencement d’un questionnement salutaire.

Il est vrai qu’ici le même Sens est à la base du spirituel comme du matériel, des idées comme des affects, de la raison comme de l’action, de la science comme de l’art. Il nous libère de l’enfermement catégoriel et disciplinaire auquel nous nous sommes livrés en croyant que c’était la voie de l’humanisme. Ce n’était qu’une voie d’évitement "d’hypo-crisis". Elle organise encore tout notre monde mental (surtout mental) et institutionnel.

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jeudi 23 septembre 2004 à 16h20 - par  Estelle

Je n’avais pas osé poser la question et me voici avec la réponse ...L’Humanisme méthodologique, j’avoue que l’intitulé m’avait paru au début presque...froid. Sans doute trop teinté à mon goût aux couleurs du scientifico-universitarisme (tendance individualisme méthodologique rampant). Mais, tout cela n’est pas qu’une question de goût ou d’oreille ! Et puisqu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, retenons ce que la science (comme la raison !) peut avoir d’éclairant : en particulier, la science (et l’expérience qu’on en fait) aide à saisir toute l’importance et la portée d’une démarche cohérente (tient ?!) depuis sa posture ontologique jusqu’à ses applications empiriques en passant par ses outils.

C’est ça que je retiens finalement du terme "méthodologique". Dans ce sens, je comprends l’Humanisme méthodologique comme une voie (un petit détour par le dico. m’apprends que méthode vient de hodos qui signifie voie) qui, de ses bases les plus théoriques (ontologiques et anthropologiques) jusqu’à ses déploiements les plus empiriques, fonde sa cohérence dans la posture qu’est l’Humanisme. Reste maintenant à savoir ce qu’on veut entendre par Humanisme, car il me semble qu’on entend beaucoup de choses et leurs contraires de ce côté là...

En passant, merci pour ce journal !

Estelle

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