Les avancées de la biologie

outils de réflexion et de contrôle
jeudi 12 août 2004
par  Roger Nifle
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Réponse à un éditorial du sénateur Trégouet Président de la commission prospective du Sénat paru dans sa lettre de Art@flash janvier 2003.

Fidèle lecteur de cette lettre, j’interviens ici sur l’éditorial qui me parait poser de sérieux problèmes.

Je reprend ici la conclusion :

"Face aux avancées vertigineuses de la biologie, notre société doit se donner les moyens et les outils d’une réflexion et d’un contrôle qui puissent, sans y faire obstacle, orienter et encadrer ce progrès scientifique afin de lui donner un sens et une dimension d’humanité."

Deux types de réponses sont données dans l’éditorial :

"Nous devons également soutenir la prise de position éthique très forte du Président de la République qui vient à nouveau de demander l’interdiction solennelle du clonage humain par l’ONU".

Il s’agit d’une position éthique au nom de l’humanité de l’homme.

L’humanité de l’homme voilà le critère !

"Mais ces scientifiques soulignent qu’avant tout feu vert, il est indispensable d’en débattre scientifiquement et de porter ce débat devant l’opinion"

Quand on sait le tissu de falsifications, de manipulations médiatiques, de complexité scientifique, de mystifications qui accompagnent ces recherches, On peut se demander ce que veut dire "en débattre scientifiquement", avec quelle science, quels scientifiques, quels présupposés scientifiques. On peut se demander ce que peut être alors un "débat" devant "l’opinion".

Il y a là tous les ingrédients de vastes manipulations de l’opinion comme on en connait régulièrement, le critère d’humanité étant remplacé par le critère de convention (scientifique ou de l’opinion publique qui est, on le sait, l’émotion publique entretenue par les médias et ceux qui les manient).

Or la question posée par toutes ces recherches qui postulent que l’humanité de l’homme est un produit "scientifique" des lois mathématiques de la nature c’est : "qu’est ce que l’humanité de l’homme ?".

Laisser aux scientifiques (es qualité) le soin d’y répondre c’est déjà postuler de la réponse. Le président de la république n’est pas scientifique. C’est pourquoi sa parole d’homme, sa parole d’autorité symbolique (c’est à dire qui a Sens pour l’humanité de l’homme) vaut sur le plan éthique.

Le mérite de la tentative négationiste (cf Claude Guillebaud "Le principe d’humanité") c’est de nous obliger à porter plus loin la question "qu’est ce que l’humanité de l’homme ?".

On pourra alors débattre de "qu’est-ce que la science des hommes ?", "quels en sont les Sens humains, ceux qui sont les véritables enjeux du jugement éthique ?", et , en conséquence seulement " sous quelles conditions telle ou telle recherche peut être tenue sous la gouverne de l’éthique, du bien commun, plutôt que de l’imposture et de la délinquance ?".


Commentaires  forum ferme

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mercredi 24 septembre 2008 à 16h53 - par  Nicolas

Bonjour,

Je fais actuellement une maîtrise sur les liens philosophiques entre sciences et bouddhismes. Je serais vraiment intéressé à lire votre mémoire de DEA. Voici mon courriel : nicolas.capuano@gmail.com

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mercredi 14 juin 2006 à 16h18 - par  Evan Mirzayantz

Cher Benoit Sorel,

Je serais à la rentrée prochaine en thèse de sociologie et de philosophie sous la double direction de Mr Pierre Demeulenaere (sociologue) et Mr Jean Michel Besnier (professeur de philosophie) à l’université de Paris IV - Sorbonne. Mr Jean Michel Besnier s’est notamment spécialisé dans l’étude des neurosciences et des philosophies modernes de l’esprit.

Personnellement, j’ai étudié pendant deux ans sous la direction de Mr Jean Baechler (socio historien) l’acculturation du bouddhisme en Occident suite à sa rencontre avec les sciences de l’esprit et l’individuation occidentales modernes.

Votre travail de D.E.A m’intéresse vivement, où étudiez-vous ? Pouvons-nous nous rencontrer ?

J’ai particulièrement étudié la rencontre du bouddhisme et des psychologies occidentales, et vais m’accorder un ou deux ans pour étudier les relations entre bouddhisme et neurosciences, aussi je suis particulièrement intéressé par votre recherche, et serai éventuellement amené à la citer dans ma thèse.

Si cela vous intéresse que l’on échange un peu de nos réflexions sur le bouddhisme et les sciences modernes, vous pourrez me contacter au 0610479258, ou sur evanmirzayantz@hotmail.com.

Bien à vous,

Evan Mirzayantz

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mardi 15 février 2005 à 11h05 - par  Benoit Sorel, auteur d’un mémoire de DEA sur les dialogues entre bouddhistes et scientifiques

Je suis d’accord avec vous. Qu’est-ce que l’humanité de l’Homme, et que va-t-il se passer si on laisse aux soins de ceux qui souhaitent l’avènement des clones la définition du terme humanité ?

Ces réflexions autour des biotechnologies sont ardues. Je possède une maîtrise de biologie, mais je ne prétends pas comprendre les subtilités de la recherche dans ce domaine. Ainsi je simplifie. Ces "biotechno-réflexions" sont comme le choix de ce que nous mangeons. Si nous sommes sujets à l’embonpoint, allons-nous choisir de manger des aliments "techniques" (allégés, vitaminés, etc...) ou bien choisir de simplement manger moins ? Le second choix est le plus difficile, il nécessite de changer ses habitudes ... et sa philosophie (je pense que tout le monde possède et agit selon des philosophies). Car si on fait le pas de se contrôler pour moins manger, pourqoi également ne pas contrôler certaines autres actions ?

Le meilleur chemin est sans aucun doute - pour moi - celui qui permet de faire évoluer nos points de vue. Mais c’est le plus difficile.

Revenons au clonage. Nul doute que des marchés financiers seront derrière les premiers clones. Qui achètera les clones ? Ceux qui préfèrent modifier les aléas de la Vie (le hasard, la mort) plutôt que de se changer eux-mêmes. Ex : cloner l’enfant mort en bas-âge, cloner son toutou, cloner son foi pour se le réimplanter sans vouloir pour autant arrêter de boire.

Les débats autours des biotechnologies existent, heureusement. Ils sont la manifestation même de l’humanité de l’Homme, l’Homme qui réfléchit sur le sens de ses actions. Ne blâmons pas trop les scientifiques qui ne rêvent que des publications dans Nature, ils font ce qu’ils font parce qu’on leur donne de l’argent pour le faire. Et dans ce temps de chômage, cela se refuse difficilement.