Sens et efficience humaine

La pratique des cohérences humaines
mercredi 11 août 2004
par  Roger Nifle
popularité : 1%

De la question du Sens dérive une praxéologie qui non seulement éclaire les déterminants de l’action humaine mais aussi les principes d’efficience qui débouchent sur des pratiques opérationnelles. On trouvera là différents repères pour l’action dans la façon de poser et traiter les problèmes

Le rapport de la théorie à la pratique est aujourd’hui fort perturbé à tel point que, pour beaucoup, la condition de l’efficacité passe par le rejet de la théorie.

Paradoxalement ce refus d’une référence à une théorie pour expliquer et justifier une action s’assortit de l’expression de certitudes d’évidences dont le caractère initialement théorique est tout simplement oublié. De ce fait l’édifice conceptuel, toujours théorique, qui structure et ordonne les actes est confondu avec le fait d’expérience tout en échappant à la confrontation critique.

Ce qui est à noter alors c’est la confusion qui règne autour de l’action, autour des pratiques de toute nature.

Le souci de l’action se paie d’un aveuglement militant. Celui-ci, occultant les critères de valeurs de celle-ci, en interdit l’évaluation.

L’activisme contemporain ne peut survivre que grâce à cet aveuglement, grâce au refus de la théorisation et au déjouement de l’évaluation.

Tout cela relève d’un certain type de cohérences humaines. Un autre type, fort à l’oeuvre aujourd’hui, se traduit par la multiplication des modèles, des discours, aux fins de refléter la réalité dans un miroir qui extrait de celle-ci, par abstraction, l’ordre et la structure des choses.

Ainsi il suffirait d’édicter des normes, modèles, règlements, pour que "l’action soit faite".

Dès lors la prolifération des lois, règlements, procédures est confondue avec l’action.

Cette confusion se retrouve sur le terrain où la "mise en place" d’un dispositif et la conformité d’un fonctionnement avec la norme sont seuls critères de mesure de l’action.

On s’étonne alors de l’absence de prise sur le réel. On peut, là encore, s’en sortir en "mettant en place" des dispositifs d’évaluation qui, n’atteignant pas au réel, se contentent de "certifications de conformité" au niveau des procédures.

Nous sommes là en face de deux cohérences humaines aux variantes multiples mais où on reconnaîtra :

d’un côté la justification d’un pragmatisme cynique, efficace, à condition de ne pas interroger les critères de mesure et de valeur de l’efficacité.

de l’autre la croyance dans le fait que la réflexion est agissante par le biais de l’ordre des choses qu’elle programme.

L’ordinateur est alors l’incarnation de l’illusion d’emprise sur le réel, le fonctionnement du programme passant pour efficience.

Observons alors l’intérêt d’une complexification comme mode d’action et d’une justification empirique de la complexité comme écran à la possible évaluation de l’effet de l’action.Une certaine cohérence humaine concilie ainsi les deux logiques initiales.

Il ne serait pas inutile de pousser, avec rigueur l’analyse des rapports théorie-pratique dans le monde actuel. On y joindrait d’ailleurs certains débats épistémologiques et par exemple celui qui oppose les tenants d’un empirisme où seule l’expérience factuelle est, par l’observation, source de la théorie (scientifique) et ceux qui disent que sans modèle mental à priori il n’y a pas d’observation et donc d’expérience (factuelle) intelligible.

La théorie des Cohérences Humaines propose une compréhension neuve de ces questions par le fait que les différents rapports théorie-pratique, de même que ces réalités humaines que sont les théories et les pratiques seront lus comme témoignages de l’humanité de l’homme. Ils relèvent de Sens et cohérences multiples par le fait des consensus qui leur donnent à la fois un caractère culturel et une portée universelle.

La pratique des Cohérences Humaines renvoie chacun à la source en lui-même de ses actes : Sens et Cohérences personnelles, et aux conditions de son action : les consensus avec les autres, et, enfin aux modalités de celle-ci dans l’existence commune.

L’action des hommes est actualisation de leur humanité.

Les réalisations humaines sont expressions actuelles des cohérences humaines activées (Sens et consensus).

Dans ses pratiques l’homme se réalise c’est-à-dire : fait une réalité de son humanité partagée.

Ainsi tout ce qui relève de la pratique, de l’action et des réalisations humaines est "exercice d’humanité", travail humain.

Or, si ce travail est engagé dans un Sens favorable (celui du bien de l’homme) alors il accomplit son auteur en s’accomplissant.

Ceci nous renvoie directement à l’éthique de la pratique, à la responsabilité, à la direction de l’action et des entreprises, fussent-elles politiques.

Mais comment se tenir et développer une telle perspective s’il n’y a la possibilité d’une certaine maîtrise de la pratique.

Si seul l’homme agit et non pas ses moyens (par eux-mêmes) alors le perfectionnement des moyens (méthodes, techniques, outils...) n’est pas la principale condition de l’efficacité. C’est la maîtrise de l’homme, simultanément maîtrise de choses et maîtrise de soi.

Nous voilà au coeur du débat technologique où la maîtrise professionnelle est remplacée par la technicité, elle-même réduite trop souvent au maniement de l’appareil technico-méthodologique.

Inversement le développement professionnel est celui d’une maîtrise et toute maîtrise humaine de la pratique (humaine) passe par une maîtrise de soi, de ses propres dispositions (Sens et cohérences). C’est l’utilité principale de la théorie : donner les repères qui vont permettre une plus grande maîtrise, personnelle et collective des dispositions à l’action .

Ainsi la théorie provoque et facilite la pratique, de même qu’il n’y a pas d’autre source à la théorie que l’expérience pratique, l’une et l’autre ayant même fondement, même source, les Sens et cohérences humaines. C’est là leur lien, en l’homme, au coeur du sujet.

Nous allons développer la question de la pratique des cohérences humaines sous trois angles de vue :

la nouveauté de l’approche des problèmes et des situations

l’implication de l’homme dans l’action, sa détermination et sa maîtrise dans l’exercice des responsabilités.

la démarche méthodologique : enjeux, voies, et moyens nouveaux pour l’action.

UNE APPROCHE NOUVELLE DES PROBLEMES


Toute pratique vise à intervenir sur et dans la réalité : résoudre une difficulté, ou réaliser un projet, par exemple.

La création de l’artiste, l’oeuvre de l’artisan, l’action du professionnel, l’exercice de la responsabilité du dirigeant sont autant de domaines de la pratique.

Il faut aussi compléter cela par la distinction entre des productions matérielles, intellectuelles, sociales... qui s’avèrent toujours reliées, même si telle ou telle fait l’enjeu principal d’une pratique.

Et puis il y a aussi à envisager le terrain de l’action, ses résultats ou ses fruits à terme et aussi ses modalités. Là encore, à l’encontre de ce qui est souvent imaginé, il y a un lien.

Comment agir sur quelque chose si il n’y a pas une "approche," un contact, une proximité avec elle ?

Comment peut-il y avoir effet si il n’y a pas dans cette proximité même déploiement de gestes, de comportements, de moyens appropriés c’est-à-dire qui collent à la situation et aux fins spécifiques envisagées ?

Comment les résultats pourraient-ils être indépendant de la situation première et des moyens pratiques engagés ?

La pratique des Cohérences Humaines nous amène à bouleverser l’approche des problèmes, à énoncer les bases d’une théorie de l’action humaine dont on verra ce qu’elle implique dans la pratique.






SENS ET REALITES,
L’ESSENTIEL ET L’ACCESSOIRE


Rappelons le à nouveau, selon la théorie des Cohérences Humaines, les réalités sont toujours le fait d’un consensus. Elle n’existent que par les hommes, qui en font l’objet de leur considération, pour la connaissance et pour l’action.

Elle sont toujours ainsi expressions, manifestations de Sens, c’est-à-dire de cohérences humaines.

Dans toute situation, la réalité qui se présente n’est rien d’autre que la façon dont se réalisent (pour l’homme) les Sens du consensus.

Si, ainsi, toute réalité est manifestation de Sens et consensus alors rien ne peut se produire dans la réalité qui ne soit la conséquence immédiate de ce qui se passe dans le consensus.

C’est là la clé du bouleversement, de la révolution copernicienne qu’introduit la théorie et la pratique des Cohérences Humaines.

Le centre, l’essentiel, c’est le Sens en consensus. Le périphérique, l’accessoire c’est la réalité où se posent et se résolvent les problèmes.

Pour reprendre une image de Freud, tout se passe comme si la réalité, avec ses problèmes, les pratiques, les méthodes et leurs résultats, étaient la projection sur un écran, le rideau de théâtre d’une scène qui se joue ailleurs, derrière le rideau. Le visible est l’ombre portée d’un réel invisible.

De même le traitement des problèmes dans la réalité (humaine) est-il l’ombre portée de ce qui est engagé du côté des Instances, des Sens et consensus, des Cohérences Humaines.

Si, en fait, les Cohérences Humaines sont la source des réalités humaines alors toute pratique efficiente dans la réalité passera par la recherche et l’exercice d’une certaine maîtrise des Cohérences Humaines.

Dans les perspectives habituelles, considérant la réalité comme un absolu indépendant de l’homme, alors toute action dans la réalité ne peut se faire que par la réalité elle-même.

La réalité de la méthode, des moyens, agit immédiatement sur la réalité du problème, de la situation. On pense alors que c’est "la méthode qui marche" comme si elle était le sujet de l’action. L’homme n’est plus alors qu’un objet de celle-ci, accessoire du moyen employé et même l’employé du moyen (appareil, organisation, dispositif...)

La notion d’emploi, soulignons-le, équivaut à l’instrumentation de l’homme, réduit au statut d’accessoire, de moyen employé ou en recherche d’emploi.

Dans la perspective nouvelle, ici dessinée, seul l’homme réalise (en conscience et en acte), seul l’homme agit, même si, pour ce faire il participe par sa propre réalité, aux conditions de l’action, mêlée ainsi aux situations et moyens de celle-ci.

De cette manière l’homme est présent : aux sources de la réalité et de l’action par les Sens et cohérences qui sont les siens en son Instance (personnelle) qu’il partage en consensus (culturels) et au niveau de la réalité et des réalisations, très souvent le seul espace de conscience.

C’est notamment cette limite de conscience qui masque aux hommes le lieu même de leur humanité et les clés de toute action dans la réalité.

La recherche de recettes, l’idée que c’est le moyen, la méthode qui "marchent" ou qui opèrent, montrent cette ignorance du lieu décisif de toute réalisation : les Cohérences Humaines en consensus.

Il faut changer de regard pour redécouvrir que moyens et méthodes n’opèrent que par et pour l’homme (dans ce monde qui est celui de l’homme).

En définitive ce qui caractérise la pratique des cohérences humaines c’est de viser à l’essentiel, Sens et Consensus, au coeur du sujet, au coeur des situations et des problèmes, au coeur des cultures collectives, au coeur de l’homme pour atteindre le lieu de toute action.

La réalité est alors l’écran, la scène, le médium, le moyen de cette action.

Si les conditions, moyens et objectifs de l’action se situent dans cette réalité, le lieu déterminant de cette action est au-delà.

De ce fait ce qui fonctionne dans cette réalité commune ne se produit que par ce qu’il en est au niveau des Cohérences Humaines et des consensus.

La pratique des Cohérences Humaines est donc celle de leur maîtrise pour agir sur les réalités qui sont les nôtres.

Le lieu de l’action est le coeur de l’homme, lieu de la maîtrise des cohérences humaines ; le "théâtre" où elle se manifeste est la "réalité" des problèmes, moyens et solutions.

Tout se passe, comme si nous étions le plus souvent dans une vision en surface des choses, horizontale, superficielle, alors qu’il n’y a de véritable cause de ce qui se passe, qu’en profondeur, verticalement du côté de l’essentiel.

La pratique des cohérences humaines intègre ces deux dimensions.

Celle de la maîtrise de et par l’essentiel : Sens, consensus, Cohérences Humaines,

Celle des conditions, moyens et effets dans la réalité.
Il nous faudra à chaque fois conjuguer et distinguer : ce qui est vecteur et moteur de l’action et ce qui en est traduction, médiation, méthodes et moyens.




THEORIE DE L’ACTION


Nous allons devoir proposer deux lectures d’une théorie de l’action.

l’une verticale où se joue le rapport Sens /réalités

l’autre horizontale où, dans la réalité, s’articulent les dimensions existentielles de l’action.

L’ACTION : ACTIVATION ET ACTUALISATION
DES COHERENCES HUMAINES

L’ACTION : ACTUALISATION

Si la réalité d’une situation, d’un problème, d’un projet est effet de consensus, alors toute transformation, changement, réalisation, évaluation, modification dans cette réalité est aussi effet de consensus.

Pour tout consensus il y a deux variables : la nature des Sens en présence et les Instances humaines qui les partagent.

Les Sens ce sont les cohérences humaines des problématiques qui constituent l’humanité de l’homme.

Les Instances humaines qui partagent ces problématiques, et leurs cohérences, sont celles des personnes qui forment les groupes et collectivités humaines, les cultures, les entreprises, les cités etc...

A une situation donnée dans la réalité correspond donc une problématique humaine, Sens en consensus, avec les cohérences humaines qui s’y rapportent.

La relation entre ces deux niveaux est une relation de transcendance (cf. "Au coeur du sujet" déjà cité)

La réalité est : "actualisation" du consensus c’est-à-dire : mise dans l’actualité, en acte, mise au présent, présentation ici et maintenant, signe de présence.

Pour qu’il y ait "actualisation" encore faut-il que les cohérences humaines en question soient "activées" alors que d’autres restent inactives, donc non actualisées (en potentiel, si on veut).

Par ailleurs si on observe que le consensus est ainsi fait de Sens activés, ceux-ci sont comme les "vecteurs-moteurs" de la réalité, comme "l’énergie orientée" de celle-ci.

La réalité est toujours, de ce fait, en mouvement, mouvement d’émergence et, si un Sens prédomine, mouvement de déplacement.

Ainsi la réalité est toujours en action et l’immobilité un cas limite.

De ce fait les actions que nous réalisons, les pratiques que nous envisageons sont toujours, existentiellement parlant, interventions dans un mouvement engagé, intervention dans une dynamique.

Il s’agit aussi, on le sait, d’une intervention logique dans l’organisation et la structure des choses.

Dans l’action-actualisation, les Sens activés sont les principes moteurs et structurants, logiques et dynamiques de la réalité et aussi de la pratique-intervention. Mais pour cela il faut que les Sens convenables, les cohérences humaines opportunes soient activés.

L’ACTION -ACTIVATION
Il y a donc un autre volet de l’action qui est l’action-activation celle qui réclame d’aller, au "coeur du sujet", opérer le travail sur le Sens, le travail sur le consensus, le travail sur les cohérences humaines.

Or l’homme qui agit n’accède à cela, au consensus commun que par sa propre implication, par ses propres cohérences en son Instance, au fond de sa personne.

C’est donc une question de "maîtrise-de-soi".

La maîtrise de l’action-activation, celle qui précède l’action-actualisation passe par la maîtrise, en soi-même de la problématique humaine en question et de ses Sens.

Le coeur du problème est le coeur du sujet... humain.

Toute maîtrise professionnelle est aussi maîtrise humaine d’une problématique personnelle. Le travail dans l’action est aussi travail intérieur. La résolution des problèmes dans la réalité se noue et se joue au coeur des hommes.

Il faut compléter cela par le fait que l’action-activation touche au consensus et donc à l’implication des autres.

De ce fait, nombre d’actions et, singulièrement, celle des dirigeants, des conseils en cohérences, et de bien des professionnels, passeront par une incitation à la maîtrise, de personnes elles-mêmes agissantes, relais dans une hiérarchie, ou auteur de leurs propres solutions, par exemple.

Il y a donc toute une compétence intérieure, qui se joue dans le rapport de maîtrise qui est service pour les autres, dont l’enjeu, action-activation, se situe au niveau des cohérences humaines, Sens et consensus, lieux des problématiques humaines.

Comment le chef d’entreprise résout-il tel problème technique ? Par un travail de relations et communications avec des techniciens, travail de consensus derrière les modalités manifestes de son action.

Si le lieu de l’action-activation est bien situé reste à indiquer comment se produit l’activation adéquate.

Le problème est très complexe (cf. "Au coeur du sujet" chapitre 4). Cependant nous donnerons ici trois indications utiles.

Il y faut d’abord positionner la problématique humaine en jeux. Quelle cohérence ?

Poser un problème a ce but et on le verra, cela revient aussi à se disposer dans cette problématique (se poser en problème). La"centration" en est une clé majeure. C’est l’un des apports importants de la pratique des cohérences humaines.

Il y faut ensuite pouvoir travailler sur les Sens du consensus, soit : choisir le Sens et en développer l’intensification (développement de l’actualisation).

Ce sont actes de décision, de direction, d’orientation et actes de développement dans la réalité.

Il résultent :
soit d’une maîtrise personnelle dont la nature est de discerner les Sens (conscience de Sens) pour disposer de la liberté essentielle, le choix de Sens,
soit de l’aide de repères et référents qui "activent" le juste Sens. Tout se passe alors comme si des réalités (actions, pratiques, conditions) activaient des Sens dans un consensus dont l’actualisation transforme la réalité.
On aura donc le plus souvent à se soucier :

de centrer le problème sur la problématique humaine judicieuse,

de déterminer le Sens.... de la résolution du problème ou de la réalisation desirée,

de propager le consensus de façon à ce que s’actualisent les résolutions, réalisations, ou changements collectifs espérés.

On peut schématiser le processus de l’action dans cette perspective verticale de cette manière.



Nous verrons toutes les implications de cette approche de l’action, activation, actualisation des cohérences humaines. Il faut d’ores et déjà insister sur le fait que la clé de la pratique des cohérences humaines réside dans :

la connaissance profonde des cohérences et problématiques humaines, des phénomènes humains et des changements et évolutions individuelles et collectives.

la maîtrise et le travail en soi de ces problématiques et cohérences qui renvoie aux problèmes d’évolution et de vocation personnelle ainsi qu’à ceux d’éthique et de responsabilité.

l’utilisation de stratégies, moyens et méthodes d’activation-actualisation pour aider à cette maîtrise et au partage des consensus.



Ayant examiné le rapport vertical Sens-réalité nous allons envisager comment la structure cohérencielle dessine le volet existentiel de cette théorie de l’action.

Si, selon la théorie des Cohérences Humaines, l’existence n’est pas cause d’elle-même on peut établir des corrélations logiques entre les dimensions cohérencielles de l’action, corrélations non causales mais néanmoins structurantes.

La lecture "horizontale" de cette théorie de l’action aidera à ordonner l’accessoire (moyen, médiation, méthode...) de façon à ce qu’il s’articule à l’essentiel (Sens, consensus...).

Pour ce qui concerne la réalité de la pratique des cohérences humaines et de l’action selon cette perspective, nous allons reprendre une lecture du cohérenciel qui est structure de l’expérience humaine, donc de toute réalité humaine.

Tout d’abord, la structure cohérencielle montre que toute réalisation résulte de la conjugaison des deux vecteurs Intention-Attention.

Autrement dit, toute action résulte de l’application d’une Intention (humaine) à un objet d’attention humaine pris dans son contexte.

Cela nous permet d’ores et déjà de comprendre et d’écarter trois conceptions de l’action qui résultent de réductions de la réalité des pratiques.

la réduction factuelle, qui élimine le sujet et l’intention, et identifie l’action au faire. Ce n’est plus qu’une affaire technique, de processus et de mécanismes.

Le développement technologique et industriel s’est beaucoup développé sur ce réductionisme dont le taylorisme est une représentation caricaturale.

Il n’y a place pour l’homme à son tour que comme producteur/consommateur/moyen de production, en concurrence directe avec la machine. La nécessité de survie en est la justification fatale.

la réduction formelle, qui élimine l’objet et l’attention et identifie l’action à la représentation. Ce n’est plus qu’une affaire de modèles, de plans et d’images. Communiquer devient le tout de l’agir, sans plus de prise sur les choses mais avec force bénéfices narcissiques. Certains hommes politiques et ceux des médias y sont souvent abonnés parmi bien d’autres qui font profession de semblants.

la réduction relativiste, qui élimine les buts et les réalisations. Elle se traduit par le réduction de l’action au jeu, jeu de la négociation par exemple, dans lequel la réussite du jeu suffit pour l’action, la réalisation étant superfétatoire.

Cette conception se contente d’actions vaines qui ne prêtent pas à conséquence et se gardent de toute responsabilité. Le plus souvent le bénéfice reste de l’ordre du vécu et d’un commerce avec l’archaïque affectif qui prête à toutes les manipulations.

La théorie de l’action fondée dans l’activation-actualisation des cohérences humaines (Sens en consensus) se déploie simultanément dans toutes les dimensions du cohérenciel.




STRUCTURE COHERENCIELLE DE L’ACTION

La détermination d’une intention.

Implication du sujet par son vouloir, elle se traduit par le fait de décider pour diriger l’action.
Décider c’est déterminer une intention et la tenir. Cela revient au fond au choix du Sens et à sa ferme tenue, au prix d’un travail personnel notamment.

La focalisation d’un objet d’attention

L’intention s’applique à un objet qui se détache toujours d’un contexte. Ce dernier représente les conditions de l’action, l’environnement de son objet, objet de préoccupation qui est un problème par exemple.
La situation fait problème, qui fait l’objet d’une préoccupation, à laquelle une intention va s’appliquer, permettant ainsi sa réalisation (extension).
L’approche de l’objet de préoccupation est aussi recherche d’une proximité L’effort d’attention l’amène jusqu’à la distinction des choses et éventuellement au discernement de leurs Sens.

le développement d’un projet

Il faut y voir à la fois le but et le chemin. C’est là que nous retrouvons le caractère stratégique de toute action en tant quelle résulte de la conjugaison d’une intention et d’un objet dans son contexte.
L’intention fait de l’objet : objectif ou but. Elle fait des conditions du terrain : cheminement stratégique.
La maîtrise de l’action revient à tenir dans leur articulation, ces trois dimensions.

La connaissance et le discernement à propos des conditions et des situations auxquelles s’adapter.

La détermination d’une position pour décider et diriger selon une orientation volontaire.

La construction d’un cheminement stratégique (méthodologie) pour réaliser les buts fixés.

Encore une fois c’est l’oubli de l’une ou l’autre de ces dimensions qui règne le plus souvent, laissant dans l’ignorance une partie de ce qui se passe et donne libre cours à la croyance dans l’efficacité des seules modalités reconnues.
La poursuite d’une révision de ces multiples croyances et ignorances serait salutaire. Elles correspondent toutes à la prédominance d’une cohérence humaine spécifique qui s’ignore et prend son effet pour la cause de l’action.
De là prolifération des moyens, méthodes techniques et accessoires et perte du contrôle et de maîtrise dont la crise contemporaine nous donne
de multiples exemples à tous les niveaux et dans tous les champs de responsabilité.
Il nous reste à considérer dans cette perspective de l’action l’articulation qu’il y a entre :

réalité initiale, en problème par exemple

réalité de la pratique

réalité finale.

Cette dernière est toujours transformation de la première. Mais si elle est la première transformée, alors la pratique est le mouvement même de transformation de cette réalité.
Il y aura donc lieu de distinguer la pratique pour le praticien professionnel, responsable etc... et la pratique qui est intervention dans une situation et qui est, au fond, "pratique de cette situation".
De nombreuses considérations peuvent aussi être développées sur la construction d’une pratique où les dimensions du cohérenciel de l’action marquent la possibilité de séquences qui feront, on le verra, la base des méthodologies de réalisation et de résolution des problèmes.







PRINCIPES DE LA PRATIQUE
DES COHERENCES HUMAINES


Sur ces bases relativement simples mais sommaires sont à développer de nombreuses conséquences qui contribuent à la richesse et la fécondité de la pratique des cohérences humaines.

POSER LES PROBLEMES

La façon de poser et prendre les problèmes est très différente de ce qui se passe le plus souvent.

Tout d’abord il n’y a problème que dans une situation donnée où manque une solution, une réalisation, qui présente une difficulté ou bien encore qu’il faut faire évoluer où à laquelle il faut ajouter quelque réalisation nouvelle.

Or puisque le problème est toujours lié à une réalité, locale donc, la pratique mais aussi la solution dérivent de la situation initiale.

La résolution de problème est toujours transformation de la situation : et non pas plaquage d’une solution sur une réalité initiale.

D’une certaine manière, lorsqu’on met en place une solution ou une réalisation "venues d’ailleurs" il est fait violence à la réalité initiale et au consensus qui la sous-tend donc aux personnes qui y sont impliquées. On s’étonnera alors de "résistances au changement".

On aura donc toujours à concevoir une pratique de transformation qui dérive du problème singulier, donc une pratique originale.

Poser le problème c’est par cela-même préparer l’acte de résolution, mettre en question la situation initiale pour en appeler à une réponse.

En outre la réalité du problème n’existe que par le consensus auquel participe celui qui fait cet appel. Ainsi le problème est toujours le problème de quelqu’un dans un collectif.

Il n’y a pas de problème indépendamment des hommes qui se trouvent "en problème".

De ce fait il ne peut y avoir de solution toute faite pour des problèmes à priori.

Si on considère cependant des problèmes et des solutions, comme généraux, c’est toujours quelqu’un qui assume de les poser ainsi.

Les problèmes ne se posent pas par eux-mêmes mais ils traduisent l’attente de personnes.

Or cette attente est, au fond, Sens et l’on peut souligner que pour poser un problème il faudra en déterminer l’objet, l’auteur et aussi le Sens de son attente.
Un problème peut être pris en plusieurs Sens. Sens de l’appel à la résolution d’un "manque à être encore réalisé", dans ce Sens.

Il faut retenir de cela qu’il n’y a pas de problème en soi mais toujours le problème de quelqu’un ou quelques-uns. Il y a une responsabilité à assumer de poser un problème de même qu’à attribuer à d’autres les problèmes qu’ils n’ont pas ou, du moins, ni dans les mêmes termes (objets) ni dans les mêmes Sens auxquels on s’attend. Il ne pourrait y avoir alors de solutions appropriées. Pensons aux pays en voie de développement mais aussi aux difficultés dites "sociales" de nombre de nos contemporains.

Le respect d’autrui passe par le respect des problèmes qu’il se pose, on pourrait dire on le verra : "par lesquels il se pose".


LA CENTRATION, POUR POSER DES PROBLEMES


De ce qui précède on peut tirer une conséquence pratique. Avant d’envisager quelque action que ce soit il faut poser le problème. Cela veut dire au fond déterminer la réalité en (du) problème à partir de laquelle une transformation est à conduire.

Une telle détermination peut se faire par le biais du cohérenciel dont on sait qu’il y suffit des vecteurs attention et intention mais que l’on peut compléter par d’autres dimensions.

Ainsi trois questions peuvent suffire pour "centrer" le problème et en poser la détermination.

C’est le problème de qui ? Personne, ou communauté de personnes qui peut être représentée par une autorité. Repère indispensable pour répondre aux autres questions.

Il est évidemment possible de se poser soi-même comme le sujet du problème... donc de la solution.

Cependant si ce n’est le problème de personne ce ne sera la solution de personne. Songeons à ce qui en découle dans les univers ou l’on prétend à l’impersonnalité des problèmes et des solutions, il y faut pourtant bien quelqu’un qui assume de poser le problème tout en en refusant la responsabilité (en être le répondant).

De quoi s’agit-t-il ? Il s’agit de fixer l’objet principal de préoccupation. De ce fait cela désigne ainsi le domaine dont cet objet est central.

Cette façon de centrer le problème hiérarchise les objets de préoccupation entre le principal et les secondaires.

Elle a aussi l’avantage de ne pas limiter le champ de la réalité du problème et donc celui de la solution et des voies et moyens d’y parvenir.

Il est aussi possible de hiérarchiser les problèmes ou de les relativiser l’un à l’autre.

Centrer l’objet c’est adopter un point de vue central pour embrasser tous les autres aspects.

Changer de point de vue relativise l’objet précédent qui passe du centre à la périphérie alors que c’est l’inverse pour le nouvel objet principal.

Cette discipline de centration qui oblige à poser l’objet central est aussi exercice d’une responsabilité. Elle institue un ordre des choses pour ceux dont le consensus sous-tend la réalité en question.

Poser le problème est, là aussi, acte d’autorité.

Pourquoi cela fait-il problème ? Cette question ne peut se rapporter qu’au sujet précédent et à son objet de préoccupation.

Elle vise à éclairer le Sens du problème donc l’intention selon laquelle le sujet aspire à une solution. Cela suppose de tenir en suspens ses interprétations à priori et de se mettre à l’écoute du Sens de l’attente (ou la demande).

La détermination du Sens du problème, donc de la démarche de résolution et de la solution espérée, est encore un acte de responsabilité. Il pose de plus la question éthique à celui qui aurait à chercher une solution, à assumer une pratique en vue d’y aboutir. Il est confronté à l’acceptation d’aller ou non dans ce Sens.

S’il n’y a pas consensus il n’y aura pas de réalisation possible entre celui qui pose le problème et celui qui le traite.

Aussi faut-il à la fois discerner ce Sens, l’accepter ou le refuser et, le cas échéant, pro-poser ou pro-voquer tel autre Sens.

En définitive la centration dont nous n’avons vu que les déterminants essentiels est à la fois :

une méthode pour poser les problèmes

une discipline pour se poser en problème
(en voie de résolution)

un enjeu de négociation

la détermination des termes d’un contrat

un acte de responsabilité

C’est une des clés majeure de la pratique des cohérences humaines où les questions de positionnement, de disposition renvoient à la façon de poser les problèmes.

C’est aussi la clé d’actes majeurs comme décider ou contracter mais aussi pro-voquer ou pro-poser.

On peut même dire que la centration est l’essentiel de toute pratique des cohérences humaines et, on le verra, l’essentiel de la discipline homologistique par laquelle s’engage le traitement des problèmes en même temps que l’exercice et l’accomplissement d’une maîtrise, par exemple professionnelle.


PROBLEMES ET PROBLEMATIQUES HUMAINES


Chaque problème est particulier dans la mesure où il actualise un consensus particulier entre un groupe de personnes dont les Instances partagent certains Sens ou cohérences humaines.
Cependant, on l’a vu, ce qui constitue l’Instance des personnes, leur humanité, ce qu’elles ont à partager ce sont ces complexes de Sens qui constituent les problématiques de l’humain.

Ainsi chaque réalité mais aussi chaque problème particulier actualise une problématique humaine générale.

On voit là se dessiner un rapport du général au particulier où la problématique générale "génère" le problème particulier.

Le problème est d’ailleurs particulier de par la façon dont la problématique est engagée dans le consensus et la participation spécifique d’Instances à ce consensus.

Cela étant, le travail qui résoudra la situation particulière, se situe au niveau de la problématique humaine, générale pour l’humanité de l’homme, particulière pour celui ou ceux qui s’y trouvent confrontés.

Il y a donc simultanément dans toute pratique la mise en oeuvre d’une stratégie générale dans des conditions particulières autrement dit de principes d’action généraux selon des modalités pratiques originales.

Toute pratique est à la fois originale dans ses modalités et générale dans ses principes.

Mais nous avons d’autres considérations à faire sur le soubassement de tout problème existentiel.

L’une des plus importantes consiste à reconnaître que derrière n’importe quel problème, fusse-t-il technique, matériel, social, politique, économique, personnel, culturel etc... il y a toujours en jeu une problématique humaine.

S’y joue donc toujours un enjeu d’humanité.

Ainsi au travers de tous les problèmes de l’existence c’est toujours l’homme qui est en jeu comme source du problème et d’engagement d’une pratique. Toute pratique liée à un problème quelconque dans un champ professionnel par exemple est toujours une pratique humaine, confrontation à une problématique profonde de l’humain en soi-même.

De ce fait aussi la connaissance profonde de l’homme et de ses problématiques éclaire sur les problèmes dans la réalité. Par exemple tel problème scientifique témoigne d’une interrogation fondamentale de l’homme. On peut ainsi reconnaître, dans les recherches sur l’origine de l’univers, l’expression, en plusieurs Sens, d’une "problématique de l’origine" en l’homme.

Mais il se fait que cette même problématique peut s’actualiser dans de nombreux consensus et donc dans de nombreux problèmes.

Ainsi des problèmes de nature très différentes dans des contextes extrêmement variés peuvent être l’actualisation d’une même problématique humaine relevant donc des mêmes principes d’action mais pas des mêmes modalités pratiques.

Il y a là la clé d’une transdisciplinarité tant pour la connaissance que pour l’action.

Si on y ajoute le fait que telle personne est spécialement concernée par cette problématique humaine de par son histoire, elle y trouvera là : sa vocation, ses talents, sa profession mais aussi ses épreuves.

Dans l’existence se nouent ainsi des rapports entre des hommes et des situations, entre des problèmes "extérieurs" et des problématiques profondes, entre des questions générales et des situations particulières, entre des registres et des modalités apparemment étrangers dans leur forme mais proche dans le fond.

On y appuiera un principe du plus grand intérêt pour la pratique : L’homologie, que l’on développera plus loin et qui donne son nom à l’homologistique pour nommer la discipline d’où ressortissent les pratiques des cohérences humaines.

Reste encore une considération qui dérive du fondement de tout problème effectif dans une problématique humaine, là aussi se joue la question de la résolution.

On peut définir une pratique par la recherche de satisfaction d’une attente.

Ainsi cela revient à persévérer dans le Sens dans lequel la problématique de fond est engagée indépendamment de la question de sa résolution.

La résolution d’une problématique humaine, part de la nature humaine, vise toujours à trouver et cultiver le "bon Sens", Sens du "bien" de l’homme par lequel il s’accomplit.

Nous rejoignons la question éthique précédemment engagée. Par là il n’y a pas de véritable résolution d’un problème dans l’existence en dehors de la résolution de la problématique humaine qui le sous-tend.

C’est simultanément la question de l’éthique et de l’efficacité qui se trouvent conjointes, à condition qu’il s’agisse d’efficacité pour l’homme et, pour son devenir.

L’accomplissement de la pratique est, strictement, le processus d’accomplissement humain.

Ceci est d’une portée considérable pour la pratique des cohérences humaines, renonçant à la dissociation : technique et morale, non par devoir abstrait, mais par co-naturalité de l’un et de l’autre au fond de tous les problèmes que l’homme se pose (y en a-t-il d’autres qui ne soient les siens ?)

Ce n’est plus la satisfaction que vise la pratique mais l’accomplissement.

Révolution copernicienne !..

Le Sens du meilleur de l’homme est celui même de son accomplissement et il y a duplicité à penser que le meilleur de l’homme peut-être distrait de son sens celui du bien de l’homme.

Il y a cependant en l’homme suffisamment de duplicité pour dissocier les deux au prix du détournement de toute évaluation juste.

La résolution d’une problématique humaine est un champ de réflexion et de stratégies nécessaires pour fonder les pratiques particulières.
On notera que, sur le fond, il s’agit toujours simultanément ou successivement :

soit de changement de Sens pour trouver le "bon" Sens

soit de cultiver un Sens, le "bon" si possible.

Cela est possible grâce à une maîtrise, celle de ceux qui l’ont cultivé en eux-mêmes à l’épreuve de leur propre existence (selon des modalités infiniment variées et dans de multiples domaines "homologues") ou bien grâce à des aides élaborées au cours des temps, oeuvres de civilisation significative.

On rejoint là toute la question du travail humain qui devient travail intérieur d’accomplissement en même temps que travail "extérieur" de résolution des problèmes de l’existence dans la vie quotidienne, la vie professionnelle, la vie de responsabilités.

Les métiers, eux mêmes, ne peuvent alors être compris, dans l’art et la manière de leur exercice, que comme service des hommes, donc de leur bien, donc de leur accomplissement au lieu même de telle ou telle problématique générale. Une étude fondamentale de tous les métiers permettrait d’en engager l’essentiel, fondé dans le profond des hommes concernés (et non pas dans le fonctionnement des techniques).

D’une façon générale toutes les pratiques mais aussi tous les problèmes peuvent faire l’objet de telles investigations pour reconnaître la problématique humaine qui les fonde et ainsi les réactualiser ou encore les rapprocher par homologie mais aussi envisager les conditions d’une maîtrise humaine qui implique éducation et formation.





HOMOLOGIE ET HOMOLOGRAMMES


Quel rapport y-a-t-il entre un récit et la situation ou l’évènement rapporté. Dans la forme rien ou peu de choses ! Un discours d’un côté des faits de l’autre. Et pourtant le discours re-présente les faits. Il porte donc quelque chose qui appartient aux faits si bien qu’ils deviennent imaginables par qui n’en était pas témoin.

Celui-ci peut à son tour s’en inspirer, par exemple pour régler sa conduite ou mener une action. Quels liens entre cette action, le discours, les faits initiaux ?

Le lien n’est pas de forme mais de Sens.

Il y a homologie entre eux (mêmes Sens).

Pour l’homme toute expérience dans la réalité en active les Sens en lui, les cohérences humaines qui font la réalisation de cette expérience. Mais ces mêmes Sens peuvent s’actualiser de mille manières, toutes homologues.

Nous ne cessons comme cela de passer d’un registre à l’autre. Une situation "active" un souvenir homologue qui active une impression, qui active une idée, qui active un acte, qui active une situation etc... jusqu’à ce que cesse ce jeu d’activation/actualisation.

Cette traduction des mêmes Sens dans plusieurs registres est l’oeuvre du théoricien qui transpose dans le langage conceptuel une expérience pratique mais aussi celle du praticien qui transpose dans l’action la théorie ou la simple idée qu’il a de son travail.

Il y a homologie entre la théorie et la pratique entre le plan et sa réalisation.

Le rêve lui-même est homologue d’une collection de situations que le psychanalyste décode : souci actuel, évènement récent, situation répétitive, souvenirs etc. Il y a d’ailleurs erreur d’interprétation lorsque l’une de ces transpositions, le souvenir ancien, est pris pour la cause des autres.

L’artiste traduit dans son art des cohérences humaines activées pour lui par l’actualité ou telle ou telle expérience.

L’amateur, à son tour activé, en éprouvera une émotion, formera une idée et peut-être une décision. C’est un jeu d’homologies.

La communication humaine est entièrement affaire d’homologie. Des réalités véhiculent des Sens qui, eux, ne se situent qu’en l’homme.

Le message actualise Sens et cohérences humaines et active Sens et cohérences humaines pour autrui dont la réponse est homologue au message... s’il n’y a pas difficulté de communication.

Il y a homologie entre les différentes facettes d’une même réalité : factuel, représentatif, relatif, entre l’affectif, le mental, le physique.

Le lien d’homologie est un lien de corrélation et non pas un lien causal (malgré l’image du jeu activation/actualisation).

Par exemple pour ce que l’on appelle psycho somatique, il n’y a pas d’influence d’une psyché sur un corps comme s’il s’agissait de deux objets face à face.

Il n’y a que deux registres d’expression homologues d’un même jeu des cohérences humaines.

De même, dans une organisation ou une entreprise, les phénomènes économiques, stratégiques, organisationnels etc... sont dans un rapport d’homologie.

Lorsque, d’ailleurs on veut fabriquer une image fausse, un semblant, il s’agit au fond de tenter de rompre l’homologie de façon à ce que l’image ne révèle plus le Sens authentique mais en véhicule un autre. C’est là l’illusion. Un discernement aiguisé lira, dans la façon de réaliser cela, le Sens de la duplicité qui y est probablement présent, cherchant à se masquer.

Toute séduction joue sur cette tentative de détournement du Sens. La victime se trouve aux prises avec un double jeu d’homologies, celle de l’expérience effective et celle du discours affiché.

Le langage, celui des mots et des images, est à la fois la meilleure façon de témoigner du Sens mais aussi de tenter de détourner le Sens. Le mensonge est cela, non pas tant par le changement des formes mais par le détournement du Sens (de l’esprit).

Dans la pratique des cohérences humaines l’homologie est un principe majeur. D’une part parce que nous accédons aux situations par le biais d’homologies, témoignages, signes, expériences partielles etc...

Le problème formulé est homologue à la situation qui fait problème. Mais puisque la solution et la pratique nécessaire doivent être de même Sens que le problème alors elles doivent être homologues.

C’est d’une très grande portée pratique tant pour comprendre ce qui se passe dans toutes les pratiques humaines, même largement instrumentalisées, que pour construire des pratiques spécifiques.

la solution doit être homologue au problème.

la pratique doit être homologue à l’un et l’autre.

toutes les composantes de la pratique sont homologues entre elles dans leur succession (phases) et leurs modalités, moyens d’action et processus engagés.

toutes les composantes d’une réalisation sont homologues.

D’une très grande portée aussi est le fait que le rapport du tout et des parties dans la réalité est un rapport d’homologie. Cela rappelle les modèles holographiques de plus en plus développés actuellement et aussi les régularités dans les théories du chaos ou des fractales.

Ainsi, par homologies successives peuvent se concevoir, puis se mettre en oeuvre, les méthodes ad-hoc qui conviennent au problème en situation et se construire pas à pas les réalisations ou solutions pertinentes, homologues au problème.

Tout cela comme tout ce qui est pratique de vie, pratique professionnelle, pratique sociale etc... est jeu d’alternance activation/actualisation, Sens/ réalité, qui se traduit par un rebondissement d’homologies entre de multiples réalités.

Le lien entre elle est Sens, cohérence humaine donc. Le lieu du lien est l’Instance de chacun dans les consensus partagés.

L’homme est celui qui "réalise" le "Sens" et qui par les réalités est touché au lieu de ses Sens : son Instance. Il est l’acteur et l’auteur des homologies, c’est- à-dire le seul praticien des cohérences humaines (dans son monde).

Ces pratiques emplissent les bibliothèques, les musées, les cités, avec toutes les oeuvres de l’humanité. Elles se confondent avec l’expression des cultures, les projets et les réalisations majeures ou quotidiennes, les évènements de l’histoire mais aussi la façon de raconter l’histoire et nos histoires, avec nos soucis et nos affaires, nos institutions, nos théories et nos pratiques, nos technologies nos moyens et même nos crises.

Tout cela témoigne des cohérences humaines et des rebondissements, d’homologies en homologies, qui traversent le temps et l’espace.

La pratique des cohérences humaines utilise ce phénomène pour tenter de mieux le maîtriser dans les circonstances particulières d’un problème donné.

Les méthodes et techniques élaborées à partir de la théorie des Cohérences Humaines et largement expérimentées s’appuient sur cela dont la maîtrise dépend d’une bonne centration.

En effet, chaque cohérence humaine est la source d’une infinité de relations d’homologie et il n’y a pas homologie entre les manifestations de Sens, consensus et cohérences humaines différents. Il s’agit donc à chaque fois de bien déterminer le lieu et le lien communs sur lesquels le travail d’homologies est à faire.

Souvent on utilisera une traduction particulière comme repère de centration et comme référent pour toute une chaîne d’homologies. On appellera homologramme cette représentation du problème, de la situation, du projet, de la solution etc.. qui sert de référence et de repère.

Nous disposons d’homologrammes pour nous recentrer, réactiver et transmettre nos travaux. Cela va du mythe au rite, du mandala au texte familier, de la règle au plan, du logo à la charte, du concept à l’organigramme etc... tous matériaux de référence pour nous y "retrouver" ou nous "re-mettre" au travail ou "trans-mettre" ce qui nous paraît essentiel.

L’homologramme est comme la lettre, le signe, la métaphore, le symbole, la parabole qui expriment le Sens mais ne le sont pas et qui renvoient, par homologie, à quelque autre réalité, antérieure ou postérieure.

Tout de l’homologramme témoigne du Sens, de la cohérence humaine qui l’actualise, le tout et les parties. Cependant rien de l’homologramme peut n’être présent dans le problème ou la solution, le détour peut être important et il est d’ailleurs utile pour la créativité ou le discernement.

L’homologramme enfin représente, comme le symbole, à la fois ce qu’il en est d’une relation, celle d’un groupe d’hommes en consensus. Il en est comme l’incarnation et, de ce fait, peut en être le réactivateur : d’où l’importance d’homologrammes dans les phénomènes relationnels et collectifs, couples, familles, cités, nations, collectivités, entreprises, églises, etc.

Leur respect est nécessaire pour que s’en trouve respectés ceux qui en partagent le consensus. Cela renvoie au respect des cultures mais aussi au respect des choses fussent-t-elle des visions du monde ou de la nature (des choses) en tant qu’homologrammes d’un consensus témoin d’une cohérence humaine. Le respect ne veut pas dire acceptation complaisante mais considération, éventuellement critique.

Par le principe d’homologie tout peut être posé comme homologramme, texte, musique, image, fait, méthode, geste, sentiment, situation etc... formule scientifique, concept, etc... mais à chaque fois c’est d’une problématique humaine qu’ils témoignent.

Ainsi le monde, comme homologramme, est actualisation de l’humanité de l’homme mais ce n’est qu’en un certain Sens (celui de l’accomplissement de l’homme) que l’un révèlera l’autre.

La multitude des réalités de ce monde, formant autant d’homologrammes possibles pour témoigner des problématiques humaines et de l’engagement des hommes dans leur réalisation (ou leur évitement), pourront donc servir d’appui à un travail humain.

Les homologies et les homologrammes sont d’ailleurs ce par quoi se multiplient, se diversifient et se complexifient nos réalités tandis que c’est du côté des cohérences humaines que l’on trouvera : la simplicité, l’unité, le principe.

Homologies et homologrammes sont les médiations qui permettent d’y accéder, accéder à plus de maîtrise de notre humanité au travers des choses de la vie et des affaires humaines.

L’INTELLIGENCE SYMBOLIQUE


La pratique des cohérences humaines implique un regard, une attitude, une démarche nouvelle, du moins fort inhabituelle.

Chaque fois que l’on est confronté à quelque chose, il s’agit de le prendre comme manifestation d’une cohérence humaine, de Sens en consensus. Toute réalité est comme la lettre qui présente, sans le montrer, l’esprit et tout changement dans cette réalité viendra de l’esprit de ces cohérences humaines sous-jacentes.

La pratique sera toujours prise entre : envisager le Sens derrière les réalités et exprimer le Sens au travers de réalités. Reste, au milieu de tout cela, à savoir quel Sens, de quelle problématique humaine il s’agit ou du moins de s’y centrer.

Face à un problème, une situation, une réalité on peut s’efforcer de la décrire, de l’analyser d’en comprendre la logique etc... Cela relève de divers modes de conscience et de connaissance que la théorie des Cohérences Humaines éclaire. On peut les reconnaître à l’oeuvre derrière telle ou telle approche épistémologique ou tel consensus scientifique, tel courant de penser, etc.

De même les méthodes empiriques ou "scientifiques" d’analyse et de compréhension relèvent :

soit d’une conscience objectivante , analytique (attention)

soit d’une conscience rationalisante, déductive (extension)

soit d’une conscience intuitive, subjective (intention)

soit d’une conscience sensible, appréciative (relatif)

soit d’une conscience mentale, synthétique (représentatif)

soit d’une conscience réactive, "pratique" (factuel).

Or tout cela n’accède pas au Sens et il faut une autre conscience (conscience de Sens) pour pénétrer au coeur des choses : Sens, consensus et cohérences humaines.

Voir toute chose dans sa consistance certes, mais surtout comme révélateur de Sens relève de ce qu’on peut appeler une intelligence symbolique.

L’écoute du Sens derrière les faits, les choses, les discours, les problèmes, les situations, les symptômes... participe de l’intelligence symbolique.

Il ne suffit pas de se demander qu’est ce que cela dit mais d’entendre ce que cela veut dire, ce que cela signifie et, pour cela, il faut écouter l’homme derrière les choses.

Si le lieu du Sens des choses est le consensus, celui-ci n’a lieu que dans l’Instance des personnes.

Ce n’est qu’en soi que l’on peut entendre le Sens des autres est donc le Sens des choses. Si l’oreille est tendue vers l’extérieur l’écoute est tendue vers l’intérieur.

A l’extérieur les réalités prises comme homologrammes, à l’intérieur les cohérences humaines, en soi, qui participent au consensus et qui font écho.

L’intelligence symbolique cherche aussi à se dégager des multiples activations qui nous sollicitent sans cesse pour se poser sur un problème, se centrer sur une problématique, se tenir dans un Sens.

Le travail de centration participe de l’intelligence symbolique, liée donc à la responsabilité qui implique la pratique des cohérences humaines.

Enfin l’intelligence symbolique s’exprime aussi dans le chemin Sens/réalité où l’actualisation du Sens qui en est comme l’expression s’assimile à une réalisation concrète originale de par la singularité des situations et de par l’origine, en soi-même, de la pratique et de sa production.

L’intelligence symbolique se traduira par la possibilité d’une juste traduction du Sens décidé (direction). Au-delà de la multiplicité des savoir-faire, il y a ce qui les intègre et qui donne "cohérence" au résultat.

La maîtrise des cohérences est cet autre volet de l’intelligence symbolique. Quête de l’essentiel - prises de positions essentielles, expression de l’essentiel, telles sont les dispositions de l’intelligence symbolique.

On peut concevoir des méthodes d’efficience personnelle, des méthodes de développement personnel fondées sur l’exercice de l’intelligence symbolique.

Ce sont les techniques développées, tant pour l’analyse (analyse de cohérence, analyse figurative...) que pour la décision (centration) que pour le développement d’actions ou de projets (créativité générative...)

On a là quelques-unes des techniques de la méthode homologistique, démarche de maîtrise de la pratique des cohérences humaines.