De la question du Sens dérive une praxéologie qui non seulement éclaire les déterminants de l’action humaine mais aussi les principes d’efficience qui débouchent sur des pratiques opérationnelles. On trouvera là différents repères pour l’action dans la façon de poser et traiter les problèmes
Le rapport de la théorie à la pratique est aujourd’hui
fort perturbé à tel point que, pour beaucoup, la
condition de l’efficacité passe par le rejet de la théorie.
Paradoxalement ce refus d’une référence à
une théorie pour expliquer et justifier une action s’assortit
de l’expression de certitudes d’évidences dont le caractère
initialement théorique est tout simplement oublié.
De ce fait l’édifice conceptuel, toujours théorique,
qui structure et ordonne les actes est confondu avec le fait
d’expérience tout en échappant à la confrontation
critique.
Ce qui est à noter alors c’est la confusion qui règne
autour de l’action, autour des pratiques de toute nature.
Le souci de l’action se paie d’un aveuglement militant. Celui-ci,
occultant les critères de valeurs de celle-ci, en interdit
l’évaluation.
L’activisme contemporain ne peut survivre que grâce à
cet aveuglement, grâce au refus de la théorisation
et au déjouement de l’évaluation.
Tout cela relève d’un certain type de cohérences
humaines. Un autre type, fort à l’oeuvre aujourd’hui,
se traduit par la multiplication des modèles, des discours,
aux fins de refléter la réalité dans un
miroir qui extrait de celle-ci, par abstraction, l’ordre et la
structure des choses.
Ainsi il suffirait d’édicter des normes, modèles,
règlements, pour que "l’action soit faite".
Dès lors la prolifération des lois, règlements,
procédures est confondue avec l’action.
Cette confusion se retrouve sur le terrain où la "mise
en place" d’un dispositif et la conformité d’un fonctionnement
avec la norme sont seuls critères de mesure de l’action.
On s’étonne alors de l’absence de prise sur le réel.
On peut, là encore, s’en sortir en "mettant en place"
des dispositifs d’évaluation qui, n’atteignant pas au
réel, se contentent de "certifications de conformité"
au niveau des procédures.
Nous sommes là en face de deux cohérences humaines
aux variantes multiples mais où on reconnaîtra :
d’un côté la justification
d’un pragmatisme cynique, efficace, à condition de ne
pas interroger les critères de mesure et de valeur de
l’efficacité.
de l’autre la croyance dans le fait que
la réflexion est agissante par le biais de l’ordre des
choses qu’elle programme.
L’ordinateur est alors l’incarnation de
l’illusion d’emprise sur le réel, le fonctionnement du
programme passant pour efficience.
Observons alors l’intérêt d’une complexification
comme mode d’action et d’une justification empirique de la complexité
comme écran à la possible évaluation de
l’effet de l’action.Une certaine cohérence humaine concilie
ainsi les deux logiques initiales.
Il ne serait pas inutile de pousser, avec rigueur l’analyse des
rapports théorie-pratique dans le monde actuel. On y joindrait
d’ailleurs certains débats épistémologiques
et par exemple celui qui oppose les tenants d’un empirisme où
seule l’expérience factuelle est, par l’observation, source
de la théorie (scientifique) et ceux qui disent que sans
modèle mental à priori il n’y a pas d’observation
et donc d’expérience (factuelle) intelligible.
La théorie des Cohérences Humaines propose une
compréhension neuve de ces questions par le fait que les
différents rapports théorie-pratique, de même
que ces réalités humaines que sont les théories
et les pratiques seront lus comme témoignages de l’humanité
de l’homme. Ils relèvent de Sens et cohérences
multiples par le fait des consensus qui leur donnent à
la fois un caractère culturel et une portée universelle.
La pratique des Cohérences Humaines renvoie chacun à
la source en lui-même de ses actes : Sens et Cohérences
personnelles, et aux conditions de son action : les consensus
avec les autres, et, enfin aux modalités de celle-ci dans
l’existence commune.
L’action des hommes est actualisation de leur humanité.
Les réalisations humaines sont expressions actuelles des
cohérences humaines activées (Sens et consensus).
Dans ses pratiques l’homme se réalise c’est-à-dire
: fait une réalité de son humanité partagée.
Ainsi tout ce qui relève de la pratique, de l’action et
des réalisations humaines est "exercice d’humanité",
travail humain.
Or, si ce travail est engagé dans un Sens favorable (celui
du bien de l’homme) alors il accomplit son auteur en s’accomplissant.
Ceci nous renvoie directement à l’éthique de la
pratique, à la responsabilité, à la direction
de l’action et des entreprises, fussent-elles politiques.
Mais comment se tenir et développer une telle perspective
s’il n’y a la possibilité d’une certaine maîtrise
de la pratique.
Si seul l’homme agit et non pas ses moyens (par eux-mêmes)
alors le perfectionnement des moyens (méthodes, techniques,
outils...) n’est pas la principale condition de l’efficacité.
C’est la maîtrise de l’homme, simultanément maîtrise
de choses et maîtrise de soi.
Nous voilà au coeur du débat technologique où
la maîtrise professionnelle est remplacée par la
technicité, elle-même réduite trop souvent
au maniement de l’appareil technico-méthodologique.
Inversement le développement professionnel est celui d’une
maîtrise et toute maîtrise humaine de la pratique
(humaine) passe par une maîtrise de soi, de ses propres
dispositions (Sens et cohérences). C’est l’utilité
principale de la théorie : donner les repères qui
vont permettre une plus grande maîtrise, personnelle et
collective des dispositions à l’action .
Ainsi la théorie provoque et facilite la pratique, de
même qu’il n’y a pas d’autre source à la théorie
que l’expérience pratique, l’une et l’autre ayant même
fondement, même source, les Sens et cohérences humaines.
C’est là leur lien, en l’homme, au coeur du sujet.
Nous allons développer la question de la pratique des
cohérences humaines sous trois angles de vue :
la nouveauté de l’approche des problèmes
et des situations
l’implication de l’homme dans l’action,
sa détermination et sa maîtrise dans l’exercice
des responsabilités.
la démarche méthodologique :
enjeux, voies, et moyens nouveaux pour l’action.
UNE APPROCHE NOUVELLE DES PROBLEMES
Toute pratique vise à intervenir sur et dans la réalité
: résoudre une difficulté, ou réaliser un
projet, par exemple.
La création de l’artiste, l’oeuvre de l’artisan, l’action
du professionnel, l’exercice de la responsabilité du dirigeant
sont autant de domaines de la pratique.
Il faut aussi compléter cela par la distinction entre
des productions matérielles, intellectuelles, sociales...
qui s’avèrent toujours reliées, même si telle
ou telle fait l’enjeu principal d’une pratique.
Et puis il y a aussi à envisager le terrain de l’action,
ses résultats ou ses fruits à terme et aussi ses
modalités. Là encore, à l’encontre de ce
qui est souvent imaginé, il y a un lien.
Comment agir sur quelque chose si il n’y a pas une "approche,"
un contact, une proximité avec elle ?
Comment peut-il y avoir effet si il n’y a pas dans cette proximité
même déploiement de gestes, de comportements, de
moyens appropriés c’est-à-dire qui collent à
la situation et aux fins spécifiques envisagées
?
Comment les résultats pourraient-ils être indépendant
de la situation première et des moyens pratiques engagés
?
La pratique des Cohérences Humaines nous amène
à bouleverser l’approche des problèmes, à
énoncer les bases d’une théorie de l’action humaine
dont on verra ce qu’elle implique dans la pratique.
SENS ET REALITES,
L’ESSENTIEL ET L’ACCESSOIRE
Rappelons le à nouveau, selon la théorie des Cohérences
Humaines, les réalités sont toujours le fait d’un
consensus. Elle n’existent que par les hommes, qui en font l’objet
de leur considération, pour la connaissance et pour l’action.
Elle sont toujours ainsi expressions, manifestations de Sens,
c’est-à-dire de cohérences humaines.
Dans toute situation, la réalité qui se présente
n’est rien d’autre que la façon dont se réalisent
(pour l’homme) les Sens du consensus.
Si, ainsi, toute réalité est manifestation de Sens
et consensus alors rien ne peut se produire dans la réalité
qui ne soit la conséquence immédiate de ce qui
se passe dans le consensus.
C’est là la clé du bouleversement, de la révolution
copernicienne qu’introduit la théorie et la pratique des
Cohérences Humaines.
Le centre, l’essentiel, c’est le Sens en consensus. Le périphérique,
l’accessoire c’est la réalité où se posent
et se résolvent les problèmes.
Pour reprendre une image de Freud, tout se passe comme si la
réalité, avec ses problèmes, les pratiques,
les méthodes et leurs résultats, étaient
la projection sur un écran, le rideau de théâtre
d’une scène qui se joue ailleurs, derrière le rideau.
Le visible est l’ombre portée d’un réel invisible.
De même le traitement des problèmes dans la réalité
(humaine) est-il l’ombre portée de ce qui est engagé
du côté des Instances, des Sens et consensus, des
Cohérences Humaines.
Si, en fait, les Cohérences Humaines sont la source des
réalités humaines alors toute pratique efficiente
dans la réalité passera par la recherche et l’exercice
d’une certaine maîtrise des Cohérences Humaines.
Dans les perspectives habituelles, considérant la réalité
comme un absolu indépendant de l’homme, alors toute action
dans la réalité ne peut se faire que par la réalité
elle-même.
La réalité de la méthode, des moyens, agit
immédiatement sur la réalité du problème,
de la situation. On pense alors que c’est "la méthode
qui marche" comme si elle était le sujet de l’action.
L’homme n’est plus alors qu’un objet de celle-ci, accessoire
du moyen employé et même l’employé du moyen
(appareil, organisation, dispositif...)
La notion d’emploi, soulignons-le, équivaut à l’instrumentation
de l’homme, réduit au statut d’accessoire, de moyen employé
ou en recherche d’emploi.
Dans la perspective nouvelle, ici dessinée, seul l’homme
réalise (en conscience et en acte), seul l’homme agit,
même si, pour ce faire il participe par sa propre réalité,
aux conditions de l’action, mêlée ainsi aux situations
et moyens de celle-ci.
De cette manière l’homme est présent : aux sources
de la réalité et de l’action par les Sens et cohérences
qui sont les siens en son Instance (personnelle) qu’il partage
en consensus (culturels) et au niveau de la réalité
et des réalisations, très souvent le seul espace
de conscience.
C’est notamment cette limite de conscience qui masque aux hommes
le lieu même de leur humanité et les clés
de toute action dans la réalité.
La recherche de recettes, l’idée que c’est le moyen, la
méthode qui "marchent" ou qui opèrent,
montrent cette ignorance du lieu décisif de toute réalisation
: les Cohérences Humaines en consensus.
Il faut changer de regard pour redécouvrir que moyens
et méthodes n’opèrent que par et pour l’homme (dans
ce monde qui est celui de l’homme).
En définitive ce qui caractérise la pratique des
cohérences humaines c’est de viser à l’essentiel,
Sens et Consensus, au coeur du sujet, au coeur des situations
et des problèmes, au coeur des cultures collectives, au
coeur de l’homme pour atteindre le lieu de toute action.
La réalité est alors l’écran, la scène,
le médium, le moyen de cette action.
Si les conditions, moyens et objectifs de l’action se situent
dans cette réalité, le lieu déterminant
de cette action est au-delà.
De ce fait ce qui fonctionne dans cette réalité
commune ne se produit que par ce qu’il en est au niveau des Cohérences
Humaines et des consensus.
La pratique des Cohérences Humaines est donc celle de
leur maîtrise pour agir sur les réalités
qui sont les nôtres.
Le lieu de l’action est le coeur de l’homme, lieu de la maîtrise
des cohérences humaines ; le "théâtre"
où elle se manifeste est la "réalité"
des problèmes, moyens et solutions.
Tout se passe, comme si nous étions le plus souvent dans
une vision en surface des choses, horizontale, superficielle,
alors qu’il n’y a de véritable cause de ce qui se passe,
qu’en profondeur, verticalement du côté de l’essentiel.
La pratique des cohérences humaines intègre ces
deux dimensions.
Celle de la maîtrise de et par l’essentiel
: Sens, consensus, Cohérences Humaines,
Celle des conditions, moyens et effets
dans la réalité.
Il nous faudra à chaque fois conjuguer et distinguer :
ce qui est vecteur et moteur de l’action et ce qui en est traduction,
médiation, méthodes et moyens.
THEORIE DE L’ACTION
Nous allons devoir proposer deux lectures d’une théorie
de l’action.
l’une verticale où se joue le rapport
Sens /réalités
l’autre horizontale où, dans la
réalité, s’articulent les dimensions existentielles
de l’action.
L’ACTION : ACTIVATION ET ACTUALISATION
DES COHERENCES HUMAINES
L’ACTION : ACTUALISATION
Si la réalité d’une situation, d’un problème,
d’un projet est effet de consensus, alors toute transformation,
changement, réalisation, évaluation, modification
dans cette réalité est aussi effet de consensus.
Pour tout consensus il y a deux variables : la nature des Sens
en présence et les Instances humaines qui les partagent.
Les Sens ce sont les cohérences humaines des problématiques
qui constituent l’humanité de l’homme.
Les Instances humaines qui partagent ces problématiques,
et leurs cohérences, sont celles des personnes qui forment
les groupes et collectivités humaines, les cultures, les
entreprises, les cités etc...
A une situation donnée dans la réalité correspond
donc une problématique humaine, Sens en consensus, avec
les cohérences humaines qui s’y rapportent.
La relation entre ces deux niveaux est une relation de transcendance
(cf. "Au coeur du sujet" déjà cité)
La réalité est : "actualisation" du consensus
c’est-à-dire : mise dans l’actualité, en acte,
mise au présent, présentation ici et maintenant,
signe de présence.
Pour qu’il y ait "actualisation" encore faut-il que
les cohérences humaines en question soient "activées"
alors que d’autres restent inactives, donc non actualisées
(en potentiel, si on veut).
Par ailleurs si on observe que le consensus est ainsi fait de
Sens activés, ceux-ci sont comme les "vecteurs-moteurs"
de la réalité, comme "l’énergie orientée"
de celle-ci.
La réalité est toujours, de ce fait, en mouvement,
mouvement d’émergence et, si un Sens prédomine,
mouvement de déplacement.
Ainsi la réalité est toujours en action et l’immobilité
un cas limite.
De ce fait les actions que nous réalisons, les pratiques
que nous envisageons sont toujours, existentiellement parlant,
interventions dans un mouvement engagé, intervention dans
une dynamique.
Il s’agit aussi, on le sait, d’une intervention logique dans
l’organisation et la structure des choses.
Dans l’action-actualisation, les Sens activés sont les
principes moteurs et structurants, logiques et dynamiques de
la réalité et aussi de la pratique-intervention.
Mais pour cela il faut que les Sens convenables, les cohérences
humaines opportunes soient activés.
L’ACTION -ACTIVATION
Il y a donc un autre volet de l’action qui est l’action-activation
celle qui réclame d’aller, au "coeur du sujet",
opérer le travail sur le Sens, le travail sur le consensus,
le travail sur les cohérences humaines.
Or l’homme qui agit n’accède à cela, au consensus
commun que par sa propre implication, par ses propres cohérences
en son Instance, au fond de sa personne.
C’est donc une question de "maîtrise-de-soi".
La maîtrise de l’action-activation, celle qui précède
l’action-actualisation passe par la maîtrise, en soi-même
de la problématique humaine en question et de ses Sens.
Le coeur du problème est le coeur du sujet... humain.
Toute maîtrise professionnelle est aussi maîtrise
humaine d’une problématique personnelle. Le travail dans
l’action est aussi travail intérieur. La résolution
des problèmes dans la réalité se noue et
se joue au coeur des hommes.
Il faut compléter cela par le fait que l’action-activation
touche au consensus et donc à l’implication des autres.
De ce fait, nombre d’actions et, singulièrement, celle
des dirigeants, des conseils en cohérences, et de bien
des professionnels, passeront par une incitation à la
maîtrise, de personnes elles-mêmes agissantes, relais
dans une hiérarchie, ou auteur de leurs propres solutions,
par exemple.
Il y a donc toute une compétence intérieure, qui
se joue dans le rapport de maîtrise qui est service pour
les autres, dont l’enjeu, action-activation, se situe au niveau
des cohérences humaines, Sens et consensus, lieux des
problématiques humaines.
Comment le chef d’entreprise résout-il tel problème
technique ? Par un travail de relations et communications avec
des techniciens, travail de consensus derrière les modalités
manifestes de son action.
Si le lieu de l’action-activation est bien situé reste
à indiquer comment se produit l’activation adéquate.
Le problème est très complexe (cf. "Au coeur
du sujet" chapitre 4). Cependant nous donnerons ici trois
indications utiles.
Il y faut d’abord positionner la problématique humaine
en jeux. Quelle cohérence ?
Poser un problème a ce but et on le verra, cela revient
aussi à se disposer dans cette problématique (se
poser en problème). La"centration" en est une
clé majeure. C’est l’un des apports importants de la pratique
des cohérences humaines.
Il y faut ensuite pouvoir travailler sur les Sens du consensus,
soit : choisir le Sens et en développer l’intensification
(développement de l’actualisation).
Ce sont actes de décision, de direction, d’orientation
et actes de développement dans la réalité.
Il résultent :
soit d’une maîtrise personnelle dont la nature est de discerner
les Sens (conscience de Sens) pour disposer de la liberté
essentielle, le choix de Sens,
soit de l’aide de repères et référents qui
"activent" le juste Sens. Tout se passe alors comme
si des réalités (actions, pratiques, conditions)
activaient des Sens dans un consensus dont l’actualisation transforme
la réalité.
On aura donc le plus souvent à se soucier :
de centrer le problème sur la problématique
humaine judicieuse,
de déterminer le Sens.... de la
résolution du problème ou de la réalisation
desirée,
de propager le consensus de façon
à ce que s’actualisent les résolutions, réalisations,
ou changements collectifs espérés.
On peut schématiser le processus
de l’action dans cette perspective verticale de cette manière.
Nous verrons toutes les implications de cette approche de l’action,
activation, actualisation des cohérences humaines. Il
faut d’ores et déjà insister sur le fait que la
clé de la pratique des cohérences humaines réside
dans :
la connaissance profonde des cohérences
et problématiques humaines, des phénomènes
humains et des changements et évolutions individuelles
et collectives.
la maîtrise et le travail en soi
de ces problématiques et cohérences qui renvoie
aux problèmes d’évolution et de vocation personnelle
ainsi qu’à ceux d’éthique et de responsabilité.
l’utilisation de stratégies, moyens et méthodes d’activation-actualisation pour aider à
cette maîtrise et au partage des consensus.
Ayant examiné le rapport vertical Sens-réalité
nous allons envisager comment la structure cohérencielle
dessine le volet existentiel de cette théorie de l’action.
Si, selon la théorie des Cohérences Humaines, l’existence
n’est pas cause d’elle-même on peut établir des
corrélations logiques entre les dimensions cohérencielles
de l’action, corrélations non causales mais néanmoins
structurantes.
La lecture "horizontale" de cette théorie de
l’action aidera à ordonner l’accessoire (moyen, médiation,
méthode...) de façon à ce qu’il s’articule
à l’essentiel (Sens, consensus...).
Pour ce qui concerne la réalité de la pratique
des cohérences humaines et de l’action selon cette perspective,
nous allons reprendre une lecture du cohérenciel qui est
structure de l’expérience humaine, donc de toute réalité
humaine.
Tout d’abord, la structure cohérencielle montre que toute
réalisation résulte de la conjugaison des deux
vecteurs Intention-Attention.
Autrement dit, toute action résulte de l’application d’une
Intention (humaine) à un objet d’attention humaine pris
dans son contexte.
Cela nous permet d’ores et déjà de comprendre et
d’écarter trois conceptions de l’action qui résultent
de réductions de la réalité des pratiques.
la réduction factuelle, qui élimine
le sujet et l’intention, et identifie l’action au faire. Ce n’est
plus qu’une affaire technique, de processus et de mécanismes.
Le développement technologique et
industriel s’est beaucoup développé sur ce réductionisme
dont le taylorisme est une représentation caricaturale.
Il n’y a place pour l’homme à son tour que comme producteur/consommateur/moyen
de production, en concurrence directe avec la machine. La nécessité
de survie en est la justification fatale.
la réduction formelle, qui élimine
l’objet et l’attention et identifie l’action à la représentation.
Ce n’est plus qu’une affaire de modèles, de plans et d’images.
Communiquer devient le tout de l’agir, sans plus de prise sur
les choses mais avec force bénéfices narcissiques.
Certains hommes politiques et ceux des médias y sont souvent
abonnés parmi bien d’autres qui font profession de semblants.
la réduction relativiste, qui élimine
les buts et les réalisations. Elle se traduit par le réduction
de l’action au jeu, jeu de la négociation par exemple,
dans lequel la réussite du jeu suffit pour l’action, la
réalisation étant superfétatoire.
Cette conception se contente d’actions
vaines qui ne prêtent pas à conséquence et
se gardent de toute responsabilité. Le plus souvent le
bénéfice reste de l’ordre du vécu et d’un
commerce avec l’archaïque affectif qui prête à
toutes les manipulations.
La théorie de l’action fondée dans l’activation-actualisation
des cohérences humaines (Sens en consensus) se déploie
simultanément dans toutes les dimensions du cohérenciel.
STRUCTURE COHERENCIELLE DE L’ACTION
La détermination d’une intention.
Implication du sujet par son vouloir,
elle se traduit par le fait de décider pour diriger l’action.
Décider c’est déterminer une intention et la tenir.
Cela revient au fond au choix du Sens et à sa ferme tenue,
au prix d’un travail personnel notamment.
La focalisation d’un objet d’attention
L’intention s’applique à un
objet qui se détache toujours d’un contexte. Ce dernier
représente les conditions de l’action, l’environnement
de son objet, objet de préoccupation qui est un problème
par exemple.
La situation fait problème, qui fait l’objet d’une préoccupation,
à laquelle une intention va s’appliquer, permettant ainsi
sa réalisation (extension).
L’approche de l’objet de préoccupation est aussi recherche
d’une proximité L’effort d’attention l’amène jusqu’à
la distinction des choses et éventuellement au discernement
de leurs Sens.
le développement d’un projet
Il faut y voir à la fois le
but et le chemin. C’est là que nous retrouvons le caractère
stratégique de toute action en tant quelle résulte
de la conjugaison d’une intention et d’un objet dans son contexte.
L’intention fait de l’objet : objectif ou but. Elle fait des
conditions du terrain : cheminement stratégique.
La maîtrise de l’action revient à tenir dans leur
articulation, ces trois dimensions.
La connaissance et le discernement
à propos des conditions et des situations auxquelles s’adapter.
La détermination d’une position
pour décider et diriger selon une orientation volontaire.
La construction d’un cheminement
stratégique (méthodologie) pour réaliser
les buts fixés.
Encore une fois c’est l’oubli de
l’une ou l’autre de ces dimensions qui règne le plus souvent,
laissant dans l’ignorance une partie de ce qui se passe et donne
libre cours à la croyance dans l’efficacité des
seules modalités reconnues.
La poursuite d’une révision de ces multiples croyances
et ignorances serait salutaire. Elles correspondent toutes à
la prédominance d’une cohérence humaine spécifique
qui s’ignore et prend son effet pour la cause de l’action.
De là prolifération des moyens, méthodes
techniques et accessoires et perte du contrôle et de maîtrise
dont la crise contemporaine nous donne
de multiples exemples à tous les niveaux et dans
tous les champs de responsabilité.
Il nous reste à considérer dans cette perspective
de l’action l’articulation qu’il y a entre :
réalité initiale, en
problème par exemple
réalité de la pratique
réalité finale.
Cette dernière est toujours
transformation de la première. Mais si elle est la première
transformée, alors la pratique est le mouvement même
de transformation de cette réalité.
Il y aura donc lieu de distinguer la pratique pour le praticien
professionnel, responsable etc... et la pratique qui est intervention
dans une situation et qui est, au fond, "pratique de cette
situation".
De nombreuses considérations peuvent aussi être
développées sur la construction d’une pratique
où les dimensions du cohérenciel de l’action marquent
la possibilité de séquences qui feront, on le verra,
la base des méthodologies de réalisation et de
résolution des problèmes.
PRINCIPES DE LA PRATIQUE
DES COHERENCES HUMAINES
Sur ces bases relativement simples mais sommaires sont à
développer de nombreuses conséquences qui contribuent
à la richesse et la fécondité de la pratique
des cohérences humaines.
POSER LES PROBLEMES
La façon de poser et prendre les problèmes est
très différente de ce qui se passe le plus souvent.
Tout d’abord il n’y a problème que dans une situation
donnée où manque une solution, une réalisation,
qui présente une difficulté ou bien encore qu’il
faut faire évoluer où à laquelle il faut
ajouter quelque réalisation nouvelle.
Or puisque le problème est toujours lié à
une réalité, locale donc, la pratique mais aussi
la solution dérivent de la situation initiale.
La résolution de problème est toujours transformation
de la situation : et non pas plaquage d’une solution sur une
réalité initiale.
D’une certaine manière, lorsqu’on met en place une solution
ou une réalisation "venues d’ailleurs" il est
fait violence à la réalité initiale et au
consensus qui la sous-tend donc aux personnes qui y sont impliquées.
On s’étonnera alors de "résistances au changement".
On aura donc toujours à concevoir une pratique de transformation
qui dérive du problème singulier, donc une pratique
originale.
Poser le problème c’est par cela-même préparer
l’acte de résolution, mettre en question la situation
initiale pour en appeler à une réponse.
En outre la réalité du problème n’existe
que par le consensus auquel participe celui qui fait cet appel.
Ainsi le problème est toujours le problème de quelqu’un
dans un collectif.
Il n’y a pas de problème indépendamment des hommes
qui se trouvent "en problème".
De ce fait il ne peut y avoir de solution toute faite pour des
problèmes à priori.
Si on considère cependant des problèmes et des
solutions, comme généraux, c’est toujours quelqu’un
qui assume de les poser ainsi.
Les problèmes ne se posent pas par eux-mêmes mais
ils traduisent l’attente de personnes.
Or cette attente est, au fond, Sens et l’on peut souligner que
pour poser un problème il faudra en déterminer
l’objet, l’auteur et aussi le Sens de son attente.
Un problème peut être pris en plusieurs Sens. Sens
de l’appel à la résolution d’un "manque à
être encore réalisé", dans ce Sens.
Il faut retenir de cela qu’il n’y a pas de problème en
soi mais toujours le problème de quelqu’un ou quelques-uns.
Il y a une responsabilité à assumer de poser un
problème de même qu’à attribuer à
d’autres les problèmes qu’ils n’ont pas ou, du moins,
ni dans les mêmes termes (objets) ni dans les mêmes
Sens auxquels on s’attend. Il ne pourrait y avoir alors de solutions
appropriées. Pensons aux pays en voie de développement
mais aussi aux difficultés dites "sociales"
de nombre de nos contemporains.
Le respect d’autrui passe par le respect des problèmes
qu’il se pose, on pourrait dire on le verra : "par lesquels
il se pose".
LA CENTRATION, POUR POSER DES PROBLEMES
De ce qui précède on peut tirer une conséquence
pratique. Avant d’envisager quelque action que ce soit il faut
poser le problème. Cela veut dire au fond déterminer
la réalité en (du) problème à partir
de laquelle une transformation est à conduire.
Une telle détermination peut se faire par le biais du
cohérenciel dont on sait qu’il y suffit des vecteurs attention
et intention mais que l’on peut compléter par d’autres
dimensions.
Ainsi trois questions peuvent suffire pour "centrer"
le problème et en poser la détermination.
C’est le problème de qui ? Personne, ou communauté
de personnes qui peut être représentée par
une autorité. Repère indispensable pour répondre
aux autres questions.
Il est évidemment possible de se poser soi-même
comme le sujet du problème... donc de la solution.
Cependant si ce n’est le problème de personne ce ne sera
la solution de personne. Songeons à ce qui en découle
dans les univers ou l’on prétend à l’impersonnalité
des problèmes et des solutions, il y faut pourtant bien
quelqu’un qui assume de poser le problème tout en en refusant
la responsabilité (en être le répondant).
De quoi s’agit-t-il ? Il s’agit de fixer l’objet principal de
préoccupation. De ce fait cela désigne ainsi le
domaine dont cet objet est central.
Cette façon de centrer le problème hiérarchise
les objets de préoccupation entre le principal et les
secondaires.
Elle a aussi l’avantage de ne pas limiter le champ de la réalité
du problème et donc celui de la solution et des voies
et moyens d’y parvenir.
Il est aussi possible de hiérarchiser les problèmes
ou de les relativiser l’un à l’autre.
Centrer l’objet c’est adopter un point de vue central pour embrasser
tous les autres aspects.
Changer de point de vue relativise l’objet précédent
qui passe du centre à la périphérie alors
que c’est l’inverse pour le nouvel objet principal.
Cette discipline de centration qui oblige à poser l’objet
central est aussi exercice d’une responsabilité. Elle
institue un ordre des choses pour ceux dont le consensus sous-tend
la réalité en question.
Poser le problème est, là aussi, acte d’autorité.
Pourquoi cela fait-il problème ? Cette question ne peut
se rapporter qu’au sujet précédent et à
son objet de préoccupation.
Elle vise à éclairer le Sens du problème
donc l’intention selon laquelle le sujet aspire à une
solution. Cela suppose de tenir en suspens ses interprétations
à priori et de se mettre à l’écoute du Sens
de l’attente (ou la demande).
La détermination du Sens du problème, donc de la
démarche de résolution et de la solution espérée,
est encore un acte de responsabilité. Il pose de plus
la question éthique à celui qui aurait à
chercher une solution, à assumer une pratique en vue d’y
aboutir. Il est confronté à l’acceptation d’aller
ou non dans ce Sens.
S’il n’y a pas consensus il n’y aura pas de réalisation
possible entre celui qui pose le problème et celui qui
le traite.
Aussi faut-il à la fois discerner ce Sens, l’accepter
ou le refuser et, le cas échéant, pro-poser ou
pro-voquer tel autre Sens.
En définitive la centration dont nous n’avons vu que les
déterminants essentiels est à la fois :
une méthode pour poser les problèmes
une discipline pour se poser en problème
(en voie de résolution)
un enjeu de négociation
la détermination des termes d’un
contrat
un acte de responsabilité
C’est une des clés majeure de la
pratique des cohérences humaines où les questions
de positionnement, de disposition renvoient à la façon
de poser les problèmes.
C’est aussi la clé d’actes majeurs comme décider
ou contracter mais aussi pro-voquer ou pro-poser.
On peut même dire que la centration est l’essentiel de
toute pratique des cohérences humaines et, on le verra,
l’essentiel de la discipline homologistique par laquelle s’engage
le traitement des problèmes en même temps que l’exercice
et l’accomplissement d’une maîtrise, par exemple professionnelle.
PROBLEMES ET PROBLEMATIQUES HUMAINES
Chaque problème est particulier dans la mesure où
il actualise un consensus particulier entre un groupe de personnes
dont les Instances partagent certains Sens ou cohérences
humaines.
Cependant, on l’a vu, ce qui constitue l’Instance des personnes,
leur humanité, ce qu’elles ont à partager ce sont
ces complexes de Sens qui constituent les problématiques
de l’humain.
Ainsi chaque réalité mais aussi chaque problème
particulier actualise une problématique humaine générale.
On voit là se dessiner un rapport du général
au particulier où la problématique générale
"génère" le problème particulier.
Le problème est d’ailleurs particulier de par la façon
dont la problématique est engagée dans le consensus
et la participation spécifique d’Instances à ce
consensus.
Cela étant, le travail qui résoudra la situation
particulière, se situe au niveau de la problématique
humaine, générale pour l’humanité de l’homme,
particulière pour celui ou ceux qui s’y trouvent confrontés.
Il y a donc simultanément dans toute pratique la mise
en oeuvre d’une stratégie générale dans
des conditions particulières autrement dit de principes
d’action généraux selon des modalités pratiques
originales.
Toute pratique est à la fois originale dans ses modalités
et générale dans ses principes.
Mais nous avons d’autres considérations à faire
sur le soubassement de tout problème existentiel.
L’une des plus importantes consiste à reconnaître
que derrière n’importe quel problème, fusse-t-il
technique, matériel, social, politique, économique,
personnel, culturel etc... il y a toujours en jeu une problématique
humaine.
S’y joue donc toujours un enjeu d’humanité.
Ainsi au travers de tous les problèmes de l’existence
c’est toujours l’homme qui est en jeu comme source du problème
et d’engagement d’une pratique. Toute pratique liée à
un problème quelconque dans un champ professionnel par
exemple est toujours une pratique humaine, confrontation à
une problématique profonde de l’humain en soi-même.
De ce fait aussi la connaissance profonde de l’homme et de ses
problématiques éclaire sur les problèmes
dans la réalité. Par exemple tel problème
scientifique témoigne d’une interrogation fondamentale
de l’homme. On peut ainsi reconnaître, dans les recherches
sur l’origine de l’univers, l’expression, en plusieurs Sens,
d’une "problématique de l’origine" en l’homme.
Mais il se fait que cette même problématique peut
s’actualiser dans de nombreux consensus et donc dans de nombreux
problèmes.
Ainsi des problèmes de nature très différentes
dans des contextes extrêmement variés peuvent être
l’actualisation d’une même problématique humaine
relevant donc des mêmes principes d’action mais pas des
mêmes modalités pratiques.
Il y a là la clé d’une transdisciplinarité
tant pour la connaissance que pour l’action.
Si on y ajoute le fait que telle personne est spécialement
concernée par cette problématique humaine de par
son histoire, elle y trouvera là : sa vocation, ses talents,
sa profession mais aussi ses épreuves.
Dans l’existence se nouent ainsi des rapports entre des hommes
et des situations, entre des problèmes "extérieurs"
et des problématiques profondes, entre des questions générales
et des situations particulières, entre des registres et
des modalités apparemment étrangers dans leur forme
mais proche dans le fond.
On y appuiera un principe du plus grand intérêt
pour la pratique : L’homologie, que l’on développera plus
loin et qui donne son nom à l’homologistique pour nommer
la discipline d’où ressortissent les pratiques des cohérences
humaines.
Reste encore une considération qui dérive du fondement
de tout problème effectif dans une problématique
humaine, là aussi se joue la question de la résolution.
On peut définir une pratique par la recherche de satisfaction
d’une attente.
Ainsi cela revient à persévérer dans le
Sens dans lequel la problématique de fond est engagée
indépendamment de la question de sa résolution.
La résolution d’une problématique humaine, part
de la nature humaine, vise toujours à trouver et cultiver
le "bon Sens", Sens du "bien" de l’homme
par lequel il s’accomplit.
Nous rejoignons la question éthique précédemment
engagée. Par là il n’y a pas de véritable
résolution d’un problème dans l’existence en dehors
de la résolution de la problématique humaine qui
le sous-tend.
C’est simultanément la question de l’éthique et
de l’efficacité qui se trouvent conjointes, à condition
qu’il s’agisse d’efficacité pour l’homme et, pour son
devenir.
L’accomplissement de la pratique est, strictement, le processus
d’accomplissement humain.
Ceci est d’une portée considérable pour la pratique
des cohérences humaines, renonçant à la
dissociation : technique et morale, non par devoir abstrait,
mais par co-naturalité de l’un et de l’autre au fond de
tous les problèmes que l’homme se pose (y en a-t-il d’autres
qui ne soient les siens ?)
Ce n’est plus la satisfaction que vise la pratique mais l’accomplissement.
Révolution copernicienne !..
Le Sens du meilleur de l’homme est celui même de son accomplissement
et il y a duplicité à penser que le meilleur de
l’homme peut-être distrait de son sens celui du bien de
l’homme.
Il y a cependant en l’homme suffisamment de duplicité
pour dissocier les deux au prix du détournement de toute
évaluation juste.
La résolution d’une problématique humaine est un
champ de réflexion et de stratégies nécessaires pour fonder les pratiques particulières.
On notera que, sur le fond, il s’agit toujours simultanément
ou successivement :
soit de changement de Sens pour trouver
le "bon" Sens
soit de cultiver un Sens, le "bon"
si possible.
Cela est possible grâce à
une maîtrise, celle de ceux qui l’ont cultivé en
eux-mêmes à l’épreuve de leur propre existence
(selon des modalités infiniment variées et dans
de multiples domaines "homologues") ou bien grâce
à des aides élaborées au cours des temps,
oeuvres de civilisation significative.
On rejoint là toute la question du travail humain qui
devient travail intérieur d’accomplissement en même
temps que travail "extérieur" de résolution
des problèmes de l’existence dans la vie quotidienne,
la vie professionnelle, la vie de responsabilités.
Les métiers, eux mêmes, ne peuvent alors être
compris, dans l’art et la manière de leur exercice, que
comme service des hommes, donc de leur bien, donc de leur accomplissement
au lieu même de telle ou telle problématique générale.
Une étude fondamentale de tous les métiers permettrait
d’en engager l’essentiel, fondé dans le profond des hommes
concernés (et non pas dans le fonctionnement des techniques).
D’une façon générale toutes les pratiques
mais aussi tous les problèmes peuvent faire l’objet de
telles investigations pour reconnaître la problématique
humaine qui les fonde et ainsi les réactualiser ou encore
les rapprocher par homologie mais aussi envisager les conditions
d’une maîtrise humaine qui implique éducation et
formation.
HOMOLOGIE ET HOMOLOGRAMMES
Quel rapport y-a-t-il entre un récit et la situation ou
l’évènement rapporté. Dans la forme rien
ou peu de choses ! Un discours d’un côté des faits
de l’autre. Et pourtant le discours re-présente les faits.
Il porte donc quelque chose qui appartient aux faits si bien
qu’ils deviennent imaginables par qui n’en était pas témoin.
Celui-ci peut à son tour s’en inspirer, par exemple pour
régler sa conduite ou mener une action. Quels liens entre
cette action, le discours, les faits initiaux ?
Le lien n’est pas de forme mais de Sens.
Il y a homologie entre eux (mêmes Sens).
Pour l’homme toute expérience dans la réalité
en active les Sens en lui, les cohérences humaines qui
font la réalisation de cette expérience. Mais ces
mêmes Sens peuvent s’actualiser de mille manières,
toutes homologues.
Nous ne cessons comme cela de passer d’un registre à l’autre.
Une situation "active" un souvenir homologue qui active
une impression, qui active une idée, qui active un acte,
qui active une situation etc... jusqu’à ce que cesse ce
jeu d’activation/actualisation.
Cette traduction des mêmes Sens dans plusieurs registres
est l’oeuvre du théoricien qui transpose dans le langage
conceptuel une expérience pratique mais aussi celle du
praticien qui transpose dans l’action la théorie ou la
simple idée qu’il a de son travail.
Il y a homologie entre la théorie et la pratique entre
le plan et sa réalisation.
Le rêve lui-même est homologue d’une collection de
situations que le psychanalyste décode : souci actuel,
évènement récent, situation répétitive,
souvenirs etc. Il y a d’ailleurs erreur d’interprétation
lorsque l’une de ces transpositions, le souvenir ancien, est
pris pour la cause des autres.
L’artiste traduit dans son art des cohérences humaines
activées pour lui par l’actualité ou telle ou telle
expérience.
L’amateur, à son tour activé, en éprouvera
une émotion, formera une idée et peut-être
une décision. C’est un jeu d’homologies.
La communication humaine est entièrement affaire d’homologie.
Des réalités véhiculent des Sens qui, eux,
ne se situent qu’en l’homme.
Le message actualise Sens et cohérences humaines et active
Sens et cohérences humaines pour autrui dont la réponse
est homologue au message... s’il n’y a pas difficulté
de communication.
Il y a homologie entre les différentes facettes d’une
même réalité : factuel, représentatif,
relatif, entre l’affectif, le mental, le physique.
Le lien d’homologie est un lien de corrélation et non
pas un lien causal (malgré l’image du jeu activation/actualisation).
Par exemple pour ce que l’on appelle psycho somatique, il n’y
a pas d’influence d’une psyché sur un corps comme s’il
s’agissait de deux objets face à face.
Il n’y a que deux registres d’expression homologues d’un même
jeu des cohérences humaines.
De même, dans une organisation ou une entreprise, les phénomènes
économiques, stratégiques, organisationnels etc...
sont dans un rapport d’homologie.
Lorsque, d’ailleurs on veut fabriquer une image fausse, un semblant,
il s’agit au fond de tenter de rompre l’homologie de façon
à ce que l’image ne révèle plus le Sens
authentique mais en véhicule un autre. C’est là
l’illusion. Un discernement aiguisé lira, dans la façon
de réaliser cela, le Sens de la duplicité qui y
est probablement présent, cherchant à se masquer.
Toute séduction joue sur cette tentative de détournement
du Sens. La victime se trouve aux prises avec un double jeu d’homologies,
celle de l’expérience effective et celle du discours affiché.
Le langage, celui des mots et des images, est à la fois
la meilleure façon de témoigner du Sens mais aussi
de tenter de détourner le Sens. Le mensonge est cela,
non pas tant par le changement des formes mais par le détournement
du Sens (de l’esprit).
Dans la pratique des cohérences humaines l’homologie est
un principe majeur. D’une part parce que nous accédons
aux situations par le biais d’homologies, témoignages,
signes, expériences partielles etc...
Le problème formulé est homologue à la situation
qui fait problème. Mais puisque la solution et la pratique
nécessaire doivent être de même Sens que le
problème alors elles doivent être homologues.
C’est d’une très grande portée pratique tant pour
comprendre ce qui se passe dans toutes les pratiques humaines,
même largement instrumentalisées, que pour construire
des pratiques spécifiques.
la solution doit être homologue au
problème.
la pratique doit être homologue à
l’un et l’autre.
toutes les composantes de la pratique sont
homologues entre elles dans leur succession (phases) et leurs
modalités, moyens d’action et processus engagés.
toutes les composantes d’une réalisation
sont homologues.
D’une très grande portée
aussi est le fait que le rapport du tout et des parties dans
la réalité est un rapport d’homologie. Cela rappelle
les modèles holographiques de plus en plus développés
actuellement et aussi les régularités dans les
théories du chaos ou des fractales.
Ainsi, par homologies successives peuvent se concevoir, puis
se mettre en oeuvre, les méthodes ad-hoc qui conviennent
au problème en situation et se construire pas à
pas les réalisations ou solutions pertinentes, homologues
au problème.
Tout cela comme tout ce qui est pratique de vie, pratique professionnelle,
pratique sociale etc... est jeu d’alternance activation/actualisation,
Sens/ réalité, qui se traduit par un rebondissement
d’homologies entre de multiples réalités.
Le lien entre elle est Sens, cohérence humaine donc. Le
lieu du lien est l’Instance de chacun dans les consensus partagés.
L’homme est celui qui "réalise" le "Sens"
et qui par les réalités est touché au lieu
de ses Sens : son Instance. Il est l’acteur et l’auteur des homologies,
c’est- à-dire le seul praticien des cohérences
humaines (dans son monde).
Ces pratiques emplissent les bibliothèques, les musées,
les cités, avec toutes les oeuvres de l’humanité.
Elles se confondent avec l’expression des cultures, les projets
et les réalisations majeures ou quotidiennes, les évènements
de l’histoire mais aussi la façon de raconter l’histoire
et nos histoires, avec nos soucis et nos affaires, nos institutions,
nos théories et nos pratiques, nos technologies nos moyens
et même nos crises.
Tout cela témoigne des cohérences humaines et des
rebondissements, d’homologies en homologies, qui traversent le
temps et l’espace.
La pratique des cohérences humaines utilise ce phénomène
pour tenter de mieux le maîtriser dans les circonstances
particulières d’un problème donné.
Les méthodes et techniques élaborées à
partir de la théorie des Cohérences Humaines et
largement expérimentées s’appuient sur cela dont
la maîtrise dépend d’une bonne centration.
En effet, chaque cohérence humaine est la source d’une
infinité de relations d’homologie et il n’y a pas homologie
entre les manifestations de Sens, consensus et cohérences
humaines différents. Il s’agit donc à chaque fois
de bien déterminer le lieu et le lien communs sur lesquels
le travail d’homologies est à faire.
Souvent on utilisera une traduction particulière comme
repère de centration et comme référent pour
toute une chaîne d’homologies. On appellera homologramme
cette représentation du problème, de la situation,
du projet, de la solution etc.. qui sert de référence
et de repère.
Nous disposons d’homologrammes pour nous recentrer, réactiver
et transmettre nos travaux. Cela va du mythe au rite, du mandala
au texte familier, de la règle au plan, du logo à
la charte, du concept à l’organigramme etc... tous matériaux
de référence pour nous y "retrouver"
ou nous "re-mettre" au travail ou "trans-mettre"
ce qui nous paraît essentiel.
L’homologramme est comme la lettre, le signe, la métaphore,
le symbole, la parabole qui expriment le Sens mais ne le sont
pas et qui renvoient, par homologie, à quelque autre réalité,
antérieure ou postérieure.
Tout de l’homologramme témoigne du Sens, de la cohérence
humaine qui l’actualise, le tout et les parties. Cependant rien
de l’homologramme peut n’être présent dans le problème
ou la solution, le détour peut être important et
il est d’ailleurs utile pour la créativité ou le
discernement.
L’homologramme enfin représente, comme le symbole, à
la fois ce qu’il en est d’une relation, celle d’un groupe d’hommes
en consensus. Il en est comme l’incarnation et, de ce fait, peut
en être le réactivateur : d’où l’importance
d’homologrammes dans les phénomènes relationnels
et collectifs, couples, familles, cités, nations, collectivités,
entreprises, églises, etc.
Leur respect est nécessaire pour que s’en trouve respectés
ceux qui en partagent le consensus. Cela renvoie au respect des
cultures mais aussi au respect des choses fussent-t-elle des
visions du monde ou de la nature (des choses) en tant qu’homologrammes
d’un consensus témoin d’une cohérence humaine.
Le respect ne veut pas dire acceptation complaisante mais considération,
éventuellement critique.
Par le principe d’homologie tout peut être posé
comme homologramme, texte, musique, image, fait, méthode,
geste, sentiment, situation etc... formule scientifique, concept,
etc... mais à chaque fois c’est d’une problématique
humaine qu’ils témoignent.
Ainsi le monde, comme homologramme, est actualisation de l’humanité
de l’homme mais ce n’est qu’en un certain Sens (celui de l’accomplissement
de l’homme) que l’un révèlera l’autre.
La multitude des réalités de ce monde, formant
autant d’homologrammes possibles pour témoigner des problématiques
humaines et de l’engagement des hommes dans leur réalisation
(ou leur évitement), pourront donc servir d’appui à
un travail humain.
Les homologies et les homologrammes sont d’ailleurs ce par quoi
se multiplient, se diversifient et se complexifient nos réalités
tandis que c’est du côté des cohérences humaines
que l’on trouvera : la simplicité, l’unité, le
principe.
Homologies et homologrammes sont les médiations qui permettent
d’y accéder, accéder à plus de maîtrise
de notre humanité au travers des choses de la vie et des
affaires humaines.
L’INTELLIGENCE SYMBOLIQUE
La pratique des cohérences humaines implique un regard,
une attitude, une démarche nouvelle, du moins fort inhabituelle.
Chaque fois que l’on est confronté à quelque chose,
il s’agit de le prendre comme manifestation d’une cohérence
humaine, de Sens en consensus. Toute réalité est
comme la lettre qui présente, sans le montrer, l’esprit
et tout changement dans cette réalité viendra de
l’esprit de ces cohérences humaines sous-jacentes.
La pratique sera toujours prise entre : envisager le Sens derrière
les réalités et exprimer le Sens au travers de
réalités. Reste, au milieu de tout cela, à
savoir quel Sens, de quelle problématique humaine il s’agit
ou du moins de s’y centrer.
Face à un problème, une situation, une réalité
on peut s’efforcer de la décrire, de l’analyser d’en comprendre
la logique etc... Cela relève de divers modes de conscience
et de connaissance que la théorie des Cohérences
Humaines éclaire. On peut les reconnaître à
l’oeuvre derrière telle ou telle approche épistémologique
ou tel consensus scientifique, tel courant de penser, etc.
De même les méthodes empiriques ou "scientifiques"
d’analyse et de compréhension relèvent :
soit d’une conscience objectivante , analytique
(attention)
soit d’une conscience rationalisante, déductive
(extension)
soit d’une conscience intuitive, subjective
(intention)
soit d’une conscience sensible, appréciative
(relatif)
soit d’une conscience mentale, synthétique
(représentatif)
soit d’une conscience réactive,
"pratique" (factuel).
Or tout cela n’accède pas au Sens
et il faut une autre conscience (conscience de Sens) pour pénétrer
au coeur des choses : Sens, consensus et cohérences humaines.
Voir toute chose dans sa consistance certes, mais surtout comme
révélateur de Sens relève de ce qu’on peut
appeler une intelligence symbolique.
L’écoute du Sens derrière les faits, les choses,
les discours, les problèmes, les situations, les symptômes...
participe de l’intelligence symbolique.
Il ne suffit pas de se demander qu’est ce que cela dit mais d’entendre
ce que cela veut dire, ce que cela signifie et, pour cela, il
faut écouter l’homme derrière les choses.
Si le lieu du Sens des choses est le consensus, celui-ci n’a
lieu que dans l’Instance des personnes.
Ce n’est qu’en soi que l’on peut entendre le Sens des autres
est donc le Sens des choses. Si l’oreille est tendue vers l’extérieur
l’écoute est tendue vers l’intérieur.
A l’extérieur les réalités prises comme
homologrammes, à l’intérieur les cohérences
humaines, en soi, qui participent au consensus et qui font écho.
L’intelligence symbolique cherche aussi à se dégager
des multiples activations qui nous sollicitent sans cesse pour
se poser sur un problème, se centrer sur une problématique,
se tenir dans un Sens.
Le travail de centration participe de l’intelligence symbolique,
liée donc à la responsabilité qui implique
la pratique des cohérences humaines.
Enfin l’intelligence symbolique s’exprime aussi dans le chemin
Sens/réalité où l’actualisation du Sens
qui en est comme l’expression s’assimile à une réalisation
concrète originale de par la singularité des situations
et de par l’origine, en soi-même, de la pratique et de
sa production.
L’intelligence symbolique se traduira par la possibilité
d’une juste traduction du Sens décidé (direction).
Au-delà de la multiplicité des savoir-faire, il
y a ce qui les intègre et qui donne "cohérence"
au résultat.
La maîtrise des cohérences est cet autre volet de
l’intelligence symbolique. Quête de l’essentiel - prises
de positions essentielles, expression de l’essentiel, telles
sont les dispositions de l’intelligence symbolique.
On peut concevoir des méthodes d’efficience personnelle,
des méthodes de développement personnel fondées
sur l’exercice de l’intelligence symbolique.
Ce sont les techniques développées, tant pour l’analyse
(analyse de cohérence, analyse figurative...) que pour
la décision (centration) que pour le développement
d’actions ou de projets (créativité générative...)
On a là quelques-unes des techniques de la méthode
homologistique, démarche de maîtrise de la pratique
des cohérences humaines.