Les entreprises sont des phénomènes humains dont les déterminants sont entièrement humains. En effet rien de ce qui compose ou caractérise une entreprise n’est de source, de valeur et d’utilité humaine ainsi que toute maîtrise est de nature humaine et passe par les hommes. Il faut alors repenser le management et toutes les activités d’entreprises à la lumière de la connaissance et de la maîtrise des phénomènes humains en jeu. Encore faut-il avoir une "science" humaine cohérente pour cela. C’est l’apport décisif de l’humanisme méthodologique.
LES ENTREPRISES HUMAINES
Peut-on considérer l’entreprise comme un phénomène
humain ?
Si toute entreprise dérive d’un acte d’entreprendre, qui
est toujours celui d’un homme où d’une communauté
humaine, alors rien ne s’oppose à la considérer
comme telle. L’entreprise n’est pas un appareil, un mécanisme
autosuffisant mais un phénomène humain qui relève
dans ses fondements comme dans ses modalités concrètes
des lois de l’humain, Sens et réalités.
Les phénomènes que sont les entreprises humaines
peuvent donc être reconsidérés au travers
des apports de la théorie des Cohérences Humaines.
Nous en donnerons trois aperçus ici :
a) La cohérence humaine de l’entreprise
b) La structure cohérencielle de l’entreprise et de son
gouvernement (faut-il encore dire management ?)
c) Les âges des entreprises et leurs niveaux de préoccupations
et de maîtrise.
COHERENCE HUMAINE DE L’ENTREPRISE
Toute entreprise naît de l’engagement humain, elle a un
Sens et ce Sens fait consensus pour rassembler un groupe de personnes
pour cette entreprise, pour en servir les finalités.
Le Sens de l’entreprise nous pouvons le chercher du côté
de son origine, sa création, du côté de l’une
ou l’autre des grandes familles de Sens qui supportent différentes
visions de l’entreprise, du côté enfin des différents
consensus qui permettent la réalisation de l’entreprise
et son développement :
- consensus interne de la communauté de travail,
- consensus externe avec ses clients, fournisseurs, partenaires
etc... qui lui donne une réalité sur son marché
et dans la cité.
Nous allons examiner sous ces trois aspects le phénomène
entreprise à partir du Sens qui le détermine.
LE SENS ORIGINEL
A l’origine c’est la volonté d’un créateur, de
l’initiateur d’un acte de création collective, puis, c’est
la détermination permanente, orientée, opiniâtre,
des dirigeants qui donne Sens à une démarche devenue
entreprise.
Il y a donc toute une considération à développer
sur l’implication personnelle, intime, des créateurs et
dirigeants pour donner Sens à leur entreprise, la faire
partager évidemment, mais surtout lui donner forme, consistance,
réalité, développement.
D’une certaine façon dans son organisation, son histoire,
sa culture, ses valeurs, son esprit, l’entreprise exprime et
traduit sans cesse le Sens qui lui est donné à
l’origine et tenu en permanence.
Il y a ainsi un rapport entre vocation personnelle des dirigeants
ou simplement leurs motivations profondes et la vocation ou la
finalité réelle de l’entreprise. Évidemment
cela est souvent en deçà de la conscience et masqué
par les idées, modèles et discours stéréotypés
qui servent plus de mots de passe que de révélateurs.
Néanmoins il est possible d’élucider ce Sens au
profit du dirigeant et de la maîtrise de son oeuvre mais
aussi de tous ceux qui participent au consensus au travers de
leurs actes, de leur travail, de leur responsabilité.
Nous en arrivons très vite à cette formule lapidaire
:
Diriger c’est donner le Sens.
Cela suppose, pour une véritable maîtrise :
- de le discerner parmi d’autres - acte de lucidité ;
- de le déterminer et s’y tenir - acte d’autorité
;
- de le transmettre pour le réaliser - acte de responsabilité.
L’intime du dirigeant et l’intime de l’entreprise se rejoignent,
c’est pour cela que chaque entreprise est fortement personnalisée,
originale, ce que n’aperçoivent pas les experts de l’abstraction,
porteurs de modèles, méthodes et solutions standards.
C’est pour cela aussi que les successions sont si délicates
par le niveau d’implication humain qui est en jeu.
Que ce soit dans la création ou le développement
de l’entreprise, que ce soit dans le travail des dirigeants ce
niveau d’implication humain qui est déterminant a toujours
été largement négligé au profit d’analyses
fort savantes de la surface des choses.
Ce n’est pas étonnant que nombre de dirigeants ne s’y
retrouvent pas. Un vieux réflexe culturel nous conduirait
à vouloir séparer ce qui ressort de l’intime du
sens pour le laisser dans la sphère du non dit, non su,
ou bien du" ni vu ni connu", et tenter de tout traiter
par le biais de rationalisations mécanistes en surface
au niveau des apparences convenues. Il ne faudrait pas à
l’inverse considérer qu’une sorte de psychanalyse du chef
d’entreprise soit la panacée et faire ainsi comme certains
l’on fait du psychologisme d’entreprise enfermé dans un
subjectivisme déconnecté des affaires objectives
et des enjeux.
LES FAMILLES DE SENS
Les entreprises, toutes humaines, participent aux phénomènes
de société et de culture des lieux et des époques
où elles se développent.
On peut ainsi dégager des familles de Sens qui constituent
la cohérence humaine de toute une vision du monde à
chaque fois.
Ainsi on peut associer dans une même cohérence selon
un même Sens :
- une conception de l’entreprise
- une vision de la société et donc des rapports
entreprise/société -les conceptions et pratiques
relatives à sa direction, son fonctionnement, ses méthodes,
ses enjeux et résultats.
- une vision de l’homme
- des croyances, opinions, positions vis-à-vis des choses
de la vie, manifestant un système de valeur et un type
de mobile humain sous-jacent.
Tout cela se trouve à différents degrés
d’intensité et de stabilité.
Nous en donnerons ici quatre exemples caractérisés
par quatre modèles d’entreprises. Ils rejoignent les quatre
tendances de la crise. A chaque fois c’est un regard différent
qu’il faut adopter pour dégager la vision spécifique.
La logique de puissance :
Le Sens de l’entreprise se réalise dans la recherche d’une
emprise sur un territoire. Le marché, la clientèle
représentent ce territoire et l’emprise se mesure à
la prise réalisée (prendre sur). L’entreprise est
affaire de pouvoir donc de manoeuvres, d’armes, d’épreuves
de force. La rivalité, la concurrence sont la loi du genre
et la démonstration de puissance vaut mieux que toute
rationalité économique ou technique.
La confusion de l’intérêt particulier et de l’intérêt
général qui se trouve réduit au premier,
légitime toute finalité personnelle en même
temps qu’elle les renvoie dans l’occulte, le tabou, l’interdit.
Le discours de la guerre économique, de même que
celui de la fatalité de la concurrence et de l’instinct
de possession comme principale motivation des autres, permettent
la légitimation d’un jeu économique fait d’attaques
défensives. N’est-ce pas étrange que l’on apprenne
que telle entreprise ait absorbé, déstructuré
ou même conduit à la faillite telle autre, fruit
d’un travail humain considérable, sans sourciller ?
Ne peut-on pas s’interroger sur le gaspillage de forces et de
talents et ce au nom du libre jeu de la concurrence avec l’aveu
même de stratégies concurrentielles qui ne relèvent
pas forcément de l’assaut de qualités mais de manoeuvres
où l’épreuve de force est la règle ? (ex
: pratiques de dumping, OPA sauvages ... trafic d’influence,
etc..)
Il y a dans cette logique toute une conception du management
où il ne s’agit que de manoeuvres de pouvoir dont l’habileté
peut d’ailleurs aussi bien passer par l’adoption opportune de
tous les discours en vogue.
Le rapport entreprise / société est un rapport
de rivalité à tel point que la méfiance
est réciproque entre les affaires de la cité et
les affaires de l’économie (territoire que s’approprient
ces entreprises) à moins que n’interviennent opportunément
quelque alliance de circonstances ! L’opposition économique-social,
économique-politique, conçus comme territoires,
est une des caractéristiques de cette logique qui ne distingue
que par oppositions.
Un profil d’hommes, de motivations, leurs sympathies et leurs
valeurs caractérisent aussi cette cohérence humaine,
avec une infinie variété évidemment, de
degrés notamment. On n’y aime guère les interrogations
ou les éclairages portant sur le Sens, du moins tel qu’entendu
ici.
La logique de Raison idéale :
Tout à fait à contre Sens on a là un modèle
d’entreprise entièrement conçu comme une architecture
de fonctions et de compétences hiérarchisées
en vu d’atteindre les objectifs supérieurs. Une fois les
objectifs fixés, validés par la société,
les usages, les idéaux socioculturels ou économique,
donc par leur utilité, alors l’entreprise se construit
par déduction rationnelle. Il ne s’agit plus que de techniques
d’organisation, de spécialistes et de spécialités,
de rationalisation, d’optimisation, d’amélioration des
moyens de ratios etc... La technique est sensée avoir
réponse à tout à condition de savoir articuler
les techniques entre elles. C’est la fonction de l’encadrement
et des spécialistes. Le "facteur" humain s’identifie
à la compétence et aux comportements techniques
dont la "formation" est le moyen d’ajustement privilégié.
Autant l’entreprise performante est soucieuse de bâtir
et perfectionner sa rationalité autant laisse t-elle à
d’autres le soin des justifications de son utilité donc
des rationalités qui dépassent son existence et
qui concernent les politiques, ceux en charge des problèmes
de société.
L’entreprise a une spécialité et ne sort guère
du champ de sa spécialité. Performance socio-technique,
ignorance sociale, politique et sociétale, tel est le
tableau commun. Chacun connaît autour de lui des entreprises
et des hommes de ce profil.
La logique mécaniste :
L’économie est vue alors comme un système régi
par des lois naturelles qui en déterminent scientifiquement
les règles. L’entreprise dans cette vision est régie
par des règles (micro-économiques) qui l’inscrivent
dans le système (macro-économique). L’adaptation
et la régulation des équilibres sont des valeurs
clé.
Selon cette logique, la modernisation tend à une toujours
plus grande et plus exacte matérialisation de lois et
règles de fonctionnement. L’automatisation, la robotisation
en sont l’horizon logique.
L’entreprise système attend des hommes qu’ils s’y adaptent
et que, des seuls succès du système, ils reçoivent
la légitimation de leurs actes et un profit proportionné.
Dans cette perspective, qui passe pour très moderne, la
question du sens est placée comme subalterne. Le fonctionnement
des choses produit le Sens sinon l’homme. L’environnement fait
loi. Le périphérique est central. Ne nous étonnons
pas que de tels "systèmes" dérapent (sang
contaminé, exclusions par millions, réinsertions
dans le système qui désintègrent les personnes
et les communautés humaines..). Le discernement et le
jugement personnel sont asservis au "système".
Logique de négation du Sens, de l’humain, elle est aujourd’hui
en plein développement, forte de ses séductions
; - irresponsabilité de la personne par rapport au système,
absence d’exigence et de jugement moral.
Ce type d’exonération personnelle laisse au jeu toute
la place où l’échange adaptation / bénéfice
est la seule règle. Les perdants sont à recycler...
La logique de concourance :
Ce terme est un néologisme. Venant du verbe concourir
celui-ci n’avait donné que "concurrence" ; étrangeté
d’une langue.
La logique de concourance est celle où toute entreprise
se justifie par le concours qu’elle apporte à des hommes,
personnes, collectivités ou autres entreprises.
L’entreprise est elle-même organisée selon une architecture
stratégique des concourances. Chaque fonction, chaque
responsabilité se définit par son concours général
et ses concours particuliers à l’entreprise si bien qu’aucune
fonction ne se définit sans les autres. Ni territoire,
ni spécificité technique, ni jeu d’interactions
ne les déterminent.
Le lien de concourance est celui d’une communauté engagée
dans un même projet, dans un même sens. On voit l’importance
des cohérences humaines pour cette logique d’entreprise.
On voit aussi la nature du lien entre les personnes et l’entreprise,
entre l’entreprise et la cité et même entre l’entreprise
et ses partenaires : le lien de concourance.
Ce Sens de l’entreprise est donc cohérent avec une certaine
vision de l’homme, engagé, responsable et des sociétés
humaines dont l’enjeu de développement est d’ailleurs
de plus en plus évident.
En tout cas, ce sont les finalités humaines et leurs traductions
en buts et objectifs dans les conditions qui prévalent,
qui définissent une entreprise dont, ensuite, toute l’activité,
l’organisation et les structures traduisent rationnellement le
sens qui la fonde.
Cette vision de l’entreprise est la seule qui intègre
et situe la question du Sens au niveau essentiel où l’entreprise
trouve son origine, sa finalité et sa direction et à
partir duquel elle trouve sa structure comme on le verra un peu
plus loin (cohérenciel de l’entreprise).
LE SENS PARTAGE : CONSENSUS
Selon la théorie des Cohérences Humaines, toute
réalité, toute réalisation est fait d’un
consensus.
Ainsi il ne suffit pas, on s’en doute, de la volonté du
créateur ou du dirigeant pour que l’entreprise existe
et se développe, encore faut-il que son sens soit partagé
par une communauté humaine, en commençant par le
personnel.
On voit déjà que toute efficacité de direction
passe par le partage du sens (consensus).
Ce consensus se noue à propos des conditions et des objectifs
de l’entreprise mais il est le fondement de celle-ci.
Si tous vont dans le même Sens alors il y a entreprise,
en commun. Si cela va dans tous les Sens il y a dispersion, perte
d’énergie, trouble, contradiction, et finalement incohérence.
Pour qu’il y ait consensus il faut bien qu’un sens soit déterminé
de par la responsabilité du dirigeant. Ce sens propre
de l’entreprise, originel, original, générique
et général, formera le lien de la communauté
d’entreprise et l’axe de cohérence de la "structure
des concourances" de celle-ci.
De là, toutes sortes de problèmes du management
sont à réenvisager et par exemple :
- Choix et clarté du sens de la direction générale,
- Partage du sens avec ses traduction : système de valeurs,
type de motivation, esprit, finalités, positionnement,
qualité propre, identité etc...
- Régulation - ajustement du consensus, problème
des "hors jeu", du recrutement.
- Responsabilité et rôle de l’encadrement, unité
de sens et de cohérence, hiérarchie de "valeurs
professionnelles"
- Expressions et repérage du sens : projets, stratégies,
etc...
On le verra, dans la partie suivante, tous les aspects de la
vie de l’entreprise dépendent du sens et du consensus.
Les méthodes participatives reposent sur cette intuition,
mais l’intuition peut être dépassée par une
connaissance et des méthodes telles que ce que la théorie
des Cohérences Humaines propose.
Le consensus, c’est aussi ce qui sous-tend les réalités
communes entre l’entreprise et son environnement.
Nous laissons de côté pour le moment des aspects
moins familiers tels que la "concourance" de l’entreprise
au développement local ou régional pour n’examiner
que la relation avec le marché et les clients.
Si un client apprécie un produit ou un service c’est qu’il
a du sens, un certain sens, pour lui. Or, si les entreprises
font un tel effort de présentation, de communication c’est
bien pour "donner du sens" ou mettre en évidence
le meilleur sens du produit. Les publicitaires viennent de découvrir
cela récemment et en font actuellement argument (reste
à savoir ce qu’est le Sens et si on parle ici du même
Sens).
Autrement dit le produit de l’entreprise véhicule un Sens.
Mais n’est-ce pas notamment le caractère d’un signe que
de véhiculer du sens ?
Le produit véhicule du sens par ses qualités. Il
s’inscrit dans un système de valeur : celui du client,
ce qui fait qu’il l’apprécie et lui donne un prix, mais
aussi dans le système de valeur de l’entreprise qui fait
le prix de son produit.
De ce fait il doit y avoir unité de Sens (cohérence)
entre, notamment :
- l’entreprise
- son produit
- sa communication
- sa commercialisation
- le client
- l’univers culturel du client (marché).
Le positionnement marketing est au fond un choix de Sens qui
engage l’entreprise, marque ses produits et détermine
son marché. La recherche de cohérence est l’enjeu
du marketing. C’est une question d’unité de sens.
La communication et la publicité véhiculent le
Sens par le biais de signes, d’images qui surdéterminent
le sens du produit à l’adresse de sa clientèle.
La commercialisation vise à faire apprécier le
Sens du produit (valeur, qualité, prix...) de façon
à "réaliser le consensus" (acte de vente/achat).
La distribution rapproche le produit du milieu de vie du client
et doit toujours en être vecteur de Sens.
Tout cela, on le voit bien, est affaire de consensus. Ce consensus
peut-il porter sur un autre Sens que celui qui noue le lien de
la communauté de travail ? C’est une erreur souvent commise
de faire cette dissociation. Il en découle par exemple
un dissensus entre commercial et production chacun étant
inscrit dans un système de valeur, dans un sens différent.
Le consensus "interne" et le consensus "externe"
doivent être de même Sens, être le même
consensus. C’est ce que le rappel du fait que les producteurs
sont aussi consommateurs, souligne de même que le personnel
"communique" l’entreprise à l’extérieur
et que la "publicité" est reçue par le
personnel.
Faire cohabiter deux sens et deux consensus dans l’entreprise
c’est comme avoir deux directions générales, c’est
diviser la maison commune.
L’importance du sens de, et dans, l’entreprise commence à
être perçue, sous les différentes traductions
qui en découlent, valeurs, éthiques, directions,
significations, projets, finalités, cohérences,
etc.
Le problème de la maîtrise de l’entreprise se révèle
être, sur le fond, une question de maîtrise du sens.
Cela renvoie à une nouvelle compréhension du métier
de dirigeant, au problème de la formation des dirigeants
et à celui du conseil auprès des dirigeants.
Nous attirons l’attention du lecteur sur le caractère
le plus souvent flou de la notion de Sens ou bien sa réduction
à l’un ou l’autre des aspects ici mis en évidence.
La théorie des Cohérences Humaines lui donne un
contenu neuf plus profond et plus riche et surtout, de ce fait,
plus opérationnel ( cf. plus loin, la pratique des Cohérences
Humaines et le conseil en Cohérences Humaines).
STRUCTURE COHERENCIELLE
DE L’ENTREPRISE
ET DE SON GOUVERNEMENT
Si, sur le fond, les entreprises sont engagement humain partagé
dans un sens commun, dans leur réalité elles comportent,
à leur manière, les dimensions de toutes réalités
humaines. Le cohérenciel de l’entreprise nous donne les
dimensions et les aspects que l’on retrouve dans toute entreprise
dès qu’on la regarde dans le "bon" sens, c’est-à-dire
sans réduction à l’un ou l’autre des aspects.
Dans toute entreprise il y a une intention, intention de direction.
Celle-ci s’applique à son objet caractéristique
de son activité. La conjugaison de l’intention et de l’objet
est la base de développement de l’entreprise de ses projets
et réalisations.
Sa constitution comporte trois plans :
- ce qu’elle fait (factuel)
- ce qu’elle montre (représentations)
- ce qu’elle noue (relations)
LES DIMENSIONS DE L’ENTREPRISE :
SA STRUCTURE COHÉRENCIELLE
L’INTENTION
DE L’ ENTREPRISE :
DIMENSION POLITIQUE
L’intention de l’entreprise est celle de son dirigeant, portée
et retraduite par les cadres et, au bout du compte, l’ensemble
du personnel. Elle exprime le sens et donc le consensus.
Cette "intention" qui fait l’unité et aussi
la cohérence de l’entreprise doit être aussi ce
qui en sous-tend l’originalité, la personnalité,
au-delà des contingences et des conjonctures.
Orientation générale de l’entreprise, elle s’incarne
dans une "direction générale", elle même
incarnée dans un homme ou un groupe d’hommes.
La "direction générale" est donc porteuse
de ce vouloir. Elle en est le repère et la référence.
Elle l’exprime au travers de prises de positions c’est-à-dire
des décisions "de direction générale"
et au travers de ses dires et ses actes et principalement ce
qu’ils signifient.
La politique générale de l’entreprise doit en être
une expression selon des formes appropriées aux conditions
conjoncturelles mais traduisant la permanence (sauf changement
radical) du sens de l’entreprise.
Ce vecteur intention se traduit aussi dans toute une collection
d’aspects :
- Le positionnement original qui "qualifie" la raison
d’être de l’entreprise
- L’esprit, l’échelle de valeur, l’éthique
- La motivation humaine, la philosophie, l’aspiration
- La finalité, l’axe de cohérence, l’orientation
- la vocation générale, la direction générale,
la politique générale.
Le terme "général" est employé
en fonction de sa racine "géné" qui renvoie
au caractère générique de cette dimension
et générateur de sa maîtrise.
Évidemment tout ceci n’existe pas si cela reste sans objet,
c’est-à-dire "vue de l’esprit" ou pure velléité.
L’OBJET DE
L’ENTREPRISE :
DIMENSION ÉCONOMIQUE
L’objet de l’entreprise, ce dont elle s’occupe peut varier alors
que l’intention, dans son sens profond, peut rester constante.
Il est heureux que les intentions puissent dépasser les
variations de conjoncture sinon les entreprises ne seraient que
bouchons à la surface des vagues sans autre utilité
que leur auto conservation bien aléatoire (n’est-ce pas
souvent le cas lorsque l’intention, le sens sont oubliés
ou niés).
S’il peut changer, l’objet de l’entreprise reste fixe tant que
les circonstances ne nécessitent pas d’en changer (la
conjoncture). Il s’agit de son activité, identifiée
à un produit, un service ou un métier ; toujours
en rapport avec un besoin, une demande d’un marché c’est-à-dire
d’une population dans un certain contexte.
L’objet de l’entreprise est déterminée justement
par la rencontre d’une intention avec un domaine économique.
Cette dimension de l’entreprise est celle par laquelle elle est
"branchée" sur le contexte autour de son objet
principal qui en constitue le caractère. Cet objet est
une seconde façon de comprendre son positionnement qui
est la situation dans un contexte.La façon dont l’entreprise
maîtrise cette dimension est l’information, analyse du
contexte interne, externe, distinction et mesure des acteurs
et facteurs de l’entreprise.
On trouve cette charge dans des fonctions de gestion qui, au
fond sont actes d’analyses et de traitement de l’information
significative : comptable, commerciale, matérielle, financière
etc...
Si l’économie relève étymologiquement des
"règles de la maison" ou du "ménage"
qui a formé le terme de"management", il s’agit
bien de la dimension "économique", tenue de
la maison, maîtrisée par l’information juste sur
les ressources, et contraintes qualitatives et quantitatives
du contexte interne ou externe de l’entreprise.
Il faudrait d’ailleurs l’étendre à toutes les études
ayant but d’information sur les potentiels, des marchés
par exemple, ou encore les contraintes, juridiques réglementaires
ou fiscales.
Comprendre qu’il s’agit derrière tout un groupe
de fonctions traditionnelles, d’une même dimension de l’entreprise
décomposée en "objets partiels" permettrait
une maîtrise bien plus grande avec une direction de l’information
chargée d’analyser, classer, trier, traiter, enregistrer,
diffuser les informations utiles à toutes les autres fonctions
de l’entreprise. On notera qu’une économie majeure sera
effectuée si on s’attache aux seules informations significatives
ce qui est rendu possible dès lors que le sens de l’entreprise
est connu. Est significatif ce qui a valeur dans ce sens.
De même le concours aux autres fonctions sera optimisé
dans la mesure où elles n’auront plus, comme c’est souvent
le cas, à se procurer elles-mêmes les informations
qui leur sont réellement utiles. Le contraste est grand,
très souvent, entre la pléthore d’informations
traitées dans les entreprises et la sous-information qui
traduit l’ignorance des réalités significatives
externes ou internes dans laquelle demeurent de nombreux collaborateurs
ou même dirigeants.
Notons encore que cette dimension économique peut bénéficier
des moyens informatiques dès lors qu’il sont conçus
ou employés pour traiter de l’information signifiante
et non pas une masse énorme de signaux dont la quantité
ne fait ni sens ni maîtrise contrairement à beaucoup
d’idées reçues. Les conceptions mécanistes
des entreprises ont fait ici des ravages dont on a pudiquement
évité d’envisager la rentabilité réelle
des moyens mis en oeuvre.
LE DEVELOPPEMENT
DE L’ENTREPRISE :
LA DIMENSION STRATÉGIQUE
Comme le montre la théorie des Cohérences Humaines
cette troisième dimension est une résultante, à
maîtriser certes, mais qui ne peut pas l’être indépendamment
des deux premières.
Le développement de l’entreprise c’est son histoire avec
ses projets, ses résultats, les péripéties,
changements, réalisations dont le cheminement dessine
après coup la stratégie suivie (stratégie
étymologiquement signifie mise dans l’étendue,
déploiement).
Une stratégie c’est le dessin d’un cheminement articulé
déployant l’évolution de l’entreprise dans le futur
(moyen terme).
C’est l’articulation des moyens au service d’un but (rationalisation)
selon une intention donnée et dans des conditions particulières.
Cette dimension de l’entreprise est enjeu d’une maîtrise
qui consiste simultanément à anticiper sur le futur
possible, à encadrer la marche de l’entreprise selon ces
plans, à évaluer le parcours par rapport au prévisionnel
et enfin à réagir soit dans l’action soit dans
le réajustement de la stratégie. Toutes les stratégies
de l’entreprise s’intègrent à la stratégie
générale et à la marche de son histoire.
Cette dimension stratégique est souvent confondue avec
la manoeuvre tactique faute d’une vision globale intégrée
de l’entreprise et notamment de l’ensemble des autres dimensions.
Il ne s’agit pas de réagir ponctuellement à l’événement
ou l’opportunité mais de conduire l’entreprise, en fonction
des circonstances il est vrai, sur un chemin qui ne s’improvise
pas.
Le phénomène "projet d’entreprise", lorsqu’il
n’a pas été un artifice vain, a pu aider beaucoup
d’entreprises à cultiver le sens stratégique à
la fois par l’effort de projection collective qui au fond cherche
à repérer et exprimer un sens et un consensus et
à la fois par l’effort d’intégration dans le temps
des différentes conséquences pour l’entreprise.
Bien souvent, il aurait fallu que ces projets soient moins faussement
éthiques (chartes) et plus stratégiques pour déboucher
sur une planification (stratégique et non programmatique)
et donc sur une possibilité de conduite maîtrisée.
Bien des fois de telles opérations : "projets d’entreprises",
projets qualités etc. ont mis à mal l’encadrement,
occupé à conduire une stratégie au moins
implicite sur laquelle venait se plaquer des artifices relevant
plus souvent d’une intention idéale que de l’intention
de l’entreprise.
Cela n’est pas fatal et en fait toute stratégie particulière,
financière, commerciale, de communication, de changement,
de développement, de formation etc... doit s’intégrer
dans la stratégie générale qui leur donne
son cadre et s’en trouve constituée en retour .
Notons enfin que l’intention de l’entreprise lui étant
propre (son originalité) son contexte lui étant
particulier (sa situation) sa stratégie ne peut être
que non standard, tout à fait singulière. Si l’on
s’aperçoit par ailleurs que la détermination d’un
chemin pour atteindre un but c’est aussi ce que définit
une méthode, on peut en déduire que cette conception
neuve des entreprises humaines personnalisées ne peut
s’arranger de la recherche de stratégies et méthodes
standards.
L’innovation en la matière est le quotidien de toute entreprise
qui reste auteur de ses démarches. Au contraire on reconnaîtra
dans la vision mécaniste, l’idée que la mise en
place d’un système, d’une organisation, d’une méthode
"qui a fait ses preuves ailleurs" et "qui marche"
d’elle-même est tout à fait le contraire d’une maîtrise
stratégique.
Les automobiles n’ont jamais su où elles allaient, seuls
les automobilistes conduisent, selon leurs voeux et les conditions
qu’ils rencontrent.
Remarquons pour terminer ce rapide regard sur cette dimension
que chaque but particulier ou général n’achève
pas l’histoire de l’entreprise, il en est une étape.
De ce fait les buts de l’entreprise sont aussi relatifs et non
pas des absolus, et les stratégies doivent comporter la
possibilité de révision des buts et de leur dépassement.
Il est heureux de penser qu’une réalisation prépare
toujours le futur. Aussi, tous les buts de l’entreprise et de
ses stratégies ne sont pas des achèvements mais
des commencements pour lesquels il faut préparer de nouvelles
ressources (potentialisations, capitalisations, apprentissages,
motivations, investissements etc...)
PRODUCTIONS ET PERFORMANCES
:
LA DIMENSION OPERATIONNELLE
Engagement des acteurs et facteurs (dimension économique)
dans les voies et moyens stratégiques, telle pourrait
être la définition de l’opérationnel.
Production, organisation du travail, compétences techniques,
efficacité, performance, qualité, optimisation,
sont des notions tellement familières qu’on a l’impression
que réside là l’essentiel de l’entreprise.
En fait c’est le signe qu’ont longtemps prédominé
des modèles matérialistes, réduisant la
réalité au plan factuel, ignorant donc la dimension
intentionnelle subjective, ce qui fait que l’entreprise est un
phénomène humain, y compris dans sa structure de
développement matériel. En outre cette réduction
ne permet plus une véritable maîtrise stratégique
faute de clarté et de partage intentionnel (absence ou
manque de clarté de la dimension politique).
Elle pose un problème sur le plan économique dans
la mesure où la même carence ne permet plus de distinguer
le significatif de ce qui ne l’est pas pour l’entreprise.
Ainsi le quantitatif seul prédomine, le qualitatif disparaît
du champ de maîtrise.
Ainsi la monnaie donne le change et devient (apparemment) la
seule mesure possible dont le maniement est confondu avec la
maîtrise (gestion vient de geste) or la monnaie est signe
de valeur donc porteur de sens, de prix donc d’appréciation,
subjective en partie.
Ainsi s’est développée et malheureusement se perpétue
ici ou là des conceptions de l’entreprise qui ne résultent
que de l’abandon de l’essentiel de la réalité qui
en fait une entreprise humaine. Le règne des choses subordonne
l’homme à ses fins et il n’en est plus que le moyen en
auto aliénation bien-sûr.
Or le factuel de l’entreprise c’est l’espace du travail humain.
Si on le conçoit autrement que comme instrumentation de
soi et des autres on peut penser que celui qui travaille "y
met du sien", se concentre (co-centre) sur son activité
en concourant avec celle des autres et qu’ainsi il oeuvre sur
soi en même temps que sur les choses. La théorie
des Cohérences Humaines amène ici de nouvelles
perspectives qui montrent que le travail humain est mise en oeuvre
d’une efficience déterminée par la nature humaine.
Elle met en jeu, tant sur le plan de l’épreuve de soi
que de l’efficacité pratique, le profond de l’homme et
toute sa réalité. On est loin du sentiment répandu
d’un travail "contre-nature" qui a perverti le raisonnement
et l’organisation du travail que l’on tente aujourd’hui de renverser
en dénonçant le taylorisme.
Il faut se démarquer d’un travail forcé qui vise
et emploie l’aliénation de l’homme, c’est-à-dire
la négation de son humanité, ou encore sa réduction
à n’être qu’un corps sans âme (aujourd’hui
fort cérébralisé et cognitisé).
Cela a des conséquences sur l’ambiguïté technologique.
C’est à la fois un formidable témoignage du génie
de l’homme au service de l’intensification de son travail et
à la fois un leurre monstrueux lorsqu’il participe à
l’illusion de l’auto-matisme comme si la volonté, le regard,
l’appréciation, le jugement et même le travail humain
n’y prenait aucune part. Seul l’amnésie ou l’aliénation
de l’homme sous tend cette illusion.
Ce ne sont pas les techniques qui produisent mais toujours les
hommes, seuls sujet de l’acte de produire. Les techniques sont
art matérialisé en instrument pour l’oeuvre de
l’homme. On en viendrait à confondre le fait que c’est
le musicien qui produit la musique par son art grâce à
son instrument avec l’idée que c’est l’instrument qui
produit la musique oubliant qui produit l’instrument, de qui
est l’art et qui apprécie le phénomène musical.
Est-ce l’instrument ou la technique ?
Il n’est pas étonnant que les systèmes automatisés
ont tant séduit, évacuant l’humain de l’entreprise.
Les très récentes remises en question de la robotisation
à outrance, la mécanisation systématique,
l’informatisation tous azimuts sont bons signes. L’ère
des systèmes experts qui remplacent les métiers
est en passe d’être révolue, les chantres de la
religion technologique vont peut- être retrouver la raison
en même temps que les chefs d’entreprise leur discernement.
Il y a à réinventer une opérationalité
de l’entreprise où les bienfaits de la technologie seront
les vecteurs d’un bond en avant dans la maîtrise des professionnalismes
individuels et collectifs plutôt que l’occasion d’une disqualification
des hommes et des entreprises par leur perte du professionnalisme.
Des gisements de productivité extraordinaires sont à
exploiter si la maîtrise humaine prime sur le débordement
des moyens de remplacements, c’est sans doute là que réside
une grande partie du succès japonais. (cf étude
des cohérences humaines de la culture japonaise) qu’il
faut néanmoins regarder avec le plus grand discernement.
Le Japon est (a été) une gigantesque entreprise
de maîtrise dont le Sens spécifique appartient à
sa culture pour laquelle les interprétations habituelles
de l’occident sont simples projections de nos propres cultures
(ou désirs).
La dimension opérationnelle de l’entreprise est un monde
à découvrir dans ce nouveau Sens qui lui est donné
et les innovations en la matière seront infiniment plus
nombreuses demain qu’hier parce que plus profonde et plus radicales
que les "modernisations" actuelles.
Si, bien sûr, est cultivé le Sens de l’entreprise
humaine plutôt que celui qui est aujourd’hui quelque peu
remis en question (dans les faits plus que dans les esprits)
et qui fait de la puissance technico-économique de l’Occident
une impotence sociale, désintégrant nos sociétés.
Combien aujourd’hui n’ont pas de travail et combien demain ?
EXPRESSION ET COMMUNICATION
:
LA DIMENSION IDENTIFICATOIRE
Ce n’est pas sans excès qu’elle a fait une apparition
tonitruante dans les entreprises ces dernières années.
Quelques experts ont cru bon de nous faire croire que l’identité
ça se fabrique, le regard du public ça se capte.
L’identité par captation est devenue la règle,
la règle du pire. La crise des médias et des faiseurs
d’images est un signe de la crise d’identité et des représentations
de notre société à laquelle participent
les entreprises (qui en doutent, le redoutent ou l’espèrent).
Sont de plus en plus fréquents au contraire les appels
au Sens dans la communication de même qu’à la participation
de l’entreprise aux affaires de la cité. Ce sont là
des indicateurs de cette dimension de l’entreprise.
La façon dont elle se présente, s’exprime se montre
est ce qui la fait reconnaître, la "qualifie"
aux yeux de ses membres, partenaires, clients et publics. C’est
cela son identité. Comme toute communication humaine elle
se connaît et se reconnaît par ses représentations,
notamment, par la place qu’elle tient dans les représentations
collectives ou qu’elle y prend.
Les signes font parties de la réalité de l’entreprise
au moins autant que les faits mais on en a moins cultivé
l’art. Si on essaie d’imaginer tous les signes, images dessins,
schémas, visages, messages, langages qu’émet et
reçoit l’entreprise en son sein et avec son environnement
on peut se demander ce que serait l’entreprise sans cela (une
machine), mais aussi quel texte, quelle scène, quelle
identité elle communique.
Si, comme trop souvent aujourd’hui, elle se nourrit d’idées
toutes faites, de discours stéréotypés,
de modèles standards, de modes éphémères
et, au demeurant, d’une pensée pauvre noyée dans
les idées, alors l’entreprise se perd, perd l’originalité
de son positionnement, de sa valeur, la conscience de son destin
propre et devient anonyme. Elle est dépendante de la demande
d’une façon extravagante.
La aussi la renaissance d’un marketing de l’offre est bon signe,
signe d’une réappropriation de l’intention de l’entreprise
et d’intentions avouables donc communicables et prometteuses.
C’est là l’enjeu de la maîtrise communicationnelle
de l’entreprise.
Il y a à repenser un art de la communication d’entreprise
cohérent avec les représentations d’elle même
et de la société à son égard et sachant
signifier le sens de l’acte original de l’entreprise, condition
d’un consensus qui, comme on l’a vu, forme aussi bien la communauté
de travail que les rapports avec les clients et autres partenaires.
La médiation des signes et représentations, la
présentation de l’entreprise qui l’identifie et la qualifie
concourent à son existence et son développement
non pas de façon accessoire et artificielle mais de façon
intrinsèques.
Les hommes parlent, pensent, imaginent. Les entreprises, phénomènes
humains, existent dans "l’espace des signes". Comment
le négliger, et en confier le soin aux bavards et aux
faiseurs.
Tout un professionnalisme est à développer ou à
diriger dans le monde de la communication pour gouverner l’entreprise
sous cette dimension. La théorie des Cohérences
Humaines offre, on le verra, non seulement une base conceptuelle
neuve mais des éclairages et des méthodes pour
y contribuer.
ANIMATION
DU CONSENSUS :
LA DIMENSION RELATIONNELLE
L’entreprise est un tissu de relations engagées, relations
de concourance dans l’optique qui est ici développée.
Ces relations sont diversifiées selon leur objet (acteurs
et facteurs de la dimension économique) relations commerciales,
relations de travail, relations d’échange, relations d’information,
etc ... Cela compose des groupes, sous groupes, impliqués
les uns dans les autres. Elles sont aussi à hiérarchiser
et cela par rapport à l’intention de l’entreprise.
La hiérarchie est à penser comme hiérarchie
dans les niveaux de maîtrise et singulièrement de
transmission du sens de la politique générale dans
les différents secteurs de l’entreprise.
La complexité des relations est celle de toute communauté
humaine engagée, avec ses rôles, responsabilités,
autorités, intégrations, régulations (sanctions).
La vie de l’entreprise comme vie d’une communauté engagée
est elle aussi mieux prise en considération.
Elle est le théâtre où se jouent les consensus
pour que s’unifie celui de l’entreprise avec ses partenaires.
Elle est aussi celui où se joue la dynamique des engagements
et de l’engagement collectif qui réclame une maîtrise
de l’animation notamment.
Il ne s’agit pas d’animation-agitation mais de "donner une
âme vivante" (le consensus) d’un même Sens celui
de la direction générale à propos d’un même
univers : l’objet, son contexte et ses lieux multiples.
Une maîtrise qui intègre des fonctions souvent dispersées
y serait utile. Elle fera appel à une connaissance des
phénomènes humains relationnels et collectifs où
la théorie des Cohérences Humaines apporte, on
le verra plus loin, d’importantes nouveautés.
En particulier est cruciale la connaissance des mobiles, des
conditions de l’engagement dans une concourance authentique (non
falsifiée par l’individualisme ou par le suivisme de facilité).
On a trop usé des moyens de la menace et de l’inquiétude,
ou bien de ceux de l’avidité, de la sécurité
ou du narcissisme qu’on en est venu à méconnaître
dans beaucoup d’entreprise les vecteurs liés à
la vocation, aux aspirations personnelles et collectives et plus
généralement aux valeurs de la personne et de la
communauté qu’elle réalise dans son oeuvre. C’est
ici l’appréciation et la reconnaissance de la valeur qui
est motrice de l’engagement. Le contrat, l’implication, le projet,
valent par ce qu’en valent les perspectives pour ceux qui les
réalisent et pour ceux qui les apprécieront.
C’est une question d’appréciation, donc de prix et de
reconnaissance, donc de signes. La rémunération
en est un moyen, loin d’être le seul.
Il faut souligner l’importance de l’évaluation en ces
matières et rappeler qu’il n’y a pas d’évaluation
sans échelle de valeur celle instaurée par le Sens
et l’intention de l’entreprise. Il n’y a pas d’évaluation
sans mesure et la mesure est toujours en partie une proportion
par rapport à une référence commune. Il
n’y a pas d’évaluation personnelle sans évaluation
de ses fruits. La mesure est partiellement aussi qualitative
et ressorti du jeu du consensus. Elle est toujours l’enjeu d’une
négociation, appréciation collective du juste (notion
de justesse et de justice).
Il faut aussi, dans la dynamique d’engagement, envisager la dimension
de la durée, de l’épuisement et du renouvellement.
Cela prête à conséquence sur l’implication
dans les projets et les enjeux de l’entreprise. C’est évidemment
le cas dans les pratiques dites de changement ou les plus grandes
aberrations se manifestent fondées sur une profonde ignorance
des phénomènes humains à l’oeuvre dans ces
situations .
On pourrait d’ailleurs associer ceux qui ont trait aux rapprochements
et fusions d’entreprises qui sont comme rapprochement et fusions
de communautés étrangères.
Nous savons au moins qu’un surcroît de coercition ou qu’un
surcroît d’indifférence individualiste permettent
d’éviter la question.
Sinon on se trouve confronté aux problèmes de "dépressions
collectives" et autres pathologies possibles, aux problèmes
de conversion de sens, à ceux de l’intégration
multi-culturelle, à celui là aussi de la façon
de donner une unité de direction à des hommes autonomes
(relativement du moins) et tous différents.
Ceux qui s’engagent dans la maîtrise de ces problèmes
avec une véritable considération de l’homme feraient
bien de se préparer à affronter des phénomènes
humains forts complexes que les politiques n’arrivent pas à
saisir.
L’observation de ce qui se passe dans nos sociétés
devrait alerter ceux qui veulent progresser dans ce sens (sans
analogies illusoires).
Du côté de la maîtrise du consensus les entreprises
humaines sont aux prises avec les phénomènes de
société que nous traversons et sont aussi mal équipées
en la matière. Les tendances lourdes des visions matérialistes
par exemple masquent encore un peu le problème.
Nous rejoignons ici à la fois la question de la crise
de Sens (et des Consensus) et crise d’évolution qui réclame
un progrès des entreprises au moins les plus avancées
pour inventer une nouvelle maîtrise de ces problèmes
en période de turbulences.
Les développements de la théorie des Cohérences
Humaines concernant les sociétés et communautés
humaines, présentés par ailleurs, donnent des éclairages
complémentaires.
LES AGES DE L’ENTREPRISE
ET L’EVOLUTION DES DIRIGEANTS
La théorie des Cohérences Humaines débouche
on l’a vue sur une compréhension des âges d’évolution
des personnes et par suite des communautés et des phénomènes
humains.
S’il va de soi qu’on ne peut réclamer à tout le
monde le même niveau de compréhension, d’engagement
ou de maîtrise des affaires professionnelles notamment,
reste très ambiguë aujourd’hui l’explication des
différences :
- différences de capacités individuelles ?
- différence de savoir ou d’expérience ?
Est pratiquement absente l’idée de niveau de maîtrise
humaine, dans l’exercice professionnel notamment. De là
, découle une confusion entre la notion de professionnalisme
et celle de technicité.
Or, la théorie de l’évolution montre que :
- Il y a trois grandes phases d’évolution, trois âges
personnels et professionnels, trois niveaux de maîtrise.
- A chaque âge correspond un espace de développement
différent. Par exemple ce n’est pas une croissance indéfinie
du savoir faire qui caractérise l’évolution mais
le passage d’un "espace du faire" à un "espace
des représentations", nouveau champ de maîtrise.
C’est pour cela que de bons ouvriers ne font pas forcément
de bons agents de maîtrise, s’ils n’évoluent pas.
- Les âges sont séparés par des seuils, correspondants
à de véritables mutations, crises saines si elles
sont dépassées.
- Chaque âge intègre les précédents
qui s’en trouvent néanmoins relativisés. Il est
aussi le théâtre d’un enjeu de progrès, d’amélioration,
et donc lieu de tensions contraires et de refus d’évolutions.
Les entreprises, comme phénomènes humains parcourent
ces âges et il est extrêmement intéressant
de noter qu’il y a, ainsi trois niveaux d’entreprises, trois
niveaux de dirigeants et trois niveaux de maîtrise de l’ensemble
des fonctions de direction notamment.
Cette perspective d’un parcours d’évolution hiérarchisé
débouche sur ceci :
- On ne peut parler le même langage aux trois niveaux sous
peine d’incompréhensions massives. Noter l’échec
de la plupart des tentatives
de mobiliser ou même d’intéresser les dirigeants
de PME-PMI et même les autres à des modèles
d’entreprises ou de management qu’on voudrait leur faire intégrer.
- On n’a pas les mêmes pratiques ni la même compréhension
des choses aux différents niveaux. Les notions les plus
communes n’ont pas le même contenu intellectuel, ni pratique,
chacun se situant dans l’espace de sa maîtrise. Par exemple
: organiser, pour les uns, c’est arranger les choses, pour les
autres, c’est concevoir un plan de rationalisation qu’ensuite
d’autres réaliseront. Maîtrise empirique et maîtrise
intellectuelle (stratégique). Pour d’autres il faudra
envisager de missionner un responsable dans le contexte de la
situation (maîtrise politique).
- On ne peut pas attendre des dirigeants la même implication
dans les affaires collectives. La responsabilité de direction
et la place de l’entreprise dans la cité ne sont pas envisagées
au même niveau.
- Il est possible aussi d’établir des niveaux d’aides
et de conseils, de diagnostic et de résolution de problèmes,
de pédagogie différente selon l’âge de l’entreprise.
-Enfin cela dessine une échelle de valeur qui lorsqu’elle
est reconnue et instituée, permettra aux dirigeants et
donc aux entreprises de s’engager dans une voie de progression
et de maturation. On débouche alors sur la question de
la formation des dirigeants, en particulier au troisième
niveau, condition pour former, dans le bon Sens, ceux des second
et premier niveaux.
NIVEAUX D’EVOLUTION DES ENTREPRISES
ET DE LEUR MANAGEMENT
LES
ENTREPRISES D’AGE PRIMAIRE
Ce sont les plus nombreuses, il faut bien le dire, et cela ne
dépend pas toujours du nombre de leurs années.
Même si, pour certaines, il y a défaut d’évolution,
pour toute entreprise (personnes aussi ou projets, dans leurs
phases de démarrage au moins) un âge primaire est
à passer.
Cette phase est l’âge de l’apprentissage des réalités
et des savoir faire. C’est une période (quelque fois sans
fin) de corps à corps avec les faits, d’épreuve
de réalité.
Beaucoup d’entreprises n’y réussissent pas. La préoccupation
est entièrement prise dans le dilemme, résister
pour survivre, progresser pour se développer. Évidemment
la première version est la plus destructrice parce qu’elle
ne permet pas les apprentissages nécessaires, qu’elle
se développe sous le régime de la menace, de la
pression de nécessité, de la fatalité, de
l’emprise des conditions extérieures (marché, conjoncture,
réglementations etc...). L’autre orientation, autre sens,
réclame la fixation d’objectifs de progrès, quantitatifs
et qualitatifs, auxquels se mesurer et donc aussi des repères,
des aides qui permettent cette progression.
Il n’y a d’auto-apprentissage que s’il y a une "maîtrise
de référence" lorsqu’il s’agit d’avancer vers
une plus grande maîtrise. Il ne faut pas confondre cela
avec des réflexes de survie qui constituent le principal
savoir-faire de beaucoup.
Cela étant, toute entreprise dans sa phase primaire est
au prise avec ce dilemme et doit le résoudre. C’est l’épreuve
du (des) dirigeant(s).
Sur le plan de leur "management", les entreprises primaires
se caractérisent par la dominance du souci de l’immédiat,
de la réactivité et de l’efficacité (de
survie, ou de progrès). Les chefs d’entreprises sont le
plus souvent les "maîtres Jacques" qui sont présents
partout. Le corps social de l’entreprise n’étant organisé
qu’autour de la tâche et de la distribution des tâches.
Il n’y a pas de médiation "conceptuelle" mais
un rapport d’ordre par rapport aux faits. De là des conceptions
élémentaires du "commandement" comme
principe de "management".
Il est un peu trop rapide de suggérer à de telles
entreprises de pratiquer des méthodes de management plus
"avancées", cela d’une part déstabilise
les possibilités de maîtrise du dirigeant et d’autre
part déstabilise les possibilités d’auto-contrôle
du personnel. Il ne faut donc pas rejeter le commandement comme
principe de direction dans des équipes ou des entreprises
primaires (provisoirement). Bien évidemment le pratiquer
dans le sens du progrès humain, sens éducatif donc,
est souhaitable. Ceux qui crieront au paternalisme ferait bien
de méditer sur l’utilité de la fonction de re-père
et l’importance du rôle du père dans l’apprentissage
du "grandir".
Si les individus, dans l’entreprise, ne sont pas des enfants
il serait peut être temps de retrouver l’humilité
professionnelle qui permet de reconnaître qu’à titre
individuel ou collectif l’on puisse se trouver une "enfance
professionnelle". Cela est particulièrement difficile
pour certaines personnalités-égo-centrées.
Au contraire le reconnaître et l’accepter permet de ménager
les apprentissages nécessaires et solliciter les aides
utiles.
Dans cette phase primaire l’espace de l’entreprise, principalement
factuel, l’entraîne à n’entendre et ne comprendre
toutes les questions d’entreprises et de maîtrise que sous
forme matérialisée. Le "comment faire"
est la seule question, dont la seule réponse attendue
n’est pas une explication mais une démonstration.
En outre comme l’entreprise n’en est pas encore à un stade
d’individualisation différenciée, elle a le souci
du standard, adapté à la situation. Les interpellations
personnalisées sont souvent prématurées.
Cela explique l’échec d’un grand nombre de pratique des
organisations professionnelles, administratives, économiques
à l’adresse de dirigeant et d’entreprises dont les soucis
se situent dans un autre espace, ce n’est pas le champ des idées,
schémas, représentations même s’ils sont
démagogiquement taxés de pragmatiques ou pratiques.
Cela permet aussi de comprendre la difficulté de ces entreprises
par rapport à la formation et au conseil, souvent porteurs
de plus de représentations toutes faites que de savoir-faire
qui fasse écho dans l’expérience factuelle.
Une maîtrise secondaire d’un apport primaire serait la
bien venue pour tous ceux qui apportent un service significatif
à ces entreprises.
La maîtrise primaire d’un apport secondaire est malheureusement
le cas le plus fréquent qui fait de ces entreprises le
terrain de manipulations qui ne tiennent que par l’entretien
d’une angoisse de survie.
Les thèmes de la guerre économique où la
référence abusive aux contraintes du marché
et aux impératifs de l’économie sont les moyens
les plus sûrs pour empêcher les entreprises de progresser.
On ne peut engager les entreprises d’âge primaire à
évoluer qu’en leur donnant des repères d’espérance.
Encore faut-il qu’il y ait des entreprises d’âge secondaire
ou des organisations à ce stade qui elles mêmes
soient en souci de progression vers un autre niveau de maîtrise
(tertiaire). Sinon elles se servent des premiers pour justifier
leur dominance et leur existence plutôt que les servir
(problèmes fréquents des administrations locales
ou d’état, des organisations professionnelles, de la sous-traitance,
de la grande distribution etc...).
Ce stade primaire de développement des entreprises est
fragile. Une nation moderne devrait se préoccuper de l’immense
effort des chefs d’entreprises et des équipes qu’ils accompagnent
et de l’immense gaspillage que représente la mortalité
infantile de ces entreprises ainsi que celui que représente
par l’inintelligence de ce qui leur est utile, les injonctions
sociales des modèles en tout genre qui ont pour effets
de les empêcher de grandir sainement. Trop souvent ces
entreprises sont abreuvées d’idéologies managériales
modernistes ou conservatrices déjà critiquables
dans leur contenu mais aussi surtout dans leur déphasage
avec la réalité de ces entreprises.
LES ENTREPRISES D’AGE
SECONDAIRE
Elles s’inscrivent dans l’espace des représentations pour
assurer la maîtrise de leur développement.
D’un côté, elles développent une capacité
stratégique inaccessible aux entreprises primaires par
le fait qu’il faut déployer des représentations
mentales qui intègrent au mieux les facteurs dans une
même perspective.
D’un autre côté elles aident à identifier
et faire reconnaître leur positionnement par la communication
de leur qualification et leur participation au jeu social des
représentations.
Ces entreprises développent donc une intelligence
de leur évolution et pour cela elles sont friandes de
conceptions, de modèles de schéma qui leur permettent
de trouver leur propre voie. L’effort de rationalisation se retrouve
dans les organisations, les plans, les projets et toutes les
représentations qui en sont faites pour être communiquées.
Le langage du management est entendu dans l’espace des signes
et donc des représentations significatives auxquelles
se référer.
Ces entreprises développent aussi un souci de communication
vis-à-vis des publics avec lesquelles elles sont en relations
(personnel, clients, grand public, autorités administratives,
politiques, etc...).
Elles reconnaissent que c’est l’identification de leurs propositions
qui conditionne le jugement de leur clientèle, que c’est
l’identification de la qualification de l’entreprise qui conditionne
aussi la reconnaissance de ses propositions et la confiance du
marché et des partenaires.
Les dirigeants de ces entreprises, on le conçoit, jouent
leur identité dans l’identification de leurs entreprises.
S’ils ne sont plus autant sur le tas ils développent leur
rôle de représentation. Cela les conduit aussi bien
à participer à des organisations professionnelles
ou autres et ainsi à trouver leur place dans l’espace
des représentations sociales.
Il y a là un effort de "distinction" tant de
l’entreprise que du dirigeant jusqu’à ce qu’il puisse
y avoir une distinction entre leurs identités réciproques.
L’identification réciproque, entreprise-dirigeant, est
forte on le comprend, et son contenu est celui des représentations
partagées (interne/externe).
L’enjeu de l’âge secondaire est la maîtrise d’un
autre dilemme : ou bien la progression vers la reconnaissance
d’une identité authentique par la mise en évidence
des valeurs propres de l’entreprise dans son contexte, ou bien
la tentative de se fabriquer une identité d’emprunt, de
passer pour ce qu’elle n’est pas en adoptant des signes, modèles,
repères, images pour avoir l’air de ce qu’elle n’est pas,
pour se confondre avec cette apparence trompeuse.
Malheureusement, tout un pseudo professionnalisme s’est développé
laissant entendre que la manipulation des représentations
permettait de capturer durablement l’intérêt des
publics concernés. Cela entraîne dans une logique
de séduction, de spéculation qui cultive l’imposture
et joue l’échec ou la réussite sur des coups de
dés.
Les succès de quelques "gagnants" laissent croire
à la masse des perdants que c’est la bonne recette.Pendant
ce temps aucune maîtrise ne se développe vraiment.
C’est sans doute ce qui fait aujourd’hui la profusion des modèles
et des modes et le manque d’une recherche de fond pour théoriser
le management.
Donner à voir quelques exemples de réussite provisoire
n’a jamais permis d’échafauder une "science"
de la réussite, d’intérêt général.
Lorsque la logique de la falsification d’identité prédomine
pour les entreprises d’âge secondaire alors le divorce
entre dirigeant et entreprise n’est pas loin.
Combien de fois des dirigeants épris de modes managériales
d’emprunt se sont-ils heurtés à la culture réelle
de leur entreprise, aux "représentations" des
cadres et du personnel qu’il a fallu séduire ou violenter
pour faire passer des idées nouvelles.
La maîtrise de l’âge secondaire, sans se désintéresser
des modèles et du cours des modes, réclame au contraire
d’en faire autant de vecteurs d’interrogation, pour trouver ses
propres références.
La maîtrise conceptuelle des problèmes et des projets
en est la clé. Tout un développement de la formation
des dirigeants et de la recherche conceptuelle sur l’art de diriger
sont à développer et sont cruellement défaillantes
aujourd’hui.
LES
ENTREPRISES D’AGE TERTIAIRE
Si elles sont probablement une minorité, le fait qu’elles
ont dépassé l’âge de la représentation
les rend moins visibles aux yeux qui n’y sont pas familiarisés.
L’espace où elles développent leur maîtrise
est l’espace de la communauté de destin. Ce qui est en
question c’est le sens de l’avenir commun.
Du même coup le sens de l’entreprise, l’essentiel, est
ce par quoi elles se situent dans l’environnement, la cité,
ou les marchés (notamment le rapport traditionnel marché/cité
à retrouver ici). Le développement local, régional,
national concoure au développement de l’entreprise indirectement,
et l’entreprise y concoure directement.
Cela étant puisque l’espace de maîtrise est l’espace
de la communauté de devenir, les termes de cette maîtrise
sont tous ceux du développement de la communauté,
tant sur le plan interne, communauté de travail, qu’externe,
communauté régionale, clientèles etc...
Le développement intègre alors aussi bien l’éducation,
que la santé, que l’intégration des gens, que l’éthique,
le politique, l’économique etc...
Si le consensus de l’entreprise est forcément spécifique
les modalités de ce consensus touchent tous les domaines
de la vie des communautés humaines.
Le rapport au travail et la concourance collective ainsi que
le commerce contribuent à tisser les liens de la communauté,
participe à l’intégration et à l’évolution
commune. L’entreprise est lieu d’éducation professionnelle
et humaine et si ce n’est pas en général sa mission
elle y contribue. Lieu d’expérience et d’engagement majeur
de la vie de ceux qui y travaillent, elle est le siège
de l’investissement de toute les dimensions de l’humain et donc
aux prises avec toutes les dimensions de l’humain dans son environnement.
Elle ne peut en avoir la maîtrise à elle seule,
c’est pour cela qu’elle concoure avec les autres institutions
au développement commun et qu’à l’inverse d’autres
concourent à son développement.
Imaginons une entreprise crée dans le désert pour
comprendre ce que l’entreprise doit au monde dans lequel elle
se développe.
Personnel formé, éduqué, cultures,langages élaborés, moeurs civilisés, sciences et
connaissances développées, pensées, valeurs
collectives, sensibilités, expériences communes,
attentes et demandes intelligibles etc...
Toute entreprise vit sur un terrain culturel extrêmement
riche sans lequel elle n’existerait pas mais qu’en retour elle
enrichit.
La maîtrise à ce niveau est d’ordre politique (politique
générale, gouvernement des hommes). Tous les concepts
du management sont compris comme cela, comme éclairant
les voies et moyens de la conduite des affaires humaines, entre
les hommes, à propos de choses culturellement communes.
Les dirigeants de ces entreprises vivent leur rôle en terme
de responsabilité, d’oeuvre, de service à la communauté.
Le terme même de maîtrise prend toute sa signification,
celle de servir. Le maître est celui qui sert, c’est ce
qui fonde aussi son autorité
Le dirigeant donne le Sens et pour cela discerne, s’engage, développe.
L’exercice de cette responsabilité fait de l’entreprise
l’engagement des responsabilités de son personnel, structuré
notamment selon le niveau de maîtrise et donc de responsabilité,
des cadres notamment.
S’il est impliqué dans les affaires de la cité,
c’est par son entreprise et non pas en plus ou bien à
côté. Mais il faut avoir pour cela une vision de
l’entreprise justifiée par le service qu’elle rend à
la communauté et non comme un monde à part dont
les justifications appartiennent à d’autres horizons que
ceux de la communauté humaine.
Cela n’interdit pas que les entreprises d’âge tertiaire
aient un objet d’ordre matériel, une production par exemple,
mais cela les engage à développer leur maîtrise
autour du sens de cette production pour ceux qui en ont l’usage,
du sens de cet usage donc, du service rendu, du sens, même
sur le plan éthique, de ce service et de la valeur humaine
de ce produit pour le bien commun.
De ce fait le produit, comme l’entreprise sont envisagés
dans leur plénitude de réalité humaine (toutes
les composantes de leur cohérenciel) au lieu d’être
réduits à l’une ou l’autre dimension.
Une automobile par exemple n’est pas seulement un moyen de transport
physique ni même un mode et un signe de participation à
la vie sociale elle est aussi le vecteur d’une autonomisation
et d’une responsabilisation des personnes par rapport à
leur rôle, professionnel par exemple.
Ce sens culturel de l’automobile est ce qui fonde le métier
et la maîtrise de l’entreprise dont c’est l’objet. Cela,
encore une fois, n’élimine pas les autres espaces, secondaires,
primaires, mais les relativise.
La responsabilité "politique" des dirigeants
d’entreprises tertiaires intervient
- au niveau du personnel et plus généralement de
la communauté des entreprises et personnes qui concourent
au développement de l’entreprise (fournisseurs, conseils,
partenaires, personnel, etc...) Il donne le sens du consensus
et gouverne les hommes avec le relais d’une hiérarchie
(de maîtrise)
- au niveau de la cité (régions, etc...) dont il
n’a pas la responsabilité politique (l’élu) mais
au développement de laquelle il concoure par son entreprise
.
- au niveau de ses clients, en mettant la vocation de l’entreprise
à leur service et considérant toutes ses productions
et réalisations comme devant les servir ou plus exactement
servir leur développement humain. A cet égard il
a une responsabilité dans le fait de cautionner des demandes,
de satisfaire des besoins humainement destructeurs. Le simple
fait d’obéïr à la demande du marché
n’est certainement pas une justification éthique. Cette
responsabilité réclame, là-dessus, discernement
mais elle va, par l’offre de l’entreprise et son sens, jusqu’à
la provocation pédagogique, que représente toute
innovation, par exemple.
Cette responsabilité est au bout du compte d’ordre politique
puisqu’il en va de l’évolution de la communauté
des hommes par le service de leur bien personnel et collectif.
Cela réclame de discerner, bien évidement, et de
prendre risques et engagements en conséquence. Les dirigeants
n’ont évidemment pas eux seuls cette responsabilité
mais leurs entreprises y concourent et de ce fait ne peuvent
dissimuler derrière de supposées lois du marché
ou pseudo-mécanismes de l’économie leur réelle
responsabilité.
Responsabilité ou complaisance irresponsable tel est l’enjeu
de la maîtrise tertiaire des entreprises humaines. C’est
bien l’un des problèmes du temps qui émerge de
plus en plus.
La maîtrise tertiaire des entreprises n’a guère
de référence sinon dans telle tradition ou dans
tel exemple local. Il y a toute une science de l’art de diriger
les entreprises qui doit être développé auquel
contribue la théorie des Cohérences Humaines et
qu’elle a déjà poussée très loin
sur le plan théorique mais aussi, on la verra, sur le
plan pratique.
Pour conclure cette partie, illustrant le nouveau regard de la
théorie des Cohérences Humaines sur les entreprises
humaines, nous devons souligner que notre époque tend
à généraliser la notion d’entreprise et
l’acte d’entreprendre. Entreprise d’un projet personnel, de développement
d’une région, d’un changement politique, d’une réalisation.
Organisations, institutions ont aussi toutes à entreprendre
leur vocation. De ce fait tout ce que nous venons de voir est
transposable à ces entreprises là.
Derrière les exemples ou références à
un secteur spécifique on peut aussi lire la possibilité
d’une extension au gouvernement, de la nation, de la cité,
ou à tout projet personnel ou collectif y compris au sein
des entreprises auxquelles nous concourons.