Au milieu de l’influence de tendances multiples, l’homme est mis en question, implicitement le plus souvent. C’est l’humanité de l’homme qui est en jeu ou plutôt sa compréhension ou sa négation. Evidemment ce sont les conséquences de ces conceptions qui entrainent à les rejoindre ou les fuir. Exigences et responsabilités sont deux critères attractifs ou repoussoirs. Il en va du devenir de l’homme ou la négation de tout devenir proprement humain.
La théorie des Cohérences Humaines est née
d’un regard. Lues sous un certain angle les choses ne se présentent
pas de la même manière que sous un autre. On parle
alors de points de vue différents, comme s’il y avait
des points à partir desquels on pouvait voir les choses
de façon différente.
Les points de vue se traduisent bien souvent d’ailleurs en opinions
différentes, en prises de positions qui s’accordent ou
s’affrontent. Mais les positions prises en final ne sont-elles
pas les conséquences de position prises à priori,
de choix d’un point de vue, et, en quelque sorte, d’une disposition
du regard, de l’attention, de la sensibilité et pourquoi
pas de la volonté, du désir, de l’espérance ?
C’est déjà là une vision offerte par la
théorie des Cohérences humaines que celle de l’existence
de ces "dispositions" de l’homme qui donnent Sens et
cohérence à ce qui est vu, vécu, agi, pensé,
partagé, projeté depuis chaque point de vue, chaque
position prise.
Ces dispositions sont aussi des postures, façons de se
poser, de se mettre en scène dans l’existence, de se comporter.
Elles sont aussi en corrélation avec ces postulats plutôt
implicites à partir desquels nous construisons nos explications,
notre compréhension des choses, du monde et de nous-même.
Or, ces dispositions sont des positions de Sens en même
temps qu’elles représentent les choix disponibles à
l’homme. Sa liberté même s’exerce dans cette nature
"d’être en plusieurs Sens" et de pouvoir en disposer,
se disposer selon l’un ou l’autre et ainsi donner sa cohérence
à chaque situation comme à toute une existence.
Il y a ainsi un regard d’où se dégage une vision,
celle de la possibilité pour l’homme d’adopter toute une
panoplie de dispositions, positions de vie, toute une panoplie
de regards.
La théorie des Cohérences Humaines éclairera
ainsi les visions déployées à partir de
regards qui sont autant de sens tendus vers le monde, vers les
autres. Ces visions ce sont les visions du monde classiques ou
particulières, personnelles ou culturelles, singulières
ou, semble-t-il, universelles. En se déployant à
partir d’un regard propre, d’un point de vue, d’une disposition,
elles accompagnent aussi les démarches, les actions, les
comportements, les projets, les réalisations des hommes.
Si donc on se réfère au regard, pensons que s’il
indique une position prise, il préfigure aussi un engagement
de l’existence, dans l’action par exemple. Ainsi c’est d’un de
ces regards que la théorie des Cohérences Humaines
est le déploiement. Chaque grande découverte s’est
accompagnée d’un bouleversement des façons de penser,
d’interpréter le monde et en conséquence d’agir.
Il s’agissait à chaque fois de l’actualisation d’un nouveau
regard accompagné, dit-on aujourd’hui, de l’émergence
d’un nouveau paradigme.
La difficulté est, pour celui qui déploie ainsi
un regard neuf, que les autres observateurs ne voient pas ce
qu’il voit et sentent bien que s’ils y consentaient, c’est tout
l’édifice de leur monde qui serait mis en question, mode
de pensée et mode de vie. Le procès de Galilée,
étrangement d’actualité par sa réhabilitation
récente, en est un exemple classique.
Il faut donc, à celui qui ose un nouveau regard, affronter
l’incrédulité, l’incompréhension sinon l’agression
avec tous les artifices de la vengeance de certains dont les
intérêts leur semblent mis en péril. Newton
s’est vu ainsi violemment combattu à son époque,
lui-même n’ayant guère été tendre
pour ceux qui ne voyaient pas comme lui.
Lorsqu’en effet les hommes confondent leur réalité
avec le tableau que découvre le regard particulier qu’ils
ont adopté pour toutes sortes de raisons, alors ils se
sentent remis en question, remis à la tâche d’avoir
à reconstruire une vision, une identité, une existence.
Evidemment, ceux qui se vivent dans un monde en crise, en difficulté,
où les visions s’entrechoquent, où les identités
se morcellent, où les certitudes se lézardent et
où enfin les méthodes et les moyens habituels semblent
perdre leurs vertus d’efficience alors ceux qui ont déjà
accepté la remise en question sont prêts à
envisager un autre point de vue. Il est vrai alors qu’un point
de vue simplement cohérent peut paraître par ce
fait salvateur ; n’importe lequel pourvu qu’il soit cohérent,
unifiant, identificatoire.
Malheureusement tous les Sens ne se valent pas, toutes les cohérences
ne sont pas bénéfiques, tous les regards ne sont
pas sains. Nous sommes là dans des caractéristiques
de notre époque, crise de sens, déboussolement,
morcellement et éclatement des différents pans
de l’existence et d’autre part quête d’une réponse,
d’une croyance, d’un système cohérent. Il y a des
regards qui aveuglent, il y a des regards qui éclairent
c’est plutôt de ce côté qu’il faut chercher.
La théorie des Cohérences Humaines est la traduction
d’une vision où s’éclairent la nature des regards
humains et son propre regard. Elle provoque à la liberté,
à la responsabilité du choix, à la conscience
des implications. C’est pour cela que nous préféreront
ce Sens parce qu’il éclaire les Sens possibles des dispositions
humaines et leurs conséquences dans la pratique de l’existence
individuelle et collective.
D’où vient-il qu’un nouveau point de vue puisse être
tenu alors que tout et tous invitent à prendre position
uniquement parmi les propositions infinies du moment. Penser
par soi-même, prétendre être le lieu d’une
vision propre est tellement inouï que cela suscite une surdité
radicale. On ne voit rien (de neuf), c’est donc qu’il n’y a rien
à voir (l’entendement a bien à voir avec l’audition
comme avec la vision, les sens ont partie liées au Sens...).
D’autres fois c’est un soupçon qui va de l’hypothèse
du délire à celle de la manipulation intéressée
des esprits : hallucination du type new-age ou bien plan marketing
astucieux mais bien compliqué. Cela en dit long sur le
statut réel de la pensée et sur la gravité
d’un tel acte qui remet en question les structures auxquelles
les regards habituels nous ont identifié.
Il y a mystère à ce que l’oeil d’un auteur particulier
se soit porté à quelque interstice à en
être émerveillé du spectacle découvert
et y consacrer tous ses efforts au risque des effets du doute
et de l’incompréhension des autres. Il ne s’agit pas d’une
jonglerie avec quelques accessoires conceptuels bien connus pour
ce genre de numéro dédié à des scènes
convenues. Comment est-il possible de se tenir dans ce regard
pour en déployer la vision sans s’y perdre ?
En l’occurence trois types d’expérience ont ici à
la fois suscité la quête et soutenu l’élaboration.
Tout d’abord une fréquentation de la psychanalyse et de
quelques méthodes modernes de "culturisme de l’âme...
ou de l’égo" ont donné consistance au mystère
de l’homme, de son intériorité et de sa responsabilité
sur les visions et les actions qui tissent la trame de son existence.
Le mystère de l’homme c’est aussi bien le non savoir à
propos de la nature humaine qui se cherche, que l’inconscient
qui détermine ce que le conscient tente d’expliquer à
l’intérieur de son seul horizon. C’est aussi enfin toute
l’épaisseur de l’histoire à l’échelle individuelle
et collective qui trouve en l’homme ses mobiles, ses fins et
ses moyens. Abîmé en subjectivisme, le commerce
des ego et de leur entretien est devenu un refuge pour ceux qui
ne trouvent pas alentour une sûreté suffisante.
Ensuite, quelques cheminements en compagnie des productions de
la science, physique notamment, ont cultivé la soif de
connaître et de comprendre face au mystère du monde.
Ils ont aussi bien donné à expérimenter
le possible de la recherche au travers des connaissances déjà
là et aussi appris quelle exigence et quelle rigueur se
devait de tenir celui qui prétend à une connaissance
objective.
La science moderne ancrée dans les principes newtonien
a fait de l’éradication du sujet et de toute subjectivité
les conditions de l’objectivité scientifique. L’objectivisme
se nourrit d’occultation et c’est un problème lorsque
la science ne parle pas au coeur de l’homme ou réduit
celui-ci à quelque complexe neuronal. Ce qui se justifie
par la science condamne l’homme. Pourtant le mystère du
monde n’est pas si loin du mystère de l’homme si l’on
en croit quelques créateurs (Einstein par exemple) ou
quelques auteurs (Holton, Verlet, etc...).
La réconciliation du sujet avec l’objet "scientifique"
est un souci pour certains (Prigogine...) mais c’est aussi un
des clivages majeurs du monde moderne. Il y a d’un côté
le monde intime, privé, celui de la subjectivité,
de la psyché humaine et de l’autre le monde objectif,
supposé identique pour tous, que les scientifiques cataloguent
selon leurs critères de validation méthodologique.
En troisième lieu l’expérience des entreprises,
privées ou publiques enseigne que la résolution
des problèmes, les réalisations, les projets peuvent
être menés à bon terme à condition
d’en organiser l’édification, d’en maîtriser la
conduite, d’en coordonner les moyens et d’en rationaliser la
production. Merveille des oeuvres humaines, enthousiasme des
possibles, mais aussi au revers de la médaille, c’est
bien souvent le résultat qui seul compte et une efficacité
qui cherche la rationalité optimale pour des enjeux dont
le sujet s’ignore (le désir de qui ?) et dont l’objet,
réduit au stade de moyen, passe d’une objectivité
"scientifique" à une objectivité "comptable".
Une forme de rationalisme, du ratio de "rentabilité"
(quelqu’en soient les termes") se trouve d’autant plus efficace
qu’elle se débarrasse de l’exigence d’objectivité
et du souci de clarté subjective (celle des finalités
et des intentions véritable).
Quelle cohérence entre la sphère du sujet, celle
de l’objet (de science ou de connaissance), celle des projets
et entreprises ? Les experts en subjectivité, ceux qui
font profession d’objectivité scientifique et ceux qui
sont aux gouvernes de nos entreprises n’ont guère de langage
commun. Chacun réussit, semble-t-il, au prix de l’oubli
des deux autres, comme si leurs points de vue s’excluaient ou
que leur réductionisme propre était significatif
justement de dispositions prises spécifiquement.
Le nouveau regard que déploie de façon systématique
la théorie des Cohérences Humaines observe en tout
premier lieu que c’est toujours l’homme qui est à l’origine,
au milieu et à la fin du processus de connaissance scientifique.
La méthode scientifique est une construction humaine et
d’ailleurs, il n’y a pas d’expérimentation que ne soit
toute entière prise dans l’expérience humaine,
ni même de mathématique qui ne soit représentation
humaine, ni de corrélation entre expérience et
modèle mathématique qui ne soit d’occurence humaine.
Y a-t-il d’autres entreprises que les entreprises humaines, d’autres
fins, moyens et compétences que celles que l’homme y investit
? Ce que l’homme réalise (et qui ne se réduit pas
à l’égo de chaque individu) forme sa réalité.
Ses réalisations transforment sa réalité.
La réalité pour l’homme est acte de réalisation.
Rien de ce que la vision (action) embrasse n’a d’autre réalité
qu’humaine. Ce regard aura toujours à chercher, dans les
réalités qui nous préoccupent, l’homme,
les hommes qui s’y réalisent. Il est vrai que l’altérité
est pour chacun condition de réalité. L’objectivité
en est le respect sans laquelle il n’y a ni autre, ni réalité
mais seulement projection de l’égo en fantasme auquel
il s’identifie.
Il y a une autre dimension du "paradigme", c’est le
statut du Sens. Si le regard est disposition humaine orientée,
tendue, alors il est vecteur, vecteur-Sens même. Son origine
est l’homme lui-même le "lieu d’être" des
multiples possibles, de ses "regards". L’homme est
Sens dans sa nature la plus profonde et ces Sens sont les regards
qui se déploient en visions (actions).
La théorie des Cohérences Humaines est aussi une
tentative de reconstitution de ces déploiements. Elle
est elle-même déploiement d’un regard qui reconstitue
les modes de déploiement, donc de réalisation,
de tous les regards de l’homme, de ses Sens et cohérences.
Si la quête du sens est un leitmotiv, la question de ce
qu’est le Sens reste peu fouillée. Les nombreuses acceptions
du terme ressortissent plus du déploiement de la vision-action
que de son principe, le regard. La nouveauté ici est de
faire du Sens la "brique élémentaire"
de la nature humaine dont le déploiement se présente
selon toutes les facettes de la réalité et des
sens communs. Orientation, direction, logique, signification,
référence, sensibilité, etc... en sont quelques
unes des nombreuses variantes.
Nous voilà au coeur du mystère, celui de l’homme,
celui du monde, celui du devenir de l’existence. Le Sens est
le coeur de l’homme, coeur du sujet, coeur de l’objet, coeur
de tout projet et toute entreprise humaine. Il est, par le biais
des "consensus", au coeur des phénomènes
collectifs, culturels et donc politiques. Il est au centre des
questions d’efficience humaine dans son versant "réalisation"
comme dans son versant "élucidation" et de ce
qui s’est appelé "l’intelligence symbolique".
Les années ont confronté ce regard à des
espaces multiples permettant à chaque fois de déployer
une vision nouvelle cohérente aussi bien que d’échafauder
des pratiques dont l’efficience est fondée sur ce même
regard dans la démarche qu’il implique. Nouvelles doctrines,
nouvelles méthodes, nouvelles propositions, nouveaux concepts,
tout cela déjà largement développé
peut l’être encore à l’infini.
C’est le but de cet ouvrage d’en parcourir quelques horizons,
de proposer au lecteur de "suivre ce regard". Si d’ailleurs
il ne se laisse pas en faire l’essai, alors il n’y discernera
rien d’intéressant que quelques élucubrations aux
apparences familières. Or, il faut savoir que dans une
nouvelle perspective telle que celle là tout est neuf
et pourtant la réalité est, semble-t-il, la même.
C’est dans ce rapport du Sens humain aux réalités
humaines, que se jouent et se nouent nos responsabilités
les plus éminentes et celles des dirigeants. Il s’avère
de ce point de vue que "diriger c’est donner le sens".
Par cela, c’est discerner, choisir, partager une position , un
sens, un point de vue celui d’un regard et d’une démarche.
C’est pour cela que cet ouvrage s’adresse de façon prioritaire
aux dirigeants et à tous les hommes responsables qui veulent
assurer le sens de leur existence et des engagements qu’il partagent
avec les autres. Ils y trouveront, avec la clé du Sens,
une unité, un éclairage, des repères mais
aussi des moyens d’efficience, d’action et de maîtrise
appropriés aux temps nouveaux qui se préparent.
Si le progrès humain a un sens alors après l’âge
du faire, après l’âge du signe, c’est l’âge
du Sens qui vient, ce que d’autres appellent le temps de l’esprit.
Mais ce n’est pas la moindre découverte que le Sens soit
l’esprit et que par cela la nature humaine est spirituelle dans
ce qui, en elle, transcende son existence réalisée.
C’est pour cela que chaque homme est une personne.
AVANT PROPOS
UNE THEORIE POUR UN TEMPS DE CRISE
Il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas être
frappé par les signes du temps. La rumeur parle de crise,
crise économique : crise de civilisation, crise des valeurs.
La tension semble toujours monter vers plus d’inquiétude.
Parallèlement l’équilibre du monde, tel qu’il commençait
à apparaître intangible, est remis en question.
Disparition étonnante d’un formidable édifice à
l’Est. Guerre du golfe qui laisse une étrange incertitude
et dont les ondes de choc sont loin d’être amorties. Crise
des médias et du triomphe d’un certain imaginaire occidental.
Situation en Europe Centrale qui éprouve l’autre édification
de l’Europe qui a du mal à trouver ses racines dans les
peuples.
En France et sans doute bien au-delà, le politique est
en crise, crise des fondements et de la pratique. La justice
hésite entre une légitimité ancrée
dans la vérité, dans la vengeance ou dans la mécanique
juridique. La société se désagrège
: mégalopoles, déserts ruraux, cohorte de des-intégrés,
des millions en France. L’éthique est à l’ordre
du jour, aussi bien lorsqu’il faut justifier des enjeux de groupes
à l’encontre d’un individualisme arrogant que lorsqu’il
faut songer, malgré tout, à arbitrer entre des
intérêts qui s’érigent tous en systèmes
de valeurs concurrents.
Il est vrai que la croyance dans une rationalité autonome
qui permettrait de raisonner et d’agir en faisant abstraction
du fond culturel, personnel, mystérieux et changeant de
l’homme et des communautés humaines, cette croyance est
mise à mal. Le "retour du refoulé" disqualifie
l’auto-suffisance de la Raison, du progrès technique pour
la technique, et tous leurs avatars.
L’économie qui s’efforçait d’asseoir son emprise
sur la réalité se trouve elle-même renvoyée
à des incertitudes nouvelles. Les dirigeants du monde
économique s’interrogent sur leur véritable rôle
dans la cité et vis-à-vis de toutes ses autres
dimensions : politique, éducation, santé, etc...
Faut-il subir passivement tous ces événements comme
s’il s’agissait d’un simple passage ? L’on sait que la reprise
de la croissance à un rythme soutenu est sans cesse différée
mais que cette même reprise ne résoudrait pas le
problème du chômage.
Rien ne va plus comme avant en Europe Centrale mais aussi dans
tous les espaces où s’exacerbent nationalismes, intégrismes,
banditismes. Ils expriment une même duplicité paranoïaque
dont il est presque devenu commun, à mi-mot, de faire
une vertu : celle des "gagnants" sans foi ni loi.
Il n’y a jamais tant eu de revendications de liberté et
tant d’injonctions d’avoir à s’adapter aux contraintes
des systèmes : de la nature, de l’économie, du
marché, de l’Etat, du progrès technologique...
Tous ces signes se multiplient, mais il reste toujours possible
de faire preuve de discernement pour comprendre la crise. Il
serait temps aussi de baliser la voie et les moyens d’une issue
salutaire.
Donner un Sens à l’avenir, progresser dans la maîtrise
des entreprises du monde moderne tels sont les enjeux auxquels
peut contribuer la théorie des Cohérences Humaines.
(cf. "Au coeur du sujet", par l’auteur, 1986, épuisé).
Elle aidera au discernement pour comprendre les affaires humaines,
à l’exercice des responsabilités, pour les dirigeants
et pour tout homme qui se veut responsable dans un monde incertain,
et à la conception et la conduite de l’action par le biais
de ses méthodes, techniques et pratiques nouvelles.
La théorie des Cohérences Humaines offre une compréhension
possible de la crise par le regard qu’elle propose et situe les
enjeux de son dépassement.
Sa validité ne tient pas seulement à sa cohérence
interne mais principalement à sa pertinence vis-à-vis
de ces enjeux dont l’analyse permettra d’en situer l’intérêt
et les principales caractéristiques avant d’envisager
ses apports sur le plan pratique dans l’articulation de la pensée
et de l’action qui lui est propre.
LA CRISE DU MONDE MODERNE
Selon notre angle de vue, la complexité de cette crise
est liée au fait qu’elle est double :
- Crise de Sens avec déstabilisation et profusion des
repères et des points de vue.
- Crise d’évolution avec la nécessité d’élaborer
de nouveaux moyens d’avancer, tant sur le plan conceptuel que
pratique pour affronter de nouvelles situations dans bien des
domaines.
Évidemment il n’est pas possible de progresser correctement
si la voie est mal éclairée. Aussi c’est bien par
le premier aspect qu’il faut commencer.
On l’a vu, selon que les hommes se disposent dans tel ou tel
Sens, leur regard et leurs actes s’en trouvent changés,
leurs repères ne sont pas les mêmes, pas plus que
les systèmes de valeurs, les enjeux, les croyances, les
méthodes, les logiques...
Observons, dans notre regard, des dispositions et logiques particulières
actives aujourd’hui.
L’une d’entre elles, est celle qu’exprime Le rationalisme des
lumières. Son sens donne leur cohérence (humaine)
à ses repères : la Raison idéale et les
idéaux qui lui sont associés, cohérents
avec ses réalisations, ses projets, ses vertus etc...
Dans le même sens s’élaborent toujours actuellement
: sciences et réalisations sociales, techniques, politiques
etc... et croyances sur la réalité et son évolution.
A l’inverse la logique de puissance dessine un monde de rivalités,
de territoires, de concurrences, d’emprises et d’empires dont
la guerre économique est l’un des avatars. Il y a, là
aussi, une cohérence humaine qui s’exprime dans un certain
type d’analyses du réel, de sensibilités et de
passions, de réactions et de pratiques tant au niveau
individuel que collectif. Tous les registres économiques,
politiques, personnels et même religieux y trouvent une
cohérence de fond dont le Sens est d’ailleurs masqué
à la conscience. Selon les degrés et les variantes,
cette même cohérence se retrouve justement dans
ces crises de possession et de dépossession où
nationalismes et intégrismes rivalisent avec l’appui des
puissances militaires ou économiques.
Ces deux premières cohérences humaines ont sous-tendu
l’histoire de l’Occident avec leurs oppositions et quelques fois
d’étranges combinaisons.( cf. "La Civilisation de
l’Entreprise" par l’auteur). Elles sont toujours à
l’oeuvre aujourd’hui.
Mais à ce type d’alternative traditionnelle se surajoute
une autre dont les enjeux sont encore très mal repérés
et où les confusions sont encore souvent difficiles à
dénouer.
Dans l’un de ces deux autres Sens se développe une sorte
de rationalité plus fatale que vertueuse. Elle semble
s’imposer sous un très grand nombre de visages : néo-mécanisme,
économisme, scientisme, modernisme etc... dessinant les
différents visages d’une certaine cohérence humaine.
Elle a tendance à chercher dans quelque "environnement"
l’origine des choses et des hommes. Le "système"
y est déterminant et ses lois "naturelles" y
régissent jusqu’aux comportements, croyances et motivations
humaines.
Ce courant, aux eaux de plus en plus abondantes, mériterait
de plus amples analyses, notamment pour mettre en évidence
qu’au bout du compte l’homme y est rejeté à la
périphérie. Il en va de son humanité qui
s’en trouve ainsi niée.
A l’inverse émerge aussi aujourd’hui à nouveau
une tendance inhérente elle aussi à l’humain, un
autre regard sur le monde. Dans cette perspective, la responsabilité
de l’homme et ses finalités, proprement humaines, se trouvent
explicitement engagées. Le centre est humain, les choses
lui sont périphériques, contrairement au cas précédent.
L’enjeu majeur de cette nouvelle alternative de ces deux Sens
qui se déploient en deux cohérences humaines contradictoires
peut s’exprimer par la question de prééminence
entre la nature humaine et la nature des choses.
L’homme est-il un sous produit de la nature des choses ou, à
l’inverse, les choses sont-elles au bout du compte choses humaines
et, comme telles, renvoyant l’homme à sa liberté
et sa responsabilité vis-à-vis d’elles ?
Voici donc quatre cohérenceshumaines, parmi d’autres,
aujourd’hui à l’oeuvre.
Où est le bien de l’homme ? Quelles valeurs prévalent
? Selon quelle logique une certaine maîtrise par l’homme
des finalités proprement humaines est-elle possible ?
La crise de Sens qui est crise de cohérence propose tant
de repères et de tendances qu’une même situation
peut être interprétée dans plusieurs Sens
par les uns ou les autres, que les mots mêmes, ayant simultanément
plusieurs sens, entraînent à ces "langues de
bois" si fréquentes dans le domaine public mais aussi
bien privé.
S’il fallait choisir un Sens parmi d’autres ne vaudrait-il pas
mieux choisir celui qui nous donne compréhension et accès
aux cohérences humaines ? Ne vaut-il pas mieux développer
celle des cohérences humaines qui rend l’homme plus à
même d’assumer sa responsabilité personnelle et
collective, c’est-à-dire de mieux diriger son existence
et les affaires humaines ?
La perspective de la théorie des Cohérences Humaines
concerne à ce titre les dirigeants et tous les hommes
soucieux de leur responsabilité en commençant par
celle de se diriger soi-même. L’acte de diriger s’y fonde
sur le fait de donner le sens, c’est-à-dire le discerner,
le déterminer, le développer. Donner le sens, c’est
donner une cohérence humaine aux choses qu’elles soient
techniques, économiques, politiques, sociales, personnelles,
etc...
Dans cette logique c’est au coeur de l’homme que se trouve la
clé de la pensée et de l’action par laquelle passe
la maîtrise des choses. Les Sens sont les constituants
de l’âme humaine et c’est là que se détermine
le sens des choses et leur cohérence, c’est là
que se joue la crise des Sens en chacun et en tous.
La crise du monde contemporain est aussi une crise d’évolution.
Si l’histoire de l’homme a un Sens alors il y a un progrès
de l’homme, personnel et collectif et aussi des affaires humaines,
entreprises et projets. Un tel progrès doit être
caractérisé par des degrés, des phases de
développement et des seuils de transition.
La théorie des Cohérences Humaines montre comment
les sociétés humaines se développent ainsi
selon trois phases, séparées par des seuils.
De même que l’enfant et l’adulte en sont à des phases
différentes séparées par le seuil de l’adolescence,
de même il y a des sociétés dans l’enfance
et des sociétés adultes. Il est important de souligner
que la phase dite adulte est à distinguer d’une phase
que l’on appellera "majeure", tant pour les personnes
que pour les sociétés humaines ou même ces
"communautés engagées" que sont les entreprises
.
Il est remarquable que cette dernière distinction est
encore peu faite, signe que notre civilisation n’est pas encore
tout à fait arrivée à ce stade, même
si des personnes ou des groupes en ont depuis longtemps franchi
le seuil.
Si on appelle primaire le niveau de l’enfance d’une société,
secondaire le niveau qui suit et tertiaire le troisième,
alors on peut remarquer que nous sommes actuellement dans une
crise de l’âge secondaire.
L’âge secondaire c’est celui des représentations,
des identités, du droit, des signes et des modèles,
des structures et des formes, des idéologies toutes choses
en question aujourd’hui.
Or cette crise conduit à plusieurs réactions :
- Régression au stade primaire, nostalgie de la tribu,
recherche de sécurité dans le concret, le court
terme, l’immédiat, le "faire" et le "savoir
faire" où la technique a grande audience. L’inquiétude
et le fatalisme en sont la sanction, le chômage et les
exclusions en sont les fruits paradoxaux.
- L’individualisme égoïste dans la voie du chacun
pour soi consistant à capter dans l’air du temps les signes
de sa propre identité ; jeu des séductions et des
visages fabriqués ; jeu des semblants. La guerre du golfe
en a bizarrement signé l’arrêt du triomphe.
- Le conservatisme crispé sur ses codes et ses modèles,
agités comme pratiques incantatoires. Nombreux sont ceux
qui se raccrochent à des identités, des modèles,
des structures, de plus en plus isolés, fragilisés
en butte à l’écroulement.
Enfin une autre réaction est celle qui consiste à
affronter un nouveau seuil, à intégrer un nouvel
âge
Pour cela il faut se remettre en question, dépasser les
modèles et certitudes, construire de nouveaux repères,
de nouveaux engagements, de nouvelles méthodes.
Si l’âge primaire est l’âge du faire, l’âge
secondaire est celui du signe, l’âge tertiaire est l’âge
du Sens. C’est celui où le Sens du devenir personnel et
collectif devenue la question majeure, est alors pour l’homme
enjeu de maîtrise. Pour la compréhension de lui-même
et de son monde et pour l’engagement dans ses oeuvres le Sens
prime sur les formes et les produits.
Des thèmes actuels, comme ceux de la qualité, de
l’éthique, des valeurs (et évaluations), de la
responsabilité des dirigeants dans la cité, des
"projets" à entreprendre, marquent l’émergence
de ce nouvel espace de civilisation. A l’échelle de plusieurs
siècles ou plusieurs millénaires même, il
est nécessaire de reconstruire pensées et conceptions
pratiques, par exemple dans les domaines de l’économie,
du politique, de la santé, de l’éducation, de la
formation etc...
Encore faut-il que cette hiérarchie des âges corresponde
à la perspective d’un progrès dont la cohérence
(humaine) soit du meilleur Sens.
C’est là que les deux crises se rejoignent. La crise du
Sens nous provoque à devoir discerner, choisir et cultiver
une certaine cohérence humaine plutôt que d’autres.
Elle nous invite dans la "culture" de cette cohérence,
à franchir un nouveau seuil pour atteindre un âge
de plus grande maturité.
Compte tenu de sa prise de position, on pourrait reprocher à
la théorie des Cohérences Humaines d’être
par trop anthropocentrique. Il faut cependant se demander si
toute connaissance, toute opinion, tout jugement, toute entreprise
ne sont pas humains. Ils n’existent, pour l’homme, que par son
expérience. C’est toujours l’homme qui parle même
lorsqu’il prétend dire la vérité des choses
comme si elles étaient indépendantes de sa propre
expérience. Il faut, bien sûr, en arriver à
une compréhension de l’homme, de son humanité et
de la personne humaine qui dépasse le statut de chose
parmi les choses.
Il faut aussi accepter que pour l’homme il n’y a d’affaire importante
que les affaires humaines.. Cela n’exclue pas la question de
l’origine et de la fin de l’homme, au delà de lui-même,
qui reste entièrement ouverte.
LA THEORIE DES COHERENCES HUMAINES
QUELQUES APERÇUS
SENS ET COHERENCES HUMAINES
L’idée de théorie peut aujourd’hui susciter trois
réflexes négatifs.
- Pour beaucoup théorie s’oppose à pratique et
ils se sentiront peu concernés ou peu capables d’accéder
à ce niveau de pensée.
- La culture de nombreux intellectuels les entraîne à
comprendre par identification et classification plutôt
qu’à entendre l’original d’une pensée neuve.
- D’autres préféreront l’obscurité à
la lumière, la conservation de leurs acquis familiers
à l’ouverture à l’inconnu, l’étranger...
A tous nous voulons dire que théoriser c’est aussi accéder
au coeur de son expérience, là où elle trouve
son Sens, là où se trouve l’essentiel, là
où la personne touche par le plus intime d’elle même
à l’universel.
Théoriser cela peut être accéder au coeur
du sujet. Le fond des choses est au fond de soi, chacun est libre
d’y accéder même si le chemin est difficile.
Il faut donc aborder cette théorie avec le coeur c’est-à-dire
par l’écho de l’expérience profonde. Cela n’exclue
pas l’esprit critique, le jugement, la confrontation qui renvoient
tous à l’épreuve personnelle d’une théorie
nouvelle.
La théorie des Cohérences Humaines traite de l’articulation
entre la nature profonde de l’homme et les réalités
qui sont les siennes.
Nous n’en donnerons pas ici tout le développement (cf.
"Au Coeur du Sujet") mais simplement quelques conclusions.
Les grandes articulations s’en dessineront peu à peu au
travers de l’ouvrage.
C’est à la fois une théorie de l’homme et de la
nature humaine (anthropologie fondamentale), une théorie
de la connaissance par l’homme des réalités du
monde qui est le sien (épistémologie), une théorie
de la façon dont l’homme réalise ou conduit ses
réalisations (praxéologie).
Elle traverse ainsi toutes les disciplines et on peut la dire
"trandisciplinaire" dans la mesure où elle peut
se déplacer dans le champ de toute discipline mais aussi
qu’elle les aborde toutes d’un même regard : celui de l’homme,
seul auteur des connaissances et des méthodes. Seul l’homme
est pour cela transdisciplinaire et c’est du coeur de l’homme,
son centre, que peuvent être embrassées et reliées
toutes les disciplines. C’est aussi le seul lieu des "points
de vue" que l’homme peut adopter.
Les réalités de l’homme sont toujours globales.
Chaque discipline les examine sous un angle particulier et en
dessine un visage spécifique.
Les théories humaines, les sciences, les modèles,
les méthodes, les idées, les constructions, les
organisations, les projets, les règles, comportements,
pratiques, sociétés, etc... sont toujours expressions
et donc témoignages de l’humain.
La cohérence des choses est toujours une cohérence
humaine dans la mesure où l’homme est l’auteur des réalités
humaines (sous certaines réserves qui dépassent
ici le propos).
Le coeur de l’homme, le fond de sa nature, se manifestent dans
les multiples formes dont il fait l’expérience et qui
sont formes de son expérience.
Le coeur de l’homme c’est le Sens ou plutôt les Sens infinis
et différenciés :
- selon lesquels il se dispose, disposant ainsi : son regard,
ses projets, ses actes.
- selon lesquels il se relie aux autres par le partage de Sens
(con-sensus)
- selon lesquels il réalise son existence, tant en conscience
qu’en acte, personnellement et en collectivité.
Ainsi, selon la théorie des Cohérences Humaines,
chaque sens en l’homme est simultanément :
- orientation de la personne
- lien avec la communauté (consensus)
- source de la structure de ses réalisations (oeuvres
et connaissances)
- vecteur de son engagement (énergie orientée)
Chaque Sens est l’axe de cohérence qui fait l’unité
des réalités complexes que vit l’homme qui y est
disposé.
S’il change de Sens alors il change de cohérence et sa
réalité en est bouleversée.
S’il ne reconnaît pas le Sens des autres alors il juge
incohérentes leurs réalités.
S’il cultive le meilleur Sens alors il développe son discernement
(des Sens), une plus grande maîtrise de la conduite des
choses (direction), une plus grande liberté, en faisant
la part de ce qu’il peut choisir : le Sens et de ce qui s’impose
: les conditions à prendre en compte.
La théorie des Cohérences Humaines incite donc
à cette considération que les situations, les problèmes,
les réalités, les phénomènes, les
choses sont toujours structurés par le Sens humain qui
leur est sous-jacent.
C’est donc à ce niveau du Sens, du fond, que peuvent se
maîtriser quelque peu l’existence, le développement
et la conduite des affaires humaines.
Seulement il faut accepter de reconnaître :
- que les réalités ne sont pas les mêmes
pour tout le monde,
- que l’on peut soi-même changer de regard sur les choses
et ainsi leur visage (nos changements d’humeur changent le paysage),
que nos réalisations dépendent du Sens dans lequel
on les engage et leurs valeurs ne valent que par le Sens auquel
elles se réfèrent.
Cette relativité implique de reconnaître aussi qu’il
n’y a pas d’objet sans sujet, d’objectivité sans subjectivité.
La théorie des Cohérences Humaines relie, par cela,
les différentes dimensions de l’existence, éthique,
valeurs, réalités objectives, projets, intentions,
désirs, constructions, rationalisations, pensées,
actions, stratégies etc...
Le principe de cohérence est l’unité de Sens. L’intégrité
des situations humaines vient de la cohérence de tous
leurs aspects et de toutes leurs dimensions (homologie = même
Sens).
A partir de ces bases trois grandes considérations caractérisent
cette théorie et ses apports :
- L’importance du collectif, fondateur de toute réalité
humaine
- La structure des réalités qui montre comment
le Sens se traduit en subjectivité et objectivité
qui elles-mêmes se conjuguent dans ce que l’on appelle
rationalité.
- Le parcours d’évolution de l’homme, des sociétés
et entreprises humaines par lequel le Sens se traduit en progrès
dans le temps est donc dans l’histoire de chacun et de tous.
LE SENS CLE DU LIEN SOCIAL
LE CONSENSUS
Si la société est une société de
personnes humaines alors la nature du lien social est de nature
humaine. Si cette dernière est Sens alors les consensus
sont le fondement de toute communauté humaine. A noter
que la pluralité des Sens en l’homme permet de considérer
des consensus complexes et même contradictoires au sein
de chaque communauté humaine.
Une nation, une ville, une organisation, une entreprise, une
famille sont des communautés de consensus. La spécificité
de celui-ci fait la particularité de la communauté
et sa complexité.
Sur le fond, la communauté est Sens commun. Son existence
manifeste épouse les différentes composantes de
la réalité. La théorie des Cohérences
Humaines montre que la réalité est toujours de
"réalisation" et expérience des autres
dans un consensus.
Il n’y a donc de réalité que collectives et si
on appelle "culture" le consensus d’une communauté
et ses manifestations alors toute réalité est culturelle.
Cela veut dire que le monde tel que nous le réalisons
est toujours celui d’une communauté culturelle à
laquelle nous participons.
Cela veut dire aussi qu’elle nous échappe à titre
individuel surtout si nous restons inconscients des Sens et consensus.
La réalité d’une entreprise, son organisation,
sa gestion, ses méthodes, techniques, résultats
sont l’expression du consensus de la communauté d’entreprise.
Les conséquences de ces principes sont nombreuses et fécondes
pour comprendre les phénomènes collectifs dans
tous les domaines de l’activité humaine.
L’une d’entre elle est de montrer que l’action dans la réalité
passe toujours par un travail de consensus. Celui-ci réclame
une certaine maîtrise du Sens c’est-à-dire de la
cohérence humaine des choses.
C’est pour cela encore que donner le Sens en dirigeant est un
acte de responsabilité majeur et qu’inversement toute
action dans la réalité commune renvoie à
cette responsabilité.
C’est une façon de comprendre que le rapport à
l’environnement est toujours significatif du rapport aux autres,
au consensus partagé et au Sens dans lequel on se trouve
engagé.
Sont affaire de consensus : l’économique avec les entreprises,
le politique avec la cité, l’éducatif, et aussi
tout ce qui ressort de la vie collective : santé, art,
langage, science etc... Ces consensus il faut bien le dire sont
en général inconscient.
Il faut cependant observer que l’individu participe lui-même
de cette réalité commune . Si l’homme dans son
fondement d’humanité et sa nature humaine est une personne
originale, unique, l’individu existentiel participe lui d’une
réalité commune. L’individu ne s’appartient pas
(interdépendance) seul le Sens de son existence appartient
en propre à la personne si elle s’en rend maître.
Tout cela éclaire d’un jour nouveau le rapport individu/collectivité
où l’on peut apercevoir que la personne est première
par rapport à la société mais que l’individu
est second par rapport à elle.
Bien des théories économiques et politiques devraient
être révisées dans cette perspective neuve
qui éclaire les impasses et peut ouvrir des voies nouvelles
à la compréhension et la résolution des
problèmes contemporains.
Il est évident que mille questions se posent, que de nombreuses
objections peuvent être soulevées. Pour la plupart
elles se résoudront par une connaissance plus précise
de la théorie des Cohérences Humaines et des horizons
que dessinent les sens qu’elles éclairent.
Par ailleurs si ces questions, que l’on pourrait qualifier de
métaphysiques, paraissent difficiles il faut bien voir
que l’enjeu en est le lien entre l’implication personnelle et
profonde de chacun (Sens et consensus) et les réalités
concrètes du monde où nous vivons, y compris nos
réalités individuelles.
Nous sommes la cohérence des choses, avec les autres.
Telle est notre responsabilité mais aussi notre capacité
d’action personnelle et collective.
LA STRUCTURE DES REALITÉS HUMAINES
LE COHERENCIEL
Si le sens humain se traduit sous la forme des réalités
de notre monde et de nos affaires par le biais de nos "consensus"
collectifs il faut encore se demander comment ce qui est Sens
à l’origine prend consistance et structure la réalité
telle que nous pouvons la réaliser.
La théorie des Cohérences Humaines éclaire
ce lien, Sens /structure par le biaisdu "cohérenciel".
Il s’agit d’un schéma logique universel dont on fera ici
une présentation simplifiée.
Toute réalité humaine est réalité
d’un sujet et par cela intentionnelle. C’est sa dimension subjective.
N’oublions pas que toute observation, comme toute action humaine,
suppose une intention, consciente ou non, fusse-t-elle passive,
qui traduit le Sens du regard ou de la disposition prise.
Ainsi le connu, la réalité, résultats de
la connaissance ou de l’action, dépendent-t-il de cette
dimension. Changeons le Sens, le résultat changera.
Ensuite il n’y a pas d’intention sans objet . L’objet est ce
qui se distingue d’un contexte et dont nous sommes distincts.
C’est toujours, malgré tout, un objet... de considération
humaine, d’attention. La dimension objectale et par suite objective
de la réalité est la présence, dans notre
expérience, de l’altérité, des autres, du
consensus.
Il n’y pas d’objet sans sujet, de sujet sans objet, d’objectivité
sans subjectivité et réciproquement. Toute réalité,
réalité d’expérience humaine, a ces deux
dimensions fondamentales. Nous en verrons des exemples.
La rationalité si souvent valorisée est, ne l’oublions
pas, ce qui constitue l’ordre des rapports entre des objets selon
une même logique.
On peut le traduire en disant que la rationalité est le
fruit de la conjugaison des deux dimensions précédentes
: ordre des objets selon une logique intentionnelle. C’est selon
cette dimension que le Sens devient raison par le couple sujet-objet.
La dimension rationnelle d’une réalité est à
la fois ce qui la relie à d’autres, ce qui relie ses composantes
(ratio) et l’inscrit dans une histoire, éventuellement
considérée comme causale (assimilation de la cause
avec la raison et la relation de causalité avec la rationalité).
Ainsi la raison n’est pas première, fondatrice, elle est
seconde, conséquence. Cela trouve de nombreuses implications
dans la pratique. La technocratie, par exemple, veut croire que
la raison doit s’imposer. Nombreux sont ceux aussi qui pensent
que raison vaut droit.
Pour compléter cette structure il faut considérer
les trois plans formés par les vecteurs pris deux à
deux. Ils traduisent la constitution de toute réalité
selon trois aspects complémentaires :<
- Le plan factuel selon lequel les choses existent "en
fait", ont une corporéïté, sont présentes
dans un espace physique par exemple (entre les vecteurs attention
et extension , objet /projet)
- Le plan représentatif selon lequel les choses ont une
forme, une représentation par laquelle les identifier
dans un espace de signes auquel le langage et l’imaginaire participent
(entre les vecteurs intention et extension, sujet/projet)
- Le plan relatif selon lequel les choses ont une valeur, une
qualité par laquelle les apprécier dans un espace
de relations, espace social où elles jouent un rôle
sensible (entre les vecteurs intention et attention, sujet/objet).
Le cohérenciel est cette structure de toutes les réalités
humaines qui présente trois dimensions comme un produit
vectoriel où le vecteur intentionnel (subjectif et le
vecteur attentionnel (objectif) se conjuguent pour former la
troisième dimension (rationnelle). Ce troisième
vecteur est l’extension spatio-temporelle de la réalité.
L’étude du cohérenciel éclaire notre approche
différente des réalités selon que nous nous
focalisons sur telle ou telle dimension.
Toute situation, tout problème, tout phénomène,
toute entreprise peut être analysée selon son cohérenciel.
Cela permet de mettre en évidence leurs dimensions et
ce qu’il en faut maîtriser pour agir.
La structure cohérencielle des réalités
amène par exemple une compréhension inattendue
de la conscience humaine, d’approches scientifiques différentes,
de la structure sexuée des entreprises humaines, du gouvernement
des hommes et de tout phénomène auquel on veut
s’intéresser ou que l’on veut mieux maîtriser.
Les trois plans correspondent à des modes de conscience
humaine, de connaissance, qui mettent en jeu les composantes
de l’existence de la personne dans son expérience des
choses. Expérience factuelle, expérience mentale,
expérience sensible... sont les composantes par lesquelles
nous apparaissent toutes choses et selon lesquelles nous les
réalisons en conscience et en acte.
Il y a là encore corrélation entre les composantes
de l’existence humaine individuelle et celles de l’existence
des choses sachant que l’appréhension et même l’engagement
de ces dernières résulte l’investissement qu’en
fait l’homme.
Ces considérations peuvent être choquantes pour
les tenants d’une position réductionniste. Pour eux toute
connaissance objective procède de l’abstraction-négation
du sujet. Cela entraîne de ce fait l’oubli de l’homme,
auteur humain de toute connaissance. La détermination
anthropologique incontournable de l’acte de connaître donne
la spécification du connu dans l’expérience strictement
humaine. Il faut même étendre cette considération
au réalisé c’est-à-dire à toute action
et réalisation humaine.
Ainsi la théorie des Cohérences Humaines montre
que non seulement le Sens en l’homme fonde et oriente toute réalité
réalisée par lui mais que la toute réalité
repose sur une structure et une consistance qui sont celles de
l’expérience humaine (par le consensus collectif) et donc
de "nature" humaine.
Il est donc légitime de reconnaître dans les phénomènes
des dimensions et des apports qui nous parlent de nous, les analogies
anthropomorphiques sont justifiées sous certaines réserves.
Pourrait-on sinon aimer son pays, son travail, tel paysage s’ils
ne nous parlaient pas de nous-mêmes, humains, si nous ne
nous y retrouvions pas. De même nous souffrons des difficultés
rencontrées dans les situations ou les projets investis
pour les mêmes raisons.
Le monde et nos affaires humaines témoignent de nous-mêmes.
C’est pour cela d’ailleurs aussi que nous sommes si personnellement
concernés par les choses à tel point qu’il nous
arrive de nous y confondre ou même de croire qu’elles nous
déterminent.
Nous verrons dans de nombreux exemples que cette vue "métaphysique"
se traduit très concrètement dans la possibilité
de comprendre et d’agir et de mieux maîtriser les problèmes
auxquels nous sommes confrontés et les responsabilités
que nous avons à assumer.
DEVELOPPEMENT DE L’HOMME,
EVOLUTION DES PHENOMENES HUMAINS
Il est encore très courant en occident d’imaginer qu’il
y ait un progrès ininterrompu de la civilisation, que
l’homme soit perfectible et qu’il puisse grandir tout au long
de son existence. De même le souci de qualité, celui
des valeurs sous entend qu’il y ait amélioration possible,
qu’il y ait même ce que l’on appelle de façon imagée,
une échelle de valeur selon laquelle on peut prendre la
mesure d’un degré de progression qualitative.
La théorie des Cohérences Humaines montre qu’à
chaque Sens selon lequel l’homme se dispose correspond une échelle
de valeurs spécifique. A chaque sens une trajectoire de
progression certaines sont linéaires d’autres non ( cycliques
par exemple). Cependant tous les Sens ne se valent pas et si
l’on peut se perfectionner dans le banditisme, par exemple, cela
n’est sans doute pas le Sens le plus recommandable pour l’accomplissement
de l’homme.
Aussi, la théorie des Cohérences Humaines invite
à favoriser les "bons" Sens. Ceux du bien de
l’homme, bien commun donc par le biais des consensus. C’est dans
cette perspective qu’elle propose une nouvelle compréhension
du développement de l’homme et de ses réalités.
On peut en effet considérer que l’individu, la société,
l’entreprise, toute réalité ou phénomène
humain, inscrivent leur existence dans un parcours de développement
dont on a pu caractériser les phases et les étages.
Pour toute réalité humaine il y a des âges,
des seuils, des passages qui balisent ce parcours où l’humain
s’accomplit .
Il est à la fois historique et topologique. Historique
dans la mesure où il suit une chronologie depuis un commencement,
point zéro d’une existence, jusqu’à une mort qui
est disparition de l’existence. Topologique dans la mesure où
ce parcours traverse des "espaces" qui sont les trois
espaces d’existence : - factuel, représentatif, relatif
L’existence est constituée de trois boucles sur une spirale
chronologique :
- Un temps de gestation précédant une apparition,
venue au monde, naissance, création, découverte ;
temps archaïque étymologiquement parlant.
- Un temps de développement proprement dit ou s’édifie
et progresse une existence
- Un temps de désengagement ou de retrait(e) où
se défait une présence existentielle jusqu’à
disparition, sans pour autant qu’il n’en reste de traces.
Nous ne nous intéresserons ici qu’au temps du développement.
C’est celui où se jouent les enjeux existentiels majeurs
visant au progrès de ce qui est entrepris : développement
de la personne, développement des entreprises, développement
des sociétés humaines et l’on pourrait généraliser
au développement de tout phénomène engagé
dans ce Sens.
Nous allons décrire ce parcours du développement,
bien sommairement il est vrai, pour souligner l’importance de
ce volet de la théorie.
Son support est le cohérenciel, structure de l’existence.
Sa trajectoire est un parcours depuis l’origine, traversant les
plans d’existence, franchissant les seuils que signalent les
vecteurs qui en sont comme les piliers et progressant selon une
échelle du temps (temps propre).
1 seuil : la naissance
Une réalité nouvelle advient par "séparation"
d’avec le milieu d’où elle naît, distinction initiale
d’une nouvelle existence.
Age primaire :
Le parcours se situe principalement dans l’espace du factuel,
celui des interactions physiques. Il est l’âge des apprentissages
où s’expérimentent les bonnes façons de
faire qui amènent la meilleure efficacité : apprentissage
de l’enfant pour grandir, apprentissage d’une entreprise aux
prises avec l’immédiat , le court terme, les soucis d’efficacité
et de performance pratique. Il est l’âge de l’apprentissage
d’un groupe humain confronté aux faits matériels
de son existence et sa coexistence : territoire, nourriture, habitat,
à l’âge des tribus, des groupements, agglomérations,
cohabitations.
Dans tous les cas le corps à corps avec la réalité
est le terrain des apprentissages, notamment de celui du corps
propre (individu, entreprise, société..)
Évidemment toutes sortes de problèmes spécifiques
sont inhérents à cet âge, ses enjeux (grandir
ou régresser) et à son niveau d’appréhension
de l’existence que l’on dira "concret", un peu hâtivement
il est vrai.
2 seuil : Adolescence ou individualisation
Seuil de passage entre un espace "factuel" où
le faire prédomine et un espace de représentation
où le signe social et l’identité deviennent primordiaux.
Le seuil est une mutation, une mue, sortie du corps à
corps pour entrer dans le face à face social. Moment délicat
d’individualisation où on aura à se conquérir
une identité propre.
Des personnes, des entreprises, des sociétés restent
en retrait ou se perdent dans des impasses.
Ces moments carrefours ont particulièrement besoin de
repères. Notre époque n’y est pas favorable et
la fixation dans l’adolescence bien trop fréquente.
Age secondaire :
Le parcours se situe dans l’espace des représentations,
sans perdre pied dans l’espace factuel. Cependant les enjeux
majeurs du développement sont de l’ordre des représentations,
identification, projection dans l’avenir, vision commune, langages
et systèmes communs, espace du droit, celui de la cité
et des concepts "idéaux" comme la république,
la démocratie, la citoyenneté. Pour les entreprises
plans, stratégies, et projets dessinent ses desseins.
La rationalisation de l’organisation, la définition des
statuts, l’identité socio-professionnelle sont des enjeux
du développement.
Nous sommes dans l’ordre des images, des formes et des signes
donc aussi du langage et des concepts, des modèles.
Comme nous l’avons vu en introduction notre civilisation, entrée
depuis longtemps dans cet âge secondaire, se trouve en
crise. Crise d’identité, des modèles, des idées,
des structures (cadres, institutions), des visions...
Le monde, celui des représentations, peut paraître
s’écrouler et l’on en verra des effets de plus en plus
nombreux dans les temps à venir.
Cependant la crise des représentations si elle déstructure
la réalité sociale (exclusion) appelle à
un assainissement des représentations, une relativisation
pour un nouvel âge, un nouveau niveau de maîtrise.
L’âge secondaire maîtrise, par les représentations
(la pensée, la raison, etc...), les problèmes factuels
(le faire). Il est lui-même à dépasser.
Notons, qu’outre ce dépassement, l’enjeu de l’âge
secondaire est de développer une identité par participation
plutôt que par captation (faux self, falsification de l’identité,
de l’image, des représentations) ce que la publicité,
les médias et la langue de bois politique ont trop souvent
tenté de faire jusqu’à disqualifier le langage
et se disqualifier eux-mêmes.
Développer une identité participative c’est en
venir à dégager le positionnement singulier, original,
de la personne, de l’entreprise ou de la société
(ville, région, nation, etc...) mais relatif au plan commun
d’existence. Notons que sur le plan des représentations,
individus, entreprises et collectivités partagent le même
espace et ont à se situer les uns parmi les autres.
3 Seuil : Maturité
Seuil de passage entre un espace de représentation et
un espace de relations communautaires où prédomine
la question du Sens, du développement commun (pourquoi ?
finalité ? valeur humaine ? etc...). Il est encore très
peu connu et méconnu dans notre société.
Il se manifeste par exemple par cette crise où la question
du Sens de l’existence devient cruciale comme si un carrefour
de Sens se présentait en même temps qu’une difficulté
à maîtriser ce type de questions. Après une
certaine réussite de positionnement d’une entreprise,
après un certain succès "culturel" d’une
région cette remise en question apparaît dont l’issue
peut être ce dépassement. Dépasser n’implique
pas l’abandon des espaces précédents du signe et
du faire mais un niveau de maîtrise supérieur. C’est
l’enjeu de la phase de développement suivante.
Age tertiaire :
L’espace prédominant est celui de la communauté.
Les affaires communes participent de son devenir. Le développement
de la personne s’identifie à l’accomplissement d’une vocation,
d’une mission et à l’exercice pour cela d’une maîtrise
qui permet une responsabilité véritable.
Responsabilité, rôle dirigeant, autorité
personnelle, sont modes d’accomplissement d’une autonomie et
d’une liberté personnelle au travers d’une oeuvre de service.
Les entreprises, à ce niveau, se justifient par leur finalité,
leur vocation, leur rôle dans le devenir des hommes et
de la communauté. Les dirigeants assument la dimension
politique de leur rôle sans négliger la stratégie
et l’opérationnel économique. L’activité
de l’entreprise vaut par sa valeur par rapport à la culture
et à la vocation (devenir propre) de la société
où elle s’exerce (région, marché, etc...).
De nombreux thèmes émergent particulièrement
ces dernières années indiquant l’introduction à
cette conception de l’entreprise dont la finalité (le
Sens) original est créateur de valeur, fonde une échelle
de valeur propre et lui donne sa cohérence.
Les sociétés humaines à ce niveau se conçoivent
comme communautés de destin ou plutôt de vocation,
communauté entreprenante donc.
De nouvelles conceptions du fait collectif, des enjeux communs,
des rapports entre communautés et cultures sont à
développer.
C’est ce à quoi s’attache la théorie des Cohérences
Humaines avec les conséquences au niveau des communautés
d’entreprises, communautés de développement, du
politique, du rôle des dirigeants, etc...
Ces trois niveaux, brièvement parcourus, constituent les
trois phases du développement sain d’un projet ou d’un
phénomène humain. Ils marquent une hiérarchie
qui justifie toute hiérarchie humaine fondée sur
un niveau de développement et de maîtrise différent.
On en trouvera donc des conséquences dans l’éducation
mais aussi dans l’encadrement et encore dans la façon
de concevoir l’évolution d’un professionnalisme.
Il est clair, dans tous les cas, que les confusions et mélanges
de niveaux ne favorisent pas l’évolution des personnes
et des groupes humains, comme des entreprises. La crise contemporaine
est aussi caractérisée par de telles confusions,
sinon inversions. Le chemin du développement est souvent
très mal balisé et une hiérarchie des valeurs
est nécessaire pour guider ceux qui veulent progresser
Pour illustrer cette rapide présentation de la théorie
des Cohérences Humaines il faut en montrer différentes
implications.
Il s’agit en fait d’envisager sous ce nouveau regard des questions
classiques ou particulièrement actuelles. Cela conduit
à théoriser chacune de ces questions. C’est comme
cela que s’élabore peu à peu une "doctrine"
cohérencialiste des différents domaines.