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Pour mettre en rapport le nouveau modèle avec l’expérience et la réalité des entreprises, sont ici passés en revue une série de problèmes et les solutions qui sont proposés par l’Humanisme Méthodologique.
III- PROBLEMES ET
METHODES DU GOUVERNEMENT DES ENTREPRISES
Les principes du gouvernement de l’entreprise permettent, pour
chaque responsable, de repérer la raison d’être
de son rôle et de le situer parmi les autres. Il se trouve
confronté à différents types de problèmes
pour lesquels il doit trouver des solutions et les mettre en
oeuvre. Pour cela, il usera de méthodes et de techniques
pour accroître son efficience personnelle.
Dans le sens général de la "civilisation de
l’entreprise", une façon nouvelle de considérer
les problèmes se dessine.
En particulier, de nouveaux rapports entre théorie et
pratique sont à établir. Il y a souvent un certain
tabou sur la théorie qui est sensée s’opposer à
la pratique sinon à la fausser.
Dans l’optique qui est la nôtre ici, la théorie
joue son rôle d’éclairer, d’aider au discernement,
au repérage de la personne responsable. La théorie
l’aide à comprendre et à poser les problèmes.
La pratique n’est pas un mécanisme qui se substituerait
à lui. Elle est une expression personnelle, facilitée
ou médiatisée par des moyens appropriés.
Les méthodes, ainsi, ne sont pas des appareillages résolutoires,
elles ne marchent pas, ce sont des stratégies de résolution.
La théorie des Cohérences Humaines aide à
poser les problèmes généraux des entreprises
et ses approches méthodologiques, à en entrevoir
les démarches de résolution.
Poser un problème ainsi, c’est engager une entreprise
de résolution. Le problème est la résultante
d’une intention, celle du sujet responsable et de ce qui retient
son attention, l’objet de sa préoccupation. Cette résultante
est le chemin de la résolution. C’est pour cela qu’on
peut dire que tout problème contient sa solution. Il faut
le comprendre ainsi, le problème comme sa résolution
ont même auteur : l’homme responsable.
Nous allons donc envisager les principaux problèmes du
gouvernement des entreprises humaines qui sont les problèmes
des responsables dans l’exercice de leur rôle.
1 - PROBLEMES ET METHODES DE DIRECTION GENERALE
DETERMINATION D’UNE POLITIQUE GENERALE
Les problèmes et les méthodes de direction générale
sont aussi transposables au niveau de chaque rôle, de chaque
responsabilité pour sa propre gouverne.
Nous suivrons ici, pour classer les problèmes et à
titre d’exemple, le cohérenciel de l’activité de
direction générale sur le modèle de celle
d’une entreprise.
Le problème central d’une direction générale
est celui de la détermination de la politique de l’entreprise,
à la fois pour l’instituer et pour lui donner consistance.
La politique de l’entreprise est l’expression actualisée
de sa vocation. Elle pose les problèmes suivants :
A) Problèmes de discernement.
Il est du rôle de la direction générale de
discerner le sens dans lequel évolue l’entreprise ou les
sens, multiples, des tendances dans lesquelles elle penche. Ce
discernement des sens est nécessaire dans diverses circonstances.
Lorsque il y a lieu de faire le point il faut vérifier
et éventuellement réajuster l’orientation effective
de l’entreprise en fonction de sa vocation.
Lorsqu’un repositionnement est nécessaire, il faut alors
choisir éventuellement une nouvelle orientation en connaissant
quels sont les sens potentiels de l’entreprise, ceux de sa cohérence
et de sa culture.
Il est aussi du rôle de la direction générale
d’exercer ce même discernement à propos de l’environnement
de l’entreprise lui permettant de repérer comment son
orientation propre se situe par rapport à celles qui ont
cours alentour.
Il faut évaluer alors le positionnement de l’entreprise
par rapport à tel ou tel environnement, c’est-à-dire
déterminer dans lequel de ses sens l’entreprise se situe
ou peut se positionner.
Il s’agit là de la connaissance des tendances de la conjoncture,
des tendances politiques, sociales, culturelles, etc. celles
des milieux où l’entreprise évolue pour savoir
avec lesquelles sa vocation converge ou diverge.
Si on appelle positionnement le choix d’un sens parmi d’autres,
le discernement vise toujours à préciser, réajuster
ou changer le positionnement de l’entreprise.
D’une façon générale, à partir des
situations existantes, le discernement des tendances et orientations
en jeu aura pour but, soit le choix ou la confirmation d’un certain
sens, soit le renoncement ou encore l’infirmation d’autres sens.

Le discernement dont il s’agit, ne consiste pas spécifiquement
à savoir ce qui se passe mais surtout à discerner
le Sens ce de qui se passe. Ce travail peut être réalisé
de plusieurs manières :
Par repérage des signes d’une tendance par un accès
intuitif.
Par différence comparée à partir d’une typologie
préétablie des tendances possibles (carte de cohérence).
Par élucidation des sens (analyse de cohérence)
et donc des tendances et orientations qu’ils sous-tendent.
L’élucidation des sens fait appel à une conscience
profonde, la conscience de sens. Elle est reconnaissance des
sens que la situation porte en elle par les consensus qui la
sous-tendent.
Ces pratiques de discernement font appel à divers degrés
de clairvoyance qui supposent chez le responsable des capacités
personnelles suffisantes ou le concours de quelqu’un qui pourra
y aider.
B) Problèmes de disposition personnelle
Le sens de l’entreprise que le dirigeant détermine ne
peut s’appuyer en dernier ressort que sur la détermination
personnelle. Cette détermination implique la personne
tant pour le choix du sens de son engagement que pour la tenue
de celui-ci. Il en va de l’autorité personnelle, de l’autorité
de direction générale. Son assurance, sa fermeté
serviront de repère pour les autres responsables. Encore
faut-il pour cela que celui qui en assume le rôle s’y retrouve,
qu’il sache où il en est lui-même.
Sa vocation personnelle est en question. On ne peut se consacrer
durablement à un tel rôle sans un concernement profond
et une persévérance maîtrisée. Il
s’agit donc d’une maîtrise de soi que le dirigeant peut
cultiver. Elle est cependant chaque fois en question lorsque
se présente un problème important. Méditation
et recueillement sur soi-même sont alors utiles. Mais est
aussi utile tout ce qui permet le renforcement du caractère,
le jugement, et, spécifiquement, la capacité de
prendre position personnellement sur les questions du monde contemporain.
Pour qu’il soit homme d’autorité le responsable de direction
générale doit être en mesure d’être
auteur (et non imitateur) de ses positions et de les tenir.
Il pourra, pour cela, faire un travail de repérage personnel,
d’élucidation de sa position vis-à-vis de l’entreprise
et des problèmes. En outre, la rencontre avec d’autres
personnes d’autorité est de nature à consolider
celle du dirigeant. L’autoritarisme est, en la matière,
signe de carence dans la maîtrise de soi, compensé
par des dispositions réactionnelles plus ou moins rigides.
L’autorité est épreuve de solitude qu’il faut pouvoir
assumer.
C) Problèmes de conduite politique
Eclairée par le discernement, assise sur l’autorité
et le sens de l’entreprise qu’incarne la direction générale,
la politique reste à expliciter. C’est un travail de clarification
et de formulation destiné à une transmission générale.
Dans la politique générale, il faut que chacun
comprenne l’esprit de la vocation de l’entreprise et puisse le
traduire dans son domaine propre.
La politique n’indique pas ce qu’il faut faire, ni ce qui va
être réalisé, mais elle en exprime l’orientation.
La direction générale doit s’assurer de sa transmission,
d’une part en la formulant et en la retraduisant selon les problèmes
qui se présentent et, d’autre part, en veillant à
ce qu’elle soit comprise.
La définition de la politique intègre discernement
et disposition personnelle pour pouvoir être explicitée,
comprise et tenue comme juste et légitime par tous.
Il ne suffit pas, pour la direction générale, de
définir la politique, il faut aussi veiller à ce
qu’elle soit tenue par tous ceux qui y concourent.
D) Problèmes de relations
Le rôle de la direction générale dans ce
domaine consiste à reconnaître ce qui va dans le
sens de la politique et ce qui n’y va pas. Il faut, pour cela,
être sensible à l’attitude des personnes pour pouvoir
cautionner ce qui est pertinent et cohérent avec la politique
et ne pas cautionner ce qui ne l’est pas. C’est de cette manière
qu’un repérage peut être donné et que le
personnel peut discerner ce qui participe ou non du consensus
sur l’engagement et la vocation de l’entreprise.
La pratique de relations d’ajustement amènera certains
à renforcer leur engagement et d’autres à le réajuster
ou y renoncer. Ces relations sont importantes avec les proches,
responsables de l’entreprise mais aussi avec tous les partenaires
importants.
E) Problèmes de communication
La politique de l’entreprise doit aussi être communiquée.
Pour cela, la direction générale aura à
en témoigner de façon significative par une parole
personnelle mais aussi par des signes symboliques, c’est-à-dire
destinés à en révéler le sens. C’est
l’enjeu des "grandes messes" ou des déclarations
de principe de la direction qui aura à leur donner l’expression
et la solennité appropriée pour qu’elles marquent
et soient véritablement considérées comme
officielles. Le caractère cérémonial de
certaines communications renforcera leur valeur symbolique.
F) Problèmes de décisions
La direction générale n’a que peu de décisions
à prendre en dehors de la définition de la politique.
Ses décisions ont pour but de confirmer celle-ci par des
arbitrages significatifs. C’est particulièrement lorsqu’une
ambiguïté se présente ou lorsqu’une décision
est à prendre dont on voit pas très bien les conséquences
politique que la direction interviendra pour indiquer le choix
qui correspond le mieux à cette vocation. Ces décisions
ont donc, avant tout, un caractère pédagogique
et serviront en cela de repère d’orientation. En principe,
toutes les décisions concernant la vie de l’entreprise
sont à prendre par les différents responsables
en fonction de la politique qu’ils doivent avoir comprise. Ce
n’est donc qu’exceptionnellement que la direction générale
aura à intervenir. Cependant il lui est donné d’avoir
à vérifier, confirmer ou infirmer des décisions
prises par d’autres, c’est un travail permanent qui est travail
personnel du dirigeant et ne doit jamais être le résultat
d’un mécanisme décisionnel formel. Les arbitrages
sont ainsi assumés en toute responsabilité sans
être arbitraires dans la mesure où ils confirment
la politique définie.
G) Méthodologie générale de détermination
d’une politique d’entreprise
Il s’agit là d’une proposition dont la mise en oeuvre
dépend de la situation et des personnes. En particulier,
elle dépend de la personnalité du responsable de
la direction générale. Certaines des phases peuvent
prendre une plus grande importance que d’autres, suivant les
cas. La vocation de l’entreprise se trouve confirmée et,
à nouveau, explicitée par la détermination
d’une politique générale. Cependant, il peut être
utile, quelquefois, de faire un travail préalable pour
l’éclairer (phase 2 de recherche de la vocation ou de
la tendance initiale et traditionnelle de l’entreprise).
1) Repérage et éclairage de l’intention personnelle
de direction en rapport avec la vocation de l’entreprise (analyse
figurative, rencontres, conseil).
2) Discernement des tendances potentielles de l’entreprise, passées
et actuelles et des tendances de l’environnement (analyses de
cohérences, analyses figuratives, aides de la gestion).
3) Prise de position sur la direction à prendre (recueillement
et méditation).
4) Formulation explicite en référence à
la vocation de l’entreprise ainsi confirmée (créativité,
rédaction structurée, rationalisée).
5) Transmission auprès des principaux responsables (exposés,
présentations).
6) Prise en compte des échos et résonances, (réunions,
rencontres).
7) Réajustement et communication officielle (documentation,
illustrations, manifestations).
8) Confirmation dans les relations, par des communications complémentaires
et des décisions exemplaires symboliques (présence
et attitudes significatives).
2 - PROBLEMES ET METHODES D’ADMINISTRATION ET DE GESTION
ADMINISTRATION DE L’INFORMATION
Nous avons vu que la gestion du domaine de l’entreprise consistait
à en reconnaître les acteurs et les facteurs appropriés,
c’est-à-dire caractérisés par leurs valeurs
significatives pour l’entreprise.
Les problèmes de gestion sont donc liés à
la connaissance des informations en vue de les mettre au service
des différents responsables de l’entreprise. Le terme
"administration" veut dire d’ailleurs étymologiquement
"au service".
L’administration est, pour l’entreprise, service de l’information
et consistance même de la gestion de son domaine.
Les approches modernes de l’entreprise ont bien aperçu
cela en assimilant la réalité de l’entreprise à
une système d’information. La tendance moderniste cependant
oublie que le système d’information ne vaut que pour les
personnes et responsables en fonction de leur considération
de la réalité et n’a pas de valeur absolue.
L’information, déjà, est une "donnée
significative" qui répond à une attente, l’attente
de quelqu’un. Il n’y a pas d’information sans que quelqu’un lui
donne sens et on ne peut pas dissocier complètement l’information
de l’attente à laquelle elle peut répondre. Une
donnée qui n’est pas significative est insignifiante et,
à la limite, n’existe pas pour l’entreprise.
On appellera système d’information ce qui permet d’accéder
à la réalité de l’entreprise, c’est-à-dire
à la connaître. C’est donc un moyen de connaissance.
La question consistera ainsi à établir des systèmes
d’information et à les administrer, c’est-à-dire
les mettre au service de leurs usagers.
Ceux-ci peuvent être tous les acteurs du domaine de l’entreprise,
les responsables, mais aussi ceux qui lui sont périphériques,
collaborateurs occasionnels, services publics, autres entreprises,
clients, fournisseurs, etc...
Leurs attentes, auxquelles l’information répond, est toujours
celle d’une connaissance en vue d’usages multiples et par exemple
en vue :
D’effectuer des analyses, diagnostics,
etc...
De choix et de décisions d’orientation.
De représentation ou de conception
des choses.
D’organisation et d’actions.
D’appréciation ou d’évaluation.
De réalisations.
Il s’agira, pour la responsabilité
de gestion, d’administrer une sorte de centre d’information consistant,
d’une part, à élaborer les informations appropriées
et, d’autre part, à les faire connaître, c’est-à-dire
à aider à leur accès et tout ceci par les
systèmes d’informations appropriés.
Le domaine de l’entreprise est l’ensemble complexe qui constitue
son univers, centré sur son métier, avec des acteurs,
proches ou plus lointains, et des facteurs importants ou plus
secondaires.
On pourrait chercher à en faire une description à
priori et construire un système d’information qui rendrait
compte objectivement et absolument de la réalité
de ce domaine. Ceci est tout à fait illusoire et ce serait
encore une fois ignorer que la réalité n’est connaissable
qu’à partir de l’intention de connaître de quelqu’un
et que son regard, subjectif, lui donne à voir la réalité
en conséquence.
c’est bien là un des problèmes majeurs qui nous
oppose au modernisme. Il fait, en effet, facilement abstraction
de l’homme comme sujet de connaissance et comme auteur de ses
entreprises. Si on enlève les hommes, il n’y a plus d’entreprise
et donc plus de domaine.
On a souvent tendance, en matière de gestion, à
utiliser des modèles d’analyse tout faits. On ne prend
pas garde ainsi qu’ils ne correspondent qu’à un certain
regard sur la réalité qui n’est pas forcément
compatible avec celui de l’entreprise et avec ce qui a sens pour
elle, c’est-à-dire le sens de son engagement.
S’il y a des normes sociales (par exemple comptables), il faut
bien considérer que leurs analyses répondent sans
doute aux attentes d’acteurs à satisfaire mais n’excluent
pas d’avoir ses propres systèmes d’information, c’est
bien ce qui se passe souvent mais d’une façon ambiguë.
Par ailleurs, il est catastrophique de vouloir établir
à priori un système d’information général
automatisé qui fasse abstraction de la multitude des attentes
ou qui les réduise au point de vue d’un seul sous prétexte
d’objectivité.
C’est en fait la marque d’un totalitarisme que les services de
gestion ou ceux de l’informatique ont quelquefois tenté
de mettre en place. Lorsque les acteurs sont responsables, ils
ne s’y retrouvent pas et n’ont d’autre moyen que de détourner
la difficulté par des systèmes d’information parallèles.
Ainsi, il se dépense beaucoup d’énergie dans de
nombreuses entreprises à vouloir d’une part "machiner"
un système d’information sur le modèle de la mécanisation
ou de la robotique, et d’autre part à s’en défendre
pour les acteurs responsables tout en assumant leur propre gestion
parallèle.
C’est bien l’un des problèmes de la gestion d’une entreprise
moderne que de se préserver des modèles d’information
étrangers ou entièrement standardisés qui
procurent des informations fausses de la réalité
de l’entreprise. Ils contribuent plus à la désinformation
qu’à l’information.
Nous aurons à envisager les problèmes de "cohérence"
des systèmes d’informations de l’entreprise et aussi le
rôle des moyens informatiques modernes, instruments de
gestion d’une grande utilité s’ils sont compris comme
moyens d’un service, l’administration de l’information.
La réalité du domaine de l’entreprise est connue
par les informations significatives. Celles-ci ne sont telles
que par rapport à l’attente de quelqu’un.
En fait, tous les acteurs peuvent avoir des attentes vis-à-vis
de l’entreprise, prise globalement, et plus particulièrement
centrées autour de leur objet de préoccupation
principal.
Ainsi, ce qui est d’importance majeure pour l’un ne l’est pas
pour l’autre, ce qui est significatif pour l’un peut ne pas l’être
pour l’autre.
Il y a donc autant de "réalités" de l’entreprise
que d’observateurs et il faudrait autant de systèmes d’information
pour y accéder.
Personne, dans l’entreprise n’a véritablement besoin d’en
connaître la réalité dans tous ses détails
sauf lorsqu’il n’y a qu’un seul entrepreneur.
Le système d’information général de l’entreprise
est donc à concevoir comme résultant des systèmes
particuliers qui répondent à des attentes particulières
des acteurs, y compris de la direction générale.
Par contre, l’administration de l’information aura, non seulement,
à gérer les systèmes de gestion particuliers
mais aussi à assumer leur cohérence globale et
ainsi établir les intégrations nécessaires.
Avant tout, c’est aux attentes particulières qu’elle aura
à répondre. Nous ne procéderons pas à
un inventaire de ces attentes mais nous renverrons simplement
au fait que ces attentes sont en rapport avec les rôles
des acteurs vis-à-vis de l’entreprise et, spécifiquement,
à ceux de son gouvernement.
A) Méthodologie générale d’administration
des systèmes d’information
Il nous faudra distinguer deux choses, l’institution du système
et sa gestion proprement dite.
Institution d’un système d’information
Un système d’information est la réponse à
une attente particulière. Il nécessite la détermination
des objets et leurs caractéristiques significatives auxquelles
il faudra accéder.
Son élaboration va donc demander :
Le discernement de la signification d’une attente.
La discrimination des éléments significatifs.
La conception d’une méthode de mise à disposition
des informations relatives à ces éléments.
L’attente et sa signification.
C’est la première étape indispensable. Elle consiste
à faire émerger la signification de ce qui est
souhaitable pour l’utilisateur. Pour cela, il faudra le plus
souvent l’aider à élucider ses propres besoins
en fonction de l’intention et de la responsabilité qui
sont les siennes. Le discernement et l’écoute sont indispensables,
ne serait-ce que pour que l’homme de gestion ne projette pas
ses propres interprétations. Il est nécessaire
aussi que le sens de sa demande soit clair pour l’utilisateur,
ce à quoi l’homme de gestion peut aussi aider.
L’analyse de l’attente amènera aussi à fixer, avec
lui, l’objet de préoccupation central de l’utilisateur,
caractéristique de son domaine.
Il y aura, par exemple, les informations clients, vente, stocks,
paye, projets, etc... A chaque fois, c’est un système
d’information particulier qu’il y a à concevoir.
L’analyse discriminante des éléments significatifs.
Le domaine d’intérêt ainsi marqué, il faudra
en distinguer les éléments significatifs à
propos desquels l’information sera utile. Il faut pour cela procéder
à des analyses, des études pour mettre en évidence
et distinguer les éléments. Un inventaire de ceux-ci
et de leurs rapports pourra ainsi être établi de
façon à les hiérarchiser par ordre de valeur
et d’importance et selon leurs compositions ou décompositions.
C’est la signification de la demande qui peut seule permettre
cette distinction.
C’est illusion de croire que l’on peut caractériser un
client sans discerner de quel point de vue on se place et quelle
est la signification qu’on lui donne dans la connaissance que
l’on cherche. Cette naïveté est à la source
de complications extrêmes dans les systèmes d’informations
et surtout dans leur pertinence vis à vis à vis
de leurs utilisateurs.
Ainsi, la notion de client n’est pas la même pour le comptable
qui se préoccupe du règlement des factures, pour
le juriste qui soit considérer la personnalité
juridique à laquelle il a à faire, pour le commercial
qui négocie un marché avec un responsable, pour
le vendeur qui est en correspondance avec un acheteur, pour le
livreur en rapport avec des réceptionnistes et pour un
réparateur du service après vente en contact avec
l’utilisateur. S’il s’agit d’établir un simple fichier-client,
celui qui est valable pour l’un risque d’être invalide
pour les autres.
La réalisation du système d’information.
A partir de la signification de son usage et de l’inventaire
des éléments significatifs et de leurs rapports,
il est maintenant possible de concevoir le système d’information.
Celui-ci doit être entièrement envisagé dans
la logique de son utilisation. C’est, nous l’avons dit, un moyen
pour l’utilisateur d’accéder au domaine qui l’intéresse
par le biais d’informations significatives à propos de
ces éléments.
Le système doit donc permettre cet accès avec la
plus grande pertinence ( à temps, à un coût
convenable) de façon à ce que les informations
soient compréhensibles et utilisables.
Il y a donc une certaine pédagogie à inscrire dans
la conception d’un système d’information pour aider l’utilisateur
à prendre connaissance de ce qui lui sera utile. Les informations
devront être rendues intelligibles à l’usager. Cette
conception du système d’information intègre obligatoirement
la constitution de l’information, sa concentration ou stockage
(enregistrement) et sa consultation intelligente.
Cette conception doit être obligatoirement validée
par l’utilisateur (ou le groupe d’utilisateurs sous la responsabilité
du demandeur).
Il s’agit d’un travail de rationalisation qui s’appuie sur les
moyens disponibles, informatiques notamment (ordinateurs, télécommunications,
systèmes experts, bureautique, etc...). Cette conception
se fera le plus souvent par étapes, scénario de
principe d’abord et conception technique ensuite. Des méthodologies
existent pour cela, mais il faudra veiller a ne pas s’enfermer
dans des modèles tout faits.
La conception du système d’information sera suivi d’une
réalisation consistant à mettre en place les moyens
et procédures de sa mise en oeuvre ultérieure (matériels
et logiciels informatiques, modes d’emploi, formations des utilisateurs
et des gestionnaires du système, essais et mises au point).
On veillera tout particulièrement à ce que la conception
et les moyens soient suffisamment souples pour suivre l’évolution
du domaine et du champ d’information pour lesquels les éléments
significatifs peuvent changer en fonction de l’activité
de l’entreprise et de son développement.
La conception et la réalisation d’un système d’information
constitue un projet dont la conduite peut être encadré
par des chefs de projets compétents.
Gestion du système d’information.
En dehors de l’évolution du système lui-même,
la gestion du système d’information consistera principalement
à l’alimenter en information et à les gérer
de façon convenue.
L’élaboration de l’information est le deuxième
type de problème de l’administration du système.
Cette élaboration consiste en trois choses :
L’analyse qualitative ou qualification des éléments.
L’analyse quantitative ou quantification des éléments
(l’une et l’autre reviennent à les "prendre en compte",
les comptabiliser.
La présentation des résultats d’analyse sous forme
informative : états, tableaux, journaux, listes, fichiers,
etc...).
Une collection de chiffres ne fait pas une information. Ce n’est
qu’en les inscrivant dans une présentation, un classement
selon leurs qualifications que cela devient une information significative.
Nous n’insisterons pas ici sur l’analyse quantitative pour laquelle
il existe de nombreux outils de mesure statistiques ou de calcul.
Soulignons, cependant, que l’on ne peut dénombrer que
des éléments "qualifiés" sinon
les comptes n’ont aucun sens. Compter des hommes par exemple,
n’a de valeur que comme mesure d’une signification, ce sont des
clients, des collaborateurs, etc... et dans chaque catégorie
leur qualité qui les rend intéressant est celle-ci
ou celle-là.
On ne peut compter valablement que ce qui vaut, c’est-à-dire
ce que l’on peut quantifier sur la base d’une différenciation
qualitative, significative de l’intérêt porté.
Nous insisterons particulièrement sur l’analyse qualitative
pour laquelle les pratiques sont le plus souvent empiriques et
les méthodes rares.
Il est clair que le souci du qualitatif se heurte à ce
manque d’outil et de savoir faire dans les entreprises. C’est
plus alors le "flair" ou les "usages" qui
règlent le problème. Comment différencier
les valeurs, les motivations, les qualités humaines, et
même les qualités d’un produit ? Cela pose encore
un problème qui comporte la question de la notion même
de qualité ou de qualificatif et celle des pratiques d’évaluation,
tant pour les acteurs que pour les facteurs de l’entreprise.
Or, la qualité est ce par quoi nous appréhendons
les choses, l’affectation réciproque entre nous et elles.
C’est principalement par la sensibilité que nous pouvons
les différencier et les apprécier.
Tout d’abord, la qualité est une notion relative où
les qualités d’une chose sont l’expression de ce qu’elle
signifie pour nous, c’est-à-dire de son sens. C’est ainsi
que le sens de l’entreprise détermine son échelle
de valeur qualitative.
La différenciation qualitative consistera donc à
discerner les différentes significations des choses pour
apprécier celles qui conviennent à l’orientation
de la considération que nous en avons ou du rôle
que nous en attendons.
On procédera ainsi pour des analyses qualitatives de marché
(motivations) de situations, de produits, de moyens, de réalisations
et aussi des acteurs (clientèle, collaborateurs, partenaires,
etc...), individuellement ou collectivement.
En outre, les qualités se distinguent par leur mode de
manifestation. L’analyse cohérencielle est pour cela très
utile. Elle permet d’établir une typologie des qualités
qui, ensemble, forment la qualité de l’objet d’analyse.
Le schéma suivant représente cette typologie.
Le responsable de la gestion et ses collaborateurs après
avoir évalué les qualités des éléments
significatifs préalablement définis pourront en
effectuer des mesures ou des pondérations quantitatives,
permettant ainsi notamment la connaissance de la richesse du
domaine considéré ?
Il restera à présenter les résultats d’analyse
pour les rendre intelligibles par le canal du système
de gestion où ces informations seront intégrées.
3 - PROBLEMES ET METHODES DE DEVELOPPEMENT
PROJETS ET PLANS STRATEGIQUES.
Le développement de l’entreprise est la résultante
de la conjonction d’une vocation et d’un domaine, d’une politique
et d’un métier. Il est aussi, de ce fait, l’accomplissement
de potentialités, celles que porte le tissu relationnel
de l’entreprise, celles de sa culture.
Le développement suit si toutes les bases en sont fermement
établies. Cependant, il est utile d’en avoir une sorte
de carte, un plan qui permette d’évaluer à tout
moment où on en est. Les vicissitudes dans le développement
proviennent surtout de modifications de ses bases. Il y a lieu
alors de réviser les cartes et de prévoir l’évolution
des activités en conséquence.
La conduite du développement procède par anticipation-pilotage.
En univers constant (cas fictif) la conduite du développement
est très simple et se réduit à un contrôle
de routine.
C’est en situation fluctuante, temps de crise, mais aussi signe
de vitalité de l’entreprise que se posent les véritables
problèmes de développement.
Tout d’abord, nous savons, d’après la structure cohérencielle
des entreprises, qu’il y a deux variables principales :
- La vocation, traduction du sens de l’engagement de l’entreprise,
est exprimée dans sa politique générale.
- Le domaine, centré sur un métier, service d’une
demande dont le sens est le même que celui de l’offre de
l’entreprise suivant sa vocation.
Ces deux variables, de par le développement antérieur,
se conjuguent pour former une entreprise. Tous les facteurs et
acteurs de son domaine sont mobilisés dans le même
engagement général. La communauté d’entreprise
forme une culture qui en porte les potentialités. Ce sont
les potentialités de son développement. Leur actualisation
sous forme de projets et réalisations diverses en constitue
l’accomplissement.
A partir de ces données nous pouvons envisager trois types
d’évolution du développement. A chaque fois des
projets et des stratégies nouvelles et la réactualisation
du plan de développement doivent être établis.
Les problèmes de relance. Ils visent simplement à
un meilleur accomplissement des potentialités sans changement
des bases.
Les problèmes de changement. Ils proviennent d’une mise
en cause du métier, sans changement de vocation, par la
modification des conditions de son domaine d’activité.
Les problèmes de conversion. Ils sont issus d’un réajustement
de politique, changement de vocation (donc de sens) de l’entreprise.
Nous allons examiner les problèmes et méthodes
stratégiques dans ces trois cas selon une démarche
séquentielle :
L’élaboration de projets et stratégies ad-hoc précédera
à chaque fois, la planification qui est réactualisation
du plan et, bien sûr, la conduite de sa mise en oeuvre.
Soulignons d’abord que tout projet, toute stratégie, tout
développement déploie l’originalité de l’entreprise.
Il est vain de chercher des stratégies toutes faites.
Au mieux des stratégies existantes peuvent servir de sources
d’enseignement et d’inspiration. Evacuons aussi les pseudo-stratégies
qui ne sont que manipulations ou coups spéculatifs ainsi
les réductions de la notion de stratégie aux modèles
guerriers ou à ces "choix stratégiques"
qui, en réalité, découlent d’une stratégie
implicite dont ils sont supposés être conséquences.
A) Les stratégies de relance.
Le cours du développement, comme on l’a vu, tend à
épuiser le dynamisme potentiel tout en accomplissant ses
réalisations. Ainsi peuvent se constater des ralentissements
qui peuvent à l’extrême aller jusqu’à une
dépression de l’entreprise. Par ailleurs, au cours du
développement, l’évolution du domaine et de son
économie peut conduire à des dysfonctionnements
ou à des dégradations des performances par rapport
à leur optimum, de même qu’elle peut présenter
des conditions nouvelles, non essentielles, mais suffisantes
pour demander une révision des activités ou des
structures.
Ainsi, périodiquement, peut apparaître la nécessité
d’une relance du développement qui, selon les cas, peut
prendre des formes différentes :
Redéploiement pour tenir compte de conditions nouvelles.
Restructuration pour accompagner une évolution de la dynamique
de développement.
Expansion pour accroître l’ampleur du développement.
Recentrage pour éviter les dispersions et concentrer l’activité
sur l’essentiel.
Dans tous ces cas le principe est le même, le développement
est toujours une réactualisation de l’existant, un réaménagement
de la situation présente. Le plan de développement
et la stratégie sont toujours homologues du problème
posé, c’est-à-dire ici, de la situation actuelle
et de la relance qu’elle réclame.
La situation actuelle est toujours la base sur laquelle se fonde
et se construit le développement. En l’absence de modifications
significatives des dimensions fondamentales de l’entreprise (vocation,
métier), c’est donc la situation actuelle qui porte les
potentialités de ce développement. La stratégie
en exprime les articulations selon une logique et des conditions
qui sont elles-mêmes homologues de cette situation, envisagée
dans la perspective de sa relance.
Une stratégie n’est pas forcément quelque chose
de compliqué. C’est surtout un ensemble subtil de dispositions
à prendre ici et là dans l’entreprise, de manière
à en infléchir ou canaliser le cours du développement.
Cependant, la stratégie doit tenir compte à chaque
fois de la totalité de l’existence de l’entreprise. On
se trouve là, devant un problème difficile dans
la mesure où l’analyse des éléments de la
situation de l’entreprise avec son contexte entraîne à
un très grand nombre de paramètres plus ou moins
bien connus et dont on ne peut prétendre faire le tour
pour les intégrer. Cela pose le problème de la
maîtrise de la complexité. Il y a, à ce propos,
diverses approches qui à notre avis sont des impasses
:
Celles qui cherchent à modéliser l’entreprise et
la traiter comme un mécanisme dont les réactions
seraient relativement déterminées. On n’en a jamais
fini de décrire le système de l’entreprise et la
tendance est d’abandonner les paramètres inconnus et en
tout cas ceux difficilement objectivables.
Celle qui cherche à extraire quelques paramètres
du développement antérieur et à les extrapoler
dans le futur.
Celle qui consiste à établir intuitivement une
vague stratégie et à se fier à une improvisation
éclairée. Ce n’est pas la plus mauvaise mais aucune
maîtrise, aucun contrôle de la pertinence des dispositions
stratégiques ainsi imaginées ne peuvent se faire.
La théorie des Cohérences Humaines, avec le principe
d’homologie (équivalence de sens), offre des techniques
d’intégration de la complexité qui peuvent servir,
soit à la compréhension et au diagnostic global
de la situation, soit à la conception et l’élaboration
d’un scénario stratégique. Ce sont l’analyse figurative
et la créativité générative.
Elles se fondent sur le fait que comme l’entreprise, la stratégie
de développement est l’expression de l’engagement personnel
de l’entreprise. Se replaçant à la source de l’une
(le sens de l’entreprise) se retrouve la source de l’autre (la
logique stratégique).
Ainsi une analyse peut permettre de dégager une compréhension
synthétique de la situation actuelle, de faire un diagnostic
général . Il faudra ensuite concevoir, inventer,
découvrir, un scénario stratégique qui réponde
à la logique potentielle de la situation présente.
Cette logique, exprimée en principes stratégiques,
est celle selon laquelle on pourra établir un plan.
La stratégie de relance est l’expression d’une logique
de transformation de la situation actuelle selon ses propres
potentialités. Elle sera exprimée dans les termes
spécifiques du problème posé et présentée
sous forme de projets ou de schémas directeurs selon les
cas.
B) Les stratégies de changement
Il s’agit là de la mise en cause du "métier"
de l’entreprise donc du service qu’elle offre en réponse
à une demande. La vocation reste inchangée dans
cette hypothèse ainsi que la politique générale
de l’entreprise, mais les conditions d’application, elles, changent.
Nous distinguerons trois cas :
L’actualisation du métier, liée à une évolution
des possibilités de service (technologiques par exemple)
et de la précision de la demande. Cela demandera une stratégie
d’innovation pour l’entreprise.
Le changement conjoncturel de la demande, lié à
une évolution du marché ou du public, soit pour
aborder de nouveaux secteurs, soit à la suite d’une manifestation
conjoncturelle qui amène à un réaménagement
de la demande à laquelle l’entreprise a vocation de répondre.
Cela entraînera notamment un réaménagement
de son domaine qui implique pour l’entreprise une stratégie
de réadaptation.
Le changement de métier, problème plus profond
qui remet en cause tout ou partie du domaine de l’entreprise.
Ce peut être à la suite d’une disparition probable
de la demande ou de la possibilité d’y répondre
ou encore d’une transformation radicale de celle-ci vers d’autres
demandes. Les métiers aujourd’hui, y compris ceux des
entreprises, vivent des bouleversements de plus en plus rapides
à tel point qu’il est difficile d’envisager qu’un homme
mais aussi une entreprise gardent le même métier
tout au long de leur existence. Cela n’empêche pas, pour
autant, de conserver sa vocation. Une stratégie de mutation
ou de diversification sera alors nécessaire pour préparer
le changement de développement de l’entreprise.
Dans ces trois cas les mêmes principes sont à retenir
:
- Le développement est toujours la poursuite de l’histoire
de l’entreprise et une actualisation de ses potentialités.
C’est, au-delà des formes conjoncturelles, par une reconnaissance
approfondie des potentialités historiques de l’entreprise
que pourront se dégager de nouvelles réactualisations,
dans de nouveaux métiers, savoir-faire, produits, services,
etc...
Une stratégie sera toujours homologique de l’histoire
de l’entreprise et de ses potentialités, actualisées
différemment. Un diagnostic de ces potentialités
historiques peut être utilement effectué, pour en
comprendre les principes en partant du développement passé
de l’entreprise.
- Le développement devra être fonction des perspectives
de changement du domaine et du métier. Cela suppose un
travail de prospective qui permette de se donner des objectifs
à terme, réalistes.
Attardons-nous sur cette question de la prospective. Il ne s’agit
évidemment pas de divination mais d’une tentative de discernement
de l’évolution relative des tendances et de leurs possibles
actualisations à terme. Ici, c’est le métier qu’il
s’agit plus précisément d’analyser prospectivement
pour que l’entreprise puisse se resituer par rapport à
cette évolution et se donner un projet en conséquence.
Le travail de prospective se rapporte donc d’abord au métier
c’est-à-dire au service rendu, en réponse à
une demande sociale.
Dans l’entreprise, la prospective peut avoir plusieurs objets
mais on a intérêt à la centrer sur son objet
principal ou sur ce qui peut devenir objet central de son domaine.
Il s’agira alors de chercher à dégager les tendances
du contexte, évaluer leurs évolutions relatives
pour situer le positionnement de l’entreprise en face d’hypothèses
conjoncturelles réalistes.
Tout d’abord, dégager les grandes tendances, doit se faire
de façon différentielle, pour pouvoir caractériser
les unes relativement aux autres et différencier, parexemple par des scénarios contrastés, les hypothèses
conjoncturelles ressortissant des unes et des autres. Il faudra,
en premier lieu, élucider ces tendances qui, au fond,
sont les sens possibles de l’évolution des choses.
L’analyse de cohérence permet pour cela une grande profondeur
de discernement, sans égale, et une différenciation
très fine des tendances.
Il est possible, ensuite, de dégager des critères
significatifs et différentiels de chacune des tendances
élucidées puis, par voie d’enquête par exemple,
ou par un observatoire de conjoncture, à en suivre l’évolution
et la pondération. Ainsi peut se dégager un profil
conjoncturel prospectif.
Chacune des tendances, ou celles qui paraissent les plus intéressantes
pour l’entreprise, peuvent être illustrées par la
projection d’un scénario significatif.
S’il est plus facile de se situer dans le sens du courant dominant,
ce n’est pas forcément celui de la vocation de l’entreprise.
Elle aura à assumer sa convergence ou sa divergence avec
les courants dominants et en tirer les conséquences pour
son développement. C’est là la responsabilité
de son engagement.
Dans certains cas d’ailleurs, dans un contexte restreint ou pour
des entreprises puissantes, cet engagement de l’entreprise peut
retentir sur la conjoncture et relancer la tendance correspondante.
C’est en tout cas sur celle qui correspond à sa vocation
propre que l’entreprise doit établir un scénario
prospectif qui lui permette de se fixer quelques objectifs.
- Enfin le développement se base sur les conditions de
départ de la situation actuelle de l’entreprise. Il est
utile, là aussi, d’en faire l’analyse.
C’est en effet le terrain initial sur lequel la stratégie
de développement s’engagera et à partir duquel
le plan de développement aura à prévoir
les changements à intervenir.
Ainsi ce diagnostic actuel, rétrospectif, détermine
les bases à intégrer pour concevoir la stratégie
de développement dans chacun des trois types de cas indiqués
plus haut.
La stratégie ad-hoc à obtenir peut, là aussi,
s’exprimer en termes de projets, de schémas directeurs
ou de scénarios de principes. Les principes stratégiques
serviront à la mise à jour du plan de développement
de l’entreprise comme dans le cas des stratégies de relance.
C) Les stratégies de conversion.
Elles correspondent à un changement de politique. Le problème
se pose par exemple lorsque la politique est floue, mal définie
et, qu’en fait, il apparaît que plusieurs politiques sont
poursuivies simultanément. Il s’agit donc, principalement,
d’un réajustement politique avec un approfondissement
de la vocation et la détermination d’une politique générale
claire.
La stratégie de développement sera alors homologue
de cette politique et aussi des potentialités culturelles
de l’entreprise. Elle consistera :
A renforcer l’actualisation des potentialités convergentes
avec la politique nouvelle
A préparer l’extinction des autres dynamiques, anciennement
à l’oeuvre.
Le changement de vocation, et donc de politique générale,
peut résulter d’un changement de responsable de la direction
ou d’un repositionnement, par exemple du à une évolution
des tendances conjoncturelles qui ne permet pas de poursuivre
l’activité antérieure de l’entreprise.
Dans tous ces cas, il est clair qu’il ne peut y avoir de stratégie
de développement sans qu’une politique nouvelle soit déterminée
par la direction générale.
A partir de là il faut remarquer qu’un tel changement
de politique touche au consensus même de l’entreprise,
celui-ci, portant sur les différents sens de sa cohérence,
constitue l’essence de ses potentialités et de sa culture
propre dont un sens particulier deviendra celui de sa nouvelle
vocation.
Les stratégies de conversion, ajustements ou reconversions
du développement, devront intégrer cette évolution
du sens du consensus.
Pour cela on peut envisager deux approches :
L’établissement d’une stratégie homologue de la
politique générale (créativité générative)
et intégrée empiriquement à la culture de
l’entreprise (méthode participative, projet d’entreprise,
plan de développement élaboré en participation).
L’élucidation des potentialités culturelles de
l’entreprise (analyse de cohérence) suivie d’un positionnement
de la politique générale pour repérer la
tendance culturelle correspondante et ses potentialités
spécifiques.
La stratégie sera conçue par homologie sur la base
de cette tendance culturelle différenciée dont
les potentialités auront pu être par ailleurs analysées.
La caractéristique de ces stratégies de conversion
est qu’elles impliquent profondément l’entreprise dans
sa culture même, dans son tissu relationnel et son dynamisme.
Elles réclament beaucoup de prudence et une participation
progressive des partenaires dont l’engagement est remis en question
et qui peut conduire à des redistributions de rôles
importants.
La dimension d’animation de la stratégie sera primordiale
et les principes de gouvernement correspondants devront être
intégrés sous peine d’échec ou de traumatisme
grave pour l’entreprise.
A partir des différents problèmes de développement
envisagés, relances, changements, conversions et des types
de cas étudiés, on aboutit d’abord, selon des voies
diverses, à l’élaboration d’une stratégie
de développement . Il va falloir l’intégrer ensuite
au plan de développement de l’entreprise pour en assurer
la continuité ainsi que les évolutions.
Le plan est une préfiguration de ce développement,
ou du moins, de ses étapes et modalités importantes.
Il intègre l’activité de tous les secteurs de l’entreprise
et implique son gouvernement.
Qu’il soit à établir ou à réactualiser,
le plan de développement ne peut être défini
sans la participation des responsables concernés, ceux
qui, en fait, réalisent le développement qu’il
s’agit ici de définir et de conduire.
Le plan de développement est obtenu en appliquant les
principes stratégiques à tous les plans de l’entreprise.
Ainsi, les parties comme le tout du plan doivent être homologues,
bien que de nature différente.
On peut utiliser le cohérenciel pour déterminer
les composantes d’un plan de développement à définir.
L’élaboration du plan demande le travail des responsables
compétents de chaque secteur pour tirer les conséquences
pratiques de la stratégie.
La mise à jour du plan d’entreprise peut ainsi être
réalisée, soit périodiquement, soit exceptionnellement,
à chaque fois qu’une nouvelle stratégie est élaborée,
que ce soit globalement pour l’entreprise ou pour un secteur
particulier.
Ce plan n’est pas un programme de travaux mais il peut en contenir.
En tant que plan stratégique, il n’a pas à tout
prévoir. Cependant, il intègre la mise en oeuvre
pratique des principes stratégiques mais prévoie
des révisions périodiques ou aléatoires
en fonction de l’évolution des stratégies ou des
conditions de réalisation du développement.
Il s’agit donc d’un plan stratégique et la formule de
la mise à jour régulière est bien illustrée
par la pratique des plans glissants, plans à trois ou
cinq ans révisés tous les ans et prolongés
d’un an ou plus.
Mise en oeuvre et conduite du plan.
La mise en oeuvre du plan est la poursuite des activités
de l’entreprise compte tenu des dispositions nouvelles envisagées.
Pour cela, il est nécessaire que tous les participants
connaissent la mission qui leur incombe spécifiquement,
sans forcément connaître tous les plans.
La conduite de la réalisation du plan stratégique
consistera d’abord à dégager de celui-ci des indications
spécifiques destinées à chaque responsable
concerné, puis à les faire intégrer de façon
à ce qu’elles soient effectivement mises en oeuvre.
Ces indications, leur élaboration et leur transmission,
constitueront une partie importante de la conduite du plan et
des projets. Elles serviront aussi de base de contrôle
pour suivre l’évolution des réalisations. Le contrôle
de la mise en oeuvre des indications permet ainsi, à la
fois, de s’assurer de leur prise en compte et de détecter
les écarts par rapport au déroulement prévu.
Ces écarts donneront lieu à des révisions
improvisées du plan si elles sont mineures ou à
des révisions majeures entraînant à nouveau
le cycle d’élaboration stratégique et de mise à
jour du plan.
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