Diriger c’est donner le Sens et c’est aussi gouverner l’entreprise. Rien de cela n’est autre qu’une question de maîtrise, autant que possible, de la situation humaine, complexe, aux prise avec toutes ses composantes internes et externes. La structure de direction doit épouser la structure de l’entreprise de façon concourante.
II -STRUCTURES ET FONCTIONS
DE DIRECTION
Toute conception de l’entreprise ne vaut que si elle est réalisable
et maîtrisable. Chacune réclame une science et un
art de gouverner spécifique. Malgré tout, les entreprises
humaines existent depuis longtemps et nous n’aurons rien à
inventer radicalement.
Cependant, ce que nous allons examiner
pourra paraître peu ordinaire surtout à cause de
la prégnance de modèles archaïques, classiques
ou modernistes, dont les fausses évidences s’imposent
familièrement à nous. C’est en interrogeant le
fond de son expérience personnelle ou en redécouvrant
des principes quelque peu occultés qu’il sera possible
aisément au lecteur de découvrir de nouvelles clés
de l’art de diriger
Pour cela, néanmoins, il faudra
consentir à quelques révisions importantes, particulièrement
de notions à la mode dont celles d’économie, de
gestion, de management qui dominent à une époque
ou le "domaine" de l’entreprise semble avoir eu la
primeur sur toutes les autres dimensions pendant des années.
Gouverner l’entreprise c’est maîtriser
son existence et donc son développement. Il s’agit d’en
maîtriser à la fois les parties et le tout et, singulièrement,
chaque dimension et chaque plan de son cohérenciel, sa
structure dynamique.
Le gouvernement de l’entreprise se diversifie
en gouvernement général et gouvernements particuliers,
chacun étant analysable selon les différentes composantes
du cohérenciel, composantes qui vont nous permettre de
différencier des rôles selon la nature de leur maîtrise
spécifique. Diriger, gérer, conduire les réalisations,
animer, coordonner, communiquer n’ont pas la même consistance
mais concourent ensemble au gouvernement.
Entrons plus à fond, au niveau du
principe, dans la consistance du gouvernement de l’entreprise.
On pourrait avoir tendance à penser que dans l’entreprise,
il y a les activités courantes et il y a les activités
de gouvernement. Nombre d’exemples historiques et contemporains
nous entraînent à ce schéma avec d’un coté
les dirigeants et de l’autre les dirigés.
Or, si l’on songe à celui qui maîtrise
son travail, qui maîtrise son art, y-a-t-il un temps où
il agit et un temps où il maîtrise ? Non, la maîtrise
est l’exercice même de l’art, elle est le travail lui-même.
Il en va de même pour l’entreprise, il n’y a pas lieu de
différencier son gouvernement de son activité.
La maîtrise de l’entreprise est la réalisation maîtrisée
de celle-ci. Toute activité de l’entreprise est une contribution
à sa réalisation et donc à son gouvernement.
Ainsi se confirme que tous gouvernent dans l’entreprise. Cependant
certains auront une responsabilité de gouvernant plus
générale que d’autres et chacun aura un type de
responsabilité différencié dans sa contribution
au gouvernement de l’entreprise.
Que tous gouvernent, n’implique donc absolument
pas que tous se réunissent pour décider de tout,
au contraire chacun tient une responsabilité singulière,
complémentaire des autres et, comme toute autorité,
devra assumer la responsabilité personnelle de ses décisions
et de ses actions. Certains auront à le faire de façon
plus éminente au niveau du gouvernement général
de l’entreprise selon le niveau de leur capacité personnelle
et leur degré d’évolution et de maîtrise.
TROIS DIMENSIONS INSTITUTIVES
La dimension politique.
La direction générale est l’acte de signifier la
vocation de l’entreprise et la direction qu’elle doit prendre,
en toutes circonstances, c’est-à-dire sa politique. En
fait, c’est le sens invisible, transcendant qui est à
signifier :
A l’adresse de tous. En toutes occasions.
Dans tous les termes appropriés.
Ce rôle vise à l’établissement
d’un pont entre le sens invisible et ses traductions visibles,
accessibles à tous, compréhensibles. Diriger c’est
donner le Sens en le rendant visible. C’est bien ce qu’il y a
lieu de faire pour tenir et conserver l’unité de direction
traduisant le sens de l’engagement initial. Pour signifier et
montrer la direction de l’entreprise à partir de son sens,
cela implique que quelqu’un le réalise personnellement,
en sa personne même.
Il a, d’une part, à discerner en
lui-même le sens de l’engagement de l’entreprise et, d’autre
part à le signifier dans des actes et paroles symboliques,
chargés de sens. L’homme de direction générale
a donc sans cesse à ajuster et à manifester une
prise de position responsable, c’est-à-dire le Sens de
l’entreprise qu’il assume authentiquement.
Son travail est un travail intérieur
de discernement et d’affermissement ainsi qu’un travail extérieur
de présence, marquée d’actes fortement significatifs.
C’est alors que ses interventions auront valeur de repères
d’orientation parce parlant directement du sens profond autour
duquel se noue le consensus. Se posant comme auteur de ses actes
et de sa position, c’est comme cela aussi qu’il fait autorité
auprès des autres. C’est l’auteur le plus engagé
dans sa personne qui est l’autorité principale, celle
qui donne les principes directeurs.
L’homme d’autorité de direction
générale n’a rien à faire, à imposer,
à décider que pour signifier et encore signifier
cette direction. Rappelons que celle-ci traduit le sens de façon
homologue avec la vocation, l’intention, l’échelle de
valeur humaine, la motivation profonde, les principes fondamentaux,
la finalité et l’origine de l’entreprise qui sont exprimés
par sa politique.
Le travail de direction générale est d’abord, on
l’a vu, destiné à tous. En effet, signifier sans
cesse le sens de l’entreprise est ce qui permet de marquer le
consensus, et d’en tenir le sens sinon de le réajuster.
La présence et les actes rappellent symboliquement ce
consensus et le densifient.
En outre , la manifestation de la vocation
de l’entreprise et de ses traductions homologues constituent
aussi une provocation, c’est-à-dire une sorte d’appel
suscitant des vocations, une interpellation qui permet à
de nouveaux partenaires de trouver leur autorité propre
en convergence avec l’entreprise et d’y prendre une responsabilité
de co-entrepreneur. C’est une fonction d’éveil et d’initiation.
Cette interpellation amène à rejoindre l’entreprise
et ceux qui s’y retrouvent pour établir une relation de
coopération, commerciale ou autre, en tout cas de concourance.
Dans cette perspective, le directeur général
(quelque soit son titre d’ailleurs) a en préoccupation
non seulement les membres déjà associés
à l’entreprise mais aussi tous ceux qui pourrait l’être
ainsi que tous ceux qui peuvent y concourir le moment venu.
Ce rôle politique de direction générale,
ou de présidence si l’on veut, doit s’exercer en toutes
occasions. L’homme qui l’assume doit être sensible à
l’ambiance et aux situations. Il peut pour cela être aidé
par les responsables tenant d’autres rôles mais, s’il ne
vit pas lui-même l’entreprise, il ne saura apprécier
où en est le consensus et dans quelles circonstances il
y a lieu de le réajuster ou d’en confirmer le sens et
la détermination.
Régulièrement et chaque fois
que se joue quelque chose d’important pour l’entreprise, le responsable
de la direction générale doit marquer de sa présence
et de son témoignage le sens de sa vocation. Ce peut être
à l’occasion d’un bilan d’activité, du lancement
d’un projet, d’un changement, d’un recrutement important ou alors
d’un passage difficile, d’un événement majeur,
etc... Faisant cela, il permet opportunément à
tous de donner un sens, à chaque moment ou situation particulière.
Il travaille donc ainsi à lier dans un même sens
partenaires et circonstances multiples.
Il doit alors trouver les termes appropriés
à chaque circonstance, à chaque interlocuteur.
Dans les grandes occasions, il rappellera les données
significatives pour l’entreprise rapportées à sa
vocation, à son origine et sa finalité. D’autres
fois, il sera question de valeurs propres, ou d’esprit commun.
Chaque fois que des choix pour l’avenir seront à faire,
il s’exprimera en termes de politique générale
qu’il aura à formuler. Chacun selon sa personnalité
trouvera les signes, les symboles, le langage approprié
à son entreprise.
C’est comme cela que depuis toujours ont
été retenues des paroles et des actes fortement
symboliques de personnages ayant assumé ce type de rôle,
y compris dans de modestes entreprises. On l’a vu, les différents
successeurs éventuels rappelleront aussi le souvenir des
prédécesseurs et principalement du fondateur, initiateur
du consensus de l’entreprise. Tout ajustement de sens et toutes
nouvelles conditions réclameront une nouvelle expression.
Il ne s’agit donc pas de répéter des formules toutes
faites, mais d’exprimer une parole juste, de poser un acte significatif.
Enfin, il faut souligner que ce rôle
essentiel, s’il s’exerce dans une présence sans relâche,
doit se caractériser par une économie de moyens.
Le directeur général ne se mêle pas de tout
mais, pour tout, sa présence sert de repère.
Ce sont donc des moments privilégiés
que ceux où elle se manifeste avec une certaine solennité.
Les circonstances participent au caractère fortement significatif
des interventions de direction générale.
Pour terminer avec ce tableau, il faut
souligner que chacun, dans son domaine propre, en tant que responsable,
assume en partie ce rôle en référence à
la direction générale dont il est ainsi un relais.
C’est particulièrement important lorsque les populations
concernées sont nombreuses.
Nous inviterons le lecteur à reconnaître dans son
expérience tout ce qu’il a pu rencontrer de semblable
dans les entreprises petites ou grandes, familiales ou nationales
mêmes. Il pourra aussi remarquer en négatif les
conséquences d’une absence à ce niveau.
La difficulté de ce rôle vient
notamment de l’implication profonde de la personne, autorité
repère pour les autres. Elle réclame un travail
de discernement incessant et une détermination en toutes
circonstances qui exige une grande maturité, une grande
responsabilité et qui ne va pas sans la capacité
d’assumer une grande solitude. Le recueillement et la présence
ne se satisfont pas de demie-mesures pour être garants
de la vocation permanente de l’entreprise. Ce rôle politique,
éminemment symbolique, ne se détermine pas par
une technicité, ni par des modèles artificiels,
mais par la volonté d’une personne. Cette volonté
cependant est acte d’autorité et de responsabilité
et non pas expression d’un arbitraire, d’un "fait du prince"
qui recherche à satisfaire tous ses désirs. Elle
est la conséquence d’une certaine maîtrise de soi
qui implique humilité et dignité.
La dimension économique.
Il s’agit de celle qui est souvent interprétée
comme activité de gestion ou de management.
Rappelons que le terme anglo-saxon management a pour origine
le français ménage. Le management, c’est en quelque
sorte tenir le ménage ou gérer les affaires de
la maison. Nous voilà bien dans cette dimension du gouvernement
de l’entreprise qui consiste à gérer son domaine,
c’est-à-dire encore son économie, l’état
des lieux et du patrimoine disponible pour l’existence de l’entreprise.
Gérer cette économie, consiste à rendre
compte à tout moment de ce patrimoine et le rendre disponible
à tous ceux qui ont à en tenir compte. La gestion
ne consiste donc pas à fabriquer quoi ce soit mais à
rendre compte. Différentes comptabilités y pourvoiront.
Pour comprendre plus avant cette dimension
économique du gouvernement de l’entreprise humaine, il
faut nous appesantir sur quelques notions majeures, sources de
confusion : celles de propriété, de patrimoine
et d’économie. C’est en effet la condition pour que l’on
comprenne en quoi consiste le domaine de l’entreprise et la mise
à disposition par le travail de gestion.
Propriété et patrimoine.
C’est une notion commune, souvent associée
à la possession des choses ou des gens ; mais examinons
la de plus près. Qu’est-ce qu’avoir la propriété
d’un bien par exemple d’une terre ? Habituellement la propriété
ne présuppose aucun usage particulier. Le propriétaire
d’une terre est sensé pouvoir en faire ce qu’il veut.
En fait, la propriété de cette terre n’est que
le signe de sa disponibilité. La logique de la possession
va elle plus loin puisque l’avoir se confond alors avec l’être
comme preuve de puissance résultant d’une disponibilité
inconditionnelle à son arbitraire. Ainsi l’avare ne fait
rien de son trésor mais jouit de le posséder, c’est-à-dire
de son pouvoir de possession. Celui-ci, d’ailleurs, s’exerce
par la preuve d’une exclusion de la jouissance d’autrui (propriété
privative). Cela suppose la présence permanente d’une
menace de dépossession, risque de mise en cause du signe
de puissance. La chose possédée, dans ce cas là
ne vaut pas pour elle-même dans la mesure où elle
est convertible en n’importe quel autre signe de disposition
équivalent.
Lorsqu’il s’agit de personnes matures ce
n’est pas la confusion pouvoir-puissance-propriété
qui prévaut mais la disposition effective en vue d’un
usage ou d’une finalité. Ainsi pour, l’entreprise humaine,
la propriété de son domaine est essentiellement
le signe reconnu de sa disposition et d’une disposition à
l’existence et au développement de l’entreprise. C’est
donc un signe de valeur dont l’évaluation ne peut se faire
que selon l’échelle de valeur qui découle de la
vocation propre de l’entreprise.
Son patrimoine est constitué d’objets,
de valeur reconnue par ceux qui en partagent le sens, le consensus
: les partenaires de l’entreprise et tous ceux avec lesquels
ces valeurs sont partageables (échangeables dans les relations
commerciales, par exemple). Elle le sont en tant qu’elles sont
reconnues comme telles et donc par des signes de valeurs significatifs.
Le patrimoine de l’entreprise est l’ensemble
des propriétés appropriées de son domaine,
c’est-à-dire les propriétés des acteurs
et facteurs de ce domaine, caractérisées par leur
valeur significatives pour l’entreprise et tous ses partenaires.
La gestion du patrimoine consiste donc à permettre la
connaissance de ces valeurs, c’est-à-dire des caractères
significatifs pour l’entreprise constituant son domaine.
Celui-ci est ainsi un patrimoine de valeurs
disponibles reconnues comme signes de disposition à valoir
dans l’exercice de la vocation de l’entreprise. Notons par exemple
que l’économie monétaire est bel et bien de plus
en plus un jeu de signes d’équivalences et non pas une
possession matérielle d’or ou de quelqu’autre métal
ou matière.
L’argent ne vaut que comme signe de disposition,
c’est-à-dire par le "crédit", c’est-à-dire
la crédibilité qu’il permet. L’argent est un signe
qui fait foi d’une disposition significative selon l’usage qui
en est fait. Il en est de même pour les valeurs personnelles
des acteurs, valeurs de compétences, de disponibilité.
Par ailleurs, les moyens de l’entreprise
ne valent pour elle que par la disposition spécifique
que l’entreprise peut en avoir. Ainsi il ne lui est pas nécessaire
de posséder quelques valeurs que ce soit pour s’y confondre
mais d’en avoir la disposition. C’est ce qui en fait expressément
la valeur.
Nous différencierons la "propriété"
comme possession des choses qui ne peut être que celle
de quelqu’un et la "propriété" comme
valeur significative, signe de disposition à l’usage de
l’entreprise, la seule qui contribue vraiment à son existence.
L’économie de l’entreprise
Il ne s’agit que de l’état des valeurs disponibles du
domaine de l’entreprise et des modifications de cet "état"
par le développement de celle-ci et l’évolution
significative de son environnement.
L’économie de l’entreprise est donc liée à
la connaissance de son domaine. Elle rend compte (comptabilise)
des signes de valeurs appropriés de ce domaine. C’est
l’enjeu même de la gestion ou de l’administration.
La gestion de l’entreprise est la dimension
économique de son gouvernement. Elle est un service (ministère
- qui fait partie de la racine du terme "administration")
et son rôle consiste à :
Prendre connaissance des signes de valeur
de son domaine, actuel et prospectif.
Les enregistrer ou prendre en compte (comptabiliser).
En rendre compte, c’est-à-dire en
rendre la connaissance disponible à tous ceux qui ont
à en disposer dans l’entreprise.
Des systèmes de gestion aident à
la maîtrise de la dimension économique. Ce sont
des moyens qui contribuent aux différentes tâches
d’administration qui ressortissent des activités ci-dessus.
Il s’agit en définitive pour la gestion :
D’élaborer les informations significatives
qui correspondent à la vocation de l’entreprise et qui
caractérisent, significativement pour elle, les demandes
des différents acteurs, collaborateurs, clients, administrations,
etc...
De collecter ces informations pour les
prendre en compte et les stocker.
De les traiter et mettre à disposition
des intéressés en fonction de leurs demandes.
La gestion consistera ainsi d’abord à
effectuer les analyses, évaluations et mesures qui permettent
à l’entreprise de connaître son domaine.
Il s’agira :
D’analyses de marché (clients, fournisseurs).
D’analyses conjoncturelles. D’évaluations du personnel.
D’analyses financières. D’évaluations économiques
de projets. D’études des moyens, D’évaluation des
ressources, etc.
Dans tous les cas, il s’agira de distinguer
les éléments significatifs et de les évaluer
qualitativement pour estimer leur valeur spécifique, eu
égard à la vocation de l’entreprise, puis de les
mesurer quantitativement pour connaître l’importance de
telle ou telle valeur qualitative disponible. Il faut insister
ici sur le fait qu’une mesure quantitative ne peut venir que
si on a évalué qualitativement ce que l’on mesure.
L’évaluer qualitativement, c’est en caractériser
la valeur spécifique commune, contribution à l’exercice
de sa vocation en vue du développement de l’entreprise.
C’est donc le caractère significatif,
selon le sens de l’entreprise qui qualifie l’élément
de valeur en question. Ce qui vaut par ailleurs mais n’a pas
de sens pour l’entreprise ne vaut rien pour elle, ses qualités
sont ici nulles et la quantité ne signifie rien.
Déjà on fera la différence
entre des ressources financières immédiatement
disponibles et celles dont le degré de liquidité
est plus faible. Ce sont des différences qualitatives
importantes comme celles qui par exemple font décompter
séparément les différents postes d’une comptabilité
classique. A ce sujet, on remarquera que si des normes comptables
sont plus ou moins respectées, chaque entreprise donne
un sens particulier à chaque compte pour rétablir
autant que possible la significativité de la comptabilité.
C’est malheureusement fort empirique et pourrait grandement être
amélioré. La difficulté des analyses qualitatives,
c’est qu’elles ne peuvent pas se faire dans l’absolu pour l’entreprise
mais relativement à son sens qui fonde son échelle
de valeur et de qualification propre. C’est vrai pour la demande
du marché, c’est vrai pour les ressources financières,
la trésorerie, c’est vrai aussi pour la qualification
des hommes.
La recherche et la prise en compte des
valeurs significatives ne peut se faire qu’à partir des
demandes particulières de ceux qui en ont l’usage. C’est
la condition pour que cela ait un sens pour eux et c’est par
l’écoute de ces demandes, éventuellement leur analyse,
que pourront se déterminer à la fois les outils
de gestion et les voies de leur évaluation.
La comptabilisation aura à enregistrer
les valeurs qualitatives et quantitatives de façon à
les rendre disponibles et significatives. On peut, à ce
propos, parler de banque d’informations où celles-ci ne
sont pas des données absolues mais des éléments
significatifs. Des traitements appropriés pourront aider
à les présenter sous forme d’états, de tableaux,
qui les rendent compréhensibles, c’est-à-dire sensé
pour les usagers.
Le service de la gestion aura en outre à aider chaque
secteur de l’entreprise à prendre connaissance des informations
de son domaine propre, c’est-à-dire à faciliter
sa compréhension.
La dimension économique du gouvernement de l’entreprise
s’exerce par le service de gestion et d’administration qui est,
au fond, un service d’information et de connaissance de la réalité
du domaine de l’entreprise et de son historique.
Elle porte à la fois sur le domaine global de l’entreprise,
l’ensemble de son univers, amis aussi sur chaque domaine particulier
des unités concourantes, centrées sur leur métier
spécifique pour composer le métier général.
C’est à la charge de chaque micro-entreprise d’assurer
cette dimension économique de son propre gouvernement,
aidée en cela par le service de gestion général,
garant de la significativité des informations pour l’entreprise
commune.
Cette analyse de la dimension économique de l’entreprise
montre comment sont abusives les conceptions de la gestion s’assortissant
de pouvoirs de contraintes. Les gestionnaire doivent être
plus des "journalistes" de l’information au quotidien
que des policiers des renseignements généraux ou
de la défense du territoire. Il ne sont pas responsables
de la constitution du domaine de l’entreprise mais de sa connaissance.
La dimension stratégique.
Il s’agit là de la conduite du développement de
l’entreprise. Cette conduite s’effectue en encadrant le déroulement
des réalisations par des jalons, des indicateurs, des
buts qui en canalisent le cheminement. L’ensemble logique du
parcours à suivre dont la traduction opérationnelle
se fera par le plan de développement.
Le plan de développement est le tracé de la route
à suivre, anticipant sur les péripéties
du voyage ; la stratégie est l’ensemble des principes logiques
qui conduisent au choix de cette route et à la manière
d’en suivre le parcours.
La conduite stratégique du développement de l’entreprise
doit tout d’abord prendre en compte qu’elle ne consiste pas à
programmer le développement mais à le canaliser,
à le conduire. Celui qui conduit une automobile n’en est
pas le moteur, il intervient pour déterminer la route
et agir simplement aux carrefours, aux moments significatifs,
pour influencer vitesse et trajectoire.
Le développement de l’entreprise n’est pas produit par
la stratégie, ses plans ou sa conduite. Il est la résultante
de la conjonction des dimensions politiques et économiques
qui potentialise et mobilise le dynamisme moteur qui se traduira
ensuite en développement.
Ainsi la maîtrise stratégique du développement
de l’entreprise va consister à définir et piloter
les projets de développement particuliers en les intégrant
de façon à ce qu’ils concourent à la poursuite
d’un développement général continu, selon
sa vocation propre et en fonction des diverses conditions qui
sont les siennes.
La conduite stratégique de l’entreprise doit donc s’appuyer
et se référer aux dimensions politiques et économiques
de son gouvernement. Celui qui assume ce rôle de conduite
stratégique, canalise l’actualisation d’un développement
endogène qui ne peut être que celui, en propre de
l’entreprise. Il ne peut pas, en effet, être fabriqué
de l’extérieur, en plaquant de façon artificielle
des modèles de développement tous faits ou ceux
d’autres entreprises.
C’est particulièrement vrai pour
les entreprises de développement régional ou national
où, malheureusement, c’est souvent l’inverse qui est tenté
malgré la multitude des échecs enregistrés
et les aliénations résultantes.
La conduite de l’entreprise ne peut qu’aller avec l’acceptation
du développement dont les racines dépendent d’autres
dimensions de gouvernement. Par contre, elle a la charge de concevoir
ses propres stratégies. Une stratégie est toujours
originale et ce, doublement, d’une part à partir de la
vocation singulière de l’entreprise et ensuite des conditions
spécifiques du domaine qui lui est propre. Cependant,
pour des projets similaires et si les conditions sont équivalentes,
la stratégie deviendra méthodologie.
La conduite stratégique de l’entreprise est aussi une
des dimensions de son gouvernement et celui de chaque projet.
La conduite de projet est donc assimilable à cette dimension
là.
Examinons maintenant de façon plus approfondie le rôle
et l’activité inhérente à la maîtrise
du développement.
Tout d’abord elle réclame une "vision", historique
et prospective, de la situation actuelle, du développement
en cours. Il faudra pour cela établir des diagnostics,
caractérisés par la mise en perspective des choses,
c’est-à-dire leur contribution au développement
et à l’évolution de l’entreprise. Ce diagnostic
vaut pour préparer de nouveaux projets mais aussi pour
les projets en cours de réalisation. C’est un contrôle
explicatif de la marche de l’entreprise. Il peut faire appel
à la gestion économique mais son mode d’analyse
est spécifique. Il est lié au rapport entre l’antériorité
et le futur. C’est la compréhension rationnelle du présent
qui doit être ainsi abordée comme articulation du
passé et de l’avenir.
Ce type de diagnostic implique non seulement la vue rétrospective
mais aussi la vue prospective.
La prospective ne consiste pas à prévoir le futur
mais à anticiper, dans le sens de la finalité de
l’entreprise, les termes de son développement. La prospective
établira notamment des scénarios, figurant le possible,
qui serviront à comprendre le présent et surtout
à envisager des stratégies de développement.
Il ne s’agit pas de prévision, ni de prédiction
mais de projection de l’histoire et du développement de
l’entreprise à terme, pour mieux envisager les réalisations
et les buts possibles.
En second lieu ce type de diagnostic, disons perspectiviste rétro
et prospectif, donnera lieu a une intégration de la vision
sous la forme d’un projet de développement. Il faudra
aussi l’exprimer en termes de principes stratégiques,
de scénario de principe ou de schéma directeur,
selon le cas. Il s’agit là, d’un travail de conception
intégratif qui demande une créativité véritable
alliant l’imagination et la rationalisation la plus rigoureuse.
Le projet doit prolonger effectivement la situation réelle
de l’entreprise et ne pas s’y trouver greffé artificiellement.
Ceci est valable aussi bien pour les petits que pour les grands
projets.
Un projet nouveau, une stratégie, ne viennent pas annuler
et remplacer ce qui existe. En fait, le développement
est toujours déjà en marche et il ne s’agit que
de l’actualiser. Ce serait une erreur de penser que le développement
se fait en tranches successives au rythme des plans, découpés
sans continuité. En fait, l’entreprise ne peut avoir qu’un
plan de développement général, comprenant
éventuellement des plans sectoriels et partiels. Le plan
de développement préfigure les étapes et
les réalisations envisagées dans le temps et dans
l’ordre du cheminement prévu. Le plan prévoit aussi
des prises de décisions et en particulier sait prévoir
des remises en questions possibles à des moments d’articulation
particuliers.
Tous les projets et stratégies conçus viennent
actualiser ce plan général de développement,
le réviser, soit périodiquement pour la période
suivante (plan glissant), soit ponctuellement à l’occasion
de la préparation du lancement de nouveaux projets non
prévus (révisions).
Enfin, pour aborder la conduite proprement dite, il faudra tirer
du plan les indications particulières à donner
à ceux qui ont à le suivre ou à s’y référer.
Ces indications doivent être significatives pour chacun
de leurs destinataires afin qu’ils puissent situer leur propre
démarche dans le cadre général du développement.
Tout le monde ne peut pas tout connaître du développement
général. Il faut en fait pour chacun les indications
nécessaires et suffisantes pour en comprendre la marche
générale et s’y situer. C’est tout le travail de
terrain de la conduite de développement et de projet que
de fournir et vérifier la compréhension des indications
de mise en oeuvre aussi bien intellectuellement que pratiquement.
Il faut enfin préciser qu’un plan n’est pas un programme.
Il est un guide pour canaliser le développement, pour
le conduire et n’est pas une loi impérative. Etablir des
plans de développement ambitieux ou modestes risque de
ne pas changer grand chose à la réalité.
Etablir un plan juste, stratégiquement pertinent, permettra
un meilleur pilotage, même si la réalité
se trouve, au bout du compte, quelque peu différente de
ce qui avait été envisagé. L’art de la conduite
consiste à faire le meilleur travail de conception et
de planification possible et sans cesse imprévu dans ce
cadre, jusqu’à le remettre en question en tant que de
besoin.
Le développement qu’il s’agit de conduire n’est pas le
résultat de la conduite. Celle-ci ne permet que de l’optimiser
en lui faisant suivre des voies appropriées et en lui
évitant les impasses.
Le contenu du plan de développement, en retour, implique
toutes les dimensions de l’entreprise qui contribuent à
sa mise en oeuvre.
Direction générale, administration du domaine,
conduite du développement peuvent être assumées
par un seul homme en trois rôles très différents,
la carence de l’un obère l’avenir de l’entreprise.
Pour les entreprises d’une certaine importance, il faudra au
moins trois responsables, eux-mêmes aidés par les
équipes et les relais nécessaires. Cela peut constituer
à chaque fois une mini-entreprise, concourante à
l’activité et donc au gouvernement général
de l’entreprise commune.
On pourra, sur ces bases, construire des systèmes ternaires
de gouvernement fondés sur ces trois dimensions. On pourra
aussi procéder à l’analyse des gouvernements en
place, dans toutes sortes d’entreprises pour comprendre la nature
de leur maîtrise ou de leurs carences et ce qui pourrait
opportunément les renforcer par l’intégration et
surtout la différenciation des trois dimensions politiques,
économiques et stratégiques.
TROIS COMPOSANTES CONSTITUTIVES
Ces trois composantes sont aussi celles de l’activité
de l’entreprise, ce sont :
L’animation des dynamiques relationnelles.
La communication des expressions représentatives.
La coordination des activités productrices.
En fait, ces trois plans découlent
des trois dimensions premières de son gouvernement. Cependant,
il est bon de les considérer aussi comme des activités
spécifiques qui méritent d’être maîtrisées.
L’animation des dynamiques relationnelles.
Il s’agit là de la maîtrise du phénomène
social et culturel que constitue toute entreprise dont il faut
catalyser la dynamisation en vue d’un engagement partagé.
La vie de l’entreprise est faite d’un tissu de relations entre
les personnes, entre les groupes et, on l’a vu, c’est là
que se joue le dynamisme de l’entreprise, c’est la source de
sa vitalité. La pauvreté des relations entraîne
l’apathie mais des relations mal orientées peuvent entraîner
un dynamisme parasite ou même une agitation vaine.
Nous sommes là sur le terrain du vécu, du sensible
et il faut bien le dire peu de responsables d’entreprises ont
été préparés à cela ce qui
explique la naïveté, l’ignorance ou le simplisme
du traitement de ces questions que l’on rencontre souvent.
Nous allons dégager ici quelques principes essentiels
du gouvernement de l’entreprise sur ce plan de l’animation, principes
dont les applications sont extrêmement nombreuses autant
que la multitude des relations.
Tout d’abord, ce qu’il s’agit d’animer et d’entretenir, c’est
la dynamisation du tissu social de l’entreprise, dynamisation
qui vise un engagement participatif des partenaires. Il faut
évoquer ici des exemples caractéristiques des différents
modes de participation :
La coopération qui est engagement
dans le travail commun et qui suppose une motivation collective
et la participation de chacun.
La réception et l’accueil qui permettent
les rencontres et l’ouverture à de nouveaux partenaires
comme à ceux qui sont déjà là. Prendre
en compte la présence des uns et des autres est aussi
un mode de participation à la vie de l’entreprise. Il
réclame une empathie des uns vis-à-vis des autres
et une écoute réceptive.
Le commerce qui consiste à établir
des relations engageantes à partir desquelles des réalisations
et des concrétisations seront possibles et un parcours
mutuel poursuivi. C’est le cas pour ce que l’on appelle habituellement
"relations commerciales", avec clients ou fournisseurs,
lorsqu’il s’agit de les engager dans la durée. C’est aussi
le cas chaque fois qu’un groupe aura à partager un projet
ou lorsque quelqu’un aura à s’inscrire durablement dans
une relation suivie. Il faut, à chaque fois, une participation
qui soit partage d’un engagement durable.
La négociation, personnelle ou collective
vise, elle, à établir les termes formels d’un engagement.
Son caractère diplomatique vise bien à établir
les règles d’une participation future à un échange,
réalisation d’un contrat, ou à des règles
communes et conventions collectives.
La participation aux décisions et
l’entente sur celles-ci et sur l’autorité des uns et des
autres. Les autorités personnelles s’interpellent et se
confortent l’une l’autre dans leurs responsabilités réciproques.
Cela suppose aussi un concernement des uns par les autres relatif
aux responsabilités partagées et différenciées.
Enfin, le partage de la vie collective,
de son vécu, son ambiance, ses sensibilités, ses
valeurs culturelles propres est aussi un mode de participation
qui se joue particulièrement pour l’intégration
des partenaires à la communauté d’entreprise, lors
de recrutements par exemple. Il se joue aussi pour l’intégration
de la diversité des sensibilités, la diversité
des groupes et même des cultures. Cela nécessitera
souvent un travail de conciliation qui respecte les différences
en les rassemblant autour d’une même dynamique et des valeurs
communes.
C’est tout cet ensemble qui noue l’engagement
participatif de la communauté d’entreprise et en constitue
l’âme dynamique et la vitalité. Cela implique, bien
sûr, que ce dynamisme soit bien orienté dans le
sens de la vocation de l’entreprise et centré sur un domaine.
Ce qui permet à tout ce tissu relationnel de générer
le dynamisme collectif, c’est la nature spécifique des
relations engagées. En effet, une société
est toujours constituée de relations mais ces relations
n’en font pas forcément une société engagée,
c’est-à-dire une entreprise, et encore moins une "société
d’entreprises".
L’affectation de chacun dans un dynamisme participatif réclame
un certain type de relations : des relations d’appréciation
mutuelles entre personnes et entre groupes, dans un même
contexte appréciable, celui de l’entreprise.
Dans cette optique les relations consistent en un partage de
sens (constitution et activation du consensus) par la médiation
d’une reconnaissance mutuelle éprouvée affectivement
et sensiblement.
Les relations d’appréciation mutuelle permettent à
chacun de se situer d’une façon valable, valorisée
par rapport aux valeurs communes de l’entreprise et vis-à-vis
des autres. Chacun ainsi, peut se sentir concerné dans
sa participation propre, concerné par celle des autres
et par les fruits collectifs de cette participation.
Ces relations d’appréciation mutuelle véritablement
éprouvée, sont valables pour tous les cas cités
plus haut. Elle sont la base qui rend ces relations fécondes
et qui mobilise et engage le plus authentiquement les partenaires.
Il faut cependant préciser les ressorts de la motivation
et de la mobilisation des personnes dans une communauté
de travail. Elles résultent toujours d’une reconnaissance
des valeurs et qualités personnelles, non de façon
intrinsèque mais de façon différentielle,
les unes par rapport aux autres et, simultanément, en
rapport aux valeurs et qualités de l’oeuvre commune réalisée.
Confirmons cela par la négative. S’il n’y a pas reconnaissance
vraie, c’est-à-dire juste, il y a, on le sait, démotivation.
Si l’attention est centrée sur la chasse aux défauts
on instaure un régime de méfiance, de suspicion,
de culpabilité et de dévalorisation personnelle.
Ce n’est pas du tout la même chose de considérer
le bien, la qualité comme l’absence de mal ou de défaut
ou le défaut comme un manque de qualité, un bien
qui fait défaut.
C’est tout un esprit dont l’alternative est encore une espérance
dans les valeurs humaines et leur exaltation ou bien, au contraire,
un mépris qui tient l’homme en suspicion sous le règne
de la fatalité et de la nécessité matérialiste.
L’un est mobilisateur, l’autre immobilisateur, paralysant et
pathogène. Il serait utile d’examiner sous cet angle les
problèmes d’absentéisme.
Si, en outre, les qualités et valeurs ne sont pas considérées
dans leur différence relative, il n’y aura pas possibilité,
pour les personnes, de se situer mutuellement et de mettre en
relation leurs valeurs et qualités. Cela débouche
sur une société d’individualisme et de cloisonnements.
Les valeurs et qualités ne sont plus aperçues comme
relatives et relationnelles mais comme absolues et intrinsèques,
indépendantes de leur investissement réel. Enfin,
si on ne peut apprécier les qualités et valeurs
du fruit commun de la participation, il n’y a pas d’évaluation
possible ni de mobilisation dans un dynamisme commun. On aura
à la place une société de narcissisme mutuel
où chacun se mobilise autour du jeu relationnel qui n’est
plus collectivement fructueux.
Ce sont donc tous les termes de la définition de principe
qui sont importants et relatifs les uns aux autres.
Il nous faut examiner comment l’animation de ce dynamisme relationnel
peut s’effectuer pour contribuer au gouvernement de l’entreprise.
On pourrait parler à ce propos de gouvernement participatif
de l’entreprise pour désigner cette dimension du gouvernement
général. Le terme de "management participatif"
nous semble mal approprié. Animer et gérer sont
deux choses très différentes qui ne réclament
ni les mêmes compétences, ni les mêmes méthodes.
On peut comprendre comme cela le caractère décevant
de nombreuses tentatives engagées sous ces termes.
L’animation vise donc à mettre du "coeur à
l’ouvrage". Tout d’abord, il y a lieu de distinguer qualités
et valeurs particulières et de les mettre en évidence.
Il est de fait que beaucoup ignorent leurs propres qualités.
Il faudra pour cela que l’animateur aide à en prendre
conscience, on pourrait dire même à les "mettre
en valeur". Dans chaque micro-entreprise, la palette des
qualités humaines est déjà repérable
dans l’excellence manifestée d’une façon privilégiée
dans l’une ou l’autre dimension du cohérenciel :
Qualités d’autorité et de
détermination.
Qualités d’analyse, d’attention,
d’ojectivation, de rigueur, de pondération.
Qualités de synthèse, d’intégration,
de vision en perspective, de stratégie et de méthode.
Qualités de sensibilité,
relationnelles, affectives.
Qualités d’expression, de communication.
Qualité d’habileté, de précision,
d’organisation.
Il est important, déjà, de
pouvoir distinguer et nommer les qualités manifestées
et pour cela toute une pédagogie peut être nécessaire
pour apprendre à qualifier la valeur de la participation
des unes et des autres.
Ainsi, dans une relation commerciale, ce sont les partenaires
qui sont appelés à se reconnaître mutuellement
dans leurs qualités propres, qualités qui forment
le respect mutuel mais aussi qui s’affectent à l’objet
éventuel de la transaction.
Qu’est-ce qui fait apprécier un produit sinon le fait
que l’acheteur et le vendeur se retrouvent, se ressentent en
harmonie autour de ses qualités et valeurs qui font écho
aux leurs dans la relation. Un homme précis aimera la
précision, un homme sensible appréciera les nuances,
un homme habile appréciera la performance, etc...
Apprendre à reconnaître les qualités et valeurs
des gens et des choses, dans lesquelles ils se retrouvent, est
tout un travail d’éducation permanente à faire
dans l’entreprise, éducation du goût, de la sensibilité.
Des cadres japonais étudient l’art floral, ce n’est pas
vain.
Une fois les qualités et valeurs distinguées, elles
doivent être ensuite appréciées, goûtées,
évaluées. L’animation consistera ici à faire
éprouver par l’expérience sensible ces qualités.
A chaque occasion l’exercice des qualités personnelles
peut être donné à apprécier par les
uns et les autres au travers des réalisations et des activités.
L’activité et ses produits devront être donnés
à apprécier pour en ressentir la valeur. Cette
appréciation permettra à chacun de retrouver sa
contribution et à tous d’apprécier la participation spécifique de chacun. L’ignorance ou l’absence d’appréciation
ne permet pas de se situer et se traduit par une indifférence
affective qui est manifestée d’une désimplication
ou d’une absence de motivation réelle.
Il faudra, en outre, montrer comment les qualités mises
en oeuvre dans telle ou telle activité, dans tel ou tel
résultat ont concouru à la valeur de ceux-ci. Cette
appréciation de la contribution de chacun à partir
de ses qualités propres, aux qualités et valeurs
collectivement produites permettra de mesurer sa véritable
valeur pour l’entreprise.
Le lien est ainsi établi entre les
valeurs personnelles et les valeurs collectives. C’est comme
cela que se fait l’intégration culturelle de la communauté
d’entreprise. On pourrait dire ainsi que les fleurs justifient
la valeur du bouquet mais qu’aussi le bouquet justifie la valeur
des fleurs. Le concert des qualités exercées produit
une oeuvre dont les qualités sont collectives et, en retour,
valorisent celles qui y ont été investies mais
aussi leur mariage, leur participation harmonieuse.
Enfin, pour conclure ce chemin de l’animation par l’appréciation
mutuelle des valeurs particulières et communes, il reste
à leur donner un prix. A en reconnaître ainsi la
mesure, il faudra disposer de signes de valeurs.
Traditionnellement on conçoit dans les entreprises l’intérêt
de tels signes de reconnaissance : rémunérations,
primes, titres, bénéfices, avantages, honneurs,
etc..
L’important ici est que le signe doit être significatif
de la valeur appréciée qu’il en marque le prix,
à la fois pour chacun et pour tous. Mais cette mesure,
selon la nature du signe de reconnaissance, ne sera possible
et juste qu’en fonction de ce qui précède et de
tout le travail d’appréciation préalable.
Il en va ainsi pour le prix dans une transaction commerciale
mais aussi pour la rémunération de la contribution
de chacun et pour toutes les manifestations, équivalentes
de la mesure de ce qui est appréciable. Il importe, au
bout du compte, que se trouvent confirmés en écho
les investissements personnels des partenaires dans la mesure
de leur contribution effective aux valeurs produites en commun.
Nous retrouvons ici l’importance de la valeur des réalisations
de l’entreprise, à partir de sa vocation et dans son environnement.
C’est cette valeur qui permettra la potentialisation du dynamisme
de l’entreprise par le fait que sa mesure va servir d’étalon
à la mesure des contributions particulières.
Le concernement et la participation des partenaires ne peuvent
se faire simplement en référence à un fonctionnement
d’entreprise mais aux valeurs réalisées par celle-ci.
La coupure entre les fruits de l’entreprise et la mesure de l’appréciation
des contributions spécifiques est de nature à détourner
le consensus de la vocation de l’entreprise.
La communication.
Une entreprise vivante se communique pour intéresser les
différents publics, partenaires actuels ou potentiels.
C’est comme cela qu’elle trouve son identité et qu’elle
est identifiée par tous.
Habituellement la publicité, quelques documentations,
quelques présentations ou manifestations s’adressent à
divers publics sans que le souci général de l’identité
de l’entreprise soit vraiment maîtrisé. Pour cette
dimension du gouvernement de l’entreprise, il y a lieu de mettre
en question un certain nombre d’idées et de pratiques.
En effet, la communication de l’entreprise vise sa propre identification
pour intéresser ses partenaires, collaborateurs, clients,
etc... à son existence réelle, c’est-à-dire,
au fond, à les inciter à participer à une
concourance avec elle ou l’intensifier. Pour cela, elle doit
engager une démarche authentique d’expression de ses projets,
promesses et espérances, ouverte vers différents
publics. Il s’agit donc d’une ouverture sur le monde à
partir d’une expression vraie, authentique de ses propres perspectives.
Ce plan du cohérenciel représente la projection
de la vocation traduite en perspectives de développement.
Or, pour tout ce qui concerne l’identité de l’entreprise
et son image, règne trop souvent le faux semblant. Elles
sont conçues comme une sorte de vêtement fabriqué,
un masque, un habit qui tout d’un coup ferait le moine auprès
d’un public naïf. Il ne suffit pas de se fabriquer une image
pour en avoir une, véritablement. La volonté de
séduire conduit à fabriquer des leurres pour capter
et non pas susciter l’intérêt. Le public séduit
est rejeté après usage ou rejette lorsqu’il s’est
vu prendre.
Si l’efficacité immédiate de la captation est importante,
à terme elle épuise toute la crédibilité
de l’entreprise, y compris pour ses propres membres que l’on
oublie trop souvent. L’entreprise captatrice est condamnée
au leurre et à la tromperie permanente qui devient vite
une condition de survie. La défiance est la caractéristique
des relations qu’elle instaure en son sein et à l’extérieur.
Sur un autre plan, celui des projets, promesses et espérances,
on peut attendre d’une société d’entreprises civilisées,
d’être moins archaïque, infantile ou adolescente que
le sont la plupart des communications d’entreprises actuelles.
Les unes disent entre les lignes ou sans complexe : "Nous
sommes les plus puissants, sinon tout puissant, nous sommes parfaits,
rien ne nous résiste...". D’autres disent : "Tout
est facile, profitez-en, ne soyez pas de ceux qui vivent tristement".
D’autres enfin vantent l’exploit idéal : "il est
bon d’être le premier, d’être gagnant, d’être
le meilleur". Tout cela, derrière les messages apparents,
est relativement facile à lire si on s’attache au sens
de ce qu’ils veulent nous dire.
Ce sont toujours des fables et si l’homme majeur est un homme
d’imagination, il n’est pas un homme d’affabulation.
Ainsi l’entreprise qui veut maîtriser sa communication
a une première précaution à prendre : ne
pas en confier le soin et surtout celui d’en donner le sens aux
fabriquants d’images toutes faites en prêt à porter
et surtout si on les voit manifester aux-mêmes comportements
infantiles ou immatures.
La communication de l’entreprise, tout d’abord, doit venir en
lieux et temps opportuns lorsque l’entreprise entreprend un nouveau
projet dont elle peut annoncer le lancement et la réalisation.
Pour que cette communication soit identificatoire, il importe
qu’elle soit le fait de quelqu’un d’identifiable. C’est l’entreprise
qui parle ou plutôt quelqu’un qui la représente.
Il parle d’un lieu qui est l’entreprise elle-même et non
pas quelque plage exotique.
Dans toute communication, celui qui parle a à dire son
nom, à se situer, sinon on ne saura pas de quels cieux
le message tombe et sa signification ne saurait être rapportée
à son auteur. Dans de nombreuses publicités, l’auteur
semble bien plutôt être l’agence de publicité
que l’annonceur avec les conséquences que l’on devine.
Ensuite, la communication doit être authentique, juste
et mesurée. C’est la condition de sa crédibilité
lorsqu’elle parle vrai, non pas, là encore, d’une authenticité
fabriquée, exhibitionniste, débordante, mais contenue,
policée même.
Ce respect de soi-même, de la réalité actuelle
de l’entreprise, de là où elle en est, de tel ou
tel projet, de telle ou telle espérance est aussi ce qui
fonde le respect des interlocuteurs. Ainsi, le lancement d’un
nouveau projet se fera plus discrètement que l’approche
de sa réalisation.
L’expression authentique d’un auteur localisable réclame
encore des moyens de communication, des médiations. Là
encore, quitte à y être aidée, l’entreprise
aura intérêt à utiliser les média
appropriés, c’est-à-dire d’abord ses propres moyens
d’expression et aussi ceux qui conviennent aux publics et à
la situation de communication.
Cela ne veut pas dire que l’entreprise possède ces moyens
mais qu’elle en dispose, en faisant appel à des concourances
appropriées par exemple, qui reprendront et médiatiseront
son message. Cependant, celui-ci doit s’exprimer d’abord dans
son langage propre avant d’être éventuellement traduit
dans d’autres langages de communication.
Enfin, la communication si elle est authentique, si elle est
faite en situation ne peut être une simple information,
elle est l’expression d’un vécu, d’une activité,
et, on l’a vu, d’une espérance, réclamant une ouverture
et une créativité vraie qui rende le message actif
ou plutôt activateur, significatif de la vitalité
vécue par l’entreprise.
C’est bien à une activation des interlocuteurs, des publics
auxquels elle s’adresse, que vise la communication. Elle cherche
à susciter leur attention, leur intérêt,
à leur faire partager une perspective, à les interpeller.
C’est en fait, un appel à la concourance.
Son aboutissement, c’est le contact établi, le retour
qui confirme l’identification du message et de sa source. C’est
l’ouverture à des relations possibles, commerciales, coopératives
ou autres.
Ainsi l’identité, l’image de l’entreprise, ne se fabriquent
pas. Elles s’expriment ou plutôt elles sont son expression
lorsque celle-ci est authentique, c’est-à-dire qu’elle
révèle ce qui s’exprime, interpellant les interlocuteurs
dans leur vérité propre pour conduire à
une relation véritable.
Cette identité ne peut venir que de l’expression opportune
de la vocation de l’entreprise, projetée dans ses buts,
ses espérances de développement, ses réalisations
et ses projets.
Cependant, la réalité de l’entreprise est faite
de multiples entreprises concourantes (départements, services...)
dont le gouvernement passe aussi par la maîtrise de la
communication. L’identité générale de l’entreprise
est composée par le concert des expressions particulières
formant une image collective.
Ainsi, la communication de l’entreprise est à la charge
de tout un chacun qui se doit d’exprimer ses projets et espérances,
ses promesses, à différents publics dont ceux de
l’entreprise elle-même. Cela fait partie de la responsabilité
du gouvernement propre de chacun.
En outre, les entreprises, en tant qu’elles sont collectives,
ont aussi à communiquer une expression d’ensemble, et
l’entreprise à trouver sa propre identité. C’est
évidemment le consensus qui fait l’unité de l’identité
globale mais une unité faite de variété
et de différences, manifestant la multiplicité
des entreprises concourantes, des situations, des projets et
des promesses.
La communication est ouverture au monde et elle réclame
une démarche vers les autres, en tant, bien sûr,
qu’ils sont concernés potentiellement par les projets
de l’entreprise et de chaque micro-entreprise. C’est la fenêtre
par laquelle on accède à l’entreprise et par laquelle
celle-ci provoque l’attention, l’écoute et l’intérêt
de ses publics.
Le gouvernement d’une entreprise qui négligerait de prendre
en compte cette communication, au rythme même de sa vie,
la laisserait dans un incognito propice à sa disparition.
La coordination de la production
L’activité productive, comme l’activité relationnelle
et communicative, constitue la substance de l’entreprise. Son
gouvernement est, là aussi, assuré par chacun,
en tant que responsable de sa propre entreprise dans l’entreprise.
L’ouvrier qui maîtrise son travail gouverne ainsi son activité.
Là comme ailleurs, on conçoit que la maîtrise
de chacun dépasse sa propre activité et couvre
aussi son intégration à celle des autres et avec
toute la communauté de travail. Les différentes
dimensions du gouvernement de l’entreprise concourent à
cela au niveau général et au niveau particulier
de chaque responsable. C’est la coordination du travail qui assure
l’intégration.
Tout d’abord la maîtrise professionnelle consiste à
coordonner matériaux, moyens, opérations, contrôle,
etc... La compétence réclame la coordination du
travail propre avec ce qui l’environne dans un processus de production,
à l’amont et à l’aval.
Insistons sur cette notion de compétence qui ne se limite
pas à la maîtrise d’un art et d’une technique mais
implique celle de sa mise en oeuvre dans les conditions spécifiques
d’une organisation de travail donnée.
Ainsi, en tant que milieu particulier et qui plus est milieu
culturel, l’entreprise cultive ses propres compétences
qui ne sont pas équivalentes à celles d’autres
entreprises. Ces compétences ne peuvent donc s’acquérir
que sur le terrain, même si elles sont préparées
par un savoir-faire plus général.
La question du travail et de la production est une question délicate
dans la perspective d’une entreprise humaine et civilisée.
En effet, il faut se débarrasser de conceptions et d’usages,
devenus pour certains des évidences incontournables.
Deux conceptions sont à éviter. Tout d’abord celle
où il y a confusion entre le travail au sens mécanique
du terme et le travail humain. Ce n’est pas l’exercice d’un force
exercée sur un matériau qui constitue la quintessence
du travail, qu’il s’agisse de force physique ou de force électromagnétique
ou pourquoi pas mentale.
La conception du travail autour du modèle action-réaction
est à l’origine de toutes les oppressions. L’homme réduit
au statut de producteur de force ou au mieux comme servant des
machines ou appareils à produire des forces, est un homme
à soumettre à des pressions, intériorisées
ou extériorisées. Nous renverrons simplement le
lecteur à tous les moyens de pressions que l’histoire
nous a légués : angoisse, culpabilité, peur
de perdre la vie, avidité, corruption, contraintes et
menaces et enfin atomisation des tâches. Le taylorisme
et le néo-taylorisme en sont les avatars modernes. Le
salut de l’homme robotisé est alors de s’en débarrasser
par la robotisation à moins que des masses d’hommes puissent
être louées à ceux qui n’ont pas trop de
scrupules à les exploiter, dans les pays dont les régimes
ont les moyens de pressions suffisants (le fameux partage international
du travail).
Tout cela s’allie, il est vrai, avec une notion du travail conçu
comme punition et même acte contre nature dont il faut
à tout prix se débarrasser. C’est ignorer que par
le travail, même pénible, il arrive à l’homme
de s’accomplir en s’y éprouvant. La pénibilité
est surtout fonction de deux facteurs : l’excès imposé
par rapport aux possibilités humaines, heureusement accrues
par les techniques, et par ailleurs, le mépris de l’homme
et du travail qui les déqualifient l’un et l’autre ce
qui est très exactement le sens d’une condamnation.
Le même travail pris en sens inverse, celui d’une qualification
de l’homme et de sa production, perd sa pénibilité.
Ne voit-on pas des gens contents de travailler beaucoup et même
dur lorsque cela a un sens pour eux et d’autres mécontents
et fatigués par quelques tâches infiniment moindres
mais sans signification. La fatigue, l’absentéisme ou
la maladie sont alors signes d’un véritable épuisement,
lié un conflit intérieur, souvent inconscient,
entre une aspiration à la dignité humaine et une
aliénation qui passe pour nécessaire. Ce genre
de contre-sens est pathogène.
Une autre conception du travail est à éviter. C’est
celle qui repose sur l’idée que ce sont les moyens, les
méthodes, les techniques qui produisent. L’homme est alors
le médiateur de ses techniques, méthodes et autres
modes opératoires.
Il n’y a plus de travail personnel, mais un fonctionnement impersonnel.
Tout l’investissement se fait dans les moyens, à l’homme
de s’y conformer. La croyance dans les recettes, dans les méthodes
qui marchent toutes seules, invite l’homme à retirer sa
responsabilité et à la confier à celui qui
en sait plus sur les méthodes et celui-ci à un
autre encore mieux formé ou informé. Il n’y a plus
que des spécialistes exécutants, quelque soit leur
niveau. On est passé d’un travail déshumanisé
a un travail impersonnel. Il n’y a plus là de maîtrise
professionnelle, ni de responsabilité personnelle d’entrepreneur...
de son travail.
Venons en à la conception qui convient
à l’entreprise humaine dont le travail peut être
gouverné.
Le travail est avant tout formateur des hommes et des choses
par les hommes. Il consiste toujours à passer d’un principe
intelligible, à sa traduction dans une forme, éventuellement
matérielle, à partir de matériaux et à
l’aide d’instruments et de moyens appropriés le cas échéant.
Seul l’homme est capable de passer d’un principe d’ordre évidemment
humain, signification de ce qu’il veut produire, à sa
réalisation. C’est ce cheminement qui constitue le travail,
cheminement humain donc travail humain. En travaillant ainsi
l’homme acquiert la maîtrise de ce passage du principe
à sa réalisation concrète. Il maîtrise
de mieux en mieux son incarnation, les conditions de son existence
personnelle et l’exercice de cette maîtrise lui permettent
d’offrir le résultat de son travail en contribution à
une oeuvre collective ou simplement au bénéfice
de celui qui en a besoin.
Le travail consiste ainsi à s’y mettre, humainement parlant.
Cela veut dire, bien sûr, s’impliquer, selon le cas, physiquement,
mentalement, affectivement, mais, bien au-delà, y mettre
son sens, y mettre son être.
Le travail est une actualisation de soi, de son potentiel d’être
que l’on fait ainsi exister en confrontation avec les conditions
du monde sur lesquels il y a à travailler. On pourrait
montrer qu’il y a là travail de conversion, exercice d’une
vocation personnelle qui s’exerce en faisant "profession
de soi".
Ainsi la qualité du produit réalisé exprime
la qualité du travail humain et la qualité de l’homme.
Inversement en qualifiant ainsi son travail et son produit l’homme
se qualifie lui-même. En formant ou transformant les choses,
ce qui est son travail, il se forme et se transforme lui-même.
Lorsque, au niveau concret, le travail est réalisation
maîtrisée d’un produit, au niveau humain le travail
est développement de la maîtrise de soi, perfectionnement
de la compétence personnelle et donc de la faculté
d’exercer un travail mieux maîtrisé.
Examinons le processus de formation dont la maîtrise est
au niveau de chacun et au niveau de l’entreprise, gouvernement
même de l’activité productrice.
Préparation du travail.
Il est tout d’abord utile d’analyser avec précision le
résultat à atteindre pour en déduire le
mode opératoire, décomposé, non pas en tâche
élémentaires comme on le dit souvent, mais en unités
de travail maîtrisables en fonction des compétences
et qualifications des hommes et des moyens dont ils disposent.
Effectuation du travail.
Il s’agit de rassembler et d’articuler moyens et matériaux
et de coordonner le travail des hommes (et le sien propre). C’est
par l’organisation des choses en correspondance avec le projet
à réaliser que l’homme, s’y appliquant, forme son
ouvrage, passant du principe (intérieur) à la formation
organisée et coordonnée de son produit (extérieur).
Ceci vaut pour le travail de chacun mais aussi pour le travail
du groupe, par celui qui en a la maîtrise globale. Ainsi
le travail du chef d’équipe par exemple complète
et articule le travail propre de chaque personne. Le travail
d’équipe n’est pas la somme des travaux individuels mais
un travail en plus.
Bilan du travail.
Achevé, le travail doit être évalué,
tant dans ses résultats, procédés et moyens
et ce, en fonction d’une échelle de valeur qui ne peut
être que celle de l’entreprise, en fonction de critères
économiques qui sont aussi les siens et en fonction d’un
cadre directeur qui découle de ses projets. L’évaluation
est mesure de la valeur mais vise spécifiquement, non
pas simplement à vérifier la conformité
à quelque norme, mais à comprendre comment cette
valeur peut être améliorée ainsi que la maîtrise
et la qualification des hommes et de l’entreprise.
Enrichissement par le travail.
L’expérience accomplie dans tout travail doit faire l’objet
d’une transmission et d’une intégration pour que les enseignements
bénéficient à chacun et à l’entreprise
en général. C’est ainsi que se renforce le capital
de compétence et de maîtrise de l’entreprise et
de ceux qui y concourent.
Cette capitalisation de l’expérience du travail donnera
lieu forcément à une transformation ou une amélioration
des procédés de production mais aussi à
une formation des personnes elles-mêmes.
C’est ainsi que ce processus de maîtrise et de gouvernement
du travail, au niveau de chacun et de tous, est un processus
de qualification, c’est-à-dire d’accroissement des compétences
et de la qualité de la production, c’est un processus
d’enrichissement du travail et par le travail.
Dans un monde fort engagé dans la
technique, il faut examiner spécialement le problème
du rôle et du choix de l’outil et des moyens dans le travail
humain.Celui-ci est une sorte d’alchimie qui, du principe (humain),
inscrit dans l’intention et l’idée du résultat,
réalise, forme et transforme des matériaux en produit
fini. Son produit est un service répondant à une
demande et participe au développement d’un projet d’entreprise.
Ce processus s’appelle l’efficience humaine.
Dans ce processus, foncièrement humain, l’homme est limité
par ses possibilités existentielles, physiques, affectives
et mentales par lesquelles se réalise le processus de
travail. L’outil, la technique viendront alors aider, ajuster,
clarifier, amplifier, préciser l’acte humain.
Ainsi, l’outil focalise et concentre le travail proprement humain
en renforçant ainsi l’efficacité. On peut concevoir
les machines les plus gigantesques, les ordinateurs les plus
complexes dont l’effet spécifique sera nul s’il n’est
pas pris dans l’intention humaine et le travail humain.
La multiplication de l’efficacité humaine par l’outil
ou la technique, pour donner un résultat non nul, réclame
au départ un travail non nul. En outre, la qualité
du produit fini ne vient que de la qualification humaine dans
la maîtrise de son travail et dans l’usage médiateur
de l’outil.
Un moyen est un "accessoire intermédiaire" et
non un "essentiel principal". Seul l’homme l’est dans
le monde. Théologiens, philosophes et moralistes se sont
depuis longtemps entendus pour dire que le mal advient lorsque
l’homme est pris comme moyen.
L’homme ne peut être le moyen d’une entreprise, il ne peut
en être que le co-auteur, co-entrepreneur, co-opérateur.
Par contre, les produits du travail humain sont des moyens. Le
moyen n’est pas tel ou tel homme qualifié, mais le produit
de son travail, moyen de servir l’homme.
Que deviennent les notions de productivité, de qualité,
d’efficacité et celles d’optimisation de la production.
En fait, contrairement a une idée rampante, ce ne sont
pas des "plus" surajoutés au travail mais la
consistance même de la maîtrise.
Ainsi, on l’a vu, le gouvernement de l’entreprise, sur le plan
de sa production, et la maîtrise du travail ne consistent
pas simplement dans une mise en oeuvre répétitive
de compétences et de moyens mais dans l’enrichissement
simultané de la maîtrise elle-même. Aussi
la qualité n’est-elle pas l’ajout de caractéristiques
qualitatives a un travail mais c’est la nature même du
travail qui consiste à qualifier le mieux possible son
produit. L’accroissement de la qualité (du travail, de
l’homme et du produit) est la consistance même du travail
maîtrisé. De même, l’optimisation de la production
dans tous ses aspects est la consistance même du processus
de production par le travail humain.
La compétence des hommes n’est pas non plus une préoccupation
supplémentaire, elle est le fruit du travail humain qui
est, on l’a vu, travail de formation. Il n’y a donc pas à
instituer dans l’entreprise des services spéciaux à
cet effet, c’est l’enjeu et la consistance de ce plan du gouvernement
de l’entreprise qui, comme les autres, consiste à maîtriser
l’activité ou, exactement, à exercer l’activité
de façon maîtrisée.