Au coeur du sujet - Chapitre 6

Théorie des cohérences théorie de la connaissance
mardi 3 août 2004
par Roger Nifle

Une base fondamentale dont les développements épistémologiques continuent à se prolonger.

Chapitre 6 : THÉORIE DES COHÉRENCES. THÉORIE DE LA CONNAISSANCE 253

I. - COHÉRENCE DES RÉALITÉS 255

Cohérence et sens de la notion de réalité 263

Théorie des cohérences culturelles 269

II. - THÉORIE DE LA CONNAISSANCE 273

1) Connaissance essentielle et connaissance existentielle 274

2) Connaissance essentielle pour son sujet 275

3) Connaissance essentielle pour son objet 278

4) Connaissances existentielles 279

5) Perspectives de la théorie des connaissances 281

Objets de connaissance essentielle : exemples 283

La carte de cohérence de l’éducation 291

SIXIEME CHAPITRE THEORIE DES COHERENCES THEORIE DE LA CONNAISSANCE

THEORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

La théorie de l’Instance et de l’Existence dessine l’articulation Instant, Instance, Existence. A son achèvement l’Existence est celle de la multiplicité des existants qui constituent le monde. Ces existants sont, comme on le sait, le fait de consensus, ces consensus étant des ensembles de sens activés et partagés entre Instances. Mais ces ensembles de sens sont aussi ce que l’on appelle des cohérences.

Dans la vie courante cette considération là est d’une très grande importance. Toute réalité à laquelle nous nous confrontons est la manifestation d’une cohérence (en consensus). C’est par là que s’ouvrent toutes les possibilités :
- celle d’abord de la connaissance et de la reconnaissance des choses qui ouvre à la connaissance et la reconnaissance de soi,
- celle de la liberté et du choix, choix éthique dans toute situation choix pratique en toutes circonstances.
- celle de l’action et de la pratique. C’est en effet en agissant au principe des choses, c’est-à-dire leur cohérence, que l’on peut les influencer et les transformer. C’est ainsi que la connaissance et l’élucidation des cohérences ouvre la porte à un foisonnement de pratiques :
- celles de la connaissance et du savoir,
- celles de la responsabilité et du choix,
- celles de la conception et de l’action. C’est parce que la théorie des cohérences est une méta-physique qu’elle peut prétendre (et à cette condition seulement) être une théorie de la connaissance et une théorie de la pratique, et cela, parce qu’elle se situe au coeur du sujet.

Théories et philosophies ont la réputation d’être inutiles dans la vie courante. C’est malheureusement souvent le cas. L’originalité ici, est de sortir de cette contradiction... en allant au fond des choses, au coeur transcendant du sujet, à leur cohérence.

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1 COHERENCE DES REALITES

La théorie de l’Instance nous entraînait à envisager les existences du Point de vue métaphysique de l’Instance : un Consensus fait réalité par le Moment d Existence. La réalité y est conséquence de ce consensus. Cependant, dans le contexte contemporain, on aura tendance à prendre les choses à l’envers en partant d’une réalité donnée pour s’y confronter, la connaître, s’y situer ou la transformer. C’est dans cette perspective que se formule la théorie des Cohérences.

Toute réalité existante est la manifestation d’une cohérence. Cette cohérence est l’ensemble des sens d’un consensus Autre- ment dit, on peut expliquer et justifier la nature spécifique d’un objet quelconque par la cohérence qui le sous-tend. Cette cohérence est comme le « Réel » de la réalité, son lieu est l’Instance et sa condition le consensus.

Si maintenant on analyse une réalité comme composée d’une multiplicité d éléments, cette réalité là sera considérée comme une comme une entité, un existant particulier, parce que l’on considère au moins implicitement qu’il y a une unité de ses parties. Autrement dit pour que 1’on puisse considérer, désigner, nommer cette réalité là il faut supposer que ses parties sont liées en une unité, qu’il y a cohésion entre les parties ou aspects de cette réalité. Cette cohésion, en plus doit continuer au travers de l’évolution même de ces parties pour toujours constituer le même tout. Par exemple, un objet matériel peut être posé en deux lieux différents. Ces deux positions ne doivent pas changer le fait qu’on le reconnaisse comme le même... changé de place.

Si on prend une institution, on la considérera comme une réalité si quelque chose unifie et fait la cohésion de tout ce qui la constitue dans 1’espace et le temps, malgré le changement éventuel de la quasi totalité de ses parties. Des organisations ont ainsi une durée de vie supérieure à celle de leurs membres. Les éléments qui les constituent, membres, activités, lieux, événements, etc... sont d’une extrême diversité sou- vent d une grande mobilité et pourtant elles restent toutes la même entité, la même réalité, changeante cependant.

Or, ce qui fait la cohésion de tous les éléments actuels ou temporels d’une réalité, c’est sa cohérence.

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THEORIE DES COHERENCES ET DE LA CONNAISSANCE

L’unité et la cohésion, c’est-à-dire la permanence (au moins tem- poraire) de l’unité sont des caractères indispensables de toute réalité. Ils proviennent de sa cohérence.

La cohérence d’une réalité est ce qui fait sa cohésion, c’est-à-dire unité et permanence.

Si on parlait de changer la cohérence d’une réalité cela reviendrait à en perdre l’unité et la permanence, c’est-à-dire à la faire disparaître au profit éventuel d’une autre chose, de cohérence différente.

Ainsi une réalité quelconque, désignée comme telle, a toujours la même cohérence bien qu’elle soit éventuellement très changeante. Tout cela peut se comprendre à partir d’une analyse plus précise de ce qu’est une cohérence et de ce qui fait changer l’existence d’une réalité. Si celle-ci est toujours la manifestation d’une cohérence (consensus), c’est bien là qu’il faudra trouver les sources de ses variations éven- tuelles.

Telle entreprise était prospère hier, au bord de la faillite aujourd’hui. Qu’est-ce qui a changé, dans sa cohérence, pour que cela se produise. C’est toujours la même entreprise, dans un autre état, donc la même cohérence, mais mobilisée (activée) autrement.

Un concept est pris dans un sens ou dans un autre et pourtant c’est le même terme donc la même cohérence mais selon des « sens » différents.

Une plante est graine un jour, arbre géant un autre. Il s’agit de la même plante, de la même cohérence. Qu’y a-t-il de changé ? Qu’y a-t-il de commun entre la réalité graine et la réalité arbre géant que l’on sait être de la même plante ? On peut dire, pour le moins que, la plante, son état graine et son état arbre ont une même cohérence, sous des aspects très différents. Leurs réalités sont homologues.

Avant d’étudier de plus près ce qu’est une cohérence et les propriétés qui se manifestent au niveau de l’existence de la réalité, assurons nous d’avoir bien repéré ce qu’est une réalité donnée, notre point de départ ici.

Une réalité est un existant caractérisé par la permanence de l’unité de ses parties, c’est-à-dire sa cohésion.

Chaque fois que l’on pourra dire ce... ou cette..., nommé par un terme ou une périphrase ou simplement désigné du geste ou même uniquement évoqué, il s’agira d’une réalité.

Sa localisation et son indication suffisent à repérer une réalité. On appellera cela l’acte de centration.

Les réalités dont il s’agit peuvent être constituées plus ou moins par les trois aspects de l’existence : des faits, des représentations, des relations, un objet matériel, une idée, un sentiment, un concept, un événement, une idéologie, un phénomène, un rêve, un message, une phrase, un geste, un projet, etc...

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THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

L’inventaire est, bien sûr, infini, dans lequel toutes les typologies sont possibles.

Il n’y a donc pas besoin d’un critère de matérialité ou de vérité quelconque pour prendre en considération une quelconque réalité mais simplement d’y focaliser son attention, de la faire objet de considé- ration, ce qui lui donne du même fait le statut de réalité.

Pour être plus rigoureux on devrait dire que ce qui caractérise et détermine le constat d’existence d’une réalité ce sont les critères d’unité et d’extension. La permanence en est la traduction temporelle. C’est la théorie de l’existence qui nous dit que tout objet de réalité est en extension selon toutes les dimensions de son espace-temps.

Cependant, les entités de l’Instance : les cohérences, les sens, les consensus et tous les processus de l’Instance, ne sont pas des réalités existantes. Elles n’ont pas, en effet, d’extension définie. Seules leurs représentations en ont, comme, par exemple, les cartes de cohéren- ces.

Les cohérences

Rappelons qu’une cohérence est ici un ensemble de sens, locali- sable dans l’Instance, parmi toutes celles qui constituent cette Ins- tance, jusqu’aux plus primordiales.

L’Instance, espace infinitif, est telle que ses cohérences sont aussi des espaces infinitifs. Sans reprendre ici les caractéristiques de cet espace, soulignons qu’une cohérence est d’un nombre infini de dimensions, pour rappeler qu’une carte de cohérence en sera une projection à deux dimensions (ou à 3). C’est en considérant ces cartes que l’on dégagera les principales propriétés d’une cohérence.

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Tout d’abord les sens représentés par des vecteurs partent d’un point central, le centre de cohérence. En ce point tous les sens s’annulent. Mais c’est de ce point aussi qu’ils rayonnent. C’est ce centre qui, à la fois renvoie vers l’Unique : l’Instant dont il procède et vers l’unité de l’existant manifesté dont il est la source.

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THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

La cohésion de la réalité vient de sa cohérence. Il faut revenir ici au processus de l’Instance : activation, actualisation. La durée propre de l’existence est l’extension temporelle de l’actualisation. Elle provient donc de l’activation de ses sens et donc de sa cohé- rence. C’est la source de la permanence mais pas de l’unité. Pour celle-ci, on pourrait analyser la réalité existante comme l’ensemble des moments de chacun des sens de la cohérence. Pour que tous ces existants partiels forment alors un tout il faut encore qu’il y ait une liaison entre eux.

Celle-ci, on s’en doute, est inscrite dans le centre de cohérence. Il faut cependant rappeler ceci. L’actualisation dans un moment d’existence est « tentative de résolution », c’est-à-dire d’annulation du sens activé. Par exemple le sens de la dégradation s’actualise dans la destruction de son objet et du même coup la disparition de son sens même. Le sens du naturalisme s’actualise dans un rap- prochement adaptatif avec la Nature, dont la réussite annule le mouvement même. La quête de l’équilibre aboutit à sa propre annulation : à l’équilibre.

Ainsi sur une carte de cohérence, le rayonnement des sens et de leur activation est la source de la focalisation de tous les existants partiels de la réalité globale. PNG - 3.6 ko

Figure 47

Ce qui, pour chaque sens, est extension dans une réalité par- tielle est, pour l’ensemble, concentration et donc cohésion. On peut lire au passage que les couples de sens opposés dans l’Instance, formeront des contradictions dans la réalité correspon- dante.

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THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

Il est à noter que l’on retrouve là une généralisation d’une conception dialectique de la réalité. En elle-même on peut en effet la voir comme résultant de contradictions, non pas mécaniquement, mais par sa cohérence, composée de toute la diversité de ses sens et leurs inverses. Cependant, chaque réalité est la résultante d’une infinité de contradictions, comme issue d’une infinie diversité de sens, celle de sa cohérence propre.

La complexité d’une réalité est le fait de la diversité de ses sens sous-tendant la complication inhérente à la multiplicité de ses par- ties, de leurs rapports et de leurs évolutions propres. On a donc une cohésion de la réalité, éventuellement enfer- mable dans une représentation, un modèle, un schéma qui délimite le champ commun de ses parties et cette cohésion est issue d’une cohérence, dont le centre noue l’unité.

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La compréhension de cette cohésion nous permet d’envisager maintenant la question du changement dans une réalité. Il y a deux facteurs de changement d’un existant :
- l’un est en rapport avec le vecteur attention, ce qui pourrait se traduire par le « contexte », « l’environnement », « les espaces », mais aussi par les partenaires du consensus.
- l’autre est changement de sens, ou même d’intensité de l’acti- vation du sens dans une cohérence. Ce dernier point est celui qui nous intéresse ici, et en particulier sur cette question d’intensité d’activation.

En effet, si tous les sens d’une cohérence sont simultanément actualisés dans la réalité correspondante, ils ne le sont pas forcément de la même façon. Examinons d’abord le cas d’une uniformité d’activation.

Représentons alors par un cercle cette uniformité, on pourra dire que les contradictions internes de la réalité (ou forces de cohé- sion) sont équilibrées.

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THEORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

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Cette réalité s’épuisera en existant jusqu’à une réactivation actualisante. Elle sera immobile sur elle-même, animée du seul rythme des actualisations, entre elles équilibrées.

Si maintenant l’un de ses sens est plus fortement activé que les autres (on parlera de sens dominant), le nouveau profil d’activation sera celui ci par exemple :

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La cohésion, bien que maintenue, sera déséquilibrée et la réalité se trouvera animée, non seulement du rythme de sa cohésion, mais d’un mouvement de l’ensemble. La réalité apparaîtra comme ayant un sens : sens du déplacement, sens de l’événement, sens du concept, sens de l’objet de cette réalité.

On peut imaginer toutes sortes de profils d’activation et la variation de ces profils pour une même cohérence. L’évolution de tels profils d’activation et notamment le chan- gement de sens dominant se traduira par l’évolution de l’équilibre des contradictions de la réalité et de l’importance relative de ses parties et donc par sa transformation.

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THEORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

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Maintenant sa cohésion, une réalité se transforme donc à con- texte égal, par le changement du profil d’activation de sa cohérence tout en conservant celle-ci avec la totalité de ses sens. On pourrait alors, par exemple, repérer sur une carte de cohé- rence huit profils à sens dominant, représentés comme ceci :

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THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

Selon chacun, une version différente de la même réalité peut être envisagée, avec chacune son sens (ou modalité de sens), c’est-à-dire son « orientation » différente.

Chacune des versions pourra être considérée comme la réalité du sens dominant correspondant. C’est ce que l’on a fait en exa- minant séparément tel ou tel sens des cartes générales de cohérences et que l’on reprendra comme approximation simplificatrice pour chaque carte de cohérence particulière. Chacune des versions RI, R2, etc... est néanmoins porteuse de toute la cohérence, ce qui les rend toutes homologues.

Ainsi la cohérence de l’une de ces versions particulières, d’un état particulier d’une réalité, révèle les autres versions possibles, c’est-à-dire ses potentialités. Cela suggère alors la possibilité d’un choix et d’une intervention. Faire évoluer le profil d’activation d’une cohérence permet d’en faire changer la réalité manifestée. C’est une donnée majeure qui sous-tend les pratiques issues de la Théorie des Cohérences.

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THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

COHERENCE ET SENS DE LA NOTION DE REALITE

Qu’est-ce que la réalité ? A cette question s’opposent les réponses des réalistes, et celles des idéalistes. Pour les pre- miers, la réalité c’est ce qui existe, en soi, indépendamment de toute présence humaine.

L’idéalisme nous dirait que la réalité est un reflet, celui de quelque modèle premier (structure, raison, idée ou norme et, a la limite, pure illusion de l’observateur humain. La théorie de l’Instance invite à poser une autre question Qu’elle est la source de ces deux hypothèses, humaines, et celle de quelques autres.

La seconde carte générale de cohérence propose, selon ses sens, autant de réponses à la question initiale, toutes des réponses humaines.

On peut y reconnaître le réalisme le plus absolu dans le sens du matérialisme. La « réalité » est fondée dans la maté- rialité, absolument. Cet absolutisme est la source de tous les totalitarismes (dans la réalité). L’idéalisme pur serait centre sur l’axe de l’organiscisme structuraliste où toute réalité n est rien d’autre que le déploiement d’un « modèle de base », d’une norme. Ce sont ainsi les trois quarts du champ des épistémologies qui se trouvent couverts par le réalisme et l’idéalisme tels que nous les définissons ici.

On notera par exemple deux variantes de l’idéalisme : le rationalisme dont la raison et les raisons, constituent les modèles premiers et le naturalisme positiviste, où la nature et ses lois sont la cause de toute réalité qui n’en est que consé- quence. Deux types de réalismes sont notamment à distinguer. Dans l’animalisme empiriste ou matérialisme subjectiviste, la réalité est celle de l’expérience, de l’évidence qui « s’impose ». Dans le naturalisme positiviste ou matérialisme objectiviste, la réalité est l’ensemble des choses matérielles telles que les constatent les observations, « scientifiques » notamment, qui prétendent s’abstraire de la subjectivité de l’observation hu- maine et de toute humanité.

Dans ce dernier cas on pourrait parler de réalisme idéa- liste. En effet, d’une part est présupposée l’existence absolue d’une réalité, d’autre part cette réalité est supposée conforme aux schémas, lois, modèles, formulés par la science ou l’ob- servation objective, présentés comme des lois naturelles.

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THEORIE DES COHERENCES ET DE LA CONNAISSANCE COHERENCE ET SENS DE LA NOTION DE REALITE

Le savoir objectif est sensé représenter une bonne approximation de la vérité de la réalité. La preuve en est recherchée dans l’élimination de toute subjectivité, notam- ment par la méthode « scientifique ».

Notre propos n’est pas d’entreprendre ici une critique systématique du réalisme et de l’idéalisme, mais d’abord de noter la pluralité et non pas la dualité des réponses à la question : qu’est-ce que la réalité ? Il est ensuite de remarquer ce « réalisme idéaliste » qui domine probablement la pensée con- temporaine sous l’égide de la science, auquel s’oppose la réponse proposée par la théorie des Cohérences.

La carte générale des épistémologies nous éclaire sur les conceptions qui s’opposent au réalisme et à l’idéalisme. A l’opposé du réalisme-matérialiste on trouvera l’humanisme. La mesure de toute réalité, c’est l’humanité. La « réalité » de l’Homme en est exemplaire. Selon cet humanisme la réalité est ce qui est humainement désigné, nommé et qualifié comme tel. Il n’y a pas, selon ce sens, de réalité qui ne soit réalité d’hommes. Il n’y a pas de réalité qui soit connaissable hors de la connaissance des hommes. La réalité connue par d’autres que des hommes n’est pas réalité pour ceux-là. Pour l’homme elle n’existe pas. Il faut bien voir là que l’Homme et l’huma- nité ne sont pas ici le particulier de chacun, mais la perfection potentielle d’une humanité universelle réalisant ainsi l’univers entier comme sa réalité, la réalité humaine.

Cet humanisme a un versant idéaliste avec le rationalis- me. Ce seraient alors des raisons, idées humaines, dont la réalité du monde serait le reflet. Ces raisons peuvent bien être le reflet supposé de Raisons divines sans que cela change le sens de cette conception rationaliste, à moins que des hommes en profitent pour cautionner ainsi leur propre appréhension à contre sens.

Il y en a cependant un autre versant qui s’oppose à l’idéalisme, celui du culturalisme symboliste, ou se situe notre perspective.

A l’inverse de l’idéalisme le sens du « personnalisme » suggère que derrière toute réalité qui manifeste sa présence se trouve un être, une âme, une personne, un sujet que l’on pourrait nommer par exemple le Réel.

La réalité serait alors la façon dont se présente le réel. On peut ainsi concevoir que ce réel ne peut être aperçu que par sa réalité, c’est-à-dire ce qu’il montre, en ne confondant pas la réalité manifestée avec le réel manifestant. Le réel serait com- me la réalité en personne, la réalité n’étant que la présentation,

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THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

COHERENCE ET SENS DE LA NOTION DE REALITE

aux yeux des tiers notamment. Autrement dit, le réel serait l’essence ou l’essentiel et la réalité son existence accessoire. Cette conception, définition personnaliste ou essentialiste de la réalité, peut se combiner au réalisme dans le « matéria- lisme subjectiviste » ou « empirisme ».

Le « c’est comme ça », « cela s’impose d’évidence » rend le réel inatteignable, intouchable, inconnaissable ; la réalité actuelle étant imposée d’autorité.

Le réel de cette réalité ne peut alors être que de l’ordre de la toute puissance, source de l’absolutisme du réalisme. La réalité est à la fois toute impuissance (y compris la réalité humaine) mais investie de la toute puissance qui l’habite. Dans ce sens et cette définition de la réalité, il n’y a rien à connaître de la réalité, sinon dans l’affrontement d’une menace terrible, menace appropriée par qui prétendrait à cette con- naissance. C’est là que savoir et pouvoir se confondent ; à propos de la réalité « possédée ». Celui qui prétend connaître la réalité se fait le réel de celle-ci. L’affirmation « c’est comme ça » impose une réalité dont la certitude est à la mesure de la « toute puissance » supposée de celui qui l’affirme ou du moins celle à laquelle il se réfère. Cette toute puissance, en toute hypothèse, reste inconnaissable à tel point qu’elle n’est même pas citée dans le « c’est comme ça », qui ne dit pas son sujet.

Cette appréhension de la réalité, opposée à l’humanisme idéaliste, est fort courante mais s’assortit d’une déclaration de vanité de toute recherche de connaissance.

Reste enfin à croiser cette appréhension personnaliste ou essentialiste de la réalité, avec la conception humaniste. La réalité est alors la « réalisation » (qualification) par l’homme du réel, qu’il est lui-même ; du réel, d’être humain. Le réel, essentiel de la réalité, est la personne humaine (l’Instan- ce). La réalité en est la manifestation, humainement qualifiée, c’est-à-dire une réalité par l’homme et pour l’homme (univers par et pour l’homme universel). Il ne s’agit pas ici de nommer « Homme universel » la toute puissance de la réalité empiri- que, ce qui reviendrait à y retourner. La théorie de l’Instance ne va pas sans la nécessite de l’Instant auquel sont subordon- nées les Instances, à l’universalité et aux personnalités des- quelles sont subordonnées la réalité et les réalités « faits des consensus ».

Rappelons ce que la théorie de l’Instance nous dit de la réalité.

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COHERENCE ET SENS DE LA NOTION DE REALITE

Le terme de réalité d’abord doit être rapproché de celui d’existant. Une réalité c’est un existant. Cependant la théorie de l’existence met en évidence l’aspect représentatif, relatif et factuel de tout existant, donc de toute réalité. Or dans de nombreux cas et notamment ceux du réalisme, la réalité sera souvent ramenée à son seul aspect factuel. Il est intéressant de noter que le réalisme-idéaliste confondra le plan représentatif et le plan factuel, la nature des choses et le savoir, la vérité de celui-ci avec la réalité. L’autre versant du réalisme réduit la réalité au factuel de l’existence, occultant les autres aspects, investis justement de cette toute puissance, rendant la réalite absolument inquestionnable.

La Réalité considérée dans la plénitude de ces aspects d’existence, est le « moment d’actualisation » d’un consensus entre Instances. Autrement dit, à chaque réalité considérée, peut être associé un consensus que l’on sait ensemble de sens ou cohérence dans les Instances. Ainsi chaque réalité particu- lière est bien le manifesté pour et par l’homme d’un « réel » qui se situe en lui-même, en son Instance : une cohérence. On pourrait alors considérer comme réalité globale l’exis- tence actualisée d’un consensus total de toute l’Instance : l’uni- vers de l’universelle humanité. Cette Réalité est-elle réalisée ? Selon l’épistémologie humaniste elle serait en devenir. La « réalisation » de la réalité universelle ne serait que l’achève- ment de l’édifice humain, de la création divine en l’hom- me.

Dans notre conception, même si cette réalité peut être envisagée, ce n’est que comme ultime manifestation. Bien souvent, une réalité particulière peut être prise pour la seule réalité. C’est le cas des conceptions « réalistes ». Pour nous, toute réalité existante est relative à un con- sensus, une cohérence. C’est l’ignorance de ce consensus, de son lieu, des sens des réalités, qui peut notamment donner un caractère absolu à la réalité.

C’est le cas de ce réalisme-idéaliste sur lequel il est utile de s’attarder de par son opposition à notre conception et son caractère relativement dominant au travers de la démarche « scientifique ».

Rappelons que pour celle-ci la réalité existe absolument indépendamment de l’homme (factuel) et qu’elle existe telle que l’observation scientifique (représentations) la décrit, du moins avec une bonne approximation. Cette approche ignore : que ses représentations sont humaines,

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COHERENCE ET SENS DE LA NOTION DE REALITE

- que l’absolu factuel de la réalité : « la nature des choses » est un postulat humain.

La méthode pour « connaître » (ce terme est tout à fait impropre) la réalité, dont le terme de « scientifique » est sou- vent le garant de rigueur et de validité, est une méthode d’objectivation, mais prise ici comme « abstraction du sujet ». Il s’agit aussi bien d’abstraction du sujet humain, sujet de science et de connaissance que du sujet de la réalité, son éventuel réel, y compris pour l’homme objet de science. La Réalité est définie et connue par une méthode de dénégation du sujet humain, d’un non objectivable en l’hom- me, c’est-à-dire de la transcendance de son Instance. En effet, par définition, l’Instance est transcendante en tant que non objectivable, non réalité, c’est-à-dire irréducti- blement d’un autre ordre que celui de la réalité existante. Il est logique qu’une méthode qui ignore son sujet, ignore le sens, et instaure son objet comme absolue réalité, supposée atteignable en vérité.

L’observateur n’y a aucune incidence sur le phénomène observé. C’est ce que remettent en question nombre de scien- tifiques dont l’effort d’objectivation échouerait à liquider tota- lement le sujet de ce verbe qu’est « objectiver ». Ce verbe, en effet, peut rapprocher apparemment ces deux conceptions opposées de la réalité.

Le réalisme objectiviste atteint à la réalité par une démar- che d’objectivation dont le fruit serait indépendant du sujet objectivant et de la démarche elle-même. Pour cela, il lui faut bien poser que la Réalité existe absolument (objectivement) indépendamment de tout sujet.

A l’inverse, l’objectivation est une façon pour le sujet d’être dans une perspective de connaissance ; son fruit : l’objet, la réalité, n’étant rien d’autre que ce qui se présente à la rencontre ou l’intersection de sa démarche d’objectivation et du Réel qui n’est rien d’autre pour sa part que l’Instance, ou les Instances des autres en consensus.

Objectiver est ainsi « faire objet » de cette rencontre, de ce consensus ou encore « faire réalité ». La réalité est le nom et l’existant de l’intersection entre les Instances. Elle est, pour le sujet qui l’objective, ce qu’il perçoit et « réalise » de sa par- ticipation à un consensus ; comme la réalité d’un réel que serait ce dernier. Tout se passe, en effet, comme si le sujet de l’ob- jectivation rencontrait un Réel, consensus d’autres Instances, indépendant de lui et que cela faisait réalité à ses yeux. S’il ignore qu’il en est un sujet, cette réalité objective lui apparaîtra

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donc comme existant absolument, indépendante de lui et de tout sujet puisqu’il n’en connaît plus l’être, même en lui- même. La réalité, fruit de son objectivation sera bien consi- dérée par lui comme le tout et l’absolu en soi, c’est-à-dire une réalité dite objective. Son « objectivité » revient bien à élimi- ner, à dénier tout sujet, en lui comme en les autres, et tout consensus que nous considérons comme nécessaire pour faire objet.

Il n’est plus besoin d’humain, d’autrui pour qu’existe la réalité, sa realité même, plus besoin d’oeuvre humaine, de communauté humaine, de responsabilité humaine, etc... La mort en est la sanction paradoxale. A dénier l’être transcen- dant de l’homme la mort de son existence en devient l’issue fatale au lieu d’être la limite (effective) de sa réalité objectivée. Revenons à l’autre version où l’objectivation est une démarche d’homme, et même de connaissance, ne serait-ce déjà qu’en tant que rencontre, participation aux consensus. Son fruit : objet, réalité ; existant, devient alors repère, révéla- teur de lui-même, « objectivement » et des autres « objective- ment » dans leur consensus. La réalité objective ne joue alors que ce rôle de repère révélateur, autrement dit de symbole de cette rencontre, du consensus partagé.

De ce fait, toute réalité est symbolique en tant qu’elle signifie le sujet personnel de sa considération et le consensus collectif de sa participation. En tant que telle, elle peut média- tiser la connaissance de ce consensus et de la personne, en elle-même. Tout objet ou réalité existante est objet d’objecti- vation, pouvant être objet d’élucidation, autrement dit de connaissance (de la réalité, de soi et des autres), autrement dit de conscience de sens, autrement dit d’accomplissement. C’est ce sur quoi repose la théorie des Cohérences et ce que propose l’analyse de cohérence, méthode de connaissance...

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THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE THEORIE DES COHERENCES CULTURELLES

Une culture est une réalité, dès qu’on la désigne comme telle. Comme toute réalité elle a une unité qui englobe une grande diversité d’aspects partiels évolutifs. Elle a aussi une permanence (qui n’est pas éternelle) qui, comme l’attestent certaines cultures, peut s’étendre sur des millénaires. Au départ, une culture doit être désignée par un critère central. Il s’agit de la culture d’une population donnée, d’un territoire, d’un champ linguistique, d’une religion, d’une tra- dition philosophique ou même d’une profession ou d’un cri- tère d’existence quelconque.

Dès que l’on peut rassembler une population autour de l’un de ces critères, cette population a une existence commune (même si toute l’existence de chacun ne s’y réduit pas). Il y a en effet consensus, au moins autour de l’existence du critère commun (même s’il n’y a pas conscience de ce consensus). La théorie des cohérences culturelles, corollaire de la théorie des cohérences, porte donc aussi bien sur la culture d’un territoire comme l’Afrique entière, ou d’une micro région, que sur la culture d’une collectivité territoriale, état, département, com- mune, cité. Elle porte aussi sur la culture d’un groupe social, comme les adolescents, ou d’une institution, entreprise, orga- nisme, association. Elle porte enfin sur la culture des popu- lations réunies autour d’une religion, l’Islam par exemple, ou une philosophie comme le marxisme, une langue, une tradi- tion, une activité, etc...

La théorie des Cohérences Culturelles se situe donc au coeur de toutes les questions de sociétés. La culture d’une population, sur le plan de sa réalité, est justement tout ce qui fait existence commune : le monde de cette population. En effet, c’est le consensus propre de cette population qui fait toute son existence commune. Si, comme le laisse entendre l’énumération précédente, chacun peut se trouver situé à l’intersection de multiples cultures, son exis- tence est donc multiple, multiculturelle. Cependant chaque fois que l’on se rapporte a telle culture, l’existence devient coexistence dans cette culture. Etre français n’empêche pas d’être breton mais les deux mondes ne sont pas totalement superposables.

Ainsi on peut parler du monde d’une culture qui est l’existence, fait de son consensus, coexistence de sa population où toutes les réalités sont réalités dans ce consensus.

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THEORIE DES COHERENCES CULTURELLES

Les réalités d’une culture ce sont notamment :
- ses langages propres,
- ses représentations du monde, de l’homme, de son devenir,
- son histoire,
- son actualité avec ses moeurs et pratiques,
- ses productions, artistiques ou non,
- son développement, ses devenirs et ses dynamiques. Tout cela vaut pour toutes les cultures. Il va sans dire que les réalités, d’une culture à l’autre, sont plus ou moins riches, plus ou moins variées. La culture d’un petit groupe d’indivi- dus ; réunis pour peu de temps, est probablement infiniment moins riche que celle d’une population réunie pendant des siècles.

Il s’agit donc, tout d’abord, de bien apercevoir qu’il existe une réalité culturelle pour chaque culture. Cette réalité, cepen- dant, est toujours changeante et variée. Variée, parce que chaque personne, chaque sous groupe, ont leur façon particu- lière de participer à leur culture. La réalité culturelle n’est pas sans différences ni même sans contradictions ni oppositions. En outre, selon les circonstances et les époques, la réalité culturelle est changeante. On voit des cultures en régression et qui se réveillent, on voit des moeurs disparaître et en naître d’autres. Des transformations incessantes, lentes ou rapides, agitent les réalités de toute culture.

Cette existence des réalités culturelles, selon la théorie des Cohérences, est sous tendue par une cohérence, la Cohérence Culturelle.

Cette cohérence c’est le consensus spécifique de la popu- lation concernée, intersection de leurs Instances. Elle a, pour la culture, toutes les propriétés d’une cohérence.

La cohérence culturelle de chaque culture est un ensemble centré, de sens divergents à partir d’un foyer, et qu’une carte de cohérence culturelle peut représenter. La cohérence cultu- relle fait l’unité, la permanence et la cohésion de la réalité culturelle.

La cohérence culturelle est comme l’âme de cette culture, son esprit, et on l’appellera aussi la personnalité culturelle. Cette personnalité culturelle a plusieurs traits, comme toute cohérence, c’est-à-dire plusieurs sens.

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THEORIE DES COHERENCES CULTURELLES

La multiplicité de ces sens fait déjà la variété des signi- fications, des dynamiques agissantes dans la culture. Selon l’intensité des activations relatives, tel ou tel sens dominera et la réalité sera plus ou moins importante, avec une population plus ou moins impliquée dans sa culture commune.

La considération de cette cohérence culturelle ouvre la porte :
- à la connaissance profonde des cultures, par élucidation des sens. Cette connaissance « essentielle » peut s’acquérir par une « analyse de cohérence » qui permet d’établir la carte de cohé- rence de chaque culture.
- au problème de l’orientation collective, problème politique par excellence, celui du discernement et du choix d’un devenir commun.

- au problème de l’action collective (et de la communication), lorsqu’il s’agit d’intervenir sur les réalités d’une culture (développement, innovations, dynamisations, conversions, enrichissements, dialogues, etc...).

En effet, c’est au coeur de la culture, à sa source même, sa cohérence culturelle, que peuvent se jouer connaissances, choix et interventions, là où les activations s’actualisent en existence de réalités communes.

C’est encore au coeur du sujet que la théorie des cohé- rences culturelles permet d’accéder pour la connaissance et la pratique, c’est-à-dire pour une quelconque maîtrise des pro- blèmes de société qui ne soit pas exclusivement empirique. Il faut bien reconnaître que dans ce domaine, que ce soit sur les plans politiques, sociologiques, économiques ou même reli- gieux, il ne semble pas y avoir aujourd’hui une grande maî- trise. La théorie des cohérences culturelles pourrait contribuer à développer une science et un art nouveau de ces questions. Quelques considérations sont encore à faire ici pour sus- citer la méditation à propos de cette conception des cultures. Toute culture étant fondée sur une cohérence, elle représente une part de l’humanité et ce, de deux façons :
- Dans la réalité, comme part de la population humaine et du monde,
- Dans l’ordre du sens, comme cohérence qui est une part de l’Instance humaine. Chaque cohérence de l’Instance humaine peut être con- sidérée comme sous tendant un type de problématique humai- ne qui s’actualise dans une infinité de réalités homologues, dont celles d’une culture donnée.

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THEORIE DES COHERENCES CULTURELLES

Ainsi, on peut dire que chaque culture a en charge une part de l’humanité. C’est ce qui fait que chaque homme peut se retrouver, partiellement, dans toute culture humaine lorsqu’il en partage le consensus, sur la même cohérence qui est aussi la sienne.

Si chaque culture a en charge une part de l’humanité, c’est pour elle même et pour les autres. Chaque culture, parmi tous les sens qui sont les siens, peut s’orienter vers un sens qui est d’accomplissement de l’homme, ou le permet. On peut dire ainsi que chaque culture à une mission : maîtriser l’orientation de son existence et choisir le sens du bien de l’humanité, celui de son accomplissement en l’homme. C’est aussi sa vocation pour en témoigner auprès de tous les hommes de toutes les autres cultures et ainsi, contribuer à l’accomplissement de tous.

Il est certain que ceux qui assignent à toute culture des objectifs ou des modèles existentiels pour leur bien et leur devenir, dénient la personnalité de chacune et en méconnais- sent la vocation propre. Ils ignorent que tout objectif et tout modèle, comme toute réalité, sont culturels. Ils méconnaissent leur propre culture, leur propre vocation, leur propre person- nalité tout en voulant s’imposer aux autres. C’est malheureu- sement la règle la plus fréquente dans le monde contemporain. Les échecs des injonctions ou des actions pour le développe- ment des pays pauvres, prouvent l’inanité de ces conceptions et l’ampleur des conversions qui seraient nécessaires. La prin- cipale est celle de la reconnaissance des personnalités cultu- relles, de la spécificité culturelle de toute réalité (faits, repré- sentations, vécus) ; ce qui conduit à une autre conception de l’homme et de la personne humaine et à l’abandon des réa- lismes et des idéalismes qui méconnaissent le lieu d’où existe toute réalité : l’Instance de l’homme dans ses consensus cul- turels. La théorie des cohérences culturelles propose une telle conversion.

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II THEORIE DE LA CONNAISSANCE

Le monde qui nous entoure est rempli d’objets d’interrogations. Que ce soit pour nos préoccupations quotidiennes, que ce soit lors de nos activités professionnelles, que ce soit pour nos recherches ou question- nements plus généraux, nous sommes toujours en quête de comprendre et de connaître.

Il est logique de penser qu’une théorie des cohérences de la réalité ait à envisager spécifiquement le problème de la connaissance. Chaque épistémologie tout d’abord, chaque sens de la carte des épistémologies, sous-tend une certaine théorie de la connaissance. Pour chacune, connaître et la façon de connaître sont différents. Ils sont différents parce que la réalité des choses n’est pas la même, parce que les postulats ne sont pas les mêmes, parce que les dipositions de l’homme vis à vis des choses et de lui-même sont différents. La nature du savoir et le rapport à ce savoir sont très différents, ainsi que sa nature et son usage dans les pratiques de l’existence et le devenir personnel et collectif de l’homme.

Trop de théories de la connaissance ne débouchent sur aucune pratique. Trop de théories de la connaissance ne débouchent sur aucune finalité pour l’accomplissement de l’homme. La connaissance, telle qu’elle est envisagée ici, est au contraire, ce qui permet d’aller au coeur du sujet, là où se joue son devenir et se sourcent toutes ses prati- ques.

Il s’agit alors d’une connaissance essentielle, celle qui porte au coeur du sujet. Nous ne négligeons pas pour autant une connaissance existentielle, celle des sujets et objets de considération, celle des réali- tés.

Comme on le verra ces deux connaissances sont très différentes mais ont quelques rapports mutuels. Il faudra, pour définir ces deux types de connaissance, revenir à la théorie de l’Instance, celle des Cohérences, de l’Existence et des cons- ciences de sens et de réalités.

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1) Connaissance essentielle et connaissance existentielle

Les énoncés de la théorie des Cohérences tels que : « une réalité est le manifesté de sa cohérence » peuvent se situer sur l’axe du person- nalisme dans la carte épistémologique. La cohérence y est comme « l’âme », « l’essence », de la réalité considérée.

Cependant dès que l’on rappelle que la cohérence appartient à l’Instance de chacun comme part de son humanité, nous nous trou- vons sur l’axe vertical de l’humanisme.

Le consensus qui fait réalité nous renvoie à la rencontre de ces deux sens avec la culture et le symbole. C’est là le sens majeur de la théorie que nous développons, donc celui de la connaissance, de ses méthodes et ses utilités.

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Reprenons donc maintenant, à l’aide de l’ensemble de la théorie, cette question de connaissance, située parmi d’autres versions récla- mant d’autres théories (que l’on pourrait d’ailleurs reconstituer). Tout d’abord, c’est en rapport avec un existant que la question peut se poser. Disons même que l’existence de la question suppose celle de celui qui la pose et d’un objet à propos duquel il la pose. On retrouve là les vecteurs intention, attention, du schéma de l’existence. La question de la connaissance dans l’existence nous renvoie donc d’abord à la ternarité de l’existence. La question de la connaissance s’y situe d’emblée dans l’affectation du sujet par son objet, c’est-à-dire dans le plan relatif, où d’ailleurs, on l’avait déjà rencontrée. Mais ce schéma de l’existence n’est-il pas celui de la réalité même qu’il est question de connaître. Cette réalite peut ainsi s’envisager selon ses trois aspects : le plan factuel, représentatif et relatif. Or nous avons vu avec la théorie de l’existence que les plans relatifs et représentatifs étaient les deux volets de ce que nous avons appelé conscience de réalité : la conscience sensible et la conscience formelle. 274

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Nous voilà donc ramenés au fait que la connaissance d’un existant correspond justement à ces deux plans de son existence. La conscience formelle et la conscience sensible sont immanentes au factuel de l’existant Ainsi lorsque nous envisageons une réalité donnée, en même temps que désignée, elle est connue de deux manières selon cette double conscience. Cependant nous avons vu aussi, que selon les sens qui s’actualisent dans le moment de l’existence de cette réalité, ces plans sont plus ou moins étendus, c’est-à-dire que 1’existant est plus ou moins connu. Il serait à ce propos intéressant de reprendre à nouveau la carte des épistémologies pour, selon chaque sens, envisager le poids de ces différentes consciences de réalité. Pour celui qui nous concerne ici nous savons déjà que c’est celui de l’existence pleine, celle ou les trois plans de l’existence coexistent et donc où se trouvent déployés ces deux volets de la conscience des réalités, d’une « connaissance exis- tentielle » des choses :
- la conscience formelle : représentation de l’existant,
- la conscience sensible : connaissance, « intuitive », par exemple, de l’existant.

Il est possible aussi de comprendre l’intuition comme à l’intersection de ces deux types de consciences, selon le vecteur intention C’est ce qui peut la faire prendre pour l’accès à l’être des choses et de l’homme. Cependant elle reste dans l’immanence de 1’existence là où en restent la plupart des philosophies de la connaissance et de l’être, à l’intuition limite de l’essence de l’existence qui n’est pas encore l’Etre-Instance transcendante.

Nous sommes, là encore, au seuil de la connaissance que nous visons une connaissance essentielle, celle du réel de 1’essence et donc de la cohérence de l’existant connu existentiellement.

Nous en venons à la conscience de sens. La connaissance d’une cohérence ne peut être obtenue que par élucidation, c’est-à-dire cons- cience de sens. C’est donc ce qu’encadrent les plans relatifs et repré- sentatifs, c’est-à-dire le vecteur intention, qui est le repère existentiel de ce qui, pour le sujet de connaissance, est le lieu d accès (le seuil) au sens et à la cohérence de l’existant.

Nous en verrons les conséquences sur le plan de la démarche et de la méthode, notamment en situant dans le sujet de la question le lieu d’accès à la réponse. Quelle est la cohérence de telle réalité exis- tante ?

2) La connaissance essentielle pour son sujet

Ainsi nous avons pu maintenant assimiler la connaissance essen- tielle d’une réalité, au delà d’une connaissance existentielle, à la cons- cience des sens d’une cohérence qui ne peut s’atteindre que par élu- cidation. Envisageons maintenant ce qu’est et ce que procure cette connaissance d’une réalité donnée.

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Tout d’abord, par la conscience des sens d’une cohérence, c’est en lui-même que le sujet trouve le lieu de sa connaissance. Cela indique, non seulement qu’il est le sujet de « connaître », mais que ce qu’il connaît c’est justement d’être sens. De ce fait, on peut dire que toute connaissance essentielle de quelque chose est une reconnaissance de soi en tant qu’Instance, du moins au lieu particulier de cette cohérence dans l’Instance.

De là, certainement, cette idée que chacun porte en lui potentiellement la totalité des connaissances. Nous dirons qu’il suffit pour cela de l’élucider, ce qui n’est pas si simple.

Il ne faudrait pas voir là une version idéaliste qui voudrait qu’il y ait en l’homme une sorte de reflet du monde, ou l’inverse. Les cohé- rences et les sens ne sont pas des idées, ni des images, ni des structures. Ils ne sont pas immanents au monde mais transcendants, c’est-à-dire notamment, irréductibles à une quelconque des catégories d’existants possibles y compris sensibles ou formels. En outre, il n’y a pas non plus une correspondance bi-univoque entre cohérences et existants. A une cohérence de l’homme on pourrait associer l’infinité de ses actualisations, c’est-à-dire des réalités homologues.

Voilà la clé d’un aspect important de ce qu’est et procure la connaissance essentielle d’un objet d’intérêt, ramenant au seul lieu connaissable par l’homme : lui-même en son Instance, s’il y accède. C’est de ce lieu que l’on peut en envisager les conséquences.

D’abord en tant que cohérence personnelle, c’est toute son histoire personnelle, depuis éventuellement les premières expériences instau- ratrices, qui se trouvent élucidées. Uniquement ce qui est de cette cohérence là bien sûr. Toute recherche de connaissance peut donc renvoyer ainsi à une anamnèse. Le sujet y trouve à se reconnaître et, s’il l’envisage, à reconstituer son historicité, essentiellement selon cette cohérence élucidée (ou en cours d’élucidation). Cette anamnèse peut porter aussi bien sur l’histoire personnelle que sur l’environnement familial, social, culturel, correspondant. C’est donc une (reconnais- sance du contexte familial, culturel, social qui se trouve éclairé du même coup pour l’intéresse. On retrouve là l’indication de l’implica- tion personnelle et de ses effets, et aussi de problèmes éventuellement rencontrés lors d’une recherche de connaissance à propos d’une réalité quelconque. D’une certaine façon, c’est le chercheur qui se trouve lui-même à l’issue de sa recherche. Cela n’empêche pas que sa con- naissance soit en même temps celle de l’objet de son attention. Cepen- dant, toute recherche de connaissance essentielle ne peut s’inscrire que dans une confrontation à soi-même et aussi dans une démarche d’accomplissement personnel. Cela indique les limites, les conditions et les exigences d’une telle connaissance.

Qui ne veut ni ne peut élucider les sens en lui-même dans cette recherche à propos d’une réalité, ne peut connaître cette dernière. C’est pour cela que la « méthode scientifique » est en ce sens une méthode de « méconnaissance essentielle » active. Cela ne veut pas dire pour autant qu’elle soit sans apports sur le plan existentiel.

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Revenant en ce lieu où réside pour le sujet la cohérence de son objet d’étude, nous y trouvons donc ce que nous pourrions appeler la cohérence d’une « problématique » personnelle, qui lui fait ou non problème, mais dont l’élucidation ouvre l’intéressé au choix et au changement éventuel. La connaissance essentielle d’une réalité quel- conque peut donc changer la vie de celui qui y parvient. Par ailleurs, on peut dire que chaque cohérence personnelle est aussi une cohérence universelle de l’homme, en laquelle les uns ou les autres se trouvent plus ou moins concernés.

Nous en tirerons deux conséquences pour la connaissance. D’abord elle devient connaissance de l’homme (en ce lieu partiel) et des existants qui l’actualisent, problèmes humains, actualisations so- ciales, culturelles, intellectuelles, etc... Elle ouvre donc vers la possi- bilité d’une « maîtrise », au sens déjà envisagé de ce terme, dans tous les espaces d’existence correspondants, par exemple professionnel. Depuis l’objet initial, la connaissance essentielle qui est aussi recon- naissance de soi, ouvre ainsi à la connaissance (ou maîtrise) de tout un pan de « l’humaine condition ». Soulignons que ce terme de maîtrise n’a rien à voir avec un pouvoir qu’un supposé savoir donnerait, mais plutôt à la possibilité d’un « témoignage de soi » profession de soi, profitable à d’autres, autant qu’ils s’y retrouveraient. Cette connais- sance donne « autorité » comme témoin (expert ?) et ouvre à la ques- tion de liberté et de responsabilité assumée en conséquence.

Nous voilà, semble-t-il, loin de notre objet initial à propos duquel s’engage une recherche de connaissance. En fait, cela nous y ramène. En effet, comme toute réalité, elle est réalité d’un consensus d’une population, impliquée dans cet objet par cette même cohérence. C’est donc vis à vis de cette population et aussi à propos de cet objet initial que les conséquences précédentes de la connaissance essentielle trou- vent leur intérêt. C’est le cas par exemple d’un enseignement autour de l’objet, celui aussi d’une intervention dans un milieu social ou dans la problématique personnelle d’un tiers. Il faut considérer que c’est cette connaissance même qui « autorise » une « expertise » auprès des per- sonnes intéressées par cette réalité initiale. Cette connaissance, ancrée dans la personne du chercheur, lui procure maîtrise pour lui même et lui indique aussi quelle « problématique humaine » se joue dans le milieu concerné par cette réalité. On trouvera par exemple qu’une institution, réalite commune pour ses membres, les rassemble autour d’une certaine problématique humaine qui se manifeste, par exemple, dans le type de leurs communications, leur idéologie, îeur activité, leurs difficultés, etc...

Plus largement c’est toute une culture qui peut être concernée autour d’une réalité qui lui est propre, légendes, faits historiques, système politique, activités, etc...

La connaissance essentielle d’une réalité peut donc être considérée comme celle d’une part de l’humanité en chacun et dans le monde où c’est la part spécifique des populations, particulièrement concernées par les réalités de cette même cohérence, celles de leur culture.

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En poussant encore l’analyse on s’aperçoit que la connaissance essentielle d’un objet particulier est aussi connaissance de toutes ses réalités homologues, c’est-à-dire de toute une partie de la Réalité ; aussi bien des faits, des représentations que des relations.

Chaque analyse de cohérence un peu poussée ouvre à de telles perspectives. L’expérience confirme la théorie. Toute connaissance essentielle d’une réalité particulière est, selon sa cohérence spécifique, connaissance de soi, connaissance de l’homme en général ; connais- sance de l’homme en particulier, en rapport avec la réalité initiale ou des homologues selon cette cohérence, connaissance particulière du monde selon ses réalités particulières homologues.

S’agissant d’une connaissance essentielle, il ne s’agit pas automa- tiquement d’une connaissance existentielle. Cette connaissance essen- tielle ne procure pas immédiatement par exemple une connaissance formelle exhaustive de tout ce qui précède (l’exhaustivité étant là une fiction). Il y a deux limites à cela. La première provient du fait que ne peuvent être connues existentiellement que les réalités « actuelles » pour l’intéressé, c’est-à-dire celles qui sont actualisation d’un consen- sus auquel il est participant.

On ne peut utiliser cette conscience essentielle pour une réalité qui n’existe pas pour soi. On peut cependant y accéder plus facilement si elle se présente.

L’autre limite est celle de l’élucidation même. La conscience de sens ne procède pas d’un tout ou rien mais d’une « lumière » pro- gressive. Le discernement obtenu peut être plus ou moins aigu et, en conséquence, la connaissance et ses bénéfices. Il faut dire aussi que l’on verra des pseudos connaissances se prendre pour une vraie conscience. Ce n’est pas nouveau qu’un aveuglement se prenne pour l’illumination, aveugle qu’il est sur son propre regard. Seule la connaissance sait son ignorance, même si elle ne sait pas la mesurer. C’est ainsi que la connaissance essentielle invite à la prudence.

3) La connaissance essentielle pour son objet Revenons maintenant à l’utilité de la connaissance essentielle pour l’objet initial de la recherche. A quoi cela sert-il de le connaître ainsi ? Il y a deux réponses corollaires. La première est celle-ci : la connaissance essentielle ouvre la possibilité de toutes connaissances existentielles de cette réalité, donc de ses aspects, parties, mouve- ments, changements, etc... C’est celle que l’on développe ici. L’autre réponse, est liée à l’action, c’est-à-dire l’intervention personnelle dans l’existence de cette réalité pour y participer ou, plus généralement, contribuer à la transformer. C’est l’enjeu de toutes les activités humai- nes. La connaissance essentielle n’est pas, bien entendu, la condition de l’action mais elle ouvre la possibilité d’une action plus juste, plus efficace, plus pertinente parce que touchant à l’essentiel, au lieu méta- physique de toute réalité, et aussi plus libre et donc responsable. 278

THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

L’action « lucide » a toutes les chances d’être meilleure. Cependant il ne s’agit pas pour autant d’action « miraculeuse », limitée qu’elle reste d’abord par une connaissance jamais absolue et, d’autre part, par le fait qu’en tant que réalité d’un consensus, elle est toujours coexistence et hors de la maîtrise d’un seul.

Ainsi se retrouve le paradoxe de la liberté, de la responsabilité et de la maîtrise personnelle qui adviennent en même temps que la découverte de la part des autres dans toute action et réalité. Le résultat reste ainsi « à la grâce de Dieu » au travers de celle des hommes, qui n’en savent souvent rien. C’est encore à la prudence et aussi à l’humilité que ramène cette connaissance tout en offrant les perspectives que l’on a développées et qui restent à envisager.

Reprenons la question de l’utilité de la connaissance existentielle dont les bénéfices se retrouvent, bien sûr, dans l’action. 4) Connaissances existentielles Connaissant l’essentiel, la cohérence d’une réalité existante, l’accès est possible à la connaissance de l’existence même de cette réalité, selon toutes ses dimensions et ses aspects. C’est en prenant le schéma ternaire de l’existence que l’on peut envisager en quoi consiste cette connaissance existentielle.

Le vecteur intention nous indique les différentes directions, orien- tations, logiques, dynamiques, etc... de l’existant, selon les divers sens de la cohérence, comme autant de potentialités, suivant que tel ou tel sens domine. La connaissance (essentielle) du sens dominant d’une réalité ouvre alors sur la connaissance (existentielle), perspective et rétrospective de cette réalité ; de quoi expliquer le passé et prévoir ou projeter l’avenir ou du moins son principe.

Le vecteur attention. Sa connaissance est indicatrice des « objets significatifs » de cette réalité. C’est donc à partir d’une connaissance essentielle que peuvent être déterminés les caractères ou critères signi- ficatifs, et non l’inverse, comme le tenterait une détermination à priori de ceux-ci. Les « objectifs » et repères véritables ne seront reconnus tels, que par une connaissance essentielle préalable. Les objets déter- minants de la réalité connue peuvent être classés selon le sens de la cohérence pour lequel ils sont significatifs. C’est aussi le principe de toute analyse qualitative.

Le vecteur extension. Il caractérise le développement (spatio- temporel) de la réalité, son historicité comme son étendue. Cette connaissance est à nouveau prospective, cette fois-ci sur le plan dia- chronique, c’est-à-dire celui par exemple, d’une séquence événemen- tielle. C’est ce qui permet de connaître le mouvement de la réalité. Par ailleurs la diversité des sens de la cohérence et celle des « objets » (vecteurs intention et attention) présupposent la multiplicité des extensions. Cela revient à dire que chaque réalité existante est elle-même composée d’une multitude d’existants (ses parties), classa-

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bles, soit selon leur sens dominant (vecteurs intention), soit selon les « objets » auxquels ils se rapportent (vecteurs attention), avec les combinaisons des deux. Chaque existant partiel, appartenant à l’exis- tence de la réalité considérée, lui est homologue. Autrement dit, si on considère la réalité selon son extension, chaque partie locale est homologue à l’ensemble global. Cela donne une perspective hologra- phique de la réalité. Le commun c’est (au moins) la cohérence com- mune (toute réalité est ainsi et plus généralement, toute la Réalité). Cela permet d’envisager que, visant une réalité partielle locale dans l’action, on atteigne la réalité globale et vice versa par le biais de leur source commune : la cohérence.

Cette connaissance existentielle selon l’extension, complète, avec les deux précédentes, ce qui est nécessaire pour comprendre « la nature existentielle » de la réalité et les principes de l’action sur elle. Les variables sont les sens dominants et leur pendant intentionnel, ainsi que les objets visés ou domaines d’exercice de l’intention, c’est-à-dire les objets d’attention. La résultante en est le changement d’extension dans ses parties et son tout.

La connaissance existentielle ne s’arrête pas là, puisqu’elle est celle des différents aspects : la conscience sensible du plan relatif, connais- sance des liaisons (significations), relations du vecteur intention à l’attention. C’est par exemple, la compréhension intuitive du contenu des communications dans la réalité étudiée. La conscience formelle nous donne la forme descriptive de cette réalité, modèles, théories, images, figures, trajectoires, idéalités... (ce que bien souvent on assi- mile au savoir) et ses représentations ou formulations.

Le plan factuel, non envisagé comme conscience, pourrait être assimilé à une connaissance empirique ou un constat de fait. On pourrait l’assimiler à une connaissance expérimentale où, la présence participante du sujet, valide et se confond avec le fait de la realité de l’objet. C’est une sidération du sujet qui est prise comme fait, « l’effet pour les faits », auxquels on peut croire « dur comme faire » ou l’en-fer. Quelques jeux de mots pour remettre à sa place cet aspect de la connaissance existentielle qui, si elle s’y réduit, dénote l’absence de toute connaissance essentielle. Cette connaissance existentielle est néanmoins celle qui nous permet de poser des actes au bon endroit et d’en peser les effets et on pourrait la dire instinctive, sinon animale, ou même végétative.

L’accessibilité à la connaissance existentielle et ses différentes dimensions et aspects, se trouve largement déployée par la connais- sance essentielle, sans que celle-ci en soit la condition. En effet, une connaissance existentielle partielle et limitée peut être acquise sans conscience de sens. Mais l’absence de celle-ci interdit toute véritable explication de la réalité à moins de la réduire à une interprétation. Par ailleurs la conscience existentielle se trouve immédiatement acquise avec la connaissance essentielle en tout aspect considéré actuellement de la réalité ainsi connue.

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5) Perspectives de la théorie des connaissances

Comme pour les cultures, sur chaque type d’objet de connaissance peut se reformuler une version adéquate de la théorie des cohérences, intégrant une pratique particulière de l’analyse de cohérence et débou- chant sur des utilités spécifiques.

C’est ainsi, que l’on peut dire que la théorie des cohérences est une méta-théorie, de laquelle on peut tirer des théories corrolaires, répon- dant à des domaines spécifiques, caractérisés par leurs objets. Il en va de même pour les pratiques.

Le thème de la connaissance essentielle est commun à tous les domaines avec ces conséquences générales. Parmi elles, on a déjà évoqué l’accès à une connaissance existentielle spécifique de chaque réalité existante. Il reste cependant deux conséquences générales de toute connaissance essentielle : celles de la liberté et de l’accomplisse- ment.

Il y a un savoir qui égare et une connaissance qui rend libre. La liberté qui résulterait de la connaissance d’un très grand nombre de portes fermées ne serait pas très libératrice. C’est celle que propose un savoir objectivé, qui éreinte toute recherche de libération, par l’im- possibilité et la vanité de tout choix dans la multitude des objets et des signes qu’elle propose. C’est un peu comme la babélisation qui dis- perse l’homme et l’égaré. La connaissance essentielle à propos d’une réalité, amène à s’y reconnaître, ce qui est la condition pour prendre position, c’est-à-dire choisir, en se différenciant, en tant que sujet, de l’objet de son choix.

La liberté dont il s’agit, se présente sous plusieurs aspects :
- liberté de n’être pas réduit à l’existence des choses, quelles qu’elles soient, en tant qu’Instance, lieu des sens, transcendante à l’existence où se place la réalité.

- liberté de participer ou non au consensus, autrement dit d’exister ou non avec la réalité en question ou de mesurer sa participation. Cela revient à pouvoir éviter des situations, des réalités dans la mesure ou la connaissance essentielle de leur cohérence en permet à temps la connaissance des sens.

- liberté de choisir un sens parmi ceux d’une cohérence pour la réalité considérée. C’est celle qui permet de choisir une orientation, une direction et qui offre la seule véritable responsabilité de direction (de gouvernement, d’orientation) celle qui résulte à la fois d’un con- sentement (consensus sur certains sens) et d’un renoncement (non consensus sur d’autres sens possibles).

- liberté de choisir parmi les sens possibles d’une cohérence, ceux dont l’existence est de nature à ouvrir à d’autres connaissances essen- tielles. Autrement dit : liberté d’accroître sa liberté dans la réalité en question. 281

THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

Par la conscience de sens qu’elle suppose, la connaissance essen- tielle offre donc une liberté qui est autonomie, responsabilité, accom- plissement ; cela, en outre, non seulement lors de la connaissance de réalités exceptionnelles mais aussi des réalités les plus banales. C’est ainsi que toute activité de connaissance essentielle des réalités de 1’existence est aussi accomplissement de celui qui s’y exerce. Le béné- fice de cette activité se situe moins, pour l’intéressé, dans le résultat pour les autres et le salaire qu’il en reçoit, que dans son propre accomplissement. Cependant cette connaissance essentielle est aussi ce qui permet de faire le choix de la même liberté pour les autres, par consensus sur les mêmes sens d’accomplissement.

Liberté et accomplissement se trouvent donc indissociables. L’un facilite l’autre. Cependant le paradoxe de la liberté est que pour la choisir encore faut-il l’avoir. Pour la connaissance essentielle il en va de même : pour la chercher et l’obtenir, encore faut-il y être disposé et pour cela elle serait bien utile.

Rappelons à ce propos que ce sont les sens de l’accomplissement qui permettent la conscience de sens, le problème est donc de s’y trouver activé. Pour cela il y a deux possibilités : soit d’en faire le choix si une conscience préalable le permet, soit d’y être activé par l’envi- ronnement. Dans ce dernier cas, cela peut être tout à fait indépendant de soi ou bien résulter du fait, qu’en temps utile, on choisisse les conditions pour s’y réactiver. Les activités d’analyse de cohérence en sont l’un des moyens.

La connaissance essentielle des réalités est donc ainsi, non pas la simple satisfaction d’une curiosité ou la recherche d’une utilité immé- diate, mais le chemin de la liberté de poursuivre un chemin d’accom- plissement dans l’existence.

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EXEMPLES

Un mot. En tant que réalité du langage il est fait d’un consensus (culturel) et a sa cohérence, autrement dit tout un ensemble de sens. C’est l’usage qui le situe dans telle ou telle dominante de sens, à tel point qu’il peut passer d’un sens à son inverse entre un milieu et un autre, d’une époque à l’autre. Sa connaissance essentielle nous instruira non seulement sur ses usages particuliers, mais sur sa genèse même : phonè- mes, orthographe, etc... rapportés à ce qui de l’homme et du monde s’y condense.

Un concept. Il peut être repéré par un terme ou plusieurs. Sa cohérence n’est pas le concept mais elle le sous-tend. Com- me sa cohérence a plusieurs sens, le concept peut prendre plusieurs acceptions. Réduire un concept à l’une de ses accep- tions, c’est réduire le sens à sa formulation et détruire la source vivante du concept en l’homme. Privilégier une acception est au contraire une nécessité, résultant du choix différencié d’une prise de position qui le signifie et le révèle. L’analyse du dis- cours selon son énoncé, son énonciation, ses significations relationnelles notamment, est purement existentielle. Elle sera donc encore plus accessible par la connaissance essentielle de sa cohérence. Celle-ci dévoilera immédiatement, par exemple, le mensonge apparent éventuel et ses mécanismes, restituant au discours son authenticité dans l’Etre qui parle. Ses diverses « interprétations » possibles sont aussi accessibles, selon ses sens, ainsi que le repérage de ses véritables destinataires, selon son sens dominant.

Un mythe. La cohérence du mythe sera souvent parmi les plus primordiales de l’homme. Celui-ci est alors profondément concerné, ainsi que toute population qui le fait sien et qui trouve là une manifestation des plus significative de son iden- tité collective. La connaissance essentielle du mythe ouvre l’accès à la connaissance existentielle (et essentielle) de ses homologies dans l’existence et dans la nature humaine ainsi qu’à ses homologies dans les réalités culturelles où il prévaut. Il peut être pris, ainsi, comme modèle, homologue de bien des circonstances de la vie présente ou historique des individus et de leurs sociétés. N’est-ce pas ce que la psychologie freudienne fait du seul mythe d’Oedipe ? Cependant il ne faut pas con- fondre le mythe-modèle et sa cohérence qui est seule expli- cative. La connaissance de celle-ci ouvre aussi sur la connais- sance existentielle des différentes versions du mythe et des différentes directions possibles pour des réalités homologues. Représentant une problématique humaine, le mythe peut ain- si, selon ses versions, servir de modèle exemplaire des diffé- rentes voies de résolution possibles, personnelles et culturel- les. 283

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Une production de l’imaginaire. Elle peut s’exprimer dans l’art par exemple, mais aussi dans le rêve et dans toutes sortes de langages. En tant que réalité, elle manifeste une cohérence et sa connaissance essentielle débouche sur la compréhension de 1’auteur comme du monde, dont il révèle quelquefois là 1’actualité du consensus culturel. La production de l’imagina- tion est utile pour disposer de réalités homologues élucidables afin d’accéder à la connaissance essentielle d’une réalité pre- mière. C’est ce qui se fera dans les techniques de l’analyse de cohérence. C’est aussi le matériel, souvent facile d’accès qui révélant le consensus d’une population, permet d’élucider le sens dune réalité qui lui importe. Les productions imaginai- res, enfin, peuvent constituer des pré-visions, représentations existentielles préalables, de réalités en changement dont on a une connaissance essentielle. C’est ainsi, qu’à partir d’une connaissance essentielle on pourra produire des représenta- tions existentielles de types, plans, programmes, stratégies expressions verbales, illustrations, etc... Ces productions « imaginaires » interviendront très souvent à l’amont et à 1’aval d une connaissance essentielle.

Une idée, une théorie. Ce sont des réalités à dominante représentative qui expriment une cohérence. Leur connaissance révèle ce que cette idée ou cette théorie disent de l’homme de même que du monde existant où elles se valident. Ainsi toute théorie et, plus généralement toute formulation de lois, de modèles, de représentations de l’homme ou du monde, sont des voies d’accès à une connaissance essentielle. La condition est qu’elles ne se confondent pas avec la vérité objective absolue, déniant son sujet et n’offrant, ainsi, rien d’elles mêmes à élucider (selon leurs auteurs, bien sûr).

A l’inverse la connaissance essentielle d’une réalité facilite sa connaissance existentielle et notamment la formulation de telle idée ou théorie. La connaissance essentielle est méta- théorique.

Ainsi tout le bagage scientifique de l’objectivisme peut être subverti et cela, symboliquement, donnant accès au sujet qui n’a cessé de s’y trouver, malgré ses dénégations. Cette connaissance essentielle est en même temps un moyen de poursuivre cette même objectivation scientifique, avec cette fois une science qui ne se contente plus de rimer avec cons- cience mais s’y arrime pour se faire connaissance. La connaissance des idées, modèles et théories n’est-elle pas aussi l’enjeu ou plutôt la médiation de projets pédagogi- ques ? Connaître le sens de... n’est-il pas la meilleure voie éducative comme celle qui favoriserait la connaissance exis- tentielle des réalités et de leurs représentations. C’est le champ

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de l’éducation et de l’étude qui s’ouvre ici à de nouvelles (ou anciennes) méthodes.

Une idéologie. Comme d’ailleurs bien des théories dites ou non dites, elle est réalité d’une cohérence dont l’élucidation dirait aussi les sens dominants, selon les lieux ou les époques, et révélerait les différentes versions des réalités qu’elle pro- pose. Qui ne serait pas ainsi intéressé par une connaissance essentielle du socialisme ou du libéralisme, mais aussi de bien des courants de pensée, des philosophies et des façons de voir qui ne s’expriment même pas en pensées structurées ? Chacune, de part sa cohérence, concerne une probléma- tique humaine et mondaine pour laquelle elle prend une ou plusieurs positions selon ses sens dominants. C’est alors une « position » de l’homme face à lui-même dans le monde, cen- tre sur une part de son humanité. Cette part, cette cohérence, est souvent prise pour le tout et la position de sens est prise pour l’unique envisageable, sauf à mettre en danger l’homme même. La connaissance essentielle, puis existentielle, des idéo- logies est non seulement intéressante pour la connaissance en soi mais aussi pour repérer, comparer et prendre des positions libres et responsables dans ces contextes.

Un événement. Qu’il soit historique ou actuel, il est tou- jours le « fait d’un consensus » ou encore, dit autrement : c’est un fait pour une population qui le considère comme tel dans son consensus. Un événement est donc à prendre comme la manifestation « événementielle » d’une cohérence. Sa cohéren- ce essentielle nous renseigne sur le sens de cet événement, sens de l’histoire ou sens de l’avenir. Connaissant ce qu’il peut signifier pour une population il peut y jouer un rôle révélateur, dans un travail d’historien. Par ailleurs, selon tel ou tel de ses sens, l’événement se caractérise par des objets ou « critères significatifs ». Ceux-ci peuvent alors s’observer pour caracté- riser l’évolution de l’événement, rétrospectivement ou pros- pectivement.

La connaissance essentielle d’un événement permettra, en outre, la connaissance des positions ou sens particuliers de ceux qui le relatent, y réagissent. Elle débouche sur une con- naissance existentielle de la place respective de différents pro- tagonistes. Une sorte de sociogramme, fruit du discernement des positions (de sens) permet de sortir des dualismes stériles et meurtriers, de prendre position en « connaissance » de cau- se, d’envisager toutes stratégies utiles. C’est la base de l’action et de pratiques nombreuses.

Une situation. L’état actuel d’une population, d’une orga- nisation, d’un problème, peut être considéré comme une situa-

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THEORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE OBJETS DE CONNAISSANCE ESSENTIELLE : - EXEMPLES tion. Ce n’est rien d’autre après tout, que ce qui advient. L’état des événements pourrait-on dire. L’analyse de cohérence des situations en permet la connaissance essentielle et donc celle, non seulement de leur sens dominant, de leurs sens potentiels, mais aussi du rôle et de la place de tous les objets et parte- naires concernés. La situation est comme une scène où objets et personnes jouent un jeu selon tel ou tel scénario. La con- naissance essentielle d’une situation, par la conscience de sa cohérence, ouvre vers la connaissance existentielle de ses différentes orientations ou directions possibles, c’est-à-dire tous les problèmes de choix et de direction. Elle ouvre en outre vers le repérage du scénario en jeu et des scénarios possibles, avec à chaque fois la distribution des rôles adaptée. C’est ainsi que l’analyse de cohérence des situations, avec la connaissance essentielle qu’elle procure, fonde l’exercice des activités de direction, c’est-à-dire de gouvernement des situations, au ni- veau des choix et celui des stratégies.

La théorie des cohérences se fait la théorie de l’action ; l’analyse de cohérence en étant l’instrument fondamental, débouchant sur des méthodes et stratégies d’action. Un rite sacramentel. Les situations peuvent nous faire penser au théâtre, dont on devine maintenant le bénéfice qu’il y aurait à connaître la cohérence de ce qu’il montre. On pourrait le voir aussi comme « une stratégie » pour « signifier » ce que la cohérence d’une pièce peut comporter de sens.

Du théâtre aux rituels, on peut envisager comment la cohérence d’un rituel « justifie » ceux qui y participent. En effet, devenant cohérence de leur consensus, ils s’en trouvent ajustés sur ses sens et, plus spécialement, sur tel ou tel qui prédomine.

Tous les rituels peuvent être connus essentiellement selon leurs sens, débouchant sur la connaissance existentielle de leur « stratégie opératoire » sur la population concernée. Les rituels sacramentaux, de type religieux ou non, peu- vent être compris alors comme de telles stratégies amenant les personnes et leurs communautés à se centrer sur telle ou telle cohérence principale, selon tel ou tel sens dominant. C’est ainsi que l’on peut découvrir que des rituels baptismaux manifestent un sens dominant parmi ceux d’une cohérence de la naissance au monde. Ainsi on peut reconnaître le rituel du baptême comme une stratégie pour faire de la naissance un événement orienté selon un sens privilégié parmi d’autres possibles.

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La connaissance ou reconnaissance des rituels sacrés ou profanes traditionnels, ouvre non seulement à une connais- sance de l’homme mais aussi de ses stratégies sur lui même et, pourquoi pas, d’un emploi actualisé opportun.

Une institution. Une entreprise, une association, une orga- nisation sont les réalités d’une cohérence. Celle-ci en assure l’unité et la permanence. En tant qu’ensemble des sens elle en est une sorte d’âme profonde ou de « personnalité culturelle ». Ce sont ses différents sens qui en constituent les différentes potentialités. L’analyse de cohérences des institutions, avec la connaissance essentielle, en permet non seulement le diagnos- tic mais aussi une connaissance existentielle prospective. Elle ouvre évidemment aux pratiques de gouvernement et de direc- tion et aux stratégies qui constituent ses projets.

Chaque sens de la cohérence sous-tend existentiellement une direction possible, c’est-à-dire une politique qui peut se traduire selon une stratégie. Politique intentionnelle, objectifs attentionnels, développements ou extensions, représentations stratégiques (scénario), relations et communications, faits, actes, produits, résultats, représentent toute la panoplie exis- tentielle dont la connaissance et l’exercice découlent d’une connaissance essentielle.

Un problème. Il n’y a de problèmes qu’humains. C’est une façon de dire que l’existence de tout problème repose sur une cohérence humaine. On pourrait apercevoir aussi, qu’en dehors des problèmes que l’homme se pose, on ne voit pas comment il pourrait en connaître d’autres. De ce fait, toutes les questions, les interrogations, qu’elles portent sur la réso- lution de difficultés ou sur la satisfaction d’une curiosité, sont le fait de l’homme. Mieux que cela, nous pouvons faire nôtre, la réponse à l’énigme du Sphinx : l’Homme. Le sens de toute énigme c’est l’homme, auteur de la question, auteur de la réponse ; sujet de la question, sujet de la réponse. Il est la question et la réponse, en leur sens dans son Instance. Elles ne sont distinctes que sur le plan existentiel, comme deux mo- ments différents. Sur le plan essentiel du sens, question et réponse sont de mêmes sens, c’est-à-dire isomorphes.

C’est ainsi que toute question, tout problème que l’hom- me se pose à titre personnel ou collectif, particulier ou général, est susceptible d’une connaissance essentielle. La réponse peut se chercher dans la question elle-même. Le problème est à la source de ses solutions. Aussi peut-on procéder à l’analyse de cohérence, d’une question, d’un problème. La connaissance essentielle qui en résulte dégage d’abord les différents sens de

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OBJETS DE CONNAISSANCE ESSENTIELLE : EXEMPLES

sa cohérence et ainsi révèle : tant le sens dominant qui éven- tuellement « fait problème », que les autres sens, autant de voies possibles de résolutions.

Chaque fois que l’homme se trouve en face d’un problè- me, personnel ou collectif il peut, par une connaissance essen- tielle, accéder à une possible résolution. C’est la base de bien des pratiques visant les problèmes ou troubles personnels, par exemple psychologiques, relationnels, physiologiques, comme difficultés ou maladies. C’est aussi celle de pratiques sociales, culturelles, institutionnelles, etc...

Un objet quelconque. Tout objet est objet de considération. Ce livre n’est livre (pour moi) que parce que je le con- sidère comme tel. Cependant il est réalité d’une cohérence dont les différents sens portent autant de façons de le considérer et de l’investir dans une réalité plus vaste : le lire, le jeter, en contempler la reliure, s’en servir comme cale, en faire cadeau, etc... La connaissance essentielle d’un objet débou- cherait ainsi sur la connaissance existentielle de ses usages mais aussi du rôle de l’homme dans ceux-ci, de telle façon que, directement par conscience de sens ou indirectement via la conscience de ses réalités, l’homme s’y retrouve dans la con- naissance de ses objets. Ceux-ci, dans un monde objectiviste, tendent à prendre toute la place et se multiplier, pauvreté de connaissance mais richesse des possibilités subversives de connaissance ; égarement dont la subversion entraîne aux re- trouvailles ; renversement néo-testamentaire qui d’objets monstrueux, fait des objets montrant, révélateurs de leur sujet : l’Homme ; retournement de la diabolicité en symbolicité. De quels objets s’agit-il ? De tous. Le cosmos, la croix, un animal, une plante, un livre, une fleur, un outil, un objet d’art, une forme « naturelle », un paysage, un organe, etc... Com- ment ne pas s’interroger, par exemple, sur la cohérence du coeur dont la réalité des bondissements n’est pas sans corré- lation « objective » avec nos émotions et dont les maladies pourraient être symptômes de maladies d’amour. Il s’agit bien là d’un coeur, incarnation d’un ensemble de sens qu il con- dense ou cristallise, homologue de tous ces coeurs métapho- riques de l’existence humaine ; intelligence du coeur, sensibi- lité, générosité, affection, foyer vital, centre, implication cou- rageuse, etc... qui s’incarnent dans une fonction ou un aspect de l’existence de l’objet cardiaque.

On pourra noter à son propos, la dominante du plan relatif faisant du coeur un lien privilégié, moteur des distri- butions de sang, version existentielle des partages de sens. 288

THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

OBJETS DE CONNAISSANCE ESSENTIELLE : - EXEMPLES

Ces quelques indices ne font que présenter dans un exem- ple la richesse de toute connaissance essentielle d’objet, qui, pris comme symbole, s’enchante de la présence humaine. C’est le propos même de la théorie des cohérences de considérer tout objet comme symbole, rejettant l’expression de « pur symbole » qui en liquiderait l’aspect factuel et même existen- tiel. L’objet est aussi bien symbole que réalité, en tant que réalité d’une cohérence humaine.

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THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

LES SENS DE L’EDUCATION

Il n’est pas possible de communiquer directement la cons- cience de sens. Par contre il est possible de proposer un outil indicateur pour guider la recherche : une carte de cohérence. Une carte de cohérence s’élabore au cours d’un travail d’élu- cidation spécifique, portant directement sur l’objet d’intérêt et visant au coeur du sujet.

La carte proposée ici est celle de l’éducation. Elle est ainsi la carte des sens de tous les aspects de l’éducation :
- le résultat de l’éducation : qu’est ce qu’être éduqué ?
- les finalités de l’éducation,
- le processus éducatif,
- le rôle des éducateurs,
- les méthodes éducatives,
- les rôles parentaux,
- et, pourquoi pas, les institutions et les philosophies ou politiques de l’éducation.

Une carte de cohérence, ramenée aux sens de tout cela, est, de fait. extrêmement dense, bien qu’elle soit ici sommai- rement présentée. Il faut toute l’attention et le travail du lecteur pour qu’il discerne en lui-même les sens indiqués et les univers existentiels correspondants. La carte de cohérence indique des sens donc des tendances, des logiques, des dynamiques, des significations.

Elle n’indique pas toutes leurs conséquences et ne décrit pas ainsi le monde de l’éducation.

Si chaque situation réelle de l’éducation comporte tous les sens, il ne faut pas en déduire que c’est cela la bonne éducation. Ce serait comme une conduite en tous sens. Il importe qu’une dominante soit affirmée. Elle n’exclue alors aucune circonstance, aucune situation mais elle les prend toujours dans le même sens.

Celui-ci supporte alors la finalité, les modalités, les résultats de l’éducation et aussi le sens du rôle des éducateurs et de leurs pratiques et relations.

Ainsi, une éducation de type maïeutique est celle qui prépare et permet l’accomplissement de l’homme personnel et collectif. Elle s’oppose à l’éducation « disciplinaire » sans être pour autant laxiste. Au contraire c’est toute une discipline, mais dans un sens de ce terme qui est justement donné là.

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THÉORIE DES COHÉRENCES ET DE LA CONNAISSANCE

LES SENS DE L’EDUCATION

La « civilisation », idéal classique, si elle permet une bon- ne socialisation, coupe l’homme de lui-même, et, au lieu d’en faire un vivant en fait un acteur qui sait « s’en sortir » habi- lement en toutes circonstances par sa maîtrise des règles du « jeu » social et son art de l’esquive.

L’éducation disciplinaire vise à « faire perdre la tête » en embrigadant sous la coupe d’un ordre impersonnel. La régle- mentation arbitraire (abusive ou laxiste) est son instrument d’aliénation, instrument manié machiniquement par ceux qui s’y sont déjà abîmés.

L’éducation sauvage, idéal naturaliste, laisse la personne aux prises avec les pulsions les plus violentes, sans aucun moyen de maîtrise et de mesure. Elle cultive de la violence, de la terreur, de l’avidité, de la compulsion, pour un monde de la jungle ou des prisons, zoos humains.

Remarquons sur cette carte que l’axe de gauche corres- pond à un certain rôle traditionnel de la mère, sollicitude, sollicitation, acceptation, permissivité. A l’inverse à droite on pourrait parler de mère absente ou abusive, rôle souvent rem- pli par les institutions, les règles et les systèmes.

Sur l’axe vertical en haut, on trouvera un rôle traditionnel du père, repère, guide, indicateur de direction (c’est cela la directivité). Il témoigne d’une certaine maîtrise et de mesure dans les circonstances de l’existence. A l’inverse en bas, il s’agirait du père absent ou abusif, celui dénoncé avec la notion de pouvoir, lorsqu’elle est le contraire de l’autorité ou sa caricature, l’autoritarisme.

En haut et à gauche, le sens de l’éducation réclame une position parentale tutélaire, dont le sens est à mi chemin des deux sens voisins. C’est alors, soit une affaire de couple, soit l’affaire d’éducateurs qui assument seuls cette position.

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Commentaires

Brèves

7 août 2004 - Réédition sur le site du livre - Au coeur du sujet -

Publié en 1986 (éditions de Poliphile), "Au coeur du sujet" avait été écrit dès 1982 pour (...)