Au coeur du sujet - Chapitre 5 2

Les cartes générales de cohérences 2 et 3
mardi 3 août 2004
par  Roger Nifle
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Suite du Chapitre 5 Cartes épistémologique et téléologique.

IV

LA CARTE EPISTEMOLOGIQUE

Deuxième carte

La carte épistémologique aide au discernement des façons de

comprendre et d’expliquer, donc des différentes façons de penser,

selon leur logique propre.

Il ne nous est pas familier de considérer que nos façons d’expli-

quer les choses ne sont pas les choses elles-mêmes. De ce fait, des

explications différentes s’affrontent souvent, comme si la vente était

en jeu ou pire encore. Le procès de Galilée en est un exemple fameux.

Cette carte propose, selon ses sens, différentes logiques explicatives du

monde et des hommes. C’est à chaque fois, en fait, tout un nouvel

univers qui se dessine, dont la logique dominante est celle du système

explicatif qui aide à le considérer. Nous nous trouvons ainsi avec une

diversité de façons d’appréhender les choses, qui alors se présentent

telles qu’on les a appréhendées.

C’est là le rôle de l’axe transversal, d’associer ces deux pôles :

l’intériorisation ou appréhension et assimilation du réel ou encore de

sa nature intime et l’extériorisation qui distingue les choses, les formes

et les formules pour constituer éventuellement un savoir pris pour le

réel lui-même, l’apparence prise pour la chose elle-même. L’association

des deux, dans le plan de la carte épistémologique, est ce que nous

allons envisager.

Carte des logiques explicatives, elle est aussi celle des théories,

explicites ou non, et aussi des idéologies en tant qu’explicatives. On

apercevra ainsi selon les logiques, divers courants de pensée dont les

proximités ou les oppositions apparaîtront. Le lecteur est invité à

situer les discours, contemporains ou non, sur cette carte pour enrichir

la connaissance de chacune de ces logiques.

Les axes de la carte sont Etre / Non-Etre et Elévation / Réduction.

On l’étudiera en parcourant successivement ses huit secteurs.

Les termes de la carte ci-après, utilisés pour les repérer, sont des

conventions. Il ne s’agit pas d’y chercher la référence explicite a des

courants connus et répertoriés même si des rapprochements sont

possibles. Chacun des termes ne signifie que par sa situation sur la carte et

indique ainsi une logique pour laquelle nous allons donner des illus-

trations isomorphes.

205

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

1) L ’animalisme

L’animalité, dans cette logique, se présente comme le jeu des

instincts animaux. Il s’agit d’un monde qui s’explique par des êtres

habités de tels instincts, dont les pulsions entraînent les rapports.

Toute chose y est ainsi source d’impulsions ou objet de ces impulsions.

Un mot clé de cette logique est celui de possession. Non seulement

l’appréhension des choses sera une « acquisition », une façon de les

posséder, mais, en outre, elle procure un savoir dont la possession a

sens de pouvoir. Le pouvoir n’y est rien d’autre qu’un pouvoir-posséder.

La possession est notamment celle d’un sujet par ses puisions

instinctives et ses passions. Elle est incorporation de la chose possédée

et elle est cette chose elle-même ainsi appropriée. La possession-

incorporation fait, avec les choses possédées, un tout, un même corps

auquel se confond le sujet initial. Les logiques d’appropriation d’hom-

mes ou de biens en découlent, expliquant non seulement de cette

façon, le fonctionnement humain et l’histoire de la société, mais

justifiant cela dans une « nature des choses » à référence divine ou autres.

Ce n’est autre qu’une loi de la jungle, terrain des passions animales.

C’est aussi une loi absolue par laquelle on est sensé être possédé,

déterminé, comme ces instincts déterminent le sujet lui-même.

Nous sommes là dans une appréhension totalitaire. En effet, la

possessivité n’a pas de limite. Elle se confond avec le pouvoir et

on pourrait parler aussi bien des pouvoirs d’une chose ou de quel-

qu’un par lesquels ils sont alors définis. Le pouvoir de possession fait

confondre autorité et propriété. Toute atteinte à l’une ou l’autre est

comprise comme une dépossession. Ce pouvoir est celui d’une emprise

sur les autres (choses ou êtres), sur les pouvoirs qui leur sont attribués.

C’est donc dans un conflit que s’exercent les rapports de possession

pour aboutir à une incorporation des plus faibles par les plus forts qui

s’en trouvent ainsi possédés. La lutte est incessante, considérée comme

une « loi de la nature ». La référence et l’explication des choses par la

lutte, le conflit, la guerre est caractéristique de cette vision du monde.

L’emprise peut devenir empire lorsqu’il s’agit de « posséder » et

maîtriser les pulsions d’autrui. Cela justifie tous les impérialismes,

totalitarismes qui ne s’achèvent que dans la certitude d’une possession

totale, toujours limitée par le mal absolu que représentent d’autres

impérialismes. Le conflit, selon cette logique, ne peut s’achever que par

la possession de l’un par l’autre. Idée insupportable que d’être possédé,

le risque de mort et de destruction générale apparaît alors moins grave,

façon au moins de déposséder l’ennemi de ses pouvoirs et d’ainsi

l’avoir « possédé ».

Ce système explicatif de ce qui fait le monde, réduit l’homme à

être sujet de pulsions et d’impulsions ; fort ou faible, c’est toujours le

cas. Le rapport résultant en est justifié par le fait qu’il n’y a place ici

pour aucune maîtrise de sa propre nature sauf dans celle des autres.

207

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

C’est encore une logique de confusion, ce que le terme de possession

évoquait déjà. L’incorporation est aussi occultation, le savoir est pos-

sédé autant qu’il se cache et le pouvoir d’autant plus grand qu’on lui

suppose le savoir. C’est moins par l’intelligence que par l’instinct que

se justifie la pertinence des discours, comme par science infuse.

L’émotion prouve l’authenticité lorsque se manifeste l’abandon à la

possession. L’expression reichienne de « peste émotionnelle » y prend

tout son sens comme vecteur de « possession ».

Cette logique explicative, à la croisée des deux axes voisins de la

carte, peut être qualifiée de « matérialisme-subjectiviste ». Celui-ci se

justifiant dans une nature animale intuitive, peut du même coup se

trouver des explications multiples à cette possession, en référence à2

Dieu, au diable, à l’amour de la patrie ou des autres, à l’instinct de

vérité et tout ce qui explique la « nécessité impérieuse » de ce qui doit

être expliqué.

L’empirisme est la méthode favorite dans cette logique. Un empi-

risme qui ne se justifie que de l’appréhension acquise, possédée, prise

pour vérité absolue et rejetant toute interprétation et notamment tout

recul mettant en cause l’expérience vécue. Dans cette logique expli-

cative, il n’y a rien à expliquer sinon l’évidence empirique et la

malignité de ce qui s’y oppose. Toutes les autres logiques sont exclues

comme telles. Lorsqu’il y a ainsi trop de vérités qui s’imposent de

force, il est bon de se demander quel est le sujet qui veut s’imposer, au

détriment de l’autre.

2) Le matérialisme

On pourrait parler de matérialisme pur ou essentiel ici, sachant

que les deux secteurs voisins en sont des variantes : le matérialisme-

subjectiviste (animalisme) et le matérialisme-objectiviste (natura-

lisme).

Dans cette logique, la « nature des choses » est leur matérialité.

Celle-ci se distingue par sa quantité : quantité d’éléments dont le

nombre fait masse. C’est la conception quantique de la matière dont la

vision atomistique est le modèle. L’élément le plus petit, insécable,

indivis, n’a plus de contenu ni même beaucoup de variété. Ce sont les

masses d’éléments qui, par la variété de leur nombre d’éléments, leur

quantité donc, font la diversité des choses du monde. Ainsi, dans cette

logique, on arrivera à dire que « le sens » vient de la masse et, en fait,

que le sens résulte de la confusion, l’amalgame des éléments. Il va sans

dire qu’il ne s’agit pas du même « sens » que dans notre travail. La

première partie du modèle explicatif matérialiste s’applique aussi bien

pour l’homme, individu destiné à faire masses. Celles-là seules lui

donnent sens et plus généralement lui fournissent les conditions de son

existence.

La dépendance de la masse est un principe de cette logique.

Masses ressources et masses à constituer, voilà les clés de l’activité

humaine et de la compréhension du monde. Celui-ci est masse de

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LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

masses matérielles, chacune composée d’éléments et constituant res-

sources et matières premières. « Première » est ici entendu comme

« primordiale » et donc « capitale ». Cette logique explicative nous

décrit un monde, animé par la pression de nécessité, dont l’activité de

survie consiste en l’exploitation des masses, ressources de matières

premières, pour la production de masses elles-mêmes ressources à

exploiter. Masses de matières, masses humaines (matériel humain),

masse d’argent (capital), masse de produits (ressources à exploiter). Le

cercle (vicieux) est bouclé, celui de la fatalité. Le fatum est étonnam-

ment isomorphe à la faute qui, par la condamnation biblique, conduit

à ce travail situant l’homme comme poussière, et comme élément

anonyme d’une foule qui prolifère en masse humaine.

Cette logique est ainsi celle qui décompose, c’est-à-dire réduit à

l’élémentaire, à la plus simple expression (individu anonyme, travail

en miettes) et qui amalgame pour faire masse de plus en plus grands

nombres. La prolifération de cellules indifférenciées n’est-elle pas la

caractéristique du cancer ?

Humainement cette logique matérialiste de la dureté de la con-

dition humaine, contraint à l’enfermement dans ce cercle infernal.

L’enfer, la faute, la chute sont indicateurs de cette fatalité. L’angoisse

en est un moteur, angoisse de confusion, angoisse de division et de

morcellement qui conduit au puritanisme que ce matérialisme accom-

pagne. La survie commande l’effort et la peine de puiser dans les

ressources, d’accumuler des ressources, de s’y épuiser et d’épuiser ainsi

les ressources elles même. C’est un travail de réduction qui en est la

mise en oeuvre, réduction de l’homme, dépersonnalisante, en simple

unité de production, identifié au travail et dit alors « travailleur » à

moins d’être « main »-d’oeuvre, simple numéro matricule dans une

masse. Seule celle-ci est signifiante. La constitution de masses par

accumulation et amalgame est un produit de cette activité réductrice :

« Capital » ou « réservoirs de main d’oeuvre » ou « stocks » divers. Ces

masses ne sont pas destinées à la jouissance mais à leur propre

exploitation pour entretenir la survie du système.

L’histoire est confondue avec la production, son moteur est la

confusion, confondante et culpabilisante, manipulation des culpabilités

et des avidités. Il n’est pas besoin de citer des exemples que chacun

reconnaîtra en notant comment ce qui apparaît comme opposé se

retrouve ici dans la même logique et les même mégasystèmes de

production de masse. C’est certainement là la logique principale de ce

monde qui se qualifie « d’industriel », se nommant ainsi par confusion

avec sa logique matérialiste de production de masses.

Une autre de ses caractéristiques est le « le règne de la quantité »

(René Guenon) que l’auteur de l’ouvrage cité décrit fort bien. La

logique matérialiste qualifie par le nombre, la qualité est confondue

avec la quantité. C’est donc le dénombrement qui est la méthode

d’appréhension, réduction des choses à leur nombre d’unités indiffé-

renciées. La différenciation arrive avec le nombre selon la quantité. La

réduction au nombre justifie la pesée comme mesure de quantité,

poids des masses. L’argent, mesure universelle parce qu’équivalence de

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LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

quantité, trouve une justification et justifie, en retour, le développe-

ment des activités de cette logique. Il n’est pas encore là monnaie

d’échange, mais la mesure universelle des masses, si bien que toute

matière peut convenir : masses de matières premières, masses humai-

nes, de bétail, masses d’or ou d’argent, capital, c’est-à-dire nombre de

têtes ou plutôt d’unités.

Il faut encore envisager, dans la logique matérialiste, l’explication

du mouvement, qui dans le monde moderne tend à se réduire à

l’énergie. Le rapport masse-énergie depuis Einstein est une question de

vitesse : carré de la vitesse de la lumière (défi à l’éclairement).

C’est bien la masse qui « contient » cette énergie dont les effets

extrêmes se manifestent dans cette fusion nucléaire ou cette fission ou

désintégration de nos bombes modernes, dont celles à « neutrons » qui

neutralisent la vie préservant la matérialité. Ces jeux de mots ne se

veulent pas explicatifs mais indicateurs d’un sens et d’une logique où

les mots se confondent avec les choses. Il n’est pas étonnant, alors, de

les trouver comme matière verbale, dénonçant le projet qui les porte

lorsqu’on les prend au pied de la lettre. C’est une difficulté du langage

dans ce sens qui se résout en silence ou en langage désarticulé : le

langage des chiffres par exemple. L’énergie, « sens » de la masse, en est

l’esprit ou plutôt l’âme. Il nous semble que la généralisation d’une

notion d’énergie, explicative en toute chose, est contemporaine de la

généralisation d’une logique matérialiste.

Venons en maintenant au principe logique qui sous-tend cette

vision du monde et les explications qui en découlent. Il s’agit du

principe de polarisation qui se traduit aussi en principe d’inclusion/ex-

clusion. En effet la polarisation consiste, soit en une attraction qui tend

vers une confusion inclusive avec le pôle, soit en une répulsion, évic-

tion, exclusion du pôle. La fusion avec le pôle est critère d’existence

par appartenance à sa masse. L’exclusion est au contraire anéantisse-

ment. C’est la logique qui préside aux visions du monde matérialistes,

isomorphes des convoitises et avidités que l’homme vit sous ce régi-

me, mais aussi des logiques angoissantes et culpabilisantes de la fata-

lité et de tous les absolutismes. Ce sont évidemment aussi les logiques

du tout ou rien, celles des dualismes manichéens, celles des totalita-

rismes logiques qui ne laissent, au fond, d’issue à l’homme que dans

l’anéantissement de sa personnalité par confusion nécessaire et vitale,

promesse paradisiaque du retour régressif à la source primordiale

(mater), espoir qui défie toute espérance. S’y rejoint dans l’anéantis-

sement, l’exclusion, qui est isolement absolu d’avec sa source, menace

terrible, autre moteur de l’aliénation de l’homme. Pour le matérialis-

me, l’homme issu d’une matière « néant d’homme » est destiné au

néant dans le cercle vicieux de l’espoir et du désespoir absolus, carac-

tères de tous nihilismes. Il faut prendre garde aux conceptions anti-

matérialistes qui reposent sur les mêmes logiques et n’en sont que des

versions différentes.

210

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

3) Le naturalisme

Nous avons déjà parlé d’une « nature des choses » et d’un rapport

à la nature, animale ou matérielle en d’autres sens. Le naturalisme se

réfère à une « nature » différente : La Nature, celle à laquelle tout

appartient, dont tout est issu et à laquelle tout retourne selon un cycle

« naturel ». Ce naturalisme est plutôt végétatif, animé de mouvements

d’alimentation et d’excrétion, d’entrée et de sortie et de circulations de

flux.

C’est ainsi que ce naturalisme est d’une logique « naturelle »

animant un monde d’objets décrivant des trajectoires ou des circuits,

selon les cycles des lois de la nature.

L’objet est ici un corps matériel, structuré, distinct ; notre façon

actuellement la plus commune de voir les choses, selon l’objectivisme

contemporain.

Ces objets se caractérisent par leur mouvement et sont définis par

leurs interactions avec le milieu, l’environnement. C’est un monde

physique, le monde qu’explore la physique.

L’objet le plus simple est la sphère dont on verra que les sphères

célestes sont un des modèles.

Un des mots clé est ici celui d’équilibre. C’est vers l’équivalence,

l’équilibre des échanges et des interactions, que cette logique dirige les

choses ; équivalences pour appréhender les choses, corrélations comme

principe explicatif, mais aussi recherche d’un équilibre pour expliquer

les mouvements et la stabilité du monde. La perfection est d’ailleurs

synonyme de stabilité et d’équilibre. Etre en forme (bon objet) et

équilibré est un mot d’ordre pour circuler en ce monde ou il faut

d’ailleurs être au courant de ce qui y circule pour s’y adapter. L’adap-

tation appartient à cette logique consistant à chercher cet équilibre de

correspondance et d’interaction. La nécessité de s’adapter a l’environ-

nement, qui est un conditionnement, se présente comme l’explication

de l’état et du mouvement des choses. Dans cette « logique », fort

développée, on rencontrera tout un courant de pensée où circulent des

thèses très diverses et notamment mécanistes.

Newton d’abord, avec sa mécanique céleste, ses lois de la gravitation

et de l’attraction universelle des corps, nous présente un monde

allant vers l’équilibre selon des trajectoires, lieux géométriques du

meilleur équilibre.

C’est ainsi que s’explique et se calcule la circulation des planètes et

des astres, ces objets primordiaux que sont les sphères célestes. La

pomme est cette autre sphère, dont la chute, par gravité, est, dans la

légende, fort intéressante pour un Newton, théologien soucieux de

sexualité. Si elle lui permet d’énoncer ses lois de la gravitation uni-

verselle des corps, ce n’est peut-être pas sans isomorphie avec cette

chute, cette pomme et cette attraction sinon gravitation qu’exercent les

corps humains les uns sur les autres depuis la genèse (ou ses inter-

prétations). Il s’agit alors uniquement de rapports.

211

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

Cette mécanique, principe du « mécanisme », se trouve au coeur

de la science physique encore contemporaine. Elle se trouve dans ces

lois de la thermodynamique où le principe de l’entropie n’est rien

d’autre que la prédiction de cet équilibre d’une stabilité cadavérique,

c’est-à-dire purement physique. Or cette loi de l’entropie est fortement

utilisée par tout un courant de pensée qui y fonde aussi son inverse, la

néguentropie qui appartient, de ce fait, au même système explicatif.

Dans ce courant de pensée, on pourra situer les conceptions de

l’information ramenée à des « bits » circulant dans des canaux, codée

et décodée selon des correspondances et des équivalences, purs signaux

provisoires dans un bruit de fond, dont la distinction et l’objectivation

fait toute la présence. Il s’agit là d’une façon quasi physique et, en tout

cas, mécaniste de concevoir l’information et aussi la communication

entre les êtres. On est encore là dans la circulation des objets que sont

les signes. Cybernétique et systémique nous en décrivent les trajec-

toires, les interactions, les régulations. Ce monde d’objets circulants,

en interaction, est un monde d’échanges (objectifs) ou l’activité est

adaptation. Faire circuler, réguler, transporter, par boucles de contrôles

et feed-back associés, explique ce qu’il y a lieu d’être et de faire en

toute matière. L’homme y est agent de circulation et idéalise son

autonomie dans ce chef d’œuvre de mécanique : l’automobile.

Objectivation et interdépendance universelle caractérisent ce

même courant qui peut être aussi celui d’un totalitarisme froid par

intégration au tout et systématisation. Le règne de l’échange nous

donnera une écologie soucieuse d’intégration aux cycles naturels. Il

nous donnera une économie de marche, soucieuse d’équilibres (petits

et grands) et de régulations. Le blocage des circulations y est faute

(protectionnisme) et la généralisation des échanges devoir et bienfait.

L’homo-économicus y est bien cet agent dont le poste est d’autant plus

valable qu’il se trouve au carrefour d’un grand nombre de courants de

circulation des échanges. C’est ici que là monnaie d’échange et des

changes trouve toute sa justification d’équivalence (correspondance) et

de circulation. Le rôle de chaque agent est de contribuer a la circu-

lation générale des biens (matériels) et d’assurer les équilibres en son

lieu ; équilibres entrées-sorties.

Ce jeu des équilibres et des circulations d’objets est déclinable à

l’infini si bien que les théories les plus récentes continuent à alimenter

et renouveler le flux de ces sciences objectivistes, en faisant varier les

objets et les trajectoires ; On n’y a pas la peine et la passion des logiques

explicatives précédentes. Cela nous promet le « meilleur des mondes »

(Aldous Huxley) monde d’objets désaffectés, intervenant au profit du

système de leurs interactions extérieures, âme du monde, dame nature,

adaptés, enfin !

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LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

4) L’organiscisme

Quittant le primat matérialiste, encore épousé par le naturalisme

systémique, cette nouvelle logique va nous parler d’organismes et de

structures. Centrée sur l’axe du sens « Non-Etre », elle explique les

choses de façon exogène par une cause dont elles sont l’effet et le reflet

Un principe organisateur et structurant y développe une organisation

qui devient ainsi un organisme. Un organisme peut être ici défini

comme un ensemble d’organes organisés. Une structure de base ou

modèle, structure les choses de façon à ce qu’elles soient structurées.

C’est la même structure qui se trouve à l’origine, principe actif, et

comme résultante, dans cette logique organisatrice.

Nous avons là le principe des structuralismes, qui cherchent une

structure objective dont les phénomènes observés seraient l’objet,

c’est-à-dire un développement structurel. Ceci est applicable en socio-

logie, ethnologie, linguistigue ou en biologie. Selon cette façon de voir,

le gène et l’ADN sont supposés être les structures primordiales dont le

programme se développe de cellules en organelles, puis d’organes en

organismes et enfin d’organismes en sociétés. Voilà une certaine socio-

biologie qui se trouve fondée. L’homme n’y est pas sujet mais objet de

ses gènes dont le programme se déploie, notamment, dans l’histoire de

l’homme, continuation, comme chacun sait, d’une évolution continue

depuis ces protéines précédant et constituant l’ADN générateur.

Sur le mode organiciste, le monde se constitue comme un orga-

nisme vivant qui deviendra le modèle et l’idéal de nos institutions

appelées volontiers des organisations. Comme un grand corps vivant,

l’Etat viendra parfaire cette organisation sociale en attendant que le

monde s’y trouve entièrement structuré.

Dans un tel monde chacun se trouve identifié par sa place dans

l’organisation, elle-même déterminée par sa fonction. C’est donc en

tant qu’organe d’un organisme que chaque chose existe. L’identité en

découle, marquée par ses titre désignant des fonctions plutôt que des

sujets (Monsieur le Directeur...).

L’appréhension de tout chose se fait ainsi par sa place et sa

fonction auxquelles elle est identifiée, et la science se fait structurale,

celle qui dit îes places et les fonctions dans un ensemble organique.

C’est une science des organigrammes, des classes, normes, modèles et

catégories.

Cette logique tend ainsi à concevoir un monde des choses ordon-

nées, dont le fonctionnement est la preuve de son animation avec

prévalence du modèle biologique. L’âme en est la structure fonction-

nelle qui n’a d’autre fin que de fonctionner et ainsi développer son

organisme de façon à intégrer peu à peu toutes choses. Ce langage

évoque particulièrement celui de l’administration et de la gestion.

Dans nombre d’organisations, la gestion budgétaire est le reflet de cette

organisation et de son fondement. C’est plus généralement le langage

213

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

de l’Etat administratif soucieux de la vie du corps social dont les

« fonctionnaires » révèlent le rôle exemplaire. Standardisation,

normalisation, modélisation, structuration : l’organisation génère ses

principes agissants, prolongement de son propre fonctionnement.

La conservation structurelle est la loi de l’organisme.

Dans cette perspective, le corps humain est l’un des modèles

privilégié dont on retrouvera les principales fonctions organiques dans

les organisations : tête, membres, coeur, cerveau. Ce dernier est con-

sidéré comme le siège de toute pensée, elle-même épiphénomène pro-

duit par les structures de ce cerveau où on les cherche ardemment. Ces

pensées n’ont d’intérêt, alors, que comme vecteur de la structure

qu’elles véhiculent et que certains linguistes originent, par le biais du

langage, dans les gènes eux-mêmes. Ces fonctions principales de con-

servation de la structure pourront être localisées dans un organe céré-

bral commandant un système nerveux. Dans certaines organisations la

structure sera ainsi conservée par des organes que l’on désignera par

leur fonction : des cadres.

5) Le rationalisme

Le principe de ce rationalisme est celui de la « Raison opérante ».

Son monde est un monde de Raison, rationnel donc et seule notre

défaillance nous empêcherait d’apercevoir les raisons de toutes choses.

Ce sont encore des Raisons objectives. Passant dans la partie supé-

rieure de la carte de Cohérence, nous allons y rencontrer des variantes

de l’humanisme.

Ce par quoi l’homme appréhende les choses est sa Raison qui est

considérée comme la Raison même des choses. C’est donc un huma-

nisme objectivant qui fait d’une qualité humaine une cause structu-

rante (croisement des deux axes de la carte). Tout se passe, presque,

comme si le raisonnement par lequel la raison opère était le mouve-

ment même de la constitution des choses. C’est alors que l’application

du raisonnement deviendra processus opératoire.

Rationnaliser le monde est l’oeuvre humaine par excellence,

consistant à prolonger la rationalité des choses. Rationaliser consiste à

établir des rapports valables entre les choses. Elles en deviennent

utilisables dans le champ humain. Le rationalisme, invention de rap-

ports valables pour comprendre le monde, débouche sur un technis-

cisme lorsque ces rapports sont opérés sur les choses elles-mêmes. La

caractéristique d’un schéma opératoire est d’être rationnel. L’homo

habilis est celui qui est capable d’opérer intelligemment pour utiliser

les choses à son service. La traduction symptomatique de cela se

présente dans l’outil et la technique. C’est, selon cette logique expli-

cative, ce qui caractérise le développement humain et le différencie des

autres êtres du monde. Ses qualités humaines seront d’ailleurs appré-

ciées par les comportements manifestés. Ceux-ci traduisent une capa-

cité, une technicité qui vise à l’efficacité. L’efficacité, mot clé du

rationalisme consiste a établir le meilleur rapport entre causes et effets

214

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

selon les valeurs humainement définies et exprimées éventuellement

en termes d’objectifs.

La vision rationaliste et techniciste nous promet, grâce à la com-

pétence technique et aux performances de ses spécialistes, un monde,

où à la limite, les outils ou appareils conçus par l’homme, le rem-

placeront en améliorant son efficacité. N’est-ce pas le projet généra-

lisant l’usage de l’outil rationnel qu’est l’ordinateur ? Ne va-t-il pas,

chez certains auteurs, jusqu’à devenir une sorte de méga-cerveau, à

l’échelle planétaire, mais bien plus efficace que l’homme dont il pro-

longe ici la Raison triomphante.

Avec le rationalisme nous entrons aussi dans une logique de

valeurs, et la rentabilité devient une forme de rationalité. Elle reste

cependant subordonnée à la raison humaine, à rencontre d’un pro-

ductivisme qui ne s’évalue qu’en quantité. « Comment faire bien ? » est

la question du rationalisme à laquelle se réduirait un « comment

être ? ». Il s’agit d’être compétent, performant et donc de développer

des comportements efficaces. Le corps et chaque occasion de la vie

sont l’enjeu du développement de techniques appropriées. Techniques

d’expression, techniques de relation, techniques de communication,

etc... Il n’y a pas de limite au développement de la raison et à ses

opérations. Le monde rationnel a toujours une raison à découvrir et à

mettre en action. Il suffit de trouver les instruments appropriés et de

les utiliser efficacement. C’est comme cela que chacun s’identifie à la

nature et à la qualité de sa Raison : sa spécialité. Un monde de spé-

cialistes doit d’ailleurs être rationalisé, chaque spécialité contribuant

à l’opération globale de rationalisation.

Celle-ci peut apparaître comme une maîtrise, mais maîtrise de

l’homme et du monde par la Raison humaine. Constatons, qu’à l’op-

posé, règne la passion et la possession. La Raison, désintéressée,

l’ignore comme elle ignore un pouvoir qui ne serait pas fondé sur la

plus grande compétence technique, la plus grande faculté rationnelle, le

plus raisonnable. C’est d’ailleurs comme cela que la raison gouverne,

raisonnablement sur les seuls critères techniques. On peut reconnaître

alors la technocratie, qui n’est que l’exercice de cette maîtrise de la

raison et la généralisation de son opération sur le monde et les gens. Ni

l’un, ni les autres ne devraient y trouver à redire... s’ils sont bien des

êtres de Raison. Mais les technocrates n’ont pas toujours raison. En

tout cas, pour eux, il n’est guère question de sens ni donc de personne.

Ce rationalisme, qui est aussi constructivisme dans le registre

opératif, est légalisme et moralisme lorsque la règle de raison prime sur

le sujet. Le terme de Raison, pris ici dans un sens formel, idéal,

pourrait être entendu par ailleurs comme sens ; mais ici la Raison n’est

qu’une modalité formelle du sens. L’homme pour nous, est d’abord un

Etre de sens parmi lesquels celui de l’animalisme et celui du ratio-

nalisme s’opposent.

La raison n’est qu’une modalité existentielle, formelle et mentale,

du sens et n’est donc pas première, mais seconde pour la personne. Le

215

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

rationalisme, au contraire, la place comme première en y subordon-

nant le sujet humain, alors qu’il ne s’agit jamais que de la raison d’un

sujet.

Le problème du rationalisme est au coeur de l’une des ambiguïté

philosophique majeure, depuis le Moyen Age pour le moins. En effet si

le sens en l’esprit, en l’Instance, en la personne, se manifeste comme

« ratio » ou « rapport significatif » ou raison, dans l’immanence de

l’existence ; c’est mettre l’Homme à l’envers et rompre l’accès à l’hom-

me et à Dieu que d’imposer la voie de la raison. Elle revient à ne

connaître qu’une transcendance, limite mentale de l’immanence, au

lieu de la transcendance vivante par laquelle s’éclaire l’homme et le

monde.

6) L’humanisme

Nous entrons dans un type logique qui pourra nous paraître

étonnament moins familier ; cela en dit long sur une époque et con-

firme une mort de l’homme que l’on nous propose comme idéal

nécessaire.

Nous sortons des logiques objectivistes et sommes à contre sens

des logiques matérialistes. C’est ici qu’apparaît l’homo érectus : l’hom-

me debout. Quiconque a été témoin des premiers pas d’un enfant sait

que, pour lui (et peut-être ses témoins), c’est de la fierté qu’il éprouve.

Ni le fruit d’une cogitation sur l’utilité de la marche, ni la réponse à

une nécessité immédiate qu’un déplacement au ras du sol permettait

de satisfaire, ne poussent l’enfant à ainsi se dresser.

C’est le sens de l’élévation qui se confirme dans cet acte et la fierté

qu’il signifie. Voilà ce par quoi les choses et le monde sont ici appré-

hendés : leur valeur d’humanité.

Toute chose se mesure ici à l’aune de l’humanité. Cette mesure a

besoin alors pour s’effectuer d’une confrontation entre l’homme et le

monde et c’est par des réalisations qu’elle se prend. L’activité, le

travail, les oeuvres sont cette prise de mesure d’humanité. Leur con-

séquence est l’humanisation du monde qui nous entoure, c’est-à-dire

son édification à la mesure de l’homme. Ceux qui, au fond, méprisent

l’humanité seront ici scandalisés, surtout s’ils font de l’homme un

avatar secondaire et destructeur de la Nature ou de la création. Ce

point de vue, ici, ne nie pas les défauts de l’homme mais les situe non

comme des substances premières mais comme des absences et des

défaillances de qualités d’humanité. La déshumanisation est aussi

oeuvre humaine, oeuvre par défaut.

De ses premiers pas l’enfant mesure sa présence d’humain, fier

d’être debout, et mesure, de celle-ci, l’espace qui l’entoure et qu’il

habite de cette présence. S’inaugure pour lui un nouvel espace à la

mesure de ses pas.

Ainsi cette logique humaniste édifie le monde en le découvrant en

ses qualités humainement déterminées. Elle édifie l’homme en révé-

216

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

lant justement ces qualités humaines qui constituent cette « qualité

d’homme ». Ceci se produit au cours de tous les actes où l’homme se

mesure au reste du monde, prend sa mesure d’humanité et la donne à

ce monde.

Cette logique humaniste conduit ainsi au « progrès ». Progrès de

l’humanité en l’homme et dans le monde. Il s’agit donc d’un progrès

d’humanisation par le biais d’actes et de réalisations, y compris maté-

rielles, et non pas d’un progrès matériel, mesurable en quantité, par

l’exploitation et l’épuisement des qualités humaines.

Parmi les qualités les plus élevées figure l’intelligence. Une

« intelligence des choses » qui n’est, ici, ni froid rationalisme, ni encore

conscience éclairée. Cette « intelligence des choses » est justement cette

faculté de discerner les qualités en fonction des projets que l’on s’est

donnés. L’évaluation (discerment des qualités et des valeurs) de la

température du four pour le boulanger n’est pas ici une question de

degrés mais de qualité du pain tel qu’il soit apprécié. La température

est question d’appréciation par un homme pour des hommes. Rien

n’interdit d’utiliser pour cela un thermomètre mais à condition de ne

pas oublier que la mesure reste humaine. Un thermomètre n’a d’ail-

leurs jamais rien mesuré, il n’est pas le sujet d’un quelconque projet de

mesure dont il n’a rien à faire.

C’est ainsi que tout savoir sur le monde et sur l’homme lui-même

sont corrélatifs, puisque leur mesure commune est d’humanité et leur

développement, progrès de celle-ci. Envisager une structure atomique

de la matière ne révèle ici que la subtile faculté d’intellection des

hommes et, en aucune manière, ne peut prétendre être la vérité de la

matière. Chaque savoir est une mesure d’homme, qui le révèle à lui-

même, et y associe le monde, qui prend alors figure du fruit de son

intellection (ou autres facultés en exercice). C’est ainsi qu’un discours

de savoir vaut par l’humanité qu’il révèle et non par la « vérité abso-

lue », sensée dire (en langage d’homme) ce que sont les choses intrin-

sèquement, abstraction faite de l’humanité qui s’y est exercée.

La logique humaniste est telle que l’humanité, qui est le lieu de

son exercice en chacun et en tous, n’est plus déniée dans les fruits de

cet exercice. Autrement dit, l’appréhension du monde et les réalisa-

tions de l’homme sont irréductiblement humaines, c’est-à-dire à sa

mesure et de ses propres paroles, gestes ou perceptions et surtout

évaluations. Si je dis ceci est grand, cela n’a pas d’autre sens que

relativement à mon appréciation. Si je dis cela fait 100 mètres, cela ne

veut rien dire à moins que je me rappelle que les mètres sont une

mesure d’invention humaine qui se convertit encore en pouces,

coudées, pieds...

Par ailleurs, cette logique est telle que plus il y a « d’humanité »

dans le discours et les réalisations humaines, plus f’humanité s’édifie ;

éducation d’autrui par des « guides en humanité », édification de celui

qui oeuvre et qui prend ainsi sa mesure d’humanité et l’exalte,

édification du monde et d’une société humanisée, c’est-à-dire pleine

d’humanité, édification de l’humanité en chacun par sa découverte et

son exercice.

217

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

7) Le culturalisme symboliste

Le naturalisme objectiviste, juste à contre sens, est un naturalisme

matérialiste et organisciste (bas et droite de la carte). De même le

culturalisme symboliste est un culturalisme humaniste et personnaliste

(haut et gauche de la carte). Le terme de culturalisme est choisi ici en

un sens plus précis, celui de cette logique explicative même. C’est, bien

sûr aussi, une prise de position sur la culture. Proche de l’humanisme,

ce culturalisme le croise avec le personnalisme que l’on étudiera

ensuite. Il rajoute à l’humanisme un sujet : la personne qui participe de

l’humanité, mais pour se découvrir Etre, en conscience.

Le culturalisme est tel que toute chose n’est pas considérée en

elle-même mais pour ce qu’elle signifie. La conscience de cela et des

sens est ce que l’on peut appeler symbolisation. De cette façon, toute

chose n’existe qu’en tant que signifiante et a de ce fait nature et valeur

symbolique, c’est-à-dire culturelle, (fait de consensus).

Or, ce que chaque chose signifie, ce par quoi elle est appréhendée,

c’est en lui-même que l’homme le trouve : son propre sens. Chaque

chose est signifiante de l’homme en son Etre et notre théorie dirait : en

son Instance. C’est de ce fait même, que la conscience (de sens et donc

d’Etre) peut appréhender simultanément ce qui est sens commun à

l’homme et au monde, ou du moins le semble-t-il. C’est cette cons-

cience que l’on peut qualifier de connaissance, qui est connaissance de

soi, de son Etre d’humanité et connaissance « intime » des choses du

monde en tant que signifiantes.

Cette appréhension du monde ne se produit que dans un com-

merce avec celui-ci (pas celui des marchands) et avec les autres. Il se

révèle alors que c’est dans un consensus entre hommes que s’incarne

chaque chose, signifiante ainsi des sens propres de chacun et des

mêmes sens en consensus avec d’autres.

La symbolisation peut être alors considérée, d’une part comme la

création collective de signifiants qui constituent le monde existant,

offrant d’autre part en retour la possibilité d’une élucidation, connais-

sance, conscience des sens, conscience d’Etre. Elle permet ainsi au sujet

d’accéder à cette conscience d’Etre, à cette liberté et cette singulari-

sation que cette théorie explicite. Elle passe ainsi par une conscience,

d’Etre transcendant à toute réalité, y compris la sienne.

Cette symbolisation collective, c’est l’édification et la personnalisation

d’une culture. C’est la constitution de l’ensemble de ses signi-

fiants, c’est-à-dire ce qu’elle juge être la réalité du monde pour elle.

C’est cette réalité que le naturalisme positiviste juge, lui, être « la

nature des choses » objectivement et sans autres conséquences. La

culture vit du jeu des signifiants, dont le langage fait partie comme

facilitateur. Elle évolue par l’innovation qui est création de signifiants

nouveaux, c’est-à-dire de nouveaux objets culturels, qu’ils soient

verbaux, conceptuels, matériels, utilitaires, etc...

218

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

Cependant cela a une conséquence, c’est que cette création de

signifiants nous les donne à reconnaître ensuite comme tels,

c’est-à-dire à s’y reconnaître. Ainsi la réalité de chaque culture, en tant

qu’ensemble de signifiants propres, médiatise pour ses membres

l’accès à eux-mêmes, par le consensus avec les autres et l’élucidation

de ces sens. Dans le monde, cela se présente comme le jeu de l’exis-

tence, jeu de manifestations personnelles dans des ensembles culturels.

L’homme, en tant qu’Instance, en est, collectivement, l’auteur trans-

cendant et s’y découvre tel. Dans l’existence de cette réalité chaque

chose vaut donc personnellement et culturellement. Le rapport Moi-

Monde se fait par un consensus avec les autres constituant la culture

dont l’élucidation est celle de la personnalité culturelle, consensus

spécifique des personnalités individuelles.

Ainsi, la culture se développe, pour ses membres, dans sa réalité et

ses objets signifiants, au fil de l’exercice de l’activité de ceux-ci,

commerce entre eux et avec le monde. C’est ainsi qu’ils font le monde

(pour eux) par une activité qui est essentiellement de relations et de

communications, activité que l’on pourrait appeler « professionnelle ».

La profession y est alors toujours profession de foi, c’est-à-dire

profession de soi autour d’une activité signifiante, dont tous les gestes et

les objets sont symboliques. C’est toujours une profession culturelle

s’inscrivant dans un consensus avec d’autres communautés de coopé-

ration et de convivialité.

Ainsi chaque groupe d’humains peut être vu comme générateur de

culture, porteur d’une personnalité culturelle qui le signifie, culture qui

leur est donnée à élucider pour se connaître en conscience d’être.

Toutes les activités et collectivités, selon cette logique, ressortis-

sent de ce culturalisme symboliste.

Il faut remarquer que l’autonomie que procure la conscience

personnelle y est obtenue par le partage culturel et donc une communion

(consensus) avec les autres. Enfin répétons que chaque objet du monde

est donné à lire comme symbolique, c’est-à-dire à connaître par ses

sens, ceux des consensus, en nous. C’est le cas de toutes ces produc-

tions d’objets du naturalisme positiviste, notamment, qui peuvent

ainsi être réinterprétés symboliquement, objets, concepts, lois « scien-

tifiques » de la nature etc... Le culturalisme-symboliste peut avoir à

élucider même les sens des autres logiques pour en permettre le dis-

cernement et la conscience d’en être auteur comme Instance. Entrer en

consensus est la condition d’appréhension-symbolisation et, l’élucida-

tion, la condition requise pour être libre de choisir. Les chapitres

suivants, théorie des Cohérences et théorie de la pratique en proposent

l’exercice.

Enfin, cette perspective épistémologique permet de comprendre

en quoi le monde est la première Bible pour l’homme, homologue à la

seconde, ce qui les rend l’une et l’autre révélatrices de l’homme et du

sens de son accomplissement.

219

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

8) Le personnalisme

La logique personnaliste se fonde dans l’expérience subjective de

l’objectivité, celle de la présence d’un sujet dans ses objets. Elle expli-

que les choses par leur présence qui se manifeste. Cette présence

manifeste est l’expression de leur essence ou de leur Etre particulier,

leur personne. Le monde est ainsi peuplé d’êtres, c’est un monde

d’êtres manifestés. Ce qui se présente à notre expérience n’en est que

l’ensemble des manifestations. En tant que telles les manifestations

sont l’expression des propriétés caractéristiques de chaque être. Ainsi

tout ce que pense, fait, exprime un homme est « présentation »

manifeste de ce qu’il est comme personne. Il en est le sujet. De ce fait, selon

cette logique, tout ce qui se présente à nous et que notre subjectivité

nous donne à voir, est considéré comme l’expression manifeste d’un

être, ou d’êtres, dont l’essentialité nous est ainsi signalée sur le plan

manifeste. C’est une considération d’évidence : ce que nous constatons

par expérience, est. On peut s’y fier. Cette logique est ainsi une logique

de foi, telle que toute chose du monde et le monde lui-même, tel qu’il

nous apparaît, sont manifestations d’êtres et, éventuellement, d’un

Etre divin « origine » du tout manifesté, origine de sa création qui le

révèle. Ainsi, pour le personnalisme tel que nous en considérons la

logique explicative, pour chaque chose présente, un être en répond, en

est responsable : c’est une personne.

Le monde qui nous apparaît révèle alors la présence d’êtres

personnels qui se manifestent a travers lui, comme si ne nous était

présenté que l’envers des choses où, à l’endroit, en leur lieu propre, réside

le véritable sujet. C’est cet « entendement » qui nous révèle notre

propre personne subjective, auteur de nos manifestations et constata-

tions objectives. Cette perspective personnaliste nous permet de traiter

toute chose comme si c’était une personne dont les propriétés origi-

nales nous seraient, en soi, inaccessibles, sinon par identification à

partir de leur présence, manifeste à nos yeux.

Chaque chose est ainsi unique et originale en tant que révélatrice

d’un être particulier qui est l’auteur de cette manifestation. Cela con-

duit les hommes à parler toujours d’autorité, se fiant à leur subjec-

tivité, que toute expression révèle. Selon cette logique, je suis l’auteur

de tout ce par quoi je me manifeste et chaque chose que j’exprime est

une vérité authentique puisqu’elle me manifeste.

Tout est vérité, alors, puisque fondé dans son auteur : la personne,

chaque Etre, l’Etre supérieur, lorsqu’il s’exprime, se manifeste. Le

pronom réfléchi s’applique bien au sujet qui s’exprime dans le sujet

exprimé. Il n’y a qu’un seul sujet au discours : l’auteur qui le prononce

et ainsi se prononce authentiquement. Nul ne peut ne pas être authen-

tique puisque sa présence est manifeste en tout ce qu’il exprime.

Cette logique entraînera aussi à se considérer, ainsi que chaque

homme (par identification), comme sujet, auteur de ses manifestations :

personne originale. En outre, tout objet d’expérience, jusqu’au

220

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

monde entier ne pourra être conçu que comme l’expression d’un être

« personnel » qui se présente ainsi. Par exemple, il n’y a d’objets que

de désir, si tel est le propre du sujet.

Une question pourrait rester éventuellement en suspend. Les êtres

sont-ils eux-mêmes création manifeste d’un être supérieur ? A cette

question ultime qui est ici sans réponse, « l’animalisme » empirique

répondra en réduction par la possession. Le sujet d’instincts et de

pulsion est comme Dieu (ou Diable) par lequel il serait habité, se

confondant avec, quelque soit le nom de cette toute puissance ou toute

impuissance qui l’habite. Le culturalisme symbolique trouvera qu’au-

delà de tout Etre et s’y manifestant en personne humaine (Instances),

réside ce qui les fonde tous dans l’Unité. L’Instant peut en être un

nom, un des noms de Dieu. La logique personnaliste n’en connaît que

le manifeste (épiphanies), elle ne discerne pas facilement ainsi, trans-

cendance et immanence que seule la logique culturaliste symboliste

peut différencier.

L’ambiguïté possible du personnalisme est qu’il peut, aussi bien,

avoir une version matérialiste, qu’humaniste. Selon le cas, les mots

eux-mêmes n’ont plus les mêmes sens. Le personnalisme se fait com-

plice de l’animalisme, lorsque l’homme y est relégué au rang d’animal

(dit ou non rationnel), soumis à un Dieu d’arbitraire, intervenant selon

des impulsions bien humaines, sinon animales, pour s’approprier cer-

tains Etres aux prises avec les puissances diaboliques. Il s’agit là d’un

personnalisme de la possession, dont seule, la conscience humaine

personnelle peut discerner les sens pour ne pas s’y laisser posséder. Le

remplacement de l’absolutisme des pensées matérialistes par le rela-

tivisme humaniste, pour tout ce qui concerne le monde de l’homme,

est la condition pour retrouver un personnalisme culturaliste et sym-

boliste, seul compatible avec la transcendance vivante de l’homme et

de Dieu, capable de résoudre, pour l’homme, l’apparente contradiction

d’être une créature libre sans être soi-même un créateur arbitraire.

221

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

LA LOI ET L’ORDRE

Qu’est-ce que la loi et quels rapports l’homme peut-il

instaurer avec la loi ?

Différents registres sont concernés par cette question, où

le thème de la loi prend différents autres noms : règles, ordre,

dogme, droit mais aussi peut être liberté et verité si l’on

retrouve un sens moins commun, celui de la loi juste.

Parmi ces registres, rappelons celui de la loi morale, règle

de vie et de relation ; celui de la loi sociale, nationale ; celui de

la « loi du père » que la psychanalyse invite à voir comme

fondatrice. Le dogme religieux n’est-il pas encore loi ? Et que

dire des « lois de la nature » ou de la loi de la jungle avec ceux

qui font la loi et ceux qui la subissent.

Un travail de discernement avec la carte générale de

cohérence « épistémologique » conduit à placer des repères

dialectiques dont les combinaisons nous amènerons à exami-

ner particulièrement quatre types de lois et leurs enjeux pour

l’homme.

On verra ainsi qu’une loi qui ne serait pas manifestation

d’autorité personnelle est lettre morte à moins que l’homme

consente à s’y conformer, au péril de son âme. Une loi qui

serait faite d’interdits ou d’obligations plutôt que de directives

et d’orientations ne ferait qu’aliéner l’homme. C’est ainsi tout

le rôle éducatif de la loi qui est alors en question, de même que

la justice.

Un premier repère nous est donné par cette opposition

entre une loi qui manifeste la détermination de son auteur

(personne ou collectivité) en face d’une loi purement formelle :

structure ou ordre à priori auquel il ne s’agit que de se con-

former.

La première n’est rien d’autre qu’une manifestation révé-

latrice dont l’observation amène à son origine, son auteur, son

sens, le consensus collectif qui s’y exprime. Une telle loi n’a

d’autre fonction que de repérage. Elle marque le lieu de l’auto-

rité et en exprime le sens ou l’intention. Sa fonction n’est que

dans ce repérage à partir duquel il est possible de participer ou

non, ou aussi d’assurer sa propre autorité exprimant sa propre

loi ou encore assumant à son compte la loi commune dans le

partage d’autorité.

La seconde, à priori, n’a pas pour fin d’exprimer et de

repérer mais d’ordonner. C’est la conformité qu’elle propose,

se faisant, modèle, structure, à visée de normalisation. Cette

loi vise l’arrangement des choses, des comportements, des

222

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

LA LOI ET L’ORDRE

identités. Cet arrangement peut d’ailleurs être le reflet d’une

norme, choisie démocratiquement, destinée à se généraliser.

C’est une loi formelle, formellement établie, destinée à former

le monde qui en est l’objet.

C’est bien d’un Etre objet qu’il s’agit, en étant sujet à cette

loi. La loi de l’Etat dans sa finalité d’ordre, organisateur,

administrateur, gestionnaire est de ce type, opposée ainsi aux

lois personnelles dont les autorités sont auteurs, autorisées ou

non par ceux qu’elles concernent ; ce qui change tout.

A la loi, ordre révélé, et à la loi ordre établi, il faut

combiner une autre opposition dialectique. Celle-ci présente

en inverses : la loi ordre absolu qui oblige ou interdit et la loi

ordre indicatif qui oriente et dirige.

La première caractérisée par un ordre absolu n’est plus

qu’à exécuter. L’exécution n’est rien d’autre que condamna-

tion directe ou par défaut. C’est bien de fatalité d’une part, et

de faute d’autre part qu’il s’agit avec cette loi. Elle a pour

fonction de confondre ou d’exclure et s’exerce dans la confu-

sion des coupables ou (et) leur exclusion. Cette loi tranche et

c’est en son nom que les sanctions se font sections. Cette loi

totalitaire réduit l’homme à l’ordre qu’elle constate. Elle est

toujours totalitaire et sa fonction est de condamner lorsque

l’homme n’a pas chu assez vite à ses pieds. Cette loi a ses

coupables et ses coupeurs, ceux qui donnent les ordres qui ne

restent qu’à exécuter avec les interdits qui y contraignent.

A l’inverse la loi directrice propose. Elle différencie et

discerne l’ordre selon sa finalité. C’est ainsi qu’elle guide et

dirige, jalonnant les parcours, orientant les oeuvres. Cette loi

est plutôt plan. Non pas plan à exécuter, ni plan formel mais

plan directeur. La loi évolue, mesure les directions et les

valeurs. Elle juge, non en tranchant ; mais en pondérant, son

rôle est ainsi de permettre le choix, l’analyse, et aussi de

donner la mesure selon le choix. La balance, symbole de jus-

tice, pourrait alors être interprétée comme instrument de dis-

cernement et non pas comme un fléau fatal. Ainsi, donner des

directives pour indiquer le chemin et donner des ordres pour

exécution font-ils appel à deux lois de sens inverse.

Ces quatre types de lois rapidement posés, examinons

leurs combinaisons, situant ainsi quatre sens pour quatre lois

dont on envisagera la nature et les conséquences.

223

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

LA LOI ET L’ORDRE

1)La loi de la jungle ou loi du plus fort

C’est la loi de celui qui « fait la loi » et l’impose. Cela

définit le pouvoir personnel dont la loi exprime l’arbitraire. Le

dictat, le bon vouloir, le fait du prince font loi et celle-ci doit

être exécutée. Loi d’autorité et loi absolue nous avons là la loi

impériale et impérieuse. Elle s’impose aux assujétis qu’elle

confond ou élimine avec l’autorité qui la déclare. Cette décla-

ration se fera du même coup volontiers au nom de tous, qui s’y

confondent, et à rencontre des autres, qui s’en excluent. Cette

loi, toujours personnelle, est très souvent énoncée au nom du

peuple, de l’intérêt commun ou de la défense commune, elle

défend la limite (et tranche) entre le propre (propriété) et

l’impropre (l’autre). C’est toujours une loi inique quelques

soient ses termes. Il faut ranger dans ce sens la compréhension

courante du dogmatisme et de l’antidogmatisme dogmatique,

dans tous les domaines, du religieux au politique notamment.

La loi qui révèle peut ainsi devenir violence inique si elle

est combinée avec un ordre nécessaire et fatal, la loi absolue ;

L’histoire nous relate la fréquence des ravages de cette loi

d’injustice au nom de Dieu, du peuple ou de personnes sacra-

lisées. L’autorité qui inscrit ses fins dans la matérialité se fait

pouvoir inique se sacralisant par la loi qu’elle impose au nom

d’une toute puissance.

2) La loi de la nature ou loi d’équilibre

Après la violence de la loi précédente, celle-ci peut paraître

rassurante, indiscutable, objective. C’est bien là le drame.

Elle combine le sens de la loi fatale et celui de la loi formelle,

éliminant du même coup l’autorité personnelle. Il n’y a plus

d’autorité donc plus de responsable et ainsi il s’agit d’une loi

d’irresponsabilité. La Nature viendra comme caution d’une loi

qu’il faudra bien quelque homme pour formuler. Les lois

scientifiques, des sciences de la Nature, d’une « nature humai-

ne », promues comme lois objectives régissant l’ordre naturel,

sont celles qui règlent la circulation, l’évolution et la nature

même des choses. Ainsi les lois de la mécanique régissent-elles

le jeu des rouages des machines y compris la « mécanique

céleste » et la mécanique corporelle des êtres vivants. La loi

régit l’équilibre ou, plus précisément, y vise équilibre au plus

bas, par entropie, ou l’inverse.

Les théories sociales ou économiques se donnant comme

lois de la nature sont de cet ordre. Elles ont pour fonction

224

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

LA LOI ET L’ORDRE

l’objectivation et comme méthode l’objectivité. Quoi de

moins subjectif ? Quoi de moins arbitraire ? Quoi de plus normal ?

Or ces lois de la nature ont comme caractéristiques de ne

pouvoir être transgressées sinon par faute contre-nature. Elles

sont critères du bien et du mal, indépendamment prétendent-

elles, de la subjectivité humaine. L’homme est objet de nature,

objet de ses lois nécessaires. Obligations et interdits sanction-

nent la conformité à la loi. La loi objective qui se donne

comme « vérité » est lettre pure et « venté » absolue. Et cette

lettre tue. Cette loi est meurtrière de l’esprit, du sens de

l’homme qui se dénie et dénie son rôle d’auteur. La loi objec-

tive ignore qu’elle n’est qu’objectivation, relative à son sujet,

son auteur. C’est aussi une loi totalitaire qui prête à l’abandon

de soi, l’abandon de toute liberté propre, l’abandon d’Etre,

puisque tout est écrit dans la loi y compris dans la loi encore a

connaître.

Considérer la loi comme vérité nécessaire et formellement

exacte ou la proposer comme telle équivaut à une aliénation à

un « ordre naturel des choses », dénégation de l’humanité en

l’homme, de la liberté humaine, de tout devenir personnel

contraire à l’ordre naturel, seul porteur de devenir et de son

sens. Il n’y a alors de fin pour l’homme que l’abandon à la

fatalité conformément à la loi. Or le texte de cette loi peut être

juste en tant que loi humaine, authentique notamment. C’est

la considération de ce qu’est la loi et du rapport à la loi qui est

en question.

Comme St Paul le répète, la loi condamne par sa lettre.

Pour qu’à l’inverse elle justifie, la loi suppose la foi, déjà en

l’autorité de soi et de l’auteur et aussi le discernement des

directions du devenir (des esprits). Avant de passer à cette loi

« sainte », c’est-à-dire juste, il nous faut envisager un troisième

cas, la loi de Raison.

3) La loi de raison ou loi de droit

Comme la loi de la nature, elle est aussi formelle et n’est

pas une loi d’autorité. Cependant elle n’est plus ordre à exé-

cuter, fatal ou nécessaire mais direction indiquée, directive.

La loi de raison établit des rapports ordonnés selon des

valeurs humaines. Elle est ainsi loi morale. Cependant elle

prétend être normative. Sa lettre est modèle premier ou ultime

de perfection à laquelle il ne peut qu’y avoir (normalement)

conformation. L’anormalité est ce qui n’est pas conforme et

enjoint de se rectifier. Les raisons de la loi sont conforme à la

225

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

LA LOI ET L’ORDRE

raison et, s’il s’agit bien de guide, d’orientation, c’est la géo-

graphie même du chemin qui est proposée à parcourir et non

l’expérience humaine à vivre. La rectitude est le rapport atten-

du a la loi et celle ci est le droit ou l’état du droit. Ce droit est

directif, indicateur et s’écrit dans sa lettre comme loi.

A l’opposé de la loi de Raison, la loi de la jungle ou du

plus fort est celle ou le droit est enjeu d’avoir. Avoir le droit,

comme avoir raison : c’est faire la loi. Ici le droit résulte d’une

norme collective, démocratique par exemple, et indique la

bonne direction. Il est malheureusement notable que cette loi

de droit et de raison est prise à contre sens lorsque sont en jeu

pouvoirs et avoirs. La loi de raison est alors appropriée par le

pouvoir et l’autorité.

4) La loi juste, loi révélatrice en vérité

C’est toujours une loi directrice mais, cette fois aussi, une

loi d’autorité. Elle indique le lieu et le sens de l’autorité.

Indicatrice et repère elle joue un rôle de médiation, tant pour

la connaissance et reconnaissance de l’auteur de la loi que pour

la connaissance et reconnaissance de celui qui s’y exerce com-

me autorité, libre et responsable. Il ne s’agit donc plus d’obli-

gation absolue, ni de conformité à la lettre mais au contraire

d’indications et de reconnaissance. La loi juste est à la fois

expression authentique et orientatrice vers la voie juste pour

soi.

C’est en tant qu’autorité libre et responsable que le rap-

port à la loi est possible ou plutôt c’est ce qu’il amène. Elle

aide à discerner la voie d’accomplissement de l’homme, recon-

naissant son autorité propre et le sens de son devenir. Cela

suppose que ce soit une loi d’Homme mais aussi qu’elle soit

proposée comme telle tout en indiquant, dans sa révélation, la

direction à prendre.

Telle peut être la loi politique si elle révèle les sens du

consensus et particulièrement celui qui mène chacun à se

reconnaître auteur avec les autres de ce consensus.

Telle peut être la loi religieuse, sociale, familiale. Toute loi

juste est éducatrice et édificatrice, révélatrice à condition de

n’être pas prise comme loi objective autonome. La loi juste est

fruit de la connaissance qui ne doit être détaché de son arbre :

l’Homme. C’est comme cela qu’elle peut être reconnue comme

juste et féconde. Il n’y a pas de loi juste sans autorité qui guide

et oriente.

226

227

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

EPISTEMOLOGIE DES SCIENCES HUMAINES

ET LEURS PRATIQUES

La multiplicité des sciences humaines et psychologiques

témoigne de la diversité des conceptions auxquelles sont con-

frontées les pratiques. Il y a des présupposés qu’il est bon de

connaître et de méditer. La théorie de l’Instance et des Cohé-

rences propose une analyse différentielle des tendances épis-

témologiques où se situe le choix de la sienne propre.

1) Epistémologie de là question du sujet

Lorsque les sciences humaines se préoccupent de l’homme,

il est commun de lui attacher la dénomination de « sujet » ;

un sujet serait une valeur particulière s’opposant à celle d’objet.

Il y a là cependant une multiplicité de compréhensions de

cette notion de « sujet » dont chacune est significative, à la

fois, d’une épistémologie particulière et d’un statut de l’hom-

me auquel s’adressent les chercheurs et les praticiens.

Quel est donc leur sujet ?

La théorie de l’Instance et des Cohérences prend position

sur cette question mais permet, en outre, de la situer parmi

d’autres positions épistémologiques.

Les expressions choisies sont destinées chacune à évoquer

le sens d’une considération particulière de l’homme-sujet

impliquant une approche scientifique différente. La notion même

de science en est transformée.

Remarquons :

- l’opposition verticale entre un sujet différencié et un sujet

isolé, une conception humaniste et une conception matérialiste

de l’homme,

- l’opposition horizontale : un sujet personnel original, poten-

tiellement libre et responsable et un sujet qui n’est que sujet à

un ordre supérieur impersonnel qui le structure, auquel il est

identifié.

Il n’y a qu’un sujet personnel différencié (en haut à gau-

che) qui soit véritablement et le seul humain, auquel sont

subordonnés ses « objets » qui ne sont que les produits d’une

objectivation collective et culturelle.

A l’inverse (en bas à droite) l’homme en question n’est

que le résidu, produit par un système de lois et mécanismes

naturels dont les sciences humaines sauraient prédire les

conditionnements, fatalement reconnaissables.

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229

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

EPISTEMOLOGIE DES SCIENCES HUMAINES

ET DE LEURS PRATIQUES

Qui sommes-nous ? Objets d’études ou sujets humains des

sciences humaines.

2) Epistémologie de la question

du changement

Que ce soit en raison de difficultés, que ce soit en raison

d’aspirations, d’ambitions ou de nécessités, nous voulons

changer. Le changement de l’homme qui intéresse le psycho-

logue peut s’appeler éducation, guérison ou toute autre trans-

formation. Seulement toute action de changement présuppose

une certaine conception de ce qui change et de la nature de ce

changement. C’est sur de telles conceptions épistémologiques

que reposent objectifs et stratégies, projets et pratiques.

La théorie de l’Instance et des Cohérences propose une

considération de l’homme et de son devenir, du sens de ses

changements. Elle propose aussi une analyse épistémologique

de la question que l’on peut esquisser.

En quoi consiste le changement ? Cela dépend de la façon

de concevoir le sujet. Il faut rapprocher les deux analyses pour

répondre à la question : quel changement pour quel sujet. On

remarquera l’opposition de sens entre deux conceptions du

changement.

En haut à gauche sur la carte, il s’agira de cultiver, autant

que possible, ce qu’il y a de meilleur en l’homme, visant à

l’accomplissement de son humanité. Cette « culture » est à la

fois personnelle et universelle. C’est la culture de l’humanité

en l’homme, de ce qui est le plus humain, son Etre transcen-

dant, son « Instance » (Théorie de l’Instance).

En bas à droite, il s’agira de rectification ou de guérison de

ce qui est considéré comme mauvais. Cette guérison procédera

par élimination après séparation du mal ou par incorporation

de l’élément normal manquant (amputation/prothèse).

D’un côté, tout changement améliore l’homme et, de

l’autre, le rétablit comme objet individuel conditionné. La

guérison ne serait-elle pas quelquefois aliénante ? C’est une

question délicate à laquelle les pseudo évidences mécanistes,

rectificatrices ou régulatrices ne répondent pas.

On notera que le changement s’adresse toujours à

l’essentiel de l’homme et le type de changement désigne son

essentiel. C’est ainsi que s’opposent horizontalement les

conceptions « personnalistes » et tes conceptions « idéalistes ». Les

230

231

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

EPISTEMOLOGIE DES SCIENCES HUMAINES

ET DE LEURS PRATIQUES

premières ont foi dans les potentialités de l’être humain, les

secondes croient en la validité formatrice des modèles que le

savoir procure.

Entre le haut et le bas, s’opposent encore l’édification de

l’homme et le retour revendique à une nécessité fatale. Cela

opposera les projets choisis, aux changements nécessaires ;

autrement dit : la participation du sujet à son changement ou sa

soumission à celui-ci.

3) Epistémologie de la méthode

la question de la pratique

Les praticiens en sciences humaines, psychologues

notamment, visent, comme tout un chacun dans son activité, à

contribuer à un changement ; c’est l’origine même de cette

activité. C’est alors que se pose le problème de la méthode.

Comment s’exerce la pratique ? Qu’est-ce qui est agissant ?

Quel est le rôle de la méthode ? Il s’agit là d’une question

épistémologique. Des présupposés sous-tendent les pratiques

effectives, présupposés qui révèlent ou dissimulent les théories

et sciences de l’homme, mais qui correspondent à des consi-

dérations différentes de l’homme, du monde et de leurs

changements. Comment cela opère-t-il ? La place du sujet, praticien

comme client, y est en question.

Sur l’axe horizontal s’opposent deux conceptions. Pour

l’une c’est la relation personnelle et l’implication du sujet qui

est l’essentiel. Pour l’autre la méthode consiste à se référer à un

modèle. D’un côté la méthode est un mode d’activation et de

relation, de l’autre elle est un schéma dont « l’application »

opère. Qui est alors, le sujet de la méthode ? Dans le second

domaine, les praticiens et clients en sont les objets. C’est ce qui

se passe quand le savoir prédomine sur le réel.

Verticalement s’opposent : la pratique d’une méthode qui

est un artifice significatif, le guide d’une démarche, une

discipline, et, à l’inverse : l’action, méthode consistant à agir

directement sur la substance des intéressés pour provoquer,

par contre-coup, une réaction.

La méthode, ramenée à une technique, opère logiquement

selon les principes du rationalisme alors qu’a l’opposé,

l’empirisme propose une méthode réduite à des coups : essais,

erreurs.

232

233

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

EPISTEMOLOGIE DES SCIENCES HUMAINES

ET DE LEURS PRATIQUES

Les deux autres conceptions épistémologiques opposent

deux types de pratiques totalement opposées.

La position en bas à droite est celle qui présuppose qu’un

problème se résout lorsque toutes choses sont en place, équi-

librées. L’action se conçoit comme une mise en condition,

l’établissement d’une situation à partir de laquelle tout va

rentrer dans l’ordre, mécaniquement. Le praticien est agent

d’une situation, d’un processus plus ou moins codifié qu’il met

en place pour que s’y intègre son client en s’y entraînant et s’y

efforçant.

A l’inverse, il ne s’agit pas de mise en place. La méthode

est un guide personnel pour le praticien et son client. Elle joue

le rôle d’un jeu de repères dans l’établissement d’un consensus

interpersonnel, orienté avec discernement par le praticien de

manière à ce que le client s’y retrouve, avec une maîtrise

suffisante pour accomplir ses potentialités, malgré, éventuel-

lement, des difficultés qui sont alors à surmonter plutôt qu’à

guérir. La méthode et le praticien n’opèrent rien sur le client,

mais l’une sert de guide à l’autre pour que le troisième (client)

progresse de lui-même dans sa propre vérité. Aucun système

n’est la vérité de l’homme mais c’est l’homme qui est le

véritable sujet humain des systèmes humains. Les méthodes,

comme les systèmes, doivent être resitués comme aides opé-

ratoires personnelles et non comme modèles opérants.

234

III

LA CARTE TELEOLOGIQUE

Troisième carte

La carte téléologique aide au discernement des différentes façons

de se disposer pour arriver à ses fins et donc, à celui des processus et

trajectoires opérants, selon leur finalité.

La troisième carte générale de cohérence combine les axes : Etre /

Non-Etre que l’on placera en vertical et Intériorisation / Extériorisation

en horizontal. Le troisième axe articule les deux faces de cette

carte, vers le Haut / vers le Bas, correspondant aux sens : Elévation /

Réduction qui traversent le plan de la carte.

Une carte téléologique correspond, selon ses sens, à différentes

représentations des origines et des fins et de ce qui les relie. C’est donc

une carte des devenirs et aussi des projets, projections dans le devenir

des origines imaginées.

C’est ainsi une carte de différents types de causalités comme celle

de différents sens de la vie individuelle ou collective. On s’apercevra

que la question des « destinées humaines » se trouve liée à celle de ce

qui inaugure celles-ci et leur parcours. De ce fait c’est, selon ses sens,

différents types de représentations de la famille, hommes, femmes,

enfants et des systèmes politiques et institutionnels que cette carte

permet notamment d’analyser.

En outre, la question religieuse apparaîtra, liant famille, politique,

religion, institutions, dans une homologie dont les sens se trouvent

dans cette carte, qui en déploie la palette des fins et des processus. Ce

sont ces exemples que l’on prendra pour illustrer cette troisième carte

générale, dont nous allons d’abord envisager les secteurs axiaux et les

champs.

235

236

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

1) Les axes

a) Le sens de la création et de la présence

Selon, aussi, l’axe Etre, ce sens correspond à une finalité de

manifestation originale, personnelle, par laquelle se réalise une « pré-

sence ». Etre présent en est l’équivalent, lorsque cela s’entend a la fois

comme un événement et comme l’expression originale d’un Etre par-

ticulier. L’origine se situe en l’Etre, son désir ou son essence (Instance),

dont l’initiative est créatrice si la création n’est rien d’autre que la

manifestation originale authentique, incarnation ou expression de son

auteur. Toute chose provient d’un auteur d’un sujet, vise à le mani-

fester, exprime sa présence originale, sa vérité, sa « quiddité ». Etre au

monde et l’éprouver est la seule fin. Cet événement que constitue

chaque présence peut être envisagé comme « le souffle de l’esprit sur la

matière », comme « Parole incarnée ». C’est en quelque sorte la pré-

sence matérielle de l’esprit, la représentation du désir ou 1’expression

d’une volonté, d’une intention. C’est comme cela que l’Instance fait

existence, comme événement de création permanente.

b) Le sens de la conformation et de l’évolution

A l’opposé du précédent, l’origine ici, est dans le modèle, la

structure de l’Evolution. Le mouvement y consiste en un déploiement

structurant. La finalité dans ce sens est la généralisation de l’applica-

tion de la structure à toute chose. C’est ce que l’on appelera organiser,

ordonner, arranger, schématiser, standardiser, normaliser, modéliser.

Tout cela revient à tout rendre conforme, c’est-à-dire structuré selon la

forme (structure) initiale. La démultiplication d’un module de base, le

mouvement de cette conformation, on les retrouvera dans tous ces

projets de « formation », dont les modèles sont préétablis. Que ce soit

formation d’individus, formation d’objets, formation de sociétés et

d’organismes, la seule fin est cette formation même.

C’est donc dans les mimésis que se trouve ici le principe de

l’évolution de toutes choses. Leur « condition » comme par exemple la

« condition humaine », la « condition » de chaque chose, sont la « rai-

son » de son existence qui évolue en y étant conformée.

c) Le sens de la relation ou de la continuité

Sens de l’intériorisation, il indique que la génération de toute

chose est inscrite dans une conjonction, une relation. Conjoindre, c’est

donner et recevoir, alimenter et ingérer ; apporter et accueillir et c’est

ainsi que vont les choses depuis l’origine jusqu’à leur fin. Alliance,

conjugalité, conjugaison, expriment le fait d’aller ensemble, d’être

237

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

relié. Ce sens là se développe dans la religiosité qui consiste à être relié

aux autres et au monde et ainsi contribue à une continuité. La con-

tinuité obtenue par association ou liaisons est en fait une expression de

la finalité dans ce sens. Générer la continuité est ainsi le sens de ces

alliances, mariages, accouplements, rassemblements, qui tendent à une

communion intime, que le « repas de noce » symbolise aussi bien dans

des rites, mythes, moeurs ou projets. C’est dans ce sens que des liens

relient toutes choses par lesquels elles se trouvent en continuité ou en

association, générant le continuum d’un univers auquel tous collaborent.

Dans le langage de la théorie il s’agit ici de « faire consensus »

pour générer 1’existence et les êtres continuement. Faire consensus se

traduit dans 1’existence par un acte d’amour générateur.

d) Le sens de la spéculation ou de la discontinuité

II n’y a plus là de liens entre les causes et les effets sinon aléatoires

par hasard. Cest donc par spéculation que l’on peut atteindre ou

obtenir les choses, ou qu’elles peuvent arriver. Leur origine, comme

leur arrivée, ne sont dues qu’au hasard et on ne peut que « tenter le

sort ». C est le sens d’une considération magique, sans perspective où

au coup par coup, il n’y a rien d’autre à faire que des tentatives ou des

essais. Ce sens est aussi de disjonction, c’est-à-dire qu’il tend à dis-

joindre toute chose, tout événement de tous autres et à éviter tout lien

qui ne soit dû au hasard. Le processus de disjonction consiste à risquer

une mise pour « appâter » le hasard ou le sort, afin d’obtenir un lot. La

vie est une loterie où il n’arrive des choses que par hasard, c’est-à-dire

abstraction faite des sujets, qui ne peuvent être la cause de quelque

chose que par séduction ou conjuration. Le rituel consiste à sacrifier

quelque bien pour tenter sa chance. Le sacrifice est l’opposé de ce que

l’on attend, une perte pour un gain, un appât pour une prise un

investissement pour une réussite. C’est une sorte de calcul de défi

tentative et tentation dont la finalité aléatoire est d’obtenir le gain. Jeu

de hasard et coup du son, voilà ici le sens de la vie dont la méthode est

de disjonction. C’est dans ce sens que l’on niera toute téléologie,

invoquant, à la place, le hasard et la nécessité.

2) Les quatre champs

a) Le champ de l’engendrement

Entre les sens de relation et de création, l’engendrement indique

1’origine et la finalité des choses. C’est dans une fécondation que se

conçoivent les choses portées vers leur naissance. La naissance y est

une finalité. Elle est le fruit d’un engendrement et la source de nou-

veaux engendrements. La vie est un perpétuel engendrement dont le

mouvement est cette perpétuation. Se perpétuer, perpétuer les choses

est 1’activité qui porte des fruits, sources eux-mêmes de leur propre

perpétuation par fécondation. C’est comme cela que se soutient le

monde qui, de naissances en naissances, se prépare à naître. C’est la

238

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

finalité de chacun et de tous, le sens d’un accomplissement qui aboutit

à une naissance. Conception, venue au monde, singularisation, sont les

étapes de ce « devenir pleinement Homme ». C’est une sorte de matu-

ration qui est le chemin ainsi tracé, la « vocation » de toute chose et de

chacun.

Le sens de l’engendrement indique cette vocation de naître et

porter des fruits qui à leur tour en porteront. C’est une finalité de

transmission, non pas à l’identique, mais de l’essentiel pour un renou-

vellement permanent.

b) Le champ de l’ascendance

La présence combinée à la spéculation et la disjonction, trouve sa

finalité dans la démonstration d’une ascendance. Il s’agit d’imposer et

de s’imposer. Les choses « s’imposent d’elles-mêmes ». Elles sont arbi-

traires et c’est leur arbitraire qui les justifie. Libre arbitraire ou déci-

sion arbitraire reviennent à se fonder dans le droit absolu ou la loi.

L’origine est dans l’exercice de cet arbitraire, « droit divin », décision,

volonté absolue, actes légiférants. Mais cet arbitraire s’exerce sur une

puissance qui y répond en s’y soumettant et exécute ses volontés. Le

choix décisif est imposition d un ordre à ce qui dispose de la puissance

de l’exécuter. Il est à l’origine d’un effet qui est la preuve de son

pouvoir par l’action effectuée. Faire la preuve de cet ascendant est le

sens de l’activité, dans ce champ où il s’agit de prouver son existence

propre en vérifiant son pouvoir arbitraire. Démontrer, prouver, se

distinguer, s’imposer, décider, sont des façons de se démarquer et de

tenter de maîtriser les choses en les dominant. C’est ainsi que chacun

doit s’imposer de lui-même comme s’il était détenteur d’un pouvoir

absolu et distinct. Rien ne se conçoit qui ne soit ici l’effet d’un tel

pouvoir.

c) Le champ de la destination

C’est une façon de comprendre la question des finalités par la

destination des choses. Le destin est aussi la condition, distribuée au

hasard, de laquelle chaque chose et chacun dépend. Il est son identité

même. Le sens de la vie et de ses activités est de se déterminer,

d’arriver à la meilleure destination possible. Celle-ci est un rang entre

le bien et le mal, le bon et le mauvais. Toute activité et toute entreprise

est donc une sélection, une compétition destinée au classement des

choses et des individus, les uns par rapport aux autres, selon leur degré

de valeur entre bien et mal. Bonheur et malheur, bonne place et

mauvaise place, bon rang, mauvais rang. La sélection s’opérera comme

une sanction de l’effort, de l’épreuve, révélateurs de ce que « vaut » ce

qui y est soumis. Il y a aussi une opposition entre, d’une part,

l’épreuve, l’effort investi, la peine et, d’autre part, ce qui est attendu,

tenté, la bonne destination. Chaque chose y est mesurée et l’existence

est une course où il s’agit d’être mesuré pour arriver à destination.

C’est le sort de chacun qui dépend de ces conditions.

239

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

d) Le champ de la descendance

La continuité et la relation génératrice deviennent, dans ce champ,

reproduction par combinaison. A partir de matériaux ingrédients,

matériels auxquels s’appliquent, moyens, recettes, « logiciels », s’ins-

taure un mécanisme de production pour lequel les mêmes causes

produisent les mêmes effets. C’est ainsi que des machines reproduc-

trices assurent les filiations, les successions de produits, qui s’enchaînent

selon une lignée. La finalité est donc la continuation d’un modèle,

sa duplication ou reproduction. C’est alors le champ de la conservation

de la tradition et des modèles établis, par le biais de mécanismes, de

procédures et par des voies appropriées. Poursuivre la tradition,

répéter ce qui précède, utiliser les mêmes combinaisons, les mêmes

processus est la fin et la cause de la descendance.

Son enjeu est la production de biens matériels, de soi-même, de

toute chose qui se produit et se reproduit, pour assurer la continuité

par générations successives et la généralisation de prototypes. A

l’opposé de l’ascendance, ou tout advient par décision arbitraire, ici tout se

produit par fabrication selon des modalités et des modèles établis. Il

n’y a pas de surprise dans les résultats obtenus par des processus

répétitifs. Les mêmes moyens aboutissent aux mêmes fins et, ici, la fin

veut les moyens et ceux ci déterminent les fins. L’origine et la fin sont

identiques.

Cette carte téléologique nous permet de considérer particulière-

ment différentes représentations des systèmes socio-politiques, reli-

gieux et institutionnels en commençant par la famille.

Sur le plan religieux, par exemple, on verra s’opposer religions et

superstitions sur l’axe relation / spéculation. Les unes se caractérisent

par une finalité génératrice et d’alliance, les autres par leur caractère

spéculatif, assorti de rituels magiques, sacrificiels.

Sur l’autre axe s’opposeront théologies apophatiques et katapha-

tiques, celles où le monde est parole divine et celles où il est arran-

gement évoluant vers une conformation à la perfection des « modè-

les » divins. Les mêmes sens conviennent aussi bien aux projections

(projets et représentations) profanes ou sacrées qui se retrouvent

homologues. C’est dire que dans une même population, chaque type

d’institution, par son sens, prédit les autres. C’est pour cela que l’on a

toujours cherché à lier ou disjoindre politique, famille, religion, orga-

nisations sociales, qui s’occupent toutes des mêmes questions, révélant

l’imaginaire des origines, des fins et de leur rapport pour chaque

population.

240

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

TELEOLOGIES DE LA FAMILLE

Examinons sommairement, dans quatre sens différents, ce

que pourraient en être la finalité, le rôle des hommes et des

femmes et la place des enfants.

L’engendrement - La famille est un milieu de conception,

gestation, naissance où s’accomplit chacun de ses membres

selon sa vocation :

- Homme : sème, repère, indique, éclaire,

- Femme : refuge, gardienne du foyer, nourricière,

- Enfant : fruit qui, à son tour, fondera un foyer d’engendre-

ment.

Il ne faut voir là que des indications selon un sens bien

spécifique qui ne correspond guère au monde contemporain

qui risque de comprendre tout cela à contre-sens.

La famille est ici comme la mère : espace, matrice d’en-

gendrement, qu’il ne faut pas lire de façon organique mais

symbolique. C’est donc de sa mère puis de sa famille, etc...que

chacun naît, à l’enfance puis à l’âge adulte pour continuer de

s’engendrer en engendrant à son tour en famille et en toutes

activités. Selon qu’il est homme ou femme, la façon en sera

différente mais le fruit naîtra toujours de leur conjugaison.

L’ascendance - La famille est un domaine d’exercice et de

démonstration d’ascendance. L’homme en sera le chef qui

décide, parle et fait la loi. La femme, investie de la puissance,

exécute, fait, peut. L’enfant est un intrus, prolongement de la

femme, preuve de son efficience, mesure du patrimoine de

l’homme, preuve de sa domination.

Dans ce type de famille, il faut souligner que si l’homme

en est le chef, la femme dominée en est la puissance, plus ou

moins menaçante et donc à maîtriser. Leur opposition distin-

gue l’ascendance spécifique de chacun. L’enfant n’y est rien en

lui-même, jusqu’à ce qu’il soit adulte.

La destination - La famille est en perpétuelle dislocation.

En effet, elle se présente comme une condition subalterne dont

il faut se disjoindre pour trouver sa place.

L’homme y a le beau rôle qui est toujours mis en jeu et la

femme y a le moins bon et revendique un meilleur sort. Leur

rapport est de compétition, chacun pour soi et entre eux, pour

arriver à leur meilleur classement d’homme et de femme.

L’enfant y est un handicap ; pour la femme, elle-même han-

dicapée, qui y trouve obstacle ou compensation ; pour la famil-

le elle-même, pour la participation de ses membres disjoints à

241

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

TELEOLOGIES DE LA FAMILLE

la course générale. L’enfant est aussi un handicapé qui devra

faire beaucoup d’efforts et qui, d’épreuves en épreuves, de

classement en classement, accédera à son tour à la sélection

naturelle selon sa valeur et ses mérites. C’est selon ceux-ci que

comme tout un chacun, il sera puni ou récompensé, reçu ou

élimine, échouera ou réussira dans la vie. Le but c’est d’arriver.

La descendance - La famille est la cellule de reproduction

sociale, de conservation de l’espèce et de maintien de la

tradition. L’ homme est celui dont le nom se transmet de père

en fils. C est le modèle qui se reproduit dans une filiation, par

l’intermédiaire le moyen de la femme, « machine reproduc-

trice » du modèle initial. L’enfant est reproduction du père

auquel il succède s’il est garçon. La fille est reproduction de la

mère dont elle reprendra ailleurs le rôle. Il y a ainsi une double

chaîne de reproduction : les hommes, par l’intermédiaire des

femmes dont ils disposent, des femmes qui entretiennent

1’appareil de reproduction : traditions, recettes etc

TELEOLOGIES DES SYSTEMES POLITIQUES

A quoi sert un système politique, sinon à conduire un

monde a ses fins dernières en fonction de ses origines pre-

mières.

A quoi sert un système politique, sinon à conduire un

monde à ses fins dernières en fonction de ses origines pre-

mières.

On examinera particulièrement la question du pouvoir

ses justifications, son action et celle des populations concernées.

a) Le champ de l’engendrement.

C’est certainement l’un de ceux qui peut malheureuse-

ment nous paraître aujourd’hui le plus étranger. Le gouver-

nement y serait celui d’un « père de la nation », c’est-à-dire un

pasteur, un guide, un repère ; en fait un père symbolique et non

pas réel comme certains pourraient l’avoir confondu. Cela

pourrait être un rôle de pharaon, de roi ou de président à

condition de n’être que le représentant symbolique de l’hu-

manité la plus élevée, homme et / ou femme, maître ès

humanité. La population d’une telle nation est comme une

communauté « familiale », foyer de fécondation, d’engendre-

ment, de conception et de naissance de ses fils et filles.

Le rapport gouvernement / nation peut être symbolique-

ment équivalent au rapport homme / femme dans la famille,

leurs fruits ne leur appartiennent pas mais s’appartiennent, ce

sont les personnes humaines.

242

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

TELEOLOGIES DES SYSTEMES POLITIQUES

b) Le champ de l’ascendance.

C’est au nom du peuple et de sa puissance que le dictateur

gouverne, dictant ses dictats et sa loi. Le gouvernement fait la

loi, la population l’exécute. Royautés, republiques, empires,

démocraties populaires, elles se retrouvent toutes dans la

nécessité d’un pouvoir central (ou décentralisé) portant sur un

territoire qui est son domaine. Il s’y impose en s’opposant au

peuple dont il détient la puissance et dont il reçoit la preuve de

son ascendance, divine ou sacrée, absolue, quelles qu’en soient

la justification et les nuances possibles.

Tout sera différent selon la personnalité du tyran qui

marque de sa spécificité son règne, en étant très soucieux des

marques qu’il impose : monuments, lois, faits, etc... L’évidente

nécessité de ce pouvoir central n’a de cesse de se démontrer en

imposant son arbitraire en toute impuissance propre, trans-

formée en toute puissance par le domaine et la population où il

s’exerce. La seule mesure est celle du bon vouloir, quels que

soient les artifices qui précèdent ses décisions, y compris les

consultations populaires.

c) Le champ de la destination.

C’est ici le champ de la « méritocratie ». La nation, le

monde ne sont qu’un immense champ de courses où règne

l’esprit de compétition. De ce fait, le chef d’état ou de

gouvernement ne règne plus, il gère. C’est d’ailleurs selon ses

compétences et ses mérites qu’il est à sa place après une longue

course d’obstacle et une sévère sélection. Ce sont ceux qui ont

réussi aux concours les plus difficiles qui administrent le

champ de course. Leur rôle consiste à organiser les épreuves et,

à distribuer les sanctions, titres, diplômes, éliminations, re-

doublements qui donnent accès aux meilleures ou aux plus

mauvaises places. Le gouvernant est censé agir. non par lui-

même, mais par la compétence et la place auquel il a accédé. Il

n’est pas fondamentalement différent du peuple qui se répartit

sur le damier des places et des classes, où simplement il occupe

provisoirement la plus élevée jusqu’à ce qu’une nouvelle

épreuve l’élimine ou le trouve dépassé. Toute l’organisation

politique se fonde sur des rapports de compétition ou chacun

s’entraîne et s’éprouve à sa place pour avoir droit à une

meilleure.

243

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

TELEOLOGIES DES SYSTEMES POLITIQUES -

d) Le champ de la descendance.

Il y a là deux types de pouvoirs, celui du gouvernement et

celui de l’appareil social ou d’état. Celui-ci est l’appareil ou

machine reproductrice de la succession des gouvernements.

C’est un appareil de (re)production et ce système politique

tend à se localiser dans les appareils de production dont il se

dote et qui doivent s’entretenir et se reproduire eux-mêmes.

Fabriques, administrations, état, machines et machineries di-

verses ont cet office et, notamment, la cité et ses citoyens.

Ceux-ci sont donc toujours citoyens d’un appareil de produc-

tion qui n’a d’autre fin que le maintien de la tradition avec la

reproduction de l’appareil : état, cité, manufacture... lui-même

reproduisant le pouvoir de père en fils. Le gouvernement n’a

ainsi d’autre fin que de manoeuvrer l’appareil politique de

production pour assurer la continuation du même pouvoir,

c’est-à-dire sa succession. Il n’y a pas de peuple. En dehors de

cette machinerie, il n’y a que matières premières pour

alimenter l’appareil, c’est-à-dire esclaves non citoyens. Ceux-ci

peuvent alors aspirer à devenir citoyens-bourgeois, c’est-à-dire

rouages de la machine « servie » et « régie » par le pouvoir

d’état ou industriel et ses grands commis. C’est l’univers de la

technocratie politique.

Ces représentations politiques peuvent être transposées

dans toutes les institutions, révélant ainsi leurs finalités et leur

ligne de conduite. On constate que, dans le bas de la cane, on

trouve des organisations « modernes » caractérisées par la

mimésis de conformité, notamment celle du modernisme, où

les gouvernants ne sont pas sensés être là en personne, mais

pour développer un certain ordre des choses. Ce sont des

gestionnaires. En haut, c’est en personne qu’ils régnent, soit à

gauche (de la cane), au service des autres, soit à droite pour

s’imposer à eux.

Les projets et vocations humaines trouveront là le sens de

leur entreprise :

- Semer, engendrer, concevoir, porter à la naissance, dans le

premier champ où tout s’achève en naissance,

- S’imposer, décider, faire faire, imposer sa loi ou sa statue,

dans le second pour vérifier, par l’arbitraire, son existence

propre.

- Concourir, s’éprouver, faire des efforts pour gagner les

meilleures places et les mériter, telle est la destinée de l’ambi-

tieux.

- Produire en participant à une machinerie ou se doter d’un

tel appareil pour le conduire, sont les conditions et les fins

d’une assurance de continuité.

244

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

VI

LA POSITION DU SUJET

ET LE SENS DE LA VIE

Les trois plans des cartes générales dessinent huit régions dans

l’espace .Chacune d’entre elles peut être repérée comme une position

de vie, qui se projette sur les trois plans des cartes générales et iden-

tifiable par un sujet type.

Une de ces régions, par exemple, se trouve à l’intersection du

champ de la conquête, de celui de la rationalisation et de celui de la

destination. Cette région correspond à la position d’identité militant de

la carte phénoménologique. Le sujet militant trouve son efficacité

technique dans le champ de la rationalité de la carte épistemologique,

pour atteindre le meilleur classement de réussite dans le champ de la

destination de la carte téléologique, dans des situations phénoméno-

logiques de conquête.

Il est intéressant de repérer les huit régions par les types d’identités

utilisés pour décrire la 1ère carte avec leurs correspondances dans

les trois cartes. Cela nous donne une typologie de huit sujets carac-

térisés par le sens de leur vie, sujets que nous sommes tous plus ou

moins et donc sujets repères pour orienter nos existences.

On notera aussi, dans le tableau, des oppositions entre régions

dont les sujets types se méconnaissent ou se contredisent radicalement

sans consensus (cf. tableau p. 247).

FIGURE 44

Le schéma, dans l’espace, de ces régions montre, pour chaque type

de sujets ou « positions de vie », ceux avec lesquelles ils se croisent

selon des consensus phénoménologiques, épistémologiques ou téléo-

logiques.

245

246

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

A titre d’exemple, la victime s’allie au dominateur pour un con-

sensus phénoménologique de dégradation. Elle s’articule avec l’enfant

pour un consensus épistémologique naturaliste. Elle se retrouve avec le

militant pour un consensus téléologique de destination.

La victime est ainsi soumise au dominateur. Elle s’entend avec

l’enfant sur une vision du monde naturaliste positiviste et se trouve

comparée avec le militant dans le rôle de perdant. C’est son triste sort.

Ce triste sort nous fait nous interroger sur le sens de la vie et il serait

judicieux d’étudier tout à tour ces quatorze directions. Nous nous

contenterons d’examiner cet axe maître / victime que nous considérons

comme crucial.

FIGURE 45

L’un de ces deux sens opposés est celui de l’intégration, voie de

constitution de l’intégrité de la personne dans l’intégralité d’une huma-

nité singulière. C’est, autrement dit, ce que nous appellerons la voie de

l’accomplissement humain, singularisation de l’Instance dans l’exis-

tence.

A l’opposé, la victime est chosifiée dans une corporéïté objectivée,

comme un objet, une boule lancée dans l’espace, isolée, comme un

morceau d’humanité minéralisée. C’est d’un morcellement que résulte

l’état physique de l’objet victime, qui ne cesse d’être divisé, résidu

organique, déjet, défait.

247

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

Le sens victime est celui de la perte d’intégrité et d’intégralité.

L’objectivation absolue, qui est son « destin », l’aliène de son huma-

nité et de sa personnalité et le met « en souffrance » de celles-ci. On

reconnaîtra là, non seulement, l’un des idéaux contemporains

d’objectivation de toute chose y compris de l’homme, lorsqu’il devient

notamment « objet » d’étude scientifique selon la règle d’abstraction

du sujet. On pourra aussi appeler ce sens, celui de la diabolicité. La

diabolicité, qui rend victime, est l’un des sens de la vie, à la charnière

des trois axes : réduction, extériorisation, Non-Etre. Le premier y est

division, le second disjonction, le troisième décentration ou égare-

ment. Ces trois axes combinent matière, figure, structure, pour cons-

tituer l’objet parfait, parfaitement déshumanisé.

A l’opposé le sens de « Maître » pourrait être appelé celui de la

symbolicité ou de l’unicité. Les trois axes qui l’entourent : Etre,

Intériorisation, Elévation conduisent, le premier à la personnalisation, le

second à la communion, le troisième à l’universalisation d’huma-

nité.

La symbolicité est alors à comprendre comme l’union du pluriel

en UN, comme le symbole, cette pièce de bois, dont l’unité dit l’union

des partenaires d’une relation. La symbolicité est le sens de la singu-

larisation, rencontré dans la théorie de l’Instance à la convergence des

champs d’accomplissement, de culturalisme symboliste et d’engendre-

ment. La symbolisation, selon ce sens, consiste à faire UN existant

d’une pluralité de sens (cohérence, consensus) et à faire UN Etre d’une

multitude d’existants homologues. L’un et l’autre sont dans la même

séquence, l’existence au service de la singularisation de l’Etre, parce

qu’elle le révèle.

Ainsi ce sens pourrait être considéré comme celui de la Révéla-

tion. D’abord révélation de l’Instance dans et par l’existence, puis

grâce à la conscience de sens, effet de l’unique-l’INSTANT, révélation

de l’Etre transcendant à l’existence. C’est ainsi que ce sens est celui de

la révélation de l’homme et de sa transcendance par l’INSTANT ou

encore par la grâce de Dieu.

Sens de la vie, il est celui dont témoignent les saints en toutes

sortes de traditions. Il est, plus banalement, celui du témoignage,

activité du Maître à sa mesure d’accomplissement. Ce témoignage est,

à la fois, celui de l’homme « professant » son humanité (profession de

foi) et celui du monde lui révélant son humanité par la conscience d’en

être-sens. C’est le rôle du symbole que de témoigner de l’homme (faire

le monde existant en témoignant) et de lui révéler son humanité en

retour. C’est une révélation qui ramène à l’UN à cet oméga de Theil-

lard de Chardin, singularité ultime contemplant « Dieu en face ».

Selon cet axe victime / maître, le « jugement dernier » se comprend,

du premier côté, comme l’éjection définitive, une « mise en

souffrance » par le fléau de la justice qui tranche et divise, homologue

à celui de la mort. Le fil du tranchant y tranche le fil de la vie... en

croix. Le christianisme fondé dans une « victoire sur la croix » propose

une révélation dans l’autre sens. Le jugement dernier est alors acte de

justesse plutôt que de justice (objectivante). Sont justifiés ceux qui

248

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

suivent le chemin de la singularisation parce que c’est la juste voie. Les

trois axes voisins. Etre, Elévation, Intériorisation, en sont les vertus

repères, aux sens de foi, espérance, charité, homologues aux trois

personnes divines. Le Christ en témoigne dans 1’existence et propose

un consensus d’accomplissement, de sanctification qui va jusqu a

donner à « l’état » de victime « le sens » de maîtrise et ainsi, accomplit

la rédemption du monde jusque dans ses derniers retranchements.

Quelles en sont les conséquences pour l’existence ? Les existences

peuvent avoir des dimensions et des aspects restreints. On a, sur cet

axe, les deux tendances extrêmes.

Le sens de victime, celui de la Diabolicité, s’actualise dans l’exis-

tence la plus restreinte, la plus simpliste, celle d’un monde objectit

perpétuellement en voie d’équilibre parfait et de désintégration (ba-

bélisations, multiplications, complications, etc...). Le sens de Maître,

celui de la symbolicité s’actualise dans l’existence la plus pleine et la

plus simple (simple en esprit).

Ainsi la plénitude de l’existence avec toutes ses dimensions et ses

aspects, ensemble déployés, est celle de ce sens. C’est cette existence

pleine qui est la plus révélatrice de l’homme en tant qu elle est « parole

incarnée » du verbe (Etre), universellement conjugue en 1’ Homme

« seigneur de la création ». Envisagée en ses fins ultimes, cette exis-

tence est celle de l’engendrement progressif d un homme, singulier.

C’est pour cela que l’on parlera ici du sens de la vie, celui de 1’accom-

plissement en faits, et de la singularisation de l’homme. C est le sens

d’une voie de salut, salutaire, saine et sainte. Il y est donc question de

toute l’existence et de tous ses « moments » spécifiques.

En particulier deux moments, celui de l’éducation et celui de la

maturité, concernent chacun et les sociétés humaines dans tous leurs

usages.

L’éducation au sein de la famille ou des institutions sociales peut

être considérée, selon ce sens, comme l’ensemble des faits qui con-

tribuent à une édification de l’Instance, privilégiant ce sens la

même.

En effet, l’éducation réussie n’est-elle pas celle qui amène à matu-

rité où chacun accède à être Maître et donc à privilégier cette position

de vie ? L’éducation de quelqu’un tient a l’existence qui lui est faite,

constitutive de son Instance, elle-même existant de façon à poursuivre

ce sens là.

Pour que ce sens soit privilégié dans toute l’existence éducative

familiale, sociale, etc... il y a trois axes repères a favoriser : ETRE /

INTERIORISATION et ÉLÉVATION.

Il y a aussi trois axes repères à barrer NON-ETRE / EXTERIO-

RISATION et REDUCTION.L’éducation est ainsi, non seulement,

ouverture et proposition d’une orientation, mais aussi, restriction et

renoncement à d’autres qui appartiennent néanmoins a 1’ Instance.

249

LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

Des renoncements à une part de soi en son Instance accompa-

gnent donc la perspective d’un sens privilégié. La voie est étroite

puisque c’est celle de l’une seulement des régions de l’Instance. Il y a

plus à renoncer qu’à suivre, mais il reste la meilleure part. L’éducation

selon ce sens justifie un grand nombre des actes quotidiens personnels

et collectifs ainsi que les modalités sociales qui n’ont d’autres fins.

Tous les actes de la vie quotidienne trouvent à s’y justifier.

Le second moment de la maturité est celui du témoignage dans et

par l’existence : témoignage aux autres dont l’éducation est en cours,

témoignage avec d’autres pour développer sa propre conscience d’Etre,

dans l’existence commune et donc partagée.

C’est ainsi une politique de la vie que ce sens là propose, politique

qui s’exprime en tous les actes de la vie adulte : politique personnelle,

culturelle, familiale, sociale, nationale, etc... Elle sera d’autant plus

possible que, d’une part les consensus culturels sont là pour l’activer, et

que d’autre part l’éducation aura préparé favorablement ce type d’exis-

tence, en privilégiant ce sens en l’Instance.

Education et témoignage se suivent et s’accompagnent pour faire

toute l’histoire de la vie humaine selon ce sens là. Mais l’homme n’est

pas que de ce sens et sa vie peut prendre bien d’autres orientations, et

notamment l’inverse.

Il serait intéressant de les envisager systématiquement pour recon-

naître les différents types d’existence que nous traversons, ou nous

sont proposés et par exemple :

- le profit hédoniste de l’enfant,

- la force et la puissance du dominateur,

- avoir la charge d’autrui pour en être aimé, du maternant,

- être quelqu’un de distingué comme le chef,

- être récompensé de ses mérites avec le militant,

- participer activement au monde avec le pratiquant.

A chaque fois, c’est tout un type d’existence qui se dessine.

Le discernement et la reconnaissance de ces « univers » et de ces

« personnages » dans tous leurs aspects, contribuent à cette unification,

cette intégration et enfin cette maîtrise que l’usage des canes générales

de cohérences permet de cultiver.

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