Le Journal Permanent de
L'Humanisme Méthodologique
par Roger NIFLE


Une méthode de pensée pour l'action
Basée sur la Théorie et l'Ingénierie du Sens et des Cohérences Humaines
Le 20 07 2008 à 00 h 08

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    Au coeur du sujet - Chapitre 5 2
    Les cartes générales de cohérences 2 et 3

    Première publication : 1986, mise en ligne : mardi 3 août 2004, Roger Nifle


    Suite du Chapitre 5 Cartes épistémologique et téléologique.

    IV LA CARTE EPISTEMOLOGIQUE

    Deuxième carte

    La carte épistémologique aide au discernement des façons de comprendre et d’expliquer, donc des différentes façons de penser, selon leur logique propre.

    Il ne nous est pas familier de considérer que nos façons d’expli- quer les choses ne sont pas les choses elles-mêmes. De ce fait, des explications différentes s’affrontent souvent, comme si la vente était en jeu ou pire encore. Le procès de Galilée en est un exemple fameux. Cette carte propose, selon ses sens, différentes logiques explicatives du monde et des hommes. C’est à chaque fois, en fait, tout un nouvel univers qui se dessine, dont la logique dominante est celle du système explicatif qui aide à le considérer. Nous nous trouvons ainsi avec une diversité de façons d’appréhender les choses, qui alors se présentent telles qu’on les a appréhendées.

    C’est là le rôle de l’axe transversal, d’associer ces deux pôles : l’intériorisation ou appréhension et assimilation du réel ou encore de sa nature intime et l’extériorisation qui distingue les choses, les formes et les formules pour constituer éventuellement un savoir pris pour le réel lui-même, l’apparence prise pour la chose elle-même. L’association des deux, dans le plan de la carte épistémologique, est ce que nous allons envisager.

    Carte des logiques explicatives, elle est aussi celle des théories, explicites ou non, et aussi des idéologies en tant qu’explicatives. On apercevra ainsi selon les logiques, divers courants de pensée dont les proximités ou les oppositions apparaîtront. Le lecteur est invité à situer les discours, contemporains ou non, sur cette carte pour enrichir la connaissance de chacune de ces logiques.

    Les axes de la carte sont Etre / Non-Etre et Elévation / Réduction. On l’étudiera en parcourant successivement ses huit secteurs. Les termes de la carte ci-après, utilisés pour les repérer, sont des conventions. Il ne s’agit pas d’y chercher la référence explicite a des courants connus et répertoriés même si des rapprochements sont possibles. Chacun des termes ne signifie que par sa situation sur la carte et indique ainsi une logique pour laquelle nous allons donner des illus- trations isomorphes.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    1) L ’animalisme

    L’animalité, dans cette logique, se présente comme le jeu des instincts animaux. Il s’agit d’un monde qui s’explique par des êtres habités de tels instincts, dont les pulsions entraînent les rapports. Toute chose y est ainsi source d’impulsions ou objet de ces impulsions. Un mot clé de cette logique est celui de possession. Non seulement l’appréhension des choses sera une « acquisition », une façon de les posséder, mais, en outre, elle procure un savoir dont la possession a sens de pouvoir. Le pouvoir n’y est rien d’autre qu’un pouvoir-posséder.

    La possession est notamment celle d’un sujet par ses puisions instinctives et ses passions. Elle est incorporation de la chose possédée et elle est cette chose elle-même ainsi appropriée. La possession- incorporation fait, avec les choses possédées, un tout, un même corps auquel se confond le sujet initial. Les logiques d’appropriation d’hom- mes ou de biens en découlent, expliquant non seulement de cette façon, le fonctionnement humain et l’histoire de la société, mais justifiant cela dans une « nature des choses » à référence divine ou autres. Ce n’est autre qu’une loi de la jungle, terrain des passions animales. C’est aussi une loi absolue par laquelle on est sensé être possédé, déterminé, comme ces instincts déterminent le sujet lui-même.

    Nous sommes là dans une appréhension totalitaire. En effet, la possessivité n’a pas de limite. Elle se confond avec le pouvoir et on pourrait parler aussi bien des pouvoirs d’une chose ou de quel- qu’un par lesquels ils sont alors définis. Le pouvoir de possession fait confondre autorité et propriété. Toute atteinte à l’une ou l’autre est comprise comme une dépossession. Ce pouvoir est celui d’une emprise sur les autres (choses ou êtres), sur les pouvoirs qui leur sont attribués. C’est donc dans un conflit que s’exercent les rapports de possession pour aboutir à une incorporation des plus faibles par les plus forts qui s’en trouvent ainsi possédés. La lutte est incessante, considérée comme une « loi de la nature ». La référence et l’explication des choses par la lutte, le conflit, la guerre est caractéristique de cette vision du monde.

    L’emprise peut devenir empire lorsqu’il s’agit de « posséder » et maîtriser les pulsions d’autrui. Cela justifie tous les impérialismes, totalitarismes qui ne s’achèvent que dans la certitude d’une possession totale, toujours limitée par le mal absolu que représentent d’autres impérialismes. Le conflit, selon cette logique, ne peut s’achever que par la possession de l’un par l’autre. Idée insupportable que d’être possédé, le risque de mort et de destruction générale apparaît alors moins grave, façon au moins de déposséder l’ennemi de ses pouvoirs et d’ainsi l’avoir « possédé ».

    Ce système explicatif de ce qui fait le monde, réduit l’homme à être sujet de pulsions et d’impulsions ; fort ou faible, c’est toujours le cas. Le rapport résultant en est justifié par le fait qu’il n’y a place ici pour aucune maîtrise de sa propre nature sauf dans celle des autres.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    C’est encore une logique de confusion, ce que le terme de possession évoquait déjà. L’incorporation est aussi occultation, le savoir est pos- sédé autant qu’il se cache et le pouvoir d’autant plus grand qu’on lui suppose le savoir. C’est moins par l’intelligence que par l’instinct que se justifie la pertinence des discours, comme par science infuse. L’émotion prouve l’authenticité lorsque se manifeste l’abandon à la possession. L’expression reichienne de « peste émotionnelle » y prend tout son sens comme vecteur de « possession ».

    Cette logique explicative, à la croisée des deux axes voisins de la carte, peut être qualifiée de « matérialisme-subjectiviste ». Celui-ci se justifiant dans une nature animale intuitive, peut du même coup se trouver des explications multiples à cette possession, en référence à2 Dieu, au diable, à l’amour de la patrie ou des autres, à l’instinct de vérité et tout ce qui explique la « nécessité impérieuse » de ce qui doit être expliqué.

    L’empirisme est la méthode favorite dans cette logique. Un empi- risme qui ne se justifie que de l’appréhension acquise, possédée, prise pour vérité absolue et rejetant toute interprétation et notamment tout recul mettant en cause l’expérience vécue. Dans cette logique expli- cative, il n’y a rien à expliquer sinon l’évidence empirique et la malignité de ce qui s’y oppose. Toutes les autres logiques sont exclues comme telles. Lorsqu’il y a ainsi trop de vérités qui s’imposent de force, il est bon de se demander quel est le sujet qui veut s’imposer, au détriment de l’autre.

    2) Le matérialisme

    On pourrait parler de matérialisme pur ou essentiel ici, sachant que les deux secteurs voisins en sont des variantes : le matérialisme- subjectiviste (animalisme) et le matérialisme-objectiviste (natura- lisme).

    Dans cette logique, la « nature des choses » est leur matérialité. Celle-ci se distingue par sa quantité : quantité d’éléments dont le nombre fait masse. C’est la conception quantique de la matière dont la vision atomistique est le modèle. L’élément le plus petit, insécable, indivis, n’a plus de contenu ni même beaucoup de variété. Ce sont les masses d’éléments qui, par la variété de leur nombre d’éléments, leur quantité donc, font la diversité des choses du monde. Ainsi, dans cette logique, on arrivera à dire que « le sens » vient de la masse et, en fait, que le sens résulte de la confusion, l’amalgame des éléments. Il va sans dire qu’il ne s’agit pas du même « sens » que dans notre travail. La première partie du modèle explicatif matérialiste s’applique aussi bien pour l’homme, individu destiné à faire masses. Celles-là seules lui donnent sens et plus généralement lui fournissent les conditions de son existence.

    La dépendance de la masse est un principe de cette logique. Masses ressources et masses à constituer, voilà les clés de l’activité humaine et de la compréhension du monde. Celui-ci est masse de

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    masses matérielles, chacune composée d’éléments et constituant res- sources et matières premières. « Première » est ici entendu comme « primordiale » et donc « capitale ». Cette logique explicative nous décrit un monde, animé par la pression de nécessité, dont l’activité de survie consiste en l’exploitation des masses, ressources de matières premières, pour la production de masses elles-mêmes ressources à exploiter. Masses de matières, masses humaines (matériel humain), masse d’argent (capital), masse de produits (ressources à exploiter). Le cercle (vicieux) est bouclé, celui de la fatalité. Le fatum est étonnam- ment isomorphe à la faute qui, par la condamnation biblique, conduit à ce travail situant l’homme comme poussière, et comme élément anonyme d’une foule qui prolifère en masse humaine.

    Cette logique est ainsi celle qui décompose, c’est-à-dire réduit à l’élémentaire, à la plus simple expression (individu anonyme, travail en miettes) et qui amalgame pour faire masse de plus en plus grands nombres. La prolifération de cellules indifférenciées n’est-elle pas la caractéristique du cancer ?

    Humainement cette logique matérialiste de la dureté de la con- dition humaine, contraint à l’enfermement dans ce cercle infernal. L’enfer, la faute, la chute sont indicateurs de cette fatalité. L’angoisse en est un moteur, angoisse de confusion, angoisse de division et de morcellement qui conduit au puritanisme que ce matérialisme accom- pagne. La survie commande l’effort et la peine de puiser dans les ressources, d’accumuler des ressources, de s’y épuiser et d’épuiser ainsi les ressources elles même. C’est un travail de réduction qui en est la mise en oeuvre, réduction de l’homme, dépersonnalisante, en simple unité de production, identifié au travail et dit alors « travailleur » à moins d’être « main »-d’oeuvre, simple numéro matricule dans une masse. Seule celle-ci est signifiante. La constitution de masses par accumulation et amalgame est un produit de cette activité réductrice : « Capital » ou « réservoirs de main d’oeuvre » ou « stocks » divers. Ces masses ne sont pas destinées à la jouissance mais à leur propre exploitation pour entretenir la survie du système.

    L’histoire est confondue avec la production, son moteur est la confusion, confondante et culpabilisante, manipulation des culpabilités et des avidités. Il n’est pas besoin de citer des exemples que chacun reconnaîtra en notant comment ce qui apparaît comme opposé se retrouve ici dans la même logique et les même mégasystèmes de production de masse. C’est certainement là la logique principale de ce monde qui se qualifie « d’industriel », se nommant ainsi par confusion avec sa logique matérialiste de production de masses.

    Une autre de ses caractéristiques est le « le règne de la quantité » (René Guenon) que l’auteur de l’ouvrage cité décrit fort bien. La logique matérialiste qualifie par le nombre, la qualité est confondue avec la quantité. C’est donc le dénombrement qui est la méthode d’appréhension, réduction des choses à leur nombre d’unités indiffé- renciées. La différenciation arrive avec le nombre selon la quantité. La réduction au nombre justifie la pesée comme mesure de quantité, poids des masses. L’argent, mesure universelle parce qu’équivalence de

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    quantité, trouve une justification et justifie, en retour, le développe- ment des activités de cette logique. Il n’est pas encore là monnaie d’échange, mais la mesure universelle des masses, si bien que toute matière peut convenir : masses de matières premières, masses humai- nes, de bétail, masses d’or ou d’argent, capital, c’est-à-dire nombre de têtes ou plutôt d’unités.

    Il faut encore envisager, dans la logique matérialiste, l’explication du mouvement, qui dans le monde moderne tend à se réduire à l’énergie. Le rapport masse-énergie depuis Einstein est une question de vitesse : carré de la vitesse de la lumière (défi à l’éclairement). C’est bien la masse qui « contient » cette énergie dont les effets extrêmes se manifestent dans cette fusion nucléaire ou cette fission ou désintégration de nos bombes modernes, dont celles à « neutrons » qui neutralisent la vie préservant la matérialité. Ces jeux de mots ne se veulent pas explicatifs mais indicateurs d’un sens et d’une logique où les mots se confondent avec les choses. Il n’est pas étonnant, alors, de les trouver comme matière verbale, dénonçant le projet qui les porte lorsqu’on les prend au pied de la lettre. C’est une difficulté du langage dans ce sens qui se résout en silence ou en langage désarticulé : le langage des chiffres par exemple. L’énergie, « sens » de la masse, en est l’esprit ou plutôt l’âme. Il nous semble que la généralisation d’une notion d’énergie, explicative en toute chose, est contemporaine de la généralisation d’une logique matérialiste.

    Venons en maintenant au principe logique qui sous-tend cette vision du monde et les explications qui en découlent. Il s’agit du principe de polarisation qui se traduit aussi en principe d’inclusion/ex- clusion. En effet la polarisation consiste, soit en une attraction qui tend vers une confusion inclusive avec le pôle, soit en une répulsion, évic- tion, exclusion du pôle. La fusion avec le pôle est critère d’existence par appartenance à sa masse. L’exclusion est au contraire anéantisse- ment. C’est la logique qui préside aux visions du monde matérialistes, isomorphes des convoitises et avidités que l’homme vit sous ce régi- me, mais aussi des logiques angoissantes et culpabilisantes de la fata- lité et de tous les absolutismes. Ce sont évidemment aussi les logiques du tout ou rien, celles des dualismes manichéens, celles des totalita- rismes logiques qui ne laissent, au fond, d’issue à l’homme que dans l’anéantissement de sa personnalité par confusion nécessaire et vitale, promesse paradisiaque du retour régressif à la source primordiale (mater), espoir qui défie toute espérance. S’y rejoint dans l’anéantis- sement, l’exclusion, qui est isolement absolu d’avec sa source, menace terrible, autre moteur de l’aliénation de l’homme. Pour le matérialis- me, l’homme issu d’une matière « néant d’homme » est destiné au néant dans le cercle vicieux de l’espoir et du désespoir absolus, carac- tères de tous nihilismes. Il faut prendre garde aux conceptions anti- matérialistes qui reposent sur les mêmes logiques et n’en sont que des versions différentes.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    3) Le naturalisme

    Nous avons déjà parlé d’une « nature des choses » et d’un rapport à la nature, animale ou matérielle en d’autres sens. Le naturalisme se réfère à une « nature » différente : La Nature, celle à laquelle tout appartient, dont tout est issu et à laquelle tout retourne selon un cycle « naturel ». Ce naturalisme est plutôt végétatif, animé de mouvements d’alimentation et d’excrétion, d’entrée et de sortie et de circulations de flux.

    C’est ainsi que ce naturalisme est d’une logique « naturelle » animant un monde d’objets décrivant des trajectoires ou des circuits, selon les cycles des lois de la nature.

    L’objet est ici un corps matériel, structuré, distinct ; notre façon actuellement la plus commune de voir les choses, selon l’objectivisme contemporain.

    Ces objets se caractérisent par leur mouvement et sont définis par leurs interactions avec le milieu, l’environnement. C’est un monde physique, le monde qu’explore la physique.

    L’objet le plus simple est la sphère dont on verra que les sphères célestes sont un des modèles.

    Un des mots clé est ici celui d’équilibre. C’est vers l’équivalence, l’équilibre des échanges et des interactions, que cette logique dirige les choses ; équivalences pour appréhender les choses, corrélations comme principe explicatif, mais aussi recherche d’un équilibre pour expliquer les mouvements et la stabilité du monde. La perfection est d’ailleurs synonyme de stabilité et d’équilibre. Etre en forme (bon objet) et équilibré est un mot d’ordre pour circuler en ce monde ou il faut d’ailleurs être au courant de ce qui y circule pour s’y adapter. L’adap- tation appartient à cette logique consistant à chercher cet équilibre de correspondance et d’interaction. La nécessité de s’adapter a l’environ- nement, qui est un conditionnement, se présente comme l’explication de l’état et du mouvement des choses. Dans cette « logique », fort développée, on rencontrera tout un courant de pensée où circulent des thèses très diverses et notamment mécanistes.

    Newton d’abord, avec sa mécanique céleste, ses lois de la gravitation et de l’attraction universelle des corps, nous présente un monde allant vers l’équilibre selon des trajectoires, lieux géométriques du meilleur équilibre.

    C’est ainsi que s’explique et se calcule la circulation des planètes et des astres, ces objets primordiaux que sont les sphères célestes. La pomme est cette autre sphère, dont la chute, par gravité, est, dans la légende, fort intéressante pour un Newton, théologien soucieux de sexualité. Si elle lui permet d’énoncer ses lois de la gravitation uni- verselle des corps, ce n’est peut-être pas sans isomorphie avec cette chute, cette pomme et cette attraction sinon gravitation qu’exercent les corps humains les uns sur les autres depuis la genèse (ou ses inter- prétations). Il s’agit alors uniquement de rapports.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    Cette mécanique, principe du « mécanisme », se trouve au coeur de la science physique encore contemporaine. Elle se trouve dans ces lois de la thermodynamique où le principe de l’entropie n’est rien d’autre que la prédiction de cet équilibre d’une stabilité cadavérique, c’est-à-dire purement physique. Or cette loi de l’entropie est fortement utilisée par tout un courant de pensée qui y fonde aussi son inverse, la néguentropie qui appartient, de ce fait, au même système explicatif. Dans ce courant de pensée, on pourra situer les conceptions de l’information ramenée à des « bits » circulant dans des canaux, codée et décodée selon des correspondances et des équivalences, purs signaux provisoires dans un bruit de fond, dont la distinction et l’objectivation fait toute la présence. Il s’agit là d’une façon quasi physique et, en tout cas, mécaniste de concevoir l’information et aussi la communication entre les êtres. On est encore là dans la circulation des objets que sont les signes. Cybernétique et systémique nous en décrivent les trajec- toires, les interactions, les régulations. Ce monde d’objets circulants, en interaction, est un monde d’échanges (objectifs) ou l’activité est adaptation. Faire circuler, réguler, transporter, par boucles de contrôles et feed-back associés, explique ce qu’il y a lieu d’être et de faire en toute matière. L’homme y est agent de circulation et idéalise son autonomie dans ce chef d’Å“uvre de mécanique : l’automobile.

    Objectivation et interdépendance universelle caractérisent ce même courant qui peut être aussi celui d’un totalitarisme froid par intégration au tout et systématisation. Le règne de l’échange nous donnera une écologie soucieuse d’intégration aux cycles naturels. Il nous donnera une économie de marche, soucieuse d’équilibres (petits et grands) et de régulations. Le blocage des circulations y est faute (protectionnisme) et la généralisation des échanges devoir et bienfait. L’homo-économicus y est bien cet agent dont le poste est d’autant plus valable qu’il se trouve au carrefour d’un grand nombre de courants de circulation des échanges. C’est ici que là monnaie d’échange et des changes trouve toute sa justification d’équivalence (correspondance) et de circulation. Le rôle de chaque agent est de contribuer a la circu- lation générale des biens (matériels) et d’assurer les équilibres en son lieu ; équilibres entrées-sorties.

    Ce jeu des équilibres et des circulations d’objets est déclinable à l’infini si bien que les théories les plus récentes continuent à alimenter et renouveler le flux de ces sciences objectivistes, en faisant varier les objets et les trajectoires ; On n’y a pas la peine et la passion des logiques explicatives précédentes. Cela nous promet le « meilleur des mondes » (Aldous Huxley) monde d’objets désaffectés, intervenant au profit du système de leurs interactions extérieures, âme du monde, dame nature, adaptés, enfin !

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    4) L’organiscisme

    Quittant le primat matérialiste, encore épousé par le naturalisme systémique, cette nouvelle logique va nous parler d’organismes et de structures. Centrée sur l’axe du sens « Non-Etre », elle explique les choses de façon exogène par une cause dont elles sont l’effet et le reflet Un principe organisateur et structurant y développe une organisation qui devient ainsi un organisme. Un organisme peut être ici défini comme un ensemble d’organes organisés. Une structure de base ou modèle, structure les choses de façon à ce qu’elles soient structurées. C’est la même structure qui se trouve à l’origine, principe actif, et comme résultante, dans cette logique organisatrice.

    Nous avons là le principe des structuralismes, qui cherchent une structure objective dont les phénomènes observés seraient l’objet, c’est-à-dire un développement structurel. Ceci est applicable en socio- logie, ethnologie, linguistigue ou en biologie. Selon cette façon de voir, le gène et l’ADN sont supposés être les structures primordiales dont le programme se développe de cellules en organelles, puis d’organes en organismes et enfin d’organismes en sociétés. Voilà une certaine socio- biologie qui se trouve fondée. L’homme n’y est pas sujet mais objet de ses gènes dont le programme se déploie, notamment, dans l’histoire de l’homme, continuation, comme chacun sait, d’une évolution continue depuis ces protéines précédant et constituant l’ADN générateur. Sur le mode organiciste, le monde se constitue comme un orga- nisme vivant qui deviendra le modèle et l’idéal de nos institutions appelées volontiers des organisations. Comme un grand corps vivant, l’Etat viendra parfaire cette organisation sociale en attendant que le monde s’y trouve entièrement structuré.

    Dans un tel monde chacun se trouve identifié par sa place dans l’organisation, elle-même déterminée par sa fonction. C’est donc en tant qu’organe d’un organisme que chaque chose existe. L’identité en découle, marquée par ses titre désignant des fonctions plutôt que des sujets (Monsieur le Directeur...).

    L’appréhension de tout chose se fait ainsi par sa place et sa fonction auxquelles elle est identifiée, et la science se fait structurale, celle qui dit îes places et les fonctions dans un ensemble organique. C’est une science des organigrammes, des classes, normes, modèles et catégories.

    Cette logique tend ainsi à concevoir un monde des choses ordon- nées, dont le fonctionnement est la preuve de son animation avec prévalence du modèle biologique. L’âme en est la structure fonction- nelle qui n’a d’autre fin que de fonctionner et ainsi développer son organisme de façon à intégrer peu à peu toutes choses. Ce langage évoque particulièrement celui de l’administration et de la gestion. Dans nombre d’organisations, la gestion budgétaire est le reflet de cette organisation et de son fondement. C’est plus généralement le langage 213

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    de l’Etat administratif soucieux de la vie du corps social dont les « fonctionnaires » révèlent le rôle exemplaire. Standardisation, normalisation, modélisation, structuration : l’organisation génère ses principes agissants, prolongement de son propre fonctionnement. La conservation structurelle est la loi de l’organisme. Dans cette perspective, le corps humain est l’un des modèles privilégié dont on retrouvera les principales fonctions organiques dans les organisations : tête, membres, coeur, cerveau. Ce dernier est con- sidéré comme le siège de toute pensée, elle-même épiphénomène pro- duit par les structures de ce cerveau où on les cherche ardemment. Ces pensées n’ont d’intérêt, alors, que comme vecteur de la structure qu’elles véhiculent et que certains linguistes originent, par le biais du langage, dans les gènes eux-mêmes. Ces fonctions principales de con- servation de la structure pourront être localisées dans un organe céré- bral commandant un système nerveux. Dans certaines organisations la structure sera ainsi conservée par des organes que l’on désignera par leur fonction : des cadres.

    5) Le rationalisme

    Le principe de ce rationalisme est celui de la « Raison opérante ». Son monde est un monde de Raison, rationnel donc et seule notre défaillance nous empêcherait d’apercevoir les raisons de toutes choses. Ce sont encore des Raisons objectives. Passant dans la partie supé- rieure de la carte de Cohérence, nous allons y rencontrer des variantes de l’humanisme.

    Ce par quoi l’homme appréhende les choses est sa Raison qui est considérée comme la Raison même des choses. C’est donc un huma- nisme objectivant qui fait d’une qualité humaine une cause structu- rante (croisement des deux axes de la carte). Tout se passe, presque, comme si le raisonnement par lequel la raison opère était le mouve- ment même de la constitution des choses. C’est alors que l’application du raisonnement deviendra processus opératoire.

    Rationnaliser le monde est l’oeuvre humaine par excellence, consistant à prolonger la rationalité des choses. Rationaliser consiste à établir des rapports valables entre les choses. Elles en deviennent utilisables dans le champ humain. Le rationalisme, invention de rap- ports valables pour comprendre le monde, débouche sur un technis- cisme lorsque ces rapports sont opérés sur les choses elles-mêmes. La caractéristique d’un schéma opératoire est d’être rationnel. L’homo habilis est celui qui est capable d’opérer intelligemment pour utiliser les choses à son service. La traduction symptomatique de cela se présente dans l’outil et la technique. C’est, selon cette logique expli- cative, ce qui caractérise le développement humain et le différencie des autres êtres du monde. Ses qualités humaines seront d’ailleurs appré- ciées par les comportements manifestés. Ceux-ci traduisent une capa- cité, une technicité qui vise à l’efficacité. L’efficacité, mot clé du rationalisme consiste a établir le meilleur rapport entre causes et effets

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    selon les valeurs humainement définies et exprimées éventuellement en termes d’objectifs.

    La vision rationaliste et techniciste nous promet, grâce à la com- pétence technique et aux performances de ses spécialistes, un monde, où à la limite, les outils ou appareils conçus par l’homme, le rem- placeront en améliorant son efficacité. N’est-ce pas le projet généra- lisant l’usage de l’outil rationnel qu’est l’ordinateur ? Ne va-t-il pas, chez certains auteurs, jusqu’à devenir une sorte de méga-cerveau, à l’échelle planétaire, mais bien plus efficace que l’homme dont il pro- longe ici la Raison triomphante.

    Avec le rationalisme nous entrons aussi dans une logique de valeurs, et la rentabilité devient une forme de rationalité. Elle reste cependant subordonnée à la raison humaine, à rencontre d’un pro- ductivisme qui ne s’évalue qu’en quantité. « Comment faire bien ? » est la question du rationalisme à laquelle se réduirait un « comment être ? ». Il s’agit d’être compétent, performant et donc de développer des comportements efficaces. Le corps et chaque occasion de la vie sont l’enjeu du développement de techniques appropriées. Techniques d’expression, techniques de relation, techniques de communication, etc... Il n’y a pas de limite au développement de la raison et à ses opérations. Le monde rationnel a toujours une raison à découvrir et à mettre en action. Il suffit de trouver les instruments appropriés et de les utiliser efficacement. C’est comme cela que chacun s’identifie à la nature et à la qualité de sa Raison : sa spécialité. Un monde de spé- cialistes doit d’ailleurs être rationalisé, chaque spécialité contribuant à l’opération globale de rationalisation.

    Celle-ci peut apparaître comme une maîtrise, mais maîtrise de l’homme et du monde par la Raison humaine. Constatons, qu’à l’op- posé, règne la passion et la possession. La Raison, désintéressée, l’ignore comme elle ignore un pouvoir qui ne serait pas fondé sur la plus grande compétence technique, la plus grande faculté rationnelle, le plus raisonnable. C’est d’ailleurs comme cela que la raison gouverne, raisonnablement sur les seuls critères techniques. On peut reconnaître alors la technocratie, qui n’est que l’exercice de cette maîtrise de la raison et la généralisation de son opération sur le monde et les gens. Ni l’un, ni les autres ne devraient y trouver à redire... s’ils sont bien des êtres de Raison. Mais les technocrates n’ont pas toujours raison. En tout cas, pour eux, il n’est guère question de sens ni donc de personne. Ce rationalisme, qui est aussi constructivisme dans le registre opératif, est légalisme et moralisme lorsque la règle de raison prime sur le sujet. Le terme de Raison, pris ici dans un sens formel, idéal, pourrait être entendu par ailleurs comme sens ; mais ici la Raison n’est qu’une modalité formelle du sens. L’homme pour nous, est d’abord un Etre de sens parmi lesquels celui de l’animalisme et celui du ratio- nalisme s’opposent.

    La raison n’est qu’une modalité existentielle, formelle et mentale, du sens et n’est donc pas première, mais seconde pour la personne. Le

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    rationalisme, au contraire, la place comme première en y subordon- nant le sujet humain, alors qu’il ne s’agit jamais que de la raison d’un sujet.

    Le problème du rationalisme est au coeur de l’une des ambiguïté philosophique majeure, depuis le Moyen Age pour le moins. En effet si le sens en l’esprit, en l’Instance, en la personne, se manifeste comme « ratio » ou « rapport significatif » ou raison, dans l’immanence de l’existence ; c’est mettre l’Homme à l’envers et rompre l’accès à l’hom- me et à Dieu que d’imposer la voie de la raison. Elle revient à ne connaître qu’une transcendance, limite mentale de l’immanence, au lieu de la transcendance vivante par laquelle s’éclaire l’homme et le monde.

    6) L’humanisme

    Nous entrons dans un type logique qui pourra nous paraître étonnament moins familier ; cela en dit long sur une époque et con- firme une mort de l’homme que l’on nous propose comme idéal nécessaire.

    Nous sortons des logiques objectivistes et sommes à contre sens des logiques matérialistes. C’est ici qu’apparaît l’homo érectus : l’hom- me debout. Quiconque a été témoin des premiers pas d’un enfant sait que, pour lui (et peut-être ses témoins), c’est de la fierté qu’il éprouve. Ni le fruit d’une cogitation sur l’utilité de la marche, ni la réponse à une nécessité immédiate qu’un déplacement au ras du sol permettait de satisfaire, ne poussent l’enfant à ainsi se dresser.

    C’est le sens de l’élévation qui se confirme dans cet acte et la fierté qu’il signifie. Voilà ce par quoi les choses et le monde sont ici appré- hendés : leur valeur d’humanité.

    Toute chose se mesure ici à l’aune de l’humanité. Cette mesure a besoin alors pour s’effectuer d’une confrontation entre l’homme et le monde et c’est par des réalisations qu’elle se prend. L’activité, le travail, les oeuvres sont cette prise de mesure d’humanité. Leur con- séquence est l’humanisation du monde qui nous entoure, c’est-à-dire son édification à la mesure de l’homme. Ceux qui, au fond, méprisent l’humanité seront ici scandalisés, surtout s’ils font de l’homme un avatar secondaire et destructeur de la Nature ou de la création. Ce point de vue, ici, ne nie pas les défauts de l’homme mais les situe non comme des substances premières mais comme des absences et des défaillances de qualités d’humanité. La déshumanisation est aussi oeuvre humaine, oeuvre par défaut.

    De ses premiers pas l’enfant mesure sa présence d’humain, fier d’être debout, et mesure, de celle-ci, l’espace qui l’entoure et qu’il habite de cette présence. S’inaugure pour lui un nouvel espace à la mesure de ses pas.

    Ainsi cette logique humaniste édifie le monde en le découvrant en ses qualités humainement déterminées. Elle édifie l’homme en révé-

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    lant justement ces qualités humaines qui constituent cette « qualité d’homme ». Ceci se produit au cours de tous les actes où l’homme se mesure au reste du monde, prend sa mesure d’humanité et la donne à ce monde.

    Cette logique humaniste conduit ainsi au « progrès ». Progrès de l’humanité en l’homme et dans le monde. Il s’agit donc d’un progrès d’humanisation par le biais d’actes et de réalisations, y compris maté- rielles, et non pas d’un progrès matériel, mesurable en quantité, par l’exploitation et l’épuisement des qualités humaines.

    Parmi les qualités les plus élevées figure l’intelligence. Une « intelligence des choses » qui n’est, ici, ni froid rationalisme, ni encore conscience éclairée. Cette « intelligence des choses » est justement cette faculté de discerner les qualités en fonction des projets que l’on s’est donnés. L’évaluation (discerment des qualités et des valeurs) de la température du four pour le boulanger n’est pas ici une question de degrés mais de qualité du pain tel qu’il soit apprécié. La température est question d’appréciation par un homme pour des hommes. Rien n’interdit d’utiliser pour cela un thermomètre mais à condition de ne pas oublier que la mesure reste humaine. Un thermomètre n’a d’ail- leurs jamais rien mesuré, il n’est pas le sujet d’un quelconque projet de mesure dont il n’a rien à faire.

    C’est ainsi que tout savoir sur le monde et sur l’homme lui-même sont corrélatifs, puisque leur mesure commune est d’humanité et leur développement, progrès de celle-ci. Envisager une structure atomique de la matière ne révèle ici que la subtile faculté d’intellection des hommes et, en aucune manière, ne peut prétendre être la vérité de la matière. Chaque savoir est une mesure d’homme, qui le révèle à lui- même, et y associe le monde, qui prend alors figure du fruit de son intellection (ou autres facultés en exercice). C’est ainsi qu’un discours de savoir vaut par l’humanité qu’il révèle et non par la « vérité abso- lue », sensée dire (en langage d’homme) ce que sont les choses intrin- sèquement, abstraction faite de l’humanité qui s’y est exercée. La logique humaniste est telle que l’humanité, qui est le lieu de son exercice en chacun et en tous, n’est plus déniée dans les fruits de cet exercice. Autrement dit, l’appréhension du monde et les réalisa- tions de l’homme sont irréductiblement humaines, c’est-à-dire à sa mesure et de ses propres paroles, gestes ou perceptions et surtout évaluations. Si je dis ceci est grand, cela n’a pas d’autre sens que relativement à mon appréciation. Si je dis cela fait 100 mètres, cela ne veut rien dire à moins que je me rappelle que les mètres sont une mesure d’invention humaine qui se convertit encore en pouces, coudées, pieds...

    Par ailleurs, cette logique est telle que plus il y a « d’humanité » dans le discours et les réalisations humaines, plus f’humanité s’édifie ; éducation d’autrui par des « guides en humanité », édification de celui qui oeuvre et qui prend ainsi sa mesure d’humanité et l’exalte, édification du monde et d’une société humanisée, c’est-à-dire pleine d’humanité, édification de l’humanité en chacun par sa découverte et son exercice.

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    7) Le culturalisme symboliste

    Le naturalisme objectiviste, juste à contre sens, est un naturalisme matérialiste et organisciste (bas et droite de la carte). De même le culturalisme symboliste est un culturalisme humaniste et personnaliste (haut et gauche de la carte). Le terme de culturalisme est choisi ici en un sens plus précis, celui de cette logique explicative même. C’est, bien sûr aussi, une prise de position sur la culture. Proche de l’humanisme, ce culturalisme le croise avec le personnalisme que l’on étudiera ensuite. Il rajoute à l’humanisme un sujet : la personne qui participe de l’humanité, mais pour se découvrir Etre, en conscience.

    Le culturalisme est tel que toute chose n’est pas considérée en elle-même mais pour ce qu’elle signifie. La conscience de cela et des sens est ce que l’on peut appeler symbolisation. De cette façon, toute chose n’existe qu’en tant que signifiante et a de ce fait nature et valeur symbolique, c’est-à-dire culturelle, (fait de consensus). Or, ce que chaque chose signifie, ce par quoi elle est appréhendée, c’est en lui-même que l’homme le trouve : son propre sens. Chaque chose est signifiante de l’homme en son Etre et notre théorie dirait : en son Instance. C’est de ce fait même, que la conscience (de sens et donc d’Etre) peut appréhender simultanément ce qui est sens commun à l’homme et au monde, ou du moins le semble-t-il. C’est cette cons- cience que l’on peut qualifier de connaissance, qui est connaissance de soi, de son Etre d’humanité et connaissance « intime » des choses du monde en tant que signifiantes.

    Cette appréhension du monde ne se produit que dans un com- merce avec celui-ci (pas celui des marchands) et avec les autres. Il se révèle alors que c’est dans un consensus entre hommes que s’incarne chaque chose, signifiante ainsi des sens propres de chacun et des mêmes sens en consensus avec d’autres.

    La symbolisation peut être alors considérée, d’une part comme la création collective de signifiants qui constituent le monde existant, offrant d’autre part en retour la possibilité d’une élucidation, connais- sance, conscience des sens, conscience d’Etre. Elle permet ainsi au sujet d’accéder à cette conscience d’Etre, à cette liberté et cette singulari- sation que cette théorie explicite. Elle passe ainsi par une conscience, d’Etre transcendant à toute réalité, y compris la sienne.

    Cette symbolisation collective, c’est l’édification et la personnalisation d’une culture. C’est la constitution de l’ensemble de ses signi- fiants, c’est-à-dire ce qu’elle juge être la réalité du monde pour elle. C’est cette réalité que le naturalisme positiviste juge, lui, être « la nature des choses » objectivement et sans autres conséquences. La culture vit du jeu des signifiants, dont le langage fait partie comme facilitateur. Elle évolue par l’innovation qui est création de signifiants nouveaux, c’est-à-dire de nouveaux objets culturels, qu’ils soient verbaux, conceptuels, matériels, utilitaires, etc... 218

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    Cependant cela a une conséquence, c’est que cette création de signifiants nous les donne à reconnaître ensuite comme tels, c’est-à-dire à s’y reconnaître. Ainsi la réalité de chaque culture, en tant qu’ensemble de signifiants propres, médiatise pour ses membres l’accès à eux-mêmes, par le consensus avec les autres et l’élucidation de ces sens. Dans le monde, cela se présente comme le jeu de l’exis- tence, jeu de manifestations personnelles dans des ensembles culturels. L’homme, en tant qu’Instance, en est, collectivement, l’auteur trans- cendant et s’y découvre tel. Dans l’existence de cette réalité chaque chose vaut donc personnellement et culturellement. Le rapport Moi- Monde se fait par un consensus avec les autres constituant la culture dont l’élucidation est celle de la personnalité culturelle, consensus spécifique des personnalités individuelles.

    Ainsi, la culture se développe, pour ses membres, dans sa réalité et ses objets signifiants, au fil de l’exercice de l’activité de ceux-ci, commerce entre eux et avec le monde. C’est ainsi qu’ils font le monde (pour eux) par une activité qui est essentiellement de relations et de communications, activité que l’on pourrait appeler « professionnelle ». La profession y est alors toujours profession de foi, c’est-à-dire profession de soi autour d’une activité signifiante, dont tous les gestes et les objets sont symboliques. C’est toujours une profession culturelle s’inscrivant dans un consensus avec d’autres communautés de coopé- ration et de convivialité.

    Ainsi chaque groupe d’humains peut être vu comme générateur de culture, porteur d’une personnalité culturelle qui le signifie, culture qui leur est donnée à élucider pour se connaître en conscience d’être. Toutes les activités et collectivités, selon cette logique, ressortis- sent de ce culturalisme symboliste.

    Il faut remarquer que l’autonomie que procure la conscience personnelle y est obtenue par le partage culturel et donc une communion (consensus) avec les autres. Enfin répétons que chaque objet du monde est donné à lire comme symbolique, c’est-à-dire à connaître par ses sens, ceux des consensus, en nous. C’est le cas de toutes ces produc- tions d’objets du naturalisme positiviste, notamment, qui peuvent ainsi être réinterprétés symboliquement, objets, concepts, lois « scien- tifiques » de la nature etc... Le culturalisme-symboliste peut avoir à élucider même les sens des autres logiques pour en permettre le dis- cernement et la conscience d’en être auteur comme Instance. Entrer en consensus est la condition d’appréhension-symbolisation et, l’élucida- tion, la condition requise pour être libre de choisir. Les chapitres suivants, théorie des Cohérences et théorie de la pratique en proposent l’exercice.

    Enfin, cette perspective épistémologique permet de comprendre en quoi le monde est la première Bible pour l’homme, homologue à la seconde, ce qui les rend l’une et l’autre révélatrices de l’homme et du sens de son accomplissement.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    8) Le personnalisme

    La logique personnaliste se fonde dans l’expérience subjective de l’objectivité, celle de la présence d’un sujet dans ses objets. Elle expli- que les choses par leur présence qui se manifeste. Cette présence manifeste est l’expression de leur essence ou de leur Etre particulier, leur personne. Le monde est ainsi peuplé d’êtres, c’est un monde d’êtres manifestés. Ce qui se présente à notre expérience n’en est que l’ensemble des manifestations. En tant que telles les manifestations sont l’expression des propriétés caractéristiques de chaque être. Ainsi tout ce que pense, fait, exprime un homme est « présentation » manifeste de ce qu’il est comme personne. Il en est le sujet. De ce fait, selon cette logique, tout ce qui se présente à nous et que notre subjectivité nous donne à voir, est considéré comme l’expression manifeste d’un être, ou d’êtres, dont l’essentialité nous est ainsi signalée sur le plan manifeste. C’est une considération d’évidence : ce que nous constatons par expérience, est. On peut s’y fier. Cette logique est ainsi une logique de foi, telle que toute chose du monde et le monde lui-même, tel qu’il nous apparaît, sont manifestations d’êtres et, éventuellement, d’un Etre divin « origine » du tout manifesté, origine de sa création qui le révèle. Ainsi, pour le personnalisme tel que nous en considérons la logique explicative, pour chaque chose présente, un être en répond, en est responsable : c’est une personne.

    Le monde qui nous apparaît révèle alors la présence d’êtres personnels qui se manifestent a travers lui, comme si ne nous était présenté que l’envers des choses où, à l’endroit, en leur lieu propre, réside le véritable sujet. C’est cet « entendement » qui nous révèle notre propre personne subjective, auteur de nos manifestations et constata- tions objectives. Cette perspective personnaliste nous permet de traiter toute chose comme si c’était une personne dont les propriétés origi- nales nous seraient, en soi, inaccessibles, sinon par identification à partir de leur présence, manifeste à nos yeux.

    Chaque chose est ainsi unique et originale en tant que révélatrice d’un être particulier qui est l’auteur de cette manifestation. Cela con- duit les hommes à parler toujours d’autorité, se fiant à leur subjec- tivité, que toute expression révèle. Selon cette logique, je suis l’auteur de tout ce par quoi je me manifeste et chaque chose que j’exprime est une vérité authentique puisqu’elle me manifeste.

    Tout est vérité, alors, puisque fondé dans son auteur : la personne, chaque Etre, l’Etre supérieur, lorsqu’il s’exprime, se manifeste. Le pronom réfléchi s’applique bien au sujet qui s’exprime dans le sujet exprimé. Il n’y a qu’un seul sujet au discours : l’auteur qui le prononce et ainsi se prononce authentiquement. Nul ne peut ne pas être authen- tique puisque sa présence est manifeste en tout ce qu’il exprime.

    Cette logique entraînera aussi à se considérer, ainsi que chaque homme (par identification), comme sujet, auteur de ses manifestations : personne originale. En outre, tout objet d’expérience, jusqu’au

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    monde entier ne pourra être conçu que comme l’expression d’un être « personnel » qui se présente ainsi. Par exemple, il n’y a d’objets que de désir, si tel est le propre du sujet.

    Une question pourrait rester éventuellement en suspend. Les êtres sont-ils eux-mêmes création manifeste d’un être supérieur ? A cette question ultime qui est ici sans réponse, « l’animalisme » empirique répondra en réduction par la possession. Le sujet d’instincts et de pulsion est comme Dieu (ou Diable) par lequel il serait habité, se confondant avec, quelque soit le nom de cette toute puissance ou toute impuissance qui l’habite. Le culturalisme symbolique trouvera qu’au- delà de tout Etre et s’y manifestant en personne humaine (Instances), réside ce qui les fonde tous dans l’Unité. L’Instant peut en être un nom, un des noms de Dieu. La logique personnaliste n’en connaît que le manifeste (épiphanies), elle ne discerne pas facilement ainsi, trans- cendance et immanence que seule la logique culturaliste symboliste peut différencier.

    L’ambiguïté possible du personnalisme est qu’il peut, aussi bien, avoir une version matérialiste, qu’humaniste. Selon le cas, les mots eux-mêmes n’ont plus les mêmes sens. Le personnalisme se fait com- plice de l’animalisme, lorsque l’homme y est relégué au rang d’animal (dit ou non rationnel), soumis à un Dieu d’arbitraire, intervenant selon des impulsions bien humaines, sinon animales, pour s’approprier cer- tains Etres aux prises avec les puissances diaboliques. Il s’agit là d’un personnalisme de la possession, dont seule, la conscience humaine personnelle peut discerner les sens pour ne pas s’y laisser posséder. Le remplacement de l’absolutisme des pensées matérialistes par le rela- tivisme humaniste, pour tout ce qui concerne le monde de l’homme, est la condition pour retrouver un personnalisme culturaliste et sym- boliste, seul compatible avec la transcendance vivante de l’homme et de Dieu, capable de résoudre, pour l’homme, l’apparente contradiction d’être une créature libre sans être soi-même un créateur arbitraire.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    LA LOI ET L’ORDRE

    Qu’est-ce que la loi et quels rapports l’homme peut-il instaurer avec la loi ?

    Différents registres sont concernés par cette question, où le thème de la loi prend différents autres noms : règles, ordre, dogme, droit mais aussi peut être liberté et verité si l’on retrouve un sens moins commun, celui de la loi juste. Parmi ces registres, rappelons celui de la loi morale, règle de vie et de relation ; celui de la loi sociale, nationale ; celui de la « loi du père » que la psychanalyse invite à voir comme fondatrice. Le dogme religieux n’est-il pas encore loi ? Et que dire des « lois de la nature » ou de la loi de la jungle avec ceux qui font la loi et ceux qui la subissent.

    Un travail de discernement avec la carte générale de cohérence « Ã©pistémologique » conduit à placer des repères dialectiques dont les combinaisons nous amènerons à exami- ner particulièrement quatre types de lois et leurs enjeux pour l’homme.

    On verra ainsi qu’une loi qui ne serait pas manifestation d’autorité personnelle est lettre morte à moins que l’homme consente à s’y conformer, au péril de son âme. Une loi qui serait faite d’interdits ou d’obligations plutôt que de directives et d’orientations ne ferait qu’aliéner l’homme. C’est ainsi tout le rôle éducatif de la loi qui est alors en question, de même que la justice.

    Un premier repère nous est donné par cette opposition entre une loi qui manifeste la détermination de son auteur (personne ou collectivité) en face d’une loi purement formelle : structure ou ordre à priori auquel il ne s’agit que de se con- former.

    La première n’est rien d’autre qu’une manifestation révé- latrice dont l’observation amène à son origine, son auteur, son sens, le consensus collectif qui s’y exprime. Une telle loi n’a d’autre fonction que de repérage. Elle marque le lieu de l’auto- rité et en exprime le sens ou l’intention. Sa fonction n’est que dans ce repérage à partir duquel il est possible de participer ou non, ou aussi d’assurer sa propre autorité exprimant sa propre loi ou encore assumant à son compte la loi commune dans le partage d’autorité.

    La seconde, à priori, n’a pas pour fin d’exprimer et de repérer mais d’ordonner. C’est la conformité qu’elle propose, se faisant, modèle, structure, à visée de normalisation. Cette loi vise l’arrangement des choses, des comportements, des

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES LA LOI ET L’ORDRE identités. Cet arrangement peut d’ailleurs être le reflet d’une norme, choisie démocratiquement, destinée à se généraliser. C’est une loi formelle, formellement établie, destinée à former le monde qui en est l’objet.

    C’est bien d’un Etre objet qu’il s’agit, en étant sujet à cette loi. La loi de l’Etat dans sa finalité d’ordre, organisateur, administrateur, gestionnaire est de ce type, opposée ainsi aux lois personnelles dont les autorités sont auteurs, autorisées ou non par ceux qu’elles concernent ; ce qui change tout.

    A la loi, ordre révélé, et à la loi ordre établi, il faut combiner une autre opposition dialectique. Celle-ci présente en inverses : la loi ordre absolu qui oblige ou interdit et la loi ordre indicatif qui oriente et dirige.

    La première caractérisée par un ordre absolu n’est plus qu’à exécuter. L’exécution n’est rien d’autre que condamna- tion directe ou par défaut. C’est bien de fatalité d’une part, et de faute d’autre part qu’il s’agit avec cette loi. Elle a pour fonction de confondre ou d’exclure et s’exerce dans la confu- sion des coupables ou (et) leur exclusion. Cette loi tranche et c’est en son nom que les sanctions se font sections. Cette loi totalitaire réduit l’homme à l’ordre qu’elle constate. Elle est toujours totalitaire et sa fonction est de condamner lorsque l’homme n’a pas chu assez vite à ses pieds. Cette loi a ses coupables et ses coupeurs, ceux qui donnent les ordres qui ne restent qu’à exécuter avec les interdits qui y contraignent.

    A l’inverse la loi directrice propose. Elle différencie et discerne l’ordre selon sa finalité. C’est ainsi qu’elle guide et dirige, jalonnant les parcours, orientant les oeuvres. Cette loi est plutôt plan. Non pas plan à exécuter, ni plan formel mais plan directeur. La loi évolue, mesure les directions et les valeurs. Elle juge, non en tranchant ; mais en pondérant, son rôle est ainsi de permettre le choix, l’analyse, et aussi de donner la mesure selon le choix. La balance, symbole de jus- tice, pourrait alors être interprétée comme instrument de dis- cernement et non pas comme un fléau fatal. Ainsi, donner des directives pour indiquer le chemin et donner des ordres pour exécution font-ils appel à deux lois de sens inverse.

    Ces quatre types de lois rapidement posés, examinons leurs combinaisons, situant ainsi quatre sens pour quatre lois dont on envisagera la nature et les conséquences.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES LA LOI ET L’ORDRE

    1)La loi de la jungle ou loi du plus fort

    C’est la loi de celui qui « fait la loi » et l’impose. Cela définit le pouvoir personnel dont la loi exprime l’arbitraire. Le dictat, le bon vouloir, le fait du prince font loi et celle-ci doit être exécutée. Loi d’autorité et loi absolue nous avons là la loi impériale et impérieuse. Elle s’impose aux assujétis qu’elle confond ou élimine avec l’autorité qui la déclare. Cette décla- ration se fera du même coup volontiers au nom de tous, qui s’y confondent, et à rencontre des autres, qui s’en excluent. Cette loi, toujours personnelle, est très souvent énoncée au nom du peuple, de l’intérêt commun ou de la défense commune, elle défend la limite (et tranche) entre le propre (propriété) et l’impropre (l’autre). C’est toujours une loi inique quelques soient ses termes. Il faut ranger dans ce sens la compréhension courante du dogmatisme et de l’antidogmatisme dogmatique, dans tous les domaines, du religieux au politique notamment. La loi qui révèle peut ainsi devenir violence inique si elle est combinée avec un ordre nécessaire et fatal, la loi absolue ; L’histoire nous relate la fréquence des ravages de cette loi d’injustice au nom de Dieu, du peuple ou de personnes sacra- lisées. L’autorité qui inscrit ses fins dans la matérialité se fait pouvoir inique se sacralisant par la loi qu’elle impose au nom d’une toute puissance.

    2) La loi de la nature ou loi d’équilibre

    Après la violence de la loi précédente, celle-ci peut paraître rassurante, indiscutable, objective. C’est bien là le drame.

    Elle combine le sens de la loi fatale et celui de la loi formelle, éliminant du même coup l’autorité personnelle. Il n’y a plus d’autorité donc plus de responsable et ainsi il s’agit d’une loi d’irresponsabilité. La Nature viendra comme caution d’une loi qu’il faudra bien quelque homme pour formuler. Les lois scientifiques, des sciences de la Nature, d’une « nature humai- ne », promues comme lois objectives régissant l’ordre naturel, sont celles qui règlent la circulation, l’évolution et la nature même des choses. Ainsi les lois de la mécanique régissent-elles le jeu des rouages des machines y compris la « mécanique céleste » et la mécanique corporelle des êtres vivants. La loi régit l’équilibre ou, plus précisément, y vise équilibre au plus bas, par entropie, ou l’inverse.

    Les théories sociales ou économiques se donnant comme lois de la nature sont de cet ordre. Elles ont pour fonction

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    LA LOI ET L’ORDRE l’objectivation et comme méthode l’objectivité. Quoi de moins subjectif ? Quoi de moins arbitraire ? Quoi de plus normal ? Or ces lois de la nature ont comme caractéristiques de ne pouvoir être transgressées sinon par faute contre-nature. Elles sont critères du bien et du mal, indépendamment prétendent- elles, de la subjectivité humaine. L’homme est objet de nature, objet de ses lois nécessaires. Obligations et interdits sanction- nent la conformité à la loi. La loi objective qui se donne comme « vérité » est lettre pure et « venté » absolue. Et cette lettre tue. Cette loi est meurtrière de l’esprit, du sens de l’homme qui se dénie et dénie son rôle d’auteur. La loi objec- tive ignore qu’elle n’est qu’objectivation, relative à son sujet, son auteur. C’est aussi une loi totalitaire qui prête à l’abandon de soi, l’abandon de toute liberté propre, l’abandon d’Etre, puisque tout est écrit dans la loi y compris dans la loi encore a connaître.

    Considérer la loi comme vérité nécessaire et formellement exacte ou la proposer comme telle équivaut à une aliénation à un « ordre naturel des choses », dénégation de l’humanité en l’homme, de la liberté humaine, de tout devenir personnel contraire à l’ordre naturel, seul porteur de devenir et de son sens. Il n’y a alors de fin pour l’homme que l’abandon à la fatalité conformément à la loi. Or le texte de cette loi peut être juste en tant que loi humaine, authentique notamment. C’est la considération de ce qu’est la loi et du rapport à la loi qui est en question.

    Comme St Paul le répète, la loi condamne par sa lettre. Pour qu’à l’inverse elle justifie, la loi suppose la foi, déjà en l’autorité de soi et de l’auteur et aussi le discernement des directions du devenir (des esprits). Avant de passer à cette loi « sainte », c’est-à-dire juste, il nous faut envisager un troisième cas, la loi de Raison.

    3) La loi de raison ou loi de droit

    Comme la loi de la nature, elle est aussi formelle et n’est pas une loi d’autorité. Cependant elle n’est plus ordre à exé- cuter, fatal ou nécessaire mais direction indiquée, directive. La loi de raison établit des rapports ordonnés selon des valeurs humaines. Elle est ainsi loi morale. Cependant elle prétend être normative. Sa lettre est modèle premier ou ultime de perfection à laquelle il ne peut qu’y avoir (normalement) conformation. L’anormalité est ce qui n’est pas conforme et enjoint de se rectifier. Les raisons de la loi sont conforme à la

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES LA LOI ET L’ORDRE

    raison et, s’il s’agit bien de guide, d’orientation, c’est la géo- graphie même du chemin qui est proposée à parcourir et non l’expérience humaine à vivre. La rectitude est le rapport atten- du a la loi et celle ci est le droit ou l’état du droit. Ce droit est directif, indicateur et s’écrit dans sa lettre comme loi.

    A l’opposé de la loi de Raison, la loi de la jungle ou du plus fort est celle ou le droit est enjeu d’avoir. Avoir le droit, comme avoir raison : c’est faire la loi. Ici le droit résulte d’une norme collective, démocratique par exemple, et indique la bonne direction. Il est malheureusement notable que cette loi de droit et de raison est prise à contre sens lorsque sont en jeu pouvoirs et avoirs. La loi de raison est alors appropriée par le pouvoir et l’autorité.

    4) La loi juste, loi révélatrice en vérité

    C’est toujours une loi directrice mais, cette fois aussi, une loi d’autorité. Elle indique le lieu et le sens de l’autorité. Indicatrice et repère elle joue un rôle de médiation, tant pour la connaissance et reconnaissance de l’auteur de la loi que pour la connaissance et reconnaissance de celui qui s’y exerce com- me autorité, libre et responsable. Il ne s’agit donc plus d’obli- gation absolue, ni de conformité à la lettre mais au contraire d’indications et de reconnaissance. La loi juste est à la fois expression authentique et orientatrice vers la voie juste pour soi.

    C’est en tant qu’autorité libre et responsable que le rap- port à la loi est possible ou plutôt c’est ce qu’il amène. Elle aide à discerner la voie d’accomplissement de l’homme, recon- naissant son autorité propre et le sens de son devenir. Cela suppose que ce soit une loi d’Homme mais aussi qu’elle soit proposée comme telle tout en indiquant, dans sa révélation, la direction à prendre.

    Telle peut être la loi politique si elle révèle les sens du consensus et particulièrement celui qui mène chacun à se reconnaître auteur avec les autres de ce consensus. Telle peut être la loi religieuse, sociale, familiale. Toute loi juste est éducatrice et édificatrice, révélatrice à condition de n’être pas prise comme loi objective autonome. La loi juste est fruit de la connaissance qui ne doit être détaché de son arbre : l’Homme. C’est comme cela qu’elle peut être reconnue comme juste et féconde. Il n’y a pas de loi juste sans autorité qui guide et oriente.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    EPISTEMOLOGIE DES SCIENCES HUMAINES ET LEURS PRATIQUES

    La multiplicité des sciences humaines et psychologiques témoigne de la diversité des conceptions auxquelles sont con- frontées les pratiques. Il y a des présupposés qu’il est bon de connaître et de méditer. La théorie de l’Instance et des Cohé- rences propose une analyse différentielle des tendances épis- témologiques où se situe le choix de la sienne propre.

    1) Epistémologie de là question du sujet

    Lorsque les sciences humaines se préoccupent de l’homme, il est commun de lui attacher la dénomination de « sujet » ; un sujet serait une valeur particulière s’opposant à celle d’objet. Il y a là cependant une multiplicité de compréhensions de cette notion de « sujet » dont chacune est significative, à la fois, d’une épistémologie particulière et d’un statut de l’hom- me auquel s’adressent les chercheurs et les praticiens. Quel est donc leur sujet ?

    La théorie de l’Instance et des Cohérences prend position sur cette question mais permet, en outre, de la situer parmi d’autres positions épistémologiques.

    Les expressions choisies sont destinées chacune à évoquer le sens d’une considération particulière de l’homme-sujet impliquant une approche scientifique différente. La notion même de science en est transformée.

    Remarquons :
    - l’opposition verticale entre un sujet différencié et un sujet isolé, une conception humaniste et une conception matérialiste de l’homme,
    - l’opposition horizontale : un sujet personnel original, poten- tiellement libre et responsable et un sujet qui n’est que sujet à un ordre supérieur impersonnel qui le structure, auquel il est identifié.

    Il n’y a qu’un sujet personnel différencié (en haut à gau- che) qui soit véritablement et le seul humain, auquel sont subordonnés ses « objets » qui ne sont que les produits d’une objectivation collective et culturelle.

    A l’inverse (en bas à droite) l’homme en question n’est que le résidu, produit par un système de lois et mécanismes naturels dont les sciences humaines sauraient prédire les conditionnements, fatalement reconnaissables.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES EPISTEMOLOGIE DES SCIENCES HUMAINES ET DE LEURS PRATIQUES

    Qui sommes-nous ? Objets d’études ou sujets humains des sciences humaines.

    2) Epistémologie de la question du changement

    Que ce soit en raison de difficultés, que ce soit en raison d’aspirations, d’ambitions ou de nécessités, nous voulons changer. Le changement de l’homme qui intéresse le psycho- logue peut s’appeler éducation, guérison ou toute autre trans- formation. Seulement toute action de changement présuppose une certaine conception de ce qui change et de la nature de ce changement. C’est sur de telles conceptions épistémologiques que reposent objectifs et stratégies, projets et pratiques. La théorie de l’Instance et des Cohérences propose une considération de l’homme et de son devenir, du sens de ses changements. Elle propose aussi une analyse épistémologique de la question que l’on peut esquisser.

    En quoi consiste le changement ? Cela dépend de la façon de concevoir le sujet. Il faut rapprocher les deux analyses pour répondre à la question : quel changement pour quel sujet. On remarquera l’opposition de sens entre deux conceptions du changement.

    En haut à gauche sur la carte, il s’agira de cultiver, autant que possible, ce qu’il y a de meilleur en l’homme, visant à l’accomplissement de son humanité. Cette « culture » est à la fois personnelle et universelle. C’est la culture de l’humanité en l’homme, de ce qui est le plus humain, son Etre transcen- dant, son « Instance » (Théorie de l’Instance).

    En bas à droite, il s’agira de rectification ou de guérison de ce qui est considéré comme mauvais. Cette guérison procédera par élimination après séparation du mal ou par incorporation de l’élément normal manquant (amputation/prothèse). D’un côté, tout changement améliore l’homme et, de l’autre, le rétablit comme objet individuel conditionné. La guérison ne serait-elle pas quelquefois aliénante ? C’est une question délicate à laquelle les pseudo évidences mécanistes, rectificatrices ou régulatrices ne répondent pas.

    On notera que le changement s’adresse toujours à l’essentiel de l’homme et le type de changement désigne son essentiel. C’est ainsi que s’opposent horizontalement les conceptions « personnalistes » et tes conceptions « idéalistes ». Les

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES EPISTEMOLOGIE DES SCIENCES HUMAINES ET DE LEURS PRATIQUES premières ont foi dans les potentialités de l’être humain, les secondes croient en la validité formatrice des modèles que le savoir procure. Entre le haut et le bas, s’opposent encore l’édification de l’homme et le retour revendique à une nécessité fatale. Cela opposera les projets choisis, aux changements nécessaires ; autrement dit : la participation du sujet à son changement ou sa soumission à celui-ci. 3) Epistémologie de la méthode la question de la pratique Les praticiens en sciences humaines, psychologues notamment, visent, comme tout un chacun dans son activité, à contribuer à un changement ; c’est l’origine même de cette activité. C’est alors que se pose le problème de la méthode. Comment s’exerce la pratique ? Qu’est-ce qui est agissant ? Quel est le rôle de la méthode ? Il s’agit là d’une question épistémologique. Des présupposés sous-tendent les pratiques effectives, présupposés qui révèlent ou dissimulent les théories et sciences de l’homme, mais qui correspondent à des consi- dérations différentes de l’homme, du monde et de leurs changements. Comment cela opère-t-il ? La place du sujet, praticien comme client, y est en question. Sur l’axe horizontal s’opposent deux conceptions. Pour l’une c’est la relation personnelle et l’implication du sujet qui est l’essentiel. Pour l’autre la méthode consiste à se référer à un modèle. D’un côté la méthode est un mode d’activation et de relation, de l’autre elle est un schéma dont « l’application » opère. Qui est alors, le sujet de la méthode ? Dans le second domaine, les praticiens et clients en sont les objets. C’est ce qui se passe quand le savoir prédomine sur le réel. Verticalement s’opposent : la pratique d’une méthode qui est un artifice significatif, le guide d’une démarche, une discipline, et, à l’inverse : l’action, méthode consistant à agir directement sur la substance des intéressés pour provoquer, par contre-coup, une réaction. La méthode, ramenée à une technique, opère logiquement selon les principes du rationalisme alors qu’a l’opposé, l’empirisme propose une méthode réduite à des coups : essais, erreurs.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES EPISTEMOLOGIE DES SCIENCES HUMAINES ET DE LEURS PRATIQUES

    Les deux autres conceptions épistémologiques opposent deux types de pratiques totalement opposées.

    La position en bas à droite est celle qui présuppose qu’un problème se résout lorsque toutes choses sont en place, équi- librées. L’action se conçoit comme une mise en condition, l’établissement d’une situation à partir de laquelle tout va rentrer dans l’ordre, mécaniquement. Le praticien est agent d’une situation, d’un processus plus ou moins codifié qu’il met en place pour que s’y intègre son client en s’y entraînant et s’y efforçant.

    A l’inverse, il ne s’agit pas de mise en place. La méthode est un guide personnel pour le praticien et son client. Elle joue le rôle d’un jeu de repères dans l’établissement d’un consensus interpersonnel, orienté avec discernement par le praticien de manière à ce que le client s’y retrouve, avec une maîtrise suffisante pour accomplir ses potentialités, malgré, éventuel- lement, des difficultés qui sont alors à surmonter plutôt qu’à guérir. La méthode et le praticien n’opèrent rien sur le client, mais l’une sert de guide à l’autre pour que le troisième (client) progresse de lui-même dans sa propre vérité. Aucun système n’est la vérité de l’homme mais c’est l’homme qui est le véritable sujet humain des systèmes humains. Les méthodes, comme les systèmes, doivent être resitués comme aides opé- ratoires personnelles et non comme modèles opérants.

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    III LA CARTE TELEOLOGIQUE

    Troisième carte

    La carte téléologique aide au discernement des différentes façons de se disposer pour arriver à ses fins et donc, à celui des processus et trajectoires opérants, selon leur finalité.

    La troisième carte générale de cohérence combine les axes : Etre / Non-Etre que l’on placera en vertical et Intériorisation / Extériorisation en horizontal. Le troisième axe articule les deux faces de cette carte, vers le Haut / vers le Bas, correspondant aux sens : Elévation / Réduction qui traversent le plan de la carte.

    Une carte téléologique correspond, selon ses sens, à différentes représentations des origines et des fins et de ce qui les relie. C’est donc une carte des devenirs et aussi des projets, projections dans le devenir des origines imaginées.

    C’est ainsi une carte de différents types de causalités comme celle de différents sens de la vie individuelle ou collective. On s’apercevra que la question des « destinées humaines » se trouve liée à celle de ce qui inaugure celles-ci et leur parcours. De ce fait c’est, selon ses sens, différents types de représentations de la famille, hommes, femmes, enfants et des systèmes politiques et institutionnels que cette carte permet notamment d’analyser.

    En outre, la question religieuse apparaîtra, liant famille, politique, religion, institutions, dans une homologie dont les sens se trouvent dans cette carte, qui en déploie la palette des fins et des processus. Ce sont ces exemples que l’on prendra pour illustrer cette troisième carte générale, dont nous allons d’abord envisager les secteurs axiaux et les champs.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    1) Les axes

    a) Le sens de la création et de la présence

    Selon, aussi, l’axe Etre, ce sens correspond à une finalité de manifestation originale, personnelle, par laquelle se réalise une « pré- sence ». Etre présent en est l’équivalent, lorsque cela s’entend a la fois comme un événement et comme l’expression originale d’un Etre par- ticulier. L’origine se situe en l’Etre, son désir ou son essence (Instance), dont l’initiative est créatrice si la création n’est rien d’autre que la manifestation originale authentique, incarnation ou expression de son auteur. Toute chose provient d’un auteur d’un sujet, vise à le mani- fester, exprime sa présence originale, sa vérité, sa « quiddité ». Etre au monde et l’éprouver est la seule fin. Cet événement que constitue chaque présence peut être envisagé comme « le souffle de l’esprit sur la matière », comme « Parole incarnée ». C’est en quelque sorte la pré- sence matérielle de l’esprit, la représentation du désir ou 1’expression d’une volonté, d’une intention. C’est comme cela que l’Instance fait existence, comme événement de création permanente.

    b) Le sens de la conformation et de l’évolution

    A l’opposé du précédent, l’origine ici, est dans le modèle, la structure de l’Evolution. Le mouvement y consiste en un déploiement structurant. La finalité dans ce sens est la généralisation de l’applica- tion de la structure à toute chose. C’est ce que l’on appelera organiser, ordonner, arranger, schématiser, standardiser, normaliser, modéliser. Tout cela revient à tout rendre conforme, c’est-à-dire structuré selon la forme (structure) initiale. La démultiplication d’un module de base, le mouvement de cette conformation, on les retrouvera dans tous ces projets de « formation », dont les modèles sont préétablis. Que ce soit formation d’individus, formation d’objets, formation de sociétés et d’organismes, la seule fin est cette formation même. C’est donc dans les mimésis que se trouve ici le principe de l’évolution de toutes choses. Leur « condition » comme par exemple la « condition humaine », la « condition » de chaque chose, sont la « rai- son » de son existence qui évolue en y étant conformée.

    c) Le sens de la relation ou de la continuité

    Sens de l’intériorisation, il indique que la génération de toute chose est inscrite dans une conjonction, une relation. Conjoindre, c’est donner et recevoir, alimenter et ingérer ; apporter et accueillir et c’est ainsi que vont les choses depuis l’origine jusqu’à leur fin. Alliance, conjugalité, conjugaison, expriment le fait d’aller ensemble, d’être

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    relié. Ce sens là se développe dans la religiosité qui consiste à être relié aux autres et au monde et ainsi contribue à une continuité. La con- tinuité obtenue par association ou liaisons est en fait une expression de la finalité dans ce sens. Générer la continuité est ainsi le sens de ces alliances, mariages, accouplements, rassemblements, qui tendent à une communion intime, que le « repas de noce » symbolise aussi bien dans des rites, mythes, moeurs ou projets. C’est dans ce sens que des liens relient toutes choses par lesquels elles se trouvent en continuité ou en association, générant le continuum d’un univers auquel tous collaborent. Dans le langage de la théorie il s’agit ici de « faire consensus » pour générer 1’existence et les êtres continuement. Faire consensus se traduit dans 1’existence par un acte d’amour générateur.

    d) Le sens de la spéculation ou de la discontinuité II n’y a plus là de liens entre les causes et les effets sinon aléatoires par hasard. Cest donc par spéculation que l’on peut atteindre ou obtenir les choses, ou qu’elles peuvent arriver. Leur origine, comme leur arrivée, ne so