Le Journal Permanent de
L'Humanisme Méthodologique
par Roger NIFLE


Une méthode de pensée pour l'action
Basée sur la Théorie et l'Ingénierie du Sens et des Cohérences Humaines
Le 20 07 2008 à 00 h 14

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    Au coeur du sujet - Chapitre 5 1
    Les cartes générales de cohérences

    Première publication : 1986, mise en ligne : mardi 3 août 2004, Roger Nifle


    Sont développés les fondements de ces cartes de Sens, leur origine et leurs applications très nombreuses. Les années n’ont fait que confirmer la pertinence théorique et pratique de ces trois cartes et ont donné lieu à de très nombreux développement dont on trouve les traces dans les textes en ligne.

    Chapitre 5 : LES CARTES GÉNÉRALES DE COHÉRENCES...173

    I. - DÉFINITION ET PORTÉE DES CARTES GÉNÉRALES DE COHÉRENCES 175

    1) Les cartes de cohérence 176

    2) Les trois cartes générales et leurs articulations 178

    3) Les modes d’emploi des cartes générales de cohérences 180

    Sens, objectifs, finalités et postulats 185

    II. - LES TROIS AXES PRINCIPAUX 187

    III. - LA CARTE PHÉNOMÉNOLOGIQUE, 1ère CARTE 195

    Les jeux d’identité 200

    IV. - LA CARTE ÉPISTÉMOLOGIQUE, 2e CARTE 205

    La loi et l’ordre 222

    Epistémologies des sciences humaines et de leurs pratiques 228

    V. - LA CARTE TÉLÉOLOGIQUE, 3e CARTE 235

    Téléologies de la famille 241

    Téléologies des systèmes politiques 242

    VI. - LA POSITION DU SUJET ET LE SENS DE LA VIE 246

    CINQUIEME CHAPITRE LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    En toute Instance résident les cohérences qui font les réalités particulières de l’existence. Toute Instance peut aussi être envisagée comme une cohérence, une cohérence générale, celle de l’ensemble de l’existence.

    De cette cohérence générale, on peut proposer des représentations, les cartes générales de cohérences. Comme toute carte de cohérence elle visualise comme des vecteurs les sens qui rayonnent autour d’un même foyer, le centre de cohérence.

    Ces cartes générales, dont les sens seront spécifiés ici, sont des outils d’analyse et de discernement. En effet, par le jeu des activations et des homologies, les cartes générales de cohérences permettent de différencier les sens de toute chose, d’un point de vue universel. Ainsi trois cartes générales permettent trois points de vue sur les choses :
    - un point de vue phénoménologique avec la première carte, pour différencier les sens des situations et de ce qui s’y passe. On verra en particulier de ce point de vue, le sens des relations interpersonnelles et des rôles des personnes et des groupes dans les situations,
    - un point de vue épistémologique avec la deuxième carte pour différencier les diverses logiques de compréhension des choses et, en particulier, les sens des sciences, théories, philosophies, idéologies et visions du monde, à l’oeuvre dans l’existence actuelle ou dans l’histoire,
    - un point de vue téléologique enfin, avec la troisième carte, permettra de différencier les modes d’évolution ou de transformation des choses, des actes et des événements depuis leur origine vers leur fin. Cela permettra de mieux comprendre le sens des systèmes sociaux, politiques, familiaux, religieux, en fonction de leur finalité propre.

    Les cartes générales de cohérences sont des outils dont l’efficacité se cultive avec l’usage. Il faut dire que ce qui se cultive alors c’est le discernement du sujet utilisateur, médiatisé par ces cartes. La pratique régulière de l’utilisation des cartes générales de cohérences est une discipline de discernement, de nature à favoriser l’accomplissement de celui qui s’y exerce. Le sens de la vie, au travers de ses multiples questions et circonstances en est l’enjeu principal.

    174

    DEFINITION ET PORTEE DES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    Les cartes générales de cohérences, comme toute carte particulière se présentent avec deux axes de référence, marquant deux couples de sens opposés. Ces deux axes découpent quatre champs, plages de sens deux a deux elles aussi opposées. Chaque cohérence comporte une infinité de sens différenciés mais non séparés. Les cartes font apparaître autant de sens différents que l’on peut en appréhender par la finesse du discernement. En tant qu’outils, les repérages que constituent les axes et les champs sont d’un grand secours pour guider l’emploi des cartes dans leurs différents usages. Les trois cartes générales de cohérences sont constituées en associant, deux à deux, trois axes formant ainsi trois couples pour les trois cartes.

    Les trois axes utilisés pour les trois cartes, correspondent à des sens majeurs de l’Instance humaine, c’est-à-dire à des dispositions majeures de l’homme en lui-même dans l’existence.

    L’un Etre / Non-Etre propose en alternative, la localisation du principe ou de l’origine des choses, soit en, soit hors d’elles mêmes. L’autre Elévation / Réduction envisage la double alternative d’un deve- nir différencié ou d’une polarisation binaire unique et fatale. La troi- sième enfin Intériorisation / Extériorisation oppose le sens de l’amour à celui du hasard.

    175

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    Les sens, balisant l’espace conjoint des trois cartes générales, sont, comme tous ceux de ces cohérences générales, des sens aux multiples modalités, si bien qu’ils se trouvent chacun investi, de façon caracté- risée, dans un très grand nombre de questions de natures très variées, dont ils constituent l’unité.

    L’utilisation des cartes générales est ainsi unifiante. Elle permet à la fois de différencier toutes choses selon leurs sens distincts mais aussi de réunir toutes choses selon leurs sens communs. De cette façon chaque sens de ces cartes générales, disposition particulière possible de l’homme en son Instance, sous-tend tout un univers où toutes les choses sont et vont dans ce sens. La grande question qui est posée à l’homme est donc celle du discernement des sens qui lui sont ouverts et du choix privilégié de tel ou tel sens pour conduire son existence.

    Parmi tous ces sens, ceux de l’accomplissement de l’Homme, sont ceux selon lesquels il peut assumer liberté et responsabilité et s’engager vers sa fin dernière qui est d’être pleinement Homme, un Etre singulier en son Instance, grâce à ce qu’il fait de son existence pour y parvenir. Dans le développement présenté ici, nous nous engageons aux premières spécifications de ce que sont les sens dont nous avons parlé précédemment. Cela réclame quelques précautions. Sachant, d’abord, que les sens ne sont pas ce que l’on en dit et qu’ils ne sont accessibles que par la conscience de sens personnelle de chacun, le propos ici est donc de proposer au lecteur de se familiariser progressivement avec la nature et l’emploi des cartes de cohérences, pour se confronter à ce que les évo- cations différenciées des sens, selon les trois cartes générales, veulent signifier.

    1) Les cartes de cohérences

    L’un des principaux outils des pratiques de cette théorie : la carte de Cohérence, est un mode de représentation dont il est nécessaire de donner quelques aperçus dès maintenant pour aborder les cartes générales de cohérences.

    Une cohérence de l’Instance peut être envisagée comme l’en- semble d’une infinité de sens, rayonnant depuis un centre et se déployant selon un espace « infinitif ».

    176

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    Une carte de cohérence est obtenue par réduction de cet espace à deux dimensions sur le plan de la feuille.

    Notons, d’ores et déjà, que « la carte n’est pas le territoire » ou, plus précisément : la carte de cohérence n’est pas une cohérence. Elle est un outil de représentation, une image qui peut aider l’utilisateur (n’oublions pas que si la carte est sur le papier, la cohérence est en soi-même). Son observation amène plusieurs remarques à partir du schéma suivant.

    figure 27

    Tous les sens y sont représentés par un vecteur partant d’un centre commun : le centre de cohérence. Ainsi à chaque sens peut être associé son inverse. C’est un élément important de la nature de toute cohérence. Elle est faite d’un ensemble de sens, inverses les uns des autres. Sur une carte, de part et d’autre du centre, sont indiqués ces sens inverses. Ils ne se définissent que l’un par l’autre dans une opposition dialectique à l’intérieur de leur cohérence.

    Cette carte représente un ensemble de sens différenciés. Ainsi, l’es- pace ouvert par la carte doit pouvoir être repéré pour en différencier les secteurs. On choisit pour cela (parmi tous les sens) deux axes, chacun constituant un couple de sens opposés, déterminant ainsi quatre secteurs, nommés champs de cohérence. Chacun a son oppo- sé et voisine avec un autre selon un sens commun : le demi axe médian. A l’intérieur d’un champ, chaque vecteur que l’on peut tracer représente un sens de ce secteur.

    Cette différenciation, présentée sur la carte par un vecteur dis- tinct, n’est accessible que par le « discernement » que procure la conscience de sens. Celui-ci peut « exister » dans une conscience sensible ou dans une conscience formelle (on peut ressentir ou se représenter des différences de sens et des oppositions). La repré- sentation donnée par la carte peut être figurée ou illustrée par des termes indicateurs des sens.

    Dans la carte de Cohérence, chaque sens différencié sera mar- qué par toute une série de termes évoquant un existant donné (un contexte...) mais aussi tout une série d’existants isomorphes. Il est capital de ne jamais oublier que les termes utilisés pour une carte ne sont pas la vérité du sens indiqué et qu’ils pourraient être remplacés par bien d’autres de mêmes sens. L’isomorphie de différents termes de même sens est de nature à favoriser une cer- taine conscience de sens.

    Pour communiquer une carte, nous serons donc amenés à l’il- lustrer par divers exemples, l’idéal étant que le lecteur devienne à son tour capable de produire de nouvelles illustrations isomorphes.

    177

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    2) Les trois cartes générales et leurs articulations

    Si on rajoute une troisième dimension à une carte de cohérence, elle se trouve traversée par un troisième axe qui forme avec les deux premiers deux nouvelles cartes. On a alors trois façons d’examiner la même cohérence selon les trois plans ou cartes, mais on pourrait aussi bien travailler sur une représentation à trois dimensions. Si elle accroît la pertinence de l’outil, elle le rend difficilement mania- ble. Cependant, il est bon de ne pas perdre de vue qu’un même sens de la cohérence peut être projeté sur trois cartes différentes.

    C’est ainsi que les trois cartes générales ne sont que trois perspectives différentes des mêmes sens. Représentons cela sur un schéma où se retrouvent les trois axes, ou couples de sens opposés, des cartes générales de cohérence.

    FIGURE 28

    Chacune des trois cartes, formée par les axes pris deux à deux, présente un caractère propre.

    Ainsi un même sens (S) peut être rapporté ou projeté sur chacun des trois plans et être envisagé selon leur spécificité : SI S2, S3.

    178

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    SI dans notre schéma, se rapporte à la carte formée par les axes élévation / réduction et intériorisation / extériorisation. Il s’agit d’une carte phénoménologique où l’on envisagera le sens des situa- tions et de ce qui s’y produit.

    Le sens du phénomène est dans le plan de la carte. Par contre l’axe Etre / Non-Etre qui le traverse, reste indifférent pour carac- tériser le phénomène lui-même. Le fait est que le phénomène est isolé par abstraction de la question et donc des sens de ce troisième axe.

    S2 se rapporte à la carte formée par les axes Elévation / Réduction et Etre / Non-Etre. Il s’agit d’une carte épistémologique où l’on envisagera le sens des explications, des logiques, des con- naissances et savoirs, des conceptions du monde et des choses. C’est en définitive une carte des différentes sciences, selon leurs logiques propres.

    L’axe transversal : Intériorisation / Extériorisation n’intervient pas pour spécifier le système explicatif ou la logique de fonction- nement des choses. Il serait nécessaire pour envisager le mode d’acquisition des connaissances ou d’expression des savoirs, mais pas pour leur nature propre. Il s’agit, dans cette carte, de la question du rapport entre les êtres et les choses, expliquant la nature de leurs affectations mutuelles et leurs correspondances.

    179

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    S3 se rapporte à la carte formée par les axes Etre / Non Etre et Intériorisation / Extériorisation. Cette troisième carte est dite téléo- logique et elles nous indique les sens de la question des fins et des origines. Elle est aussi celle du sens des causes.

    FIGURE 31 Ainsi, chaque sens S peut être projeté sur :
    - la carte phénoménologique, pour les faits qui l’actualisent,
    - la carte épistémologique, pour le système explicatif, la logique qui l’exprime,
    - la carte téléologique, pour le type de causalité et les représen- tations qui lui donnent forme. Ces spécifications apparaîtront plus clairement en étudiant cha- cune des cartes.

    3) Les modes d’emploi des cartes générales de cohérences

    Cet ensemble de cartes générales est utilisable de diverses manières et dans de multiples circonstances. Tout d’abord, en tant que carte générale de l’Instance, c’est un outil de réflexion théorique sur l’homme et sur le monde. On pourra ainsi débroussailler, en les analysant, des questions d’intérêt général, politique, éducation, sciences, activités sociales, biologie, philosophies, etc... Toutes les directions envisagées sont inscrites en l’homme, en tant que sens en son Instance.

    Les usages les plus courants porteront sur l’analyse d’une préoc- cupation, d’un problème, pour y voir plus clair et éventuellement choisir une façon d’agir. Il y a différentes approches pour cela.

    180

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    a) Choix d’une carte générale

    Le premier problème consiste d’abord à choisir la bonne carte parmi les trois. Cela ne dépend que du type de questionnement. Discerner le sens ou le type de situation qui se produit lors d’un événement, d’un fait actuel, passé ou futur, réclame l’usage de la première carte générale « phénoménologique ». Dans la même ana- lyse, seront envisagés les types de comportements et d’actes des protagonistes dans la situation. Les propos tenus, les discours, ne sont pas toujours ce qui est le plus significatif mais plutôt les évé- nements et les faits. Ce qui se passe, les péripéties, les résultats obtenus ou probables, sont indicateurs du sens de la situation. Une telle analyse, avec la première carte générale, sera utile notamment pour prévoir le cours possible des événements ou com- prendre quelles dynamiques sont à l’oeuvre. Elle permet de conce- voir et mettre en oeuvre des situations types, selon leurs dynami- ques agissantes. Dans une situation réelle, on s’attachera aux faits, au constat de la disposition des choses, de leur rôle effectif, et aux mouvements et transformations observables. Le sens (dominant) de la situation reconnu, il devient possible de repérer d’autres faits significatifs, d’expliquer leur avènement et de prévoir leur évolu- tion. C’est en définitive à la question « qu’est-ce qui se passe ? » ou « que va-t-il se passer ? » dans telle ou telle situation, que cette analyse peut répondre. La réponse, d’ailleurs, n’est pas prédictive de tout ce qui peut se produire mais essentiellement des faits les plus significatifs.

    Cette analyse permettra le repérage des faits significatifs au milieu de ceux qui le sont moins ou même qui auraient une fonction d’occultation. De cette façon, on comprendra qu’un seul fait ne puisse être retenu pour discerner le sens d’une situation mais tout un ensemble de faits homologues. Par exemple, un discours sur les bienfaits d’une situation ne peut pas suffir à la comprendre, il faut vérifier ce qui s’y passe, ce qui, en retour, éclairera la fonction d’un tel discours : Occultation ? Séduction ? Mobilisation ? Elucidation ?... C’est ici que l’on comprendra « ce que parler veut dire », ce que le fait de parler signifie dans sa participation à la situation. La seconde carte générale épistémologique s’éloigne des faits (sauf pour l’axe commun Elévation / Réduction). Cette seconde carte sera utile pour comprendre les façons de penser. Comment le mon- de, les choses, les êtres sont-ils perçus et abordés ? Ce sont les attitudes qui seront cette fois-ci significatives, les prises de position, les réflexions, les explications données, les liens envisagés, les règles à suivre.

    Quelles sont les attitudes des gens face à toutes sortes de ques- tions ? Leur rapport au travail, à l’entreprise, à la science, à la nature, à soi-même, à la vérité, aux autres ? Voilà ce que cette seconde carte peut éclairer particulièrement. Comment peut-on prendre tel ou tel problème ? Qu’est-ce qu’il signifie pour telles ou telles personnes ? Comment telle chose est-elle comprise ? Ce sont aussi des façons d’aborder cette carte. Celle-ci est donc particulièrement requise pour la connaissance d’une chose, d’un problème et en particulier

    181

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    pour discerner les différentes compréhensions que l’on peut en avoir. Les termes du langage, par exemple, n’auront pas le même sens pour tout le monde, évoquant pour les uns ou les autres des rapports différents avec ce qui est en question. Parler technique ne signifie pas la même chose dans le sens du rationalisme ou celui de l’animalisme. Dans le premier, il s’agit de modalités opératoires structurées, d’outils, de transformations ; dans l’autre il s’agit de puissance, de domination, d’augmentation de pouvoir, d’armes, etc... Il n’y a pas de compréhension entre ceux qui ont ces deux modes de pensée opposés de la technique. Ce qui est en question ici, c’est la façon de s’adresser aux autres et ainsi « ce que parler signifie » C’est ce que telle explication des choses signifie et aussi quelle logique la sous-tend.

    Il est souvent difficile d’apercevoir que les faits et leur appréhension ne doivent pas être confondus. C’est ce que la temarité existentielle nous indique. Ici nous sommes amenés à différencier les attitudes, les modes de compréhension et les explications, des situations elles-mêmes et aussi des projets ou schémas qui les sous- tendent et que la troisième carte permet d’analyser. Cette troisième carte téléologique est celle des finalités et des voies pour y parvenir. Elle sera utile pour analyser le type de projet sous-jacent à toute entreprise. Quelles voies s’offrent pour atteindre un objectif, et par où faut-il commencer ? C’est aussi le problème des fins et des moyens que l’on peut aborder avec cette troisième carte de cohérence. La façon d’imaginer les origines et d’en conclure les conséquences correspond au travail d’élaboration des projets où se dessinent les trajectoires à parcourir. Plans et stratégies traduiront les différents sens de cette carte. La carte téléologique servira ainsi à repérer, analyser, concevoir, un scénario selon son sens. Cela revient à repérer le sens et la forme des représentations qui supportent le déroulement d’actions, d’événements, d’entreprises. Dans un scénario ou une représentation figurent des personnages et une distribution des rôles qui sont repérables. De ce fait, on pourra utiliser cette carte pour mettre en évidence le type d’identification qui sous- tend et justifie un projet. Cela rejoint aussi la question du type d’idéal et d’idées qui mobilise les personnes. Représentations personnelles, représentations sociales, images, croyances, identifications individuelles ou institutionnelles, sont aussi analysables avec cette même carte.

    b) Utilisation des cartes pour l’analyse

    Tout existant réel est porteur de tous les sens de sa cohérence. Cependant tel ou tel de ses sens peut être dominant et sera pris alors pour le sens de l’objet analysé. Cette simplification conduit à la caricature, c’est-à-dire au renforcement des traits significatifs d’un même sens. Cette caricature, qui présente l’inconvénient du risque de déperdition de sens, offre cependant l’avantage de faciliter l’ajustement différentiel dans le sens considéré.

    Il y a trois façons principales de procéder à une analyse :
    - la méthode directe consistant à situer ce que l’on veut analyser sur la carte appropriée en le plaçant sur tel axe ou dans tel champ

    182

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    correspondant à son sens dominant, tel qu’on le ressent (conscience sensible au départ).

    - la méthode indirecte qui consiste à généraliser le problème ou la question en envisageant ce qu’ils seraient successivement dans chaque sens de la carte (4 à 8 secteurs) pour ensuite revenir au cas particulier et en situer ainsi le sens dominant.
    - la méthode différentielle. Elle consiste à rechercher dans l’exis- tant étudié ce qui est manifeste de chaque sens de la carte (4 ou 8 secteurs). On évalue ainsi, non seulement le sens dominant, mais aussi l’importance relative des autres.

    La méthode directe. Elle consiste d’abord à s’activer sur la question étudiée et en prendre connaissance sans éviter les interprétations. Il s’agit ensuite de rechercher sur la carte quel sens y correspond. Il faut pour cela se tenir disponible, à la découverte, et conserver la prudence nécessaire. Une première hypothèse peut être confirmée ou infirmée selon qu’elle éclaire ou non toutes sortes d’aspects du problème et qu’elle révèle ou non l’importance de caractères particulièrement significatifs. Cette analyse peut procurer une impres- sion de certitude sur laquelle on se reposera, toujours avec l’exi- gence de prudence et la reconnaissance de l’imperfection de l’ana- lyste. Nous n’entrerons pas ici dans le problème du partage de telles analyses qui ouvre sur de nombreuses questions qui dépendent des projets et des situations. Les conclusions ne doivent pas être con- sidérées comme des jugements, concernant notamment les person- nes en elles-mêmes. Ce seraient jugements téméraires qui mécon- naîtraient le fait que chacun est en tous sens et que celui qui procède à l’analyse est limité à ses propres facultés de discernement et d’élucidation en la circonstance.

    La méthode indirecte. Elle exige d’envisager systématiquement les différents secteurs de la carte de cohérence pour imaginer à chaque fois la façon dont se présenterait la question étudiée. C’est une généralisation qui permet un recul par rapport au problème posé, particulièrement utile s’il est aigu et concerne de trop près l’analyste. En outre, elle impose à celui-ci une souplesse consistant à s’activer successivement en plusieurs sens, c’est-à-dire changer à chaque fois de disposition face au problème. Cette souplesse évite de rester fixé aveuglément en un seul sens. C’est seulement après cet exercice que, l’isomorphie du cas particulier peut être repérée en face de chacune des positions envisagées. Cette méthode permet alors une élucida- tion plus fine que la précédente et apporte, en outre, le bénéfice d’une connaissance plus générale de la question étudiée et donc des différentes éventualités constituant l’amorce d’une typologie ad hoc. C’est en effet l’un des usages des cartes de cohérence de pouvoir, sur une question d’ordre général, constituer une telle typologie en 4 ou 8 sens (ou même plus). Un tel travail, réalisé par avance, revient à se doter d’un outil d’analyse spécialisé dans le domaine considéré.

    La méthode différentielle. Revenant à l’analyse directe d’un thème ou d’un cas particulier, elle consiste à rechercher quels en sont les composantes dans chacun des sens de la carte. Cela revient donc à distribuer sur la carte les différentes dimensions de l’objet d’analyse. Cette distribution mettra en évidence les sens dominants, tout en repérant comment se manifestent les autres sens. Cela peut être utile

    183

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    pour lever des ambiguïtés ou reconnaître les atouts ou les handicaps par rapport à un sens préférable.

    c) Utilisation des cartes pour la décision et la conception

    Avec ou sans analyse préalable, le problème peut se poser de choisir un sens pour une action, une activité, une communication, etc.. ; La carte de cohérence présente la palette des choix. Elle permet ainsi de reconnaître celui qui est préférable, en même temps que ceux qui s’y opposent ou en divergent. Cela permet une décision différenciée entre ce qu’elle retient et ce qu’elle ne retient pas. Il s’agit alors de décision de sens, portant donc sur les existants par le biais des consensus.

    FIGURE 32

    Lorsqu’un choix de sens est opéré à l’aide d’une carte, il devient possible, en s’y activant, de collectionner les expressions isomorphes de ce sens dans le contexte du problème traité. On en tire, à la fois, des modèles utilisables dans la pratique et des illustrations variées conséquences du choix de sens. Lorsque l’on rassemble des expressions isomorphes de façon structurée, directement à propos de la question posée, on procède ainsi à la conception d’une solution ou d’une méthode.

    En effet, le processus de conception est toujours l’actualisation d’un sens dans le ou les registres du problème posé. Les cartes générales permettent ainsi des choix de sens et des conceptions de solutions pour toutes questions particulières ou d’intérêt général que l’on voudra y confronter.

    184

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    SENS, OBJECTIFS, FINALITES ET POSTULATS

    Lorsqu’il s’agit de caractériser le mouvement d’une action ou d’une pensée, on emploie communément tel ou tel de ces quatre termes. Ils s’éclairent avec une théorie du sens et avec l’usage des cartes de cohérences.

    La notion d’objectif par exemple peut être envisagée notamment selon les six sens des trois axes précédents. Dans le sens Etre. Est objectif ce qui exprime en vérité l’être ou le sujet. L’objectivation est la conséquence de l’acte d’objectiver, acte du sujet du verbe. Ce qui est objectif n’est pas ce qui est la vérité mais son expression.

    Dans le sens Non-Etre. Est objectif ce qui est conforme au modèle de base. Un discours est objectif s’il est la transcription conforme de quelque chose et non pas l’expression authentique de quelqu’un.

    Dans cette opposition se situe tout le débat sur l’objec- tivité du témoignage.

    Dans le sens de l’élévation. L’objectif ne peut être qu’un repère indicateur d’un projet ou d’un devenir. Il est une marque mise en avant pour jalonner une progression, mais il lui reste tout à fait subordonnée. Une fois atteint, la démarche continue et l’objectif disparaît. Il n’a donc servi que de pré- vision provisoire pour indiquer le sens et la mesure d’un devenir.

    Dans le sens de la réduction. L’objectif est un pôle de contrainte. Atteindre l’objectif est une nécessité impérative à laquelle le tout de la personne est consacré. Ainsi elle se réduit à ce seul pôle d’attraction. L’atteindre c’est, s’y confondre, s’y inclure en être validé. Ne pas l’atteindre, c’est être exclu annihilé. Dans les deux cas, l’objectif est pôle d’aliénation.

    Dans ces deux sens la notion d’objectif peut être utilisée comme moyen d’édification ou comme moyen d’aliénation.

    Tout dépend du sens du terme et de son emploi. S’il a valeur relative, il est bénéfique, s’il a valeur d’absolu, il est aliénant. Par exemple si survivre est un objectif absolu, l’aliénation la plus grave en est la conséquence. Si survivre est une indi- cation, relative à un devenir particulier, cela devient le jalon d’un cheminement.

    Dans le sens de l’intériorisation. L’objectif c’est ce qui résulte du consensus, c’est le fruit, la visée de la relation, ce qui est généré. L’objectif est la justification du travail, ce pour quoi il s accomplit, ce vers quoi on aspire, l’objet du don.

    Dans le sens de l’extériorisation. A l’opposé l’objectif est ce qui est rejeté au devant, au dehors. L’objectif c’est l’abs-

    185

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    SENS, OBJECTIFS, FINALITES ET POSTULATS

    traction du sujet à laquelle il se rapporte. Est objectif ce qui ne vient pas de soi, ce dont on est démarqué mais auquel on se réfère.

    Ainsi le savoir objectif est d’un côté le fruit d’une relation compréhensive aux choses et de l’autre une vérité supposée préexistante qu’il s’agirait d’acquérir ou de brandir. Si l’on combine les trois sens : Non-Etre, Réduction, Exté- riorisation, on se trouvera dans le sens de l’objectivisme. Conformité à un modèle de base, pôle absolu de référence préétabli, indépendant de l’homme : voilà la notion d’objectif où l’objectivité est le comble de l’aliénation, de la déperson- nalisation, de la déshumanisation. L’objectivisme qui règne dans l’ordre du savoir et dans la considération de la réalité et de l’homme, est parent de la logique mécaniste. Il n’y a ni sens, ni finalité et les postulats y sont supposés d’évidence objective. A l’inverse dans la conjonction des trois sens opposés, l’objectif est finalité. La finalité est l’expression de ce vers quoi l’on tend, sans confondre justement l’expression et le sens. La finalité est une expression du sens, sens de la valeur cultivée, sens du fruit attendu, sens du sujet concerné. C’est aussi l’ex- pression existentielle d’une disposition de l’Instance, de son sens principalement activé. Une finalité, dans ce sens, est indicatrice d’accomplissement et non pas d’achèvement. Il n’y a pas de finalité dans l’existence qui, dans cette perspective, puisse constituer un aboutissement achevé. Il n’y a que des jalons révélateurs du sens de l’accomplissement de l’homme. Tout est donc une question de disposition, c’est-à-dire de sens.

    On parlera d’objectif et de finalité pour l’action, on parlera de postulats pour la connaissance. En effet, dans le même sens que précédemment, un postulat n’est rien d’autre que l’expression d’une disposition fondamentale de la personne, c’est-à-dire un sens. A l’opposé ce serait au contraire une donnée première, vérité première à l’origine de toute autre.

    Toute référence, postulat objectif ou finalité, se trouve donc dans ces deux sens, soit pris comme un moyen humain, existentiel et relatif, révélateur de l’homme et de son accom- plissement, soit comme un critère existentiel absolu, posé hors de l’homme sujet et auquel il n’a plus qu’à s’aliéner. C’est le cas chaque fois qu’une science s’érige en vérité absolue incon- tournable, c’est le cas aussi lorsque Dieu est réduit à un principe immanent, purement existentiel, que l’on a beau jeu alors de juger aliénant. Ce n’est là que postulat relatif à une dis- position objectiviste, c’est-à-dire à un certain type de sens en 1 homme, ceux-là même qui dénient le sujet et, au lieu du coeur du sujet, placent une pierre de déchéance : l’objectif.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    II

    LES TROIS AXES PRINCIPAUX

    Les trois axes principaux sont les trois couples de sens opposés qui repèrent l’espace à trois dimensions et forment deux à deux, chacune des trois cartes.

    1) L’axe Etre / non-Etre Lorsqu’on désigne une position dans une carte de cohérence, il ne s’agit pas d’un fait mais d’un sens. Par Etre et Non-Etre on ne parle pas d’un fait mais de l’orientation d’une disposition, d’une considération ou plus précisément de leur sens.

    Le sens d’Etre est cette disposition qui consiste à situer le lieu du sujet en soi-même et en chacun. C’est la condition pour qu’il y ait une personne et une possibilité d’autonomie, de liberté, de responsabilité, d’autorité.

    FIGURE 33

    En effet, à l’opposé dans le sens Non-Etre, on considérera toute chose comme déterminée à partir d’un modèle premier comme si elle en était le reflet ou le développement. Alors, il n’y a pas de sujet, sinon sujet à un modèle, une norme, une structure de base.

    S’opposent ainsi une conception des choses et de l’homme comme centre de vie, d’existence, un foyer de rayonnement manifeste dans les formes de l’existence et, cette autre conception, où ce ne sont que des versions conformes, développées à partir d’une forme de base, comme par reflet.

    D’un côté, on considérera les choses en propre, de l’autre par leur « identité » à une classe ou une forme initiale. C’est comme cela notamment que s’opposent les notions d’individu et de personne.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    L’individu est une version d’un modèle général, donc son objet, alors que la personne (humaine) est un Etre en propre, donc sujet de son existence. C’est comme cela que s’opposent les sens Etre et Non- Etre.

    Par exemple, un certain biologisme considère que l’homme est le produit et même le jouet de ses gènes. Ceux-ci utiliseraient l’histoire humaine pour leur propre évolution. Voilà une considération dont le sens est Non-Etre. Le sujet en est le gène ou quelque chose derrière qui reste inaperçue.

    En face, un personnalisme par exemple, fera de la personne le lieu du sujet, dont les manifestations sont de son autorité propre, en tant qu’ auteur (co-auteur).

    Le sens d’Etre est le sens de ce qui se détermine de soi-même (sans exclure l’environnement). Alors que le sens de Non-Etre est celui de ce qui est déterminé d’ailleurs ou se détermine en référence à un ailleurs L’enfant purement réactif à ses parents est dans ce second cas. li devient adulte dans ce renversement de sens, cette conversion où il se positionne en sujet d’autorité. Chacun porte toujours en lui les deux sens mais privilégie tel ou tel, selon les circonstances et sa propre évolution. Il y a bien des exemples à donner pour ajuster ces deux sens. Dans le sens d’Etre on trouvera : ce qui est propre (propriété), l’es- sentiel, par opposition au contingent, au conséquent, à l’accessoire. On y trouvera aussi que : « régner » s’oppose à « gérer » ou « admi- nistrer », diriger s’oppose à ranger, ordonner, structurer ; créer à fonc- tionner ; initiation, originalité, personnalité sont de sens inverse à celui de conformité, normalité, identité.

    Dans bien des lieux aujourd’hui, l’identité de quelqu’un est définie par son rang, son titre ou sa place dans une organisation. L’intéressé est identifié a cette place, il ne l’est pas par son nom propre. D’ailleurs, comme un organe, il ne se définit que par sa fonction et non par sa propre personnalité.

    Le sens de Non-Etre identifie avec une place ou une catégorie alors que le sens d’Etre est singularisation. En définitive, le sens d’Etre est celui de Foi. Foi en soi, Foi en l’Etre d’autrui. De là une consi- dération de sujet à sujet, des rapports de foi, c’est-à-dire de confiance. Féodal, seigneur, sont des termes qui parlent de ce sens, mais, comme on le verra, pour le pire ou le meilleur selon qu’ils se combinent à tel ou tel autre sens dans les cartes générales. A l’opposé, toute considération repose sur un modèle, une struc- ture de base structurante. Etre et Non-Etre s’opposent ainsi : l’un qui se trouve comme sujet de désir, l’autre qui s’identifie au produit d’un principe (vital par exemple) qu’il n’est pas lui-même et dont il est alors 1’objet. Personnalisation et identification structurelle marquent encore l’opposition de ces deux sens.

    Existence personnalisante autonome ou existence normalisante individuelle. Dans les deux cas dépendance et indépendance n’ont pas le même sens. On opposera ainsi autonomie et autogestion si l’indé-

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    pendance est, pour l’un, choix circonstanciel éventuel et considérée, pour l’autre, comme condition extérieure de liberté. Se référant à la théorie de l’Instance, on peut dire que dans le sens d’Etre, c’est du côté des sens, consensus et Instant que se place le sujet de l’existence. Alors que dans le sens Non-Etre, c’est tel ou tel existant (ou l’existence même) qui est au fondement. C’est le cas notamment lorsque Nature ou Raison sont considérées comme les causes premières de toute chose.

    2) Elévation / Réduction

    FIGURE 34

    Cet axe pourrait s’exprimer par la double tendance : « vers le haut », « vers le bas ». Il ne s’agit bien sûr ni de haut, ni de bas topologiques mais de leur sens.

    Le sens de l’Elévation se manifeste dans un principe d’émergence et de « venue au jour », annonçant « croître » et « grandir ». Le sens de l’Elévation est donc celui de l’édification où l’élève s’éduque, c’est- à-dire grandi en qualités. Si on s’arrête sur cet exemple, le sens de l’Elévation est celui selon lequel les hommes découvrent et manifestent leurs qualités. Il s’agit donc d’une qualification qui implique d’abord émergence de qualités spécifiques et donc différenciation. L’exaltation de ces qualités améliore la personne et la qualifie, tout en lui per- mettant l’exercice de ces qualités dans ses oeuvres (de qualité) pour lequel il est qualifié. Cette qualification est pour l’homme une huma- nisation lorsqu’elle fait croître les qualités d’Homme en soi et autour de soi par les oeuvres échafaudées.

    Ce sens d’amélioration qualitative nous amène à penser valeurs. Elles ne se comptent pas en quantités. Elles n’ont d’échelles que dans l’humanité. Cette érection de l’homme n’est-elle pas une figure de toute le mouvement de l’humanité et de l’histoire personnelle, depuis l’enfance déjà ? L’homme debout est l’homme digne, celui qui est porteur d’une espérance qui le mobilise. On pense aussitôt au progrès et il faut immédiatement se défier des progrès quantitatifs qui ne mesurent que des valeurs non qualitatives et humaines et que l’on rencontre à contre sens. Ce sont alors progrès dans la régression et la Réduction matérialiste.

    Ce sens de l’Elévation, portant sur toute oeuvre, en inspire la réalisation, depuis la sortie des fondations jusqu’au plus haut, le som- met, le chef, le chef d’oeuvre. Construire, édifier, échafauder, monter, ériger, faire émerger, oeuvrer, sont plutôt significatifs de ce sens. Il faut noter qu’il entraîne une édification différenciée. Cette différenciation, par qualification propre, au travers du discernement des nuances et spécificités est une caractéristique de ce sens. 189

    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    L’éducation dans ce même sens vise plus à l’édification d’une personne ainsi élevée qu’à l’acquisition de savoirs accessoires et non essentiels. C’est plus une question de qualités humaines que de savoir, et, comme on le verra, l’inverse de ces dressages que l’on appelle formations et qui sont mises en formes, c’est-à-dire Réduction à une forme élémentaire.

    L’Elévation est révélation en même temps que réalisation. Elle met au jour les qualités constitutives des choses et des Etres. Les grandes oeuvres sont là pour en témoigner et c’est en cela qu’elles sont grandes. Il est clair qu’une grande tour menaçante et triomphante n’est pas d’un tel sens mais plutôt l’inverse. Il ne faut donc pas penser taille, valeur, qualité sous le mode quantitatif qui n’en est pas la vraie mesure, mais une mesure secondaire.

    Il y a encore à noter que ce sens s’exprime, non seulement dans la différenciation qualitative, mais aussi dans la synthèse des qualités dont le concours est construction. L’oeuvre, comme son ouvrier, sont des ensembles de qualités. Les qualités ne s’additionnent pas, elles concourent à une même réalisation qui les révèle. Différenciation et synthèse, associées à la mise au jour, ne peuvent qu’évoquer l’appa- rition dans la lumière. Ce sens là nous entraîne donc à envisager la conscience différenciante et synthétisante et aussi une intelligence qui n’est autre que la faculté de mener tout ce qui précède. Dans ce sens, l’intelligence du monde et de soi-même est le vecteur, en même temps que le chef d’oeuvre qui révèle l’homme à lui-même et lui révèle le monde.

    Tout ce qui est surdéterminé, autour de ce sens de l’Elévation, s’oppose à un autre sens celui de la Réduction. Il suffirait pour le connaître de prendre le contre pied de tout ce qui précède. Il est néanmoins nécessaire de s’y exercer pour en découvrir quelques con- séquences ; d’autant plus inattendues qu’elles nous sont trop familières. Vers le bas, il s’agira d’amoindrissement, de dévalorisation, de déqualification, de Réduction donc. Dirigé vers l’anéantissement ce sens fait Réduction de deux façons :
    - L’une est « Réduction à la plus simple expression » à l’élémentaire. Pour l’homme il s’agira d’une Réduction à l’indivis anonyme, simple unité élémentaire d’un tout. On en aura un exemple dans la déqua- lification du manoeuvre, constituant cette « main d’oeuvre » (et non plus « chef » du « maître » d’oeuvre) enchaînée à l’exercice des gestes élémentaires d’un travail en miettes. La Réduction en éléments, dé- composition et atomisation, est une désintégration que l’on peut à juste titre, entendre là, comme une perte ou Réduction d’intégrité, le contraire donc de l’humanisation et de la qualification. La Réduction en éléments peu qualifiés entraine au nombre, à la quantité. C’est en quantité que se comptent les unités élémentaires. La mesure des Réductions sera quantitative.
    - L’autre est Réduction à la masse. La quantité d’éléments fait masse et la Réduction est ainsi Réduction en masses, c’est-à-dire amalgames d’éléments, massification. La Réduction est donc, aussi bien, décom-

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    position en éléments qu’amalgame et, dans tous les cas, elle fait con- fusion ; fusion des éléments pour faire masse, indifférenciation des éléments « atomisés ». La confusion est l’inverse du discernement et de la synthèse, de l’intelligence donc. D’ailleurs, la répétition d’un grand nombre d’éléments ou de gestes élémentaires, compulsivement, équivaut à une régression de la personne, la Réduction est régression et non progression, aggravation et non amélioration. Cette gravité est la pesanteur que la massification multiplie, entraînant dans la chute et l’immobilisation. Ainsi la Réduction est, elle, enfermement et anéan- tissement progressif.

    A l’opposé de l’espérance, ce sens est celui de la fatalité, entraînant vers l’issue fatale comme condamnation. Mais la chute n’évoque-t-elle pas, sur un autre plan, faute et culpabilisation que la condamnation sanctionne ? La fatalité se trouve ainsi étrangement rapportée à la faute lorsque, selon un sens d’aggravation, elle s’oppose à l’espérance. A la qualité et la qualification s’opposent la faute, le défaut et la défaillance. La référence biblique évoque la condamnation. Confondus et confus, Adam et Eve sont condamnés à un travail douloureux, tant pour la survie que la reproduction, défenses vaines contre une mort inéluc- table.

    L’évocation des nécessités de survie, l’exercice de contraintes réductrices, activent en homologie cette confusion régressive qu’est l’angoisse et ces compulsions dans un travail aliénant puisque déqua- lifiant et indifférenciant. Travail d’isolé en masse, il est travail de Réduction de l’homme comme du monde. Appliqué à celui-ci il est extractions, exploitations, contraintes ; travail d’exploitation de mas- ses, de matières « premières », capitaux, masses humaines pour extirper des masses (grands nombres d’éléments) à exploiter. Tel est le cycle « infernal » du productivisme industriel, cercle vicieux de l’aliénation au nom de la survie et des nécessités « Ã©lémentaires », des « basics needs » pour les pays en voie d’exploitation. Cette Réduction en élé- ments indivis, atomiques, anonymes, dont le grand nombre fait masse, s’illustre dans une conception quantique de la matière, qui serait ici considérée comme la substance unique de l’univers. Seuls les assem- blages différents de particules élémentaires font une différence entre les choses du monde.

    Avec des variantes que l’on rencontrera par l’effet d’autres sens voisins, c’est tout le « matérialisme » qui est sous-tendu par le sens de la Réduction. Il s’agit bien là d’un matérialisme de sens et non pas d’existence. L’humanisme de sens qui s’y oppose n’ignore pas la matière et ses sciences, mais n’en fait pas la mesure et le modèle de toute chose. Au contraire, l’intelligence humaine y apporte qualités en l’humanisant. Le sens de la Réduction, en tout homme, est au contraire celui qui, l’entraînant à une régression vers la « confusion primordia- le », l’aliène dans un isolement massifié, dans l’anonyme des masses, dans la dépersonnalisation et l’angoisse. Il l’entraîne à y réduire les autres et le monde. Cet entraînement est provoqué comme par un vide et il prend aussi la forme de l’avidité humaine et toutes ses convoitises. Intelligence et conscience en sont les contre feux comme l’espérance conjure la fatalité. La hantise des grands nombres, épidémies micro-

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    biennes, pestes, proliférations cancéreuses, symptomatisent ces angois- ses qu’aggravent les acharnements réducteurs, signes de confusion, menaces de désintégrations que les arsenaux nucléaires tentent de contenir à contre sens, en repoussant toujours plus loin la tentative de maîtrise des « masses critiques ». « Encore plus » est le symptôme d’un encore moins d’humanité. C’est ainsi que le sens de la Réduction s’oppose à celui de l’Elévation en l’Instance de l’homme et dans le monde, comme la lumière aux ténèbres.

    Le sens de l’Elévation ouvre vers des devenirs différenciés mus par l’expérience humaine. Le sens de la Réduction enferme dans la logique d’inclusion ou d’exclusion, des totalitarismes, celle d’une pola- risation attractive ou répulsive dont l’enjeu est l’alternative du tout et du rien.

    3) Intériorisation / Extériorisation

    De ces deux sens on verra que le second nous est plus familier actuellement et même exacerbé dans le monde contemporain. Cepen- dant sa connaissance et ses conséquences peuvent être inattendues. Le sens indiqué ici par Intériorisation, sera moins accessible pour certains. Il est vrai que l’intériorité est un terme vain pour beaucoup de con- temporains, à plus forte raison le sens de l’Intériorisation qui est aussi celui de l’amour mais d’un amour qui ne signifie pas convoitise.

    Le sens de l’Extériorisation correspond à une mise hors-de-soi, une mise à distance et ainsi une séparation. Il ne s’agit pas de « l’état » de séparation, mais plutôt d’une dynamique séparatrice, d’une exter- nalisation. Le terme de rejet ou plus précisément de déjet marque le fait de porter hors, ou au loin et donc d’établir une distance. Cette distanciation tend à installer un face à face, une distinction. Ceci s’exprime dans ces débats, discussions ou disputes où il s’agit, dans une sorte d’affrontement verbal, de se démarquer de l’interlocuteur, de s’opposer, c’est-à-dire se poser à l’encontre. Cette opposition est obtenue alors en se distanciant, en s’affirmant exclu de l’autre position et l’excluant de la sienne. Ce manège concourt à bâtir pour chacun une image, à se placer dans une forme, un visage défini parce que délimité, surface constituée des points d’opposition. Cette illustration du sens de l’Extériorisation dans le débat évoque aussi le défi qui amène à la séduction et à la spéculation, deux modalités d’une perspective magique.

    Il y est question de voir et d’avoir. La séduction est un défi d’habiter une image, d’avoir l’air. La belle image proposée est interface d’opposition, de mise à distance de l’un qui tend à se distinguer, séducteur de l’autre qui se croit distingué et s’y leurre. Cette image est leurre pour l’un et l’autre qui s’y donnent à voir et s’y font avoir. Le sens de l’Extériorisation n’est pas expression authentique mais distanciation d’avec une expression, déjouement

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    perpétuel. Don Juan déjoue sans cesse l’amour qu’il simule. La séduc- tion échoue lorsqu’elle réussit, au point d’avoir à recommencer. Il s’agit ici de la séduction comme dynamique du sens de l’Extériorisation. Le défi et ses déjouements deviennent jeu de dés... jeu de distanciation, de dualité et aussi jeu de hasard. La spéculation n’est-elle pas l’attente d’un effet, que l’on peut définir par la dénégation de toute intervention propre, sinon magique, c’est-à-dire séductrice.

    Le spéculateur tente le sort II jette les dés comme s’il n’était pas l’auteur du jeu. Ce jet est un déjet, une mise, c’est-à-dire un appât, une mise au dehors qui n’est pas soi mais s’y rapporte. La séparation n est pas effective mais Jouée, dans ce sens de l’externalisation. Elle se joue dans des leurres d’indépendance, expressions fausses, simulacres, simulations, tentations et tentatives, appâts pour le piège où tous s’y prennent. Il est intéressant de noter que la spéculation, invocation du hasard (jeu de dés en langues arabes) est déjet et rejet de soi comme d’autrui, pratique magique qui tente de séduire par l’image, piège fascinant, inversion de ce qui est. Le sens y est déjoué en images, le désir affiché dénie le désir réel qui est de rejet.

    Savoir est, dans ce sens, distinction des formes, images, imagi- nation, discours qui s’oppose au désir, défense pour ne pas connaître, se connaître, se faire reconnaître ; avoir l’air. C’est ce qui rend le savoir si inopérant lorsqu’il est dans ce sens, sauf pour séduire et s’y laisser prendre.

    Par ce sens de l’Extériorisation, l’attention se porte hors du sujet, se fixe dans l’image proposée qui est fascinante. C’est le cas des superstitions.

    Porter au dehors et se démarquer, caractéristiques de ce sens de l’Extériorisation, s’inverseront avec celui de l’Intériorisation. Ce sens là est d’assimilation, qui consiste à tendre à « Ãªtre com- me », « Ãªtre avec », on pourrait dire aussi « faire consensus ». C’est ici une disposition, une disponibilité à autrui, plutôt qu’une opposition. L’Intériorisation est le sens de l’empathie qui est acceptation. Il impli- que « Ã©coute », « entendement », com-préhension, c’est-à-dire ici, prendre avec soi, aimer. Etre compréhensif est le fait d’une compas- sion. Il est encore co-naissance, à entendre comme naissance avec.

    Ce sens d’Intériorisation, qui présuppose une séparation de fait, est celui de la générosité, du « don de soi » consistant à prendre en soi et être pris en 1’autre. C’est certainement le sens de l’amour et en même temps celui de la charité. Ce terme évoque ici le fait de porter et de contenir, c’est-à-dire d’aider et, plus précisément, d’aider a exister. Le sens de l’Intériorisation est celui d’une « implication », « participation avec... » Bien des termes formés avec le préfixe « con » ou « co » impliquent ici une communauté de sens et d’être. L’amour s’oppose a la séduction, il est communion plutôt que distanciation ; il est mou- vement de relation plutôt que de séparation face à face ; d’assimilation plutôt que de distinction. Le sens de l’Intériorisation s’exprime par l’établissement de liens, mais non pas de liens extérieurs. Ces liens sont

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    ceux de l’amour, de la connaissance, et donc ceux de la conscience éventuellement. Ce sont des liens affectifs, des liens de sens. Ce sont ceux qui fondent le « sens religieux », sentiment d’union avec le mon- de et les autres, communion. Ce sont les liens du coeur, ceux qui visent et impliquent le coeur du sujet, l’Instance pour l’homme.

    L’établissement de liens, par assimilation, peut se retrouver dans les termes de conjonction, conjugaison, conjugalité en tant qu’ils sont don mutuel, générosité, génération. Le sens de l’Intériorisation con- tribue à faire être et non pas à se faire à voir, à permettre plutôt qu’à promettre, accepter plutôt que rejeter. Ce sens de l’Intériorisation se retrouve, bien sûr déjà, dans une relation mère-nourrisson, lorsque l’amour coule avec le lait. Il se retrouve partout où s’assemblent et s’unissent les Etres et les choses par assimilation et non par mimé- tisme.

    Il ne faut pas oublier ici qu’il s’agit d’un sens de l’Intériorisation et que toutes ces illustrations expriment plus un mouvement, une ten- dance à la réunion par exemple, plutôt qu’un état. En effet, l’état d’assimilation provoquerait plutôt rejet et séparation alors que l’état de séparation permet le sens de l’Intériorisation.

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    III LA CARTE PHENOMENOLOGIQUE

    Première carte

    La carte phénoménologique aide au discernement des comportements, des rapports et des situations, selon les différentes dynamiques engagées.

    Chaque secteur correspond à un type de situation, caractérisé par le sens dominant correspondant. Ils seront repérés ici par les termes : CONQUETE, DEGRADATION, INVOLUTION, ACCOMPLISSE- MENT qu’il faut expliciter. Les axes Elévation / Réduction et Intériorisation / Extériorisation sont marqués par un verbe, indicatif du « mouvement » correspondant et de la dynamique qu’ils caractérisent. Il s’agit bien de « dynamique » des situations dont cette carte représente les sens. Explicitons d’abord les axes de cette carte.

    1) Les Axes

    Réduire pour le sens de réduction. Il s’agira donc de situations tendant à réduire les hommes et les choses, c’est-à-dire les amoindrir, les immobiliser massifier ou isoler. Ce sens est d’enfermement et on notera que des lieux d’enfermement sont établis à cet effet, prisons notamment, mais plus généralement tous les lieux destinés a réduire les personnes et les choses, par contraintes et empêchements. Il s’agit aussi bien de situations matérielles que psychiques dont les clôtures extrêmes ou banales manifestent ce sens là : confusion mentale, inintelligence, petitesse d’esprit, enfermements psychiques. Cela se traduit par ce qu’on appelle des « esprits obtus » incapables de discernement et enfermés sur un ordre mental figé. Les situations de ce sens sont réductrices en ramenant toute chose au plus élémentaire dans le plus grand amalgame. Faire masse, isoler, immobiliser en sont des caractéristiques.

    Edifier, dans le sens de l’élévation, caractérise toutes les situations où se réalise quelque chose de nouveau, une oeuvre, une construction. Ces situations sont telles que s’y accroît la valeur des choses et des hommes. Ce sens est d’ouverture, pour faciliter ou provoquer l’émer- gence de nouvelles valeurs ou pour améliorer celles de ce qui existe. On trouve ici des situations d’éducation lorsqu’il s’agit de faire croître les qualités humaines.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    Edifier, c’est contribuer à faire s’élever une oeuvre ou un Etre. C’est le travail de l’ouvrier et de l’architecte. L’évaluation ne peut s’en faire que qualitativement en fonction de valeurs d’humanité. Ce qui y contribue est édifiant. Il est cependant courant de prétendre cela et de faire l’inverse. Comme dans tous les cas, le sens de la situation sera révélé par ce qui se passe en fait. Seront dans le sens d’édifier, les situations où se révèlent et s’améliorent les qualités humaines, c’est-à-dire celles qui le rendent plus homme dans son humanité, exaltent son intelligence. Cela se produit dans les tâches les plus exceptionnelles comme dans les plus courantes.

    Générer dans le sens d’intériorisation indique l’effet ou l’effecti- vité de la générosité : faire exister. La génération des choses et des Etres est l’expression de ce sens en tant qu’elle exprime leur constitution même. Comme la mère génère l’enfant en l’alimentant, par l’assimilation se tissent les liens qui constituent la personne, et pas simplement sur le plan matériel.

    Les situations de génération sont celles où s’assemblent et se conjuguent des facteurs pour former quelque chose d’autre. C’est ce qu’une synergie ou une synthèse permettent, par union dans une même unité pour faire plus que les parties séparées. Générer, c’est donc participer et contribuer, donner de sa personne pour permettre la constitution d’autres. C’est en partager l’élaboration et participer éven- tuellement au résultat commun. Réunions, communautés, communi- cations, seront significatives de ces situations lorsqu’il s’agira d’apports mutuels de génération et de générosité. Disponibilité, écoute, accep- tation, dons, réceptions illustrent les attitudes humaines qui s’y rapportent.

    Capter, le sens de l’extériorisation s’exprime par les dynamiques qui consistent à tenter d’obtenir quelque chose, tenter le sort ou l’appâter en jouant de représentations. Les situations correspondantes seront particulièrement spectaculaires puisqu’il s’agit de donner à voir. Les images verbales jouent ce rôle lors de discussions où l’objection est une façon de faire face. L’objectivation aussi en tant qu’elle est dis- tanciation du sujet, marquera ces situations. Elles tendront donc à mettre en évidence, à représenter des choses formellement, objecti- vement et le déjouement des questions de sens en est la consé- quence.

    Selon ce sens ce qui est produit ou exprimé est donné à voir ; montré pour lui-même objectivement, indépendamment de celui qui l’exprime ou le manifeste. Les jeux d’images en sont le produit et sont caractéristiques de beaucoup de situations dans un monde de simu- lacres et de leurres.

    2) Les Champs de la Carte

    Après les quatre axes, les champs s’obtiennent par glissement depuis les sens des axes voisins.

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    LES CARTES GENERALES DE COHERENCES

    Conquête - Le « champ de la conquête » est celui où cherchent à s’atteindre des « objectifs élevés ». Il ne faut voir là le terme conquête que dans ce sens et non dans celui de domination ou destruction. La conquête est celle d’un idéal, d’une belle et grande cause. Ce sont des situations où se bâtissent des choses visibles, spectaculaires même. Il s’agit de distinguer les réalisations et s’en trouver distingué. Les situa- tions de conquête sont « dynamiques » par excellence et apparaissent comme actives, constructives, avec des gens motivés qui cherchent à se dépasser. Les figures héroïques, celles des exploits y servent d’idéal. Il s’agit d’améliorations visibles et donc d’arriver à atteindre des objectifs supérieurs comme se gravit une échelle. Ces objectifs cepen- dant se définissent en eux-mêmes comme extérieurs aux personnes qui, éventuellement, les représentent. Ces situations seront d’expan- sion en valeur et en surface comme la conquête de terres promises ou « d’amériques ».

    Le champ de la conquête est celui des dépassements, des escalades, d’un certain progrès qui doit être visible et qui se définit par des valeurs externes, supposées exister en elles-mêmes comme le sont toutes les « bonnes causes » auxquelles il s’agit de se consacrer. Cher- cher à obtenir le meilleur résultat pour lui-même est déjà, dans ce sens de la conquête, lorsque le sujet objective ce résultat et se trouve pris à son propre jeu.

    Dégradation - Capter devient piéger ou rejeter. Réduire devient détruire, décomposer ou écraser. C’est ainsi que le champ de la dégra- dation croise ces deux sens. Destruction des choses ou des Etres, tel est leur dynamique et leur sens. Les situations de dégradation sont celles où il y a déchéance des personnes, dévalorisation, c’est-à-dire rejet de la valeur humaine des choses. On pourrait y parler de chosification. L’activité y vise à défaire, détruire, démonter, par tous les moyens : directs avec l’exercice d’une force destructrice, ou indirects avec l’activation de foyers destructeurs, culpabilités et avidités par exemple. La dégradation se caractérise par les souffrances qu’elle inflige, maladies, peines, angoisses. Le champ de la dégradation est celui du mensonge et du déguisement. Les discours y occultent les actes. Ils n’ont pas pour but d’éclairer mais d’obscurcir, soit par la fascination, soit par l’éga- rement et la tromperie, soit par la confusion. Ce qui se dit va souvent à l’encontre de ce qui se passe, qui seul révèle le sens de telles situations (« c’est à ses fruits qu’on reconnaît l’arbre »). La manipulation du secret et de l’occulte y sont utilisés comme menaces ou promesses. On est déjà loin de l’idéal de la conquête dont l’enthousiasme a fait place ici à la peur. La captation leur est cependant commune.

    Involution - La réduction se combine avec la génération dans le champ de l’involution. C’est celui du repli protecteur. Les situations y sont confortables, chaleureuses, sécurisantes et se caractérisent par une tendance fusionnelle. L’involution est le champ des satisfactions sen- suelles. La réduction y devient plutôt amalgame, confusion, indiffé- renciation. Dans de telles situations les Etres se réduisent à leur sen- sibilité et à une consommation des choses. La génération s’y réduit au nourrissage, alimentaire, affectif, sensuel. Ces situations privilégient les aspects collectifs si les groupes sont matériels et protecteurs. Le sens

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    de l’involution peut être celui du repos régénérateur, comme il est celui du repas convivial lorsque celui-ci se réduit à une consommation qui développe un sentiment fusionnel d’assimilation. L’alcool peut y jouer un rôle privilégié en développant l’euphorie et la confusion nécessaire. Le champ de l’ involution, à l’opposé de la conquête, se manifeste dans des proximités et des intimités plutôt que dans de grands espaces lointains. Les choses y valent par leur facilité d’accès et cette facilité favorise l’inertie et la lenteur. Vers le bas cela deviendra immobilisme. Les situations de l’involution développent les plaisirs immédiats de consommation et de profit.

    Accomplissement - La génération glisse vers l’édification et, au lieu d’un profit immédiat, ce champ est celui selon lequel s’accom- plissent les Etres et les choses. S’accomplir veut dire se constituer en grandissant, en réalisant ses meilleures potentialités. L’accomplisse- ment est comme une structuration, c’est-à-dire un assemblage qui s’élève. Il s’agit plus d’une constitution intrinsèque que d’une produc- tion manifeste. Il s’agit plus de développement d’une authenticité que d’une distinction. L’accomplissement est la génération du meilleur devenir, du plus élevé. C’est plutôt une affaire de relations, de liens de générosité édificateurs, de service et de collaboration. De ce fait, les situations relationnelles ou collectives y trouvent ce sens lorsqu’elles servent à l’édification des personnes et de leurs communautés. On rencontre ainsi toute la question de la croissance et de l’éducation des personnes vers l’adulte et par la suite la singularisation de celui-ci. Union des communautés, unification de la personne sont ce que développe ce champ de l’accomplissement et ceci se réalise au travers de la multitude des activités qui y contribuent. A l’opposé du champ de la dégradation, celui-ci sera celui de la lumière qui illumine et révèle, c’est-à-dire de la conscience et en particulier la conscience sensible et la conscience de sens qui relient entre elles les choses pour les mener à leurs fins. Croissance de la personne, accomplissement de sa personnalité dans et par les relations et leur conscience se traduit alors par l’expression d’une parole authentique, juste, révélatrice de ce qui se passe et édificatrice de celui qui parle et ceux qui écoutent, non dans la dispute, mais dans la disponibilité à donner et recevoir.

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    L’exemple choisi correspond à l’une des utilisations les plus importantes de cette carte. Il s’agit de ce que l’on appelle ici les « jeux d’identités ».

    En effet, chaque situation est révélatrice, par son sens, du type de comportement des personnes qui y participent et du jeu de leurs rapports. Les faits et gestes, les comportements, se manifestent par le déroulement même de ces situations pour y donner leur sens. En fait, le sens des situations est celui des comportements qui s’y produisent et les produisent. Les uns révèlent le sens des autres et vice versa.

    Les comportements par lesquels les situations se produisent, adviennent par le jeu du 3ème axe Etre / Non-Etre. Il indique, pour chaque direction de la carte, deux positions opposées selon ce troisième axe.

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    Se répartiront d’un côté (sens d’Etre) les auteurs ou autorités et de l’autre les acteurs ou facteurs (sens Non-Etre). Les premiers seront dits en position supérieure, les seconds en position subordonnée. Le jeu des rapports entre positions supérieures et subordonnées se répartit selon les différents sens de la carte. A chaque axe ou champ de la carte phénoméno- logique on peut associer un couple de positions dont le rapport spécifie la situation, et vice versa, on n’envisagera que les quatre champs laissant au lecteur le soin d’interpoler sur les axes pour compléter les portraits caricaturaux que nous allons développer.

    Conquête : Chefs et Militants

    En position supérieure le chef est le plus élevé comme le plus en avant. Vers le haut il est repère et vers l’extériorisation il est représentatif en devenant une sorte de vedette. Le chef, n° 1, en tête, est toujours indicateur et modèle exemplaire d’une cause. Celle-ci se définit par un ensemble de critères objectifs posés comme extérieurs aux sujets. La cause est ce qui détermine l’enjeu à conquérir. Ce sera le plus souvent une cause idéale, c’est-à-dire belle et bonne, ou simplement l’idée que l’on se tait d’objectifs de valeur. Le « chef » ainsi, incarne ou représente la cause aux yeux des « militants » qui s’y subordonnent. Un militant tend à se dépasser, aller de l’avant, pour atteindre les objectifs que la cause (le chef) présente. Compétence, efficacité, dévouement en seront les qualités, définies et déterminées par la cause objective plutôt que par une personnalité propre. Le réfèrent est toujours extérieur.

    C’est en équipe que les militants tentent d’atteindre les objectifs, mais c’est individuellement qu’ils en attendent une recon- naissance d’identité. Cette identité ne se définit que de l’ex- térieur, en référence au chef-cause, en distinction des uns par rapport aux autres. Toute une organisation peut être telle que chacun, ou presque, se trouve limitant d’une cause supérieure, représentée par un chef, et, inversement, chef représentant d’une cause, partie délimitée de la précédente avec ses subor- donnés, militants. L’admiration du chef est à la seule mesure du désir de gagner la cause qu’il représente et qui le fait modèle. Sachant qu’il n’y a pas deux n° 1 possibles sur une même cause au même niveau, on arrivera ainsi à ces structures pyramidales dont le centre est au sommet, en tête.

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    Dégradation : Dominateurs et Victimes

    Par glissement, on en vient, après les sens de la captation, à ceux de la dégradation avec un schéma classique bourreau- victime ou sadisme-masochisme. En fait comme précédem- ment, l’un et l’autre contribuent à une même situation d’un même sens. Le dominateur, dans cette situation, tend à dégra- der ou détruire la ou les victimes sur le plan physique ou mental, dans leur existence ou dans leur Etre. Pour cela il menace ou exerce une violence directe ou indirecte en solli- citant les facteurs d’auto-destruction de la victime : culpabili- sation, avidités, souffrances, etc... Le dominateur s’attaque ainsi à l’intégrité de la victime dont la dégradation lui paraît profitable : élimination, utilisation, consommation, etc... Le champ de la dégradation est celui de l’occultation, où la fonction du langage est le mensonge. Ainsi le dominateur se dira souvent « victime » et ses plaintes ou défaillances expri- mées piégeront la victime qui se dira ou croira à tort domi- natrice. La littérature et la vie courante nous donnent mille exemples de ces « malheureux » qui exercent de fait un pou- voir destructeur. Il faut savoir qu’il ne s’agit que d’un discours mensonger. Ne justifions pas ainsi le renversement des rôles trop souvent présenté comme une solution ; la révolution qui revient au même n’ayant en rien changé de sens. La violence directe ne ment pas sur ses actes mais sur leur sens, elle détruit « pour le bien » de la victime. Là aussi ce qui se passe est plus significatif que les discours énoncés. Le défaut d’authenticité de ceux-ci les dénonce si on a un discernement suffisant. Ces relations dominateur-victime sont stables, même si elles sont pleines de malaises, souffrances, persécutions, toujours avec le sentiment de leur caractère inéluctable, sinon par cette « révolution » qui ne change pas la situation mais les rôles. On trouve aussi de ces structures où le dominateur l’est d’autant plus qu’il est lui-même victime d’un dominateur supé- rieur. Dans ce type de relation, la victime est en consensus avec le dominateur, consensus inconscient, bien sûr, mais l’un ne va pas sans l’autre dans ce jeu de dégradation mutuelle dans des rôles opposés.

    Involution : Maternants et Enfants

    Toujours par glissement, nous passons du « dominateur » au « maternant » en position supérieure. Le maternant comme

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    le nom l’indique tend à protéger, sécuriser, nourrir. Il est distributeur de bienfaits gratuits et en facilite la consommation ou l’acquisition par ceux qui sont, en quelque sorte, ses « enfants ». Le maternant permet au groupe de fusionner sous sa protection, en particulier en évitant tous risques de séparation, de conflit, de distinction ou en les amortissant lui-même. Le paternalisme en est une forme qui fait facilement référence a la famille pour qualifier une situation collective, fusionnelle et protégée. L’infantilisation est ce qui convient, dans ce sens de l’involution, à ceux gui sont en position subordonnée. Ceux-ci, les « enfants », se laissent aller aux plaisirs de la régression par le moyen de tout ce qui va y porter. Consommations en commun, entente commune par des paroles rassurantes et toutes oralités adéquates. L’enfant joue éventuellement au maternant, mais sous une aile protectrice, évitant toute rivalité et tout conflit. Là aussi il peut y avoir renversement des rôles et le protégé devient protecteur. C’est toujours la protection des deux qui est l’enjeu.

    Cette position « enfant » est aussi bien valable à tout âge mais avec comme caractéristique de ne pas viser à grandir mais à régresser dans une retraite confortable. Le sens de l’involution ne doit pas être confondu avec l’état familial qui lui, tout en étant un lieu protégé, est destiné (en principe) à édifier ses membres et les conduire vers leur autonomie et non pas à les maintenir en son sein. « Maternants » et « enfants », au contraire, s’entendent pour la poursuite d’un repli de plus en plus régressif.

    Accomplissement : Maîtres-Pratiquants

    Là aussi, faisons attention aux termes. Le « Maître » n’est pas là dominateur mais serviteur. Il rend service au « prati- quant » qui se trouve en position subordonnée. Celui-ci, con- trairement à la position « enfant », est dans une dynamique d’accomplissement qui vise à son autonomisation. Ce sera par exemple l’élève, pratiquant l’enseignement dispensé par le maître-professeur. Le maître exerce sa maîtrise qui se présente comme une discipline à suivre par le pratiquant. C’est en s’y subordonnant qu’il s’en déferra, le jour où sa propre maîtrise lui permettra de se passer des services de son maître.

    L’apprenti exerce ce qui lui a été proposé de taire. Les enfants obéissent à leurs parents ou éducateurs. Il ne s’agit pas de soumission ou de servilité mais d’user utilement de ce que le

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    maître propose comme parcours. La maîtrise est pour le maître, conscience et connaissance de lui-même et en lui-même d’un art, d’une connaissance qui le fait professionnel ou pro- fessant. Cette connaissance, exercée au service des pratiquants, se fonde dans la conscience de soi et contribue à l’accroître. L’exercice de la maîtrise est une voie pour son développement propre. En même temps, cet exercice se concrétise dans les situati