Une méditation en forme d’exploration d’un espace infinitif. Il faut en retenir des clés pour la compréhension des phénomènes humains. Des compléments figurent dans les textes fondamentaux en ligne écrits depuis. De nombreuses questions restent encore à explorer à ce jour.
QUATRIEME CHAPITRE
L’ETRE EN INSTANCE
Chapitre 4 : L’ÊTRE EN INSTANCE .........................127
I. - ORIGINE ET CONSTITUTION DE L’INSTANCE ...............130
1) Origine de l’Instance ..................................131
2) Constitution de l’Instance ..............................134
La nature humaine et l’origine de l’homme...............140
La personnalité de l’homme et son évolution..............144
II. - LES DYNAMIQUES ACTUELLES DE L’INSTANCE .............146
1) L’activation ..........................................147
2) L’actualisation ........................................151
L’Instance, l’inconscient, les processus psychiques et les comportements humains .................................155
III. - L’ETRE, DEVENIR DE L’INSTANCE ......................157
1) La conscience de sens .................................159
2) L’accomplissement de l’Instance dans l’existence ..........165
L’accomplissement de l’homme, engendrement de l’Etre humain dans l’existence ................................168
L’ETRE EN INSTANCE
L’existence de l’homme avec ses aspects corporels et psychiques
(sensibles et mentaux), manifestés tout au lond de son histoire et de sa vie, ne sont pas le tout de l’homme. Ce n’est pas le propre de l’homme que d’exister mais c’est le propre de l’homme de n’être pas réduit à cette existence.
La personne humaine dépasse sa propre existence. Elle trouve donc son origine, sa fin et sa consistance même, au-delà de cette existence. Elle la transcende.
Cela veut dire, en particulier, que la personne humaine ne consiste en rien qui appartienne à l’existence : ni corps, ni raison mentale, ni réalité matérielle, ni langage, ni image, ni affectivité, ni ressenti. En outre, la personne humaine n’est pas d’emblée achevée, elle peut s’accomplir, ou non, elle peut s’orienter en elle-même vers un devenir ou un autre. Elle est donc multiple et non pas monolithique et immuable.
Par ailleurs elle est la source même de l’existence, ce qui veut dire que ce qui se passe dans l’existence est la répercution de ce qui se passe au coeur du sujet de l’existence dans la personne humaine.
Ce lieu qu’est la personne, où se jouent à la fois l’actualité d’une existence et son devenir propre, nous l’appellons ici l’Instance.
L’homme est donc une Instance et une existence, l’une à l’autre transcendantes.
Seulement à quoi servirait une telle existence pour l’homme, pour son Instance, si tout se jouait dans cette Instance et si l’existence n’en était qu’un reflet ?
L’existence est bien l’actualisation de l’Instance, par le fait des consensus entre Instances et lui est subordonnée. Cependant sans existence l’Instance de l’homme n’aurait pas de repère pour son propre devenir. Elle serait comme un voyageur sans territoire, sans jalon ni repère. Si en l’Instance se joue son propre devenir, c’est dansl’existence que s’accomplit le voyage. Bien que l’existence soit le fait des
consensus, elle les accompagne immédiatement, à tel point que l’on
puisse envisager que « tout se passe comme si » l’existence avait une
certaine influence sur l’Instance.
Il nous faudra donc développer trois questions principales pour
l’Instance :
celle de son origine et de sa constitution, en rapport avec la nais-
sance et la vie dans l’existence,
celle de son fonctionnement, ou encore des dynamiques en rapport
avec son existence,
celle enfin, de la nature et des conditions de son accomplissement,
toujours en rapport avec cette existence qui est, Ã la fois, le terrain et le
véhicule de cette Instance.
L’Instance est le royaume du Sens, de l’Esprit, de l’Etre. Le langage
exprime tout cela mais décrit des existants. Il est donc paradoxal
de vouloir « décrire » l’Instance par le langage comme nous pourrions
être tenté de le faire. Aussi, bien que ne pouvant nous passer du langage
et de représentations, il nous faudra éviter de réduire l’Instance aux
descriptions. L’Instance est plus le lieu de principes et du jeu de ces
principes que le théâtre de mécanismes entre des objets. L’objectivation
ne prétend pas déboucher sur la vérité mais tente d’en témoigner. C’est
l’ambition d’une théorie de l’Instance et sa limite.
129
ORIGINE ET CONSTITUTION
DE L’INSTANCE HUMAINE
La question des origines, dans l’existence, s’exprime de façon
homologue dans plusieurs registres. Origine de chacun, origine de
l’homme sur terre, origine de l’univers. Il s’agit là d’une origine
historique, localisant une genèse spécifique. Or, ces recherches d’origines
historiques, ne font que témoigner d’une même recherche des origines
qui est recherche d’un principe, principe commun à tous les existants :
l’Instance. Cette recherche, d’ailleurs, ne s’y achève pas puisqu’elle se
poursuit jusqu’Ã l’origine des Instances : l’Instant. C’est alors, que la
recherche des origines devient finalité de l’accomplissement des Instances.
Pour traiter de l’origine de l’Instance de chaque homme, nous
pouvons partir de l’existence en considérant que la venue au monde
d’un homme dans l’existence suppose un consensus dont il est le fait. Ce
consensus est celui des hommes dont naît le nouvel existant, de ses
parents d’abord mais aussi de toute une lignée familiale et de toute une
culture, une société. A l’extrême, chaque homme, participant à l’en-
semble de l’univers, pourrait trouver l’origine de son Instance dans un
consensus cosmique universel.
Dans une autre perspective, du point de vue de l’Instance elle-
même, on pourrait considérer que chaque Instance est un exemplaire
particulier d’une Instance universelle. Enfin, Ã partir de l’Instant, on
peut envisager comment l’Instance de l’homme est créée dans un
déploiement « en tous sens ».
Il n ’est pas possible de donner une description satisfaisante d’une
origine de l’Instance. Les différentes versions évoquées ici ouvrent
principalement sur les implications de cette question des origines.
Dès que le problème des origines est ouvert, celui de la constitution
de chaque Instance particulière se présente. Il nous sera possible de
l’envisager en utilisant justement l’existence comme référence. On peut
dire alors, que les sens qui constituent l’Instance sont les sens des
consensus de tout ce qui fait son existence. De ce fait l’histoire
personnelle, qui est celle des moments vécus, témoigne de l’évolution et de
la constitution de l’Instance, par instauration de ses différents sens et de
leurs cohérences.
130
L’ETRE EN INSTANCE
La personnalité de chacun, en son Instance, est donc ainsi constituée,
à la fois, de tout le contexte de sa naissance et de celui où évolue
son existence par la suite, c’est-Ã -dire d’une histoire personnelle dans
une situation historique. La synthèse en une Instance personnelle
particulière constitue son humanité universelle. Elle est ainsi le lieu d’une
autonomie possible, celle de chaque homme qui se fait maître du capital
d’humanité qui lui est dévolu.
1) Origines de l’Instance
a) Origines parentale, familiale et socio-culturelle
Il n’y a rien d’étonnant à envisager que ce soit le consensus des
parents, dans l’existence de leur rapprochement sexuel, qui génère un
nouvel existant. Celui-ci participe d’abord à leur existence commune,
c’est-à -dire à leur conjugaison, et au consensus correspondant. Le
nouvel existant est fait d’un consensus parental, dans le moment
duquel il se développe. Ce consensus, comme pseudo-sujet de
l’existence d’un homme, peut, par l’opération de l’Instant, advenir à une
conscience d’Etre qui, au fur et à mesure qu’elle se développe singularise
et autonomise cet homme. Animé des Instances parentales, il
devient progressivement son propre auteur ou encore le « fils de
l’Instant » au fur et à mesure que ce consensus d’autrui au départ,
devient Instance propre en s’accomplissant.
De par la spécificité d’un tel consensus entre les parents, consensus
de tout leur Etre-Instance, l’Instance potentiellement autonome
ainsi constituée, porte en elle l’universalité de l’humain, comme ses
parents, ainsi que les spécificités de leurs lignées, en tant qu’elles font
consensus. On pourrait aussi envisager une intervention de l’Instant
dès la conception (ou éventuellement plus tard) qui rendrait fécond le
consensus parental en inaugurant l’autonomie a’une nouvelle Instance,
pour faire un nouvel existant, fait d’un consensus auquel il participerait
dès cet instante pour peu à peu s’autonomiser. L’Instance de
l’homme trouverait néanmoins son origine dans un consensus humain
avec, en outre, intervention éventuelle de l’Instant.
D’une façon plus générale, on pourrait situer l’origine dans des
consensus divers : parental comme on l’a vu, mais aussi familial ou
culturel. Ce sont des versions différentes qui s’appuient sur le fait que
l’origine de l’Instance d’un nouvel homme existant, est le consensus
même qui sous-tend les milieux existants d’où il émerge.
b) Origine cosmique de l’Instance
Plaçons nous dans le monde, là où, dans l’existence du cosmos,
advient la nouvelle existence d’un nouvel homme. Cette conception
créatrice d’un nouvel Etre ne peut-elle pas être considérée comme
l’acte de tout l’univers en un lieu particulier ? Le consensus universel
131
L’ETRE EN INSTANCE
ferait existence à nouveau, pour le moment d’une vie humaine. Ce
consensus universel serait comme l’Instance particulière du nouvel
homme qui l’incarnerait. Chacun serait alors une sorte de représentant
ou d’actualité du cosmos en un lieu particulier, résumant ainsi, en
lui-même, toute l’humanité. Un consensus universel particulier, serait
alors l’origine de l’Instance individuelle, dont la conscience d’Etre
permettrait l’unification dans une singularité nouvelle. L’homme,
individuellement, serait comme le visage du monde et du cosmos, son
Instance étant, à l’origine, un consensus cosmique de l’humanité
entière, en ce lieu et en cet instant de sa conception.
Si elle peut satisfaire les astrologues cette hypothèse soulève des
difficultés a propos, notamment, de l’historicité et de l’autonomie
personnelles. Cependant, elle n’est pas à rejeter en bloc pour autant. En
effet, l’Existence nouvellement conçue d’un tel homme, n’est-elle pas
immanente à l’Existence du monde dans le même moment ? Elle
participe alors du même consensus. Tout se passe comme si cette version
avait quelque validité, comme la précédente, sans être la seule vérité
mais une des versions possibles, approximative. Il ne faudrait pas ici
considérer l’état du monde comme une réalité absolue, mais rien
n’empêche de le choisir comme repère arbitraire si on n’oublie pas
qu’il ne s’agit du monde, que pour ceux qui le considèrent tel.
c) Origine universelle de l’Instance
Selon cette version, on pourrait penser qu’il n’existe qu’une
Instance universelle dont chaque homme serait un moment d’Existence
individualisé. Bien qu’elle ne nous paraisse pas satisfaisante cette
version mérite réflexion par les perspectives qu’elle ouvre... et qu’elle
ferme.
Chaque homme ne serait différencié que par son existence
individualisée, appartenant à l’Existence de l’univers. Nous rejoignons
alors ces idées d’un inconscient collectif, d’une conscience cosmique,
d’un esprit universel auquel chacun participerait. On pourrait ainsi
envisager un Homme-Instance, unique, au principe de tout homme
existant, et dont chacun serait une manifestation individualisée.
Chacun de ces hommes cependant n’aurait pas d’Etre singulier personnel,
transcendant, mais seul l’Etre universel serait commun à tous.
Cependant cette version d’une Instance, conscience cosmique ou
universelle de l’Humanité, peut offrir une variante qui serait la sui-
vante.
Chaque homme prendrait part au cours de sa vie à l’Instance
universelle, constituant ainsi un « bagage » personnel, reflet d’une
façon individualisée de vivre l’universel. l’Instance personnelle pour-
rait être cela à condition que l’on puisse expliquer la différenciation
radicale que pourrait permettre une conscience d’être singulière.
L’Instance personnelle serait la participation individuelle singularisable Ã
une Instance universelle qui en constituerait l’origine. Sorte de matrice
générale de toute Instance individuelle, elle serait l’origine et la source
de l’existence singulière de chaque Instance particulière.
132
L’ETRE EN INSTANCE
Incompatible avec notre thèse, cette hypothèse poserait bien des
problèmes, par l’absence de personne humaine, donc de devenir personnel
et d’accomplissement, sinon dans un retour fusionnel d’anéantissement.
d) Origine singulière de l’Instance
Cette nouvelle version se distingue des précédentes par le fait,
qu’avec la conception, s’inaugurerait une toute nouvelle Instance pour
l’Individu. Son Existence serait d’emblée celle d’une Instance propre,
en consensus, progressivement, avec les autres : parents, etc...
Cependant, cette nouvelle Instance ne peut-elle pas se situer à l’origine de la
personne comme aussi bien de l’humanité entière ? Histoire universelle
des Instances humaines ou histoire d’une Instance universelle ?
Au commencement..., de l’Instant se déploie une Instance, en tous
sens. Ce n’est déjà plus l’Instant, mais l’Instance transcendante, espace
infinitif.

FIGURE 16
A chaque sens s’oppose l’inverse, dans un rapport dialectique et
ce, dans une infinité de directions. Des lors intervient la vie de l’Etre
qui s’actualise en existant, au départ peu différencié, et qui petit à petit
se spécifie dans une instauration progressive au fil des consensus. C’est
alors que, au-delà de l’origine, et quelles que soient les versions, se joue
l’élaboration différenciée d’une Instance personnelle au fil de son
histoire existentielle.
Cette version ressemble étrangement à un mythe scientifique
contemporain de la création de l’univers, celui du Big Bang. A partir
d’une explosion initiale, se déploie immédiatement depuis un centre,
un espace en tous sens qui devient le lieu, Ã la fois, d’une condensation
de la matière, donnant l’existence des galaxies soleils et mondes et,
simultanément, d’une expansion de ce même univers.
Cette évocation ne vient là que pour pointer qu’une telle version,
qui passe pour scientifique, de la création de l’Univers est bien proche
’une version possible de l’origine de l’Instance de l’homme. Mais
l’une comme l’autre ne sont-elles pas des représentations humaines de
l’origine ? Il n’y a rien en chacun de plus originel que l’origine de son
Instance. Toutes versions des origines en sont, d’une part, les
représentations et, d’autre part, la révélation... plus ou moins juste.
133
L’ETRE EN INSTANCE
2) Constitution de l’Instance
II nous faut maintenant envisager la constitution de l’Instance
personnelle. Selon notre hypothèse, l’Instance de chacun est constituée
de tous les sens de son existence historique. Autrement dit, Ã chaque
moment d’existence, les sens correspondants s’enregistrent, ou plutôt
se renforcent, dans l’Instance. Cela revient à dire aussi que toute
expérience vécue, toute situation existante, tout moment de son exis-
tence renforce d’autant la présence des sens du consensus par lesquels
on y participe. Une Instance primordiale, déployée en tous sens, est
susceptible de tous consensus. Chacun d’eux, cependant, renforce la
marque de ses sens propres.
Si un homme ne vit qu’un même type de situation, par la répétition
du même consensus proposé par les Etres qui l’environnent, ces
sens (cette cohérence) deviennent peu à peu l’essentiel de son Instance.
En conséquence d’ailleurs, c’est toujours le même consensus qu’offrira
l’intéressé à autrui, le conduisant ainsi au même type de situations,
jusqu’à conduire, dans certains cas, à des répétitions compulsives ou a
un enferment dans un cercle vicieux. Une Instance constituée de
l’universalité des sens, se trouve particularisée par le fait que certains
sens deviennent prévalents.
A l’opposé, telle absence de consensus fera comme un vide (relatif)
dans l’Instance et cette carence ne lui permettra pas facilement de
participer à ce consensus, perpétuant ainsi la carence. Tout ceci repose
sur cette notion nouvelle :
tout moment d’existence, renforce en l’Instance les sens du
consensus correspondant.
Ce renforcement dépend aussi de l’intensité de ce consensus, mais
il s’agit là d’une autre notion, l’activation, qu’il reste encore à définir
Pour revenir à l’hypothèse précédente, nous pensons que le
renforcement est la cause d’une plus grande « susceptibilité » de ces sens
dans l’Instance. Les consensus, offerts par l’environnement des autres
Instances, sont les plus renforcés en l’Instance personnelle. La
« personnalité » provient donc de l’ensemble, tout particulier, des
consensus vécus. Ainsi, les consensus parentaux, familiaux,
culturels-cosmiques, partagés par chacun, constituent-ils sa personnalité spécifique.
Que l’Instance soit originellement universelle ou delà marquée par
l’environnement dont elle serait consensus (parental, culturel, etc...), ce
sont toujours les consensus auxquels participe l’Instance qui s’y trou-
vent renforcés, à la mesure de cette participation. En simplifiant, on
pourrait dire que l’Instance de l’homme est l’ensemble des sens de ses
consensus.
Il serait plus vrai de dire que les consensus de l’existence constituent
l’Instance de l’homme. Il n’est cependant pas faux d’accepter
l’image historique d’une causalité. Elle montre comment, dans notre
134
L’ETRE EN INSTANCE
existence, l’Instance est constituée des traces de notre histoire person-
nelle, provenant de nos environnements, parentaux ou autres et favo-
risant la continuation de cette histoire personnelle (librement ou non).
Ces traces ne sont pas de l’ordre de l’existence mais les sens eux
mêmes. Ainsi, notre histoire existentielle est-elle toujours actuelle pour
l’Instance, en tant que susceptible de faire un moment d’existence qui
l’actualise. La « mémoire » de notre passé n’est pas une reproduction
ou une représentation de l’existence alors vécue ; c’est la présence des
sens (plus ou moins renforcés ou activés) qui constituent notre
Instance elle-même. Nous sommes ainsi, en tant qu’Instance, la mémoire
de nous même et du monde, par les sens qui nous constituent.
C’est comme cela, par exemple, qu’une situation d’existence pré-
sente moment d’un consensus auquel nous participons, peut nous
rappeler un souvenir « homologue », nous faire envisager des projets
homologues, et nous engager, éventuellement, dans des actions homo-
logues.
Il y a lieu, maintenant, d’envisager la structuration de l’Instance Ã
partir des principes qui précèdent. Cela nous conduira à aborder trois
aspects :
la constitution des cohérences en l’Instance,
la présence de cohérences primordiales, archétypales ou archaïques,
la relativité des cohérences
Nous avons déjà rencontré ce terme de « cohérences », alors choisi
pour désigner l’ensemble des sens du consensus d’un existant. La
théorie des Cohérences nous instruira, dans un chapitre ultérieur, des
propriétés d’une cohérence et de ses conséquences sur les existences
homologues qu’elle sous-tend. Nous soulignerons, déjà ici, que tout
ensemble de sens forme une unité, un tout, dont procède 1’individua-
lité (et la cohésion) de l’existant. Deux ou plusieurs consensus simul-
tanés peuvent constituer une unité nouvelle, une cohérence nouvelle,
génératrice d’un existant individualisé.
Un ensemble d’existants peut former une situation ou un corps
complexe dont l’individualisation dépend de la cohérence propre.
Celle-ci est néanmoins constituée des sens d’autres cohérences, celles
des existants partiels de la situation. Ce qui caractérise l’individualité
(et la cohésion) d’un existant c’est l’unité de l’ensemble de ses sens,
autrement dit sa cohérence. De ce fait, on peut dire que 1’Instance est
constituée de l’ensemble des cohérences des moments d ’existence et
des existants individualisés de son monde.
On pourrait croire qu’il s’agit là d’un double du monde ; sous le
mode essentiel plutôt qu’existentiel. Il ne s’agit pas de cela puisque les
principes d’inclusion / exclusion, valides dans l’existence des indivi-
dualités, ne valent pas pour l’Instance. Un même sens peut être de
plusieurs cohérences et deux cohérences peuvent s’ inclure réciproque-
ment et simultanément, ce qui n’est pas possible pour deux existants.
En outre, à une même cohérence, peuvent correspondre une infinité
d’existants homologues. D’une façon générale les propriétés et les
135
L’ETRE EN INSTANCE
rapports entre sens et cohérences dans l’Instance sont ceux d’un « es-
pace infinitif » et non ceux d’un espace d’existence toujours fini.
L’Instance, constituée de cohérences, elles-mêmes ensembles de
sens, peut être envisagée aussi comme une seule et même cohérence
globale.
Si cette cohérence, unité de l’Instance, est envisageable, elle de-
vient la cohérence de l’univers de l’homme en général et le devenir de
chaque homme en particulier. Cette cohérence générale porte, potentiellement,
tous les sens de l’Instance et c’est de son lieu que peuvent se
générer et se modifier tous sens et toutes cohérences en l’Instance,
même si cette possibilité n’est libre qu’au terme d’une conscience
d’Etre achevée.
Si nous comparons cette cohérence générale aux versions de l’origine,
elle correspond, en tant que cohérence de l’Univers et de l’Homme
universel, à l’universalité sur laquelle se différencient et se
particularisent les personnalités. En particulier, les consensus parentaux,
cosmiques, culturels, etc... seront des sous ensembles de cette
cohérence, a la fois sens dominants de celle-ci et cohérence d’un ensemble
particulier de sens pour le consensus de chaque existant. Autrement
dit, la cohérence générale de l’Instance-Cohérence universelle,
supporte toutes les cohérences de l’Instance.
Si nous représentons une cohérence par une croix (croisée de sens,
cartes de cohérence) nous pourrons situer chaque cohérence particulière,
selon un sens dominant de la cohérence générale. Le pointillé sur
le dessin indique que les sens d’une nouvelle cohérence sont à con-
sidérer en elle-même comme un espace propre et non pas dans l’espace
de la cohérence générale, bien qu’elle s’y place en entier. Cette remarque
ne vient là que pour ouvrir la porte d’une réflexion sur une
topologie de l’Instance et attirer l’attention sur quelques précautions
d’emploi. Les deux cohérences figurées ont chacune un centre, marquant
l’individualité (unité) des existants distincts (bien qu’immanents) qu’elles sous-tendent.

136
L’ETRE EN INSTANCE
Cette relativité des cohérences est d’ailleurs généralisable. Chaque
cohérence peut être le support d’autres cohérences et, avec la reprise
d’une échelle historique, on pourrait voir l’Instance comme un empilement
de cohérences de plus en plus nombreuses et diversifiées.
Cette figuration de l’Instance est particulièrement utile pour en
comprendre certains aspects.
Déjà , « l’histoire » de l’Instance (avec la réserve déjà notée sur
cette « historicité »), correspond à l’échafaudage de plus en plus diversifié
des cohérences, sur la base d’une cohérence générale.
Le schéma montre l’édification de l’Instance par les renforcements
successifs des consensus de moments d’existences. Il indique aussi que
chaque cohérence est supportée par d’autres, jusqu’à la cohérence
générale qui rapproche de l’Instant.
Cependant, il est possible de considérer le centre d’une cohérence
comme point central de référence de toute l’Instance. Tout se passe
comme si il en était ainsi, chaque fois que cette cohérence est en
consensus pour un moment d’existence donné.
L’homme est, en ce lieu de son Instance, comme s’il était au lieu
de tout son Etre. Cette cohérence est celle du monde existant pour lui,
au même moment. Toutes les autres cohérences sont alors relatives a
celle-ci qui peut en apparaître comme le support général.
De cette façon, chaque cohérence peut être vue comme une cohérence
générale supportant toutes les autres, de même qu’elle peut être,
à son tour, supportée par chacune des autres. Cette éventualité ne se
conçoit que si un existant de cette cohérence est pris comme repère
principal. Cependant, même si chaque cohérence peut être prise
comme générale et globale avec un repère existentiel, il est une cohérence
générale dont l’ Instant constitue le repère central transcendant.
Cette relativité des Cohérences, liée ici à la topologie de l’Instance,
est un problème délicat, de même que celui des propriétés de l’espace
infinitif. Entre deux points il y a n’importe quelle distance. Ainsi toute
localisation d’une cohérence n’a d’autre valeur que d’être le repère du
centre d’un espace singulier, infinitif. Tel sens, autant qu’il soit
différenciable, est aussi bien de cet espace que de tel autre espace d’une
autre cohérence. La prudence voudra donc qu’à chaque fois que l’on
parle d’une cohérence on en pose précédemment le repère :
soit dans un existant particulier, dont ce sera la cohérence, ainsi
que pour tous ses homologues (ex. cohérence d’une situation don-
née),
soit dans un existant général, dont la cohérence est posée comme
centrale (ex. cohérence d’une question générale pour un existant particulier).
soit la cohérence générale elle-même, centrée sur l’Instant mais
aussi sur tout l’univers existant.
137

138
L’ETRE EN INSTANCE
Cette perspective de l’Instance et de son édification amène à cette
remarque que pour chacun, tous les existants de son monde et de soi
même et tous les moments d’existence, sont reliés en son Instance et
relatif les uns aux autres comme le sont leurs cohérences.
Il n’y a rien de l’univers, qui ne soit ainsi transposable en quelque
chose de l’existence humaine et vice versa. Chaque chose est une voie
d’accès pour l’homme à tout l’univers, en lui-même, par son Instance.
Toute expérience humaine serait susceptible d’ouvrir à tout l’homme
par son Instance. Tout peut aller sans conscience d’Etre, mais celle-ci
seulement peut en procurer quelque maîtrise et la connaissance, ainsi
qu’en achever la synthèse par la singularisation de l’Instance.
139
L’ETRE EN INSTANCE
LA NATURE HUMAINE ET L’ORIGINE DE L’HOMME
Le problème de la nature humaine est lié au concept
même de nature. Selon les trois ordres transcendants de la
trinité de l’homme, on peut envisager trois définitions, liées Ã
l’origine de l’homme.
Si on n’envisage l’homme que d’un point de vue existentiel,
la « nature » humaine est immanente à la « nature » des
choses existantes et à cette « Nature » dont les sciences pré-
tendent nous faire savoir ce que sont les lois. La nature
humaine est, dans ce cas, un sous produit de la Nature. Si l’on
accepte le principe de causalité effective dans l’existence
(principe communément admis) rien ne s’oppose à cette conception
de la nature humaine qui ne se différencie en rien de la Nature
de quelque chose que ce soit. Si on parle d’âme, de conscience,
d’esprit, ce ne peuvent être, à leur tour, que des sous produits
de la Nature et dont l’éventuelle liberté ne peut venir que
comme un trouble de la Nature. La liberté est alors un concept
paradoxal puisqu’il trouve son principe dans la Nature tandis
que son exercice ne peut que s’opposer à la Nature. S’il en
suivait les lois, il ne serait plus liberté. Ce paradoxe est alors
aussi celui de la responsabilité, de l’autorité et de la volonté
humaine.
Cette conception de la nature humaine est, au fond,
incompatible avec ces notions concernant l’homme. Seule la
Nature pourrait en être investie (panthéisme) ou un Maître de
la Nature - Dieu d’arbitraire- dont le monde et l’homme
seraient les jouets. Les réductions traditionnelles du christianisme,
entretenues par quelques ambiguïtés philosophiques,
favorisent cette conception d’une nature humaine dont la seule
responsabilité serait d’obéir à une Nature qui commande elle-
même cette obéissance. Il est dans la nature humaine de pou-
voir se concevoir ainsi mais ce n’est pas fatal.
Une variante de cette conception est celle, dualiste, d’une
double nature : d’une part, une nature existentielle (dite maté-
rielle et psychique), répondant très exactement à ce qui pré-
cède et, d’autre part, une nature spirituelle siège d’une éven-
tuelle liberté. Cette conception dissociante, ne peut sombrer
que dans le manichéïsme du conflit entre les deux natures,
auxquelles Dieu et Diable présideront dans une lutte entre un
bien et un mal substantiels qu’il faudra bien ordonner au bout
du compte à l’un ou à l’autre. On aboutira alors à une oppo-
sition entre un tout spirituel et un tout matériel, indissocia-
blement liés dans leur exclusivité mutuelle, meilleur piège
pour que l’homme s’y abîme. Il serait prudent, chaque fois que
140
L’ETRE EN INSTANCE
LA NATURE HUMAINE ET L’ORIGINE DE L’HOMME
la nature humaine est en question, de veiller à préciser des
notions dont les conséquences sont graves pour les hommes.
La conception Naturaliste de la nature humaine avec sa
variante dualiste se caractérise par un primat existentiel. La
nature humaine serait d’ordre existentiel.
Selon le point de vue de l’Instance, la nature humaine est
son Instance. C’est le propre de chaque homme d’où émane
(pour lui) son existence qui est toujours coexistence. Si
l’homme n’accède pas à la conscience de cette nature humaine, il
peut effectivement vivre cette absolue dépendance d’une
coexistence, d’une connaturalité avec son milieu, milieu dit
Naturel rendant toute liberté paradoxale et autodestructrice.
Il est dans la nature humaine, son Instance de pouvoir
considérer les choses et se considérer en plusieurs sens.
Considérer sa propre nature dans l’Instance est vérité, la considérer
comme résidant dans l’existence est erreur. Cependant, il
est vrai que cela puisse être envisagé ainsi et donc que l’erreur
ait un fondement de vérité, bien qu’elle ne soit pas la vérité. Si
on prend la précaution d’un « tout se passe comme si » on
différencie ce qui semble de ce qui est, sans exclusion de l’un et
de l’autre.
Ainsi la nature humaine, située en l’Instance de l’homme,
n’exclue pas de considérer une nature existentielle. Seulement,
cette nature existentielle n’est pas une autre nature mais la
même, traduite dans l’ordre de l’existence qui est coexistence
entre les hommes. La nature humaine est Instance personnelle
et la nature existentielle de l’homme est coexistence. La
première est le siège d’une liberté et de toute responsabilité, la
seconde est le lieu d’une obligatoire dépendance. Mais la
première est au principe de la seconde, principe partagé dans les
consensus.
Ainsi la nature humaine est ce qui n’appartient qu’Ã
l’homme, son Instance transcendante à toute nature existante,
la sienne et celle de toute chose existante. La nature humaine
se caractérise par le sens et la maîtrise du sens. C’est ce qui
fonde : liberté, responsabilité, volonté, vérité, autorité. La
liberté de l’homme va jusqu’à pouvoir envisager l’homme dans
un sens ou cette liberté ne devient plus qu’un concept fascinatoire,
le mythe naturaliste d’un paradis perdu, trace ultime
d’une nature humaine exerçant la liberté de se perdre et s’y
perdant.
141
L’ETRE EN INSTANCE
LA NATURE HUMAINE ET L’ORIGINE DE L’HOMME
Enfin, la question de la nature humaine doit s’envisager
en regard de l’Instant. La nature instancielle de l’homme ne
procède pas d’elle-même, ni d’une surnature qui serait une
espèce d’Instance générale. Elle procède de l’Instant-Dîeu qui
est son principe transcendant. On pourrait alors parler d’une
nature divine de l’homme. Cependant cette expression peut
s’entendre de deux façons :
La première consisterait à dire que la vraie nature humaine
est l’Instant ; l’Instance n’en étant qu’un produit de même que
l’existence. De ce fait la nature de l’homme ne lui appartiendrait
pas et il n’y aurait plus de liberté que conditionnelle,
conditionnée par l’arbitraire supposé de l’Instant et par le
conditionnement existentiel. Ne voit-on pas que cette divini-
sation de l’homme est en fait très proche de la version natu-
raliste, par le biais d’un dualisme dieu-existence, au milieu
duquel l’homme serait pris. La liberté de l’homme serait alors
promesse fallacieuse toujours en butte aux conditions maté-
rielles. Une nature humaine -toute puissance toujours prise
dans l’impuissance et la dépendance existentielle- n’en peut
venir qu’a se haïr, en soi ou en l’autre.
L’autre façon de parier de nature divine, pour l’homme,
est de considérer que n’étant pas Dieu-Instant, il peut jouir de
propriétés divines et en particulier de l’unité, de la singularité
d’Etre personnel, de la conscience d’Etre qui est conscience de
sens, et d’une liberté, toute humaine, soit d’accepter et de
cultiver cette jouissance, voie et terme de son accomplisse-
ment, soit de s’engager dans d’autres voies, selon d’autres sens
de sa nature propre, ceux notamment où il en perd (ou ne
retrouve pas) le sens et l’Etre transcendant en lui. C’est le cas
lorsqu’il laisse à son fruit, le monde existant, le soin d’être son
principe et où il réduit sa nature transcendante à celle, imma-
nente. du monde existentiel.
La nature humaine Instancielle trouve sa gloire dans sa
divinisation qui n’est pas changement de nature mais son
accomplissement. Elle trouve sa déchéance dans sa réduction
existentielle, qui n’est pas un état des choses absolument et
arbitrairement indépendant de lui, mais une façon de se dis-
poser selon certains sens de sa nature qui la lui font perdre de
vue au profit de ce qui n’en est que le fruit : l’existence. Ne
serait-ce pas là un « péché » originel, erreur sur l’origine prin-
cipielle et sur la nature véritable de l’homme ? Ce péché originel,
penchant à se perdre, ne consiste-t-il pas à prendre le
savoir objectif pour la vérité, le fruit objective qui est le savoir
pour la connaissance qui est consensus (et donc amour), la
nature des choses pour la nature humaine ? Il faudrait alors
142
L’ETRE EN INSTANCE
LA NATURE HUMAINE ET L’ORIGINE DE L’HOMME
qu’un homme vienne signifier aux hommes la véritable nature
humaine, qui n’est pas de ce monde, et qui peut s’accomplir
dans sa divinisation ; qu’un Jésus-Christ vienne ainsi révéler,
rappeler à nouveau, que la nature humaine n’est pas fatale-
ment conditionnée par l’existence et sa fin la mort, mais
qu’elle ne l’est que de son libre choix qui peut aussi être
différent, celui d’un accomplissement, non obligatoire mais
possible. C’est en lui-même, en reconnaissant sa propre natu-
re, que l’homme peut reconnaître cette liberté, liberté de sens,
et cette reconnaissance s’accompagne de celle de son rapport Ã
l’existence et au monde. Cette reconnaissance est véritable-
ment conversion, libre conversion de disposition propre, par-
mi toutes celles possibles dans sa nature, celles qui égarent et
celles qui révèlent. Mais, pour cela, encore faut-il revenir au
coeur du sujet et ne pas distraire l’homme de lui-même, soit
dans une Nature souveraine, soit dans un Dieu diabolique.
C’est aussi la condition du respect de l’existence et de l’Instant,
chacun à sa place dans la hiérarchie des transcendances, dont
la nature humaine, l’Instance, est l’intermédiaire.
143
L’ETRE EN INSTANCE
LA PERSONNALITE DE L’HOMME ET SON EVOLUTION
La personne, en chaque homme, doit être envisagée comme
étant la constitution spécifique de son Instance. Sa personnalité
s’exprime dans l’existence par des comportements,
des choix, des modes de vie, des traits de caractère et selon des
modalités, corporelles ou, affectives et mentales, autrement dit
psychologiques.
Il ne faut pas confondre les manifestations de la personnalité
avec la personne elle-même. En effet, les manifestations
existentielles sont toujours le fait de consensus entre les
personnes et sont toujours ainsi sociales et culturelles. On peut
alors parler d’identités pour les expressions de la personnalité,
qui, dans l’existence, sont toujours comparables à d’autres
identités dans un même univers culturel ou relationnel. La
personnalité, elle, est à la fois universelle et particulière et
constitue la personne en l’Instance qui lui est propre.
La personnalité est donc composée des sens et cohérences
de cette Instance. Elle est universelle dans la mesure où elle est
directement issue de l’Instant et porte ainsi toute l’humanité
de l’homme. Elle est particulière dans un double mesure. Celle
d’abord où chaque Instance se constitue à partir d’un consensus
parental, familial, historique et socio-culturel particulier.
Celle ensuite, où cette Instance se constitue et se conforte des
consensus particuliers qu’elle partage, au cours des expériences
et de toutes les situations de son existence.
La personnalité intègre donc l’inné et l’acquis, l’hérédité et
l’éducation. Toutes ces notions désignent habituellement des
données existentielles, mais elles doivent être ramenées à la
source et au principe qu’est l’Instance. Ainsi la personnalité de
chacun est totalement déterminée, d’une part héréditairement,
d’autre part éducativement. Elle porte en effet le double héritage
intégre des consensus originels, transmettant ainsi des
particularités héréditaires, avec les consensus des situations
vécues qui, ainsi, édifient l’Instance selon leurs sens.
L’hérédité, pour l’Instance, donne un profil de sens particulier
à une configuration universelle. L’éducation et toute
expérience de vie modifient et font évoluer ce profil particulier
de la personnalité.
Tout semblerait conditionnement et déterminisme si,
d’une part, la rencontre des autres dans les pratiques de l’existence
(éducation, mode de vie, exigences, voies de recherche...)
n’intervenait dans l’évolution de la personnalité par les consensus
offerts et que, d’autre part, la conscience de sens ne
procurait cette liberté de partager, ou non, des consensus ou
d’en choisir le sens.
144
L’ETRE EN INSTANCE
LA PERSONNALITE DE L’HOMME ET SON EVOLUTION
C’est pour cela que la connaissance de soi, qui est spécifiquement
conscience de sens et donc de sa propre personnalité,
est la voie de la maîtrise et de la liberté personnelle
Cependant la liberté personnelle ne consiste pas à être un
autre. Elle consiste à privilégier certains sens qui constituent
notre personnalité particulière et ainsi à évoluer plutôt selon
ces sens là .
La personnalité de chacun est ce qui peut être cultivé,
éduqué, édifié, accompli selon des voies qui sont celles mêmes
de cette personnalité.
Chacun a sa façon d’évoluer, dont la source et l’enjeu sont
sa propre personnalité, sa propre Instance, à la fois, toujours la
même de part ses antécédents et ses origines et toujours
changeante au fil de ses évolutions.
L’accomplissement de la personnalité se produira dans le
sens de celle-ci qui lui permette le meilleur développement de
ce sens en son Instance. C’est en cultivant une sorte de qualité
propre que chaque personnalité s’accomplit, exaltant cette
même qualité, plutôt qu’en imitant un modèle ou une norme
extérieure. Paradoxalement c’est en cultivant ce qui est le plus
personnel en l’homme que celui-ci peut reconnaître son
universalité, l’universalité de son humanité, constituant dune
façon toute personnelle son Instance.
La recherche du personnel et de l’universel en l’homme
est une seule et même voie. Seulement cette voie est toujours
particulière pour chacun en fonction de ce qu’il a reçu et de ce
qu’il fait de sa personnalité. La vocation de chacun consiste
donc à exister selon les dimensions de sa personnalité propre
qui l’accomplissent elle-même en la personnalisant et l’universalisant
et ainsi, en faire partager les sens dans les consensus
avec les autres et au service de leur propre accomplissement.
145
II
LES DYNAMIQUES ACTUELLES DE L’INSTANCE
L’ Instance, qui se trouve en consensus, s’actualise dans un moment
d’existence. Cette actualisation est un mouvement de présence et d’une
présence qui peut être statique, mais aussi bien mobile, d’une mobilité
par exemple affective, mentale ou corporelle. Ce double mouvement
résulte d’une animation. L’existence est animée par l’Instance qui s’y
actualise (le consensus de chaque moment). Cette actualisation de
l’Instance, Ã partir de sens en consensus, est l’une de ses deux
dynamiques. Seulement, seuls s’actualisent les sens en consensus et non pas
toute l’Instance simultanément. Si tel était le cas, l’existence serait
totale, sans mouvement propre, simplement présente immuablement.
Or elle est variée, évolutive, faite de toutes sortes de moments différents.
Chaque moment particulier de cette existence est actualisation d’un
consensus particulier, dans lequel certains sens seulement de l’Instance
sont impliqués.
C’est alors qu’il faudra aussi considérer cette autre dynamique de
l’Instance qui est sollicitation de certains sens à l’occasion d’un consensus.
On l’appellera activation. Cette activation des sens de l’Instance,
peut être d’intensité variable. Nulle, il n’y a pas de consensus ni d’existence.
Faible,l’actualisation donnera un moment d’existence peu intense.
Forte,l’activation amènera une actualisation importante dans un
moment d’existence particulièrement fort. C’est alors, notamment,
qu’en retour, une réactivation entraînera une alternance rythmée
assurant une certaine continuité répétitive, d’une part, et l’entretien du
consensus avec d’autres, c’est-Ã -dire de la coexistence ou vie commune,
d’autre part. L’ennui va avec une faible activation de même que le
sommeil. La mort est cessation d’existence donc d’actualisation et
d’activation. L’implication, dans l’existence, est caractéristique d’une
forte activation et c’est la source du problème de la mesure ou de la
démesure.
146
L’ETRE EN INSTANCE
1) L’activation
Lorsqu’un sens est investi dans un consensus avec d’autres
Instances, il est mobilisé et c’est cette mobilisation d’un sens que l’on
appellera activation. Le consensus d’un groupe d’hommes s’actualise
dans un existant et lorsqu’un tiers partage ce consensus déjà là , c’est
comme s’il rencontrait cet existant déjà la, et qu’il se mettait à exister
pour lui. Tout se passe alors comme si c’était à partir de cet existant
déjà là qu’il se trouvait activé, selon les sens de sa cohérence, et qu’il
partageait ainsi le consensus. Il semble alors que ce soit l’existant qui
soit activant. Cela n’est qu’une façon d’appréhender le processus telle,
que ce seraient les existants qui, par une sorte de résonance, provo-
queraient l’activation des sens de l’Instance. En fait cette simplification
nous sera très utile si l’on n’omet pas que c’est ce qui sous-tend cet
existant, c’est-à -dire le consensus des autres Instances, qui est vérita-
blement activant pour soi.
En outre cette activation, en soi, n’est pas sans dépendre de sa
propre Instance qui peut même être a l’origine du consensus avec les
autres. C’est ainsi que nos propres existences nous activent en activant
aussi les autres, qui nous activent à leur tour. Notre existence est
animée par notre Instance, mais celle-ci est activée par les autres
Instances et c’est notamment pour cela que nous avons besoin les uns
des autres.
L’activation des sens et cohérences (ensemble de sens) correspond
à l’entrée en participation à un consensus, comme s’il s’agissait d’une
résonance à partir de l’existant de ce consensus.
Cette description pèche par le fait que l’existant n’apparaît tel,
pour l’intéressé, que lors de sa participation au consensus. De cette
manière on pourrait aussi dire que c’est le consensus d’autrui qui
active en soi une même cohérence et nous y fait participer, par
activation, dans un moment d’existence d’ores et déjà commun.
Sans qu’il y ait consensus préalable d’autres Instances, l’activation
d’autrui en son Instance, provoque cette résonance en soi d’une
activation qui instaure ainsi consensus et donc existence commune.
Toutes sortes de facteurs font que l’activation mutuelle n’est pas
parfaite. Bien que tout se passe comme si elle était souhaitée, il est
heureux qu’elle échoue dans cette perfection sinon tous les humains
seraient immobilisés dans une sorte de communion, consensus
universel immobile dans une existence commune éternellement
figée et dans l’indifférenciation générale.
L’activation des sens apparaît ici comme le fondement de toute
communication. Comme la théorie de l’existence dans son plan
relatif (communication, conjugaison) le laissait supposer, la
communication humaine, dans l’existence, est affaire de consensus dans
l’Instance et donc d’activation de l’un à l’autre pour, justement,
établir ces consensus.
Dans l’ordre existentiel, la communication comporte trois
plans :
147
L’ETRE EN INSTANCE
le plan relatif : la relation, les affects, les significations du lien
entre les partenaires,
le plan représentatif : les signes, les figures, le scénario,
le plan factuel : la situation, les faits et gestes, les comportements,
les effets.
L’existence d’une communication, est le fait d’un consensus
entre les Instances.
C’est ainsi que toute la question de la communication se ramène
à celle de l’établissement de ce consensus et, d’une façon encore
plus générale, tout établissement d’un consensus est une recherche
de communication. Immédiatement on s’apercevra que tous les
problèmes, possibilités et difficultés de la communication entre les
hommes, se ramènent à la question de l’activation et que celle-ci se
répercute sur le plan existentiel dans toutes les circonstances de cette
communication. L’existence des communications peut ainsi révéler
ce qui se passe pour les Instances et les problèmes d’activation.
Normalement, les dynamiques actuelles de l’Instance, et par
suite l’activation et toute communication sont purement automatiques.
On verra un peu plus loin que c’est justement la conscience de
sens qui permet à l’homme de se libérer (en conscience) de cette
réactivité automatique.
La communication entre deux personnes peut se dérouler dans
une langue particulière à propos du monde environnant. Cela
indique que le consensus entre les deux Instances n’est pas isolé d un
consensus plus large, celui de la langue commune ou celui d un
monde commun dans lequel il s’intègre.
Il n’y a pas qu’un sens ou qu’une Cohérence à la fois qui soient
activés dans l’Instance, mais tout un ensemble de Cohérences. Une
activation vient toujours dans une Instance déjà activée par ailleurs.
De cette façon, un moment particulier de communication vient se
placer dans un moment d’existence plus large, une circonstance de
vie, par exemple. Un moment d’existence s’intègre toujours dans un
moment plus vaste.
Se posent alors des problèmes de conflits d’activation entre des
cohérences différentes simultanément activées.
Par exemple, une personne est activée dans le champ de ses
préoccupations lorsqu’une autre vient lui faire part des siennes. La
première peut très bien l’écouter « d’une oreille distraite » ou même
ne pas s’apercevoir de sa présence.
Il aurait pu aussi se faire que, témoin des préoccupations de la
première, la seconde, ainsi activée, vienne renforcer l’activation du
premier et engager cette fois-ci une communication dont l’existence
sera plus importante.
La préactivation d’une cohérence, dans l’Instance, favorise une
réactivation supplémentaire, et fait concurrence à d’autres activations.
Ceci se résout alors par plusieurs voies possibles : réduction Ã
une cohérence tierce, englobement dans une cohérence plus large ou
dominance de la cohérence la plus activée. Emerge alors ici la
notion de degré ou d’intensité d’activation.
148
L’ETRE EN INSTANCE
Nous pouvons imaginer la complexité du jeu des activations
dans l’Instance, les concurrences entre elles, les dispersions de l’une
à l’autre et ainsi, la difficulté et la nécessité d’une centration qui, sur
le plan existentiel, correspond à une centration sur un sujet, sur un
objet et une actualité.
Il y a aussi le cas d’une communication entre deux personnes,
telle qu’ils en arrivent à se sentir « seuls au monde », « tout l’un
pour l’autre ». On sait qu’une passion (amoureuse ou meurtrière)
peut donner cet effet. Sur le plan de l’activation, on peut dire que les
deux partenaires sont dans un consensus très fort, à tel point que
leurs Instances se différencient mal. En outre, les autres cohérences,
peu activées, ne font guère existence devant la prégnance et la
présence considérable de l’un à l’autre dans ce moment là . Une telle
communication, qui peut sembler parfaite, pose aussi le grave problème
de la possibilité de cesser avec plusieurs conséquences :
indisponibilité au reste du monde et à sa propre survie,
séparation meurtrière (le meurtre peut en être l’acte symptomatique),
impossibilité de se différencier et de toute conscience individualisante.
Autant la communication (circonstance existentielle de l’éta-
blissement de consensus) est essentielle en tant qu’expérience cons-
titutive de la vie, autant elle est, dans une certaine perfection,
l’aliénation la plus grande. La conscience de sens permet cependant,
comme on le verra, une communication plus parfaite dont la
« libération » reste toujours possible, grâce au discernement différenciant
qu’elle donne. Une autre question, directement liée à l’activation,
est celle de l’enfermement dans une même cohérence ou, Ã
l’inverse, l’exclusion d’une cohérence. Si les circonstances font
qu’un consensus peut être tel qu’il fasse fusion et confusion, il se
peut aussi que des personnes soient prédisposées à cela.
Nous n’envisagerons ici que le cas où une certaine cohérence est
tellement renforcée en l’Instance (par répétition d’une même expérience
de vie ou « traumatisme »), qu’elle se trouve toujours suractivée
quelles que soient les sollicitations extérieures. On a, en
d’autres termes, une cohérence qui à peine sollicitée, domine toutes
les autres. C’est toujours un peu la même existence qui se présente Ã
la personne, ou alors des homologues. Selon le type de cohérence en
question, des symptômes existentiels caractéristiques se manifesteront
selon des types caractériels ou pathologiques.
Nous sommes là dans un cas de préactivation permanente,
favorisé par l’importance d’une certaine cohérence dans l’Instance
du sujet, conséquence de son histoire personnelle dans l’environ-
nement (consensus qu’il a traversé). C’est comme cela que se trans-
met une culture (la cohérence culturelle), un caractère familial, ou
que se répercute un événement ou une pathologie sur plusieurs
générations.
A l’opposé de la sur-réactivité (sur-activation) la sous réactivité
viendra d’une sorte d’absence de cohérence ou, du moins, du fait
que des sens peu renforcés en l’Instance, sont peu activables et, en
149
L’ETRE EN INSTANCE
tout cas, toujours dominés par des activations voisines. Tout se
passe comme si là , il y avait un manque dans l’Instance et donc pas
de consensus, de communication, ni d’existence possible. Qu une
cohérence ne soit pas suffisamment activable, faute d’expérience spé-
cifique, ou qu’elle soit dominée par la sur-activation d’une autre,
cela revient au même : un manque à Etre qui fait manque à exister.
Venons en à la notion de degré d’activation. Si nous envisageons
les choses d’une façon très élémentaire ; un sens se trouve,
dans l’Instance, plus ou moins renforcé selon l’histoire personnelle
de chacun, sachant que chaque consensus nouveau le renforce un
peu plus.

Un sens peut être ainsi préactivé, être alors sollicité à nouveau
d’autant plus facilement, et se trouver de plus en plus active comme
de plus en plus tendu ou chargé de tension. L’image vient alors nous
suggérer l’idée d’une détente, d’une décharge relative de cette sur-
tension que constitue l’activation.
Cette décharge, c’est l’actualisation, c’est-à -dire l’existence
même, dans son moment.
Ainsi tout se passe comme si c’était par l’existence que s’écha-
faudait l’Instance, que ses cohérences se trouvaient activées en faisant
consensus en s’actualisant, en retour, dans 1’existence elle-même.
Le degré d’activation du sens y devient intensité des vecteurs
intention et attention et donne l’amplitude du vecteur moment,
ampleur de l’extension et importance de l’existence.
150
L’ETRE EN INSTANCE
2) L’actualisation
L’actualisation est le pendant de l’activation, autre volet des
dynamiques actuelles de l’Instance. On a là les deux seuls processus
propres à l’Instance. Activation = charge d’une tension, actualisation
= décharge de celle-ci. Le reste est circonstances, obstacles, limites,
conséquences de ces deux processus élémentaires de l’Instance.
On pourrait y ajouter la conscience de sens mais, comme on le
verra, ce n’est pas un processus de l’Instance elle-même, bien qu’elle
s’y produise.
L’actualisation est donc décharge de l’activation. Elle tend a
annuler l’activation et le sens activé lui-même. Le schéma simplifié
ci-dessous montre le sens activé et l’orientation inverse de l’actualisation.

FIGURE 21
Tout se passe comme si l’actualisation était une tentative d’annulation
du sens (activé). Nous prendrons deux images pour illustrer cela,
en commençant par celle d’un pendule, soumis à une force d’attraction
de la pesanteur.

FIGURE 22
Si on le déplace, c’est comme s’il subissait une activation. L’actua-
lisation est alors figurée par le mouvement de retour à l’équilibre, qui
tend à annuler la tension, en ramenant le pendule au point le plus bas.
Le fil le retient et le ramené simplement à l’état initial. L’actualisation
réussit à annuler la surtension amenée par le déplacement (activation),
mais échoue à annuler la tension initiale (le sens non activé).
L’ETRE EN INSTANCE
Imaginons de même une corde tendue, dont un diapason harmo-
nique provoque la vibration (activation). Celle-ci continuera jusqu’Ã
annulation de la surtension mais cessera lorsque la corde aura atteint
son état de tension initial. C’est toujours une réaction à la tension de la
corde qui ramène le système à l’équilibre, mais qui échoue a 1’annuler
complètement. Toute actualisation est une sorte de « tentative de
résolution ».
L’expression est empruntée à Freud et généralisée au principe
d’une tentative d’annulation du sens, en même temps que de son
activation.
Elle est, en effet, décharge d’activation et semble tentative de faire
disparaître le sens.
Or l’actualisation est aussi ce qui fait l’existence par le moment.
Ainsi tout moment d’existence est « tentative de résolution », soit
désactivation ou annulation des sens du consensus.
Ainsi, chaque activation suscite une « tentative de résolution »
dans un moment d’existence. Tout se passe comme si le moment
d’existence visait à l’annulation de ce qui en est l’origine, c’est-à -dire
l’Instance activée. En définitive, l’existence se produit par un
mouvement d’annulation de l’activation de l’Instance et c’est pour cela que
préférer l’existence à l’Instance c’est substituer le moyen a la fin,
définition même du péché.
Soit un objet suscitant un désir à son propos : voilà une représentation
de l’activation. Ce désir s’actualise, par exemple dans la
consommation de l’objet, sa disparition donc et du coup 1’annulation
du désir de l’objet. Tout se passe alors comme si le comportement
visait à annuler la source du désir : l’objet, le désir lui-même et, enfin,
le sens dont l’objet n’était qu’une présence existentielle par le fait du
consensus d’autrui.
Cela nous entraîne à des considérations nouvelles à propos de
l’existence. L’actualisation est ce qui déploie l’existence, c’est ce qui
fait le moment comme produit vectoriel, extension dans l’amplitude,
de l’intensité du vecteur intention en rapport à l’attention.
Dans le tir à l’arc, le tir de la flèche vise à résoudre en l’épuisant, la
tension de l’arc vers la cible, et l’intention du tireur vers son objet.
Dans le schéma de l’existence le degré d’activation est représenté
par l’importance du vecteur intention qui se retrouve dans celle du
vecteur extension. C’est un peu comme la pression de l’air qui se
répercute dans le volume du ballon qui en est gonflé.
On voit ainsi comment, par l’actualisation, la présence et l’importance
d’un existant dépendent de l’activation des sens en l’Instance,
intensité du consensus. Ceci nous rappelle notamment la question de
la « tangibilité » de la réalité existante, dont l’un des paramètres est le
degré d’implication que nous pouvons traduire par le degré d’activation.
Ce qui nous active fortement est important pour nous et sa réalité
152
L’ETRE EN INSTANCE
nous paraît d’autant plus certaine. La certitude de la réalité des choses
est, elle aussi, fondée dans l’Instance et, plus particulièrement dans le
sens activé. C’est pour cela que la mise en question des réalités peut
être vécue comme mise en question de l’Etre en soi lorsqu’il y a
confusion de l’Etre avec l’existence. C’est la source des postulats et des
critères de vérité que nous nous donnons.
L’animation de l’existant est son actualisation, conséquence automatique
de l’activation. C’est la désactivation qui provoque et anime
l’existence dans ce mouvement d’actualisation.
Cette actualisation peut aussi provoquer une réactivation et ainsi
répétition du processus, un peu comme le pendule, oscillant plusieurs
fois avant de s’arrêter, ou la corde de piano qui vibre longtemps avant
de s’amortir.
De ce fait, non seulement le moment d’existence épuise l’activation,
mais il le fait selon un rythme dont la scansion dépend des
partenaires ou, dans l’existence, des objets d’attention. Cette
oscillation, ou cette vibration, vers un épuisement total est le fait d’une
altemativité entre les Instances en consensus. Pour chacun cela donne
une existence répétitive et rythmée vers l’épuisement final.
Elle se répète doublement, d’une part dans ce rythme qui tend Ã
épuiser l’activation initiale par une actualisation répétitive, et d’autre
part dans la possibilité d’une relance du même scénario à une autre
occasion. Nous en avons généralisé le principe au fonctionnement
normal de l’Instance avec ses conséquences pour l’existence. C’est
ainsi que la base du fait d’existence est le renouvellement de moments
homologues, chacun allant de façon rythmée vers son achèvement.
C’est la diversité des cohérences dans 1’Instance et la multiplicité des
autres Instances qui permettent la grande diversité des existences et
des existants. Il arrive néanmoins que dominés par une même cohé-
rence, des Etres soient enfermés dans une existence sans grande varié-
té. Cela pose le problème du changement ou de l’immobilisme dans
l’existence et celui des interventions qui permettent de la transformer
ou la faire évoluer malgré la répétitivité des actualisations.
C’est l’enjeu même d’un grand nombre d’activités et de pratiques
et, bien sûr, principalement de celles qui, par élucidation des sens -qui
est conscience d’Etre- permettent d’acquérir une liberté de maîtrise.
Celle-ci permet, à son tour, d’échapper quelque peu aux mécanismes
de réactivité, pour assumer une autonomie de l’Instance suffisante,
condition de son accomplissement.
Une autre considération à propos de l’existence mérite que l’on s’y
attarde. Par l’actualisation, l’existence est, d’une part, ce qui tend a
annuler l’activation de l’Instance, et, d’autre part, elle court vers son
achèvement par épuisement de ce qui en est l’origine : l ’activation.
Ainsi on peut dire que le cours de la vie est un mouvement vers la
mort. Voilà qui peut paraître étonnant ou évident au premier abord.
La vie : c’est le moment qui mène à la mort, mort de l’existence et
même « tentative » d’annulation du sens donc de l’Etre, de l’Instance ;
On pourrait dire alors que la vie est un suicide. Or, il se trouve aussi
153
L’ETRE EN INSTANCE
que c’est ce faisant, dans le même cours, que s’instaure l’Instance qui
fait cette existence. L’existence, la vie dans son cours, est un moment
vers la mort qui, nous le savons, réussit bel et bien pour l’existence
tout en échouant (peut-être) pour l’Instance. La mort change alors de sens.
Chaque moment d’existence court vers son achèvement avec
l’épuisement de l’activation dans cette actualisation mais, sans cesse,
l’Instance est réactivée, par les autres essentiellement. La fin de chaque
moment, mort d’une « tranche de vie », arrive alors qu’un autre
moment est relancé et que d’autres suivront encore jusqu’à ce que cela
cesse et qu’il n’y ait plus d’activation du tout et ainsi mort de l’existence.
La mort n’est pas ainsi un accident mais l’achèvement de la vie.
La vie, elle-même, comme extension de toute l’existence, n’a d’autre
fin que cet achèvement d’elle-même, dans l’existence. Mais la vie,
parcours d’une existence humaine n’est pas le tout de l’homme, ni sa
fin, et c’est dans ce cheminement vers la mort, sans cesse répété dans
chaque moment et repoussé jusqu’au dernier soupir, que se bâtit
l’Instance qui ne meurt pas de cette mort de l’existence.
Il ne peut y avoir existence sans Instance, l’inverse est possible. La
fin de la vie existentielle n’est pas la fin de l’Instance. Elle est celle de
ses dynamiques actuelles, au moins provisoirement. Leur réanimation
se traduirait par de nouveaux consensus et une « résurrection de la
chair » en d’autres mondes.
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L’ETRE EN INSTANCE
L’INSTANCE, L’INCONSCIENT,LES PROCESSUS PSYCHIQUES
ET LES COMPORTEMENTS HUMAINS
Les comportements sont une modalité de l’existence,
modalité factuelle plus précisément. Un comportement est
l’un des plans d’actualisation d’un groupe de sens de l’Instance
de la personne, qu’on appelle une cohérence. Telle cohérence
s’actualise selon tel comportement, ou un homologue, en
fonction des partenaires du consensus (ou des circonstances). Le
comportement est donc suscité par une activation qui est
rencontre ou partage d’un consensus, si bien qu’il peut
apparaître comme réaction à ce qui suscite le consensus. Comme il
s’agit du comportement d’une personne, on cherchera
habituellement ce qui provoque en lui ce comportement là et
comment il se produit.
Une version classique est de chercher la réponse dans le
psychisme. Le comportement serait alors produit par des
mécanismes psychiques dont il serait l’expression. D’autres
chercheront une explication dans une cause physiologique ou
sinon, plus précisément, affective ou mentale. En particulier,
certains voudraient que la cause des comportements humains
soit la conscience mentale ou la raison. Nous nous opposons a
toutes ces hypothèses. Elles reviennent, en effet, à rétablir la
causalité immanente entre des plans d’existence. Or, nous
avons vu que seule l’Instance anime l’existence et donc les
comportements.
Il y a cependant une corrélation étroite entre comportements
et processus psychiques (affectifs et sensibles, mentaux
et imaginaires). Cette corrélation vient du fait qu’ils ont,
comme tous les plans d’existence, une origine commune dont ils
sont les actualisations simultanées.
La découverte de Freud est, au fond, que la conscience
mentale n’est (en général) pas la cause des comportements, en
particulier dans les symptômes pathologiques, sinon pour l’en-
semble des comportements. Pris dans un psychocentrisme, il
définit un lieu ou se situeraient les causes des comportements
manifestes (certains ou tous ?) par le négatif de la conscience :
l’inconscient.
L’inconscient devient alors quelque chose dont les con-
tenus seraient du même ordre que ceux de la conscience
(affectifs, représentatifs) et même en plus, factuels (il s’y pro-
duit des choses, des événements, des faits, etc...).
Freud, avec l’insconscient auquel il donne une substance
causale (quelque chose de substantiel qui est la cause de
comportements notamment), propose un substitut à l’Etre ou
Instance. Bien des propriétés qu’il attribue à l’inconscient sont
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L’ETRE EN INSTANCE
L’INSTANCE, L’INCONSCIENT,
LES PROCESSUS PSYCHIQUES ET LES COMPORTEMENTS HUMAINS
celles de l’Instance. L’inconscient n’est rien d’autre qu’une
représentation existentielle (mentale ou imaginaire) de
l’Instance. De ce fait il passe à coté de la transcendance de l’homme
et du sens dont le statut est toujours fuyant dans la psychanalyse.
Réduisant l’Instance à un négatif de la conscience,
Freud reste dans un idéalisme matérialiste dont Lacan
confirmera le nihilisme en filigrane dans son oeuvre.
Le psychisme est bien une porte ouverte à la compréhension
des comportements humains. Les psychologismes ont
confondu la porte avec ce qui est au-delà , le moyen d’accès
avec ce à quoi il s’agit d’accéder. La psychanalyse a confondu
un verso invisible de la porte avec ce qui, au-delà , est
l’essentiel. De ce fait, les uns et les autres, s’ils ont pointé qu’il y a
une source des comportements du côté du psychisme n’ont pas
aperçu que c’est au delà qu’il fallait chercher. Mais pour cela il
fallait envisager un type de conscience de sens qui permette
d’accéder aux sens et a leurs dynamiques actuelles, activation /
actualisation, au lieu d’en rester à des descriptions mentales de
mécanismes psychiques conscients ou à leur négatif baptisé
« inconscient ».
Il est vrai que l’Instance n’est pas normalement consciente
et qu’elle peut être dite inconscient. Seulement ni son contenu,
ni la conscience qui pourrait s’en acquérir ne sont d’ordre
affectif ou représentatif et encore moins corporel.
La cause des comportements humains est, en l’Instance, la
même que celle des consciences et processus affectifs et mentaux,
mais elle n’est pas de même nature qu’eux, elle les transcende.
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III
L’ETRE : DEVENIR DE L’INSTANCE
L’ Instance de l’homme est faite de toutes les cohérences (groupes de
sens) qui la constituent, Ã partir de ses consensus d’origine et de tous
ceux de son existence. Or cette Instance n’est pas, par elle-même,
maîtresse de ses actualisations et de ses activations, chaque fois localisées
sur l’une ou l’autre cohérence dans l’un ou l’autre sens. De ce fait
elle est entraînée par tout ce qui l’active dans son univers d’existence, les
autres principalement. Le sens dominant de son devenir est aléatoire.
A cela viennent se surajouter deux choses : une finalité et une
possibilité de l’atteindre. La finalité c’est l’unification de l’Instance dans
sa personnalité et son universalité d’Etre humain. Jouir de cette unité,
c’est accéder à la maîtrise d’un Etre qui n’est plus soumis aux aléas de
l’existence sans y en avoir maîtrise. Cette unification revient, pour
l’Instance, à retrouver son principe, principe d’Etre et d’unité ultime :
l’Instant.
L’accomplissement de l’Instance consiste à accéder à cette unité
d’Etre pour en jouir. Pour cela elle doit acquérir ce qui lui donnera
l’unité : c’est la conscience de sens. La conscience de sens n’est pas une
fonction, ni un organe de l’Instance, c’est une « lumière » en provenance
de l’Instant ; lumière divine ou lumière de l’Esprit. Elle affecte l’Instance,
esprit de l’homme, là où elle est activée et lorsque l’Instance y est
disposée favorablement. Une des dispositions de l’Instance consiste,
pour elle, à se trouver activée dans un sens donné ou sens dominant. La
disposition qui permet qu’advienne cette lumière est celle d’un sens
d’accomplissement. La question est alors : comment l’Instance peut elle
se disposer ainsi pour bénéficier de cette conscience ? C’est là que
l’existence lui servira pour trouver des repères.
C’est par une discipline intérieure en rapport avec des existants
extérieurs que peut s’acquérir la disposition favorable à la conscience de
sens. Cette discipline consiste à considérer simultanément plusieurs
réalités homologues dans un « regard par transcendance ». C’est alors
que peuvent être conscients d’Etre, les sens qui sont à la fois ceux de ces
réalités homologues et ceux des Instances qui en partagent le consensus
et, principalement, de celles qui s’exercent à cette discipline.
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L’ETRE EN INSTANCE
Or, s’il s’agit là , au bout du compte, d’une discipline d’accomplissement,
elle est aussi élucidation des sens des réalités de ce monde, donc
connaissance et aussi activité pratique dans l’existence. La discipline
d’accomplissement de l’Instance est pratique de vie et de connaissance.
C’est ainsi que cette théorie de l’Instance permet de réunir dans une
même logique (sens) tous les problèmes qui se posent à l’homme dans sa
vie quotidienne, dans son existence, et de quelque nature qu’ils soient,
avec la question de son devenir, du devenir de son Instance. C’est la
définition même de la question éthique. L’homme s’accomplit dans et
par le monde, en son Instance qui se situe au delà de cette existence,
dans un « royaume » qui n’est pas de ce monde, celui des Instances.
C’est pour cela aussi qu’une théorie-métaphysique peut traiter, dans le
même mouvement, aussi bien la question de l’accomplissement de la
personne, que celle des pratiques de toutes sortes qui font l’activité des
hommes dans leur existence.
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L’ETRE EN INSTANCE
La conscience de sens
Tout d’abord, rappelons ce qu’elle n’est pas. La temarité de
l’existence nous a fait découvrir deux types de consciences, que1’on
peut appeler globalement la conscience des réalités et qui sont a
conscience mentale formelle ou faite d’idées de représentations, et la
conscience sensible faite d’intuition, de sensibilité, de vécu. Ces
consciences sont immanentes à l’existence des choses et de l’homme dont
elles sont des aspects non séparés. En tant que telles, on peut parler
aussi de « l’existence » de ces consciences et envisager une conscience
de conscience, etc...
C’est l’un des principes de la méthode phénoménologique qui
n’atteint pas à la conscience de sens, sauf par accident.
Un moment d’existence peut en effet contenir des existants, eux-
mêmes faits d’existants. Les consciences d’existence sont aussi variées
que les sens des consensus dont elles sont le fait. Ainsi, elles révèlent a
leur façon les sens selon le mode relatif ou le mode représentatif, mais
elles n’accèdent pas au sens lui-même.
La conscience de sens « n’existe pas ». Il y a une certaine difficulté
à vouloir parler de ce qui n’existe pas, lorsque ce n’est pas rien .pour
autant.Il ne peut y avoir de conscience de la réalité d’une conscience
de sens, on le verra, de conscience de la conscience de sens. Il n y a
ainsi pas d’autre voie pour la reconnaître que de se connaître conscient
d’Etre-sens. C’est parfaitement incommunicable. Il n’y a pas de con-
sensus de conscience de sens même lorsqu’il y a consensus des mêmes
sens. La conscience de sens est toujours personnelle et, en elle-même,
incommunicable.
Malgré tout, rien n’empêche d’évoquer, dans une communication
existentielle, des sens dont la conscience d’Etre est ainsi sollicitée.
« Que ceux qui ont des oreilles entendent ». Il n ’y a pas d’autre solution.
Rien n’empêche cependant de placer des jalons pour y aider.
La conscience de sens est le fait que l’Instance se sait de tels sens
dans tels moments d’existence. Or, l’Instance n’est autre, alors, que ces
mêmes sens en consensus. Il n’y a pas deux : Une Instance qui sache et
un sens qu’elle connaisse. L’ Instance est sens. Or, puisque l’Instance
peut être sens avec ou sans conscience de sens, il est nécessaire qu’un
autre lieu intervienne : l’Instant. Ainsi l’ Instance se connaît être sens
grâce à l’ Instant.
La conscience de sens est connaissance de la lumière divine,lÃ
même où la « parole d’amour » fait l’homme en son Instance, Etre-
Esprit. La conscience d’existence ou l’existence consciente, est obscurité
en regard de la lumière de la conscience de sens.
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