Le Journal Permanent de
L'Humanisme Méthodologique
par Roger NIFLE


Une méthode de pensée pour l'action
Basée sur la Théorie et l'Ingénierie du Sens et des Cohérences Humaines
Le 08 08 2008 à 02 h 28

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    Au coeur du sujet - Chapitre 3
    La ternarité de l’existence

    Première publication : 1986, mise en ligne : mardi 3 août 2004, Roger Nifle


    C’est ici le texte initial. Il y a eu depuis de très grands développements et notamment la théorie de l’évolution. On trouvera des éléments dans les rubriques relatives à l’homme et aux questions fondamentales.

    TROISIEME CHAPITRE

    LA TERNARITÉ DE L’EXISTENCE

    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    Une théorie de l’existence est, par définition, une métaphysique. En effet, elle se propose de comprendre comment les choses adviennent, comment tout ce qui a une réalité arrive à exister et se trouve constitué. Pour cela, il faut un point de vue qui dépasse tout existant, un point de vue méta-existant, dit métaphysique par simplification. Les sciences modernes ne sont donc pas des théories de l’existence des choses. Elles ne font que les décrire, selon le regard qui est le leur, et enregistrer des corrélations, érigées souvent en « lois de la Nature » et causes des phénomènes enregistrés. Il y a là un abus, l’abus causaliste, qui attribue au monde des existants d’être la cause de lui-même. Notre objet n’est pas d’entreprendre la critique de ces sciences qui restent valides tant qu’elles relativisent leur objet et leur savoir. Elles deviennent égarantes quand elles ont une prétention à l’approche d’un absolu, à la vérité, prétention de l’objectivisme. Une théorie de l’existence est destinée à envisager, d’une part, d’où et comment une chose advient à l’existence et, d’autre part, comment elle est constituée. Cela équivaut, en définitive, à pouvoir comprendre ce qu’est un existant et quels sont les rapports entre les existants. Si on entend par existant toute chose qui fait partie du monde, c’est tout ce à quoi l’homme peut avoir à se confronter dans ce monde qui est en question. Evoquons, pour fixer les idées, quelques uns des existants qui rentrent dans cette catégorie dont nous faisons la théorie :
    - l’existence individuelle de l’homme,
    - le monde,
    - les choses matérielles,
    - les idées et concepts,
    - les événements,
    - les phénomènes et situations,
    - les discours et les histoires,
    - le langage,
    - les plantes, animaux, minéraux, etc... Cette théorie de l’existence pourrait paraître d’un intérêt lointain si elle ne touchait pas aux réalités les plus quotidiennes, aux problèmes les

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE plus courants comme les plus graves de notre existence dans le monde. Tout projet, toute intervention de l’homme dans son existence, dans sa façon de vivre et son travail, transforme le monde existant. Pour cela, l’homme intervient à l’origine même de ce qui fait l’existence. Il n’y a de théorie de l’action que si elle se fonde sur une théorie de l’existence." existence de l’action et existence des objets et circonstances de l’action. L’existence est relative à l’homme et, plus précisément, à son Instance. La conscience ou capacité de décrire ou de sentir les choses et de les apercevoir, « existe » elle aussi. Une théorie de l’ existence doit donc intégrer le phénomène de conscience. On parlera à ce propos de conscience des réalités (fondamentalement différente de la conscience de sens), correspondant à notre conception familière de la conscience. Puisque cette conscience des réalités existe, elle ne peut pas être la source de l’existence des choses, elle ne peut lui être que corrélative et indissociable. C’est ce qui distingue cette théorie de celles dites « idéalistes », se référant à la conscience comme cause de la réalité, et qui la distingue aussi de celles dites « réalistes », qui supposent une réalité préexistante à la conscience de son existence. Tout existant peut être considéré pour lui-même, et il a alors l’homme comme sujet, ou plus précisément, une certaine part de l’homme, fondée dans une cohérence ou quelques sens de son Instance. C’est pour cela que l’homme intègre la totalité des existants, qui chacun témoignent d’une part de lui-même. C’est en cela que l’Homme peut être maître des existants dont aucun n ’est aussi grand que lui. Mais tout existant peut aussi être considéré comme élément ou partie d’un existant plus vaste, jusqu’à cet existant général qu’est le monde pour l’Homme. Dans ce cas il ne s’agit que d’un aspect de l’existence, aspect qui correspond à l’une des trois dimensions ou à l’un des trois plans qui constituent tout existant. La théorie de l’existence qui décrit les plans et dimensions de tout existant, en explique à la fois la composition et l’avènement. Or, si la composition renvoie à l’étendue limitée de toute existence, l’avènement renvoie à la question de l’étendue de temps, limitée pour tout existant, et au fait qu’il y ait une origine et une fin. Cette origine, on l’appelle naissance (ou conception), et cette fin la mort. Une théorie de l’existence doit donc aussi traiter de ces pôles ultimes et de l’historicité propre de tout existant et aussi laisser la place à ce qui est hors du champ limité de chaque existence, le lieu d’où l’existence et ses limites proviennent : l’Instance humaine. Connaître l’existence est quelque chose de très important pour l’homme. Néanmoins, cette connaissance, pour être essentielle, doit renvoyer à la connaissance de l’Instance ; tout un royaume qui n’est pas de ce monde. La connaissance de l’existence des choses, et de l’homme existant, n’épuise pas la question de l’homme, qui réclame aussi une théorie de l’Instance.

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    1

    NATURE DE L’EXISTENCE

    Si l’on parle de nature, à propos de l’existence, il s’agit ici de ce qui caractérise tout existant de trois façons :
    - d’abord, comme relatif à celui qui juge de son existence, en ce qui le concerne. Il n’y a d’existence que pour quelqu’un (et quelques uns) et il n’y a pas d’existence en soi. (Ceci n’implique aucunement que l’existence ne dépende que de celui qui en juge, hormis pour lui-même).
    - ensuite, comme issu d’un principe transcendant, différencié d’un existant à l’autre, et nécessitant la participation de plusieurs Instances humaines dans un consensus ou ensemble des sens qui forment une cohérence.
    - enfin, comme advenant dans un mouvement qui prend et lui donne sa structure d’existant et sa composition : le « moment d’existence », qui en est le déploiement selon une ternarité structurelle constitutive. On pourrait alors, à proprement parler, évoquer une loi de la nature. C’est celle, la seule, qui définit la nature de chaque existant, en général selon les espèces, et en particulier dans chaque cas. Cette loi de la nature, unique, qui fait intervenir l’Instance de l’homme et ses sens, n ’est pas pour autant une loi humaine. Elle est intrinsèque aux propriétés constitutives de l’Instance et ne peut qu’être suivie, utilisée mais non changée. C’est là la limite absolue de la liberté humaine : trans- former l’existence à ses propres fins mais n’en être pas le créateur, ni être l’auteur de la loi de la nature de l’existence. 1) Relativité de l’existence Qu’est-ce qui me prouve que telle chose existe, sinon l’expérience que j’en ai ? Si d’autres me confirment cette existence, cela ne prouve rien de plus, puisque je ne dispose, là encore, que de mon expérience de leur témoignage. Cette expérience, c’est ce que je vis, par les organes des sens ; dit-on communément, mais encore, bien au-delà, par mes sens, qui constituent mon Instance d’homme.

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    Il faudra, pour certains lecteurs, faire l’effort de ne pas con- fondre les sens de l’Instance avec le sensible qui n’en est qu’un effet. Pour moi, l’existence d’une chose se réduit tout d’abord à ce qui, en moi, en est l’écho, la résonance, le contenu vécu de l’expérience : celui des sens « activés ». La conscience sensible ou mentale n’est qu’un effet produit par les sens, activés par l’expérience. Elle n’est donc pas première mais seconde dans l’expérience. La conscience sensible ou mentale n’est pas le premier accès aux choses mais une modalité secondaire qui apparaît en corrélation avec la chose pour l’Instance. Ce que je déclare exister n’est que la conséquence de ce qui, dans mon Instance, est concerné : certains sens activés de façon privilégiée. En fait, au lieu de dire : « telle chose existe », comme si elle existait en elle-même, on ne devrait affirmer son existence que pour soi- même, sujet de l’expérience. L’objet n’est « qu’objet de considération ». Cependant deux faits d’expérience tendent à faire penser que la « réalité » aurait malgré tout une existence propre :
    - le fait que d’autres en témoignent,
    - le fait que cette existence ne semble pas dépendre de moi (si je disparais, il semble qu’elle subsiste). Que d’autres en témoignent me permet de conclure que : « tout se passe comme si » notre expérience était commune et que la chose existait, en elle-même, pour nous. Sa réalité apparaît comme collective, mais toujours relative à ceux qui la considèrent comme existante et en portent témoignage. Le fait que cette existence échappe à ma volonté, que j’en sois le témoin, impliqué dans cette expérience mais passif, laisse penser que je ne suis pas l’auteur de l’existence de toutes choses. Ceci n’est d’ailleurs pas si évident. Puisque toute Existence ne nous apparaît que par effet d’expérience en nous-mêmes, et ne connaissant que cet effet, il est tout à fait anormal d’affirmer que cet effet (mon expérience), c’est la vérité, la réalité absolue de ce qui existe. Inversement il serait anormal de croire que j’ai tout pouvoir sur cette expérience qui est mienne et d’en déduire que cette existence ne dépend que de moi. Dans ces deux versions extrêmes, l’existence de la chose est con- fondue avec l’expérience que j’en ai :
    - soit pour dire « la chose existe en elle-même et ma seule expérience le prouve »,
    - soit pour dire « la chose existe en moi-même et elle n’a pas d’autre existence que cela ».

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    Ces deux versions sont aussi totalisantes l’une que l’autre. Ma vision, mon expérience y sont dites la vérité et la réalité, situées soit au lieu de la chose en elle-même, soit au lieu de moi-même. Que d’autres s’accordent à cela ne fera alors que me renforcer dans ces croyances. Si, par contre, d’autres ne s’accordent pas là-dessus, deux cas de figure se présentent alors :
    - j’en déduis qu’ils ont tort de ne pas se rallier à mon évidence, par insuffisance, méchanceté, incapacité, ou toute autre réduction de leur intégrité,
    - J’en déduis que c’est moi qui fais erreur (réduction de ma propre intégrité). Tout en relativisant l’existence des choses, l’hypothèse théorique du consensus laisse la possibilité de « faire comme si » la réalité existait en elle-même. En effet, dans les limites d’un consensus, « tout se passe comme si » la réalité considérée était la même pour tous presque indépendamment de chacun qui la considère. On peut donc encore s’accrocher à l’existence et même y trouver un nouvel intérêt, dans la mesure où sa relativité nous permet d’en connaître « humainement » la nature, de s’y placer comme sujet et d’y conduire des projets humainement signifiants. La compréhension métaphysique de l’existence, proposée ici, pour toute chose existante, ouvre donc à des pratiques « humanisantes » par l’accès aux questions de sens : connaissance et action dans l’existence, accomplissement de l’Homme par l’existence. En effet, l’existence n’est plus simplement un cadre ou un ordre des choses, agité par ses propres lois qui échappent à l’homme, mais l’espace où se joue le devenir de l’Etre en existant : l’Instance en devenir, dans et par l’existence. Mais si l’existence, fait de consensus d’Instances, est relative, n’y aurait-il pas cependant, en certains existants, un Etre réel, absolument indépendant des consensus humains ? A chaque existence peut être associé un consensus. En tant qu’en- semble de sens, il pourrait être pris pour une sorte d’instance. Le problème est alors ramené au fait de savoir si cette sorte d’instance (le consensus) est « l’être en soi » de l’existant et s’il a une autonomie quelconque. Il est possible de faire deux remarques :
    - la première en rappelant que l’Instance de l’homme n’est l’Etre qu’en devenir et que, de ce fait, même à son propos, la même interrogation reste possible. Ce qui fera la différence se situe alors dans la question de ce devenir. Quels sont les existants qui peuvent Etre en devenir (par l’Instant) ? Notre réponse est que seul l’homme en a la possibilité, bien que, comme nous le verrons, chacun naît peut être aussi d’un consensus, comme tous les existants.
    - la seconde remarque est que l’éventuelle « instance-consensus » d’autres existants que l’homme (animaux, plantes et d’autres encore), peut être un consensus d’hommes si nombreux (de tous temps et tous lieux) que, pour notre actualité, cela semble indépendant de nos propres

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    consensus. Ainsi, « tout se passe comme si » certains existants qui nous entourent avaient leur propre instance, mais sans que cela remette en cause le fait que « l’être en soi » des existants ne soit rien d’autre qu’une cohérence, ensemble de sens en consensus. 2) L’existence fait de consensus Tel que nous l’avons défini, un consensus est une intersection entre des Instances. L’espace commun est espace de sens, appartenant aux Instances, d’où son nom de « consensus ». Il faut souligner que le consensus n’implique aucune espèce de conscience ou de savoir à son propos. Ce n’est pas une convention consciente. Même si la conscience de sens peut y donner accès, en général, il faut penser que les consensus restent profondément inconscients, même s’il y a conscience de la réalité de leur effet : l’existant. Qu’il y ait des sens communs entre les hommes ne surprendra personne. La nouveauté, conséquence de l’hypothèse de l’ETRE-sens qu’est l’Instance, réside dans le fait que « sens commun » soit pris comme intersection d’Instances. Une seconde originalité est de con- sidérer le consensus comme premier par rapport aux réalités existantes dont il est sens et non l’inverse. Cela revient à dire que ce ne sont pas les choses qui font sens, mais que les sens font choses. Les sens (des Instances) précèdent l’existence. La variété des consensus possibles est source de la multiplicité des existants. Déjà, si les Instances, comme on le verra, ont toutes les mêmes sens, tels ou tels de ces sens peuvent être concernés différemment chez l’un ou chez l’autre. De cette manière, un même consensus, faisant une réalité commune pour ceux qui y sont impliqués, la fera en même temps différente pour chacun d’eux. En effet, nos considérations du monde et des choses ou des réalités existantes, nous semblent bien souvent identiques, bien que nous constations, dans la vie de tous les jours, nos divergences à leur propos. Au lieu, dans ce cas, de postuler une vérité arbitraire, il vaudrait mieux respecter la simultanéité de l’identité et de la différence de vue, à propos de tous les existants, quitte à élucider, ajuster ou séparer, nos points de vues. Chaque Instance est faite d’une infinité de sens et de groupes de sens (cohérences) ; cela offre la possibilité d’autant de types de consensus, chacun, comme on l’a vu, différemment investi par telle ou telle personne. La complexité du monde résulte en partie de la multiplicité des consensus possibles. Elle est encore accrue par d’autres paramètres, dont la variation d’intensité des consensus, qui font que l’existant se fait plus ou moins important, parce qu’il concerne plus ou moins fort les Instances des hommes. Si on envisage aussi la question du côté d’une Instance, celle d’une personne donnée, on peut noter encore qu’il est tout à fait possible qu’elle soit impliquée plus favorablement dans certains consensus plutôt que dans d’autres. Cela contribue à la différence d’existence entre chaque homme, provenant notamment d’une différence des Instances.

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    Par ailleurs, aux consensus participent un plus ou moins grand nombre d’Instances. C’est par ce fait qu’il y a des réalités qui existent pour certains et pas pour d’autres, alors qu’il y a des existants qui semblent universels. On notera que les consensus sont transcendants à l’existence, donc au temps et à l’espace, si bien qu’il n’y a pas d’obstacle à ce qu’il y ait des consensus universels pour l’humanité de tous temps et de tous lieux. Il est vrai que bien souvent, nous avons tendance à considérer les fruits de nos consensus familiers comme universels, avec les conséquences néfastes pour soi et pour les autres, dans des combats vains pour une fausse vérité, un faux absolu. Mais comment le consensus fait-il réalité ou existence pour les instances ? L’existence n’est rien d’autre, pour les Instances, que ce qu’elles vivent de leur consensus, rien d’autre que leur consensus suscitant une expérience existentielle qu’est la réalité de chaque existant. Cependant il faut bien différencier dans cette expérience existentielle ce qui en est la substance : le consensus, et ce qui en est le fruit : l’existant actualisé. L’un est principe transcendant, l’autre l’effet conséquent. En outre, dans l’existant lui-même, on pourra distinguer sa présence d’expérience sur un plan factuel ou sur un plan de représentation mentale ou encore de relation sensible. Ce seront là des composantes de tout existant. Par le fait que les consensus soient communs entre plusieurs Instances, tout se passe comme si l’existence était, pour chacune, son propre reflet dans le miroir des autres où elle se projette (par consensus). Le monde, les réalités, nos propres existences sont ainsi pour nous-mêmes des expressions et des reflets qui témoignent de nous-mêmes et des autres et plus précisément des Instances que nous sommes. C’est pour cela que les réalités d’existence ne peuvent être autrement qu’anthropomorphes, non pas par reflet mais par ressemblance, par sens communs entre existants humains et les autres existants, et par sens communs des Instances et des consensus à l’origine de toutes choses. On parlera le moment venu d’homologies. Ce terme renvoie ce genre de ressemblance à une question de sens plutôt qu’à une question de similitude formelle. Cette théorie, du consensus à l’origine de tout existant, montre aussi que la connaissance des choses existantes, et spécialement de leurs sens, est simultanément connaissance de soi en son Instance. Il s’agit là d’une « connaissance essentielle » procédant de la « conscience de sens », sans rapport avec la conscience de réalités qui procure, elle, sciences objectives et savoirs.

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    3) Le moment d’existence Au travers de ce qui précède, il apparaît que le seul lieu, d’où l’existence puisse être considérée d’un point de vue métaphysique, est le lieu de l’Homme, de l’Instance. Tout existant est le « tait » d’un consensus et, pour chacun, il est le « fait » de sa propre contribution au consensus. Existant pour lui comme objet de sa propre considération, il peut alors en être le sujet, mais pas le seul pour autant. Tout existant, pour moi, advient dans mon existence en tant que je suis sujet de la considération que j’en ai. Ma « considération » est donc un vecteur constitutif de l’existant. Reste alors à préciser ce qu’est, en moi et de moi, cette considération. Cela nous amène à désigner l’Instance du sujet d’une existence comme lieu métaphysique d’origine. Ce lieu n’est pas le seul. Pour qu’un consensus fasse « exis- tence », il faut être au moins deux Instances, et plus en général. Il n’y a existence que dans ces relations. Si le sujet (chacune est le lieu d’origine des existants (pour lui) en tant que sujet de considération, les autres en sont aussi origines en tant que parties prenantes et, notamment, « objets » de cette considération. Non pas qu’ils soient considérés comme des choses, mais comme d’autres lieux qu’atteint cette « considération », par le consensus. Le second vecteur constitutif de l’existant, est celui de l’altérité, fondée dans la différence de mon Instance propre d’avec celles des autres. D’une certaine façon, on peut dire que le premier vecteur prend sa mesure grâce au second. Rapporté au consensus, le premier vecteur c’est le sens activé (ou une cohérence, qui est un ensemble de sens), que l’on a évoqué par le terme de « considération ». C’est là le sens du sujet, investi dans la participation de son Instance au consensus. Il faut préciser que le terme de sujet correspond à la présence existentielle de l’Instance, sa présence intentionnelle. « Objet », peut alors indiquer une présence attentionnelle ; le troisième vecteur, cor- respondant à la présence actuelle (moment). Le second vecteur est ce qui porte à faire consensus avec telles et telles autres Instances : le ciblage du consensus. Le sens et le ciblage sont donc les deux vecteurs initiaux. De même pour le vecteur sens, le second peut être multiplié par le nombre de partenaires du consensus, mais on le prendra résumé en un seul, pour simplifier la réflexion. Pour l’Instance, il n’y a en fait en elle-même qu’un vecteur : celui du sens. Il se dédouble dès que l’autre, non soi, s’en fait perspective et en fait l’objet. Le sens de l’Instance, d’infinitif devient conjugué, selon deux modalités que l’on a déjà désignées par « intention » et « atten- tion ». Bien d’autres termes pourraient être utilisés mais, convention- nellement, on désignera ainsi ces deux modes de conjugaison du sens, vecteurs fondateurs de l’existence... C’est ici que se place l’hypothèse théorique du Moment. Troisième vecteur du déploiement de l’existence, le « Moment » est le produit vectoriel des deux vecteurs précédents. Le Moment 85

    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    s’instaure dans le produit des deux vecteurs et déploie l’étendue de l’existant, fait du consensus. On peut ainsi dire que le consensus fait l’existence par Moment ou que le Moment est « l’événement » d’exister. Le Moment est aussi « durée de vie » de l’existant ou plutôt « déroulement de vie en durée ». Instauré par les deux autres, dont il résulte immédiatement, il est encore l’acte d’exister de l’existant. Il s’annule lorsque l’un des deux autres vecteurs s’annule, c’est-à-dire lorsque le consensus cesse. L’action d’exister peut être appelée « actualisation » c’est-à-dire présence dans l’actualité. Durée de vie, action d’exister, présence actuelle, l’actualisation correspond au Moment d’existence. Il n’élimine pas les deux autres vecteurs initiaux mais constitue avec eux les trois types de dimensions de tout existant, il en est la dimension d’extension. Schéma des trois vecteurs, dimensions de l’existence

    Sur le schéma, ces trois vecteurs forment deux à deux trois plans que nous représentons perpendiculaires les uns par rapport aux autres. Ce sont les trois plans d’existence, aspects de chaque existant. Le troisième vecteur est l’un des trois modes de conjugaison du sens en consensus. Nous dégageons là l’origine des schémas utilisés dans les « Questions de sens » pour le tir à l’arc et dans la « Trinité de l’Homme », pour une première approche de l’existence. Cette scène du tir à l’arc, présentait notamment l’avantage de la simplicité exemplaire, métaphorique, de bien nombreuses situations d’existence. A partir d’un sens de l’Instance en consensus ;, la théorie du Moment nous donne trois modes de conjugaison qui constituent les trois dimensions de base de tout existant. Elle permet de mieux com- prendre pourquoi l’unité de sens peut faire ternarité dans l’existence et comment, en définitive, le consensus fait réalité d’existence pour les Instances concernées.

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    EXISTE-T-IL UN MONDE OU PLUSIEURS MONDES ?

    La réponse est à la fois personnelle, culturelle et universelle

    1) Approche personnaliste Pour chacun, la réalité du monde actuel, de cette « tranche de vie », de cette situation d’existence, c’est ce qu’un consensus nous fait vivre. Mais de quoi est constituée pour nous cette existence ? Si l’on est polarisé par une chose, il n’existe pour nous que cette chose, sans que rien autour, ni même notre propre existence, soient présents. C’est cette polarisation, oubli de soi et du monde, qui nous fait croire a l’absolue réalité de cette chose, comme si elle existait en elle-même, isolément de tout. Cette « sidération » correspond d’ailleurs a une appréhension principalement factuelle, avec une intelligence réduite, sans grande conscience mentale ni sensible. Ce cas de polarisation extrême est, pour la personne, ce qu’il y a de plus réducteur de soi, des autres et de l’existence. Un cas plus commun est celui où l’existence se présente comme présence simultanée d’un ou plusieurs individus (soi et d’autres) avec celle de toute une collection de choses, le tout en mouvement dans un espace et dans un temps. Chaque moment d’existence se présente à chacun comme tout un monde. Ce monde est plus ou moins riche et varié selon les moments, mais, à chaque moment, il se présente comme le seul monde existant. Lorsque par exemple nous sommes tristes ne nous semble-t-il pas que le monde est et a toujours été triste ? Ce qu’on appelle l’oubli n’est pas un acte d’escamotage, c’est l’absence de la présence à soi, d’un existant autre que le moment présent, avec ses souvenirs et ses projets. Chaque moment présent est donc, pour nous, tout un monde qui nous semble le vrai monde et dans lequel nous distinguons notre existence et celle de tout un ensemble d’objets concrets ou abstraits. De cette analyse, on peut déduire que, si l’on en reste à une conscience d’existence, sans accéder à une conscience de sens (conscience de ses consensus par l’Instance, au-delà de l’existence que ce consensus fait expérimenter), l’unité et l’individualité de notre existence nous semblent alors indépen- dantes de nous-mêmes et dépendre d’une « réalité » commune à toutes les Instances. Il y a perte du sujet dans l’objet commun.

    87

    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    EXISTE-T-IL UN MONDE OU PLUSIEURS MONDES !

    Par ailleurs, on aperçoit comment se construit une cons- cience individuelle (qui n’est pas conscience personnelle d’être sens de l’Instance). Si dans une famille l’Instance B figure celle de l’enfant, on voit toute l’importance de la relation entre les parents (consensus 2) qui est la première référence de distinction et d’unification existentielle. Ainsi dans tout moment d’existence non duelle, et donc non confusionnelle, l’existence de ce monde-là est tout à fait personnelle, puisqu’il est l’expérience propre du consensus (sans conscience de sens habituellement). En même temps, il contient des existants qui nous apparaissent tout à fait inac- cessibles et indépendants de nous. C’est là la marque de la présence d’autrui. Les autres Instances sont radicalement autres et transcendantes à l’existence commune. Elles y font apparaître des différences, qui semblent séparations entre les existants. En définitive, chaque moment d’existence est présence d’un monde tout à fait personnel, où les distinctions sont la trace de la participation des autres Instances, sans que celles-ci soient directement accessibles en elles-mêmes, mais simple- ment par leur existence individualisée, objet de ce monde personnel.

    FIGURE 8

    Sur ce schéma, on aperçoit que l’Instance B commence à se distinguer dans le consensus 2, commun aux trois Instances, et différent des consensus avec A et avec C. C’est donc à partir de trois personnes que commencent à se distinguer l’individualité, la dualité et la ternarité, et, par la suite, toutes les multiplicités, en extension rapide dès que l’on multiplie les Instances.

    88

    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    EXISTE-T-IL UN MONDE OU PLUSIEURS MONDES ? Cette analyse laisse entrevoir la nécessité de systèmes, au minimum ternaires, pour accéder à l’un et au multiple. La Trinité des personnes divines, la ternarité de l’existence, le triangle oedipien sont caractéristiques d’approches non dualistes qui, elles, débouchent toujours sur la confusion dans le même, c’est-à-dire sur un monisme. Le schéma montre en outre que les consensus de l’Instance B ne dépendent pas que d’elle. De ce fait, les existants distincts semblent tout aussi distincts d’elle-même, sinon indé- pendants. Le schéma montre notamment que le consensus d) est le plus indépendant de l’Instance B, consensus entre A et C (et B aussi). Il y a donc au cours de l’existence, pour l’Instance B, quelque chose qui peut lui apparaître comme totalement indépendant d’elle. Or c’est autour de cela justement que se fera l’unité, la référence centrale de ce moment d’existence qui s’intègre dans la constitution des dimensions et des plans de toute existence. Ce monde particulier réclame une condition pour que s’y distingue, pour la personne, des réalités différentes, dont son propre moi. Cette condition, c’est qu’il y ait plus de trois Instances. Examinons sur un schéma très simpliste ce que peuvent être les intersections-consensus entre 2 et entre 3 Instances.

    FIGURE 9

    Dans le cas de deux Instances, il n’y a qu’un consensus commun. Rien de ce consensus n’est différent pour l’un et

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    EXISTE-T-IL UN MONDE OU PLUSIEURS MONDES ?

    pour l’autre et rien d’autre dans l’Instance de chacun n’est en consensus. Il ne peut alors y avoir aucune distinction dans l’existence et il n’y a même pas distinction de leur propre individualité, par les deux personnes. C’est un cas de figure qui ne se rencontre qu’aux tous premiers moments de la vie entre la mère et l’enfant et dans des moments de confusion, tels que ceux de sidération, ceux de grande passion, ceux de grande solitude ou de dépersonnalisation dans la foule. Il n’y a jamais qu’un consensus a la fois et c’est une part de l’existence qui est en confusion. Lorsqu’il y a trois Instances, chacune vit simultanément trois consensus.

    2) Approche culturelle Au-delà de moments particuliers d’existence, il nous arrive de considérer le monde, l’existence entière, l’univers. Leur existence n’est rien d’autre, encore, que l’expérience personnelle d’un consensus collectif, mais qui correspond à de telles considérations globales. C’est en fait le cas, chaque fois que l’on prend conscience d’un ensemble, d’un tout, d’une globalité. On les trouve justement dans une sorte d’abstraction de ce qui est le plus personnel et le plus particulier, pour envisager ce qui est le plus commun. Cependant ce qui nous est le plus commun, c’est notre existence commune, notre coexistence avec nos proches voisins, communautés et sociétés. C’est en définitive ce que l’on considère comme culturel. L’existence culturelle est justement ce monde que nous croyons universel, alors qu’il n’est que le monde d’un consensus culturel, tout en étant pour chacun une expérience strictement personnelle. Sans conscience de sa propre personne en son Instance, la réalité culturelle, fait d’un consensus plus collectif, semble encore plus indépendante de soi et encore plus tangible et basique. C’est ce qui fait que les cultures, sans conscience personnelle, sont source d’aliénation, alors qu’elles deviennent source d’accomplissement, lorsqu’elles servent de support à la conscience de sens personnelle. Le monde culturel n’est pas ainsi la somme des mondes des moments particuliers, mais au contraire une réduction au commun de ces mondes particuliers. C’est ce sur quoi se

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    EXISTE-T-IL UN MONDE OU PLUSIEURS MONDES ?

    fondent les sociétés naturelles ; c’est-à-dire sans maîtrise personnelle, où les règles, savoirs, comportements communs, semblent totalement déterminants de l’existence personnelle. Dans cette perspective de considération d’un monde global qui n’est que culturel, ce monde, qui est toujours expérience propre d’un consensus collectif, semble cependant parfaitement commun et indépendant des personnes (de soi, donc des autres) et devient la mesure de toute chose. Il sert de mesure interne d’inclusion et d’exclusion de la communauté prise comme le tout. Il sert de mesure externe pour dénoncer et réduire les autres cultures. L’étranger est celui qui porte atteinte à la réalité culturelle, elle-même mesure de toute réalité. On a ici la racine des racismes et des xénophobies, celle aussi de systèmes totalitaires « naturels » qui ont en commun de réduire la différence personnelle des Instances et donc une dépersonnalisation soumettant l’homme au monde et l’étranger à l’homme déjà réduit à ce monde. La culture occidentale n’est pas exempte de cette considération, forte qu’elle est, de toutes ses sciences objectivistes, fondées sur un principe d’universalité de repères et valeurs propres et de sa vision du monde. Souvent éprise de dualisme, elle se réduit en monisme totalitaire. Notons comment le dualisme des bons et des méchants, de l’antagonisme des blocs maintient la pression culturelle de l’occident sur l’ensemble de la planète, avec, bien sûr, confusion duelle en se croyant norme universelle.

    3) L’Approche universelle On peut se demander si malgré tout il n’y aurait pas un monde, au-delà des particularités personnelles et des disparités culturelles, qui serait le véritable monde universel. Il ne peut être, lui aussi, que l’expérience personnelle d’un consensus collectif. Pour que ce monde existe, encore faut-il qu’il y ait un consensus universel entre tous les hommes de tous temps et de tous lieux. Sans entrer ici dans le problème de l’espace et du temps, qui ne sont que des dimensions d’existence et ne font pas

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    EXISTE-T-IL UN MONDE OU PLUSIEURS MONDES ? obstacle aux Instances, notons que les voyages, les échanges et, d’autre part, la transmission des générations, tendent bien a nous laisser entrevoir une telle possibilité. Cependant ce monde universel peut se chercher notamment dans deux voies opposées. La première voie est celle de l’extension aux dimensions de toute l’humanité du principe de réduction culturelle précédent, soit par la domination d’une culture, soit, plus probablement, par réduction des cultures à leur plus petit commun dénominateur. Le monde universel devient un monde pauvre, stérile, déshumanisé. C’est un monde d’individualisme de masse où le consensus collectif tend à se réduire au minimum, suscitant et aggravant une contradiction entre l’existence personnelle et la réa- lité universelle. L’autre voie est celle qui consiste à élargir le consensus de tous les hommes. Il s’agit, à la fois, de l’élargir à tous les hommes et de l’élargir en tous les hommes. C est faire progresser l’universel en l’Instance de chacun, universel qui est la pleine humanité d’Etre en tous les hommes. Il s’agit donc à la fois d’une édification du monde universel, accomplissement de son existence, et à la fois d’une voie d’unification de l’humanité, en chacun et par tous, d’accomplissement de chacun par tous. Ce n’est pas la seule voie d’accomplissement des Instances mais c’est la voie commune, celle de la communion des saints, jalonnée par l’amour mutuel, qui est sens visant à faire consensus, et donc à élargir le partage de coexistence entre les hommes. Ce partage de coexistence n’est rien d’autre que l’expérience personnelle et collective du consensus des Instances, et son extension est construction du corps existant d’un monde pleinement humanisé ou existence d’une humanité plénière que le Christ incarne originellement, historiquement, actuellement et finalement. C’est ainsi que la loi d’amour que prônent maintes religions et philosophies n’est autre que la voie de l’accomplis- sement commun des personnes, manifesté dans un travail d’édification du monde. Il ne serait pas à construire s’il était déjà achevé, indépendamment de l’homme. Le monde uni- versel est donc actuellement le repère d’une fin pour une voie d’accomplissement et non pas le constat d’un « Ã©tat des lieux » où l’homme n’aurait alors que désordre et destructions à apporter pour survivre.

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    II DIMENSIONS ET PLANS DE LA TERNARITE EXISTENTIELLE

    L’expérimentation d’un consensus qui fait existence, inscrit celle-ci dans trois dimensions, simultanément déployées dans un moment. Tout d’abord le sens transposé en vecteur Intention, dimension du sujet, vecteur synthétisant une collection de vecteurs, autant qu’il y a de sens en consensus. Ensuite la superposition avec d’autres Instances diffé- renciées dont l’occurence, qui est rapprochement (ou distance), se trans- pose en vecteur Attention, dimension de l’objet, vecteur synthétisant une collection de vecteurs, autant qu’il y a d’autres Instances en consensus et de consensus plus limités dans le consensus général. C’est ainsi que les existants, pris pour objets, sont toujours représentants de consensus entre des Instances. Ce vecteur attention est bien celui de l’attention aux objets qui se ramène, au-delà, aux Instances en consensus. Enfin, le consensus s’épuisant, perdant son activation, le troisième vecteur, venant comme produit vectoriel des deux premiers, actualise l’extension de l’existant et il en est la troisième dimension. Dans cette étendue tridimensionnelle de tout existant, on peut s’arrêter sur les plans constitués par ces vecteurs deux à deux, ils nous permettront de découvrir, ou redécouvrir, des aspects très différents d’une même réalité existante. Le schéma ternaire, ainsi développé, peut nous servir de schéma d’analyse existentielle pour toute chose et toute situation. Il faudra alors remarquer les corrélations que l’on peut établir entre des aspects indis- sociables d’un même existant et caractéristiques de leur immanence. Le schéma ternaire de l’existence permet le constat de ces corrélations et montre qu’il ne s’agit pas de relations de causalité interne à l’existence, mais de corrélations par leur source commune, le consensus des Ins- tances. Il n’y a pas dans l’existence de principe animateur, moteur, créateur ou de principe vital, il n’y en a que des traductions actualisées, qui témoignent de principes transcendants : les sens et les cohérences en consensus dans les Instances. Par contre, dans la structure ternaire de l’existence, on pourra remarquer que certains plans ou certaines dimensions sont plus

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE caractéristiques que d’autres de la source humaine de l’existence dans les Instances que sont les personnes humaines. (On parlera de personne humaine pour désigner l’Instance de l’homme et, d’individu pour désigner son existence). Ce sont en particulier : la dimension intentionnelle représentative du sujet et les plans voisins, ceux de la conscience mentale et sensible immanentes à l’existence factuelle. Pour donner à cette ternarité toute sa substance, permettre la généralisation de son usage et en faire un outil fécond, il nous faut envisager progressivement ses caractéristiques. Ces trois vecteurs, dès que les deux premiers sont possibles, développent immédiatement un espace d’existence ou un existant. Ainsi tout existant peut être décrit selon ces trois vecteurs (trois types de dimensions) et selon les trois plans qu’ils déterminent deux à deux. Ce schéma s’applique à tous les existants, depuis le simple objet matériel jusqu’au langage, en passant par l’événement historique, le concept, une quelconque entité, et l’homme lui-même en tant qu’existant. Toute question, tout problème, toute situation, toute chose, une fois qu’ils sont désignés peuvent être analysés selon ce même schéma. C’est la première condition d’application du schéma et de l’analyse existentielle que de pointer l’existant à analyser. Dans les pratiques qui en découlent on appellera cette opération une centration.

    1) Les trois plans d’existence Entre l’intention et l’attention se situe le rapport du premier au second. L’intention vise l’objet d’attention. Ce rapport du sujet à l’objet est affectation de l’un à l’autre, de l’un par l’autre. Le sujet est affecté par son objet et il investit celui-ci, il l’affecte du statut de pôle d’attention. Comme on l’a déjà vu, ces deux vecteurs naissent ensemble du consensus, et ils sont en rapport de « connaissance ». A partir des termes affectation et « co-naissance », on peut déjà pressentir que ce premier plan correspond à une définition relationnelle ou relativiste de l’existence. Ce qui relie : l’affectif, la sensibilité, le religieux, les significations et communications, sont comme une face existentielle du consensus des Instances. Ce premier plan est pour toute existence celui qui manifeste le plus étroitement (mais en transcendance) le consensus ou sens commun des Instances. Il est

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    l’aspect « conjugal » ou le plan de conjugaison qui rejoint et conjoint les deux vecteurs, de l’intention d’un sujet à l’attention pour ses objets. Cette conjonction, ce jeu commun, cette affectation réciproque sont ce qui fonde tout existant sur ce premier plan : le plan du relatif, celui des liens, qu’affection, connaissance ou communication expriment. Il est le plan de la relativité sujet-objet, intention-attention.

    FIGURE 10

    Le second plan, de l’intention à l’extension est celui du développement de l’intention. Le Moment, en effet, actualise et rend présent l’existant en le déployant. Selon ce second plan, où l’intention est déployée, on en aura la figuration ou la projection. Projets, projections ne sont-ils pas, en effet, extensions d’intentions, représentations dans l’étendue ? Ce second plan est donc celui de l’image et de la représentation, celui de la figuration. L’imaginaire pur est ainsi extension figurative d’un désir-intention en l’absence de l’objet d’attention, comme dans le rêve. Il est, pour toute existence, sa présentation selon la distance, l’espace : image ou figure, mais aussi scénario dans le temps, c’est-à-dire déroulement de l’image, comme le ferait un film. Le plan représentatif est celui, selon lequel, se mire et s’admire l’existant, son visage ou sa figuration, ce que le « regard intérieur » du mental ou de l’imaginaire projette comme image et représentation, par le canal du « regard extérieur » visuel notamment. C’est le plan où, pour tout existant, les deux se rejoignent, regards intérieurs et extérieurs. Toute représentation est ainsi interface. Tout existant révèle, par son image, l’intention qui le porte dans son projet ou son trajet. Cette image, c’est aussi celle que la réflexion nous procure par l’idée. L’idée d un existant en est l’image ou la présentation (ou regard). Elle n’est que l’un des plans de l’existence qui ne peut être isolé des autres.

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE FIGURE 11

    Le troisième plan est celui formé par les vecteurs d’attention et d’extension. Pour l’événement d’existence, c’est l’extension que l’intention fait de l’attention. Autrement dit, c’est là ce qui se produit, ce qui arrive. Ce troisième plan est celui des faits, par exemple le déplacement « effectif » des objets. L’actualisation du Moment est présentation, non plus en figure, mais en fait. Ce sera, par exemple, la présence physique, concrète ou matérielle, des corps d’existants. L’actualisation est ici activité. Ce qui se passe, ce qui se produit, c’est le phénomène, aspect de tout existant selon ce troisième plan. Il arrive très souvent qu’il soit pris pour l’existence même. Les faits sont, dans ce plan, le déplacement des choses, ou plutôt les choses, les corps, les objets en mouvement. Le repos est à considérer comme un cas particulier du mouvement, de même que l’immobilité. Ce seront donc comportements, activités, mobilités, effets. Ce plan est celui de l’effectivité de l’existence, ou encore, de l’existence factuelle, selon laquelle les choses se produisent en faits, engagées dans diverses interactions.

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    2) Les articulations de la structure ternaire l’existence

    Notre propos sera maintenant, d’étudier plus profondément les dimensions et les plans d’existence, en observant tout particulière- ment leurs rapports entre eux. Chaque dimension se trouve à l’intersection de deux plans et face au troisième. L’observation de ces correspondances sera utile pour l’analyse des existants. a) Le Vecteur « intention » et son voisinage Pour chaque existant, le vecteur intention indique la place du sujet, son nom par exemple. Si telle chose est placée comme sujet d’un verbe, c’est qu’elle peut être désignée, et nommée comme existante : cet événement-là, cette entité-là, cette chose-là. Tout se passe comme si il y avait là un sujet ou même un être. Mais nous savons qu’il n’y a là, en fait, qu’Instances et plus précisément consensus. C’est ce qui fait, par exemple, que l’on pourrait « personnifier » toute chose, la considérer comme une personne, animée d’une volonté, d’une intention, d’un désir ; le sujet d’un verbe donc. (Personnifier, c’est considérer une chose à l’image de l’homme, comme Instance personnelle, existant individuellement. C’est le cas pour certaines conceptions animistes).

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    Ce vecteur témoigne ainsi, pour chaque existant, de ce que l’on pourrait considérer comme sa personnalité, son âme ou son principe animateur, son essence, le lieu d’une volonté, une direction, une orientation, une tension, un désir. En fait, nous savons que, s’il s’agit du nom et de l’indication du « sujet » existant, son être éventuel lui est transcendant (Instance ou consensus). Cependant, c’est cette dimension qui, dans tout existant, indique le lieu du sujet, c est par elle que l’être peut s’aborder comme sens, consensus et Instance (de celui qui le considère). S’il y a une conscience d’être ou conscience de sens, c’est selon ce vecteur que dans l’existence humaine et pour tout existant, elle peut s’établir. En conséquence, tout existant est voie de connaissance. Ainsi connaissance de soi (conscience d’être) et analyse de sens et de cohérence des existants (entités, situations, concepts choses, etc...) se feront selon ce vecteur, dans des pratiques dont 1’existence se centrera sur cette dimension. Les plans voisins Ils sont envisagés ici principalement pour cette proximité. En effet, ce qui parle le plus de cette dimension de sujet, ce sont les plans voisins. Ainsi la personne humaine pourra être envisagée selon le plan relatif : affectivité, par exemple ; ou selon le plan représentatif : le mental. L’ensemble constitue le psychisme personnel. Le psychisme est bien un mode existentiel de la personne et plus précisément de son Instance en consensus. Le plan relatif est celui qui correspond au ressenti des choses II est, pour un existant, le sensible, le vécu par lequel on l’appréhende- ce en quoi il nous affecte. Ainsi, c’est le plan de la« conscience sensible » d’un existant (existant pour soi...). Ce en quoi elles nous « touchent » est une façon de considérer ce que sont les choses, pour nous : l’impression que cela nous fait, l’impression « vécue » qu’elles donnent ou qu’elles font. Ce qui semble nous relier aux choses ce plan de leur existence, est bien un mode d’approche du « sujet » sujet de l’existant et sujet personnel. La confusion est possible, par 1’identification de l’un avec l’autre. Dans l’ordre de l’existence le « sujet » de l’existant, selon ce plan, est indécidable entre l’observateur et la chose observée, seule la conscience de sens permettra d’en sortir. Proche du « sujet » ou du vecteur intention, ce plan ne le détermine pas ; On peut en conclure que toute réduction de l’existence au « relatif », à l’affectif par exemple, ne suffit pas à l’appréhension de l’Etre ; mais elle en jalonne l’accès. Le plan représentatif nous amènera à la même conclusion. On a la l’image, la forme, la représentation de l’existant. Une chose, ou une personne, sont quelquefois confondues avec l’image qu’elles présentent, ou encore l’image selon laquelle on les représente, on les voit. Plus généralement l’idée de la chose peut être prise pour la chose. L’idée, l’image peuvent effectivement jouer ce rôle du fait de la proximité de ce plan avec le vecteur du « sujet ». C’est ce que l’on reproche à l’idéalisme. Cependant, il faut voir là ce qu’a de justifié cette approximation. L’idée, la représentation, la forme sont la

    98 LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    figure, le visage, sinon l’identité de l’existant. Il ne s’agit en fait que d’une « figuration » sur un plan « représentatif » ; il y a, là aussi, proximité du sujet de tout existant dans l’idée, l’image, la figure... et, en même temps, confusion possible entre ce plan et le sujet. Cette confusion se traduit déjà par le fait que l’image est attribuée, par exemple, à l’existant, alors qu’elle n’est qu’imagination. Ainsi, au lieu d’être le nom du sujet de l’existant, elle est projection du sujet de l’observation. Approche du sujet existant, elle est aussi approche du sujet d’observation, de l’être en consensus. Ce que nous observons là conduit à plusieurs remarques très importantes :
    - la première est que ce plan peut être considéré comme celui de la « conscience formelle », celle que constituent notre imagination, notre mental et nos idées.
    - la seconde est que cette « conscience formelle » est la forme même de l’existant (il s’agit bien d’un interface).
    - la troisième est que la « conscience formelle » est immanente à l’existence. Nous retrouverons cela pour l’étude spécifique de ce plan « re- présentatif » de l’existence. Disons que « l’identité » d’un existant, son image ou sa figuration, ne sont rien d’autre que la « conscience formelle » que l’on en a, constituée selon ce plan, approchant le vecteur intention et le sujet, sans l’être effectivement. C’est ainsi que la pensée, l’imagination font « savoir » des choses du monde et de soi, dans ce plan représentatif, comme le plan relatif en donnait « connaissance" (aspect vécu ou sensible). Le plan opposé C’est celui du factuel. Le fait, le phénomène, ce que l’on con- sidérera souvent comme le plus concret, corporel ou matériel, se trouve en face du vecteur intention. Il pourrait en apparaître comme l’effet, le sujet étant alors sa cause, si l’on ignorait leur corrélation a-causale. Entre ce plan et cette dimension, on pourrait voir le même rapport qu’entre le corps et l’âme ; la réalité concrète de la chose existante et son principe animateur, son intérieur en quelque sorte. Cela peut être le cas d’un psychisme avec ses deux pendants, sensible et formel, affectif et mental, animant un corps, lieu des effets produits. Par rapport à ce vecteur intention (volonté, sujet) le plan opposé correspond à l’incarnation, la réalisation, le fait, l’effet, l’effectivité ou même l’acte. Désir réalisé, personne incarnée, direction agissante, c’est encore là le rapport de l’intention à l’action. Dans toute existence, par « abstraction » du plan factuel on atteint au sujet, à la dimension intentionnelle, par l’approche des plans relatifs et représentatifs. C’est aussi par « suspension » de ce plan que le sujet se trouve, avec ses « réductions », ou « abstractions » mentales, eidétiques, idéelles ou affectives, sensibles, intuitives. C’est en tout cas dans la suspension ou l’abstraction du plan factuel, et à l’intersection des deux autres plans que se présente la

    99 LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    voie du sujet, la voie de la conscience d’être. Inversement, la sus- pension ou l’abstraction du sujet et des deux plans de conscience voisins, donnent la plus grande matérialité à l’existence. C’est ce qu’un certain réalisme ou pragmatisme opère, réduisant l’existant à ce plan factuel dont la concrétude est à la mesure de l’élimination du sujet et, par voie de conséquence, de tout accès au sens et à l’Etre (cas des matérialismes). Cela nous entraîne à remarquer que, selon les existants, telle ou telle dimension, tel ou tel plan, peuvent être privilégiés ou réduits. Cette variation dans la nature des existants, ou leur considération, dépend aussi du sens dominant selon lequel les Instances font consensus. Autrement dit, comme on le verra, selon le sens qu’une Instance investit ou que porte un consensus, l’existence correspondante présentera principalement tel ou tel des aspects de l’existence ternaire générale. Ici nous venons de voir notamment, que l’abstraction du sujet (vecteur intention, personne) et donc des plans voisins (consciences) peut aller avec une réduction de l’existence au plan factuel. L’in- verse est aussi possible, avec le risque d’un subjectivisme ou d’un égocentrisme ignorant les faits et la factualité des choses. b) Le vecteur « attention » et son voisinage Dans la situation type du tir à l’arc, ce vecteur marquait la perspective vers la cible. L’objectif est l’objet d’attention, ce vers quoi le sujet est tendu. Second mode de conjugaison du verbe, la dimension de l’attention est perspective vers l’autre, les autres existants, dans l’ordre de l’Existence, ou les autres Instances dans l’ordre transcendant de l’Etre. Pour un existant donné, autant un consensus peut tenir lieu d’Instance, par le biais d’un sujet, autant, pour cette dimension, ce sont tous les objets visés et plus généralement « le monde », que cette dimension pointe. C’est tout ce à quoi s’appliquent l’intention d’un sujet et le principe animateur de l’existant, ce qui les reçoit et en donne la mesure. Comme le sujet, les objets n’adviennent qu’avec l’existence et ne la précèdent pas. Ce qui la précède est de l’ordre de l’Instance et du sens, et dans cet ordre il n’y a, pour ce vecteur, que le nombre des autres Instances (ou des consensus). Dans ce même ordre, le sens rencontre le nombre qui est un nombre d’Etres, de sens. A chaque autre, le sens fait consensus particulier et donc moment particulier. Dans l’ordre de l’existence, le moment du consensus est fait d’autant de moments que ce nombre. C’est ainsi que ce vecteur donne mesure, rythme et scansion au précédent. Par exemple : l’objet donne la mesure au désir, dans le moment d’existence alors instauré. Le temps, d’abord tension, est ensuite scandé par ce second vecteur, pour donner le temps chronologique que nous connaissons, selon le troisième vecteur d’extension.

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    Cette dimension d’attention est aussi celle de l’altérité, celle des facteurs, des acteurs (par opposition à auteur), des éléments de tout existant, de toute situation, de toute chose. Le quantitatif est un indicateur de cette dimension ainsi que toute mesure de l’existant en qualités et en quantités. Des conceptions en font le seul fondement des existants, alors qu’elle naît avec eux comme modalité d’une conjugaison déjà engagée. Dans un autre ordre d’idée, ce vecteur indique aussi ce qui prend part à l’existant : parties, partenaires, participants. Ce que le sujet fréquente, et dont c’est la fréquentation, ou ce qui « bat la mesure », donne la « fréquence » au vecteur de l’intention. Pour prendre un exemple, imaginons le souffle dans une flûte. Il figure le vecteur intention. Le vecteur attention est marqué par la flûte et par la disposition de chaque trou. La flûte donne ainsi mesure au souffle. La mélodie se développe alors en extension par la conjugaison du souffle et de l’instrument. L’exemple de l’horloge est lui aussi significatif. Une tension affecte un régulateur qui lui donne une fréquence et se traduit par le parcours régulier d’une aiguille. Le temps séquentiel figuré, est le produit d’une tension et d’une rétention conjuguées, modèle de tout moment réel. C’est pour cela que le temps de l’horloge est le temps de l’existence de toute chose, temps orienté, temps chronologique de toute l’histoire humaine. Les plans voisins Le vecteur attention est intersection du plan relatif et du plan factuel. En effet, les facteurs sont ce qui affecte le sujet, l’intention. Ils sont facteurs parce qu’affectés simultanément par la première dimension d’intention comme objets d’attention. Ils sont facteurs ou objets, en tant qu’investis par un sujet. Par exemple, un objet n’existe qu’en étant l’objet d’un désir qu’il suscite. C’est en tant que pôle d’une liaison, dimension d’une conjugaison, complément du verbe, que peut se définir le facteur, l’objet d’une existence. Par ailleurs, l’objet, le facteur, sont ce qui se présente aussi en fait (le factuel). C’est dans ce second plan que l’objet prend consistance, et se concrétise, matériellement par exemple. L’objet participe selon cette dimension d’attention entre, d’une part, ce qu’il signifie ou ses liaisons au sujet et, d’autre part, sa substance concrète ou ce qu’il fait là. Ainsi, pour l’homme, dans son existence de sujet, le monde de son attention est-il l’intersection du plan affectif ou relatif de la conscience sensible avec des phénomènes pris pour la réalité. Il existe, à ses propres yeux, comme objet, à l’intersection de sa corporéïté et de sa sensibilité. La recherche des éléments d’un existant ou l’inventaire objectif des facteurs, s’approchent soit grâce à la subjectivité des relations sensibles, soit comme des faits ou des corps, présents selon le plan factuel. Ni les liens sensibles, raisons ou sentiments, ni les faits, corporéïtés ou phénomènes, ne sont les facteurs ou les objets de cette dimension d’altérité, même si c’est ainsi qu’ils sont approchés. En outre, les deux plans d’existence selon lesquels peuvent être

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE

    définis les éléments ou facteurs d’une existence sont intrinsèques à l’existant. Toute considération d’un existant qui veut l’expliquer par ses propres facteurs est vaine, puisqu’ils ne sont que participants à l’existence par laquelle ils existent eux-mêmes. Cela dit, rien n’empêche qu’il y ait connaissance sensible ou prise en compte factuelle des objets d’une existence par des approches qualitatives et quantitatives. Le plan opposé II s’agit du plan représentatif, celui de la forme ou de la conscience formelle. N’est-ce pas là une façon de rassembler ce qui précède et de donner figure à l’existant, avec ses objets et ses facteurs ? C’est un fait que ce plan représentatif, celui de l’image, est aussi représentation des facteurs. La conscience formelle, mentale, idée de la pensée ou image de l’imagination, l’imaginaire donc, représentent l’objet de désir en tant que tel. La photographie tend à saisir dans l’image, à la fois le plaisir sensible du spectateur photographe et les phénomènes factuels, c’est-à-dire l’objet de son attention. En garder l’image est comme le saisir dans ce plan, qui le re-présente à nouveau, en son absence. Ce plan est donc pré-voyance, projet du désir sur son objet. Il est une équivalence de l’objet investi. C’est pourquoi, l’idée, l’image, la forme, peuvent être prises pour l’objet, alors qu’elles n’en sont que la figuration ; le plan représentatif en face de la dimension d’attention. Le plan représentatif, l’idée, la forme, l’image, sont des reproductions de l’intention dans l’extension, de la dimension d’attention, elle-même indicatrice de l’objet et facteur de cette attention. Comme pour le premier vecteur, on peut envisager une existence où ce plan prédomine, au point d’ignorer ses objets. On trouvera là un « imaginaire » ignorant « la réalité » et les relations à ses objets. La dimension objectale (le monde) n’est alors présente que par l’image, la représentation que l’on s’en fait. C’est donc par l’abstraction des objets que la conscience formelle et l’imaginaire se développent, avec les inconvénients que l’on peut envisager, mais aussi l’avantage d’une approche du sujet côtoyé par ce plan. A l’inverse, l’abstraction de ce plan de l’image, renvoie au nombre, aux objets et aux facteurs, à l’objectivisme analytique pu réduction aux éléments de l’existant. Plus l’idée, l’image, le modèle représentatif, sont en suspens, plus le monde est objectivé. En définitive, la dimension d’attention, qui fait objet par ses plans voisins, constitue le support dont le plan représentatif est le visage, de même que la dimension intention constituait l’âme du plan factuel qui en était l’effet corporel. Le sujet peut être réduit au corps comme l’objet à l’image. Chacun de ces deux plans d’existence marque le lieu de la dimension opposée, comme le corps celui de l’âme et du sujet, et l’image celui de l’attention, de l’autre et de l’objet.

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    c) Le vecteur « extension » et son voisinage Le troisième vecteur, produit vectoriel des deux précédents, est le moment d’existence. C’est celui selon lequel l’existence se développe dans l’étendue. Toute existence se caractérise en effet par une étendue dans un espace-temps. Cette extension est, notamment, la durée de vie, ou plus précisément, le développement dans la durée de la vie de l’existant. C’est même la Vie elle-même, prise comme historicité particulièrement. Les existences se réalisent selon cette dimension. L’existence est cette réalisation même. Cela nous amène à examiner de plus près le terme d’existant. Ce qui est doué d’existence est l’existant, mais est-il le sujet de l’existence ? Est-ce l’objet qui existe ? Est-ce cette réalisation même : la vie, ou le développement historique ? On pour- rait réduire l’existant à l’une de ces trois dimensions, mais il est ce qui existe simultanément comme sujet, comme objet, et enfin comme présence actuelle, selon cette troisième dimension. En effet, celle-ci est aussi l’actualisation et l’actualité de l’existant, et encore sa présence actuelle dans le moment de son existence. Exister, c’est se manifester, se présenter, « se produire » même (cas d’un acteur sur scène ou d’un événement qui « se produit ») ; c’est l’événement, le fait d’advenir, ou encore le déroulement de l’action d’exister. Toute existence est un événement permanent et non pas un état statique, même si l’immobilité en constitue parfois le mode de présence. Le troisième vecteur est la dimension d’expression de l’existant, son mode de présentation ou de manifestation. C’est par exemple le discours pour le langage. Cependant, dès que l’on cherche à illustrer ce vecteur, on se trouve confronté aux approches des plans dont il est l’intersection. Les plans voisins Si on parle de « réalisation », cela s’entend par l’apparition à la conscience, à la vue, selon le plan représentatif, ou par l’émergence a une réalité concrète dans le plan factuel. De même la présentation est, dans le premier plan figure, représentation, scène, et fait, acte, présence physique dans le second. Le plan représentatif figure l’existant dans son développement. Sous forme d’image ou de scénario, il représente l’étendue de l’existant ou son étalement si on veut. S’il est possible d’avoir une « idée » de la durée du développement d’une existence, c’est bien par la représentation que cela est possible. Mais idée et représentation sont du même plan. Notre existence humaine nous apparaît dans son historicité par le souvenir et la projection. N’est-ce pas cette extension « idéelle », en images, en théorie ou en représentation de scènes ou scénarios, qui nous donne une approche de la durée et du fait que l’existence se développe ? Comme dans un film, le développement de l’histoire, des images et des scènes nous permet d’appréhender, par la succession

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    des séquences, le développement de l’intrigue et de l’action. Le plan représentatif est aussi, pour l’expression de l’existence, la figure qu’elle prend. C’est la forme de l’expression, l’image, la structure, la façon de s’étendre dans l’espace temps. Le déroulement de la vie peut s’envisager, notamment, comme une succession des états d’existence. Selon ce plan représentatif, l’extension de l’existence, (l’existant dans son étendue), est telle qu’on se la figure, qu’on se l’imagine, avec les modèles de représentation que l’on utilise. Aussi, bien qu’approchant la dimension de développement de l’existence, le plan représentatif ne le constitue pas, il la figure. Le plan factuel s’approche de cette troisième dimension de l’existence. Elle s’y présente comme fait. C’est là que ça se passe. Le mouvement des objets matériels, les transformations, déplacements, les processus, les actes, les corps, les gestes, les comportements, toutes ces choses concrètes sont souvent prises pour 1 existence même des existants. Le déroulement n’intervient la que comme constat de changement : ce qui était là n’est plus là. La présence, la production, sont, selon ce plan, une prise de substance, une matérialisation, une concrétisation. L’actualisation est ici activité. Le fait qu’il y ait activité indique qu’un déroulement se produit. Les « produits », les effets sont dans ce plan la preuve qu’il se produit quelque chose, qu’un événement se déroule. Le constat de déplacement, de mouvement, de transformation, de changement est considéré comme un fait, l’effet d’une opération. Une cause opérante produit des effets : c’est cela un fait. Le pro- cessus et sa cinétique sont indicateurs dans ce plan de la dimension d’extension. Y a-t-il un début et une fin, y a-t-il un développement ? C’est seulement dans l’intersection des deux plans que cela peut exister. En effet, c’est en se représentant l’existant que ses faits constates apparaissent dans leur déroulement. Les faits ne sont pas l’histoire, il leur faut une représentation pour que le déroulement historique apparaisse. Il est vrai que cette intersection n’est pas une conséquence des deux plans voisins, mais que pour tout existant, ils sont co-extensifs. On ne peut séparer le fait de sa représentation. Le tenter, c’est perdre de vue le sujet, réduisant son mouvement interne en une agitation constatée, production aléatoire de faits. Le plan opposé Le plan relatif est comme la base sur laquelle se déploie le moment. Par exemple, si ce dernier est l’expression pour l’existant, le plan opposé en est l’impression. L’affectation du sujet à l’objet, produit l’existence selon ce troisième vecteur. La conjugaison de l’intention et de l’attention dans le plan relatif, fonde ce développement d’existence, jusqu’à épuisement du sens ou de l’intensité du premier vecteur. Ce plan peut être pris comme soubassement de l’extension de tout existant, comme le verbe conjugué au coeur de la phrase. Ce

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE vécu, cette conscience sensible de l’existant, sont aussi ce que l’on appelle quelquefois l’intelligence du coeur. On pourrait dire du plan des inter-relations et des liaisons, que c’est celui où tout se combine, tandis que le vecteur extension en résulte. Cela donne une hiérarchie interne à la structure ternaire, selon laquelle le plan relatif est fondement de l’existant, le vecteur extension et ses plans voisins en résultant (produit vectoriel) pour faire un moment d’existence. Si on considère l’ensemble du schéma, le plan des significations, du vécu, des conjugaisons, celui de la connaissance ou conscience sensible constitue la source ou la base de l’existence sur laquelle s’érigent son extension et ses deux plans voisins, représentatif et factuel. Ceci étant, d’autres hiérarchies internes peuvent s’y substituer, selon le sens qui fait existence, privilégiant tel ou tel plan selon le cas. Cette priorité fondamentale du plan relatif sur l’extension, éventuellement corrigée par ce que privilégie tel ou tel sens parti- culier, n’est elle-même que relative à l’existence. N’oublions pas en effet que c’est le même sens qui fait existence selon les trois vecteurs intention, attention, extension, simultanément déployés, on retrouve ainsi cette relativité des points de vue, et ce n’est que dans l’espace propre de chaque existant que son plan relatif est fondamental. Ainsi, pour l’existence humaine, le vécu prime sur les faits et les idées qui viennent pour l’exprimer ou le manifester. Il se peut aussi que l’action et son développement soient privilégiés, tendant à faire perdre de vue le plan relatif et, du même coup, sujets et objets. Par abstraction du relatif, de l’affectif, du sensible, la prédominance du vecteur extension donne sa superficialité à l’existence, alors pur déroulement d’images d’une part, simple enchaînement de faits d’autre part, les uns et les autres désaffectés. N’est-ce pas la caractéristique d’un monde contemporain sophistiqué dont la pensée se réduit au discours et à un pragmatisme qui ne veut s’en tenir qu’aux faits concrets et à leur succession ? Cette prédominance du vecteur extension, où sont privilégiés : réalisations, présentation, production, expansion, développement, in- novation, actualité, action, passage à l’acte, activité, expression, va avec l’abstraction de ce qui relie (du religieux), de l’éthique, de l’enracinement de l’homme dans le monde et la société, de son affectivité. L’extension devient distanciation et seuls, le réel et l’imaginaire ont lieu d’être, continuellement déplacés dans une fuite perpétuelle du plan relatif. L’existant se cherche hors de soi et ignore sa dimension symbolique. Il faudra voir quels sens, quels consensus amènent cette inversion dans l’existence, au point que l’essentiel se perde. On peut envisager à contrario l’abstraction de cette dimension d’extension, dans une réduction au plan affectif ou relatif. La sus- pension de l’actualisation privilégie ainsi cette conscience sensible, religieuse, mystique. Elle peut se réduire à l’émotion pure s’abs- trayant des faits et des images, du factuel et du représentatif, rame- née à une immobilité inactive. C’est le cas, par exemple, lorsque les

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    bains affectifs et les « bons sentiments » se justifient d’éviter l’action et l’engagement de soi. C’est donc à partir de ces plans, mais en en suspendant, l’ex- tension que se retrouve le fondement affectif, la connaissance de l’existant. Significations et explications propres à un existant pré- dominent dans la réduction de l’extension. Aussi, ce plan explicatif de tout existant va-t-il avec la suspension de son historicité. Cela nous confirme que ce plan est pour l’existant la source de sa permanence, alors que l’extension et ses plans voisins en manifestent la présence. Le sentiment s’exprime par exemple par l’imaginaire, la pensée, et aussi par les actes qui en sont révélateurs selon un certain déroulement.

    d) L’immanence des trois plans d’existence La considération séparée de chacun des plans d’existence, leurs hiérarchies et priorités, pourraient les faire prendre chacun comme des existants séparés. On peut, par exemple, envisager l’existence propre d’une simple image (plan représentatif).

    Cependant, pour un existant donné, ces trois plans sont les aspects selon lesquels il se constitue et peut être considéré. Ces trois plans sont co-extensifs, du fait des trois vecteurs qui les déterminent. Ils sont donc indissociables pour chaque existant. Cela n’empêche pas la prédominance de l’un ou l’autre selon le type d’existant et le sens en consensus. Transcendant à l’existence, ce consensus s’y révèle en définitive selon ces trois plans :
    - plan relatif : significations, connaissance, conjugaisons,
    - plan représentatif : images, idées, figures, formes,
    - plan factuel : faits, activités, opérations, matérialisation. C’est le même consensus qui se révèle selon ces trois plans constitutifs de l’existant. Chacun révèle, à sa façon, la nature entière de l’existant, la représentation imaginaire, l’idée, le modèle donnent figure ou identité, une forme aussi, aux affects, relations, communications, significations. Le plan représentatif représente le plan relatif comme il représente le plan factuel. Ce dernier concrétise, effectue, matérialise, les plans représentatif et relatif. Ce dernier explique à son tour les deux autres. Chaque existant peut être totalement abordé par l’un de ces trois plans où il existe pleinement selon cet aspect. L’imaginaire représente le corps comme l’affectivité. L’affectivité explique le corps et le mental et s’y implique. Le corps matérialise le sujet sensible et son imaginaire et les somatise. Dans l’homme, corps, affectivité et mental sont cependant immanents et parfaitement indissociables.

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    LA TERNARITE DE L’EXISTENCE IMMANENCE DE LA CONSCIENCE DES REALITES AVEC L’EXISTENCE DES CHOSES La conscience des réalités fait partie intrinsèquement de l’existence des réalités. Elle n’en est pas le reflet, mais la forme même. Elle n’en est pas un effet sensible mais la valeur sensible même. Lorsque nous considérons la forme, ou la façon dont se présente une chose, un objet, auquel nous prêtons attention, il nous semble que cette forme appartient à la chose et que notre conscience de cette forme est autre chose. La forme et la conscience de la forme des choses, la conscience mentale, ne sont pas séparées, mais il n’y a qu’une seule forme qui est conscience mentale formelle de la chose. Il y a bien longtemps que les philosophes ont envisagé cela : l’apparence des choses est dans notre conscience. Pour certains, la chose n’était alors rien d’autre que cette apparence sorte de projection de notre conscience mentale, et la réalité une simple illusion. Pour nous, il n’y a, en effet, aucune autre forme, aucune image en dehors de notre conscience mentale. Sans homme pas d’image ni de forme. Cependant cette conscience mentale n’est que l’un des plans d’existence de la chose elle-même et n’en est pas séparée. Elle lui est au contraire « immanente », c’est-à-dire, dans notre définition du terme, indissolublement liée à la chose comme une de ses parties. Il est vrai que l’existence de la chose est, elle-même, dépendante de l’homme. Cependant la théorie de l’existence précise que l’existence est le fait d’un consensus. Il en est donc de même pour cette partie de l’existant qu’est son plan représentatif. Notre conscience mentale, qui est personnelle puisqu’elle provient de notre Instance, est néanmoins en même temps collective ou culturelle. Nous voyons la réalité du monde avec les yeux de notre cul- ture et il nous faut dépasser nos consensus culturels immédiats pour découvrir d’autres paysages, d’autres visions de la réalité. La conscience mentale, c’est la forme même des objets, c’est aussi l’idée que l’on s’en fait, de même que toutes les repré- sentations possibles imaginaires, verbales, etc... Il y a cepen- dant une distinction à faire entre la représentation de l’objet présent, qui est un plan de son existence, et la représentation réfle