Au coeur du sujet - Avant propos

La place de l’homme
mardi 3 août 2004
par  Roger Nifle
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Texte remanié en 2001

En cette fin du 20ème siècle, l’homme se veut toujours plus maître de ses affaires. Il a cultivé l’expérience et les moyens de satisfaire à ses besoins et à ses désirs même les plus futiles. Rien ne paraît hors de sa portée. Médecine, techniques, communications, arts et sciences, semblent avoir enfin établi leur règne sur les dernières obscurités du Moyen Age. Les lumières qui éclairent depuis quelques siècles l’Occident, incendient le monde de leur éclat et du spectacle de leur victoire.

Qui ne voit aujourd’hui la vanité de ce tableau ? L’homme ne maîtrise pas ses affaires mais plus que jamais ses affaires le maîtrisent.

L’homme moderne s’est subordonné à ses rêves de maîtrise. Il court, affairé, à l’établissement du règne des idées et des sciences qui ne sont pourtant que reflets de lui-même. C’est dire la vanité de la course, c’est dire la déshumanisation qu’il consent au nom du progrès de l’humanité. Les croyances les plus creuses passent pour certitudes "rationnellement" et "scientifiquement" fondées, sans qu’à aucun moment soient examinés les fondements de ces fondements.

L’homme moderne est plus que jamais soumis à la dépendance matérielle. Pour avoir cultivé toutes les formes de son avidité, il se croit perdu lorsqu’une ressource vient à donner des signes d’amenuisement. C’est alors que surgit la haine. La haine de celui qui possède, la haine de celui qui pourrait vouloir prendre les possessions d’autrui. Une mentalité de parasites se développe en même temps que l’aseptie et l’hygiène gagnent du terrain.

La nécessité, la fatalité, l’empire des besoins, ravalent l’homme au rang d’insecte et il s’y complaît, il en est fier. L’inhumanité de son état se fait acceptable, sous prétexte de condition nécessaire pour l’édification de l’humanité.

Dans la sarabande des objets qui prolifèrent, l’homme en est à y rechercher sa place, à s’y ranger, à participer aux systèmes infernaux qu’il a mis le plus débile de son intelligence à construire. L’homme aliéné à la machine, ce n’est pas un mythe, mais la réalité que promeuvent fébrilement les penseurs et les acteurs du modernisme. Ne s’y opposent bien souvent que leurs cousins qui préfèrent une aliénation de l’homme à la Nature, autre machine, reflet de la première, encore plus nécessaire. Pendant que le rêve mécaniste s’emballe, domine enfin la quotidienneté d’un plus grand nombre dans le plus profond aveuglement, la quête de l’homme devient de plus en plus manifeste.

Où est l’homme, qui est l’homme, quel est son destin ? Ces questions valent pour l’Homme en général, pour l’humanité collective, pour chacun à sa manière. Malheureusement, diaboliquement pourrait-on dire, même cette quête est engagée dans les pires voies. Quête de l’indépendance individuelle pour mieux se trouver enchaîné à un système. Quête d’une libération qui aliène à pire que ce qu’elle veut quitter. Quête du corps pour être ravalé au rang de belle machine à mourir. Quête du pouvoir sur soi et les autres pour mieux être possédé par ses pulsions et celles des autres. Quête même du savoir pour n’avoir plus à penser par soi-même jusqu’à en perdre connaissance.

A force d’être affairé à ses productions, l’homme en est venu à s’y assujettir. Intendant subalterne de ses propres affaires, machine parmi ses machines, il ne rêve que d’accroître le parc de son matériel d’existence, aveugle au fait d’y être enfermé, comme le gardien l’est par la prison, l’avare par son trésor, le technocrate par ses réglementations.

Mais si ce tableau n’est pas réjouissant il a un mérite. Il invite les hommes, quelques uns du moins, à une question : de tous ces objets quel est le sujet ?

La réhabilitation de l’homme, hors des pièges où il se fourvoie avec assurance, passe par la reconnaissance de sa place de sujet du monde de ses objets. Mais ce statut de sujet n’est pas sans problème. Simple sujet en face de ses objets, rien n’interdit alors d’envisager le symétrique : un homme objet d’un monde de sujets. C’est cette vision que nous dénoncions précédemment. Pour l’éviter, encore faut-il que cette articulation sujet-objet trouve quelque part l’ancrage de sa dissymétrie.

Cet ancrage ne peut être ailleurs qu’au coeur du sujet, au coeur de l’homme.

Que l’homme soit sujet, sujet individuel et sujet collectif des objets du monde, est déjà une perspective très importante. En effet, cela revient à dire que, pour l’homme, il n’y a pas d’objet qui ne soit son objet, un objet humain. Il n’y a pas de problème qui ne soit humain. Il n’y a pas de savoir qui ne soit humain. Il n’y a rien dans le monde pour l’homme qui ne soit de l’homme. Comment ne pas voir une telle évidence, si ce n’est lorsqu’on oublie que l’homme est le sujet de toutes ses considérations, ses jugements d’existence même ! Pour s’aveugler, il n’y a qu’une façon aux multiples voies, celle qui fait préférer le fruit de la connaissance à celui qui le porte, le savoir et ses brillances à l’auteur de la connaissance et ses lumières, les objets au sujet dont ils sont dépendants.

Ainsi au coeur des affaires de l’homme, il y a les hommes. Toutes les réalités du monde, tout objet de considération porte en son coeur quelque chose de l’humanité, celle des hommes, de la collectivité ou de la multitude dont ils sont les objets communs. Mais qu’y a-t-il au coeur de l’homme, au coeur du sujet, du seul sujet du monde ?

De la réponse à cette question dépend la place de l’homme dans le monde et, bien sûr, tant son devenir que le tissu même de son existence quotidienne. Pour que l’homme assume son humanité, il doit la reconnaître simultanément en lui-même et au travers de ses objets.

Qu’est ce que le coeur de l’homme ? Un débat s’établit communément, entre la prééminence réelle ou symbolique du coeur ou celle du cerveau pour la nature humaine

Quel est le plus important, de l’intellect ou du Sensible, du mental ou de l’affectif, de la raison ou de la passion ? Toute la philosophie qui s’y débat fait le lit d’un arbitre, le corps dont, après tout, il ne s’agirait que d’un problème de fonctions ou d’organes. Le système corporel tranche alors la question en ravalant le sujet au rang des choses en circulation dans le système "naturel" des corps en mouvement soumis notamment aux lois de la gravitation universelle, de l’attraction et de la répulsion.

Mais le coeur c’est aussi en l’homme ce qui anime et qui comprend. Il est principe d’amour et de connaissance et ainsi il se nomme Esprit.

L’Esprit n’est ni l’intellect, ni le Sensible. L’intellect et le Sensible marquent la présence du sujet, présence à ses objets, mais ils n’en sont pas le coeur.

Les organes du coeur et du cerveau peuvent bien figurer les fonctions de l’Esprit, ils ne le sont pas. L’Esprit n’est pas non plus le produit de ces organes, contrairement à ce que les machinistes modernes voudraient nous faire croire, afin de nous faire prendre l’essentiel de l’homme pour l’accessoire du monde. Ils se mentent ceux qui se dissimulent que c’est par l’Esprit qu’ils parlent d’Esprit.

Le coeur de l’homme est sacré. C’est de là qu’il se fait le sujet du monde et de ses affaires. C’est de là qu’il se fait objet de lui-même doublement et simultanément sujet et objet de soi. C’est de là qu’il se révèle. C’est là que se joue son devenir. C’est là qu’est le siège de sa liberté, de sa volonté, de la responsabilité, de son autorité sur lui-même et ses objets.

Le coeur de l’homme, c’est ce qu’il y a de plus humain dans l’homme, sa spécificité d’être humain, l’Instance de son Existence .

L’homme n’est pas seulement cet existant, objet parmi les objets, dont le fonctionnement plaît tant, au point de faire perdre de vue l’essentiel.

L’homme est d’abord Esprit mais cet Esprit est l’Etre de l’homme, le lieu transcendant où se joue la vie et le devenir ; c’est la personne même de l’homme.

La personne humaine dans cette optique n’est ni un individu corporel ou psychique, objet des sciences humaines inhumaines où, le rat, le singe et la mouche drosophyle conviennent parfaitement comme modèles de laboratoire, ni un simple objet des soins complaisants de ces systèmes fabriqués par l’homme. La personne humaine est cet être humain qui a la propriété d’être transcendant et potentiellement libre, libre de gouverner son existence.

Ainsi l’anthropologie est-elle forcément une ontologie et celle-ci la science des sciences, du moins de celles qui ont leur objet dans le monde. Elle est, à proprement parler, métaphysique ou même métapsychique.

Le coeur du sujet, Instance de l’homme, serait le lieu charnière entre, d’une part un Dieu créateur et d’autre part le monde où l’homme existe aussi parmi ses objets mais sans y être réduit.

D’une certaine façon, on pourrait faire l’hypothèse que cette Instance , le coeur de l’homme, pourrait se tourner soit vers l’un, soit vers l’autre. On retrouverait ainsi une image de l’alternative de la plupart des religions et des sagesses : soit le retour par un accomplissement, vers son principe, soit la chute dans l’abîme de la matérialité. Cette alternative peut être comprise d’une façon manichéenne avec l’antagonisme des deux principes du bien et du mal ; l’exclusive soit du monde, soit de l’Esprit ; la lutte contre le mal ou la libération des exigences de l’Esprit (complaisance). Cette interprétation sévit dans le monde, occidental en particulier et on pourrait montrer qu’elle appartient entièrement à une conception matérialiste dont elle caractérise la logique fondamentale d’inclusion / exclusion.

Il y a une autre façon d’envisager la question qui réclame une attention particulière pour ce coeur de l’homme, ce coeur du sujet du monde.

Tout d’abord, c’est en l’homme que prennent Sens les objets de l’homme et ces Sens sont multiples. L’Esprit de l’homme est multiple et il est Sens . Le Sens en l’homme, en son coeur, est ce qui se manifeste dans le monde pour faire objets. C’est selon tel ou tel de ses Sens que l’homme existe dans chaque circonstance de sa vie. C’est selon ces mêmes Sens que se reconnaissent les objets de l’homme, qui se trouve être lui même le Sens de ses affaires et de ses préoccupations.

C’est ainsi que l’homme a le choix, choix de Sens , choix d’être en tel ou tel Sens , choix de conduire son existence. C’est ainsi qu’il est homme potentiellement libre s’il découvre et cultive son humanité, cette possibilité de choix de Sens.

Il y en a, parmi les Sens, de bons et de moins bons ! Est-ce que tel Sens est préférable à tel autre Sens ? C’est toute la question de l’éthique qui est posée là, non par rapport à des objets ou normes extérieures à l’homme, mais par rapport à lui-même intrinsèquement.

C’est aussi la question du devenir de l’homme et de ce qu’il advient selon tel ou tel Sens. Il y a parmi tous les Sens en l’Instance de l’homme, en son Esprit, certains Sens selon lesquels celui-ci se retrouve, se reconnaît, assume sa liberté et ainsi s’accomplit. Il y en a d’autres où il se perd à se réduire à l’accessoire de lui-même en s’aliénant au monde. Il y en a bien d’autres encore qui tous ensemble le constituent.

L’homme est un et multiple. Seulement cette unité en lui n’est qu’un point d’origine qui peut devenir aussi un point ultime d’accomplissement.

L’homme ainsi n’est pas UN dans son Instance mais potentiellement UN. C’est l’enjeu même de son accomplissement dans et par son existence dans le monde. Seulement le monde et la multiplicité des objets sont obstacle dispersant et passage obligé de cet accomplissement -lieu et scène de tout devenir. Les objets de l’homme dans le monde sont donc le contexte par lequel celui-ci peut s’accomplir ou se perdre. Tout dépend du Sens selon lequel il existe, le Sens qu’il leur donne, le Sens de son existence, le Sens selon lequel il se fait sujet de ses objets.

De l’Esprit de l’homme, on peut différencier les esprits que sont tous ses Sens. C’est ainsi que leur discernement est une question majeure. Mais si la réhabilitation de l’homme "au coeur du sujet" de la question du monde renvoie à l’essentiel de son devenir et de son accomplissement, elle renvoie aussi à une autre considération des affaires du monde et de tous ses objets et de la conduite à y tenir comme homme sujet.

L’homme est la cohérence du monde, et aussi la cohérence de chaque chose dans le monde. Prendre l’homme comme sujet fondé au coeur de lui-même revient à aborder tous les problèmes qui se posent à l’homme directement au coeur de leur sujet.

A l’inverse d’une science qui n’en finit pas de cerner son objet, à l’inverse d’un appareillage descriptif qui ne fait que saisir l’écume des choses, cette nouvelle considération de l’homme permet d’aborder tout par l’essentiel, d’aller directement au coeur du sujet au lieu de l’énucléer sans cesse.

Aborder ainsi les problèmes, c’est aller directement à leur Sens, là où les solutions peuvent germer, se penser et se traduire en réalisations. Il n’y a pas de problème en soi, il n’y a que les problèmes de quelqu’un ou de quelques uns. Il en va de même pour les solutions. C’est en l’homme que se situe le lieu de toute compréhension, de toute conception, de toute réalisation. C’est donc là que doit s’exercer sa propre connaissance, sa propre compétence, tous ses soins. Pour cela il faut qu’il le reconnaisse, en lui et en tous les autres, et il faut s’y appliquer en conSensus les uns avec les autres ; c’est là le commandement d’amour. C’est ainsi qu’il ne peut y avoir de science qu’humaine, d’art qu’humain, de pratique qu’humaine. C’est perdre de vue le sujet que de ne définir le savoir ou le travail de l’homme que par son objet. Par contre, cet objet est indispensable pour qu’il y ait un sujet et pour que l’homme s’atteigne en son coeur pour s’accomplir.

Cela veut dire que toute science est vaine qui ne se réfère qu’à ses objets, mais aussi que toute science serait vaine qui n’aurait pas d’objet.

Les objets de science sont donc indissociablement liés dans une relation réciproque à leur sujet : l’homme. Cependant cette relation n’est pas symétrique et c’est au coeur du sujet que se détermine leur objet. C’est ainsi que les sciences physiques contemporaines se heurtent à des paradoxes qui leur font tourner leur interrogation vers l’homme et questionner les racines épistémologiques de la connaissance. Vision de la réalité, l’épistémologie de toute science est en effet humaine. Il s’agit toujours d’une disposition intérieure de l’homme, d’une posture fondant ses postulats, d’un Sens en définitive, selon lequel il se confronte à ses objets et à lui-même. La recherche par l’homme d’une cohérence interne au monde et aux objets du monde ne peut que le ramener à lui-même, seul lieu de Sens et de cohérence dans le monde, au coeur transcendant du sujet.

Comment faire entendre une telle perspective ? Comment faire sentir toutes ses conséquences ? Comment montrer toutes ses dimensions et ses apports ? C’est en effet ce centre que chacun constitue pour l’ensemble de ses préoccupations qu’il faut interpeller, ce coeur du sujet qu’il faut toucher au-delà du Sensible ou de l’intellect, mais par leur médiation. C’est l’Esprit de chacun, son Instance, ses Sens qu’il faut solliciter plutôt que la multiplicité de leurs objets. Et pourtant c’est bien la multiplicité de ces objets qui est concernée aussi : ceux des préoccupations et vicissitudes de la vie quotidienne, ceux de nos affaires publiques et professionnelles, ceux de nos sociétés, de nos cultures et nos affaires politiques, ceux enfin de la vie et de la mort, et tous ceux qui accompagnent l’homme dans son devenir pour son accomplissement ou sa déchéance.

La théorie de l’Instance et des Cohérences , vise surtout à jouer un rôle utile de repère pour la connaissance et pour la pratique :
- connaissance "au coeur du sujet" des objets de préoccupation de chacun, connaissance essentielle, conscience des Sens et des cohérences de toute chose.
- pratique humaine, pratique de soi, des autres et de nos objets communs.

L’un et l’autre sont travail pour l’existence, pour la conduire personnellement, pour aider nos proches et notre prochain, pour assumer nos responsabilités collectives, dans tous les domaines qui sont les nôtres. L’un et l’autre sont travail d’accomplissement de soi par et pour les autres dans les circonstances et les préoccupations les plus triviales comme les plus importantes.

Cette théorie et les repères méthodologiques qu’elle propose ne viennent pas dire comment exister puisqu’il n’est pas du propre de l’homme d’exister ou non. Par contre, elle vient témoigner d’une façon possible d’envisager connaissances et pratiques en y resituant au coeur, la question du Sens, la question de l’homme. Il s’agit d’une réhumanisation des pratiques humaines qui revient à les réhabiter par ce qu’il y a de plus humain dans l’homme : son coeur, et dans celui-ci, les meilleurs de ses Sens. C’est alors que les pratiques humaines peuvent devenir un témoignage de l’homme, témoignage révélateur de lui-même, pour lui-même et pour les autres, révélateur de sa liberté et des voies et Sens de son accomplissement, révélateur enfin de son principe et de sa fin.

Les bases théoriques qui sont proposées ici ne sont pas toujours d’un accès facile, pas plus que n’est d’un accès facile le coeur du sujet en chacun de nous et encore moins du fait des maladresses de l’auteur. Cependant le lecteur est invité à un cheminement qui n’est pas un jeu intellectuel, un jeu de référence à des concepts supposés établis une fois pour toutes. Il n’y a d’établissement des concepts qu’en soi-même, au coeur du sujet, en conSensus singulier avec d’autres qui s’y retrouvent.

Beaucoup d’hommes sont aujourd’hui en recherche, en recherche d’eux-mêmes, d’on ne sait quoi ou qui. Qu’ils soient parmi les intellectuels qui éprouvent les philosophies, les sciences, les conceptions du monde ; qu’ils soient parmi les spirituels qui cherchent parmi les religions et les sagesses ; qu’ils soient responsables de quelque entreprise collective ou simplement de leur famille et qui cherchent dans les valeurs morales ou sociales ; qu’ils soient enfin des personnes qui cherchent autour d’eux les repères ou les signes d’une voie plus humaine, plus personnelle ; ils sont nombreux à ne pas trouver le langage qui rend compte de leur questionnement aujourd’hui. Si la vérité de l’homme est éternelle, son existence et le langage pour le dire sont temporels. Sans prétendre être l’unique, cette voie peut parler à un homme d’aujourd’hui, parce qu’elle parle aujourd’hui ; même si elle vise au coeur du sujet ce qu’il y a d’éternité : son âme spirituelle.

Le temps de l’Esprit est-il d’aujourd’hui ? C’est à l’Esprit et de l’Esprit que veut témoigner cette théorie pour jalonner une voie pour aujourd’hui : la voie du Sens, voie de l’HOMME.

La voie de l’Homme est celle qui en chacun sollicite la sienne propre, sa vocation dans l’existence, celle qui fonde son talent personnel, celle qu’il doit trouver et cultiver pour son accomplissement et pour le service des hommes.

Au lieu des propositions du temps qui veulent nous réparer, nous entretenir, nous guérir de tous nos maux, nous rétablir de nos dysfonctionnements ; qui ne s’attachent qu’à éliminer nos défauts et lutter contre le mal ; nous proposons de trouver au coeur du sujet pour y prendre appui : nos qualités les plus personnelles et les plus humaines, notre vocation personnelle et nos vocations collectives et culturelles, pour en cultiver les vertus et ainsi au passage, sortir par le haut des abîmes de la souffrance et des difficultés de toutes sortes.

Cheminer dans une voie d’accomplissement, la sienne propre, partagée avec d’autres, est la meilleure des thérapeutiques, la meilleure voie de résolution des problèmes matériels, psychologiques, affectifs, sociaux, économiques, etc... C’est la voie qui s’appuie et exalte le meilleur de soi-même et qui, de l’obstacle fait un tremplin pour l’accomplissement. Il y a trop de propositions égarantes qui promettent le meilleur au prix de l’abandon de soi, au prix de l’abandon du sujet, au prix de la réduction au stade d’objet parmi les objets idolâtrés. Ces propositions à prétentions scientifiques, pragmatiques, expérimentales, rationnelles, naturelles, et même quelquefois religieuses, dénient à ceux qui cherchent, que leur voie soit en eux-mêmes. Il ne s’agit pas là d’exclure toutes ces propositions qui, malgré tout, témoignent de l’homme et de l’homme seulement, même lorsqu’elles prétendent le contraire (au nom de l’objectivité principalement). Il s’agit d’affirmer, à tous ceux qui veulent l’entendre, que l’homme est premier par rapport au langage qu’il tient et non l’inverse ; que l’homme est sujet du monde et non l’inverse. Bien sûr, cela n’empêche pas que l’homme soit pour une part sujet au langage et sujet de nature, mais ce n’est que par son existence qu’il en est ainsi, et non par son Etre, son Instance.

Au coeur du sujet, aussi assujetti soit-il, réside le Sens même de ce qui peut l’assujettir et ce Sens est lui-même, et ce Sens il peut le connaître et le choisir, et de ce Sens il peut conduire sa vie et dominer le monde, non dans une épreuve de force ou de raison mais par sa transcendance reconnue et assumée, jusqu’à la maîtrise du coeur-Esprit, pleine possession du don d’Etre.

Cette transcendance fait la dissymétriedu rapport sujet-objet, homme-monde. Elle fait plus que ça : l’irréversibilité du temps qui n’est autre qu’une dimension de l’existence, la dimension qui y signale le mieux la présence de l’Etre, de l’Etre-homme, comme plusieurs philosophes contemporains en ont eu l’intuition (Bergson, Heidegger notamment). Le temps toujours orienté, c’est le Sens de l’existence. Il n’y a pas de temps sans homme. Quel homme pourrait prétendre trouver un temps qui ne soit inventé, conçu par l’homme. Le temps est celui de son devenir, la preuve de son Sens.

C’est au Sens que tout est ramené dans cette voie de l’homme et c’est par un examen de cette question de Sens que nous allons viser au coeur du sujet, espérant trouver au coeur du lecteur quelque Sens commun qui résonne en conSensus : voix intérieure, voix de l’Esprit, voie d’accomplissement.

AVERTISSEMENT AU LECTEUR

La Théorie de l’Instance et des Cohérences est l’expression d’un point de vue, d’une position vis à vis de soi et des choses. De ce point de vue, aucun problème ne se trouve qui ne doive être envisagé d’un regard neuf. Ce point de vue est celui d’un regard intérieur et c’est à un tel regard que le présent essai tente de baliser l’accès. Pour cela il faudra se familiariser avec certaines considérations avant de scruter les espaces qu’elles révèlent. L’ambition ici est limitée aux bases essentielles de cette perspective. Cependant, on trouvera autour d’un fil principal, toute une série d’ouvertures dont le chemin offre les paysages et aussi quelques exercices techniques pour étudier certains processus complexes. C’est un vaste panorama qui s’offre au lecteur pour qu’il fasse les détours et les retours que son propre voyage aimera et qu’il prenne les raccourcis qui lui conviendront.