Au coeur du sujet - Avant propos
par Roger Nifle
Texte remanié en 2001
En cette fin du 20ème siècle, l’homme se veut toujours
plus maître de ses affaires. Il a cultivé l’expérience
et les moyens de satisfaire à ses besoins et à
ses désirs même les plus futiles. Rien ne paraît
hors de sa portée. Médecine, techniques, communications,
arts et sciences, semblent avoir enfin établi leur règne
sur les dernières obscurités du Moyen Age. Les
lumières qui éclairent depuis quelques siècles
l’Occident, incendient le monde de leur éclat et du spectacle
de leur victoire.
Qui ne voit aujourd’hui la vanité de ce tableau ? L’homme
ne maîtrise pas ses affaires mais plus que jamais ses affaires
le maîtrisent.
L’homme moderne s’est subordonné à ses rêves
de maîtrise. Il court, affairé, à l’établissement
du règne des idées et des sciences qui ne sont
pourtant que reflets de lui-même. C’est dire la vanité
de la course, c’est dire la déshumanisation qu’il consent
au nom du progrès de l’humanité. Les croyances
les plus creuses passent pour certitudes "rationnellement"
et "scientifiquement" fondées, sans qu’à
aucun moment soient examinés les fondements de ces fondements.
L’homme moderne est plus que jamais soumis à la dépendance
matérielle. Pour avoir cultivé toutes les formes
de son avidité, il se croit perdu lorsqu’une ressource
vient à donner des signes d’amenuisement. C’est alors
que surgit la haine. La haine de celui qui possède, la
haine de celui qui pourrait vouloir prendre les possessions d’autrui.
Une mentalité de parasites se développe en même
temps que l’aseptie et l’hygiène gagnent du terrain.
La nécessité, la fatalité, l’empire des
besoins, ravalent l’homme au rang d’insecte et il s’y complaît,
il en est fier. L’inhumanité de son état se fait
acceptable, sous prétexte de condition nécessaire
pour l’édification de l’humanité.
Dans la sarabande des objets qui prolifèrent, l’homme
en est à y rechercher sa place, à s’y ranger, à
participer aux systèmes infernaux qu’il a mis le plus
débile de son intelligence à construire. L’homme
aliéné à la machine, ce n’est pas un mythe,
mais la réalité que promeuvent fébrilement
les penseurs et les acteurs du modernisme. Ne s’y opposent bien
souvent que leurs cousins qui préfèrent une aliénation
de l’homme à la Nature, autre machine, reflet de la première,
encore plus nécessaire. Pendant que le rêve mécaniste
s’emballe, domine enfin la quotidienneté d’un plus grand
nombre dans le plus profond aveuglement, la quête de l’homme
devient de plus en plus manifeste.
Où est l’homme, qui est l’homme, quel est son destin ?
Ces questions valent pour l’Homme en général, pour
l’humanité collective, pour chacun à sa manière.
Malheureusement, diaboliquement pourrait-on dire, même
cette quête est engagée dans les pires voies. Quête
de l’indépendance individuelle pour mieux se trouver enchaîné
à un système. Quête d’une libération
qui aliène à pire que ce qu’elle veut quitter.
Quête du corps pour être ravalé au rang de
belle machine à mourir. Quête du pouvoir sur soi
et les autres pour mieux être possédé par
ses pulsions et celles des autres. Quête même du
savoir pour n’avoir plus à penser par soi-même jusqu’à
en perdre connaissance.
A force d’être affairé à ses productions,
l’homme en est venu à s’y assujettir. Intendant subalterne
de ses propres affaires, machine parmi ses machines, il ne rêve
que d’accroître le parc de son matériel d’existence,
aveugle au fait d’y être enfermé, comme le gardien
l’est par la prison, l’avare par son trésor, le technocrate
par ses réglementations.
Mais si ce tableau n’est pas réjouissant il a un mérite.
Il invite les hommes, quelques uns du moins, à une question :
de tous ces objets quel est le sujet ?
La réhabilitation de l’homme, hors des pièges où
il se fourvoie avec assurance, passe par la reconnaissance de
sa place de sujet du monde de ses objets. Mais ce statut de sujet
n’est pas sans problème. Simple sujet en face de ses objets,
rien n’interdit alors d’envisager le symétrique : un homme
objet d’un monde de sujets. C’est cette vision que nous dénoncions
précédemment. Pour l’éviter, encore faut-il
que cette articulation sujet-objet trouve quelque part l’ancrage
de sa dissymétrie.
Cet ancrage ne peut être ailleurs qu’au coeur du sujet,
au coeur de l’homme.
Que l’homme soit sujet, sujet individuel et sujet collectif des
objets du monde, est déjà une perspective très
importante. En effet, cela revient à dire que, pour l’homme,
il n’y a pas d’objet qui ne soit son objet, un objet humain.
Il n’y a pas de problème qui ne soit humain. Il n’y a
pas de savoir qui ne soit humain. Il n’y a rien dans le monde
pour l’homme qui ne soit de l’homme. Comment ne pas voir une
telle évidence, si ce n’est lorsqu’on oublie que l’homme
est le sujet de toutes ses considérations, ses jugements
d’existence même ! Pour s’aveugler, il n’y a qu’une façon
aux multiples voies, celle qui fait préférer le
fruit de la connaissance à celui qui le porte, le savoir
et ses brillances à l’auteur de la connaissance et ses
lumières, les objets au sujet dont ils sont dépendants.
Ainsi au coeur des affaires de l’homme, il y a les hommes. Toutes
les réalités du monde, tout objet de considération
porte en son coeur quelque chose de l’humanité, celle
des hommes, de la collectivité ou de la multitude dont
ils sont les objets communs. Mais qu’y a-t-il au coeur de l’homme,
au coeur du sujet, du seul sujet du monde ?
De la réponse à cette question dépend la
place de l’homme dans le monde et, bien sûr, tant son devenir
que le tissu même de son existence quotidienne. Pour que
l’homme assume son humanité, il doit la reconnaître
simultanément en lui-même et au travers de ses objets.
Qu’est ce que le coeur de l’homme ? Un débat s’établit
communément, entre la prééminence réelle
ou symbolique du coeur ou celle du cerveau pour la nature humaine
Quel est le plus important, de l’intellect ou du Sensible, du
mental ou de l’affectif, de la raison ou de la passion ? Toute
la philosophie qui s’y débat fait le lit d’un arbitre,
le corps dont, après tout, il ne s’agirait que d’un problème
de fonctions ou d’organes. Le système corporel tranche
alors la question en ravalant le sujet au rang des choses en
circulation dans le système "naturel" des corps
en mouvement soumis notamment aux lois de la gravitation universelle,
de l’attraction et de la répulsion.
Mais le coeur c’est aussi en l’homme ce qui anime et qui comprend.
Il est principe d’amour et de connaissance et ainsi il se nomme
Esprit.
L’Esprit n’est ni l’intellect, ni le Sensible. L’intellect et
le Sensible marquent la présence du sujet, présence
à ses objets, mais ils n’en sont pas le coeur.
Les organes du coeur et du cerveau peuvent bien figurer les fonctions
de l’Esprit, ils ne le sont pas. L’Esprit n’est pas non plus
le produit de ces organes, contrairement à ce que les
machinistes modernes voudraient nous faire croire, afin de nous
faire prendre l’essentiel de l’homme pour l’accessoire du monde.
Ils se mentent ceux qui se dissimulent que c’est par l’Esprit
qu’ils parlent d’Esprit.
Le coeur de l’homme est sacré. C’est de là qu’il
se fait le sujet du monde et de ses affaires. C’est de là
qu’il se fait objet de lui-même doublement et simultanément
sujet et objet de soi. C’est de là qu’il se révèle.
C’est là que se joue son devenir. C’est là qu’est
le siège de sa liberté, de sa volonté, de
la responsabilité, de son autorité sur lui-même
et ses objets.
Le coeur de l’homme, c’est ce qu’il y a de plus humain dans l’homme,
sa spécificité d’être humain, l’Instance
de son Existence .
L’homme n’est pas seulement cet existant, objet parmi les objets,
dont le fonctionnement plaît tant, au point de faire perdre
de vue l’essentiel.
L’homme est d’abord Esprit mais cet Esprit est l’Etre
de l’homme, le lieu transcendant où se joue la vie et
le devenir ; c’est la personne même de l’homme.
La personne humaine dans cette optique n’est ni un individu corporel
ou psychique, objet des sciences humaines inhumaines où,
le rat, le singe et la mouche drosophyle conviennent parfaitement
comme modèles de laboratoire, ni un simple objet des soins
complaisants de ces systèmes fabriqués par l’homme.
La personne humaine est cet être humain qui a la propriété
d’être transcendant et potentiellement libre, libre de
gouverner son existence.
Ainsi l’anthropologie est-elle forcément une ontologie
et celle-ci la science des sciences, du moins de celles qui ont
leur objet dans le monde. Elle est, à proprement parler,
métaphysique ou même métapsychique.
Le coeur du sujet, Instance de l’homme, serait
le lieu charnière entre, d’une part un Dieu créateur
et d’autre part le monde où l’homme existe aussi parmi
ses objets mais sans y être réduit.
D’une certaine façon, on pourrait faire l’hypothèse
que cette Instance , le coeur de l’homme, pourrait
se tourner soit vers l’un, soit vers l’autre. On retrouverait
ainsi une image de l’alternative de la plupart des religions
et des sagesses : soit le retour par un accomplissement, vers
son principe, soit la chute dans l’abîme de la matérialité.
Cette alternative peut être comprise d’une façon
manichéenne avec l’antagonisme des deux principes du bien
et du mal ; l’exclusive soit du monde, soit de l’Esprit ; la lutte
contre le mal ou la libération des exigences de l’Esprit
(complaisance). Cette interprétation sévit dans
le monde, occidental en particulier et on pourrait montrer qu’elle
appartient entièrement à une conception matérialiste
dont elle caractérise la logique fondamentale d’inclusion
/ exclusion.
Il y a une autre façon d’envisager la question qui réclame
une attention particulière pour ce coeur de l’homme, ce
coeur du sujet du monde.
Tout d’abord, c’est en l’homme que prennent Sens les objets de
l’homme et ces Sens sont multiples. L’Esprit de l’homme est multiple
et il est Sens . Le Sens en
l’homme, en son coeur, est ce qui se manifeste dans le monde
pour faire objets. C’est selon tel ou tel de ses Sens
que l’homme existe dans chaque circonstance de sa vie. C’est
selon ces mêmes Sens que se reconnaissent
les objets de l’homme, qui se trouve être lui même
le Sens de ses affaires et de ses préoccupations.
C’est ainsi que l’homme a le choix, choix de Sens
, choix d’être en tel ou tel Sens , choix
de conduire son existence. C’est ainsi qu’il est homme potentiellement
libre s’il découvre et cultive son humanité, cette
possibilité de choix de Sens.
Il y en a, parmi les Sens, de bons et de moins bons ! Est-ce
que tel Sens est préférable à tel autre
Sens ? C’est toute la question de l’éthique qui est posée
là, non par rapport à des objets ou normes extérieures
à l’homme, mais par rapport à lui-même intrinsèquement.
C’est aussi la question du devenir de l’homme et de ce qu’il
advient selon tel ou tel Sens. Il y a parmi tous les Sens en
l’Instance de l’homme, en son Esprit, certains
Sens selon lesquels celui-ci se retrouve, se reconnaît,
assume sa liberté et ainsi s’accomplit. Il y en a d’autres
où il se perd à se réduire à l’accessoire
de lui-même en s’aliénant au monde. Il y en a bien
d’autres encore qui tous ensemble le constituent.
L’homme est un et multiple. Seulement cette unité en lui
n’est qu’un point d’origine qui peut devenir aussi un point ultime
d’accomplissement.
L’homme ainsi n’est pas UN dans son Instance mais potentiellement
UN. C’est l’enjeu même de son accomplissement dans et par
son existence dans le monde. Seulement le monde et la multiplicité
des objets sont obstacle dispersant et passage obligé
de cet accomplissement -lieu et scène de tout devenir.
Les objets de l’homme dans le monde sont donc le contexte par
lequel celui-ci peut s’accomplir ou se perdre. Tout dépend
du Sens selon lequel il existe, le Sens qu’il leur donne, le
Sens de son existence, le Sens selon lequel il se fait sujet
de ses objets.
De l’Esprit de l’homme, on peut différencier les esprits
que sont tous ses Sens. C’est ainsi que leur discernement est
une question majeure. Mais si la réhabilitation de l’homme
"au coeur du sujet" de la question du monde renvoie
à l’essentiel de son devenir et de son accomplissement,
elle renvoie aussi à une autre considération des
affaires du monde et de tous ses objets et de la conduite à
y tenir comme homme sujet.
L’homme est la cohérence du monde, et aussi la cohérence
de chaque chose dans le monde. Prendre l’homme comme sujet fondé
au coeur de lui-même revient à aborder tous les
problèmes qui se posent à l’homme directement au
coeur de leur sujet.
A l’inverse d’une science qui n’en finit pas de cerner son objet,
à l’inverse d’un appareillage descriptif qui ne fait que
saisir l’écume des choses, cette nouvelle considération
de l’homme permet d’aborder tout par l’essentiel, d’aller directement
au coeur du sujet au lieu de l’énucléer sans cesse.
Aborder ainsi les problèmes, c’est aller directement à
leur Sens, là où les solutions peuvent germer,
se penser et se traduire en réalisations. Il n’y a pas
de problème en soi, il n’y a que les problèmes
de quelqu’un ou de quelques uns. Il en va de même pour
les solutions. C’est en l’homme que se situe le lieu de toute
compréhension, de toute conception, de toute réalisation.
C’est donc là que doit s’exercer sa propre connaissance,
sa propre compétence, tous ses soins. Pour cela il faut
qu’il le reconnaisse, en lui et en tous les autres, et il faut
s’y appliquer en conSensus les uns avec les
autres ; c’est là le commandement d’amour. C’est ainsi
qu’il ne peut y avoir de science qu’humaine, d’art qu’humain,
de pratique qu’humaine. C’est perdre de vue le sujet que de ne
définir le savoir ou le travail de l’homme que par son
objet. Par contre, cet objet est indispensable pour qu’il y ait
un sujet et pour que l’homme s’atteigne en son coeur pour s’accomplir.
Cela veut dire que toute science est vaine qui ne se réfère
qu’à ses objets, mais aussi que toute science serait vaine
qui n’aurait pas d’objet.
Les objets de science sont donc indissociablement liés
dans une relation réciproque à leur sujet : l’homme.
Cependant cette relation n’est pas symétrique et c’est
au coeur du sujet que se détermine leur objet. C’est ainsi
que les sciences physiques contemporaines se heurtent à
des paradoxes qui leur font tourner leur interrogation vers l’homme
et questionner les racines épistémologiques de
la connaissance. Vision de la réalité, l’épistémologie
de toute science est en effet humaine. Il s’agit toujours d’une
disposition intérieure de l’homme, d’une posture fondant
ses postulats, d’un Sens en définitive, selon lequel il
se confronte à ses objets et à lui-même.
La recherche par l’homme d’une cohérence interne
au monde et aux objets du monde ne peut que le ramener à
lui-même, seul lieu de Sens et de
cohérence dans le monde, au coeur transcendant
du sujet.
Comment faire entendre une telle perspective ? Comment faire sentir
toutes ses conséquences ? Comment montrer toutes ses dimensions
et ses apports ? C’est en effet ce centre que chacun constitue
pour l’ensemble de ses préoccupations qu’il faut interpeller,
ce coeur du sujet qu’il faut toucher au-delà du Sensible
ou de l’intellect, mais par leur médiation. C’est l’Esprit
de chacun, son Instance, ses Sens qu’il faut solliciter plutôt
que la multiplicité de leurs objets. Et pourtant c’est
bien la multiplicité de ces objets qui est concernée
aussi : ceux des préoccupations et vicissitudes de la vie
quotidienne, ceux de nos affaires publiques et professionnelles,
ceux de nos sociétés, de nos cultures et nos affaires
politiques, ceux enfin de la vie et de la mort, et tous ceux
qui accompagnent l’homme dans son devenir pour son accomplissement
ou sa déchéance.
La théorie de l’Instance et des Cohérences
, vise surtout à jouer un rôle utile de repère
pour la connaissance et pour la pratique :
-connaissance "au coeur du sujet" des objets de préoccupation
de chacun, connaissance essentielle, conscience des Sens et des
cohérences de toute chose.
-pratique humaine, pratique de soi, des autres et de nos objets
communs.
L’un et l’autre sont travail pour l’existence, pour la conduire
personnellement, pour aider nos proches et notre prochain, pour
assumer nos responsabilités collectives, dans tous les
domaines qui sont les nôtres. L’un et l’autre sont travail
d’accomplissement de soi par et pour les autres dans les circonstances
et les préoccupations les plus triviales comme les plus
importantes.
Cette théorie et les repères méthodologiques
qu’elle propose ne viennent pas dire comment exister puisqu’il
n’est pas du propre de l’homme d’exister ou non. Par contre,
elle vient témoigner d’une façon possible d’envisager
connaissances et pratiques en y resituant au coeur, la question
du Sens, la question de l’homme. Il s’agit d’une réhumanisation
des pratiques humaines qui revient à les réhabiter
par ce qu’il y a de plus humain dans l’homme : son coeur, et dans
celui-ci, les meilleurs de ses Sens. C’est alors que les pratiques
humaines peuvent devenir un témoignage de l’homme, témoignage
révélateur de lui-même, pour lui-même
et pour les autres, révélateur de sa liberté
et des voies et Sens de son accomplissement, révélateur
enfin de son principe et de sa fin.
Les bases théoriques qui sont proposées ici ne
sont pas toujours d’un accès facile, pas plus que n’est
d’un accès facile le coeur du sujet en chacun de nous
et encore moins du fait des maladresses de l’auteur. Cependant
le lecteur est invité à un cheminement qui n’est
pas un jeu intellectuel, un jeu de référence à
des concepts supposés établis une fois pour toutes.
Il n’y a d’établissement des concepts qu’en soi-même,
au coeur du sujet, en conSensus singulier avec d’autres qui s’y
retrouvent.
Beaucoup d’hommes sont aujourd’hui en recherche, en recherche
d’eux-mêmes, d’on ne sait quoi ou qui. Qu’ils soient parmi
les intellectuels qui éprouvent les philosophies, les
sciences, les conceptions du monde ; qu’ils soient parmi les spirituels
qui cherchent parmi les religions et les sagesses ; qu’ils soient
responsables de quelque entreprise collective ou simplement de
leur famille et qui cherchent dans les valeurs morales ou sociales ;
qu’ils soient enfin des personnes qui cherchent autour d’eux
les repères ou les signes d’une voie plus humaine, plus
personnelle ; ils sont nombreux à ne pas trouver le langage
qui rend compte de leur questionnement aujourd’hui. Si la vérité
de l’homme est éternelle, son existence et le langage
pour le dire sont temporels. Sans prétendre être
l’unique, cette voie peut parler à un homme d’aujourd’hui,
parce qu’elle parle aujourd’hui ; même si elle vise au coeur
du sujet ce qu’il y a d’éternité : son âme
spirituelle.
Le temps de l’Esprit est-il d’aujourd’hui ? C’est à l’Esprit
et de l’Esprit que veut témoigner cette théorie
pour jalonner une voie pour aujourd’hui : la voie du Sens,
voie de l’HOMME.
La voie de l’Homme est celle qui en chacun sollicite la sienne
propre, sa vocation dans l’existence, celle qui fonde son talent
personnel, celle qu’il doit trouver et cultiver pour son accomplissement
et pour le service des hommes.
Au lieu des propositions du temps qui veulent nous réparer,
nous entretenir, nous guérir de tous nos maux, nous rétablir
de nos dysfonctionnements ; qui ne s’attachent qu’à éliminer
nos défauts et lutter contre le mal ; nous proposons de
trouver au coeur du sujet pour y prendre appui : nos qualités
les plus personnelles et les plus humaines, notre vocation personnelle
et nos vocations collectives et culturelles, pour en cultiver
les vertus et ainsi au passage, sortir par le haut des abîmes
de la souffrance et des difficultés de toutes sortes.
Cheminer dans une voie d’accomplissement, la sienne propre, partagée
avec d’autres, est la meilleure des thérapeutiques, la
meilleure voie de résolution des problèmes matériels,
psychologiques, affectifs, sociaux, économiques, etc...
C’est la voie qui s’appuie et exalte le meilleur de soi-même
et qui, de l’obstacle fait un tremplin pour l’accomplissement.
Il y a trop de propositions égarantes qui promettent le
meilleur au prix de l’abandon de soi, au prix de l’abandon du
sujet, au prix de la réduction au stade d’objet parmi
les objets idolâtrés. Ces propositions à
prétentions scientifiques, pragmatiques, expérimentales,
rationnelles, naturelles, et même quelquefois religieuses,
dénient à ceux qui cherchent, que leur voie soit
en eux-mêmes. Il ne s’agit pas là d’exclure toutes
ces propositions qui, malgré tout, témoignent de
l’homme et de l’homme seulement, même lorsqu’elles prétendent
le contraire (au nom de l’objectivité principalement).
Il s’agit d’affirmer, à tous ceux qui veulent l’entendre,
que l’homme est premier par rapport au langage qu’il tient et
non l’inverse ; que l’homme est sujet du monde et non l’inverse.
Bien sûr, cela n’empêche pas que l’homme soit pour
une part sujet au langage et sujet de nature, mais ce n’est que
par son existence qu’il en est ainsi, et non par son Etre, son
Instance.
Au coeur du sujet, aussi assujetti soit-il, réside le
Sens même de ce qui peut l’assujettir
et ce Sens est lui-même, et ce Sens il
peut le connaître et le choisir, et de ce Sens
il peut conduire sa vie et dominer le monde, non dans une épreuve
de force ou de raison mais par sa transcendance reconnue et assumée,
jusqu’à la maîtrise du coeur-Esprit, pleine possession
du don d’Etre.
Cette transcendance fait la dissymétriedu rapport sujet-objet,
homme-monde. Elle fait plus que ça : l’irréversibilité
du temps qui n’est autre qu’une dimension de l’existence, la
dimension qui y signale le mieux la présence de l’Etre,
de l’Etre-homme, comme plusieurs philosophes contemporains en
ont eu l’intuition (Bergson, Heidegger notamment). Le temps toujours
orienté, c’est le Sens de l’existence. Il n’y a pas de
temps sans homme. Quel homme pourrait prétendre trouver
un temps qui ne soit inventé, conçu par l’homme.
Le temps est celui de son devenir, la preuve de son Sens
.
C’est au Sens que tout est ramené dans
cette voie de l’homme et c’est par un examen de cette question
de Sens que nous allons viser au coeur du sujet,
espérant trouver au coeur du lecteur quelque Sens commun
qui résonne en conSensus : voix intérieure, voix
de l’Esprit, voie d’accomplissement.
AVERTISSEMENT AU LECTEUR
La Théorie de l’Instance et des Cohérences est
l’expression d’un point de vue, d’une position vis à vis
de soi et des choses. De ce point de vue, aucun problème
ne se trouve qui ne doive être envisagé d’un regard
neuf. Ce point de vue est celui d’un regard intérieur
et c’est à un tel regard que le présent essai tente
de baliser l’accès. Pour cela il faudra se familiariser
avec certaines considérations avant de scruter les espaces
qu’elles révèlent. L’ambition ici est limitée
aux bases essentielles de cette perspective. Cependant, on trouvera
autour d’un fil principal, toute une série d’ouvertures
dont le chemin offre les paysages et aussi quelques exercices
techniques pour étudier certains processus complexes.
C’est un vaste panorama qui s’offre au lecteur pour qu’il fasse
les détours et les retours que son propre voyage aimera
et qu’il prenne les raccourcis qui lui conviendront.

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