Le big bang du virtuel

D’après paul Virilio
jeudi 5 août 2004
par  Roger Nifle
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"La bombe informatique" Tel est le titre d’un ouvrage de Paul Virilio Editions Galilée commenté pour la revue "Réflexion faite" Juillet Aout 1999

Paul Virilio nous alerte. Nous allons perdre le contrôle ! Par l’accélération des progrès techniques, avec l’informatique notamment, dématérialisation, déréalisation, défactualisation des choses, "défaite des faits" sont en marche. Même nos corps sont menacés de virtualisation par la technologie.

Or ceci ne peut laisser indifférent un chef d’entreprise à l’ère de la mondialisation et d’Internet, celle aussi de la gestion de l’immatériel. En pleine mutation le terrain serait-il miné ?

Dans l’image classique de l’entreprise, la production et l’échange matériels déterminaient le travail des dirigeants : produire efficacement et contrôler les faits, voilà qui était concret ! Le patron allait même jusqu’à se retrousser les manches.

Des systèmes techniques de plus en plus sophistiqués semblent maintenant prendre le pas. La bombe informatique, Paul Virilio l’associe expressément au "risque systémique" dont le crash boursier est l’une des figures. Malgré une vision cataclysmique n’aurait-il pas raison d’alerter sur cette emprise des systèmes sur les hommes ? On nous explique que nous sommes de plus en plus soumis aux lois des systèmes qui nous environnent : lois de la nature, lois de l’économie mais aussi, pourquoi pas, lois des systèmes biotechnologiques. La seule liberté serait de nous y adapter sous peine de commettre un délit de dysfonctionnement.

Comment pourrait-il encore subsister des entrepreneurs dans un temps où les "maîtres du système" ou plutôt ses servants seraient seuls en mesure d’agir ? Combien de chefs d’entreprises contrôlent effectivement leurs propres systèmes informatiques ?

Or si le danger est réel il n’est du qu’à l’abandon de la dimension humaine : la capacité d’autonomie des intentions, la vertu de persévérance, le courage de tenir une position, la référence à des valeurs propres... Etrangement ce sont là des expressions du contenu de la racine indo-européenne "WIR" que l’on retrouve dans le terme "virtuel".

Nous voilà bien au coeur de l’enjeu :

- ou bien la production technologique est pensée comme système autodéterminé auquel cas nous serons bientôt dissous dans le système, clonés, déréalisés, Organismes Génétiquement Motivés comme nous le promet Paul Virilio.
- ou bien elle est pensée comme moyen d’expression et "véhicule de transport" des intentions humaines, auquel cas le "temps du virtuel" qui commence est au contraire libérateur d’initiatives, de créativité, d’entreprises humaines par delà les limites matérielles de nos organisations classiques (mentales notamment). Jamais une telle créativité, un tel foisonnement d’initiatives et autant de pionniers ne se sont trouvés mobilisés en si peu de temps et à une telle échelle que sur Internet.

La volonté entreprenante (VIR) est l’axe de cohérence de toute entreprise. Au temps du virtuel, diriger c’est donner le Sens qui rassemble une communauté entreprenante, même à des milliers de kilomètres. Le "télémanagement" des entreprises "virtuelles" nécessite une "gouvernance" centrée sur un Sens fort et l’art de le faire partager. Par une plus grande personnalisation des échanges sont mises en valeur les virtualités humaines, dans le travail comme dans le commerce. Ce sont là les questions que devra aborder le management pour les temps qui s’annoncent : comment donner Sens à une communauté humaine engagée, grâce au véhicule des nouvelles technologies.

La bombe informatique ne fera sauter que ceux qui ont perdu le Sens : c’est à dire valeurs et direction.



Commentaires  forum ferme

Logo de Gilles AMENDOLA
dimanche 8 août 2004 à 09h23 - par  Gilles AMENDOLA

L’actualité de ces dernières années confirme pleinement la situation décrite par cet article. On peut d’ailleurs constater que l’"éclatement" de la bulle internet n’a fait disparaître que ceux (très nombreux d’ailleurs) qui ont confondu le véhicule et la direction, c’est à dire qui se sont mis au service de la technologie au lieu de mettre cette dernière au service de leur entreprise, de leur projet de service.

Par ailleurs et dans un cadre plus général, il semble y avoir une grande nécessité à réhabiliter la fonction d’entrepreneur. Celle-ci, sans laquelle l’intentionalité de service ne peut être réalisée, est en effet souvent suspectée voire mise en accusation par tous ceux qui n’y voient qu’un moyen d’assumer des rapports de force et de dominance. Vaste chantier...