Europe la refondation

participation à la convention
dimanche 4 août 2002
par  Roger Nifle
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Préparer une constitution c’est engager une refondation. C’est le Sens de l’Europe qui est en jeu. La question de la Turquie est tout à fait symptomatique.

Oui il s’agit de refonder l’Europe c’est à dire travailler à sa fondation et ses fondements. Or, ce qui arrive maintenant à l’Europe est aussi une question pour l’humanité à un moment de mutation de civilisation. La question des fondements est maintenant une question de Sens et non une question de modèle, secondaire. Si on ne dépasse pas l’affrontement des modèles de représentation classiques du politique, on ne peut résoudre la question fondamentale qu’exige le futur de l’Europe, celle que le passé n’a pas su résoudre.

Du côté des fondements, la question du Sens de l’Europe rejoint celle de la nature de l’homme et des communautés humaines. Nous l’affirmons ici, si on ne dépasse pas les réponses du passé, l’Europe n’a pas d’avenir. C’est à cette tâche que s’est attelé l’Humanisme Méthodologique. Il met en évidence que le Sens est le propre de l’homme et les conSensus le propre des communautés humaines, communautés de Sens, partagés, pour le pire et le meilleur. C’est en tout cas le lieu des fondements humains de l’Europe. L’Europe, en effet, a ses Sens propres qui en fondent la culture et les valeurs. Leur discernement éclaire les visions "européennes" de l’Europe. C’est ce qui est présenté très sommairement ci-après au travers de quatre Sens, polarités d’une sorte de boussole qui propose le choix.

On y retrouve des Sens et des logiques classiques qui ne peuvent qu’échouer à révéler la vocation humaine de l’Europe, c’est à dire à la refonder. Chaque logique portera les "formes" qui peuvent en traduire le Sens et en particulier sous le mode des structures politiques que l’on cherche aujourd’hui à redéfinir. Cela ne sera possible que si le Sens est posé, choisi, éclairé, sinon l’assaut des formes qui s’affrontent empêche l’Europe d’entrer dans l’ère de son accomplissement. Ce monde exige cette mutation consistant à avoir recours au Sens après des siècles d’une civilisation où les "représentations" ont fait la loi, avec ou sans l’esprit

Quel Sens donner à l’Europe ? Maintenant il faut choisir.

L’Europe des puissances. Jeu de "territoires" de pouvoir, alliance stratégique. Frontières ? celles du champ d’emprise maîtrisé. La Turquie oui ! s’il n’y a pas de risques d’invasion intérieure et que c’est avantageux. La poursuite de l’histoire ancienne, de l’alliance tactique des intérêts particuliers sans véritable respect réciproque. L’Europe des opportunismes. L’Union libre. L’unité c’est l’équilibre des rapports de puissance. Tel couple d’influence assure informellement un leadership qui se veut sans contrôle véritable. Seule une organisation instrumentalisée peut occuper le centre des apparences, jamais un pouvoir légitime. C’est le jeu traditionnel.

L’Europe des normes . L’ouverture défensive sous condition d’uniformisation des différences. Règlementation à tendance totalisante, formalisation conservatoire. L’Europe administrée ouverte à tous les pays sous réserve d’adhésion au réductionnisme idéologique, juridico-administratif et technique. Etouffement proportionnel à l’ouverture, la désaffection affective. Turquie, Maroc, Israël, Russie ? Question de normes et de conformation rationalisée à prétention universelle. Pourquoi pas une norme ISO-Européenne comme emblème et comme nom ? L’unité c’est le cadre juridique unifié. Il n’a comme légitimité que la convention entre les parties prennantes. Tout n’est que jeu de représentations formelles et formalistes qui s’imposent à tous, une sorte de super Etat régulé à la marge par un scénario de représentativités politiques accessoires. Nous y sommes déjà.

L’Europe paranoïaque. La forteresse assiégée avec le risque d’invasion des étrangers, les visées totalitaires potentielles des autres cherchant à porter atteinte au caractère "supérieur", "fondateur" de l’Europe. Manque de chance, l’Europe est peuplée d’étrangers. Logique totalitaire suicidaire. Il faut des frontières bétonnées mais où ? Turquie = danger vital. Proposition de nom pour l’Europe : la coalition Charles Martel. L’unité c’est un pouvoir central. Légitimé par l’adversité il doit logiquement être totalitaire. Non merci

L’Europe communauté de communautés, culture des différences. Unité de Sens et de conSensus, diversité des concours et des engagements. Unité de projet (humain) multiplicité des contributions. Les formalisations "signifient " le Sens. Le projet : (re)connaissance des cultures et vocations propres ; structures de concourances des communautés selon leur vocation (nations, régions, villes, pays, et autres communautés de Sens a-territoriales) ; édification progressive de réponses européennes dans tous les domaines de la vie collective, à la mode de chaque communauté. Il y faut un "contrat de projet" refondateur, constitutionnel et institutionnel sur le Sens et la méthode. L’Europe foyer/projet n’a pas de frontières pas plus que d’autres foyers de culture humaine. L’unité c’est le Sens d’une vocation communautaire. Elle doit être incarnée par une personnalité symbolique c’est-à-dire grâce à un jeu d’élection du Sens de l’Europe qu’il incarne. Il se confond avec celui d’une vocation qu’il contribue à révéler et réaliser.

Qui a vu que l’existence d’une communauté annulait ipso facto la personnalité et l’autonomie de ses membres ? Qu’est ce qui empêche que toutes les communautés européennes disposent elles-mêmes d’une vocation qui leur soit propre. Le lien entre les parties prennantes c’est :

- sur le fond (refondation) le Sens incarné par un président élu et par une constitution qui en signifie l’institution, avec les régulations centrales du Sens (le juste et le non juste) et l’élaboration d’un projet commun qui réclame une organisation ad-hoc et évolutive

- en pratique les concours volontaires et contractuels des parties prennantes au projet commun et non les directives centrales imposées du centre vers la périphérie. Qui a vu que le concours d’une communauté politique à un projet qui le dépasse l’aliènerait et excluerait son propre projet ? Il faut seulement une discipline et une direction commune.

C’est bien l’invention refondatrice d’une conception politique de l’Europe, communauté de communautés, culture de cultures qui est en jeu.

Ne pas se confronter à ces fondements c’est rater à coup sûr la marche de la mutation du monde actuel, c’est à dire faire avorter l’accomplissement d’un vocation européenne en gestation depuis près de trois millénaires.

Où sont les travaux fondamentaux sur ces questions, nécessaires à toute refondation et qui doivent dépasser et remettre en question la réflexion à l’infini des mêmes modèles. L’Europe qui a vu naître tant de pensées de l’Etre ne serait-elle pas capable aujourd’hui d’une pensée de l’être européen ?

L’Humanisme Méthodologique est à votre disposition.