Le Journal Permanent de
L'Humanisme Méthodologique
par Roger NIFLE


Une méthode de pensée pour l'action
Basée sur la Théorie et l'Ingénierie du Sens et des Cohérences Humaines
Le 15 03 2010 à 06 h 38

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    Etudes de cohérences des situations
    et des phénomènes humains collectifs complexes

    Première publication : avril 1993, mise en ligne : mercredi 4 août 2004, Roger Nifle


    Pour aborder une situation il faut avoir deux types de ressources, une approche de la situation et une démarche d’analyse. L’approche des situations dépend des présupposés en général implicites et ici rendus explicites par la théorie du Sens et des cohérences humaines. L’analyse des situations dépend des instruments dont on dispose et des présupposés précédents. Là aussi l’ingénierie des cohérences humaines apporte des moyens sans équivalents pour la rapidité et la profondeur des analyses. C’est d’autant plus d’exigences qu’il faut en contre partie mobiliser.

    PREAMBULE

    Toute méthodologie repose sur des postulats théoriques implicites. Malheureusement, ils ne sont pas toujours interrogés si bien que trop souvent un appareillage plus ou moins sophistiqué peut masquer une position idéologique à priori. C’est la source du problème de l’interprétation et des mécanismes de projection inconscients ou non qui s’y glissent. Beaucoup d’analyses sont plus le reflet des idées de leurs auteurs et de leurs présupposés que de la réalité.

    La référence a l’objectivité avec l’utilisation d’un appareillage mathématique et statistique ne résout pas le problème dans la mesure où les éléments choisis pour être traités sont supposés être significatifs. C’est notamment au niveau de leur choix et de leur appréhension que se glissent les à priori implicites.

    Le problèmes n’est pas tant d’éliminer la subjectivité que de la contrôler.

    S’agissant de phénomènes sociaux (sociétaux  ? sociologique ?) la place de la subjectivité humaine a été trop souvent écartée ou réduite à des signes manifestes, comportementaux, à l’interprétation plus ou moins simpliste. Tout cela ressorti d’un problème épistémologique. Quel est le processus de connaissance engagé ?

    En outre, un autre problème reste trop souvent masqué, c’est celui de l’utilisation de l’analyse dans la prise de décision et dans l’action.

    Le mythe d’une neutralité objective aurait rendu l’acte d’analyse autonome et indépendant de toute intention, de tout projet, de toute utilisation nécessaire. La mauvaise réputation des études qui ne serviraient à rien y est sans doute en partie fondée.

    Cette dimension pose un problème praxéologique. Comment sont envisagés les processus de l’action dans lesquels intervient l’analyse ?

    Cela joue sur :

    La façon de poser et de s’approprier le problème

    Le type de connaissance ou "d’intelligence" dont on a besoin (en fonction des buts poursuivis)

    Le mode de conclusion/décision auquel prépare l’analyse

    La conception de stratégies cohérentes et l’évaluation de leur mise en oeuvre.

    C’est sur tous ces aspects que portent les apports de l’analyse de cohérences inscrite dans la méthodologie générale des cohérences et reposant sur la Théorie des Cohérences Humaines.


    I - LA PROBLEMATIQUE DE L’ANALYSE DES PHENOMENES HUMAINS COLLECTIFS

    L’analyse des phénomènes repose sur une hypothèse relative à leur nature.

    En l’occurrence la conception que l’on a des sociétés humaines, des cultures, des comportements collectifs et de leurs rapports avec les comportements individuels est déterminante.

    La Théorie des Cohérences Humaines montre qu’il faut différencier les phénomènes manifestes de ce qu’ils expriment et qui en est la source explicative sous-jacente.

    La connaissance des phénomènes sociaux réclame, d’une part une lecture organisée de leur manifestation, et d’autre part une intelligence, un discernement de leur sens, c’est-à-dire leur origine, logique et conséquence.

    Sur le plan épistémologique, la Théorie des Cohérences Humaines montre que tout phénomène qualifié peut être élucidé par la mise en évidence d’une problématique (humaine) sous jacente et des sens selon lesquels, elle peut être engagée effectivement. C’est le but de l’analyse de cohérences d’élucider ces sens que l’on peut à son issue représenter sous forme d’une carte de cohérence similaire à une sorte de boussole.

    On peut alors envisager le repérage de Sens dominant, le choix d’un sens souhaitable, la détermination d’une orientation pour l’action mais aussi le discernement du sens prédominant dans tel ou tel secteur de la société ou de la situation en question ou de son historique.

    Tout cela repose sur un renouvellement radical du concept de sens, sa reconnaissance comme clé des phénomènes humains et de la cohérence humaine de chaque situation ou phénomène. En outre, cette nouvelle conception du sens relie et explique les acceptions classiques telle que les équivalents de signification, direction, logique, ressenti, valeur, etc. De ce fait, elle fait de la notion de sens, l’articulation entre la connaissance et l’action, d’un côté, la recherche du sens qui est discernement, élucidation, intelligence des choses et de l’autre engagement du sens qui est mobilisation, organisation, stratégie, entreprise, etc. L’un et l’autre sont articulés par l’acte déterminant de décision qui est décision de direction ou décision de sens (diriger, c’est donner le Sens...).

    L’analyse de cohérence est par ce fait un chemin vers les clés de la décision et de l’action et aussi de la responsabilité (répondre du sens de l’engagement).

    Sous un deuxième aspect la Théorie des Cohérences Humaines montre que les phénomènes peuvent être décrits à partir de la structure de toute expérience humaine en intégrant :

    une dimension subjective ou intentionnelle

    une dimension objective

    une dimension rationnelle qui est le produit des deux
    précédentes.

    Cette structure dite "cohérencielle" présente aussi

    un volet factuel (ce qui se passe en fait),

    un volet représentatif (la représentation des faits selon telle
    ou telle lecture),

    un volet relationnel (le jeu des rapports et des rôles).

    La reconnaissance ou l’analyse de telle ou telle dimension du phénomène relève de modes d’appréhension différents impliquant facultés et méthodes spécifiques.

    Ce que l’on appelle réductionisme est la confusion d’une dimension ou d’un aspect du phénomène avec le tout. Une approche réductrice peut être intéressante à condition que ses résultats soient relativisés à l’ensemble de la réalité du phénomène.

    Deux autres éclairages sont apportés par la théorie des Cohérences Humaines.

    D’une part la reconnaissance du phénomène de culture reposant sur la notion de "consensus" (pris ici comme sens commun), qui permet de comprendre les sens et logiques spécifiques de populations de cultures différentes (les pires et les meilleurs) et de pouvoir traiter de leurs points de vue les problèmes et leur règlement.

    L’autre éclairage majeur montre qu’il existe des stades d’évolution des sociétés et des niveaux d’appréhension et de maîtrise équivalents des phénomènes.

    On distingue :

    un niveau factuel réduit à l’immédiat

    un niveau représentatif ouvert au stratégique

    un niveau relatif ouvert au politique.

    Cela engage à choisir le ou les niveaux de lecture ou de communication des analyses.

    II - LE PROCESSUS DE L’ANALYSE

    L’observateur intervient dans le phénomène observé du moins par le sens de son regard et donc l’intention de l’analyse.

    Il y a donc lieu de prendre en considération cette subjectivité dans le processus.

    L’analyse de cohérences est analyse des sens. Cette analyse n’est pas un travail d’interprétation qui consiste habituellement à rechercher les correspondances entre le phénomène réel et telle ou telle grille de lecture.

    Elle ne consiste pas non plus à vérifier une hypothèse à priori bien que trop souvent c’est ce qui se passe inconsciemment.

    Elle consiste en un travail d’élucidation, cela procède non d’un raisonnement mais d’un travail que certains appelleraient induction dont les conclusions se valideront néanmoins au travers d’un processus déductif et prédictif.

    Il est fait appel à des phénomènes peu théorisés et utilisés de façon courante mais sans maîtrise, qualifiés d’intelligence symbolique. Un processus dit d’homologie (représentations de mêmes sens) est mis en oeuvre par la technique d’analyse de cohérences. La description de la technique n’est guère possible sans être familiarisé avec ces processus et en avoir éprouvé la performance.

    En outre les résultats ne sont pas recherchés par l’application distancée et mécanique d’une procédure mais par son utilisation comme moyen d’un travail intérieur sans lequel il n’y a ni discernement, ni intelligence des phénomènes.

    Ces indications très sommaires mériteraient de long développement dans la mesure où ils reposent sur des découvertes théoriques et méthodologiques très nouvelles auxquelles doivent être confrontées les méthodes classiques.

    A titre indicatif chacun a vécu le fait de comprendre d’un seul coup un problème tout en étant éloigné dans le temps et dans l’espace de sa réalité. Le théâtre de la compréhension est bien la personne et non le phénomène, ni la technique. C’est donc là que se situe le processus d’élucidation et que doit agir l’artifice méthodologique de discernement.

    C’est d’ailleurs le même lieu où se détermine toute décision et d’où s’engage toute action.

    L’analyse de Cohérence se démarque donc largement des pratiques d’analyse de contenu ou d’analyse des données de par ses fondements épistémologiques radicalement nouveaux. Cela n’empêche pas à l’inverse de requestionner épistémologiquement ces pratiques pour en reconnaître les conditions et les limites de validité.


    III - L’ANALYSE DE COHERENCES DANS LA PRATIQUE -
    METHODOLOGIE GENERALE

    La première nouveauté est dans la manière de poser les problèmes. Si l’on considère le rôle de l’observateur dans le phénomène observé, on doit à plus forte raison l’étendre :

    à l’amont à la façon de poser le problème

    à l’aval à la prise de décision et l’action dans et sur le
    phénomène social.

    Les apports sont ici les suivants :
    Un problème est toujours relatif à ceux ou celui qui le pose. C’est toujours un acte d’autorité et de responsabilité de le faire.

    Ainsi on doit s’interroger sur :

    qui pose le problème ou pour qui cela fait-il problème

    de quoi s’agit-il ou encore qu’elle en est l’objet principal et
    dans quel contexte

    dans quel sens cela fait-il problème ou souhaite-t-on engager
    sa résolution.

    La réponse à ces questions participe d’une technique dite de centration qui consiste plus à focaliser l’attention au centre, au coeur du phénomène qu’à le "cerner" ou en délimiter le champ.

    Poser le problème ainsi est une "mise en disposition de résolution" et fait intervenir les différentes dimensions réelles de telles situations (jamais abstraites d’un contexte social, de référents d’autorité et d’intentions).

    C’est aussi ce qui permet d’établir une stratégie d’intervention portant sur le type d’analyse à effectuer, le type de décision à prendre en conclusion, le type d’action à convenir ensuite et les méthodes pour tout cela.

    C’est ainsi que l’approche permet d’économiser souvent des investigations coûteuses en allant à l’essentiel qui est l’essentiel de la décision et de l’action.

    Par exemple, bien qu’il soit possible derrière les analyses de type qualitatif de procéder à des mesures pondérales, l’expérience montre que l’on en a besoin moins souvent pour décider ou qu’on peut en alléger considérablement la pratique.

    Par ailleurs, plusieurs méthodes d’analyse (analyse figurative, analyse cohérencielle) permettent des approches progressives et structurées en fonction du problème et de la stratégie de résolution conçue (méthode).

    A l’aval de la décision résultant de l’analyse une conception stratégique de l’action théorisée de façon neuve peut être réalisée dans le sens voulu et dans les conditions prévues.

    Pour cela, on considère le caractère unique et original de chaque stratégie qui intègre une intention singulière et une situation particulière.

    Une technique dite de "créativité générative" permet d’en concevoir le scénario dans le sens désiré (direction prise). Elle permet aussi d’élaborer : schémas directeurs, plans stratégiques et enfin programmes et opérations "significatives".

    Au coeur de la démarche, la décision de direction ramenée à un choix de sens est favorisée par la méthode tant par la mise en lumière de plusieurs sens possibles à l’oeuvre sur le terrain que par la possibilité de les illustrer aussi bien par des éléments significatifs actuels ou antérieurs que par des projections anticipatrices pour faciliter les choix. Cela en fait d’ailleurs le support d’une pratique de prospective revisitée sur le plan théorique.

    En conclusion, l’analyse de cohérences ne se conçoit qu’inscrite dans une méthodologie de l’action à un stade préparatoire à la décision. Elle ressortit d’une approche épistémologique et praxéologique neuve qui apporte une maîtrise de la dimension subjective et qualitative des phénomènes en harmonie avec les dimensions objectives et quantitatives sachant que l’action rationnelle (donc stratégique) doit intégrer les deux à moins de tomber dans le subjectivisme et l’arbitraire (quelque fois camouflés derrière un écran d’objectivité) ou bien de tomber dans l’objectivisme et l’irréel qui ne tient pas compte des hommes et des sociétés réelles en situation, irréalisme masqué lui aussi quelque fois par la référence à des stéréotypes idéologiques ou à la voix de l’opinion.

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