Le concept de cohérence
par Roger Nifle
Le concept de cohérence est lui aussi polysémique. Il a cependant un rapport singulier au Sens en tant qu’il indique l’unité de Sens d’un ensemble. La théorie du Sens et des cohérences humaines y attache une importance particulière sur le plan conceptuel et pratique.
La notion de cohérence fait partie du sens commun selon
lequel peut être jugé un système. Elle s’associe
souvent au jugement d’incohérence qui sanctionne ce qui
parait inadéquat par certain coté.
Il est cependant très vite clair à la réflexion
que le jugement de cohérence repose le plus souvent sur
un sentiment difficilement objectivable et relève plus
de l’empirisme que d’une démarche maîtrisée.
Etablir le concept de cohérence réclame que l’on
aille au delà du sens commun et une voie consiste justement
à l’explorer.
En introduction au problème que pose le concept de cohérence,
notamment dans les systèmes complexes, je vous proposerai
une analyse épistémologique d’une série
de huit définitions contrastées dont on peut repérer
l’usage.
On en viendra à établir par la suite une première
définition restreinte où on pourra dissocier la
structure de toute réalité, donc de tout système,
et le principe de cohérence.
Enfin on en arrivera à une définition généralisée
du concept de cohérence établi par la théorie
des Cohérences Humaines pour conclure par un
aperçu des conséquences pratiques de cette approche.
Voici donc en introduction une analyse de ce que l’on entend
par cohérence :
Il y a pour chacune de ces définitions
une position épistémologique particulière
où sont associés la définition implicite
de la notion de cohérence et le processus de connaissance
et de jugement spécifiques.
Il y a même, peut-on dire, une cohérence entre définition
implicite et processus de connaissance.
De toutes ces positions épistémologiques la Théorie
des Cohérences Humaines retient celle où
la compréhension du sens et donc du caractère significatif
des choses est critère de cohérence.
Nous en arrivons là à une première définition
restreinte du concept qui nous occupe.
Un système est cohérent autant qu’on lui trouve
un SENS . On peut alors remarquer que l’évolution
ou la complexification du système lui conserve sa cohérence
autant qu’il garde son Sens.
La Théorie des Cohérences va plus loin en montrant
que le Sens est au principe même de la réalité
manifeste du système. La complexité d’un système
est le déploiement de son Sens.
La théorie montre, par ailleurs, que ce que nous apercevons
comme étant une réalité, un système
n’est que la façon dont nous "réalisons"
les choses à partir du Sens de notre considération
particulière.
Le sens prend forme dans les modes selon lesquels nous apparaît
la réalité. Celle-ci nous est appréhendable
qu’autant qu’elle a un sens.
Le concept de cohérence est ainsi au coeur de la reconnaissance
d’une réalité comme telle.
Cependant le plus souvent ce sens ne nous est pas conscient et
en plus il peut être multiple.
Chacun a pu faire cependant l’expérience suivante : face
à une situation ou une réalité complexe,
l’analyse nous donne un sentiment de complication inexplicable
et lorsque brusquement le sens s’éclaire alors la réalité
nous apparaît simple, en même temps que toute sa
complexité se trouve justifiée.
Il faut alors noter que la cohérence du système
est ce qui articule son sens, simple, invisible et sa complexité
manifeste.
On pourrait aussi chercher à analyser cette complexité
en dégageant une structure, statique ou dynamique. Bien
qu’un repérage puisse être utile pour décrire
le système, il n’apporte rien à l’appréhension
de son sens donc de sa cohérence.
Sur ce point la théorie des Cohérences montre comment,
à partir du sens, se structure la complexité. Elle
distingue le sens ou principe de cohérence et la "structure
cohérencielle" qui en est le déploiement.
L’analyse cohérencielle permet de décrire la réalité
complexe dans ses structures et l’analyse de cohérences
permet d’en élucider le sens.
La structure cohérencielle des réalités
est une structure ternaire que l’on retrouve tant au niveau global
du système qu’au niveau local d’un sous-système
ou de chacun de ses éléments.
Nous ne pouvons en donner ici qu’un aperçu qui mériterait
de plus long développement.
Toute réalité peut être décrite selon
trois dimensions :
Sa logique subjective, sa composition objective et son
développement historique résultant
Ces trois dimensions peuvent être
complétées par trois plans d’observation :
- Celui des relations entre les éléments selon
la logique du système (inter-relations).
- Celui des formes selon lesquelles il se présente (inter-faces.).
- Celui des opérations et mouvements qu’y s’y manifestent
(interactions).
Chaque sous système est lui aussi descriptible selon une
même structure cohérencielle.
Revenons-en au principe de cohérence pour remarquer que
le tout et les parties, le système global et les sous-systèmes
locaux sont liés de façon complexe au sein d’un
même cohérenciel en tant qu’ils reposent sur le
même principe de cohérence c’est-à-dire le
même sens.
Le sens est donc le principe d’unité, de permanence du
système, il constitue donc sa cohérence.
Nous pouvons conclure cette approche restreinte du concept de
cohérence par ce parallèle :
Le simple est au complexe comme le Sens est au système.
C’est là que réside le problème de cohérence.
Cependant, la théorie des Cohérences que nous venons
de caractériser invite à aller plus loin encore
en développant le concept général de cohérence.
Si le jugement secondaire de cohérence repose sur l’appréhension
consciente, intuitive ou diffuse d’un sens, il faut aussi remarquer
qu’une même réalité peut être envisagée
selon plusieurs sens qui lui donneront chacun un visage différent.
Dira-t-on alors que cette réalité a plusieurs cohérences
?
Ma proposition est plutôt d’appeler cohérence l’ensemble
des sens que prend ou peut prendre cette réalité
ou ce système.
Cet ensemble de sens que j’appelle "Cohérence",
selon une définition généralisée
du concept, a une structure interne telle que tous ses sens s’opposent
dialectiquement deux par deux. C’est la source des contradictions
ou des antagonismes que l’on constate dans la réalité
sans pour autant que sa cohérence soit en question. Le
principe généralisé de cohérence
intègre donc le contradictoire et l’antagonisme.
Ainsi, une Cohérence est un complexe de Sens qui est à
la source des réalités manifestes du système
et de leur complexité apparente dont le cohérenciel
permet de décrire les structures.
Ce développement théorique nouveau du concept généralisé
de cohérence entraîne d’un coté à
fonder toute une épistémologie qui intègre
le Sens et donc la place essentielle de l’homme dans ses réalités.
D’un autre coté, elle débouche sur une pragmatique
structurée par la méthodologie
générale des Cohérences
qui propose et permet l’accès à l’essentiel, c’est-à-dire
aux Sens et aux Cohérences pour mieux maîtriser
la connaissance et l’intervention dans les systèmes complexes.
Elle propose une démarche de maîtrise de la complexité
des situations et des problèmes par la maîtrise
de leur cohérence et de leurs sens.
En résumé
La notion de cohérence relève le plus souvent du
sens commun. La théorie des Cohérences propose
tout d’abord une analyse des positions épistémologiques
caractérisées chacune par une définition
implicite du concept de cohérence et du processus de jugement
de cohérence correspondant.
Elle dégage ensuite une première définition
restreinte du concept qui le rattache au sens sous-jacent qui
donne sa cohérence au système et en sous-tend la
complexité.
Une définition généralisée en vient
à appeler Cohérence le complexe de Sens qui déploie
ses manifestations dans la réalité apparente du
système et en fonde la complexité.
La Méthodologie Générale des Cohérences
découle alors d’une épistémologie nouvelle
fondée sur le principe de cohérence et les structures
cohérencielles.

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