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Application à la décision, l’action et la communication
DEUXIÈME PARTIE
B - DIRECTION ET PRISE DE DECISIONS
: POLITIQUES ET STRATEGIES
Cette partie présente une totale
originalité si bien qu’on ne trouvera guère de
précédents ou d’équivalents dans la mesure,
en effet, où des pratiques sur le Sens ne sont pas connues,
les questions elles-mêmes sont évitées. C’est
d’ailleurs un problème très actuel que celui de
la décision, dans un contexte incertain. Dans les années
passées, le Sens était quasiment unique (progrès,
croissance, etc.) aussi il ne semblait pas y avoir de questions
de Sens. Aujourd’hui se posent à nouveau ces questions
du Sens, de la multiplicité des Sens, de cohérence,
de choix enfin. Toute la fonction du dirigeant se trouve remise
en question. Comment diriger aujourd’hui, dans les situations
incertaines où l’on évolue, avec les moyens incertains
dont on dispose ? Tout ceci amène à redéfinir
ici les grandes questions sur le sujet et à envisager
les réponses apportées par la théorie des
Cohérences Humaines, ses méthodes et l’outil irremplaçable
que constitue une carte de cohérence.
1) Principes de la décision
Une fois posée la distinction entre
la réalité des situations et leur cohérence,
entre l’ordre des réalités et l’ordre du Sens,
le problème de la décision se présente tout
autrement. Il faudra maintenant distinguer :
- les décisions sur la réalité,
- les décisions sur le Sens.
Il faudra de plus distinguer les choix
eux-mêmes des moyens d’action. En effet, on peut chercher
à obtenir un résultat en agissant sur le Sens comme
moyen comme on peut chercher à orienter dans un Sens en
agissant sur les réalités comme moyen. Cette seconde
distinction trouvera ses expressions dans les politiques et les
stratégies.
Les décisions sur les réalités. Ce sont celles que l’on connait et qui ne suffisent
plus. Elles consistent à choisir des objectifs, se fixer
des buts que l’on peut à chaque fois formaliser, objectiver.
C’est un chiffre d’affaire, un taux de croissance, un type de
produit, un résultat électoral, c’est aussi l’obtention
de choses particulières des biens, des identités,
des rapports, du savoir, un rang... c’est aussi le choix entre
des possibilités de réalisations, de moyens, etc.
Les décisions sur la réalité
sont toujours à envisager mais il faudra maintenant distinguer
parmi elles :
- celles qui sont à Sens constant,
sans changement d’orientation, il s’agit de décisions
de pure forme,
- celles qui sont à Sens quelconque.
Atteindre tel résultat avec lui même comme seul
critère peut amener des surprises désagréables.
Si le Sens non élucidé est néanmoins donné,
on est dans le cas précédent (cas le plus fréquent
pour les dirigeants dans le passé). S’il est quelconque,
l’obtention du résultat peut donc avoir toutes sortes
de Sens avec tous les problèmes que l’on peut imaginer.
C’est peut être là que la crise contemporaine s’est
jouée, dans l’arbitraire du Sens. Les dirigeants sont
aujourd’hui confrontés à la nécessité
d’une autre manière de diriger et décider.
- celles qui réclament un changement
de Sens. Quand la priorité est donné à l’objet
de la décision, la manière de l’obtenir peut consister
à agir sur le Sens de la situation pour l’amener à
produire ce résultat. Le choix de Sens est alors stratégique.
Les décisions sur le Sens. Il faut revenir aux premières indications
sur la notion de Sens pour voir la nature et l’ampleur de la
question. Le vocabulaire de la décision sur le Sens existe
déjà, a toujours existé. Il est temps de
lui donner un contenu :
Une décision sur le Sens est une
décision sur l’expérience à vivre et à
réaliser. C’est une décision sur la manière
de vivre les choses.
Une décision sur le Sens est une
décision sur la subtilité des situations, une décision
d’opportunité sur le meilleur possible dans le présent
pour le futur.
Une décision sur le Sens est une
décision sur le vécu des personnes. De quel vécu
décide-t-on pour soi même et les personnes ou populations
dont on a la charge. Vivre en état de malaise, de plaisir,
d’émulation, etc. est le type de choix sur le Sens, qui
implique des modes relationnels entre les individus.
Une décision sur le Sens est une
décision intuitive. Elle est une décision d’ajustement
plutôt que de mesure précise. Elle implique une
prise de conscience de la part de ceux qui en ont à connaître
de manière à ce qu’ils puissent agir.
Une décision sur le Sens est une
décision sur ce que l’on veut percevoir des choses et
de l’environnement. On peut choisir la distance, ou le contact,
l’obscurité ou la lumière, le silence ou le bruit.
Le Sens est celui de la relation avec les choses, les problèmes,
les personnes.
Une décision sur le Sens est une
décision logique. C’est le choix d’une logique de fonctionnement,
de processus et d’articulation, d’organisation.
Une décision sur le Sens est une
décision de trajectoire, mais aussi de mouvement sur une
trajectoire. C’est le choix d’un chemin, d’une voie et d’une
orientation des énergies.
Une décision sur le Sens est une
décision sur le fond sur les finalités, sur les
mobiles et ce qui meut. C’est le choix sur lequel vont se bâtir
des réalités.
Or tout cela est la même chose.
Cela entraîne à deux conséquences.
La première est le fait que toutes ces expressions sont
à la fois des supports de décision et des moyens
pour agir. D’où l’enjeu, l’ampleur, la gamme des moyens
pour le choix et l’action.
La seconde va simplifier la question en
permettant une unicité d’expression et l’utilisation d’une
carte de cohérence ainsi que d’un vocabulaire familier :
· Direction, orientation, Sens,
finalité, politique, mouvement, dynamique.
Si on reprend la notion de cohérence
et la carte d’une cohérence, la décision sur le
Sens s’y exprime très simplement. Elle consiste à
choisir une direction sur la carte, c’est-à-dire dans
la cohérence propre à la situation où ça
se décide.

Une décision sur le Sens peut être
plus complexe, des exemples en seront donnés par la suite.
Pour faire un parallèle avec la
décision sur les réalités on peut aussi
distinguer des décisions sur le Sens :
Sans changement de réalité. C’est tout à fait possible, au moins à
court terme, ne serait ce que pour agir avec ce qui est présent.
Il faut quand même souligner cette possibilité de
donner un autre Sens à des réalités existantes.
Sans décision sur les réalités. Le Sens choisi laisse toute possibilité
à l’émergence de réalités opportunes
selon les circonstances. Cela implique une disponibilité
et une capacité à accepter l’inconnu et l’innovation.
Il faut souligner que cela va sans laxisme sur le Sens.
Avec nécessité de changement
des réalités. La
priorité donné au Sens choisi peut nécessiter
des modifications ad hoc des réalités pour y parvenir.
Il s’agit là d’actions stratégiques au service
des choix politiques.
2) Direction générale. A partir de ce qui précède le rôle
de dirigeant apparaît sous un autre jour. Il peut être
celui qui décide sur le Sens, c’est-à-dire celui
qui dirige. Il peut être aussi celui qui décide
sur les réalités, c’est-à-dire qui ordonne.
Un choix se présente entre directeur ou ordonnateur (ou
les deux) et deux fonctions différentes se dessinent.
Celle d’ordonnateur, bien classique, sera laissée de côté
tout en pouvant être éclairée par distinction
de celle de directeur.
Avant d’aller plus loin, il faut souligner
qu’il est question de fonctions qui peuvent être celles
de chacun à son niveau dans une organisation mais bien
sur et surtout celle des dirigeants. L’exemple de l’exercice
d’une direction sert ici à illustrer les applications
de la méthode en ce qui concerne les décisions.
On prendra successivement les différents aspects de la
charge de direction générale (sur le Sens).
a) Evaluation des situations. La complexité et l’incertitude nécessitent
autre chose que des approches analytiques qui décomposent
les choses en mille éléments dont on n’arrive plus
à faire la synthèse. Une approche globale est nécessaire.
Cependant il n’y a d’approche globale utile qu’avec l’analyse
du Sens ;
Une approche globale nécessite un
recul et vise à une clarté que procure la mise
en évidence de la cohérence. De toute manière,
diriger, orienter, exige un choix parmi un grand nombre de possibilités
mais, en plus, qui soit pertinent dans les situations où
il veut opérer ; On ne peut pas choisir un Sens qui n’a
pas sa place dans la cohérence de la situation considérée.
Encore faut-il pour cela connaître ce que la situation
permet d’envisager ; L’établissement des cartes de cohérence
produit souvent comme résultat de dévoiler un large
éventail de choix possibles dans des situations qui apparaissaient
auparavant comme relativement bloquées par des contraintes
de tous ordres.
b) Choix du Sens.
Le directeur doit donner le Sens et pour ce faire le choisir.
Une question peut venir sur le comment
de la décision. La réponse est en effet très
importante. La décision sur le Sens n’est fonction que
de celui qui décide, de sa conscience du Sens de la (ou
des) situation et des siens propres. C’est à la fois un
effet de lucidité, de choix et d’implication personnelle.
Les rationalistes peuvent en être gênés mais
il n’y a là que la reconnaissance de ce qui a toujours
été : L’importance première de l’homme dans
toute décision.
Le choix du Sens est aussi le non choix
d’autres Sens. Autant il est nécessaire d’être conscient
de son choix et de le faire connaître, autant il l’est
aussi pour ceux qui n’ont pas été choisis dans
la cohérence, ne serait ce que pour ne pas confondre,
ni disperser ses moyens dans l’action.
c) Expression politique. Le rôle de directeur n’est pas seulement
de décider du Sens, encore faut-il pouvoir l’exprimer
pour le communiquer.
Cette expression du Sens choisi pour l’orientation
des choses est, par convention, ce qu’on appellera une politique.
Une politique est ainsi l’expression d’un Sens dans une cohérence
de situation ou plus généralement d’un secteur
de Sens. Comme toute expression d’un Sens elle doit se placer
dans un ou plusieurs univers qui en feront les différentes
réalités.
Le Sens choisi sera ainsi exprimé
dans les différents univers de la situation pour y prendre
réalité. On pourra ainsi facilement et utilement
avoir toutes les expressions politiques nécessaires à
chaque fois que l’on aura besoin de s’y référer.
On pourra aussi intégrer dans des expressions différentes
de la même politique (réalités homologues)
les dimensions humaines et relationnelles, les dimensions structurelles,
les dimensions techniques et matérielles, etc.
Une politique n’est plus quelque chose
d’enfermé dans sa lettre mais toujours vivant et adaptable
en conservant le même esprit (Sens) avec la rigueur voulue.
Le rôle du dirigeant est d’être porteur de cet esprit
et de s’en faire le porte parole par toutes les expressions nécessaires.
d) expressions stratégique. L’application de la politique à la situation
présente débouche sur une stratégie. C’est
le passage du quoi au comment. Une stratégie est toujours
une stratégie de changement, soit des réalités,
soit du Sens, et de l’un par l’autre.
A partir d’une direction politique, il
s’agira de déterminer comment agir sur les réalités
et avec les réalités pour l’appliquer. Quel cheminement
va-t-on prendre ? Quel processus et quels mécanismes va-t-on
utiliser pour que s’opèrent les changements, les mouvements
nécessaires ? Ces questions sont encore des questions de
Sens, Sens des interventions sur la situation cette fois. Mais
ce Sens est déjà donné, c’est celui du choix
politique.
Aussi la stratégie est l’expression
du même Sens que la politique. La manière d’agir
compte plus que les modalités techniques de l’action sans
que l’on puisse se passer de ces dernières bien sûr.
La stratégie se traduira par exemple par l’instauration
de nouveaux processus relationnels dans le Sens choisi. Elle
se traduira aussi par la structure de fonctionnement de l’entreprise
qui devient ainsi un outil stratégique au service d’une
politique et non plus un cadre donné à l’avance
dans lequel il faut s’inscrire à tout prix.
L’expression stratégique doit se
porter dans tous les univers des moyens et de l’action. Comme
la politique, elle doit trouver une expression ad hoc à
chaque occasion et avoir ainsi toutes les réalités
utiles. Le rôle du dirigeant est de concevoir ou de veiller
à ce que soient élaborées les expressions
stratégiques nécessaires. Il en est le garant mais
peut en confier l’exécution à un ordonnateur.
e) Régulation et pilotage. S’il ne fait pas et ne surveille pas lui-même
ce qui se fait (mais est-ce son rôle) il doit être
à même d’assurer le pilotage de la situation par
régulation des actions.
Cette fonction de régulation sera
reprise plus tard, on peut souligner simplement que si les rôles
précédents sont bien remplis, il suffit de quelques
observations et d’un bon outil d’analyse du Sens, la carte de
cohérence de la situation, pour détecter des déviations
et des nécessités de réajustements, de Sens.
Pour le directeur, le moyen de ces réajustements est l’expression
politique et stratégique (voir plus loin le "pouvoir
faire"). Finis les masses d’informations et les circuits
compliqués où elles n’en finissent pas de se bloquer
et se déformer. Cela ne reste valable que pour les ordonnateurs.
f) La fonction de dirigeant : un nouveau
métier. Si aujourd’hui on
s’intéresse ( ?) beaucoup aux agents de maîtrise,
n’est-ce-pas au niveau de la maîtrise du Sens des situations
qu’il y aurait besoin de professionnels. Un nouveau métier,
celui de dirigeant s’est dessiné au travers des paragraphes
précédents. Il nécessite de nouvelles qualités,
de nouvelles méthodes. Il ouvre par contre à un
champ de responsabilité beaucoup plus large (politique,
stratégique). Des possibilités d’action beaucoup
plus diversifiées et beaucoup plus riches y répondent
avec la méthode et les techniques d’intervention issues
de la théorie des Cohérences Humaines.
Décisions sur les cohérences
: Politiques et stratégies
Jusqu’ici la question des décisions
sur le Sens n’a été examinée que dans l’hypothèse
la plus simple et la plus fréquente, celle du choix d’un
Sens dans une cohérence existante. Il peut y en avoir
d’autres qui vont être envisagées rapidement à
titre d’exemples. Auparavant il faut rester encore un peu sur
le cas le plus général.
a) Renforcements ou changements d’orientation. C’est ce à quoi correspond un choix de
Sens dans une cohérence. Le Sens ou secteur de Sens peut
être déjà manifesté dans certaines
réalités. Ce choix implique deux choses :
- l’actualisation du Sens. Elle consiste à produire et à multiplier
des réalités dans ce Sens. C’est la mise en acte
dans le présent, autrement dit l’action, matérialisation
ou cristallisation de réalités, soit par l’accroissement
des réalités existantes de même Sens qui
serviront d’appuis, soit la création de nouvelles réalités.
Cette idée d’appui sur les réalités de "bon
Sens" est essentielle pour enraciner le mouvement dans le
champ du possible.
- élimination des autres Sens. Si un Sens est choisi dans une cohérence,
il est destiné à servir à la convergence
des énergies.
Il vaut mieux de ce fait ne pas les disperser
dans tous les Sens et éviter les déviations. Cela
passe par l’élimination au moins partielle des autres
Sens. Elle se traduira par une certaine neutralisation ou un
dépérissement des réalités où
ils s’expriment ainsi qu’en évitant de laisser se développer
de nouvelles réalités dans ces mêmes Sens.
Cela fait partie de la fonction de régulation.
Cette élimination ne peut être
négligée mais sa pratique exige une grande vigilance
sur la manière qui ne doit jamais qu’exprimer le Sens
du choix et ne pas se laisser prendre au piège d’une autre
Sens concurrent. Par exemple si l’on veut construire il ne faut
pas passer son temps à détruire et si même
on veut éliminer des réalités de destruction
c’est de manière constructive que l’on doit s’y prendre.
b) Création de cohérence. Il s’agit là d’un projet. La méthode
consiste d’abord à rechercher la cohérence du projet
pour ses auteurs et y choisir un secteur de Sens où le
projet prendra corps. Sous l’impulsion des auteurs une situation
se constituera : la mise en oeuvre du projet. Cela s’appelle aussi
créer une entreprise, vaste champ d’applications...
c) Ressourcements.
Un rassemblement d’éléments disparates, une situation
très compliquée devenue incompréhensible
donnent l’impression de n’avoir pas de Sens ou de l’avoir perdu.
Le ressourcement est l’opération
qui consiste à se redonner un Sens. Elle consiste à
rechercher la cohérence qui se manifeste néanmoins
dans cette situation et de lui redonner des expressions multiples
(historiques notamment). C’est un réenracinement et une
réanimation pour une situation en voie de dispersion ou
de dessèchement qui pourraient se traduire par des états
collectifs dépressifs.
d) Changements de cohérence. L’opération est en général
très lourde et difficile. En effet, les réalités
de la situation à changer n’expriment que des Sens à
éliminer. Deux possibilités se présentent :
- soit faire un travail d’élucidation
extrêmement profond qui dépasse la situation elle-même
pour arriver chez les personnes impliquées à un
degré de conscience suffisant pour embrasser aussi une
autre cohérence,
- soit créer complètement
une autre situation en récupérant éventuellement
ce qui peut l’être de l’ancienne.
Souvent il vaudra mieux s’occuper d’autre
chose et cette analyse peut éviter bien des ambitions
ou des tentations démesurées et vouées à
l’échec.
e) Fusions de cohérences. Il peut arriver que deux situations se trouvent
devoir être réunies en une seule (fusion d’entreprises,
rencontres nouvelles, changements d’environnement, changement
de réalités exogènes).
Ce qui peut être envisagé
est de deux natures :
-soit l’élucidation d’une cohérence
de niveau supérieur englobant les deux précédentes.
On aura une fusion des réalités sans confusion
et avec ce que l’on appelle une synergie positive.
- soit la recherche d’une convergence de
Sens entre les deux cohérences pour que des deux côtés
un choix politique dans ce Sens soit effectué. Les deux
situations donnent alors progressivement naissance à une
troisième en perdant leurs réalités propres
initiales.
C - POUVOIR FAIRE : L’ACTION ET LA COMMUNICATION
Prendre conscience, décider ne suffisent
pas pour que les choses se passent. Reste à agir. L’action
prête souvent aujourd’hui à idéalisation,
où l’activisme désordonné peut être
considéré comme meilleur que la réflexion.
De même toute question théorique est souvent considérée
comme excluant, presque à coup sûr, la pratique.
Ce n’est pas toujours injustifié mais ce le sera pour
cette démarche où la théorie des Cohérences
Humaines débouche sur le "savoir faire". Elle
rejoint un grand pragmatisme dans la pratique quotidienne.
Il faut pour l’instant reprendre la notion
même d’action à la lumière de ce qui précède.
Comment dans l’action, dans le "faire", jouent les
rapports du Sens et des réalités ? Faire implique
un "pouvoir faire", faire faire est encore plus complexe.
Cela nécessite au moins une communication ad hoc et la
conduite de processus collectif de réalisation, de changement,
etc. En découle une notion assez nouvelle pour l’action
d’envergure : celle d’animation stratégique.
Véritable pédagogie de masse,
elle s’applique par exemple dans l’innovation ou le marketing.
1 Principes de l’action
a) Le Sens de l’action. Agir consiste à mettre en forme du Sens,
à créer ou modifier des réalités.
En d’autres termes, c’est une actualisation du Sens, mettre en
acte, présenter, présentifier. L’action est une
sorte de "mise en scène" du Sens ou d’un ensemble
de Sens. Une action peut en effet être analysée
comme situation et on peut en dégager la cohérence.
A l’inverse elle se construit comme expression d’un ensemble
de Sens. A partir des politiques et stratégies décidées
sur la base d’une élucidation du Sens, d’une carte de
cohérence l’action, les actions à mener sont des
"mises en scène" du secteur de Sens choisi sur
la carte. Elles doivent être des réalités
homologues aux expressions politiques et stratégiques,
c’est-à-dire de mêmes Sens. Voilà une évidence
mais il ne peut cependant en être ainsi que lorsque la
question du Sens est élucidée.
A la suite des décisions sur le
Sens, l’action peut consister à faire advenir telle réalité
ou atteindre des objectifs formels par exemple. Elle peut aussi
consister à "cultiver" simplement un Sens, c’est-à-dire
l’exprimer en actes et de ce fait le renforcer. Dans ce cas les
actes sont libres de formes. On peut en tant que dirigeant les
déléguer complètement.
Les actes peuvent viser à une modification
de Sens et dans ce cas, c’est une autre affaire. Il faudra déterminer
et choisir des actes, des réalités qui opèrent
dans les processus permettant un changement de Sens dans la situation.
Ces processus devront être examinés plus loin sous
le thème du changement.
Le Sens de l’action se trouve dans ce que
l’on fait mais surtout dans la manière de le faire. Il
ne suffit pas en effet de produire une réalité
pour qu’elle ait un Sens donné. Grâce à l’élucidation
du Sens, la manière de faire s’ouvre au champ de ce que
l’on peut maîtriser. C’est aussi ce qui était laissé
aux soins du "savoir faire" de "l’art" du
"tour de main" de "l’expérience".
Une fois que l’on a compris qu’il s’agissait d’une question de
Sens, bien des choses deviennent possible pour l’action ou plutôt
pour le "pouvoir faire".
b) Le Sens du pouvoir faire. Le thème du pouvoir est le sujet d’une
de nos pathologies contemporaines. Avoir du pouvoir est considéré
comme mal et de ce fait culpabilisant. Ne pas en avoir aussi
avec en plus l’échec du vouloir. Cette contradiction se
joue de multiples façons et notamment par des crispations
ou rigidités, ou au contraire des laxismes bien inutiles.
Il est bien simple de reconnaître
qu’atteindre un résultat est l’exercice d’un pouvoir sur
les choses. Agir, de même. On peut effectivement constater
que le pouvoir formel d’imposition de réalités
peut être très souvent destructeur, destructeur
de Sens, de l’humain. Il peut être aussi destructeur de
réalités mais c’est alors plus évident.
Le pouvoir sur le Sens doit aussi être envisagé,
il a pour nom la puissance. C’est ce qui peut, par le Sens, produire
une oeuvre, une réalité. Agir, c’est exercer une
puissance. Faire agir, encore plus. Cela ouvre des perspectives
pour ceux qui veulent entreprendre ou diriger, ou même
oeuvrer avec d’autres.
Il s’agit à chaque fois d’exercer
une puissance : pouvoir de Sens. Le "comment faire"
ou "comment faire faire" est la question de l’exercice
de la puissance.
Il n’est question là que de choses
banales. L’ élucidation est de nature à éviter
des difficultés et des ambiguïtés du pouvoir.
Elle permet de commencer à envisager les moyens et les
modalités de son exercice : chose impossible si cela reste
occulté. Conduire une politique, mener une stratégie
consiste à exercer une puissance, faire s’actualiser le
Sens ou le secteur de Sens que l’on a décidé à
partir de la cohérence dégagée par l’analyse
du Sens de la situation.
c) Réalisation. Théorie
de l’action. Dans cette partie
relative aux principes de l’action, il est bon d’évoquer
les fondements théoriques de l’action individuelle et
collective.
D’abord sur le plan collectif, pour qu’une
oeuvre émane d’un groupe humain il faut qu’il y ait conSensus.
En d’autres termes la réalité de l’action commune
est l’expression de Sens communs, consentis.
Cela se passe habituellement de façon
tout à fait inconsciente. Cependant on peut en trouver
des exemples quotidiens. Si tout un groupe vit de la même
manière son travail on aura une bonne équipe, efficace.
S’il n’y a pas de Sens communs pour le groupe l’efficacité
sera particulièrement réduite ou même nulle.
Elle ne se retrouvera peut être que dans le conflit ou
le malaise. Si chacun "tire dans son Sens" et qu’il
y a quand même une petite partie de Sens commun, c’est
celui là seul qui sous-tendra l’action collective. Les
autres produiront peut être d’autres choses mais, soit
individuellement, soit dans des conSensus extérieurs au
groupe. Pour un ensemble de personnes, ce qui fait la cohérence
du groupe c’est son conSensus, c’est-à-dire les Sens consentis
ensemble. Cette cohérence du groupe se manifeste dans
ses réalités et donc ses réalisations.
Diriger un groupe, c’est lui donner la
juste cohérence pour les bonnes réalisations.
Agir ensemble ou faire agir, c’est amener
un conSensus ad hoc selon les choix de Sens effectués.
On verra comment dès le paragraphe suivant. Il ne faut
surtout pas oublier que conSensus ne signifie pas accord conscient,
ni accord formel. Le conSensus reste en général
peu ou pas conscient, il n’est alors repérable que dans
ses manifestations.
Sur le plan individuel mais aussi général,
l’action, la réalisation, la matérialisation sont
toujours le fruit d’un mariage de Sens. Entre les partenaires
dans le conSensus mais aussi dans le secteur de Sens ou la cohérence
que l’on a pu choisir. Sur la carte de cohérence, c’est
en croisant deux axes que le champ qu’ils déterminent
peut s’expliciter. On peut mieux le "réaliser"
ainsi et le décrire dans une "réalité"
au moins verbale. Dans un secteur de Sens choisi pour une politique,
le croisement de ses Sens extrêmes par exemple, produira
une grande diversité de réalités, de productions,
de réalisations.
La création est le produit d’un
tel mariage que l’on nomme aussi créativité.
Ce phénomène de réalisation
ou théorie de l’action est utilisable d’autant plus justement
encore une fois, que les Sens ont été élucidés.
On pourra ainsi concevoir, exprimer, mettre en oeuvre, faire
faire avec beaucoup d’efficacité. Le problème qui
reste à résoudre est celui de l’établissement
d’un conSensus ou la communication du Sens. Pour beaucoup agir
ne consiste pas à produire soi-même mais à
faire faire. L’action se traduit alors uniquement par la communication
et l’établissement de conSensus à partir des choix
politiques.
d) Théorie de la communication. Tout le monde communique sans cesse. Ce thème
fait aussi couler beaucoup d’encore et suscite beaucoup de réflexions
et de discours. Ce n’est pas un hasard. Ce qui est sans doute
en question dans tout cela c’est la communication du Sens, non
seulement pour vivre avec autrui et en société
mais aussi et surtout pour y agir, pour y exercer une puissance.
Il ne suffit pas en général
de donner des ordres pour qu’ils soient immédiatement
et parfaitement exécutés. Même quand cela
se passe la manière de le faire et la situation dans laquelle
cela se produit ajoutent menace, promesse ou séduction
qui donnent Sens à la situation et à l’ordre.
Pour communiquer le Sens et établir
les conSensus nécessaires aux réalisations, on
peut tout simplement faire comme d’habitude, intuitivement, selon
son vécu ou son expérience. On peut aussi y voir
plus clair dans ce processus de communication et construire alors
des "messages" plus efficaces et plus justes. Pour
cela le modèle proposé par la théorie de
la communication issue de celle des Cohérences Humaines
est d’un grand secours.
Elle sera explicitée avec le schéma
suivant. Il représente le processus élémentaire
de communication entre deux individus et peut être généralisé
à des groupes et populations d’individus.
Le principe élémentaire repose
sur le fait que dans toute communication, ce qui veut d’abord
être communiqué et se communiquer, c’est du Sens
ou une cohérence. Cette communication prend, pour exister,
une réalité que l’on nommera "message"
en redéfinissant plus loin ce concept. Le message peut
en retour susciter une réponse en "feed back"
(sans aller trop vite dans l’analogie avec d’autres schémas
sur la communication).
Le processus, circulaire, est plus précisément
le suivant entre les individus A et B ou plutôt les instances
A et B (cf. la théorie de l’Instance qui fonde la théorie
des Cohérences Humaines).

(1) K
- C’est la cohérence (ensemble de Sens) que porte en lui
l’individu A et qu’il veut communiquer à B (ou qui veut
se communiquer à B).
Communiquer du Sens c’est faire sentir,
faire comprendre, s’exprimer, etc.
(2) S
- C’est le "message" c’est-à-dire la réalité
que prend la cohérence pour se manifester ou encore le
support du Sens. Cette réalité est en fait la situation.
C’est pourquoi on dira que le message c’est la situation.
Cette situation : lieu, temps, discours,
expressions, circonstances, etc. est une "mise en scène"
de la cohérence "K". Cette dernière n’est
pas forcément tout à fait consciente (sur le plan
de la communication, il y aurait déjà là
beaucoup de développements à explorer).
(3) K’
- C’est la cohérence ou l’ensemble des Sens que donne
l’individu B au message-situation (K’ n’est pas forcément
tout à fait conscient non plus). Il faut noter encore
que K’ n’est pas K, sinon ce serait une communication parfaite.
L’objectif est que K’ se rapproche de K pour que cela se passe
bien. La communication du Sens n’est jamais parfaite, elle est
toujours à ajuster.
(4) R
- Selon le même processus que pour A cette cohérence
K’ se manifeste dans une situation-réponse. R qui l’exprime.
Si tout était parfait, cette situation R serait une autre
expression de K. En général une succession de cycles
(1, 2, 3, 4) ajustera le Sens et précisera les réalités
(messages = réponses).
L’individu A donne par sa part à
R une cohérence qui peut être K, K’ ou encore K’’,
etc. il y aura ainsi une communication stable dans une sorte
d’homéostasie amenant chez A et B une cohérence
K (x).
Le schéma fait apparaître
le fait que c’est par un message, mise en scène - S, des
Sens choisis au niveau politique que celle-ci peut être
communiquée à un tiers pour obtenir en R une réponse
- réalisation convenable. Ce schéma souligne encore
que la communication du Sens s’opère par une situation
de communication et non par un simple discours. De là
découleront des pratiques qui en tiennent compte, comme
l’animation stratégique par exemple. C’est aussi la base
de processus de changement, pédagogique par exemple, ou
changement de Sens, de prise de conscience, d’état d’esprit,
de direction, de vécu, de logique, etc... Toujours questions
de Sens.
Ce schéma permet aussi d’envisager
ce que l’on peut faire pour obtenir une réalisation donnée
R. L’élucidation de sa cohérence K - k’ permettra
après choix de Sens éventuel de mettre en scène
un message situation S de nature à transmettre les Sens
ad hoc k’ = K. C’est un raccourci de tout ce que l’on examine
ici depuis le début. La situation message S peut s’inscrire
dans le temps et prendre des formes très diversifiées
et notamment être faite elle aussi de réalisations
qui prennent caractère d’exemplarité.
La question peut être alors de construire
S de la manière la plus efficace. Plusieurs réponses
sont à faire. Par un bouclage on pourra d’abord ajuster
K’ à K en améliorant S. C’est à la fois
une contrainte (d’incertitude) mais aussi une facilité
(d’approximation successive et de feed back par R. Interviennent
à ce stade des questions de renforcement, de surdétermination,
des questions de langages, qu’il serait trop long d’expliciter
ici. Une autre réponse à faire à cette question
est celle-ci. Plus K est conscient, c’est-à-dire plus,
pour soi, les Sens de la situation et de ses choix sont clairs
et plus on peut se laisser les exprimer "intuitivement".
L’élucidation pour soi est un grand
atout qui peut éviter des constructions stratégiques
compliquées si on choisit d’exercer la puissance sur ce
Sens. Rien n’empêche, si besoin est, de s’appuyer sur une
démarche volontaire plus construite. Une troisième
réponse enfin est à faire à cette question,
mais cette fois en termes de limites.
La puissance se limite au Sens de l’autre.
Rien n’assure absolument la juste communication. Si les autres
ne sont pas porteurs du Sens que l’on veut communiquer où
s’ils se trouvent dans une situation dont la cohérence
ne le comprend pas, la communication peut être vaine. S’établissent
souvent ainsi de pseudo conSensus que les réalisations
démentent jusqu’à destruction.
e) Le changement.
Encore une idée à la mode. Il est néanmoins
nécessaire de l’aborder ici dans la mesure où agir,
réaliser comme produire, c’est changer, au moins dans
les réalités.
Le changement doit être lui assorti
de la question du Sens. On distinguera le changement de réalités
et le changement de Sens. Comme pour les discussions, le changement
de l’un peut accompagner, précéder ou exclure le
changement de l’autre. Ils peuvent l’un et l’autre être
conduits en agissant sur les processus même du changement.
En terme de changement, l’action et la
communication d’ailleurs aussi, se ramènent à la
mise en oeuvre des mécanismes et des processus qu’ils
sous-tendent. Ils se résument en trois phases qui peuvent
se succéder dans un processus continu ou itératif
ou même être isolées sous certaines conditions.
Ce sont :
- l’activation
- le conSensus,
- la conscience du Sens.
L’activation.
C’est la communication du Sens la plus élémentaire
telle qu’elle peut s’expliciter dans le schéma de la communication :
K’ est activée par S et produit R. L’activation produit,
si elle est bien construite une réponse-réalisation
R. C’est par la communication d’un Sens, son activation donc
que l’on peut déjà agir et amener un changement.
Si cette activation est collective, elle permettra d’avoir un
ensemble d’individus dans le même Sens et ainsi des réponses-réalisations
qui expriment et actualisent les choix politiques.
Cette activation, comme la communication,
peut être plus ou moins forte, plus ou moins juste, plus
ou moins possible. La multiplication de ses formes, sa répétition,
les résonances et les échos internes des groupes
d’individus favorisent son efficacité. Le changement collectif
est ainsi plus facile que le changement d’individus isolés.
Si on a la puissance nécessaire bien sûr.
L’activation suffit souvent pour réajuster
des personnes dans une direction. Elle ne nécessite pas
pour autant une véritable conscience du Sens pour les
interlocuteurs.
Le conSensus.
Dans le processus de changement le conSensus a un double effet
(qui au fond revient au même). Celui, d’abord, de faire
prendre conscience des réalités. En effet, s’il
y a conSensus, même inconscient, par simple activation
par exemple, un de ses effets sera la prise de conscience d’une
nouvelle réalité ou reconnaissance d’une réalité
existante.
A contrario on assiste dans des entreprises,
dans le monde en général à ce que l’on pourrait
prendre pour des négations des réalités.
C’est simplement l’effet d’une absence de conSensus véritable,
sans que soit forcément en cause la sincérité
des parties prenantes. L’absence d’accord sur les réalités
ne favorise pas l’action, il la limite ou l’interdit.
Une étape de prise de conscience
des réalités communes "la mise en scène"
d’une opération de conSensus peut être nécessaire
pour aller vers une élucidation du Sens ou pour donner
à ce conSensus une plus grande justesse et une plus grande
force.
Une opération de conSensus consiste
toujours à faire s’exprimer en commun les mêmes
Sens activés, c’est-à-dire à produire des
réalités, ou encore réaliser. Ainsi réaliser
en commun est à la fois l’effet et le moyen du conSensus.
Cela redonne une valeur particulière
à l’expérimentation collective comme moyen d’action
et de direction construit pour conduire une stratégie.
Avec l’activation, et l’établissement
de conSensus, il y a des ingrédients suffisants pour passer
d’une stratégie aux réalisations dans le plus grand
nombre de cas. Tout cela reste fondé sur l’élucidation
des cohérences et le choix de Sens pour les dirigeants,
chacun à leur niveau.
La conscience du Sens. Pour avoir de véritables directeurs qui
puissent entreprendre et conduire des actions dans l’espace et
la durée, le conSensus ne suffit pas. Il faut qu’il y
ait aussi une certaine conscience du Sens.
Cette conscience du Sens peut être
menée à des degrés divers suivant les besoins.
Elle s’opère toujours par la confrontation simultanée
d’une série de réalités homologues. Le Sens
ou la cohérence dont il peut être pris conscience,
est justement ce qui leur est commun, ce qui fait aller leurs
éléments ensemble. Elle est toujours vécue
comme un éclairement, quelquefois immédiat, d’autres
fois progressif.
Dans une stratégie de l’action,
pour amener cette conscience du Sens, il faudra :
- une activation très juste,
- des conSensus multiples,
- des réalités homologues
nombreuses,
- la simultanéité de tout
cela.
Cette opération ne s’improvise évidemment
pas et représente un travail d’une grande justesse pour
celui qui la conduit. Des techniques diverses peuvent y contribuer,
elles n’ont pour objet que de mettre en oeuvre plus justement
ou plus fortement les processus indiqués.
Cette conscience du Sens se heurte à
deux types de limites. Celles de celui qui conduit l’opération,
ses propres capacités de conscience :
- sur les Sens à élucider,
- sur le Sens de son action personnelle,
- sur la manière de conduire l’opération
et ce qui se passe.
Les autres limites sont celles des interlocuteurs
ou celles qu’ils opposent ; on les appelle souvent résistances
au changement. En fait, elles proviennent essentiellement de
trois sources :
- Certaines personnalités, qui ne
s’autorisent pas facilement la prise de conscience de certains
Sens.
- La situation, qui a pu activer d’autres
Sens que ceux que l’on souhaite élucider. Ce n’était
pas le moment ou l’analyse de cette situation n’a pas été
correctement faite.
- L’insuffisance de celui qui conduit l’opération
dans la justesse de son analyse, son écoute, sa perception
du Sens qui lui fait tabler sur de pseudo conSensus. Cela tourne
au rapport de puissance et c’est là que les fameuses "résistances"
sont évoquées.
La prise de conscience du Sens est de toute
façon la seule voie possible pour des changements de Sens
importants, changements de cohérence par exemple, changements
personnels, aussi qui soient véritablement assumés.
Le changement dont on a parlé ici
trouve des expressions particulières qui se nomment pédagogie,
créativité, et pourquoi pas thérapie. Elles
ressortissent exactement des mêmes processus et on peut
dire que ce sont les moyens mêmes de l’action stratégique
et de la direction tout court, d’une entreprise humaine.
2) Exemples d’application
a) L’animation stratégique.
Principes. Elle
vise à modifier le Sens général d’une population
entière, entreprise, organisation, etc.
Chaque fois qu’une décision politique
importante a été prise, notamment si elle conduit
à un changement de Sens (de cohérence, d’état
d’esprit, de vécu, d’orientation, de finalité...)
le problème se pose d’entraîner toute une organisation
dans ce Sens.
Un groupe de personnes a toujours tendance
par lui-même à trouver une stabilité de cohérence,
par le jeu des intercommunications (K’ K) pour tous.
De ce fait tout événement
nouveau est interprété d’abord dans cette cohérence.
Cela donne une grande inertie, sur le Sens, pour les organisations.
Celui qui veut communiquer un autre Sens, et plus encore modifier
le Sens général du groupe, se heurte d’abord, et
pour le moins, à l’incompréhension. Il ne suffit
pas de déclarer qu’il faut prendre une nouvelle direction.
D’autant plus que cette déclaration sera interprétée
selon la cohérence actuelle et perd ainsi tout effet ou
même crédibilité.
Si on vise un véritable changement
d’orientation, on doit se référer au processus
même du changement,
- Pour qu’il y ait une nouvelle stabilité,
il faut un nouveau conSensus, c’est-à-dire, Sens communs,
marqué par une vision identique de la réalité,
et donc des actions particulières et collectives.
- Pour qu’il y ait un nouveau conSensus
il faut que les Sens en question soient activés le plus
fortement et le plus justement possible dans l’ensemble de la
population considérée ou, du moins, dans une large
part.
L’animation stratégique consiste
à mettre tout cela en oeuvre. C’est une "mise en
scène" appropriée du Sens que l’on veut voir
diffusé. L’animation stratégique est ainsi une
méthode de direction générale, sur le Sens.
Modalités.
Un plan d’animation stratégique se place toujours après
une élucidation et un choix de Sens. Le plan lui-même
se construit sur ces bases. Il faut y distinguer quatre aspects
:
- La présentation et la communication
de l’opération. Elle doit
permettre de favoriser l’opération sans y créer
d’obstacles. Il faudra choisir des expressions, qui soient compatibles
avec les deux Sens, actuel et futur. En effet l’opération,
à son démarrage, ne peut s’inscrire pour les gens,
que dans la cohérence présente où elle se
justifie. Elle doit en plus pouvoir prendre le nouveau Sens visé
et donc ne pas le trahir. Ces communications à double
Sens sont relativement faciles à construire si les Sens
en question sont clairs. Il s’agit de trouver le bon langage.
- L’architecture de l’opération. Autant que les actions élémentaires
qui sont proposées aux personnes, la manière de
les conduire et de les insérer dans un cadre général,
compte beaucoup. Cette architecture doit elle même être
une "mise en scène" du Sens recherché.
Elle est activante mais de façon maîtrisée.
Cette activation est d’autant plus importante qu’elle a une incidence
déterminante sur le Sens des actions élémentaires.
Par exemple, si l’on envoie de force des gens en formation, cette
formation va y prendre là son Sens, et ses résultats
en seront l’expression directe.
L’architecture générale de
l’opération son organisation, la manière de la
conduire représentent donc un aspect déterminant
de l’activation des justes Sens choisis.
Si l’on veut favoriser l’esprit d’ouverture,
par exemple, il vaudra mieux organiser les choses de façon
ouverte dans l’esprit et dans les faits, plutôt que de
confiner les gens dans les lieux clos avec des règles
étroites. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une question accessoire
mais une condition fondamentale. Combien rencontre-t-on d’actions
dont la manière de faire dément le contenu ?
- Les actions particulières. Dans le cadre général du plan d’animation
stratégique, des actions particulières sont à
organiser dans lesquelles sont impliquées, un grand nombre
de personnes. Cela peut être des réunions de travail
ou de réflexion, des séances de formation, de créativité,
de rencontre simplement. La nature même des actions et
leur présentation dépendent du Sens choisi. Si
l’on veut favoriser un sentiment de sécurité mutuelle,
on pourrait choisir des actions de formation, sur des questions
de communication par exemple, en favorisant l’aspect chaleureux
des relations. Il faut en tout cas que cela soit justifié
par la situation.
Ces actions constituent les phases où
il va y avoir un renforcement de l’activation et une surdétermination
du Sens général de l’opération (répétition
de communications, d’actions, de modalités de même
Sens et résonances par les phénomènes de
groupes). C’est au fil de ces opérations que l’activation
généralisée et simultanée des mêmes
Sens crée l’effet de conSensus avec ses implications.
- Jeux relationnels, rôles. Le Sens s’inscrit toujours dans les relations
entre les individus. Un esprit donné correspond à
un certain type de relation entre les gens, qui se traduit notamment
par les rôles qu’il s’attribuent à eux-mêmes
et aux autres et sur lesquels il y a conSensus (de fait). Cet
aspect qui représente une très grande part de ce
qui fait l’activité et le fonctionnement d’une organisation
doit être considéré comme essentiel dans
l’animation stratégique. Il faut au préalable avoir
explicité les conséquences relationnelles des choix
de Sens initiaux. Les actions consisteront le plus souvent à
mettre en scène et favoriser le type de relations correspondantes.
Si on veut, par exemple, faire de l’entreprise la première
dans une compétition concurrentielle, on ne pourra pas
se laisser développer un égalitarisme, uniformisé
dans les relations. Au contraire, il faudra favoriser l’esprit
de compétition, le même que celui de l’organisation
générale. L’animation stratégique peut consister
dans ce cas à mettre en scène ce type de relations
dans des sortes de concours où les "meilleurs"
l’emportent en favorisant les motivations des autres pour poursuivre
le jeu. Cela peut être un concours d’idées par exemple.
Il faut en tout cas privilégier
la justesse sur tout autre critère de mise en jeu des
modes relationnels. On verra là une activation renforcée
et surdéterminée du Sens.
L’animation stratégique se résume
donc à une multiplication organisée d’actions,
communications, relations de mêmes Sens pour créer
un conSensus sur ceux-ci.
Ses limites sont celles de la justesse
d’analyse et surtout les possibilités offertes par la
situation. On ne peut conduire avec succès une opération
d’action stratégique que si elle a sa pertinence dans
la situation. L’exercice du pouvoir de direction générale
qu’elle manifeste se limite aux potentialités de l’organisation,
c’est-à-dire des personnes qui la constituent.
Exemple d’une animation stratégique
:
- La situation.
Il s’agit du cas (banalisé) d’une entreprise qui se trouve
dans une période de relative stagnation avec un intérêt
particulier sur ses propres fonctionnements internes. Les thèmes
de la communication, de la concertation, de l’organisation reviennent
très souvent. L’entreprise est tournée sur l’intérieur
avec des tendances régressives confortables, agréables
mais aussi inquiétantes avec divers malaises mal localisés.
- Le Sens recherché. Une décision politique consiste à
vouloir changer l’état d’esprit général
en tournant la situation vers des ambitions extérieures
et notamment de développement des activités de
l’entreprise, de sa personnalité face à ses concurrents,
de son rôle dans son environnement socio-économique.
Il s’agit de développer une politique plus conquérante.
Cette politique est, bien sûr, incompatible
avec l’univocité des intérêts actuels, purement
internes.
- Le plan d’animation stratégique. Le thème de l’élaboration d’un
plan de développement de manière concertée
par le personnel de l’entreprise, est reconnu comme porteur,
et du Sens présent, et d’une ouverture pour l’orientation
choisie. Considéré comme un moyen de renforcer
les jeux internes, il peut déboucher sur l’ouverture vers
des intérêts externes. Le plan consiste à
réunir des groupes de volontaires, animés par les
principaux cadres volontaires aussi. Ces groupes sont chargés
d’explorer la question du développement mais surtout de
rassembler, par des méthodes de créativité,
le maximum d’idées de développement de l’entreprise.
- Le jeu relationnel. Dans le Sens de la dynamique conquérant
choisie pour l’entreprise, les jeux relationnels impliquent des
leaders, représentatifs de causes pour lesquelles militent
d’autres personnes.
Ceux qui militent doivent être très
motivés par la cause que représente le développement
de l’entreprise. Les leaders doivent conduire ce mouvement en
étant reconnus comme tels, par leur représentativité
des objectifs communs. Chacun peut être leader d’une équipe
tout en étant membre militant d’une autre équipe
dirigée par un supérieur. La hiérarchisation
des fonctions le facilite. Il faut donc donner, ou favoriser
pour l’encadrement, ce rôle de leadership, répondant
aux motivations des équipes. Elles sont à constituer
par ailleurs. La direction générale assure la représentation
suprême. Le plan d’animation stratégique consiste
notamment à favoriser ce type de rôle et les relations
qui y correspondent.
- L’organisation.
Elle débute par une séance solennelle où
le directeur général fixe les objectifs et fait
appel au volontariat. Les volontaires (sélection sur les
motivations) sont rassemblés dans des groupes intersecteurs
(ouverture des préoccupations) animés par les principaux
responsables de l’entreprise (constitution d’un nouveau leadership).
Les responsables sont formés et
motivés sur le projet et leur rôle dans l’animation
des groupes de créativité. Une émulation
se crée entre eux et renforce la dynamique instaurée,
mobilisation, dynamisation. Les résultats se trouvent
aussi bien dans cette dynamique que dans la production des groupes.
- Les actions.
Elles consistent pour l’essentiel à explorer le thème
du développement et à produire des idées
par des techniques de créativité. Ces dernières
ont pour avantages :
- d’être originales et nouvelles
pour l’entreprise,
- de faciliter la sortie des sentiers battus,
- de produire beaucoup d’idées.
Toutes ces choses surdéterminent
le Sens choisi. Les idées produites sont un bénéfice
supplémentaire en permettant de construire une "cause"
commune et un véritable conSensus établi sur des
réalités communes et motivantes. Les leaders animateurs
des groupes sont investis d’une nouvelle image plus tournée
vers le développement que vers la gestion des affaires
courantes ou le conservatisme. Ils en sont d’autant plus gratifiés
malgré leurs inquiétudes initiales.
- Les résultats. Partout sur une population de 700 personnes,
deux mois suffisent pour changer complètement la dynamique
interne et l’engager réellement dans une voie de développement
conquérante. La décision initiale de direction
générale s’est transformée en conSensus.
Elle est portée par l’ensemble de l’entreprise.
b) l’innovation.
L’innovation consiste non seulement à avoir de nouvelles
idées, de nouveaux produits mais encore de les développer
réellement.
En principe une diversification suppose
soit le développement d’un savoir faire, soit l’exploitation
nouvelle d’un marché commun. Il est peu recommandé
de se lancer dans les deux à la fois.
Les deux obstacles à l’innovation
se trouvent en effet en deux points :
- leur diffusion qui peut être inadaptée
au marché, au moment, aux populations visées.
- leur lancement qui peut s’enliser dans
les résistances au changement.
En effet, pour qu’une innovation réussisse,
il faut qu’il y ait une convergence de Sens entre la cohérence
de l’entreprise et celle du marché.
C’est sur cette convergence de Sens que
toute l’opération d’innovation doit s’inscrire, c’est-à-dire :
- les modalités de l’opération
elle même,
- les nouveaux produits ou services,
- les communications y afférant,
- le lancement dans l’entreprise
- le lancement sur le marché.
Les données de bases sont donc la
cohérence du marché et celle de l’entreprise. L’opération
sera une mise en scène de leurs convergences.
Selon la théorie de l’action, c’est
dans ces convergences que les réalités se développent.
La créativité en est facilitée (mariage
de Sens) mais aussi le développement réel avec
les communications adaptées. Dans la mesure où
ils reposent à l’intérieur comme à l’extérieur
sur des Sens présents dans leurs cohérences il
n’y a pas d’obstacles à une actualisation commune, on
aura ainsi conSensus et réalisation.
L’avènement des techniques (biologie,
micro systèmes) justifierait des recherches de cohérence
pour éviter les erreurs monumentales qui se préparent
ici ou là et exploiter au contraire les nouvelles possibilités
offertes.
c) Le marketing.
Si l’on entend par là, l’ensemble des investigations et
des opérations destinées à diffuser au mieux
un produit sur un marché, on peut généraliser
le concept à des services, des idées, mais aussi
des populations diverses. Dans les différentes questions
du marketing, les méthodes des cohérences répondent
enfin à la recherche de cohérence dont elles font
l’objet.
On retrouve cette recherche de cohérence
dans les thèmes suivants :
- marketing - mix
- communication - mix
- chef de produit
- études de marché.
On peut dire que, dans ses principes, le
marketing consiste à trouver et donner un Sens commun
à l’ensemble des actions concourant au lancement et la
diffusion des produits.
Au lieu de s’empêtrer dans l’empirisme
ou dans des techniques mathématiques sophistiquées,
ou une créativité de type magique, l’approche des
cohérences peut redonner une rationalité à
la démarche qui puisse la débarrasser de ses faux
semblants.
Le marketing peut se fonder sur une analyse
préalable du Sens et des cohérences puis leurs
"mises en scène", leurs actualisations ad hoc
dans tous les domaines. Il devient adaptable à des univers
et des cultures différentes.
L’une des applications de base est celle
de l’étude de marché, pour un produit par exemple.
Selon le schéma de la communication.

Ce que l’on veut obtenir c’est "R" :
achat ou adhésions, etc. C’est la situation réponse
"R" elle-même que l’on peut étudier plutôt
que des parties qui y concourent sans que l’on sache comment
(attitudes, usages.).
Le comportement final lui-même peut
être exploré pour en dégager la carte de
cohérence K. Cette carte donne tous les Sens qui s’y manifestent
et permet d’emblée un choix de positionnement (de Sens)
large ou fin et un positionnement de la concurrence. Le choix
opéré, le plan marketing ou simplement le marketing
- mix est l’actualisation de ces Sens en S. Il y a ainsi pour
toutes les actions et communications, convergence de Sens donc
renforcement et surdétermination. C’est-à-dire
les meilleures chances d’activer la bonne cohérence K’
et avoir la bonne réponse R.
Toutes les communications ne sont que l’expression
des Sens choisis. On évite ainsi les dispersions aléatoires
habituelles et les confusions, notamment entre ce qui se remarque
(impact, notoriété) et le résultat réellement
visé (comportements, achats, images...).
Les méthodes permettent aussi des
investigations plus fines (test, analyses diverses) qui permettent
un pilotage plus facile R < K > S etc.
D - PILOTAGE ET PRATIQUE QUOTIDIENNE
Le passage des grands choix aux événements
quotidiens et l’inverse représente l’une des difficultés
classiques de la fonction de tout responsable.
En effet, c’est la somme des petites choses
quotidiennes qui forme les grandes réalisations, mais
il faut aussi que ces petits événements s’intègrent
dans la ligne des grands choix.
C’est surtout une question de Sens, de
cohérence. Plus les choses sont détaillées,
quotidiennes plus on a besoin de Sens.
La carte de cohérence comme outil
de régulation répond à cet usage.
a) Utilisations pratiques d’une carte
de cohérence. Les problèmes
quotidiens résument à leur échelle les grandes
questions évoquées dans les chapitres précédents :
- analyse,
- décision,
- action, communication.
On n’a cependant pas toujours le temps
de se lancer dans de grandes réflexions. Il faut agir
et décider vite malgré les enjeux que l’on ne pèse
pas toujours très bien.
L’intérêt majeur est ici dans
la manière d’aborder toutes ces questions, à la
fois pour poser les problèmes et en analyser le Sens.
Le reste vient ensuite facilement.
La démarche quotidienne pour
aborder les problèmes. C’est
d’abord une question d’attitude générale. Au lieu
de prendre les choses à la lettre, selon leurs apparences,
il faut se poser la question du Sens. La rencontre d’une personne,
une sollicitation, un résultat, un événement,
une idée, etc. peuvent tous être abordés
comme cela.
La question du Sens peut se poser simultanément
de trois manières qui s’enrichissent l’une l’autre et
surtout enrichissent celui qui les pratique.
L’approche intuitive. C’est la plus courante. Elle consiste à
se laisser aller à son intuition, son flair, son vécu,
etc. On nomme en fait cela une attitude d’écoute, d’écoute
de sa propre sensibilité, de ses propres résonances
à l’évènement. L’attitudes "d’écoute"
se développe d’elle même si on s’y engage un peu
volontairement. Elle aiguise ainsi la capacité personnelle
d’analyse du Sens. L’écoute porte aussi bien sur des personnes,
des événements ou des situations en général.
C’est toujours d’ailleurs dans la situation "S" globale
que réside le Sens de ce qui se communique et peut être
ressenti.
L’approche interrogative. Elle consiste à se poser sur les différents
événements qui font la trame de l’activité
quotidienne, un certain type de question. Les questions sur le
Sens se retrouvent dans les interrogations suivantes :
- pourquoi ?
- A quoi cela sert-il ?
- Où est-ce que cela conduit ?
- Quels sont les objectifs ?
- Quels résultats va-t-on obtenir
?
- Quel effet cela va-t-il produire ?
- Qu’est ce qui est en train de se passer
?
Cette approche conduit à mettre
toujours en perspective l’évènement dans le temps
et dans son contexte. Elle aide à prendre du recul et
se dégager des pseudo Sens donnés pour évidents.
Par exemple, elle conduit à faire la différence
entre ce qui peut se dire et ce qui peut se passer, qui se contredisent
quelque fois. La réponse sur le Sens est donc dans ce
qui se passe.
L’approche analytique. Elle utilise la carte de cohérence comme
outil d’analyse. La question qui se présente, l’évènement,
etc. peut être traités de deux manières avec
la carte. La première plus rapide consiste à placer
comme on le sent l’élément sur la carte.
Le fait même de faire cette opération en affine
le Sens tout en resituant l’élément dans son contexte
de Sens. Cette opération est de nature à faire
prendre conscience du Sens de l’élément et aussi
de tout son contexte de réalité. La seconde manière
consiste à placer successivement l’élément
de façon systématique dans chacun des secteurs
de la carte. C’est faire l’analyse de tous ses Sens possibles
et d’estimer ainsi celui ou ceux qui prévalent dans la
circonstance. Cette analyse est beaucoup plus riche que la précédente
parce qu’il y a non seulement conscience du Sens de l’élément
mais aussi de ce qu’il pourrait être dans le contexte général
(Sens et réalités).
L’ensemble de ces trois approches et surtout
la dernière amène à une finesse d’estimation
tout à fait exceptionnelle. Si en plus la carte de cohérence
est déjà connue, cette estimation immédiate
de l’évènement, permet directement le choix et
le Sens de la décision ou de la réaction appropriée.
L’action sera appropriée non seulement
à l’évènement lui-même mais aux grandes
orientations politiques. C’est le même instrument, la carte
de cohérence, qui en rend compte et qui fait ainsi le
lien.
Traitement de l’évènement
quotidien. Une analyse peut être
suivie d’une décision et ensuite d’une action.
Sur un événement actuel peuvent
se prendre quatre types de décisions selon l’analyse qui
en est faite.
Un renforcement de Sens. Si celui qui se manifeste est favorable. L’évènement
est utilisé pour renforcerles orientations prises et
servir de point d’appui. Ce renforcement peut se traduire par
des encouragements, un développement, une répétition,
une information, etc. en tout cas tout ce qui peut en amplifier
le contenu et l’impact.
Un ajustement.
Si il y a confusion ou ambiguïté le rôle du
responsable est de donner le juste Sens de l’élément. C’est ce qu’attendent en général ses collaborateurs
ou subordonnés. Cela peut se présenter comme un
choix. En fait il est en principe déjà opéré
dans les grandes orientations. On fait appel à la capacité
d’analyse et au rôle de direction. L’ajustement consiste
ainsi à unifier le Sens de l’évènement au
lieu de le laisser se disperser.
Un changement se Sens. Lorsque l’évènement, en particulier,
n’est pas obligatoirement saisi, il peut être "récupéré"
en orientant son rôle, son effet, son interprétation
dans un certain Sens. C’est une sorte de détournement
qui peut être particulièrement nécessaire
dans une stratégie globale de changement. Ce détournement
s’opère en activant le Sens voulu et ce, en créant
autour de l’élément un contexte favorable.
Une élimination. Le Sens de l’évènement peut être
tel qu’aucune des solutions précédentes n’est possible.
Il reste deux voies :
- soit l’indifférence qui dans certains
cas peut suffire à faire disparaître une tentative
de provocation par exemple.
- soit une élimination proprement
dite. Elle consiste d’une manière ou d’une autre à
dire non et à l’assumer.
Tout ceci doit bien sur s’insérer
dans son contexte, chaque événement n’est pas forcément
isolé et les choses qui font l’activité de tous
les jours manifestent ensemble le Sens général
de la situation, sa cohérence.
Les actions suivant les décisions
sur l’évènement se traduisent très souvent,
pour le responsable, par une communication ad-hoc qui exprime
le choix opéré. C’est aussi cela diriger.
b) Intérêts de la démarche
sur le Sens dans la pratique quotidienne.
Comme nouvelle manière d’aborder les problèmes,
elle change, bien sur, pas mal de choses. Parmi ses effets ou
ses apports dans l’activité courante ou exceptionnelle,
sont à examiner particulièrement trois aspects :
- la maîtrise,
- la communication,
- l’animation.
La maîtrise.
La maîtrise des situations, nécessaire aux responsables,
tend à leur échapper de plus en plus souvent. La
compensation se manifeste dans la prolifération de l’arsenal
administratif et des systèmes de contrôle. Usant
son énergie à gérer et contrôler les
systèmes de contrôle, le dirigeant perd de plus
en plus la maîtrise de la situation au profit d’un leurre.
Ce leurre c’est celui du contrôle
objectif, alors que la véritable maîtrise est celle
du Sens. Le premier peut y aider, mais pas s’y substituer.
L’approche par les cohérences et
par le Sens autorise cette maîtrise, en permettant un décalage
nécessaire par rapport à l’évènement,
aux apparences, aux détails. C’est paradoxalement en
prenant du recul que l’on peut être le plus proche de ce
qui se passe. Il ne faudrait pas pour autant tomber dans
l’illusion inverse de la déréalisation en perdant
le contact des réalités. C’est le seul accès
au Sens et c’est aussi le produit de toute maîtrise du
Sens.
Ainsi au lieu de continuer à découper
la réalité en données de plus en plus fines,
en quantité d’informations élémentaires,
cette démarche propose une réintégration
dans la globalité de l’approche et la réunification
avec son propre Sens.
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