Initiation à la question du Sens et l’approche des situations
SOMMAIRE
PREAMBULE
I
- L’APPROCHE DES SITUATIONS
1) Limites de l’approche objective
a) L’inventaire de facteurs significatifs
b) La photographie ou l’état de
la situation
c) Les mesures
2) La question du Sens
a) Principes et définitions
b) Articulation des concepts et conséquences
pratiques
c) Cartes de cohérences
II - LES APPLICATIONS, DEMARCHE, METHODES
TECHNIQUES
L’ANALYSE
DE SITUATIONS
1) Champs et exemples d’application
a) L’analyse de situation pour l’entreprise
b) L’analyse de situation pour les pratiques
professionnelles
c) L’analyse de situation pour des problèmes
généraux
d) L’analyse de situation pour des problèmes
culturels
2) Méthodologie de l’analyse
de situation
a) L’ajustement
b) L’investigation
c) La communication des résultats
DEUXIEME PARTIE
DIRECTION
ET PRISE DE DECISION, POLITIQUES ET STRATEGIES
1) principes de la décision
a) Les décisions sur les réalités
b) Les décisions sur le Sens
2) Direction générale
a) Evaluation des situations
b) Choix du Sens
c) Expressions politiques
d) Expressions stratégiques
e) Régulation et pilotage
f) La fonction de dirigeant : un nouveau
métier
3) Décisions sur les cohérences
: politiques et stratégies
a) Renforcement ou changement d’orientation
b) Création de cohérences
c) Ressourcements
d) Changements de cohérence
e) Fusions de cohérences
POUVOIR FAIRE, L’ACTION ET LA COMMUNICATION
1) Principes de l’action
a) Le Sens de l’action
b) Le Sens du pouvoir faire
c) Réalisation, théorie de
l’action
d) Théorie de la communication
e) Le changement
2) Exemples d’application
a) L’animation stratégique
b) L’innovation
c) Le marketing
PILOTAGE ET PRATIQUE QUOTIDIENNE
1) Utilisations pratiques d’une carte
de cohérence
2) Intérêts de la démarche
sur le Sens dans la pratique quotidienne
3) La première carte générale
des cohérences.
PREAMBULE
Dans les entreprises, les institutions,
les organisations et pour l’individu lui-même, les certitudes
des dernières décades laissent la place à
de nouvelles inquiétudes ou de nouvelles espérances.
Ce qui est certain, c’est que des changements
profonds sont en train de s’opérer dans la manière
de considérer la finalité des oeuvres humaines,
pour des questions de doute, d’ouvertures, de contraintes, de
menaces ou d’opportunités nouvelles.
Les méthodes de direction, la manière
d’aborder les problèmes, subissent les mêmes mises
en question. Le progrès, la croissance ont généré
leurs propres outils d’analyse, leurs propres méthodes
de travail, leurs propres processus de décision. Sans
qu’ils soient tous devenus caducs, le besoin se fait sentir d’avoir,
dans un monde incertain et complexe, une autre approche des problèmes.
Il faut un autre regard sur le monde qui
couvre cette fois et les directions encore présentes du
passé, et les promesses incertaines de l’avenir.
Une nouvelle approche des situations doit
permettre de mieux en maîtriser la complexité, tant
sur le plan technique que sur le plan humain. Elle doit aussi
être suffisamment globale pour donner le recul nécessaire
à la décision politique et suffisamment pragmatique
pour éclairer et piloter l’action et la décision
quotidienne.
Etre dirigeant ou entrepreneur garde non
seulement sa valeur personnelle et sociale mais doit devenir
en plus un métier. Ce métier, fondé d’abord
sur la personnalité, s’exerce dans la capacité
à évaluer les situations, prendre la responsabilité
politique des choix, pouvoir faire ou faire faire et enfin piloter.
Tout cela peut être aidé par des méthodes
et techniques appropriées mais qui doivent plus se fonder
sur un savoir-faire, une qualité d’analyse et de synthèse
que sur un arsenal complexe de techniques qui, en définitive,
échappe au dirigeant.
Le présent essai se propose de montrer
en quoi la théorie et les méthodes des Cohérences
Humaines répondent à cette nécessité
contemporaine, et comment se jouent l’évaluation des situations
et les interventions sur les situations.
Traiter de l’évaluation et de l’intervention
dans une situation demande d’expliciter d’abord ce sur quoi on
travaille, ce qu’on peut appeler une situation. Autant
ce mot est d’usage banal, autant l’expérience montre la
difficulté de définir de quoi il s’agit.
Que l’on parle de situation internationale,
de la situation économique, de la situation d’une entreprise
ou celle d’un individu, la difficulté reste la même.
L’occultation de cette question et de quelques autres peut condamner
aujourd’hui certaines méthodes à l’impuissance.
Dans une première partie seront
explicitées les notions de situations dans l’ordre des
réalités mais aussi dans un ordre du Sens. La question
du Sens est en général laissée de côté
ou abandonnée à l’arbitraire, cela conduit notamment
à la vanité des analyses ou des prévisions
dont l’histoire actuelle est pleine d’exemples, cet échec
pourrait faire sombrer dans le pessimisme méthodologique
auquel certains se laissent déjà tenter au nom
du passé pendant que d’autres peuvent se laisser séduire
par des pratiques magiques et incantatoires où les discours
et les images se substituent à l’analyse et même
aux actes. Cela peut être pourtant l’occasion de s’ouvrir
à une démarche qui prenne en compte ce qui a été
le plus souvent ignoré faute de concepts et d’outils appropriés
: le Sens des situations. Il ne suffit plus d’appeler de ses
voeux le Sens et la cohérence, encore faut-il savoir aussi
de quoi l’on parle.
A partir de cette nouvelle manière
d’envisager les situations, il faudra se reporter aux quatre
grandes questions que l’on peut se poser :
La question du Sens, diagnostic et prospectif. C’est celle de l’analyse des situations, l’explication
de ce qui se passe et de l’orientation des événements.
La question du choix, politique et stratégie. Le choix est l’expression d’une volonté
que l’on voudrait cohérente. Cela implique : sa pertinence
avec la situation, l’unicité et la convergence de ses
expressions.
La question du pouvoir, action et communication. C’est le passage de la volonté aux résultats.
Il s’agit de faire et le plus souvent de faire faire et pas n’importe
quoi.
La question du pilotage, évaluation
et régulation. Les événements
quotidiens préparent l’avenir. Encore faut-il pouvoir
les orienter au jour le jour et les placer pour cela dans la
ligne des choix.
Quatre grands chapitres seront consacrés
à ces applications après la présentation
des principes fondamentaux de l’approche des situations par la
théorie des Cohérences Humaines.
I - L’APPROCHE DES SITUATIONS
1) Limites de l’approche objective
Notre époque scientifique et technicienne
tend à objectiver tout ce qu’elle cherche à étudier
et sur quoi elle veut intervenir.
Une situation peut d’abord se définir
par l’ensemble des éléments qui la composent et
des relations entre elles. On appellera cela une "réalité".
Connaître la situation pourrait consister à connaître
tous ses éléments et leurs relations. Les approches
habituelles y tendent au moyen de diverses simplifications.
On peut appréhender une situation
de différentes manières :
a) L’inventaire de facteurs significatifs. On peut rechercher les éléments
les plus significatifs parmi l’infinité de ceux qui font
toute situation réelle. Il y a là une grosse difficulté
presque toujours occultée. Quand on fait un tel choix
on ne sait pas de quoi ces éléments sont significatifs.
Question de Sens, de "bon sens" dira-t-on pour s’en
sortir par une pirouette. En fait, le choix est toujours fondé
sur des présupposés pratiquement jamais explicités.
De ce fait, les présupposés qui se retrouvent tout
simplement dans les conclusions d’une étude, sont toujours
ainsi vérifiés.
Inutile de dire à quelles erreurs
et à quelles manoeuvres cela conduit. On pourrait parler
à juste titre de manipulations mais aussi d’auto manipulation.
Un pessimiste prouvera ainsi que tout va mal, un optimiste le
contraire.
L’échec actuel de beaucoup de travaux
en prospective en est un exemple. Paradoxalement, elle deviendrait
utile quand les choses changent mais elle se découvre
alors impuissante.
Quelqu’un voudrait-il faire un travail
prospectif à un horizon de 20 ans qu’il ne pourrait pas
ne pas intégrer l’importance de l’énergie ou des
matières premières. Or, qu’est-ce qui prouve l’importance
de ces facteurs dans un scénario de l’an 2000 ? Rien d’autre
qu’une Sensibilité actuelle, d’ailleurs discutable et
discutée. L’ennui, c’est que tout scénario fondé
sur la prise en compte d’un certain pessimisme actuel en la matière
ne peut rien faire d’autre que le reproduire et même éventuellement
l’amplifier dans ses conclusions. Pour en sortir il faudrait
être en mesure d’évaluer le Sens relatif d’un élément
donné dans la situation générale. C’est
l’une des propositions de la théorie des Cohérences
Humaines.
b) La photographie ou l’état
de la situation. On parle beaucoup
de photographie dans l’analyse des situations. On parle aussi
d’états, de bilans. La situation d’une entreprise s’estime
notamment au travers de son bilan élaboré en fin
de chaque exercice. Bilan de ses actifs et passifs destiné
notamment à mettre en évidence ses résultats.
Tout le monde sait qu’un bilan ne suffit pas pour évaluer
la situation d’une entreprise et tout analyste cherchera à
avoir connaissance de plusieurs bilans. En fait, cette recherche
de plusieurs états marque la nécessité d’intégrer
une dynamique qu’occulte la photographie instantanée.
Entre la photographie et la situation réelle il y a autant
de différence qu’entre la mort et la vie. C’est encore
une question de Sens. L’approche statique des situations ne permet
pas de dire où ça va. Y répondre serait
connaître le Sens de la situation. Celui-ci malgré
tout ne se résume pas comme, on serait tenté de
le croire, à une simple trajectoire.
C’est une erreur d’interpoler ou d’extrapoler
la trajectoire à partir d’une succession d’états
comme on le fait couramment. Cela correspond à une certaine
conception du mouvement, sinon du temps, et renvoie au problème
précédent du choix des éléments dont
la succession des états va suivre la bonne trajectoire.
On peut ainsi, pour poursuivre l’exemple
utilisé, découvrir une entreprise en pleine déconfiture
derrière une succession de bilans engageants. Or cette
déconfiture n’est pas le fait d’un malheureux accident
mais déjà inscrite dans sa dynamique. Ce pouvait
déjà être le Sens de la situation bien avant
que les photographies ne le laissent apparaître. On aurait
pu alors vouloir "photographier" plus particulièrement
ce qui pouvait l’indiquer plus vite. On retourne au problème
précédent. Encore aurait-il fallu savoir de quel
Sens il s’agissait et quel élément en est significatif.
c) Les mesures.
Pour appréhender une situation on peut en établir
la mesure. En pratique on peut effectivement chercher à
mesurer un certain nombre de choses. Le problème est alors
celui du mesurable et du non mesurable dans une situation. Ne
sont mesurables que des éléments objectifs ; l’humeur
des dirigeants, le climat social, les résonances d’un
événement quelconque ne sont pas mesurables. Et
pourtant on sait bien que cela peut être tout à
fait déterminant dans l’histoire d’une situation. Sous
prétexte que ces facteurs sont subjectifs, ils sont soit
éliminés des études, soit laissés
à l’arbitraire de l’interprétation ou des choix.
Quand on parle d’arbitraire ici, c’est en se référant
à l’absence de toute modalité explicite de prise
en compte de ces éléments.
Appréhender le plus justement cette
subjectivité est encore une question de Sens. C’est une
question à laquelle la théorie des Cohérences
Humaines s’attache à répondre.
Toute situation, en effet, intègre
des éléments objectifs et des éléments
subjectifs, notamment par la présence d’être humains,
ne serait-ce que celle de l’observateur. Rien ne sert de mesurer
avec rigueur des éléments d’une situation si on
élimine les autres sans connaître pour s’y retrouver
ni le Sens général de la situation, ni le Sens
particulier de tel ou tel élément dans la situation.
Tout cela conduit à envisager de
plus prêt cette question du Sens des situations. La particularité
des démarches issues de la théorie des Cohérences
Humaines, est non seulement de la prendre en compte, mais de
lui donner la priorité. On s’intéressera d’abord
au Sens des situations et de leurs éléments avant
d’opérer sur eux si cela est encore nécessaire,
des mesures ou des photographies.
2) La question du Sens
a) Principes et définitions. Il faut s’attacher tout d’abord à définir
plus précisément trois concepts relatifs aux situations
: La cohérence, le Sens, la réalité.
Ce sont trois termes dont la banalité d’usage cache la
véritable importance au coeur de cette nouvelle approche.
La cohérence. Les éléments d’une situation sont
liés entre eux par des rapports issus de la logique. Il
ne disent ni le Sens général de la situation, ni
ce qui fait sa permanence au travers de ses évolutions
comme de ses changements d’états et d’éléments.
Les situations réelles se caractérisent par cette
mobilité tout en conservant néanmoins leur identité.
Entre l’état d’une même entreprise
aujourd’hui et dans 10 ans, il y aura probablement d’énormes
différences mais elle sera toujours la même. Un
individu peut changer de vie et rester lui-même. Une situation
peut être examinée sous plusieurs aspects tout en
restant unique. Ses éléments peuvent suivre des
trajectoires toutes différentes sans qu’elle disparaisse.
L’identité même de la situation
provient d’une certaine stabilité de Sens, d’une certaine
structure ou logique sous-jacente qui reste permanente au-delà
des événements ponctuels. C’est ce que l’on appelle
la Cohérence.
La cohérence est ce qui fait
que les choses vont ensemble.
La cohérence est aussi l’ensemble
des Sens de la situation qui se manifestent dans tels ou tels
éléments ou événements. Le Sens général
de la situation en traduit une sorte de résultante.
Comme ensemble de Sens et porteuse du Sens
général, la connaissance de la cohérence
de la situation répond aux problèmes évoqués
plus haut.
Le Sens.
La recherche du Sens comme celle des cohérences est particulièrement
exacerbée dans une période d’incertitude. Mais
de quoi parle-t-on en parlant de Sens, en particulier dans le
champ de nos préoccupations ?
Deux usages de ce terme sont à éliminer.
Ils ont souvent pour effet d’occulter au lieu de mettre en lumière.
Le premier est la référence
au "bon sens". Elle suppose qu’il n’y en a que deux
: le bon et le mauvais. Elle suppose aussi que celui qui parle
est détenteur du "bon". Cette référence
au "bon sens" est l’exercice d’un pouvoir et non pas
d’une élucidation. Même si on fait appel au peuple
ou à la terre (bon sens populaire ou paysan) cela n’est
qu’une alliance supplémentaire pour celui qui parle (il
pourrait y avoir malgré tout une autre analyse de cette
expression mais qui dépasse largement son usage habituel).
La seconde acception du terme de Sens est
celle de référence. Le Sens d’une chose est sa
correspondance à une autre chose ; le rapport, sa relation
ou la corrélation d’un élément à
un autre. S’il pleut, c’est parce qu’il y a des nuages, le Sens
de la pluie n’est pas "les nuages". Si l’entreprise
ne marche pas, c’est parce qu’elle ne fait pas de bénéfices.
Qu’il y ait relation entre les deux, c’est probable ; mais le
Sens de l’un n’est pas la correspondance à l’autre. Pour
nous le Sens est ce qui se manifeste et dans l’un et dans l’autre.
Cela peut être le même Sens aussi bien que des Sens
différents.
Le Sens de la situation ou les Sens
qui s’y manifestent sont d’un autre
ordre.
Avoir le "Sens des situations",
est le fait le plus souvent de l’homme "d’expérience".
Celui qui a du "flair" et qui "ressent" très
vite par "intuition" en fonction de ce qu’il "perçoit",
a le Sens de ce qui se passe. Il "comprend" ce que
"cela veut dire" et où cela peut "conduire".
Dans cette relation banale se trouve exprimée
sous plusieurs facettes le Sens dont on parle. La théorie
des Cohérences Humaines montre d’ailleurs qu’il n’y a
là que des expressions différentes de la même
chose : le Sens.
Le Sens, c’est :
ce qui constitue "l’expérience".
Avoir le Sens de... peut être le fruit de "l’expérience".
Mais "l’expérience" dont on parle n’est rien
d’autre que d’avoir le Sens de...
Le Sens, c’est :
ce que permet d’appréhender, le
"flair". Ce terme, même s’il fait appel à
un "sens" particulier, l’odorat, fait aussi allusion
à la subtilité de ce qu’il perçoit. En effet,
le Sens est subtil dans la mesure où il n’est pas matériel.
Le Sens, c’est :
le ressenti ou le vécu. Le Sens
de la situation est ainsi toujours porté par des individus
qui font la situation ou y sont impliqués. Il ne viendrait
à l’idée de personne de chercher le Sens d’une
situation ailleurs qu’en présence de quelqu’un qui en
porte le Sens ou en a l’expérience.
Le Sens, c’est :
l’intuition. On peut souligner que le Sens
n’est pas la raison. On y accède plus par l’intuition,
même si la raison vient ensuite en justifier. Le Sens s’ajuste
et ne se mesure pas. Le Sens n’est pas la valeur.
Le Sens, c’est :
ce que l’on perçoit : autre allusion
aux sens. On dira en effet "flairer", ou "voir"
ou "entendre" sinon "toucher du doigt" pour
dire "avoir le Sens" ou accéder au Sens des
choses. Le Sens est en effet ce qui sensible, accessible par
les sens, même si cela n’est pas conscient.
Le Sens, c’est :
ce que l’on comprend. Comprendre une situation
c’est aussi en avoir le Sens. C’est l’objectif conscient de toute
tentative d’analyse d’une situation dans la mesure où
il s’agit d’expliquer ou d’élucider ce qui se produit.
Le Sens, c’est :
ce que cela veut dire. Une situation s’appréhende
par ce qu’elle dit : ce qui se manifeste. Mais ce que cela veut
dire, c’est ce qui sous-tend ce qui se produit : le Sens de la
situation.
Le Sens, c’est :
où cela conduit. La notion de direction
et de mouvement apparaît. Le Sens d’une situation, c’est
la direction qu’emprunte son mouvement, mais c’est aussi ce qui
produit le mouvement. Le Sens est trajectoire et moteur du mouvement
de la situation.
L’un des résultats les plus riches
de la théorie des Cohérences Humaines est d’avoir
mis en évidence, d’une manière plus théorique
bien sûr, cet ordre du "Sens" avec ses différentes
voies d’accès et ses différents usages.
Dans une situation, il faudra parler du
Sens de la situation mais aussi des Sens qui s’y manifestent
dont le premier est comme une sorte de résultante. L’ensemble
de ces Sens n’est pas aléatoire, il est architecturé
dans "ce qui fait aller les choses ensemble : la cohérence".
Elle est ainsi l’ensemble des Sens.
La cohérence est de même ordre
que le Sens, comme assemblage ou plutôt comme champ du
Sens. L’analyse d’une situation peut être explicitée
comme étant l’analyse des Sens qui s’y manifestent ou
l’élucidation de sa cohérence et de son Sens.
Les réalités. Le terme de réalité est réservé
non plus au Sens mais à ses manifestations, à ce
qui l’exprime. La réalité d’une situation, c’est maintenant l’ensemble de ses éléments repérables,
visibles, objectivables, mais aussi de leurs rapports objectifs.
C’est donc uniquement sur la réalité des situations,
telle que définie ici, et non sur leur cohérence
et leur Sens que portent la plupart des démarches techniques
ou scientifiques. La technocratie consiste à ne s’occuper
que de la réalité en ignorant le Sens.
La réalité d’une situation
peut changer sans qu’il y ait changement de cohérence.
Elle peut changer dans le temps par exemple. On passera d’une
réalité à une autre dans le mouvement (celui-ci
peut être aussi une réalité). Elle peut changer
dans l’espace. Dans un lieu ou un autre la situation ne se manifeste
pas à l’identique tout en ayant le même Sens. La
situation économique ne se manifeste pas de la même
manière d’un pays à l’autre, d’une région
à l’autre, d’un individu à l’autre. Cela peut traduire
des Sens différents mais aussi simplement des formes différentes
de même Sens. Il est important de savoir le reconnaître.
La réalité d’une situation peut aussi changer avec
l’observation. Selon que l’on utilise tel ou tel modèle
ou instrument d’observation on ne voit pas les mêmes choses.
La réalité financière d’une entreprise,
sa réalité humaine, sa réalité commerciale,
sa réalité régionale, etc. sont différentes
tout en exprimant la même cohérence et les mêmes
Sens.
On peut donc parler des réalités
d’une situation comme de ses différents états.
La réalité de la situation pouvant être considérée
comme l’ensemble de ses réalités potentielles ou
au contraire sous entendre l’une de ses réalités.
Il faudra dans ce dernier cas en préciser les repères
ou sur quel plan on se situe (plan de réalité).
b) Articulation des concepts et conséquences
pratiques. Ces définitions
ont amené à distinguer deux ordres dans l’univers
des phénomènes et des situations.
L’ordre des réalités. Celui des objets et de leurs rapports objectifs.
Il recouvre tout ce qui est objectivable, c’est-à-dire
ce que l’on peut prétendre arriver à définir
précisément ou à mesurer. On peut y chercher
une vérité comme la chose la plus exacte, la plus
précise. On peut aussi s’y perdre dans des rationalisations,
c’est-à-dire l’établissement de ratios ou des rapports
de correspondance, de mesure, d’inégalité... tout
en oubliant le Sens. Une décomposition à l’extrême,
peut donner une description extrêmement précise
de la réalité d’une situation sans en avoir le
moindre Sens. On n’accédera cependant au Sens de la situation
qu’au travers de ses réalités.
L’ordre du Sens
et des cohérences. Il est irréductible à
une quelconque réalité particulière. Le
Sens pourrait être confondu avec l’une quelconque de ses
expressions. Des modèles ou des structures sont quelquefois
objectivés de telle manière qu’ils n’ont plus de
Sens. L’ordre du Sens sous-tend toutes réalités
et par lui se rejoignent l’objectif et le subjectif, le technique
et l’humain, le statique et le dynamique. Une autre erreur identique
à celle du rationalisme qui ignore le Sens serait d’ignorer
aussi les réalités. C’est le piège des croyances,
celui aussi d’idéalisations ou d’un certain humanisme.
Cela peut se traduire par exemple par la recherche du Sens non
pas pour l’action, mais pour une simple contemplation, non sans
plaisir certes, mais hors de nos objectifs présents.
Le réalisme se définit comme
pragmatique, par la prise en compte et l’articulation des deux
ordres du Sens et des réalités dans toutes situations.
Chaque investigation ou analyse de situation
devient ainsi prise de conscience des réalités
et prise de conscience du Sens, les deux sont à distinguer
selon la théorie des Cohérences Humaines.
En définitive toutes les activités
en situation peuvent se ramener à ceci :
Analyse
- Prise de conscience des réalités
de la situation,
- Prise de conscience du Sens et de la
cohérence.
Décision
C’est un choix sur les réalités
mais surtout sur le Sens. Cela s’appelle diriger. Si on a élucidé
les Sens de la cohérence, on peut choisir un Sens et lui
donner réalité dans une expression politique et
stratégique.
Pouvoir faire
C’est pouvoir faire advenir les bonnes
réalités de juste Sens. Ce pouvoir faire, qui est
celui de l’action et de la communication, se joue donc au niveau
des réalités et au niveau du Sens. L’action est
la mise en forme (actualisation) du Sens. Connaître ce
dernier facilite grandement l’action et son efficacité.
Communiquer est aussi communiquer du Sens au travers de réalités.
Piloter
C’est pouvoir accéder immédiatement
au Sens des événements quotidiens et les orienter
dans le Sens de ses choix. Une connaissance de la cohérence
de la situation, donc de ses Sens, en est le meilleur instrument.
Toutes ces applications pratiques se fondent
donc sur la connaissance et l’utilisation la plus juste du Sens
et l’expression ou la traduction la plus exacte des réalités.
Présent dans la pratique de bien des gens c’est, de ce
fait, banal. C’est par contre tout à fait nouveau lorsqu’on
l’utilise systématiquement avec les démarches,
méthodes, techniques et outils qu’offre la théorie
des Cohérences Humaines.
Avant d’entrer dans la présentation
plus précise de ses applications il reste à étudier
l’un des principaux outils de la démarche : les cartes
de cohérence.
c) Cartes de cohérence. Chaque situation, chaque phénomène
auquel on s’intéresse a une cohérence, cette cohérence
peut être représentée par une carte de cohérence.
La carte de cohérence a deux dimensions ce qui en fait
la richesse de représentation en particulier pour ce que
l’on y repère : le Sens.
Elle comporte ainsi sur un plan (la feuille
de papier) deux axes de référence. Ils sont arbitraires
dans le plan lui même mais significatif de cette cohérence
elle même, différente d’une autre. Ces deux axes
sont orientés à partir de l’origine et forment
deux couples de Sens opposés.

Chaque point représente un Sens
qui peut être aussi représenté par le vecteur
qui l’atteint en partant du centre. Ainsi un Sens particulier
dans la cohérence est repérable sur la carte par
son orientation autour du centre et son intensité fonction
de la distance au centre. Plus un point est proche du centre
moins son Sens est fort et inversement. Lorsqu’on parle du Sens
de la situation on peut le repérer dans sa cohérence
sur la carte (4). On l’a présenté comme une sorte
de résultante, celle des Sens, et en jeu dans les réalités
de la situation.
Pour en finir avec la description générale
d’une carte de cohérence, il faut se référer
aux quatre secteurs découpés par les axes. On parlera
des champs de cohérence. Il s’agit ici d’une convention
qui ne doit pas faire oublier la continuité dans la carte
et l’absence de séparation réelle par les axes
qui ne sont que des repères.
Les positions par rapport aux axes et au
centre correspondent aux Sens. Par contre ce que l’on portera
sur la carte, ce sont les réalités, en fonction
de leur Sens. On y trouvera, rapprochés, des éléments
de nature très différentes mais de même Sens
et, dispersés, des éléments de réalités
proches et de Sens très différents dans la situation.
Il y a d’ailleurs là l’occasion
de parler d’un paradoxe apparent. Dans la théorie des
Cohérences Humaines il n’y a pas d’incohérence,
en effet deux éléments considérés
comme "incohérents" peuvent, par exemple, être
de Sens opposés mais dans la même cohérence.
L’incohérence n’est qu’apparente. C’est d’ailleurs en
dévoilant la cohérence que l’on résoudra
certains problèmes.
Replaçons sur un schéma différentes
notions examinées jusqu’ici :

- La projection des réalités
sur la carte donne la carte de cohérence de la situation
: le (et les) Sens de ses éléments dans une cohérence
propre.
- Les différentes réalités
d’une situation sont homologues (de même cohérence)
un modèle d’une situation doit lui être homologue,
la carte de cohérence est un modèle et n’est pas
la cohérence.
Avec une carte de cohérence on peut
mettre en lumière différentes propriétés
des situations et expliciter aussi différentes interventions
possibles sur les situations. C’est ce que l’on examinera dans
les applications, méthodes et exemples.
II - LES APPLICATIONS : DEMARCHE, METHODES,
TECHNIQUES, APPORTS ET EXEMPLES
Après la philosophie générale,
les applications seront traitées selon la séquence
des quatre types de questions que l’on peut se poser sur les
situations. Bien des questions et sur le plan théorique
et sur le plan pratique, ne seront pas résolues dans ce
texte. Il ne se propose de donner qu’un aperçu de la démarche
et de ses applications.
Autant l’une et les autres peuvent être
accessibles par le nouveau regard porté sur les problèmes,
autant la mise en oeuvre de certaines techniques demande un apprentissage
important et ne peut être le fait que de professionnels.
A - ANALYSE
DE SITUATION
La question doit être abordée
successivement de deux manières. Dans un premier temps,
nous allons explorer le champ des applications à partir
de différents exemples illustrant ce qui peut être
étudié et son intérêt (sur le plan
de l’analyse pour l’instant). Nous répondrons ensuite
au "Comment". L’objectif sera alors de retracer les
grandes lignes et principes de la démarche méthodologique
avec quelques aperçus sur les techniques utilisées.
1) Champs et exemples d’application
L’analyse des situations couvre un champ
tellement vaste que l’on ne peut pas prétendre en faire
le tour complètement. Il faut savoir qu’elle s’applique
avec les mêmes principes et presque les mêmes techniques,
pour des situations personnelles, pour des idées, des
thèmes scientifiques ou mathématiques, des sujets
de recherche ou d’enseignement, des situations d’entreprise,
des situations sociales, culturelles, politiques, des situations
très localisées ou très générales,
des situations très statiques ou en mouvement, présentes
ou historiques, etc. Parmi tout cela quelques thèmes seulement
seront évoqués.
a) L’analyse de situation pour l’entreprise. On distingue pour l’entreprise trois types d’analyses
possibles :
- Des analyses locales internes. Ce sera la situation d’un département ou
la situation commerciale, on cherchera la cohérence de
la politique humaine pour l’élucider ou pour l’élaborer
ensuite.
Les analyses qui conduisent à une
carte de cohérence spécifique partent à
chaque fois d’un problème ou d’une recherche particulière
qui en donne l’objectif et les limites. On verra dans l’examen
des méthodes d’investigation que c’est l’une des premières
choses à fixer.
Citons quelques exemples d’analyses locales
internes :
- cohérence d’un département,
- organisation d’un secteur,
- politique des ressources humaines,
- les communications interpersonnelles
ou intersecteurs,
- la formation,
- la politique de développement,
- les méthodes de direction,
- la politique personnelle d’un dirigeant,
- les relations sociales,
- les structures, etc.
- Dans analyses locales externes. Les applications consistent à rechercher
la cohérence d’éléments externes à
l’entreprise ou qui concernent son organisation et ses objectifs
à l’extérieur. Connaître pour une entreprise
la cohérence de son marché par exemple, c’est expliquer
ce qui s’y joue, son propre Sens dans cette cohérence
et pouvoir choisir telle ou telle situation. L’analyse de situations
locales externes permet à l’entreprise de mieux les connaître,
bien sûr, mais aussi de s’y situer avec moins de risques
et plus de lucidité. C’est aussi se donner la possibilité
d’agir au plus juste de ses choix et des possibilités
offertes par l’environnement. Citons ici quelques exemples :
- analyse d’un marché,
- d’un produit,
- d’un aspect conjoncturel,
- d’un thème prospectif,
- d’un développement régional,
- d’une mentalité culturelle,
- d’un événement important.
- Des analyses globales. Elles portent sur la cohérence générale
de l’entreprise. L’intérêt de l’élucidation
de la cohérence d’une entreprise est d’en comprendre la
personnalité propre mais aussi de situer dans sa cohérence
ses réalités internes comme ses réalités
externes. La carte de cohérence générale
de l’entreprise est, avec les éclairages qu’elle amène,
un instrument de direction (choix, actions, pilotage) extrêmement
important. C’est aussi un langage commun pour tous ceux qui en
sont porteurs. En tant que tel, d’ailleurs, il permet d’exprimer
et d’élucider les choses dans leur état et dans
leur dynamique.
La carte de cohérence devient aussi
un instrument de la prospective de l’entreprise. Nous n’en parlons
toujours qu’en tant que résultat et instrument d’analyse,
d’autres utilisations seront envisagées par la suite.
Prenons quelques exemples pour illustrer
ces applications.
1° cas :
Une entreprise veut se donner un projet
de développement à long terme. Elle fait établir
la carte de cohérence du développement tel
qu’il est conçu par sa direction. Cette carte de cohérence
lui fait découvrir qu’il y a en fait plusieurs directions
possibles et un choix à faire. Cette cohérence
montre en même temps tout ce qui sur le plan interne et
externe peut aller dans le Sens du projet selon le choix qui
sera fait. Cela permet de compter ses atouts et repérer
les obstacles, cela permet aussi d’enraciner le projet dans une
situation telle quelle est, c’est-à-dire comme un prolongement
dans la même cohérence et non comme un greffe artificielle.
La mise en oeuvre du projet est l’expression d’un choix dans
une cohérence.
2° cas :
Une entreprise veut lancer un nouveau produit
sur un marché concurrentiel et fait établir la
carte de cohérence du produit sur le marché. Cette
carte met en évidence les différents Sens des relations
de la clientèle au produit. Elle élucide de ce
fait les comportements correspondants mais aussi les modes de
communications adaptés. Cette carte de cohérence
permet en outre de positionner les produits concurrents. Elle
permet encore de faire converger toutes les actions, toutes les
communications dans le Sens choisi pour le positionnement (au
passage cela éclaire d’un jour tout à fait nouveau
cette notion de positionnement d’un produit).
3° cas
Une entreprise veut se restructurer pour
retrouver une nouvelle vigueur en se donnant de nouvelles ambitions.
Après tout un travail de réflexion (mené
selon la démarche) il apparaît une difficulté
pour progresser et un écart entre les souhaits et les
réalités. On en vient à établir
la carte de cohérence de l’opération de restructuration
déjà engagée. Il apparaît notamment
que celle-ci porte en elle-même, non seulement sa réussite
mais aussi son échec. Les difficultés rencontrées
dans l’opération s’éclairent comme ce qui a conduit
à l’engager sur le plan historique.
Le résultat le plus important, outre
l’éclairage des choix pour la suite des opérations,
a été celui d’une prise de conscience assez générale
(direction et personnel) et en particulier sur l’incidence réelle
de paris de direction générale qui prêtaient
à ambiguïté. Sans que cela ait été
l’objectif, ce qui impliquait une prise de conscience préalable,
la carte de cohérence a permis d’élucider, de clarifier
et de modifier des méthodes de direction qui jouaient
un rôle important dans une situation où les problèmes
semblaient être ailleurs.
Nous reviendrons encore sur les entreprises
à d’autres occasions.
b) L’analyse de situation pour des pratiques
professionnelles. Elucider la cohérence
d’une pratique ou d’un champ professionnel peut réserver
bien des surprises. Cela permet d’enrichir les pratiques utiles
et de mettre en évidence des choix et des déviances.
L’intérêt de la carte de cohérence peut être
d’éclairer puis de perfectionner ou développer
une activité. C’est le cas par exemple pour le recrutement
que nous prendrons comme exemple.
La richesse et la diversité des
implications nécessitent ici de grandes simplifications.
Nous ne cherchons pas à traiter le problème mais
à donner une idée de la carte de cohérence
du recrutement. Ses conditions d’élaboration sont
passées sous silence pour ne présenter que ses
axes, ses quatre champs principaux et quelques indications sur
les usages que l’on peut en attendre.
Les axes
: Ils résultent de l’étude et ne sont pas donnés
à priori.

- L’axe vertical,
Choisir/Eliminer. Un premier étonnement provient du fait
que cela correspond à des Sens opposés et qu’au
lieu d’une équivalence il y a antagonisme dans cette cohérence.
Le Sens de "choisir" :
marque l’intérêt pour ce que
l’on recherche, c’est ce que l’on extrait comme plus conforme
ou plus juste.
Le Sens "d’éliminer" :
marque au contraire l’attention centrée
sur ce qui ne va pas. On cherche à évacuer ce qui
ne convient pas.
Les pratiques peuvent être de choix
ou d’élimination et seront alors tout à fait différentes.
- L’axe horizontal. Sujet/Objet. il met en évidence comme couple
de Sens opposés caractéristiques, le fait que la
démarche et les individus peuvent tendre à l’objectivation
ou s’appuyer sur la subjectivité. On privilégie
dans un Sens ce qui peut être matériel, objectif,
technique, formel, de l’autre on sera plus Sensible au sujet,
à la personne, aux impressions et sentiments.
Les champs
: Combinaisons des axes, ils laissent apparaître des réalités
de Sens bien différents.
(1) Dans ce champ les opérations
de recrutement mettent en jeu les personnalités, on se
fiera aux motivations, aux impressions au cours d’entretiens.
On jouera éventuellement sur la séduction ou des
réactions émotionnelles (annonces publicitaires,
réceptions organisées, etc...). Cependant, l’objectif
des pratiques sera de "trouver la faille". De mettre
les candidats en difficulté ou en situation de faire apparaître
leurs défauts. Les entretiens d’embauche de ce type sont
occupés plus par l’embaucheur que pour le candidat. Le
résultat est l’élimination. Le reste sera "quelqu’un
de pas mal du tout" puisqu’il n’a pas été
éliminé comme mauvais sujet.
(2) Dans ce second champ, dominé
aussi par l’élimination, on ne se soucie pas de sujet,
mais d’objets. Aussi les techniques d’élimination tendent
à être objective. L’élimination d’objets
est de l’ordre de la mise au rebut de déchets. Ce genre
de recrutement implique bien sûr une certaine vision (un
certain Sens) des personnes que l’on cherche. On utilisera des
tests, mesures, critères destinés à éliminer
objectivement les mauvais profils. Ceux qui en réchappent
ne sont généralement pas voués à
des fonctions très gratifiantes d’autant plus que l’on
dira d’eux : "C’est tout ce que l’on a pu trouver".
(3) Il s’agit cette fois de choisir. L’objectivité
se traduira maintenant par un affinement des techniques et des
méthodes. On cherchera à définir le poste
de façon précise, on cherchera le meilleur profil.
Pour cela on utilisera tout l’arsenal des techniques à
disposition et on fera appel à des experts, spécialistes
de la chose. La démarche sera une recherche avec des mesures
et des opérations précises. Le résultat
donnera "le profil idéal".
(4) Ce champ où se croisent les
Sens "choisir" et"sujet"correspond à
une recherche subjective. Elle consistera à établir
des rencontres où les "atomes crochus" compteront
plus que les éléments objectifs. Le recrutement
devient plus une cooptation entre de futurs partenaires. La cooptation
est un choix et ne se mesure pas par des tests. On y rencontre
le "juste partenaire".Nous dirions qu’il s’agit de
la découverted’unecohérence commune, aux individus
et à la situation.
Ces descriptions sommaires tentent d’illustrer
rapidement la cohérence, dont suivent quelques utilisations
de la carte :
Elle peut éclairer le Sens (principal)
de telle ou telle pratique. Il a des répercussions sur
la constitution d’équipes de travail et ce que l’on peut
en attendre.
Elle peut éclairer le rôle
des professionnels du recrutement. Leur fonction n’est pas du
tout la même dans les quatre champs. Le quatrième
est d’ailleurs peu fréquenté par des professionnels.
Elle peut éclairer le rôle
ou la pratique de tel ou tel acte de recrutement, une annonce,
un entretien, le rôle des tests, etc.
Elle peut permettre de choisir un positionnement
pour les professionnels qui en déduiront le contenu de
leurs pratiques en fonction de son Sens. Cela n’intéresse
bien sûr que ceux qui se posent des questions de Sens.
Elle peut servir de base à une formation
au recrutement pour des personnes qui y sont confrontées.
La carte permet ce genre d’utilisations
directes. Les analyses entraînent à d’autres utilisations
qui seront envisagées dans les autres chapitres.
c) L’analyse de situation pour des problèmes
généraux. Elle peut
porter sur un phénomène, un événement,
une situation sociale, elle peut sous-tendre une démarche.
Nous citerons sans les développer deux exemples :
- Le chômage.
Une carte de cohérence de cette situation très
actuelle a été établie. On y retrouve les
Sens qui correspondent à des attitudes et des comportements
très divers des chômeurs. S’éclaire en même
temps le rôle et le fonctionnement d’organismes spécialisés
dans cette question avec leurs méthodes, leurs discours,
leurs problèmes, leurs effets. Les Sens que peut avoir
ce phénomène dans le contexte socio-économique
général apparaissent aussi. On y retrouve en plus
un éclairage du Sens des différents discours ou
des attitudes des responsables et des non chômeurs vis-à-vis
du problème ainsi que le Sens d’évènements
ou situations diverses qui y ont trait.
La cohérence sert à expliciter
l’ensemble des réalités de la situation considérée.
- La prospective.
C’est un domaine d’utilisation très vaste. Nous n’en évoquerons
que le principe. Dans une démarche prospective, on essaie
de prévoir notamment l’évolution des situations
à moyen ou long terme.
La démarche consistera dans un premier
temps à établir la carte de cohérence de
la situation en question. Cette carte de cohérence peut
donner plusieurs indications :
- Le Sens actuel de la situation qui indique
déjà au moins dans une perspective à court
ou moyen terme ce qui peut se produire. Ce seront des réalités
manifestant ce Sens dominant.
- La carte de cohérence peut permettre
de choisir des facteurs significatifs de la cohérence
ou de tel ou tel Sens comme objets d’étude et d’extrapolations.
- La carte de cohérence peut, dans
son ensemble, ou pour des Sens particuliers, être croisée
avec différentes réalités dont on pourrait
déjà prévoir par ailleurs l’occurrence pour
voir comment elles se joueront.
- La carte de cohérence peut être
aussi rapprochée d’autres cohérences notamment
de celle des grands courants d’évolution qui favoriseront
à terme tel ou tel Sens et par voie de conséquence
telle ou telle réalité.
d) L’analyse de situation pour des problèmes
culturels. C’est encore un vaste
chapitre où l’analyse de situation et les cartes de cohérence
sont d’un grand apport. Nous ne citerons que deux exemples :
- La cohérence d’une identité
collective. Cela peut être
celle d’une région ou d’une population quelconque. Ce
qui fait ses particularités, son histoire, ses spécificités,
ce qui fait que vont ensemble toutes ses caractéristiques
: c’est sa cohérence.
La carte de cohérence d’une identité
régionale par exemple permet d’expliciter le et les Sens
de ses traditions, de ses mythes, contes et légendes,
de son organisation sociale, de ses particularités historiques,
des événements de son histoire contemporaine, de
son caractère. Elle permet aussi de comprendre sa Sensibilité
particulière et donc d’améliorer les communications.
Elle permet aussi d’y envisager des interventions et un développement
qui lui soit propre en tant qu’expression de sa propre cohérence.
- Les transferts culturels. L’analyse de cohérence permet d’envisager
les phénomènes culturels dans l’ordre du Sens et
celui des réalités. Une culture ne se définit
pas uniquement par ses réalités particulières
mais aussi par sa (ou ses) cohérences spécifiques.
Cette double analyse permet d’envisager tout autrement les rapports
entre cultures. Les problèmes de transferts sont le plus
souvent à la fois des problèmes de Sens et des
problèmes de réalités. Les choses n’ont
pas le même Sens d’une culture à l’autre. De même
aussi, les Sens ne s’expriment pas sous la même forme d’une
culture à l’autre.
Il y a aussi des Sens et des réalités
qui ne peuvent être communiqués d’une culture à
l’autre parce que non communs. Il faut alors établir des
plateformes transculturelles pour s’en sortir.
L’établissement des cartes de cohérences
culturelles générales ou particulières est
l’un des moyens tout à fait nouveau offert pour répondre
à ces problèmes.
La notion de cultures différentes
peut être ramenée à celle de populations
différentes. Cela se pose aussi bien pour des rapports
internationaux que des rapports de régions, de professions,
de langages, de classes, etc.
Nous en resterons là pour les champs
et exemples d’applications de l’analyse de situation par la méthode
des cohérences en insistant sur le fait que ce n’en est
qu’un aperçu.
2) Méthodologie de l’analyse
de situation
Pour répondre au comment, il faut
prendre la séquence type de ce que peut être une
analyse de situation. Au passage se soulèveront différentes
questions théoriques ou pratiques auxquelles nous ne pourrons
pas toujours répondre entièrement ici. Il faut
savoir cependant que la théorie des Cohérences
Humaines ne les laisse pas dans l’ombre, elle explicite et conduit
la démarche d’investigation elle même, ne serait-ce
que comme situation.
Cette méthodologie peut très
bien convenir pour une "analyse sauvage" assez rapide
que pour une opération de grande envergure. Il faut souligner
à ce sujet, que l’opération dépend notamment
de la justesse d’analyse dont on a besoin. On peut se contenter
d’analyses relativement grossières, mais avoir besoin
aussi d’ajustements très subtils. De là dépend
l’envergure du travail et quelquefois aussi les techniques utilisées.
Dans l’examen méthodologique sera envisagé l’établissement
d’une carte de cohérence. Une intervention comporte toujours
trois phases :
1) L’ajustement
2) L’investigation
3) La communication des résultats.
Elles peuvent quelquefois se recouvrir
mais leur présence est indispensable. Il faut noter dès
maintenant le poids donné à la première
et la troisième phase qui, on le comprendra, tout à
l’heure sont particulièrement importantes dans cette approche.
1) L’ajustement.
Avant d’engager l’analyse proprement dite, il est toujours nécessaire,
surtout dans cette démarche, d’ajuster précisément
trois choses :
- Le Sens de l’intervention. Pourquoi intervient-on ? Cette question n’a jamais
de réponse évidente et demande attention. Elle
se pose d’ailleurs pour le demandeur, l’intervenant et la situation
d’intervention.
Le demandeur peut très bien attendre
réellement autre chose qu’une élucidation (caution,
camouflage, occultations, etc.). C’est un phénomène
assez courant qui interdit toute pratique avec cette méthode.
Il vaut mieux n’y pas perdre son temps et laisser opérer
d’autres experts. Le demandeur peut avoir simplement besoin d’y
voir clair dans son problème. L’intervenant a tout intérêt
à y prêter une écoute attentive, pour lui-même
et pour aider son client. Ces techniques particulières
sont aussi à disposition pour des cas complexes ou d’enjeu
très important.
L’intervenant aura pour sa part à
s’ajuster sur le Sens et cela implique pour lui des exigences
à la mesure des ambitions, cela donne aussi les limites
de ses capacités d’intervention à la mesure cette
fois de ses capacités d’élucidation de son propre
Sens.
La situation d’intervention, partenaires
et contexte, doit être compatible avec ce qui précède
et avec le terrain à explorer. En d’autres termes on dirait
que les conditions doivent être favorables pour travailler
convenablement. Il s’agit ici particulièrement d’une question
de Sens.
- Le centre d’intervention. Il n’est pas rare que dans un premier temps le
regard soit dirigé ailleurs qu’au centre des vrais problèmes.
Il s’agit d’établir la carte de cohérence du bon
problème et non pas d’un autre. Pour cela il faut repérer
le centre de la cohérence à révéler,
c’est-à-dire ce sur quoi il faudra focaliser l’attention.
Un approfondissement du problème conduit à cette
localisation.
- Le choix des porteurs de Sens.
Toujours dans une première
phase d’ajustement, il faudra repérer et choisir les personnes
qui "détiennent" le problème. Le Sens
des situations dont on parle n’est porté que par des personnes,
c’est avec quelques unes que les investigations vont être
opérées. Ces personnes sont celles qui ont un "vécu"
assez important de la situation, qu’il soit conscient ou non.
Le repérage des "porteurs de Sens" contribue
à ajuster l’intervention. Il est par ailleurs nécessaire
pour choisir ceux avec lesquels les processus d’analyse pourront
être pratiqués. Ce choix porte sur des critères
de personnalité, d’opportunité, de positionnement
par rapport à l’intervention et au problème. Il
est souvent délicat parce que jamais neutre pour les suites
d’une intervention.
2) L’investigation. Elle doit toujours être menée de
manière souple tout en respectant une grande rigueur méthodologique.
Elle consiste en effet en un travail de prise de conscience qui
implique les personnes et la situation et doit de ce fait être
menée avec justesse et précautions. L’établissement
d’une carte de cohérence comprend toujours quatre phases
articulées successivement, simultanément ou de
manière intérative.
- L’activation.
Pour élucider les Sens d’une situation, il faut commencer
à les réactiver chez les porteurs de Sens choisis
pour y procéder. Quelquefois une simple discussion en
groupe y suffit. C’est une sorte d’échauffement ou d’imprégnation
sur le sujet à traiter. Le but de l’activation est aussi
de mettre en jeu la bonne question à étudier. La
phase précédente aura permis de canaliser ici l’orientation
de cette activation. Les phénomènes de groupes,
par les résonances inter individuelles qu’ils provoquent,
sont particulièrement propices à une bonne activation.
Le travail de cette phase peut être plus ou moins difficile
et quelquefois nécessiter des techniques plus complexes,
surtout si des problèmes relationnels ou des problèmes
d’insécurité personnelle s’y présentent.
- La production des réalités
homologues. L’activation opérée,
immédiatement après (à chaud donc) on va
chercher à faire s’exprimer un grand nombre de réalités
homologues à la situation étudiée. La phase
précédente en a activé les Sens (la cohérence)
qui peuvent s’exprimer sous des formes multiples, très
diverses. Faire s’exprimer ces Sens dans plusieurs univers (fantastiques,
imaginaires...) amènera ainsi, sous forme verbale ou autres,
des réalités homologues. On utilise notamment pour
ce faire des techniques associatives ou des techniques qui s’apparentent
à celles de la créativité ou aux méthodes
dites projectives. Tout ceci est destiné à faire
émerger une connaissance relativement inconsciente de
la situation. Les "réalités" obtenues
sous formes d’histoires, descriptions, phénomènes,
etc. seront d’autant plus utiles qu’elles porteront sur des univers
très éloignés les uns des autres. "Ce"
qui leur est commun, "ce" qui les fait aller ensemble,
c’est le Sens et la cohérence recherchés. Plus
les réalités obtenues sont multiples et éloignées,
plus il sera facile d’en extraire les Sens communs sans les confondre.
- Structuration de la carte de cohérence. Etablir une carte de cohérence consiste
en quelque sorte à projeter sur un plan, les différents
Sens et la cohérence du problème étudié.
Ce phénomène de projection spatiale du Sens est
le produit de mécanismes mis en lumière par la
théorie des cohérences humaines.
Une des techniques consiste à replacer
intuitivement et en groupe les différentes "réalités"
sur l’espace vierge d’un tableau. Leurs positions relatives permettent
des regroupements de nature à faire émerger les
Sens communs qui les rassemblent. En balayant, dans l’espace
du tableau, les différents regroupements géographiquement
opposés par rapport au centre, vont se dégager
des axes de repérage. Ces axes, dont les Sens opposés
sont réexprimés le plus justement possible, explicitent
les différents lieux du tableau, leurs combinaisons génèrent
les espaces intermédiaires dont ils sont chacun bissecteurs.

Le procédé fait appel a des
mécanismes peu connus qui ne peuvent être justifiés
ici. Pour mémoire, cette phase délicate met en
jeu des phénomènes de conSensus et demande une
conduite de groupe très particulière. Elle demande
aussi une maturation et une réflexion pour arriver de
proche en proche à une grande justesse. Aussi il est prudent
de prévoir des plages de temps très souples pour
y procéder, éventuellement avec un très
petit nombre de personnes pour la deuxième partie. Y revenir
à plusieurs jours d’intervalle consolide la maturation
et la justesse des résultats. Il ne faut pas oublier que
c’est pour l’intervenant et ceux qui y participent le moment
des premières prises de conscience (émergence de
la cohérence) à partir des matériaux rassemblés.
- Elucidation des réalités
de la situation étudiée.
C’est la phase d’éclairement et de dévoilement.
Une fois la carte et ses axes bien ajustés, bien ressentis,
on projette sur elle les éléments des réalités
qui font l’objet de l’étude. Ces réalités
sont réparties dans les différents secteurs de
la carte selon leur Sens. Les prises de conscience ou élucidations
se produisent très exactement en faisant ce travail. On
peut ainsi faire l’inventaire des réalités ou des
éléments de la situation qui présentent
un intérêt et les porter successivement sur la carte.
Cette opération consiste cas par cas à en analyser
le Sens avec la carte comme outil. Elle conduit à dresser
peu à peu dans chaque secteur de la carte différents
paysages de la situation constitués des éléments
de même Sens.
C’est ainsi que s’achève l’analyse
du Sens de la situation sur la carte de cohérence. Il
faut cependant souligner que l’on dispose avec ce travail et
cette carte d’un outil de travail extrêmement utile dont
on verra plus loin les usages ultérieurs.
Il est possible par ailleurs de mener des
investigations plus poussées selon les besoins, soit pour
dégager un Sens dominant de la situation ou de l’une de
ses réalités, soit pour analyser plus en profondeur
un élément particulier quitte à renouveler
pour celui-ci le même processus d’investigation en établissant
sa carte de cohérence propre.
3 ) La communication des résultats. Dans une démarche classique on peut se
contenter quelquefois d’un simple rapport pour conclure l’intervention.
Ici le problème est différent. En effet si le but
de l’opération était l’élucidation du Sens,
de la cohérence de la situation, il n’est atteind que
lorsqu’il y a eu prise de conscience de la part des intéressés.
Or il ne suffit pas de dire les choses, encore moins de les écrire
pour que les prises de conscience se produisent chez les interlocuteurs.
Il est ainsi nécessaire d’envisager la communication des
résultats comme une phase particulière. Elle consiste
à mettre en oeuvre un véritable processus de prise
de conscience auprès des intéressés (individus,
groupes d’individus, populations entière). La carte de
cohérence en sera un outil privilégié. Selon
les circonstances mais aussi les objectifs visés, une
stratégie particulière doit être conçue
et mise en oeuvre pour y parvenir. Notons simplement ici que
cette stratégie visant à des prises de conscience
est fondée sur la séquence :
- activations,
- productions de réalités,
- prise de conscience du Sens.
mise en oeuvre autour de parties ou de
la totalité de la carte de cohérence. Une grande
variété de méthodes est à disposition.
Elles ressortent pour une bonne part d’une pédagogie collective.
On trouvera aussi des indications complémentaires
plus loin dans la partie concernant l’action qui peut découler
d’une telle analyse de situation. En effet, la communication
des résultats d’une intervention peut aussi être
considérée comme une première action qui
suit l’investigation compte tenu des choix opérés.
De ce fait cette phase, dans la pratique, est très souvent
conçue dans le cadre des stratégies décidées.
La manière (le Sens) de communiquer les résultats,
d’en faire prendre conscience est déjà une orientation
(un Sens) pour le futur. Elle ne doit jamais être prise
à la légère.