De la vérité

Une question de Sens et de réalité
jeudi 1er mars 1984
par  Roger Nifle
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La vérité se réfère à ce qui est du champ de notre expérience. S’affirme-t-elle de l’extérieur ? Alors il faut dire comment nous pourrions en savoir quelque chose qui n’est pas de nous-mêmes, hommes. Bien sûr l’expérience ne peut pas se réduire à sa réalisation elle renvoie au Sens qui la transcende et au discernement qui peut y accéder.

Une courte réflexion à poursuivre (bien avant l’affaire SOKAL).

La vérité n’existe pas. Il n’existe que la vérité. Voilà deux affirmations apparemment contradictoires mais qui approchent la question de la vérité en deux sens.

Dans un certain sens, la vérité serait une conformité objective à la réalité existante. Du même coup le critère de vérité serait la réalité objective, et celle-ci l’absolu de la vérité. La vérité absolue s’identifierait donc avec la réalité objective, l’existence des choses. C’est ce que nie l’expression :"La vérité n’existe pas".

En effet, la réalité existante n’est connue qu’en tant que "connue" ; tautologie qu’il ne faut pas oublier comme le fait l’objectivisme.

L’objectivisme comporte un double postulat :

1) Les choses existent en elles-mêmes d’une façon absolument indépendante de l’homme qui les considère

2) La connaissance objective de l’homme tend à s’approcher de la vérité, c’est-à-dire d’une conformité parfaite avec l’existence propre de la chose.

Mais ainsi le rôle de l’homme n’est-il pas défini justement par l’imperfection de sa connaissance. La subjectivité n’est alors rien d’autre que cette imperfection, cette insuffisance, cet écart à la vérité objective. Bien des thèses y placeront le lieu du sujet, inconscient, néant, épiphénomène parasite, etc... La vérité étant l’existant objectivement, toute subjectivité, toute humanité donc, y est relativisée comme manque sinon comme mal.

Si on reprend les postulats de la vérité objective, on doit atteindre deux constats :

- la perfection de l’homme lorsqu’il atteint la vérité absolue, c’est la conformité absolue de sa connaissance avec l’existence intrinsèque de la chose, absolument indépendante de lui. C’est donc l’atteinte d’une connaissance absolue indépendante de son auteur. Voilà le paradoxe d’un sujet connaissant dont le fruit : la connaissance, serait absolument indépendante de son auteur. Il n’y a qu’une solution : la dénégation de l’homme comme auteur de connaissance et l’idolâtrie du fruit : la connaissance de l’homme comme vérité absolue. C’est la solution de la dénégation de l’être, de l’Instance transcendante de l’homme, du Sens donc de toute connaissance. La vérité objective n’a pas de Sens comme elle n’a pas d’auteur.

- Le second constat confirme le premier. Si on applique à l’homme lui-même le critère, c’est son existence seule qui en est la réalité objective. Tout ce qui est objectivable de l’homme est vérité de l’homme il n’y a pas de connaissance humaine et de l’homme qui ne soit objective et ainsi toute subjectivité et plus loin toute transcendance de l’homme, de son être par rapport à son existence est non seulement méconnaissable mais considérée comme critère de non vérité absolue. L’être de l’homme, le sens, la transcendance de l’Instance sont ainsi repoussoir de toute recherche de vérité objective. Les méthodes de la recherche de "vérité" objective (à ne pas confondre avec l’objectivité) n’ont d’autre tâche que la mise en oeuvre de processus de dénégation de l’être de l’homme et ainsi de réduction à l’existence. Assimiler vérité et réalité objective, c’est le meurtre de l’homme, par l’homme. Mort de Dieu Mort de l’homme corrélatives sont bel et bien l’oeuvre entreprise par les réalismes idéalistes contemporains qui ont nom, scientismes, mécanismes, etc.. reposant sur les postulats de l’objectivisme. La recherche de la vérité dans l’existence en elle-même des choses est oeuvre de dénégation de l’homme, par l’homme.

N’est-ce pas le sens du mal qui trouve dans cette vérité là l’objectif suicidaire de l’humanité. L’un de ses pièges destructeurs les plus efficace est le suivant. La connaissance subjective sincère se voulant donc objective ne pourra que se prendre pour critère de vérité. Ainsi la sincérité (y compris dans l’erreur ) devient critère absolu de vérité objective.
Il n’est pas difficile d’imaginer qu’un autre puisse aussi construire sa propre vérité objective absolument différente. Qu’adviendra-t-il de leurs rapports ? Rien d’autre que la dénégation de l’autre ou de soi-même en tant qu’être, auteurs subjectifs de connaissances relatives.

Cette "vérité" est non seulement meurtrière de l’homme en soi qui n’y atteint que par un effort de méconnaissance de lui-même mais aussi meurtrière de l’homme en l’autre. La "Vérité objective", la Vérité confondue avec l’existence est un crime contre l’Humanité, un crime dont s’honorent les donneurs de vérité du temps lorsqu’ils prétendent constater et décrire objectivement l’existence des choses. La "Vérité" devient alors l’instrument de la haine de l’homme pour l’homme. Si toute vérité est ainsi objectivée en haine comme un certain relativisme moderne le manifeste en compagnie d’un absolutisme objectif qui est fanatisme totalitaire, c’est tout accès à l’homme en vérité qui est menacé de mort. Le légalisme objectivant tente de vaincre ainsi l’humanité de l’homme en interdisant l’accès à la connaissance de sa transcendance.



Mais il y a aussi cette affirmation : "il n’existe que la vérité". Dit autrement, il n’y a d’existence qu’en vérité. Cela veut dire aussi que toute existence est révélatrice, n’est que révélation de l’homme pour l’homme. C’est bien l’inverse de l’autre vérité : méconnaissance de l’homme pour l’homme.

Cependant si l’existence de toute chose et de l’homme aussi sont révélatrices, ce n’est que l’homme en tant qu’être ou Instance transcendante qui est l’auteur de cette possibilité de méconnaissance en prenant l’existence des choses comme critère de vérité absolue, intrinsèque.

C’est parmi les différents possibles qu’il comporte que l’être de l’homme, son Instance, peut choisir celui qui fait de l’existence révélation de l’homme à lui-même. Ces différents possibles sont les Sens, ses Sens, les Sens de tout existant. C’est aussi ce que toute existence propose à révéler : les Sens, ses Sens qui sont Sens de l’homme, Sens de son Instance. La vérité (humaine) est Sens. Elle est tous les Sens en tant que reconnus dans les existants qui les révèlent. Elle est l’un ou quelques uns de ces Sens qui permettent cette révélation de tous Sens, c’est-à-dire de l’homme à lui-même.

Ainsi, il y a en l’homme, en son Instance des Sens qui l’entraînent à se méconnaître : Sens du mal ; des Sens qui l’entraînent à se reconnaître en vérité par le biais des existants : Sens de l’accomplissement, Sens de la révélation...

La Vérité, c’est l’homme en tant qu’Instance transcendante. La vérité des choses existantes, c’est leurs Sens en l’homme, pour l’homme, par l’homme. La vérité de l’homme, c’est que l’homme est aussi de ces Sens qui le révèlent à lui-même, qui lui révèlent l’être en lui et le Sens de son devenir qui est justement dans ce Sens de la révélation.

Manifester l’Homme en Vérité, c’est pour l’homme : tendre à être l’Homme juste c’est-à-dire justifié par ces Sens là qu’il signifie.

Victoire sur la loi de la vérité objective qui condamne, par une foi en l’homme qui justifie, révélant l’homme en vérité.


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