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Principes masculins et féminins
Rôles sexués dans la société
Première publication : décembre 1988,
mise en ligne : dimanche
1er août 2004, Roger Nifle
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Conférence Décembre 1988. Une question toujours plus difficile. Comment qualifier une différence patente avec une identité d’être. Il faut recourir à ce qui fait l’unité de l’humanité de l’homme pour y trouver les fondements de toutes différences et leurs expressions dans les réalités culturelles.
Je me limiterai à une question, y a-t-il ou non une justification
à la différenciation des rôles dans la vie
sociale. Il s’agit là d’une question fort complexe où
tout à été dit et son contraire ce qui nous
laisse dans une confusion caractéristique de notre époque.
Pour en sortir il faut oser aller très loin du coté
des fondements : ceux de la personne humaine et ceux des conditions
de son existence.
Le problème présente d’emblée deux difficultés
:
La première est que d’une part la différence
des rôles, des mentalités ou des sensibilités
entre les sexes, se présente quasiment comme un fait acquis
pendant le même temps que toute différenciation
est considérée comme sexiste sinon raciste. L’humanisme
de notre époque s’accompagne quelquefois volontiers de
la reconnaissance d’une absolue égalité entre les
sexes et dénonce toute discrimination.
Les églises qui ne veulent pas ordonner de femmes prêtres
en viennent à paraître tenir un combat d’arrière
garde, d’un autre temps.
La différenciation sociale du rôle des sexes est-elle
donc illégitime ?
Les légitimités biologiques semblent se réduire
à la présence d’un gène minuscule qui ferait
basculer le sexe sur un versant ou sur un autre. Les fonctions
paternelles et maternelles elles-mêmes sont promises aux
vestiges de l’histoire par la science moderne. Qu’un homme porte
un foetus, qu’une femme se reproduise par clonage n’a parait-il
plus rien d’impensable.
Faut-il alors se rendre à l’évidence et préconiser
l’avènement de la vérité, la libération
de l’homme de la contingence des sexes ? Faut-il supprimer d’ores
et déjà toutes marques, tout rôle distinctif
? Faut-il faire fi des traditions, des avertissements, des religions
au même des psychanalystes ?
Il est vrai que leurs arguments semblent bien maigres en face
de ceux de la science triomphante et de l’humanisme de l’indifférence.
C’était là la première difficulté.
La seconde est d’ordre anthropologique ou même
métaphysique. Si l’homme et la femme sont de même
espèce, s’ils sont l’un et l’autre des êtres humains
à part entière, alors la différence des
sexes ne peut être que seconde et non pas principale ou
essentielle.
Toute fixation d’une différence des rôles pourrait
être une atteinte à la plénitude de l’humanité
des uns ou des autres.
Le problème de la définition de principes masculins
et féminins pourrait alors être un artifice qui
ressortirait plus des conditions culturelles, sociales ou historiques
que de la véritable nature de l’homme et aucune raison
ne permettrait d’en établir définitivement les
caractères et ne justifierait la permanence des rôles
dans la vie des sociétés et communautés
humaines.
Ainsi il semblerait que l’on soit pris dans l’alternative suivante :
Soit maintenir une différence de rôle, justifiée
par une "nature des
sexes" et des principes masculins et féminins cautions
à posteriori
d’un conservatisme traditionaliste,
Soit éliminer toute différenciation sociale au
nom de l’unité du genre
humain et de l’égalité des êtres en humanité.
Aucune des deux alternatives ne nous satisfait pleinement. Mais
alors, il nous faut interroger la nature humaine pour chercher
à comprendre ce qui fonde et justifie l’unité de
l’être et la différence des sexes.
C’est l’un des enjeux de l’anthropologie fondamentale à
laquelle je travaille sous les termes de "théorie
de l’Instance et des Cohérences".
Je vais devoir vous entraîner dans des considérations
quelque peu complexes mais c’est à ce prix, je crois,
que l’on peut comprendre quelque chose à la question qui
nous occupe et en tirer quelques conséquences pratiques
qui ne laissent pas trop le champ aux réflexes conservateurs
ou aux humeurs modernistes.
I - La CONCEPTION de L’HOMME et du MONDE
dans la THEORIE DES COHERENCES HUMAINES
Déjà plusieurs philosophies ou traditions ont pensé
que le monde qui nous entoure, la réalité dans
laquelle nous nous situons, ne se réduit pas à
la matérialité.
Des scientifiques arrivés à un certain stade de
leur recherche sur la matière et même sur l’origine
de l’univers croient y détecter la manifestation d’un
réel voilé ou impliqué.
C’est en poussant cette même réflexion que j’en
arrive à montrer que ce que nous appelons la réalité
est autant le fruit d’un processus humain de connaissance que
la manifestation de la présence de quelque chose d’indépendant
de nous.
On peut ainsi comprendre que la réalité n’est rien
d’autre que ce que nous réalisons. Elle n’est rien d’autre
que la façon dont se concrétise notre considération.
Mais comme nous sommes aussi partie prenante de cette réalité,
il faut bien qu’il y ait en nous un autre niveau, un autre ordre
qui transcende notre propre réalité et celle du
monde.
C’est ce que j’ai appelé l’Instance. Ce terme pourrait
être rapproché, sans s’y confondre tout à
fait, avec la notion d’être ou d’âme ou d’esprit
de l’homme.
Il nous faudra donc distinguer ces deux ordres, celui des Instances
et celui des réalités qui est celui de l’existence,
la notre et celle des choses ou des phénomènes
de notre univers.
Poursuivant la recherche, j’en arrive à comprendre l’Instance
de l’homme comme lieu du Sens ou plutôt des sens, c’est-à-dire
ce qui donne signification, orientation, valeur sensible et même
le mouvement à nos existences et celles des réalités
du monde, nos réalités.
La question se pose alors : comment les sens qui constituent
nos instances deviennent-ils réalités à
nos yeux.
J’indiquerai simplement un aspect de la réponse qui peut
nous être utile ici.
C’est celui de la structure de ces réalités.
J’ai pu montré que tout existant se déploie selon
trois dimensions, et tout d’abord à partir de deux dimensions
de bases, celles-là mêmes où nous allons
pouvoir reconnaître les principes féminins et masculins.
Avant d’y venir, il nous faut considérer de plus près
ces trois dimensions qui sont celles de tout existant, de nos
existences individuelles, des réalités du monde,
des situations que nous vivons et même des phénomènes
sociaux que nous construisons.
La première de ces dimensions est intentionnelle
.
Le sens, se réalise comme intention, désir, détermination
d’une direction, d’une volonté ou d’une motivation. C’est
la dimension subjective de toute réalité. C’est
celle qui nous pose comme sujets, le principe de notre individualité.
La seconde est attentionnelle .
Le sens partagé en consensus l’est avec d’autres Instances.
Cela se marque dans l’existence par la présence de l’autre.
Autre personne, autre chose, ce qui se distingue de nous. C’est
par cette dimension que la réalité est pour nous
faite d’objets ; nous sommes d’ailleurs aussi des objets mais
toujours objets de considération humaine.
De la conjugaison de ces deux dimensions résulte la troisième
qui est l’extension. Toute réalité s’étend
dans l’espace et le temps et d’une manière finie, limitée.
C’est le développement des réalités, la
présence des choses, le déroulement des faits ou
de l’histoire, la naissance de nouvelles réalités.
Cette structure que j’ai appelée Cohérencielle
est celle aussi selon laquelle s’organise ces réalités
particulières que sont nos organisations sociales, familiales,
nos communautés et nos entreprises et c’est là
que nous pouvons en revenir aux principes masculins et féminins.
II - PRINCIPES MASCULINS et FEMININS
et ROLES des HOMMES et des FEMMES.
Tout d’abord, on peut reconnaître qu’au niveau de nos Instances
rien ne permet de différencier une Instance masculine
ou féminine. Nous sommes êtres humains à
part entière. Les hommes et les femmes peuvent donc aller
dans le même sens, sur les mêmes voies.
Au niveau de nos existences, nous possédons tous aussi
les trois dimensions qui nous constituent homme ou femme.
Cependant, c’est du coté de l’assymétrie des dimensions
de base que nous pouvons chercher la racine d’une différenciation
des principes.
La dimension intentionnelle peut être
reconnue comme étant le principe masculin.
C’est en chacun le principe de détermination, de volonté,
de direction, celui aussi d’autorité et de directivité
qui donne repère de sens et d’orientation.
La dimension attentionnelle peut être
reconnue comme étant le principe féminin. C’est
en chacun le principe matériel au sens d’Aristote, celui
par lequel nous sommes réceptif, celui de l’ouverture
aux autres, celui d’altérité, celui du multiple,
de la multitude des objets et des êtres.
La troisième dimension est celle par
laquelle notre existence se développe, c’est-à-dire
que nous venons au monde et que nous déployons cette existence
dans le monde.
C
ette ternarité on la reconnaît immédiatement
dans le schéma père-mère-enfant dont la
structure oedipienne est un reflet, mais aussi dans la structure
sujet-objet-projet de nos entreprises.
Il faut remarquer deux choses.
La construction du moi, de notre identité d’existant individuel
et social, passe par l’intégration de ces trois dimensions
et l’on comprend pourquoi la présence des dimensions masculine
et féminine conjuguées est nécessaire à
la réalisation de l’enfant avant comme après sa
naissance pour sa formation et son éducation.
L’autre remarque est la suivante : en tant "qu’ex-enfant"
les hommes et les femmes ont une existence qui suppose ces deux
principes si leur développement s’est réalisé
normalement.
C’est là que peut alors se poser et se résoudre
la question de la différence des rôles masculin
et féminin.
Il est nécessaire pour la structuration de la personne
humaine dans son existence que ces principes masculin et féminin
soient identifiés. Pour cela il est nécessaire
que des êtres humains endossent des rôles différenciés
et si possible que ces rôles soient marqués dans
des signes visibles qui prennent valeur symbolique de ces principes.
Il n’y a donc aucune fatalité à ce que les hommes
et les femmes s’identifient aux principes masculins et féminins
mais il y en a nécessité.
Cette nécessité est celle de la construction de
la personnalité dans ce qu’elle a d’existentiel pour chaque
nouvel être humain.
Au delà même, ce sont toutes les réalisations
humaines qui réclament une structuration selon les principes
de l’existence si bien que l’on peut reconnaître dans toute
organisation, dans toute réalisation, la présence
conjuguée et relative d’un principe masculin incarné
par une ou plusieurs personnes et d’un principe féminin
lui aussi incarné bien souvent, mais pas toujours, par
une ou plusieurs personnes.
A partir de ce principe de structuration qui n’est ni un à
priori, ni un simple constat expérimental mais le principe
même de toute réalité et de toute existence
humaine, on peut en déduire une conséquence pratique.
Il est bon que des êtres marqués dans leur choix
de signes biologiques assument en plus des rôles
différenciés où chacun à mission
de cultiver de façon plus privilégiée une
des dimensions de l’existence.
Il est bon que les hommes cultivent l’intentionnel et que les
femmes cultivent l’attentionnel pour que les enfants se réalisent
et que les oeuvres humaines se réalisent aussi.
C’est ce que l’humanité s’évertue à faire
ou à défaire depuis toujours et ce dont elle remplit
ses mythes et ses symboles.
C’est ce qui explique la nécessité non pas absolue
mais relative de la différenciation des rôles mais
aussi ce qui permet de comprendre tous les disfonctionnements
personnels et collectifs qui résultent du non respect
de cette mission qui nous est impartie. Cette mission d’existence
pour soi et pour les autres est sans doute la première
condition pour qu’au delà s’accomplissent les êtres
humains que nous sommes, hommes et femmes, dans la plénitude
de leur Instance, en instance d’un tel devenir. Mais cela est
encore une autre histoire, celle de l’accomplissement de l’homme
au travers de la manière dont il assume son existence
et singulièrement son rôle et sa mission d’être,
biologiquement et surtout symboliquement sexué.
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AUTEUR :
Roger Nifle
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Sans titre
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11 août 2007, par Ludovic M.
[retour au début des forums]
Points de désaccord
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Bonjour,
Tout d’abord, laissez-moi vous exprimer tout l’intérêt que j’éprouve pour votre oeuvre, que je ne me lasse pas de découvrir. Ne m’en voulez donc pas si, pour une fois, je suis en désaccord avec vous et souhaite vous l’exprimer.
En effet, dans cet article, vous manquez de rigueur méthodologique et posez comme admis des postulats qui sont, au contraire, discutables.
Vous affirmez, tout d’abord, que l’enfant a besoin du principe masculin et du principe féminin pour s’accomplir normalement. Je vous l’accorde, ce postulat a des allures de règle universelle depuis que les mass media ont, dans les années 50, vulgarisé - et souvent déformé - les thèses freudiennes (voir, à ce titre, le remarquable travail de Betty Friedan). Plus d’un siècle après la naissance de la psychanalyse, vous n’ignorez sans doute pas que la pensée de Freud est, aujourd’hui, largement discutée ; aussi est-il important de discuter ce postulat et non de le considérer, comme vous l’avez fait, comme un dogme. Ceci est le premier point.
Par ailleurs, si vous reconnaissez que nous possédons tous les trois dimensions (l’intentionnelle, l’attentionnelle et la troisième que vous ne nommez pas), vous soulignez une asymétrie, l’intentionnelle se situant davantage du côté de l’homme et l’attentionnel de celui de la femme. Cependant, à l’instar des psychanalystes du début du XX° siècle, vous n’interrogez pas la dimension historique, socialement construite de cette répartition des rôles, qui satisfait de moins en moins d’hommes et de femmes. Je vous invite à vous intéresser à la psychologie sociale, cette science plus jeune que la psychanalyse, qui a le mérite de prendre en compte le fait que nous sommes tous des êtres sociaux et non de purs produits de l’inconscient.
Toutes ces remarques, finalement, ne se fondent que sur un défaut d’actualisation des connaissances, dommageable eût égard à la qualité de votre production, mais auquel il est tout à fait possible de remédier.
Mes respects les plus sincères,
Ludovic M.
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Principes masculins et féminins
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8 septembre 2007, par Roger Nifle
[retour au début des forums]
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Je viens seulement de découvrir votre message. Le texte en question est celui d’un conférence et ne peut prétendre à une rigueur théorique qui réclamerait la précision des conditions de validité de toutes les assertions. Je suis bien d’accord avec vous sur le caractère contingent de toutes les figures culturelles des identités masculines ou féminines ou dites telles. Il en est de même du langage pour le dire. Cependant pour ne pas tomber dans l’indifférentiation et pour suivre ce que tend à montrer l’anthropologie fondamentale de l’humanisme méthodologique, il importe que la réalité, toujours culturelle, nous donne des repères symboliques de ce que nous sommes.
S’il y a en nous un double principe qui en déploie un troisième (voir la trialectique SOP), alors il est bon que des scènes de l’existance nous le signifient. Pourquoi ? pour nous révéler. Alors il nous est donné d’avoir des rôles à tenir, en tous domaines, où ces différentiations puissent être symbolisées.
Il m’a été demandé, il y a près de 20 ans, de traiter des principes masculins et féminins et des rôles associés, termes du questionnement. C’est ce que j’ai fait. Mais je veux bien aller plus avant sur cette question néanmoins délicate étant chacun affectés par des déterminations internes et externes que nous ne connaissons pas toujours. Je n’ai pas aperçu que la psychologie sociale ait subverti l’existence de rôles et de statuts d’hommes et de femmes.
Eclairez-moi là -dessus.
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Il y a 2 contribution(s) au forum.
Sans titre
(1/1) 11 août 2007, par Ludovic M.
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